Le fond bibliothécaire de l’anthropologue américain David Montgomery Hart mis à la disposition des chercheurs à la Bibliothèque «Terra» de Béni-Enzar

La Fondation BMCE Bank pour l’éducation et l’environnement a procédé, mercredi 17 avril dernier, à côté de l’ouverture des unités de préscolaire, à l’inauguration de la Bibliothèque Terra à la ville de Beni-Enzar de la province de Nador.

Inaugurée par le ministre de la Culture et de la Communication, M. Mohamed Laâraj en présence notamment du ministre de l’Éducation nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, M. Saïd Amzazi,  de la présidente de la Fondation BMCE Bank, Dr. Leïla Mezian Benjelloun, du gouverneur de la province de Nador, M. Ali Khalil, du directeur général de l’Agence de développement de l’Oriental, M. Mohamed Mbarki,  cette bibliothèque met à la disposition des universitaires, des chercheurs et des étudiants, un ensemble de collections de documents traitant de diverses thématiques en relation avec l’Afrique du Nord, le monde musulman et l’amazighité.

Dans une déclaration à la presse, M. Le Ministre Mohamed Laâraj a indiqué que cette structure culturelle comprend plus de 4.000 ouvrages traitant notamment de sujets liés à l’histoire de la région, du Maroc et celle de l’Afrique du Nord ainsi que des thématiques inhérentes aux sciences sociales et aux traditions et coutumes locales. Et affirme que la dite bibliothèque s’inscrit dans le cadre des efforts consentis en partenariat avec le secteur privé visant à promouvoir le domaine culturel, créer des espaces et centres culturels et favoriser une politique de développement culturel fondée sur un concept de proximité.

Selon Rachid Raha, président de la Fondation Méditerranéenne « David Montgomery Hart » des Etudes Amazighs, qui a signé un accord de coopération avec Dr. Leila Mezian Benjelloun, ce fond mis à disposition de la bibliothèque « Terra », est constitué par une grande partie de la bibliothèque personnel du feu et grand anthropologue nord-américain David Montgomery Hart qu’il lui avait légué et qui constitue un des meilleurs trésors bibliothécaires des études sur le monde amazigh, sur l’Islam, la maghrébologie et les relations historiques entre le Maroc et l’Espagne.

Rappelant que David Montgomery Hart est un des plus grands experts des tribus amazighs (berbères), né à Philadelphie en 1927 et qui s’est éteint le 22 mai 2001 à Garrucha, en Espagne, à l’âge de 74 ans. Selon la biographie écrite par Sarah Barringer Gordon, Hart a vécu de nombreuses années parmi les peuples berbérophones des montagnes du Rif, durant les années 1950 et 1960. Anthropologue de l’Université de Princeton et de l’Université de Pennsylvanie, David Hart a écrit plusieurs livres basés sur ses expériences dans le Rif, dont le plus ambitieux est The Aith Waryaghar du Rif marocain, publié en 1976. Cet ouvrage est considéré comme l’étude ethnographique la plus complète et la plus méticuleuse jamais réalisée sur un peuple. Il a également passé plusieurs années à étudier les Berbères des Ait ‘Atta dans le sud du Maroc. Il a écrit deux livres qui sont considérés comme l’ethnographie standard de cette confédération tribale, Dada Atta et ses quarante grands-fils: l’organisation sociopolitique des Aït Atta du Sud-Maroc et des Aït Atta du Sud du Maroc: vie quotidienne et histoire récente. Anthropologue de la vieille école, David Hart vivait la vie quotidienne des peuples qu’il étudiait et s’appuyait sur des observations de terrain exhaustives et des entretiens pour aboutir à ses conclusions. Akbar S. Ahmed, un anthropologue et éminent spécialiste de l’islam, écrivait: «L’anthropologie de Hart est le reflet de la vieille tradition lorsqu’un anthropologue s’appuyait sur ses oreilles et ses yeux pour ses notes – le lecteur sentait le village et entendait ses bruits – et l’anthropologie était encore un tout -compassant la description d’une société entière. C’est une perspective qui se meurt et la discipline sera la plus pauvre pour sa disparition. ‘ À la suite de ses nombreuses années passées au milieu des Berbères ruraux, Hart était éminemment qualifié pour décrire la société, la culture et l’histoire de ces peuples. Clifford Geertz, anthropologue éminent de l’Institut d’études avancées de Princeton, a déclaré que la dévotion de Hart pour son sujet était une source d’inspiration pour d’autres anthropologues: « chaque cohorte qui travaille au Maroc a son image romantique du lieu … à mon image David Hart, l’ethnographe exultant, est un centre mort ». Hart a également effectué des travaux sur le terrain au Pakistan et des recherches d’archives dans plusieurs pays européens. Il parlait couramment deux langues berbères, ainsi qu’en arabe, allemand, français et espagnol. Hart était également bien connu des anthropologues sociaux d’Afrique du Nord pour la correspondance étendue qu’il entretenait avec d’autres experts. « Comme l’attesteront ses amis du monde entier, sa plume répand un flot incessant d’idées, de commentaires, de préjugés et de projets dans des lettres », écrit le Dr Ahmed. « Ils reflètent l’homme: chaleureux, honnête, insolent, novateur et, par-dessus tout, un anthropologue engagé. » Ernest Gellner, regretté philosophe et spécialiste des sciences sociales britannique, observa que Hart « développa et perfectionna une forme littéraire distincte, la longue lettre ethnographique ». «Parmi ses destinataires et ses bénéficiaires, la plupart des chercheurs travaillant sur les sociétés nord-africaines depuis au moins quatre décennies», a déclaré le Dr Gellner, «son énergie et sa générosité à cet égard, avec ses frais de port, ses données et ses idées, sont tout simplement incomparables. La conséquence en a été que tous ces érudits ont reçu une initiation non rémunérée et une formation approfondie et continue en ethnographie nord-africaine. ‘ Au milieu des années 1960, David Hart a épousé Ursula Cook Kingsmill, une Anglaise qui a vécu avec lui au sein des tribus berbères pendant de nombreuses années. Hart s’installe en Espagne au début des années 1970, où il jouit d’une réputation grandissante parmi les érudits espagnols ayant étudié l’Afrique du Nord. Au milieu des années 1990, une fondation de recherche en son nom a été fondée à l’Université de Grenade. Parmi ses autres ouvrages figurent Guardians of the Khaibar Pass, L’organisation sociale et l’histoire des Afridis du Pakistan et Banditry in Islam: études de cas du Maroc, de l’Algérie et de la frontière nord-ouest du Pakistan.

Source: Le Monde Amazigh, n°219; avril 2019/2969.

Lire Aussi...

Maroc: une experte de l’ONU appelle à agir pour lutter contre la discrimination raciale

Le Royaume du Maroc doit mettre en œuvre un plan global pour s’acquitter de ses ...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *