Interview de « Le Monde Amazigh » avec le grand artiste M. MOHAMED MALLAL

Muha MELLAL, artiste exceptionnel, multi-talents, il est poète; compositeur et chanteur; destinateur; peintre; aquarelliste; caricaturiste.

A l’age de 5 ans il a commencé déjà le dessin dans son petit village Tamlalte; un coin de monde plein de beauté. Professeur des arts plastiques depuis 1990 à Marrakech en suite à Ouarzazate, où il vit actuellement.

Cet amoureux des mots; passionné par la peinture; la musique, écrit ses textes; compose ses musiques et interprète sur scène ses chansons. Dans cet entretien, il nous livre ses impressions, son amour pour la vie, son engagement envers la cause amazighe et partage avec ses fans une carrière de plus de vingt ans!

Votre père Yider MELLAL n’est plus là, il vient de nous quitter récemment; toute l’équipe de «Le monde Amazigh» partage avec vous votre peine, nous vous présentons nos plus sincères condoléances et prenons part à votre profonde douleur.

Merci et bonne continuation pour toute l’équipe du «Le Monde Amazigh».

Racontez-nous vos débuts ; comment avez-vous découvert Muha MALLAL le poète, le peintre et par la suite chanteur et compositeur ?

Coté poésie mes débuts reviennent à 1983 ; j’étais encore lycéen à Boumalne lorsque j’ai commencé à écrire mes propres poèmes en écoutant Jacques Brel, ainsi que la grande influence du recueil «Parole» de Jacques Prévert. Puis viendra celle d’Ait Menguellette, mais l’empreinte marquante qui a éveillée en moi la parole et le poème ainsi que d’autres genres de création ; est le paysage de mon village ainsi que la grande joie et liberté d’enfance. 2 recueils en vente : (anzwum) et (afafa) ; le troisième est en préparation toujours avec mon ami Omar Akesbi comme traducteur: «awal n usammer».

Pour la peinture ; mes commencements sont parallèles presque à ma vie ; car j’ai commencé très tôt; à l’âge de 6 ans je me suis battu déjà avec le portrait ; en utilisant le charbon et le papier des sacs du ciment jetés ; c’est ce qu’on peut avoir en ce moment ; j’ai découvert la peinture au collège ; là j’ai décoré des murs des maisons du village avec des peintures et dessin dont quelques-unes y apparaissent encore. En 1986 j’ai fait ma première exposition de caricature à la fac des sciences ; et au sein de l’association « anouar souss », j’ai participé dans nombreuses conférences et expositions concernantl’art. En 1991 j’ai subi des stages et formations académiques à l’école des beaux-arts de Grenoble en France.

En 1967 j’ai choisi la voie de renseignement d’art à Marrakech ; après une formation pédagogique de deux années ; ensuite à Ouarzazate. Beaucoup d’exposition et ateliers au Maroc et à l’étranger ; (France ; Holland ; suisse et Italie). Mes spécialités sont bien élaborés au niveau technique sous forme du dessin et croquis ; peinture ; aquarelle ; bande dessinée et story board…

Pour la chanson, ça était au début comme un jeu ; j’écrivais et je chantais chaque nuit au bord de la rivière ou dans une grotte pas loin de ma maison surtout en hiver. La question qui se pose et dont je n’arrive pas à déchiffrer est pourquoi je n’étais pas influencé par le style du moyen atlas ou celui du sous qui sont les plus diffusé au sud-est en ce moment la ? Est-ce la guitare que mon père m’a achetée si je me rappelle bien en 1980 qui m’a orienté forcément vers une autre façon de jouer et composer ? Ou la musique occidentale qui m’a attiré depuis mon enfance ? Ou ma façon d’écrire les poèmes qui m’oblige en composant à changer les styles ? et après viendra l’influence du grand Idir au niveau musiques et compositions ; en 1991 j’ai créé mon groupe de musique est nous avons commencé nos répétitions et enregistrements avec des conceptions nouvelles. Puis je me suis trouvé sur scène.

Ma tendance est plutôt dans la poésie ; car ma voix et ma personnalité ne sont pas faite pour être chanteur ; mais il faut le faire dans un certain moment pour tracer le chemin au jeunes et déclarer un nouveau née ; un nouveau style internationale au niveau de la chanson amazighe de toute Tamzgha. 8 CD en vente et une expérience incontournable dans le domaine le plus difficile dans toutes les créations artistiques : celle de l’auto production dans la chanson engagée.

Vos chansons sont pleines de poésie, et les mélodies sont parfois très entrainantes, est-ce qu’on peut dire que vous trouver votre plaisir le plus avec des thèmes mélancoliques ?

Oui on sent la mélancolie dans mes airs et beaucoup du monde croient que je suis triste dans ma profondeur, mais c’est au contraire, la joie psychique et toujours présente en moi, d’ailleurs c’est elle le germe de la création en moi; mais la mélancolie donne une touche de saveur irrésistible à la création ; ensuite la mélancolie donne une longue vie à la création ; regardant les chants traditionnelles des mariages ou autres parallèles aux travaux des villageois ; écoutez une vielle femme entrain de chanter derrière son moulin: vous allez être étonné de cette mélancolie qui donne cette odeur de beauté au compositions et chants car ça vient de la profondeur de la personnalité, et c’est un art loin d’hypocrisie. Notre engagement dans la défense de notre culture et les habitants Amazighes marginalisés ne peut pas donner que cette touche de mélancolie qui embellisse le poème et le chant. Mes poèmes sont des court-métrages pleines de plans et images ; pleines de messages et beauté.

Quelle est votre touche personnelle dans la poésie, et comment vous qualifierais votre music; est-ce qu’on peut vous situez dans un style ou vous avez un style personnel ?

Ma touche personnelle ne peut pas être qu’une continuité à beaucoup de chose qui m’en influencé et m’influence encore même si on n’y rend pas compte. Mais l’abreuvassions de beauté ; de qualité ; de symbolisme et de profondeur restent des notions à ne pas rater dans mes poèmes.

Pour ma musique ; sachant que j’ai composé et chanter mes premiers poèmes avec une nouvelle façon qui est la mienne avant d’entendre les styles proches comme ceux du rif ou de la Kabylie ; ça veut dire que ce style est née en moi précocement. J’ai déjà dit que mon style est de ne pas avoir un style ; surtout lorsque il s’agit du style « voulu » contrairement au style inconscient qui est en nous malgré nous ; et qui donne la force à tous produits artistiques. Le style voulu est le virus de la création ; car il nous fait tomber dans la répétition et la mauvaise qualité. Je me laisse libre lors de la création sans contraintes ni limites ou tabou.

Si on vous demande de décrire la poésie moderne amazighe ; quels mots choisiriez-vous ?

Il y a des bons poètes ; mais mon expérience me laisse toujours méfiant car la plupart des poètes n’arrive jamais à me satisfaire. Il faut lire beaucoup de poésie pour être poète.

Vous avez participé en tant que poète ; plasticien et chanteur dans plusieurs festivals et dans plusieurs plateaux de télévision. Aujourd’hui, diriez-vous qu’il faut passer par toutes ces étapes pour réussir ?

Malheureusement la réussite dans son conteste actuel est dans les mains des autres qui ne cesse de tuer notre culture (médias et festivités) ; elle dépend d’eux ; et lorsque un peuple arrive à ce stade il ne faut attendre que la chute et la mort des cultures. Mais lorsque en travail par amour et force ; on produit la qualité ; on joue avec les professionnelles ; on n’attend jamais des applaudissements des autres ; on croie à ce qu’on fait ; on vise l’histoire ; nous arriverons avec grande confiance.

Parlez-nous de vos publications et vos projets d’avenir ?

Le 9 ème CD du groupe Mallal est en état de finalisation ; un nouveau recueil de poésie intitulé « awal n usammer » apparaitra bientôt ; ainsi qu’un court métrage sous titre « anu ».

David HARD a dit: «lorsque un jeune de Sud-est veut aider sa famille, il faut la quitter!». à quel point ces dits sont vrais ?

Oui il est fort dans toutes ces conceptions ; cet historien anthropologue qui connait le sud plus que nous ; j’ai tiré ma chanson « amersal » ou terre salée à partir de cette idée de Hard ; la marginalisation de notre zone géographique touche à tous les cotées le non développement de la région ; la plus grande des conséquences est la pauvreté ; heureusement que l’étranger vient à l’aide des habitant en arrachant des jeunes à leurs famille ; pour aller travailler ailleurs et envoyer de l’argent ensuite ; c’est l’unique façon presque de survivre au sud-est ; je me demande comment David Hard à deviner ce jeux depuis longtemps.

Après tous ces succès et tout ce long parcours artistique, et si vous devais envoyer un message dans le passé aux générations qui viennent, vous diriez quoi aux jeunes qui se lancent dans la musique ?

Ne chercher pas la célébrité ; éloignez-vous de la jalousie artistique ; donnez assez du temps à votre produit en préparant les trois phases de la chanson avec soin : la bonne poésie ; une musique bien arrangée et une composition recherchée. Dès que vous aurez un micro devant vous n’hésitez pas à déclencher vos vrais sentiments et défendre votre langue et votre culture.

Enfin, si vous pouviez choisir, quel serait l’artiste avec le quel vous aimeriez faire un duo ?

Je n’ai jamais pensé mais ça sera avec IDIR ou Ait Menguellette.

Entretien réalisé par Mustapha MEROUAN

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