LE «JURASSIC PARK» POLITIQUE DU MAROC

Dr. Mohamed CHTATOU

Il va sans dire que le Maroc est un pays millénaire pourvu de grandes traditions, de vieilles et solides institutions politiques et étatiques et de riches cultures. En somme, un grand pays dont la superficie, il y a quelques siècles de cela, s’étendait, sur un axe nord-sud, de Tlemcen jusqu’au fleuve Sénégal et, sur un axe ouest-est, de Fès jusqu’à Kairaouan.

Toutefois, ce grand pays d’antan, en dépit d’une position géographique très stratégique, d’une histoire riche en événements qui ont façonné le monde, et d’une culture variée et fortement attractive, semble vivre aujourd’hui dans une sorte de bulle hors-temps et hors-espace et semble être tiraillée, d’un côté, par un passé très pesant et des traditions ancestrales très fortes, tous des boulets au pied, et, de l’autre, par la modernité et les exigences du renouveau. Il est à la fois, en toute absurdité, dans les deux camps sans vraiment l’être et, par conséquent, il est sujet à un tiraillement perpétuel, source de beaucoup de traumatisme et de souffrance pour tout le monde.

Le contour du paysage politique d’antan

Historiquement parlant, au 19ème siècle et avant, la scène politique marocaine était dominé par deux acteurs politiques principaux : le Sultan, « Commandeur des Croyants » :amir al-mou’minine,et son administration et appareil étatique très lourd et corrompu: le Makhzen, tantôt répressif et tantôt conciliant mais considéré par tous comme :autorité bienveillante symbole de stabilité. De l’autre côté, on trouve les zaouïas, les confréries et les oulémas qui représentaient un contrepoids au pouvoir sultanesque. Toutefois, il faut signaler qu’àun moment de l’histoire du Maroc, le pouvoir confrérique a essayé activement de remplacer l’institution monarchique, c’est le cas de la Zaouia Dila’iyya.[i] Cette zaouïa perdit de son importance avec l’arrivée des Alaouites au pouvoir en 1666 sous le sultan Moulay Rachid (1631-1672) et fut définitivement rasée par le sultan Moulay Smail (1645-1727) en 1689.

Photographie du sultan Hassan 1er en 1873

Le Sultan Moulay Hassan 1er (1836-1894), aspirant à la modernisation du paysage politique marocain, s’était engagé auprès des tribus, des oulémas, des zaouïas, des confréries et des principales composantes de son peuple à promouvoir un système politique fondé sur le concept coranique de la choura (la consultation) et à faire en sorte que toutes les forces vives de la nation marocaine renaissante puissent s’exprimer en toute liberté et dignité, dans le cadre d’un état musulman, tolérant et ouvert sur le monde.[ii]

Paysage partisan après l’indépendance

Le paysage politique marocain est, certainement,  l’un des plus prohibitifs de nos jours dans la région. Il reste le domaine quasi exclusif d’une certaine élite, qui se croit dépositoire d’une mission sacrée, puisant ses racines dans l’histoire et, plus particulièrement, la phase de la résistance politique au Protectorat français qui avait débuté officiellement le 11 Janvier 1944, lors de la présentation du fameux Manifeste de l’Indépendance aux autorités coloniales par l’entremise du Sultan Mohammed Ben Youssef.[iii]

Ce clan politique très fermé ne fut investi par de nouveaux membres qu’au début des années soixante du siècle dernier, par l’arrivée d’un nombre important d’acteurs politiques issus de ce qu’on appelle communément les  » Partis Cocotte-Minute  » qui furent  » parachutés  » au sein de ce club des élites par l’administration pour fausser le jeu politique et circonscrire la fougue et l’énergie des élites politiques nationalistes et de la jeunesse.

Jean-Claude Santucci, résume le paysage politique marocain de la façon suivante, pertinente et critique :[iv]

« Ancrés dans l’histoire politique du Mouvement national, et largement associés dans la lutte anti-coloniale aux côtés du Sultan, les partis marocains avaient vocation à s’attribuer sinon la plénitude du moins une part prépondérante de l’exercice du pouvoir dans le Maroc indépendant. En réalité, et malgré la reconnaissance constitutionnelle de leur fonction d’or­ganisation et de représentation des citoyens, la monarchie marocaine a déployé une stratégie de dépérissement et de marginalisation des formations issues du mouvement national, tout en perpétuant un pluripartisme qui serve à maintenir et conforter son leadership. Les multiples élections qui ont scandé l’histoire politique du Maroc, ont fourni un cadre d’expression et de renouvellement du champ partisan, soigneusement contrôlé par la Monarchie et dénué de toute dimension réellement compétitive quant aux enjeux d’appropriation du pouvoir. En dépit de la libéralisation du régime amorcée depuis une décennie, et qui a laissé entrevoir un certain renouveau partisan, le multipartisme marocain relève du « pluralisme autoritaire », avec les contraintes et les dilemmes imposés par les modes de régulation politique des régimes autoritaires : pour les formations, accepter de continuer à jouer le jeu de l’intégration ou de la cooptation au risque d’affaiblir leurs assises sociales et d’augmenter leur discrédit populaire ; pour la monarchie, s’assurer du concours des structures partisanes à travers une certaine légiti­mité électorale, pour garantir sinon son hégémonie du moins sa stabilité et sa survie. »

Ainsi, dans les décennies 70 et 80 du siècle dernier, le paysage politique marocain se caractérisait par l’existence de deux tendances politique dominantes : La Koutla et le Wifaq :

  • Le bloc démocratique, connu sous le nom de la Koutla (bloc), qui se dit être le dépositaire du mouvement national qui amena le Maroc à l’indépendance en 1956, se composait d’un parti conservateur de droite l’Istiqlal et de trois partis de gauche USFP, PPS et OADP. Bien sûr le Parti de l’Istiqlal n’est autre que la grande formation politique nationale qui affronta de face le Protectorat français, sans relâche, jusqu’à l’avènement de l’Indépendance. Son aile gauche se rebella contre ses orientations politiques en 1960 et créa, sous la houlette du sulfureux Mehdi Ben Barka, au début des années 60, l’UNFP, qui, plus tard, connaîtra une scission, lui-même, donnant naissance à l’actuel USFP. Le PPS, n’est autre que l’ancien parti communiste marocain. Quant à l’OADP; c’est une formation d’extrême gauche qui, après des années de clandestinité, décida de travailler dans la légalité.
  • Le Wifaq (entente) se composait de quatre partis : RNI, UC, MP et PND. Outre le MP, les autres partis ont été créées après les élections législatives de 1976. Pour beaucoup d’observateurs et pour l’homme de la rue ses partis sont le fait de l’administration donc des  » Partis Cocotte-Minute« .
  • Le centre: jusqu’à présent on ne peut pas dire en toute confiance qu’il existe des partis de centre au Maroc, pour la simple raison que cet espace politique semble être une sorte d’antichambre ou salle d’attente pour aller ailleurs, sachant pertinemment que la transhumance politiquetirhalsiyyasi et l’une des caractéristiques les plus saillantes du paysage politique marocain. Sont actuellement dans le bloc du centre des partis tel que le RNI d’Akhennouchet le MP de Laenser, un dinosaure politique, élu récemment à la tête du parti pour la 9ème fois.
  • Le bloc islamiste composé exclusivement du PJD (Parti pour le Progrès et le Développement) qui forme aujourd’hui le gouvernement sans gouverner en dépit de sa majorité au parlement, avec la présence dans le background du vociférant et fougueux mouvement d’al-Adlwa
    al-Ihsane, qui est sans aucun doute la seule opposition en présence au pays.

En dehors de ces blocs, une multitude de partis de gauche, d’extrême gauche ou de tendance islamiste qui travaillent, soit dans une sorte de semi-clandestinité non-déclarée officiellement ou dans la légalité mais de façon intermittente. Ils ont l’air d’être des partis qui attendent la déconfiture des partis au pouvoir pour intervenir dans l’arène politique. Ils sont pour le moment des partis spectateurs mais fortement agitateurs sans être violents.

Il était une fois la Koutla

Mais la composition du paysage politique marocain ne s’arrête pas là, car en fait il y a des partis d’ombre (shadow partis) qui peuvent être utilisés d’une façon ou d’une autre pour rectifier la carte électorale. Ces parties en question sont des shadowmovers, des associations dites culturelles et économiques que la Koutla avait surnommées dans sa presse, dans le passé, les «associations des montagnes, des rivières, des vallées et des mers» parce qu’elles portent toutes de tels noms : Association Bouregreg, Association de la Mer Méditerranée, Association Grand Atlas, Association Fès Saiss, Association Ribat Al Fath, Association Carrières Centrales, etc.… Elles sont présidées par d’actuels ou anciens grands commis du Makhzen et ont accès, apparemment, à un budget colossal mis à leur disposition par l’état en toute générosité. Mais ce que les acteurs politiques traditionnels n’ont pas pu  » digérer  » en ce qui concerne ces associations, c’est le fait que l’état leur a accordé le statut d’association d’  » intérêt public  » alors qu’il l’a, d’une façon ou d’une autre, toujours refusé à d’autres associations qui ont pignon sur rue depuis plus de 30 ans.

Le grand apport de ces associations est, sans nul doute, la mobilisation des masses sur le plan régional. Elles sont bien dispersées sur le plan géographique sur la presque totalité du territoire national. Elles jouent le rôle d’affluents, sans lesquels le fleuve, c’est-à-dire le parti docile au Makhzen, ne peut exister, et accomplissent avec abnégation la dure tâche de rabatteurs de gibiers.

Paysage politique actuel : prolifération de partis

Le Maroc compte désormais plus de 36 partis politiques de tous les horizons, ainsi que plusieurs organisations syndicales.Plus de soixante ans d’existence séparent certains vieux partis de ceux qui ont eu plus tard leur baptême politique.

Parlement marocain, haut lieu de la surenchère politique

En 1933 naquit la première structure politique officielle du pays, symbolisée par le Koutla de l’Action Nationale. La même année, la ville de Tétouan verra la naissance d’un deuxième parti politique, le Parti National de la Réforme. Un autre parti national de la Réforme a fait son apparition en 1937 à Fès, sous la présidence d’Allal El Fassi, futur chef du parti d’Istiqlal, qui serait créé par la suite.

Plus tard, d’autres partis vont voir le jour. Il s’agit du Parti communiste Marocain (PCM), fondé en 1943, du Parti d’Istiqlal (PI), créé en 1944 et du Parti Démocratique et de l’Indépendance (PDI), apparu en 1946.Ces deux derniers proviennent du Comité National d’Action créé dans les années trente par les nationalistes marocains pour contrer le dahir berbère (qui n’a bien sûr de berbère que le nom) et qui présente des demandes de réformes politiques et sociales aux autorités françaises du Protectorat.

Quant au PCM, il sera interdit en 1952 et réapparaîtra en 1969 sous le nom de Parti de la Libération et du Socialisme (PLS), puis sera légalisé en 1974 sous la bannière du Parti du Progrès et du Socialisme (PPS).

De 1956 à 1999, douze partis ont vu le jour, dont le Mouvement Populaire (MP), créé en décembre 1958, le Front pour la Défense des Institutions Constitutionnelles(FDIC), en 1963, le Mouvement Populaire Démocratique et Constitutionnel (MPDC) en 1965, avant d’être renommé plus tard Parti de la Justice et du Développement (PJD),de tendance islamiste, actuellement au pouvoir.

Logo du plus ancien parti marocain

Suite à la Marche Verte, l’Union Socialiste des Forces Populaires (USFP)est créée en 1975, émanation de l’Union Nationale des Forces Populaires (UNFP), créée en octobre 1959 par le sulfureux Mehdi Ben Barka après une scission au sein du PI.

Trois nouveaux partis politiques sont apparus sur la scène politique marocaine au cours de la décennie suivante: le Parti National Démocrate (PND) en 1979, l’Union Constitutionnelle (UC) en 1983 et le Parti du Centre Social (PCS) en 1984.

Cinq autres partis se sont formés dans les années 1990: le Parti de l’Avant-Garde Démocratique et Sociale (PADS), fondé en 1991 en même temps que le Mouvement Populaire National (MNP), le Mouvement Démocratique et Social (MDS) et le Parti Socialiste Démocratique (PSD) en 1996, puis le parti du Front des Forces Démocratiques (FFD) en 1997.

En ce qui concerne les « partis du troisième millénaire », quatre d’entre eux sont nés en 2001: l’Union Démocratique (UD), le Parti des Forces Citoyennes (PFC), le Congrès National Ittihadi (CNI) et le Parti de la Réforme et du Développement (PRD). .

Six autres sont nés en 2002: Alliance des Libertés (ADL), Initiatives Citoyennes pour le Développement (ICD), Le Pari du Renouveau et de l’Equité (PRE), Le Parti Al Ahd, Le Parti de l’Environnement et du Développement (PED), Parti Libéral Marocain (PML).En 2002, la scène publique a vu naître, aussi, le Parti de la Gauche Socialiste Unifiée (PGSU), résultat de la fusion de l’Organisation pour l’Action Démocratique et Populaire (OADP), du Mouvement des Démocrates Indépendants (MDI) et du Mouvement pour la Démocratie (MPD). Aujourd’hui, ce parti a changé de nom et est devenu le Parti Socialiste Unifié (PSU).

Le Parti Authenticité et Modernité (PAM) est né le 20 février 2009, date de la tenue de son premier congrès constitutif.

Au sujet de la multiplicité des partis politiques au Maroc moderne, l’analyste politique Hassan Zouaoui écrit dans Huffpostun article intitulé : « La crise des partis politiques marocains » :[v]

« Il est vrai qu’au Maroc, la multiplicité des partis s’inscrit dans le droit fil d’une stratégie visant à réduire le poids des formations politiques majeures et à contrecarrer leur développement en favorisant leur scission et en mettant en place des structures de moindre force. En outre, cette stratégie a été facilitée par la « tendance oligarchique » qui prévaut au sein des formations politiques marocaines. Ce phénomène a donné naissance aux « enfantements » de partis, en reproduisant certes le modèle anthropologique de la tribu qui se scinde en fractions puis en petits groupements plus ou moins homogènes. Le résultat est une pléthore de petites formations, avec pour conséquence, un système partisan plus « fluide » et plus docile, la désaffection des citoyens, l’absence de militantisme et un abstentionnisme qui ne cesse de mettre en cause la représentation des partis politiques marocains. »

Et affirme indirectement que le Makhzen, par le biais de la cooptation, pratiquée à outrance, depuis le début du troisième millénaire a fini par tuer le parti politique en tant que tel :

« Le principal constat qui se dégage de l’analyse consacrée aux partis politiques marocains est la difficulté à classer ces partis selon les clivages idéologiques, classiques, dans une cohabitation politique où les blocs ne sont pas visibles, et où la dichotomie gauche-droite a perdu tout sens. En d’autres termes, depuis la mise en place du consensus à la fin des années 1990, celui-ci a fonctionné comme un mécanisme de récupération douce du pluralisme partisan, qui est ainsi réduit au rôle assigné par la stratégie makhzénienne, consistant à réaffirmer la prédominance de l’Etat profond.

En effet, la recherche du consensus à tout prix par les protagonistes a entraîné une banalité de l’activité partisane dans le sens où la logique consensuelle a maintenu les forces politiques dans un état de confusion doctrinale inhérente à leurs positionnements politiques. Elle a également induit une réduction des distances idéologiques entre ces forces partisanes. Les principaux partis auraient tendance à renoncer à leurs missions d’encadrement au profit d’une dynamique partisane consacrée dans son ensemble à la course électorale. Ce qui contribue, selon les remarques de Jean-Claude Santucci, à transformer les partis politiques marocains « en écurie de course à la candidature ou en club de supporters pour futurs professionnels de la politique en quête de mandats et de maroquins ». »

Partis politiques en panne

La constitution du Royaume du Maroc de 1996, stipule clairement dans son Article 3 :

 » Les partis politiques, les organisations syndicales, les collectivités locales et les chambres professionnelles concourent à l’organisation et à la représentation des citoyens. Il ne peut y avoir de parti unique « .

Par contre, dans la constitution de 2011, le parti politique est décrit comme suit dans l’Article 7 :[vi]

« Les partis politiques œuvrent à l’encadrement et à la formation politique des citoyennes et citoyens, à la promotion de leur participation à la vie nationale et à la gestion des affaires publiques. Ils concourent à l’expression de la volonté des électeurs et participent à l’exercice du pouvoir, sur la base du pluralisme et de l’alternance par les moyens démocratiques, dans le cadre des institutions constitutionnelles. Leur constitution et l’exercice de leurs activités sont libres, dans le respect de la Constitution et de la loi. Il ne peut y avoir de parti unique.  Les partis politiques ne peuvent être fondés sur une base religieuse, linguistique, ethnique ou régionale, ou, d’une manière générale, sur toute base discriminatoire ou contraire aux Droits de l’Homme. Ils ne peuvent avoir pour but de porter atteinte à la religion musulmane, au régime monarchique, aux principes constitutionnels, aux fondements démocratiques ou à l’unité nationale et l’intégrité territoriale du Royaume. L’organisation et le fonctionnement des partis politiques doivent être conformes aux principes démocratiques. Une loi organique détermine, dans le cadre des principes énoncés au présent article, les règles relatives notamment à la constitution et aux activités des partis politiques, aux critères d’octroi du soutien financier de l’État, ainsi qu’aux modalités de contrôle de leur financement. »

Toutefois, selon l’article premier de la loi no 36-04 de 2006, relative aux partis politiques :[vii]

« Le parti politique est une organisation permanente et à but non lucratif, dotée de la personnalité morale, instituée en vertu d’une convention entre des personnes physiques, jouissant de leurs droits civils et politiques et partageant les mêmes principes, en vue de participer, par des voies démocratiques, à la gestion des affaires publiques. »

Et bien que le parti unique n’a jamais pu élire domicile au Maroc, à cause du choix politique fait par la nation : système politique pluraliste, néanmoins, des partis politiques et, plus précisément, l’Istiqlal, s’est comporté en tant que tel juste après l’indépendance, un fait qui a contribué, largement, au soulèvement du Rif de 1958 et à l’isolement du premier, par la suite, et à la création du Mouvement Populaire, un parti à consonance amazighe, par MohjoubiAherdane (trublion politique et tête brulée du sérail) durant la même période, dont le rôle principal était de casser l’Istiqlal et de le ramener à la forme d’un parti politique, parmi tant d’autres et non un parti-état ou parti unique.

Mais comme toute bonne chose à un revers de la médaille, l’Article 7 de la nouvelle constitution susmentionné a favorisé la prolifération des partis politiques, ils sont actuellement de l’ordre de 36 partis si l’on exclut les grandes associations mentionnées ci-dessus. Pour certains critiques du système politique marocains et surtout les leaders du Hirak d’Alhoceima, ce sont de vulgaires « échoppes politiques » dakakin siyasiya, ni plus ni moins, dont la mission primordiale est de fructifier un fonds commercial politique. Aujourd’hui au Maroc un grand fossé s’est creusé entre les partis politiques et le peuple.[viii] Le peuple, en majorité, considère les partis politiques des institutions have been, pour cause de cooptation efficace par le pouvoir. Pour le moment, ils ne font que partie de la vitrine démocratique et, ainsi, ne peuvent prétendre à aucune crédibilité politique quelconque ou légitimité.

En effet, beaucoup de ses partis sont créés par des groupes de gens afin de défendre leurs intérêts économiques mutuels et fonctionnent, en quelque sorte, comme de grands clubs de football, dont les joueurs offrent leurs services au club le plus offrant lors de la saison des transferts. Cet état des choses favorise la déconfiture de certains partis, et l’émergence d’autres, et cela a pour conséquence, parallèlement, l’institutionnalisation de la « transhumance politique » tirhalsiyasi dans le paysage politique et la fragilité des structures partisanes.[ix]

En majorité, les partis politiques marocains sont très faibles sur le plan idéologique ainsi que sur le plan organisationnel et sur le plan programmes.Souvent leurs déclarations d’intention et leurs objectifs se résument en quelques tournures ambiguës qui peuvent se lire de mille façons et beaucoup de devises à portée mobilisatrice et publicitaire.

Au fait, bien que la Koutla des années 70 et 80 était bien étoffée sur le plan idéologique, toutefois, elle était incapable de présenter un programme économique fiable ce qui explique le piétinement du gouvernement d’alternance politique d’El Youssoufi des années 90, après 20 mois au pouvoir.

En réalité, les partis politiques marocains sont dirigés par des politburos ou siègent en majorité des politiques et peu de gens qui sont versés dans les affaires économiques et sociales. Pire, ces partis  n’ont pas de think tank pour les épauler, en ce qui concerne les affaires en dehors de la politique générale, à part, bien sûr, le PJD qui s’adosse sur le MUR (Mouvement Unicité et Réforme) pour ses référentiels religieux et fatwas,[x] chose qui fait que les programmes à vocation économique qu’ils présentent au public sont des coquilles vides et ne peuvent en aucun cas, ni satisfaire les besoins économiques des électeurs, ni développer le pays sur le plan économique.

En majorité, les partis politiques marocains se disent être des partis démocratiques mais la réalité est autre. Ils sont des institutions dirigées par le sommet et où la base a très peu de marge de manœuvre. Donc, toute orientation d’ordre idéologique ou autre va du haut vers le bas et presque jamais dans le sens contraire, et dans le casoù la base fait montre d’airs de doute ou de sentiments d’indépendance des militants idéologues de pointe sont mobilisés pour faire changer aux militants de base leurs opinions en utilisant, en premier lieu, la carotte et, en dernier ressort, le bâton sous forme d’exclusion. Une fois ces militants sont exclus, on les taxe d’agitateurs à la solde de l’administration ou d’un mouvement politique adverse.

Mohand Laenser, dinosaure sacré du Mouvement Populaire, élu pour la 9ème fois

Les élections au sein du parti sont généralement  » cuisinées  » d’avance, donc il n’y a jamais de place pour les surprises de la démocratie. Mais dans le cas où l’on ne peut pas en contrôler le résultat on évite de les tenir, tout simplement.

A la différence des démocraties libérales, les partis politiques marocains sont des institutions hautement centralisées avec un parfum de tribalisme et de patriarcat : à la base on trouve des sections de parti et non pas des partis de base, ce que les anglo-saxons appellent local party. Les sections ne bénéficient pas d’indépendance politique et encore moins de moyens financiers adéquats, la direction centrale tient toutes les commandes et peut les manipuler à sa guise. Donc les partis politiques marocains sont à l’image de l’establishment marocain ; hautement centralisés et faisant montre de démocratie de vitrine. Tout est décidé par la direction nationale, les sections locales sont faites pour le suivisme politique, ni plus ni moins, à quelques exceptions près.

Au niveau central, les partis sont dirigés par un « comité exécutif  » ou un « bureau politique  » coiffé par un « secrétaire général ». Entre le « congrès » et le « comité exécutif » il y a généralement un « conseil national » composé d’une centaine de cadres du parti qui siègent une fois par an pour débattre des sujets généraux et dossierschauds et faire des recommandations au comité exécutif. Ce comité a le contrôle, aussi, de toutes les institutions parallèles du parti : telles celles des étudiants, des jeunes, des femmes, des cadres, etc.… ainsi que les syndicats affiliés. Toutes velléités indépendantistes dans ces institutions sont « réprimées » par des élections « cuisinées » ou par la « mise en sourdine »ou « mise en quarantaine »des activités de l’instance en question.

Actuellement, la majorité des partis politiques en présence connaissent beaucoup de problèmes sérieux imputés an manque de démocratie et de transparence au sein de leurs structures du sommet. Beaucoup de voix s’élèvent contre leur immobilisme ce qui les discrédite aux yeux de l’opinion publique. Certaines de ces voix critiquent les premiers secrétaires de ses partis pour leur mainmise sur tous les appareils de l’institution  tels les journaux, les instances du parti, etc.… et fustigent leur pouvoir stalinien, sans partage.

Les jeunes fuient la politique ; laHrigpolitique

Beaucoup d’observateurs se demandent pertinemment pourquoi la politique fait peur à la jeunesse marocaine, alors qu’ailleurs elle exerce une fascination, sans limite, sur eux. Pendant les années 60, 70 et même les années 80, la répression policière contre les militants de gauche ainsi que tous ceux qui se montraient hostiles à la monarchie exécutive, était tellement sauvage qu’elle a fini par terroriser les jeunes et les a poussés à fuir la politique une fois pour toute. Cet état des choses est devenu par la suite un état d’âme bien ancrée dans les mœurs.

Il faut dire, toutefois, que pendant l’ère Oufkir, beaucoup de jeunes ont été poussés par les partis dans l’arène politique mais une fois tombés dans les mains de la répression policière ils ont été soit récupérés par le système, soit broyés par la machine de l’état sans que personne ne se soucie de leur sort.Les Années de Plomb 1960-1996 ont poussé la jeunesse à se donner à d’autres activités que la politique et cet état de choses est devenu à la longue une tradition pour ne pas dire une phobieou bien un comportement qui s’est inscrit dans l’ADN des Marocains.

Les jeunes ont fui la politique, aussi, parce qu’ils se sont rendus compte que la mobilité et la promotion au sein des partis marocains est généralement inexistante ou dans le cas contraire, une entreprise semée d’embûches et parsemée de peaux de banane, ce qui fait que toute ambition dans ce sens est sujette à un grand risque.

La jeunesse crie son ras-le-bol

Il faut pas oublier aussi que la culture qui sévit au sein des partis se base sur le népotisme, le copinage, le clientélisme et surtout la notion d’identité tribale qui n’a jamais disparu de la philosophie du marocain et encore moins de celle de l’animal politique.

D’ailleurs, la  politique  » ou  » boulitik  » dans le langage du marocain moyen a été depuis l’indépendance un sujet tabou, à éviter comme la peste. Kevin Dwyer, un anthropologue américain, a très bien illustré ce phénomène de phobie dans un  excellent ouvrage intitulé « Moroccan  Dialogues » (Dialogues marocains), dans lequel il traite du Maroc par le biais de dialogues candides avec un Amazigh du Souss. A une question concernant sa position sur la politique au Maroc, la réponse de l’interlocuteur était sans appel :

 » on parle pas politique, la politique est synonyme de problèmes « .[xi]

Couverture du livre

La survie des dinosaures

Cette peur de la politique de la part des jeunes a été et est toujours hautement bénéfique pour les leaders historiques des partis politiques. A la longue ces leaders sont devenus des patriarches et des zaïms difficiles à déboulonner ou  remettre en question, sauf en cas de mort subite, bien sûr. D’ailleurs, depuis l’indépendance les changements à la tête des partis politiques marocains n’ont eu lieu qu’après la mort de leurs leaders: Allal El Fassi (Istiqlal), Abderrahim Bouabid (USFP), Ali Yata (PPS), Arsalan Jadidi (PND), Maati Bouabid (UC).

En somme, le seul changement qui a eu lieu à la tête d’un parti politique alors que son zaïm était toujours en vie, s’est passé du sein du MP, où Mahjoubi Aherdane a été détrôné par son poulain Mohamed Laenser dans «un coup d’état  interne », orchestré, paraît-il, par l’administration. Mais Mahjoubi Aherdane, en vieux routier qu’il est, s’est vite fait une virginité politique et a constitué un parti sur mesure, le MNP (Mouvement National Populaire), à base d’allégeance tribale. Quant à la seule et unique démission d’un zaïm politique est celle d’Abderahmane El Youssifi de son poste de Premier Secrétaire de l’USFP, après la fin de l’expérience de l’alternance politique. En effet le 28 octobre 2003, il démissionne de son poste du Premier Secrétaire de l’USFP et quitte la scène politique pour toujours.

En perspective, les partis politiques marocains semblent être faits à la mesure de leurs zaïms, d’où la promotion du culte de personnalité comme cela se passait dans les pays de l’Est avant la chute du mur de Berlin. D’ailleurs ses zaïms à leur mort, sont considérés par les militants comme presque de grands saints dont la baraka (grâce divine) continue à avoir des effets bénéfiques sur le parti, longtemps après leur décès. N’est-il pas le cas, toutefois, que les journaux des partis ne parlent que d’eux et de leurs qualités pendant toute la durée du deuil qui est généralement de 40 jours ?

Les zaïms des partis, en conséquence de cette culture politique, sont devenus, à la longue, des monstres sacrés pour ne pas dire des dinosaures friands de pouvoir. Depuis l’intronisation du Roi Mohammed VI, la décrispation politique a pris une allure telle que beaucoup de tabous sont tombés comme des châteaux de carte, ainsi le mot  » dinosaure  » est utilisé de plus en plus pour faire allusion aux leaders politiques. La preuve c’est que l’hebdomadaire  » La vie économique  » avait reporté qu’Abderrahman El Youssoufi avait refusé de serrer la main au sociologue feu Mohamed Guessous, membre du comité exécutif de l’USFP, parce que celui-ci avait utilisé le mot  » dinosaure  »  pour faire allusion aux leaders politiques. Dans le même contexte le même journal rapporte une déclaration de Mohamed Achaari, ex-Ministre des Affaires culturelles qui fustigeait la mainmise des dinosaures sur la politique au Maroc.

Le dinosaure d’Erfoud ne veux pas de ceux de Rabat

Donc, sans vouloir verser dans la polémique, on peut métaphoriquement parlant dire que le paysage politique marocain est un vrai parc jurassique et comme donc le fameux film de Steven Spielberg  » Jurassic Parc « , tout contact avec le monde extérieur peut s’avérer catastrophique aux dinosaures et par conséquent mener à leur extinction rapide et inéluctable. Ici le contact avec le monde extérieur, veut dire l’ouverture sur l’Occident démocratique. Mais, en réalité, il y a maintenant, en présence, un facteur beaucoup plus déterminant qui va, sans nul doute, précipiter l’extinction de ces monstres ; c’estles conséquences de l’après Printemps arabe de 2011 qui a causé la destitution et/ou la mort de plusieurszaïms arabes, lire dinosaures politiques,tels que Hossni Moubarak, MouamarQaddafi, Ali Saleh, Zine Al-Abidine Ben Ali et la fin de leur dictatures militaires et patriarches et la progression, lente mais inéluctable, des Arabes vers la démocratie.

Pour le politologue BicharaKhader, les révolutions arabes sont un vrai tsunami politique, sans précédent dans l’histoire contemporaine du Monde arabe :[xii]

« Le brutal surgissement de l’événement révolutionnaire a été la riposte des sociétés civiles arabes à des décennies de dérives autoritaires. Brutal ébranlement certes, mais ce n’est pas un météorite tombé par hasard sur une banquise. Même imprévu dans la forme qu’il a prise, l’ébranlement n’était pas moins prévisible. Il y a eu, par le passé, des précédents dans des contextes différents :l’intifadah palestinienne en 1987, le printemps algérien de 1988, le printemps tunisien au tournant de 1990, le printemps de Damas, début 2000, l’ouverture parlementaire koweïtienne. Mais aucun précédent n’a donné lieu à un tel « tsunami » politique, à un tel chambardement. Attribuer tout cela aux « vents de la mondialisation », aux réseaux sociaux, aux chaînes satellitaires, serait un peu court, bien que cela ait joué dans l’amplification du phénomène. Plus fondamentale est l’usure de la logique autoritaire ou plutôt sa dérive prédatrice et dynastique. »

Les dinosaures sont partout

Si la majorité des partis politiques souffrent du « syndrome des dinosaures« , l’administration et les rouages de l’état sont le terrain de prédilection de ces monstres dévastateurs qui, ne reculent devant rien. Le secret de leur longévité proverbiale se résume dans le fait qu’ils ont, des années durant, créé des communautés de disciples qui profitent de leur générosité en contrepartie de l’allégeance aveugle, attachement indéfectible et fidélité sans conditions. Cette atmosphère est constamment tonifiée par la corruption, l’abus du pouvoir et le clientélisme.

Il y a quelques années de cela, feu S.M. Hassan II avait demandé une rotation périodique des commis de l’état. Si cela a eu lieu, cette opération n’a pas inquiété les  » dinosaures  » qui sévissent toujours dans l’administration et les postes clés de l’état et gênent, incontestablement, l’effort du développement à cause de leurs pratiques douteuses et immorales.

En Juillet 1996, un journaliste britannique du quotidien Londonien  » The Daily Telegraph « , à une question que lui a posé un autre journaliste sur les ondes de la Radio BBC (service International) au sujet de la culture politique au Maroc, avait répondu que ce qui l’a frappé le plus au Maroc, durant son séjour d’un mois, c’est qu’il voyait et rencontrait toujours les mêmes personnes, tous d’un certain âge et d’une certaine époque, là où il allait. Il en a conclu que le Maroc est un pays jeune gouverné par des vieux.

En réalité, cet état de choses est le résultat d’une culture millénaire qui a toujours glorifié les vertus et la sagesse, de l’âge et de la séniorité. Cette pratique est, certes, louable, mais poussée à l’extrême elle devient un grand obstacle pour la marche normale des affaires dans la vie, car plus on est jeune plus on est dynamique et ambitieux et plus en est créatif. Donc, il est tout à fait légitime de se demander si un pays gouverné par des vieux n’est pas condamné, par conséquent, à glorifier le passé et l’immobilisme au lieu d’œuvrer pour l’avenir et le changement.

De grâce libérez le génie marocain

Le Maroc est un pays qui à d’immenses ressources humaines, mais malheureusement ces ressources sont on  bien ignorées et  » boudées  » ou bien mal utilisées. Ainsi, le génie marocain reste prisonnier des carcans d’un conformisme d’un autre âge et d’un conservatisme dépassé.

Ainsi, les partis politiques sont appelés à ouvrir grandes leurs portes aux jeunes et leur permettre de prendre les commandes comme cela s’est passé en Grande Bretagne avec Tony Blair, dans les années 90 du siècle dernier et ailleurs en occident. En effet, en 2017, la France s’est débarrassée de ses hommes politiques traditionnels pour faire confiance à la jeunesse d’Emmanuel Macron et son parti : La République En Marche !

Les partis politiques et l’administration marocains doivent se débarrasser de leur  » graisse » qui rendent leur démarche lourde et œuvrer à devenir un outil de développement et non un obstacle. La machine économique doit fonctionner à plein régime pour contribuer davantage à l’émergence de ce pays. Last but not least, l’homme doit être moins égoïste avec ses connaissances, sa richesse, son temps et son amour pour son pays.

Avec tous ses ingrédients on est sûr de gagner le pari du décollage économique et de mettre le Maroc, une fois pour toutes, sur les rails du 3ème millénaire.

A bon entendeur salut !

Notes de fin :

[i]La zaouïa de Dila est une confrérie soufie marocaine fondée vers 1566 et qui joua un rôle prépondérant dans la vie politique et religieuse marocaine au xviie siècle.Tenant son espace d’origine et d’accroissement au sein des tribus berbères du Moyen Atlas, la zaouïa de Dila atteint son apogée vers 1659, en contrôlant une grande partie du nord du Maroc et en ayant son leader, Muhammad al-Hajj ad-Dila’i, proclamé sultan à Fès.

La zaouïa de Dila arrive à son apogée au milieu du xviie siècle, après avoir commandité l’assassinat d’El-Ayachi en 1641, en étendant son influence sur les villes de Fès, Tétouan et Ksar el-Kébir et sur l’embouchure du Bouregreg, ainsi que sur les plaines du nord-ouest et le couloir de Taza jusqu’à la Moulouya.

Muhammad al-Hajj, chef de la zaouïa, gouverne ainsi Fès dès 1641 et y est proclamé sultan en 1659, à la suite du décès du dernier sultan saadien Ahmad al-Abbas. Il en est délogé en 1663 par les Alaouites, qui prennent l’ascendant et entreprennent la réunification du Maroc.

[ii]Michel Boyer (ancien officier supérieur et docteur en histoire), Le Grand Jeu des équivoques : La Mission militaire française sous le règne de Moulay Hassan Ier, Casablanca, La Croisée des chemins, 2016, 268 p.

[iii]http://www.lopinion.ma/def.asp?codelangue=23&id_info=18710

[iv]https://journals.openedition.org/remmm/2864

[v]https://www.huffpostmaghreb.com/hassan-zouaoui/la-crise-des-partis-politiques-marocains_b_16748870.html

[vi]« Constitution du 1er juillet 2011 : Titre premier. Dispositions générales », sur Mjp.univ-perp.fr .

[vii]Dahir no 1-06-18 du 15 moharrem 1427 (14 février 2006) portant promulgation de la loino 36-04 relative aux partis politiques, p. 334 ; lire à son propos Bendourou 2005-2006

[viii]http://article19.ma/accueil/archives/52392

[ix]  Jean-Claude Santucci  « Le multipartisme marocain entre les contraintes d’un « pluralisme contrôlé » et les dilemmes d’un « pluripartisme autoritaire » »,Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, nos 111-112,‎ mars 2006.

[x]http://fr.le360.ma/politique/voici-la-fatwa-du-mur-au-sujet-de-la-balade-amoureuse-du-ministre-yatim-a-paris-175609?utm_source=Le360.ma+Mailing&utm_campaign=bcc7240b86-my_google_analytics_key&utm_medium=email&utm_term=0_9a48a4e55c-bcc7240b86-253049597

[xi]  Dwyer, K. 1982. Moroccan dialogues :Anthropology in Question. Baltimore and London: The Johns Hopkins University Press (November 1, 1982). 328 pages.

[xii]https://www.cetri.be/Le-printemps-arabe-un-premier-2644

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