NON A LA MANIPULATION DE LA MEMOIRE DE LOUNES MATOUB

Durant les années 60/70, tout ce qui s’apparentait au monde berbère était proscris et durement réprimé. Rappelons-nous les arrestations nombreuses et suivies de tortures. Nous pouvons entre autres citer Haroun et bien d’autres.

L’avènement fondateur d’Avril 80 fut si massif que le pouvoir algérien en fut surpris, et infiniment désappointé. Les arrestations d’alors ne purent colmater la large brèche berbère… qui s’est étendue à toute l’Afrique du nord (Tamazgha). Ledit pouvoir en a tiré des leçons.

Pas nous encore.

Aujourd’hui, la donne est inversée. Elle est bien plus dangereuse finalement car l’Etat algérien a changé de stratégie : assimiler graduellement.
L’exemple de Matoub suscite cette réaction défensive/combattive qui s’affirme.

Né, le 24 novembre 2018 à Paris, de la volonté de militantes et militants scandalisé(e)s par l’offensive menée par l’Etat algérien pour l’instrumentalisation de la mémoire de Lounès Matoub et la perversion de son combat, le Collectif pour la défense de la mémoire de Lounès Matoub s’engage à œuvrer pour susciter une mobilisation à même de mettre fin à la profanation qui vise le patrimoine de Lounès Matoub et tout ce qu’il représente.

Il n’est un secret pour personne que l’Etat algérien a su s’appuyer sur un réseau de supplétifs en Kabylie, y compris à Taourit Moussa au plus proche de Lounès, pour mettre en place son plan machiavélique qui n’a d’autre objectif que celui de souiller la mémoire de Lounès et pervertir son combat. Mais de là à penser que l’Université de Tizi-Ouzou – qui de plus, porte le nom d’un autre symbole de l’amazighité, à savoir Mouloud Mammeri – serve d’instrument aux autorités algériennes dépasse l’entendement.

Mettre en œuvre des plans aussi macabres nous semble loin de toute imagination. Pourtant, ce qui s’est passé ce 23 janvier 2019 au sein de cette université a choqué à travers le monde amazigh.

En effet, l’Université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou a annoncé, en novembre 2018, l’organisation d’un colloque en hommage à Lounès Matoub intitulé : L’œuvre de L. Matoub « revisitée ». De quoi se réjouir que l’Université s’intéresse à l’œuvre du Rebelle.

Même si ce n’est pas sans s’étonner que les autorités algériennes laissent les enseignants et la direction de l’Université de Tizi-Ouzou organiser un tel évènement autour d’un chanteur qui, sa vie durant, a combattu, notamment à travers son œuvre, le système algérien et son ADN, l’idéologie arabo-islamique.

Dans la foulée, il a été annoncé, non sans confusion, que l’Université de Tizi-Ouzou allait décerner le prix de la mémoire à titre posthume à Matoub Lounès qui serait l’équivalent du titre de Docteur Honoris-causa qui ne saurait, selon des organisateurs du colloque, être décerné à titre posthume. Et à quelques jours de la tenue du colloque, la presse annonce que le ministre algérien de la culture ainsi que le préfet de police (wali) de Tizi-Ouzou seraient présents à l’ouverture de ce colloque.

Difficile d’y croire à ces annonces tellement il est inimaginable que des autorités algériennes dont la gendarmerie a tiré sur Lounès en 1988 et qui sont responsables de son assassinat en 1998 puissent être mêlées à un évènement en son hommage et, plus est, dans l’enceinte de cette Université où ces mêmes autorités ont été combattues.

Ajouter à cela, la présence au sein des organisateurs d’enseignants qui assument leur appartenance au mouvement amazigh et connus pour l’engagement qu’ils affichent publiquement fait qu’il était difficile de croire à la violation de cette entreprise par les autorités algériennes qui ne sauraient être les bienvenues à un colloque autour de Lounès Matoub.

Mais c’est avec consternation que nous avons assisté le matin de ce 23 janvier à la présence, à l’auditorium de l’université Mouloud Mammeri qui accueillait le Colloque, du préfet de police de Tizi-Ouzou qui a été honoré à la tribune où il a prononcé un discours rendant hommage à Lounès Matoub, ce « chantre de la culture amazighe, de la liberté, de l’exil douloureux et des affres de la guerre » disait le préfet. Ce dernier qui a eu, avec le recteur de l’Université, à remettre à Malika Matoub le Prix de la mémoire décerné à titre posthume à Lounès Matoub.

Au vu de l’ensemble de ces éléments, il est tout à fait légitime de se poser la question sur les véritables motivations de la tenue de ce colloque, et à se demander s’il ne s’agit pas là d’une commande des autorités algériennes qui auraient envisagé de mettre à contribution l’institution universitaire de Tizi-Ouzou afin de mener à bien son plan de récupération.

Abstraction faite des travaux du Colloque et de son volet universitaire et scientifique, cet évènement est une véritable trahison à la mémoire de Lounès Matoub. L’Université de Tizi-Ouzou a été offerte aux autorités algériennes comme espace pour piétiner la mémoire de Lounès Matoub.

Le Collectif pour la défense de la mémoire de Lounès matoub, consterné par cette trahison, condamne avec force les autorités algériennes qui continuent à user de tous les moyens pour instrumentaliser la mémoire de Lounès Matoub et pervertir son combat. Il condamne également toutes celles et tous ceux, en Kabylie, se livrent à la compromission et participent de ces tentatives de récupération des autorités algériennes.

Le Collectif ne lésinera pas sur les moyens pour dénoncer toutes les trahisons et toutes les collaborations avec le système voyou qui visent à porter atteinte au symbole du combat amazigh qu’est Lounès Matoub.

Nous restons convaincus que seule la mobilisation populaire, notamment en Kabylie, est à même de repousser cette offensive de l’Etat algérien contre la mémoire de Lounès. La Kabylie qui tient à sa dignité saura protéger la mémoire de Lounès et se réapproprier ce symbole menacé par l’Etat algérien.

Pour dénoncer les tentatives de l’Etat algérien de porter atteinte à la mémoire de Lounès Matoub et pervertir son combat et appeler à la mobilisation pour protéger ce symbole, le Collectif appelle à un rassemblement au parvis des droits de l’Homme au Trocadéro à Paris, le dimanche 24 février 2019 à 14h30.

Paris, le 30 janvier 2019.

collectif.matoub@gmail.com

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