Comment l’Union Européenne contribue à la radicalisation des jeunes au Maroc?

Honorables Eurodéputées et Eurodéputés du Parlement Européen

Objet : Etes-vous au courant de la contribution de l’Union Européenne à la régression des langues autochtones et à la radicalisation des jeunes au Maroc?

Mesdames et messieurs les eurodéputés(es)

Comme elle a souligné la Directrice générale de l’UNESCO, Mme. Audrey Azoulay, à l’occasion de la Journée internationale de la langue maternelle, le 21 février dernier : «une langue est bien plus qu’un moyen de communication : c’est la condition même de notre humanité.  En elle se sédimentent nos valeurs,  nos croyances,  notre identité.  Grâce à elle se transmettent nos expériences,  nos traditions et nos savoirs ».

Mais malheureusement, vos gouvernements européens et l’Union Européenne, au lieu de promouvoir ces langues maternelles dans nos pays d’Afrique du Nord, ils contribuent à leurs régressions et, par la suite, ils renforcent la radicalisation des jeunes et la prolifération des réseaux du salafisme violent. Comment est-ce possible cela, sachant que l’objectif primordial de vos aides européennes à la coopération c’est de contribuer efficacement à la démocratisation de nos pays sud-méditerranéens?

Actuellement, tout le monde se préoccupe sérieusement de ces jeunes djihadistes, dont leur majorité sont d’origine nord-africaine, qui se sont engagés dans les massacres ignobles et inhumains des civils de la Syrie et d’Irak au sein des rangs de Daech, et qui commencent à y retourner chez eux, au sein de vos différents pays européens. Vos polices française, allemande, hollandaise, belge, espagnole et autres sont toutes en alerte maximum et à l’affût des profils de ces jeunes qui se sont rentrés, – et qui continuent à le faire – au sein de leurs banlieues de vos grandes villes européennes, après que les forces arabo-kurdes des Forces Démocratiques Syriennes (FDS) et leurs combattants de l’Unité de Protection du Peuple (YPG) essaient de réduire leur dernier territoire !

Une chose est évidente, la grande majorité de ces jeunes terroristes islamistes, -comme le cas de Mohamed Merrah ou comme ceux qui se sont impliqués dans les tristes attentats de Madrid du 11 mars 2004, de Paris du 13 novembre 2015, de Bruxelles du 22 mars 2016, de Berlin du 19 décembre 2016, de Barcelone du 17 et 18 août 2017 ou encore, et plus récemment, celui de Strasbourg du 11 décembre commis par Chérif Chekatt et les assassins des jeunes touristes scandinaves (la danoise Vesterager Jespersen et la norvégienne Maren Ueland, à Imlil, près de sommet de Toubkal le 17 décembre dernier)-, ont été séduits par les thèses radicales de l’islamisme politique parce qu’ils souffrent tous, au fond, d’un problème de « crise d’identité », provoqué par un profond déracinement culturel envers lequel les états européens ni les états nord-africains ne se sont pas penchés une fois pour toute à apporter d’efficaces et réalistes solutions (https://amamazigh.org/2017/04/lettre-de-lama-a-la-chanceliere-allemande-angela-merkel-a-propos-de-lavenir-de-leurope/).

Prenant l’exemple concret du Maroc, qui est le pays le plus gâté de Maghreb de la part de la Commission européenne, et qui jouis d’un « statut avancé » avec l’Union Européenne, et qui de ce fait bénéficie de mannes financières fort importantes. Depuis qu’il est lié à l’Union Européenne, par un accord d’association en 2000 et jusqu’à maintenant, le Maroc vient de se classer à la position de 123 sur 189 selon l’Indice de Développement Humain du PNUD (IDH). Fortement pénalisé par le secteur de l’éducation, de l’alphabétisation des adultes et de la santé. Or, précisément c’est dans ces secteurs où l’UE a plus investi. Dans le domaine de la santé elle a dépensé en dix ans plus de 2,2 milliards de dirhams et dans celui de l’éducation plus de 2 milliards DH.

Par rapport au secteur de l’alphabétisation des adultes que l’Agence Nationale de Lutte contre l’Analphabétisme (ANLCA) assure, la délégation de l’Union européenne au Royaume du Maroc a généreusement contribué au programme d’appui à la stratégie nationale d’alphabétisation dans sa première phase (2008-2015) avec 27 M€, dans la deuxième (2011-2018) avec 35 M€ et dans la dernière phase en 2018 avec 50 M€, soit un total de 112 Millions d’Euros (eeas.europa.eu/delegations/morocco_fr/42243/Alphab%C3%A9tisation). Et voilà que M. Driss Jettou, président de la Cour des Comptes et ancien premier ministre, ouvre une enquête de malversations au sein de l’ANLCA. Le pire, selon les révélations du quotidien « Al Akhbar » du 28 février 2019, le directeur d’ANLCA, assuré par M. Abdessamih Mahmoud, a été nommé d’une façon illégale par l’ancien président de gouvernement, l’islamiste Abdelillah Benkiran, et il a doublé le nombre des associations qui bénéficient de ces programmes à 2400 associations assurant l’alphabétisation des adultes, et surtout des femmes rurales, des femmes des petites villes et des quartiers périphériques de grandes villes. Selon ce quotidien, un grand nombre de ces associations ont des relations étroites avec le Mouvement Unité et Réforme (MUR), qui constitue l’aile idéologique des frères musulmans du Parti Justice et Développement (PJD). Ce dernier parti, à la tête de l’actuel gouvernement, exploite explicitement vos précieuses aides à la coopération non pas pour lutter contre l’analphabétisme, sinon pour diffuser plus amplement leurs thèses salafistes, et de déraciner encore plus les populations autochtones du Maroc, en atteste le nombre de jeunes filles et femmes rurales qui se voilent à la suite de suivre ses cours d’alphabétisation. Pire, certains manuels utilisés et financés par l’argent des contribuables européens diffusent par exemple ceci : « Les infidèles parmi les gens du livre, ainsi que les « Associateurs » iront au feu de l’Enfer, pour y demeurer éternellement. De toute la création, ce sont eux les pires » (Réf. : Alqiraâ min ajl altamkin, minhaj ataqwin al asasi lilkibar, kitab almuta3alim, Direction de la Lutte contre l’Analphabétisme, Rabat 2011).

Déjà M. Driss Jettou a déjà mis à nu les dysfonctionnements, les détournements et les malversations que l’ancien ministre de l’Education Nationale, M. Ahmed Akhchichene avait commis, et le voici, au lieu d’être trainé devant les tribunaux, entrain de diriger une des régions les plus importantes du Maroc ! (www.courdescomptes.ma/upload/MoDUle_3/File_3_613.pdf). Ce dernier a le grand mérite de stopper la généralisation de l’enseignement de la langue maternelle et autochtone des millions de citoyennes et citoyens Amazighs. Et les gouvernements, surgit à la suite de la réforme constitutionnelle de 2011, dirigés les islamistes de PJD, réfractaires à reconnaître le calendrier et l’histoire des Amazighs, essaient à tout prix de bloquer, depuis plus de huit années, la sortie des lois de la mise en œuvre du caractère officiel de la langue autochtone du Maroc qu’est l’amazigh. Ils bloquent la généralisation de son enseignement, son introduction dans les administrations…Et essaient d’ignorer volontairement et efficacement les recommandations de l’UNESCO de l’importance de la langue maternelle (https://youtu.be/dE_wHSfsyhc).

C’est ainsi que les dons des pays européens, les budgets des 28 dédiés à la coopération des pays du sud, ne s’accompagnent pas vraiment de résultats positifs, n’améliorent plus le développement humain, ni renforcent guère « la transition démocratique » des pays nord-africains ! Au contraire, ils contribuent à plus d’islamisation idéologique, à plus d’instabilité sociale, et à plus de flux migratoires ! Et en plus de cela, ils contribuent à la disparition des langues amazighes (www.lematindz.net/news/23421-les-langues-amazighes-en-voie-de-disparition-i.html) !

Tout cela revient en grande partie à la faillite du système éducatif marocain, basé sur « la politique d’arabisation », qui continue à exclure les langues maternelles et autochtones. Au lieu de généraliser l’enseignement de celles-ci et qu’elles soient à la base des manuels pédagogiques des six millions d’élèves des écoles publics et de l’alphabétisation de quelques millions d’adultes, comme le préconise le brésilien Paolo Freire et le recommande les instances des Nations Unies dont l’UNESCO, l’Etat marocain continue à maintenir cette rétrograde politique idéologique « d’arabisation », qui véhicule des valeurs en contradiction totale avec les valeurs autochtones amazighes.

De même, le ministère des Marocains Résidents à l’Etranger (MRE), continue à envoyer de nouveaux professeurs en Europe pour enseigner, uniquement, la langue arabe. Le ministère des affaires islamiques fait la même chose en envoyant des imams arabophones et à faire comme si la langue amazighe ne faisait pas partie de l’identité plurielle des marocains et qu’elle n’est pas capable de véhiculer l’enseignement religieux, dont le rite malékite, le plus modéré des interprétations islamiques a été diffusé un peu partout grâce aux imams amazighs… Ce qui a pour conséquence l’exportation de la politique de déracinement culturel et linguistique des marocains en Europe et la continuité à l’approfondissement de leur crise identitaire (https://amamazigh.org/2017/11/lama-interpelle-lunesco-sur-limportance-de-la-langue-maternelle-dans-la-resolution-de-la-problematique-de-leducation-au-maroc-et-dans-les-pays-de-tamazgha/ ).  Les jeunes enfants européens d’origine amazighe, par exemple, mal intégrés à l’école du pays d’accueil, qui ignore tout de leur langue, de leur identité, de leur histoire, et de leur civilisation, en leur imposant une autre langue qu’est l’enseignement de la langue arabe classique, arrivent à devenir des jeunes sans identité claire ; ils ne savent plus s’ils sont « Européens », ou « Arabes » , ou « Amazighs ». Des jeunes perdus, rebelles qui terminent dans leur plus grande majorité dans les milieux de la délinquance, et où une toute petite minorité devient la cible des prédicateurs salafistes au sein des prisons européennes !!!

En définitive, la solution à la crise identitaire des jeunes nord-africains et des jeunes européens d’origine maghrébine, et par extension à la réussite des programmes de l’alphabétisation des adultes en Afrique du Nord, existe bel et bien, et cela réside essentiellement dans l’enseignement des langues autochtones et maternelles. Comme elle l’a souligné Mme. Audrey Azoulay, en cette année 2019, déclarée en étant l’Année internationale des langues des peuples autochtones : « l’objectif de développement durable étant de  « ne laisser personne de côté »,  il est essentiel que les peuples autochtones aient accès à une éducation dans leurs langues. C’est pourquoi, en cette Journée internationale de la langue maternelle, j’invite tous les États membres de l’UNESCO,  nos partenaires et les acteurs de l’éducation,  à reconnaître et à réaliser les droits des peuples autochtones».

Veuillez agréer, Mesdames et messieurs les eurodéputés(es), l’assurance de notre considération fort distinguée.

Rachid RAHA, Président de l’Assemblée Mondiale Amazighe

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