L’AMAZIGHITE EN RECOURS

mouna-nait-benhendAu nom de l’idéologie pan-arabiste un temps rampante en Afrique du Nord, l’Amazighité a eu à subir venant de toutes parts des violences en règle exercées sous diverses formes et de multiples moyens. Déniée ou ignorée quand elle n’est pas injuriée, elle est dans tous les cas insidieusement sinon ouvertement combattue par les armes des plus déloyaux, dans ce seul objectif imbibé de sacralité d’arabiser histoire, terre, hommes et culture de Tamazgha. Mais quand bien même qu’elle peut donner l’impression de repli ou de résignation, Tamazight, pour ses connaisseurs, en a connu bien d’autres au cours de sa très longue histoire, ne l’a rendant que plus tenace aux avatars dus aux mauvaises rencontres dans la poursuite inexorable de sa fabuleuse trajectoire à travers les âges.

La ligue arabe, un héritage symptomatique

Le panarabisme, en tant qu’idéologie, est apparu au moyen orient par simple concours de circonstances historiques dont l’objectif initial n’est ni la volonté de reconstitution d’une prétendue nation arabe qui n’a jamais existé sous quelque forme que ce soit, encore moins d’une quelconque aspiration de rapprochement de peuples sous un projet de société librement choisi. Ce sont les puissances coloniales qui, comme prétexte à leur but principal de liquidation de ce qui subsistait encore de l’empire ottoman, créèrent dans la foulée de la première guerre mondiale un forum d’essence purement tribal et régional désigné sous le vocable de ligue arabe, prélude à une configuration géopolitique visant à préserver des intérêts à caractère strictement colonial et postcolonial.

L’après deuxième guerre mondiale a vu surgir au moyen orient dans le cadre de frontières improvisées par les puissances dominantes, des états autocratiques se déclarant tous adhérents à cette organisation à laquelle s’adjoindront ensuite les pays nord-africains nouvellement Indépendants, ce contre toute logique sociohistorique et géographique, décisions prises en quasi-clandestinité dans le dos des populations d’essence amazighe par des nationalistes pour la plupart de dernière heure, à la faveur du climat de torpeur né du départ hâtif des anciens colonisateurs, suite à la conclusion d’accords aux contours pour le moins imprécis concernant notamment la question des délimitations territoriales, sujet de conflits toujours d’actualité.

Ce qui au départ n’était qu’une coalition circonstancielle a vu au fil des nouvelles adhésions apparaitre, sur instigation du courant baathiste, l’ambition personnelle nourrie par quelques illuminés moyen-orientaux, de récupérer l’organisation comme tremplin pour s’approprier la paternité d’un empire tout désigné, allant comme ils se plaisaient à se l’imaginer de l’Atlantique au Golf, rebaptisé golf arabe pour l’occasion. Empire qu’ils se veulent, il va sans dire, exclusivement arabe dans l’acceptation tant ethnique qu’historique et linguistique du terme, comme si on pouvait au nom d’un phantasme écarter d’un seul trait tout référent à l’amazighité d’une région de la dimension de l’Afrique du Nord, sans parler de la particularité du Kurdistan ou de la diversité culturelle et religieuse d’un pays de la grandeur du Soudan, entre autres. Les ténors de l’idéologie pan-arabiste ont des noms, ils s’appellent Abdelnasser, Alassad, Saddam. Kaddafi, auxquels il faut ajouter un certain Boukharrouba dit Boumédiane, pour ne citer que les plus célèbres. Concernant ce dernier, originaire des Aurès, communiquant avec ses parents exclusivement en tamazight, mais maladivement influencé par son passage par les medersas du bord du Nil, s’est béatement laissé persuader pouvoir trouver dans l’idéologie de Abdelnasser et ceux qui s’en réclament le filon lui permettant de ravir le leadership politique régional, et du même coup faire oublier que pendant toute la durée de la guerre d’Algérie, confortablement installé dans l’oriental marocain, il n’a pas tiré une seule balle sur le colonisateur
de son pays, dont la libération revient sans conteste aux sacrifices consentis par de vrais patriotes comme Amirouch, Ait Ahmed, Krim Belkacem et Boudiaf, des amazighs dignes de leurs ancêtres, tous amis du Maroc.

Depuis sa création, la Ligue Arabe, comme son nom ne l’indique pas, n’a jamais brillé que par son absence à apporter la moindre réponse aux multiples conflits qui enveniment de façon récurrente les rapports entre la quasi-totalité de ses membres. A son actif, aucun accord commun d’ordre économique, social ou géopolitique digne de citation. Les engagements qu’elle suscite consistent au mieux à sceller quelques rapprochements politiques bilatéraux ou personnels. Les rencontres au sommet ne sont qu’autant d’occasions pour échanges d’accolades entre « frères » le temps de quelquesclichés de caméras, et surtout des moments d’exhibition, qui de ses galons de maréchal gagnés pour services non rendus et guerres lamentablement perdues, et qui du keffieh dernier cri pesant son poids pétrodollars. En regard, de l’autre côté de la méditerranée, l’Union Européenne, 28 états membres, autant de cultures et de langues différentes, chez qui l’entente finit pourtant toujours par l’emporter sur les divergences. La raison des avancées réalisées par cette union est élémentaire : la volonté politique partagée d’assurer la décence économique et sociale des populations qui la composent mais dans le total respect de leurs droits humains identitaires et linguistiques.

Le panarabisme, corolaire de systèmes dictatoriaux

Tout le règne de Boumédiane est marqué par l’obsession de faire oublier l’illégitimité de son pouvoir et sa piètre prestation de moudjahid. Sur le plan intérieur, l’indépendance acquise, de retour du Maroc en 1962 à la tête de troupes fraiches, le colonel n’aura aucune difficulté à écarter les combattants de terrain et leurs dirigeants diminués par le poids de plusieurs années de guerre qu’ils ont eu à supporter seuls face à une puissance coloniale supérieure en armes et en hommes. D’abord à l’ombre de Benbella puis à la tête du régime à l’issue d’un coup d’état inspiré des pratiques baathistes, Boumédiane s’enferme dans la vision paranoïaque de neutralisation de ses rivaux historiques en imposant un système dictatorial à parti unique, assorti d’une politique d’arabisation délirante allant à contrecourant de la réalité historique et des intérêts socioéconomiques de son propre peuple, mais entrant dans la parfaite ligne directrice de ses ambitions étroites et personnelles, impliquant des gages d’arabisation pour obtenir l’appui de l’ Egypte de Abdelnasser.

La politique extérieure de Boumédiane, participant du même besoin de faire diversion sur la légitimité de son régime, se résume en un seul concept, dont ses héritiers ne se départiront plus : faire du Maroc un ennemi irréductible, objet de toutes les fixations, comme pour simplement effacer de la mémoire des algériens que ce pays a hébergé le colonel armes et bagages durant la guerre d’Algérie et qu’il a soutenu sans réserve la résistance algérienne, et ce en dépit de tous les risques encourus pour sa propre souveraineté. La guerre des sables de 1963 tient de cet état d’esprit, de même la création de la chimérique « République Arabe Sahraoui Démocratique », dénomination pour le moins prémonitoire sur les accointances pan-arabistes du colonel, qui en bon démocrate en a décidé ainsi, en vase clos, sans doute après concertation avec l’autre colonel, bourreau du peuple libyen, qui ne se découvre d’âme généreuse que pour le prétendu peuple sahraoui. La ligne directrice qui anime ce que les algériens surnomme la boîte noire, pour désigner le pouvoir qui les dirige depuis l’indépendance, dans sa politique de dénégation de l’intégrité territoriale du Maroc, consiste jusqu’à ce jour à se gargariser invariablement de slogans proclamant leur indéfectible attachement au droit des peuples à l’autodétermination, sans s’embarrasser le moindre du monde de noyer dans le sang toute revendication du simple droit des populations algériennes à affirmer leur identité amazighe. Les kabyles, les mzabs et les touaregs pour ne citer que ceux-là n’en savent que trop.

C’est à Staline, grande ou sinistre figure de l’histoire, selon la lecture qu’on fait de celle-ci, que les plus prétentieux des potentats pan-arabistes aspiraient à régner en maîtres absolus sur un virtuel conglomérat arabe, configuré dans leur imaginaire comme autant de châteaux bâtis en Espagne et, comme si peut être Staline qui veut, ils oublient au passage que l’Union Soviétique qui l’a généré est issue d’une grande révolution, un temps mue par

l’espérance universelle d’émanciper l’humanité et de promouvoir la justice économique et sociale, dont l’écho a raisonné aux quatre coins du monde. Il n’en reste pas moins que l’Etat fondé par Lénine aller connaître, 70 ans seulementaprès sa naissance, un effondrement pathétique, pour cause : la force politique, militaire, et technologique de l’Empire Soviétique, vainqueur du troisième Reich et premier pays à avoir expédié un homme hors de l’atmosphère terrestre, s’est avéré au bout du compte impuissant à étouffer l’aspiration des peuples qui le composaient à la liberté et à l’attachement à leur identité originelle. Sans être un fervent nostalgique de l’Union soviétique, c’est tout de même lui faire injure que d’en établir un quelconque rapprochement ou parallèle avec les misérables dictatures apparues ici et là, au gré de coups d’état perpétrés par quelques capitaines, persuadés chacun en ce qui le concerne incarner l’icône que les « masses arabes » attendent comme un messie pour sceller la destinée de la grande union à qui ne manquait que l’avènement de son auguste personnage.

L’arabisation, corpus idéologique dévastateur

Souvent inculte, lunatique, complexé ou même mentalement dégénéré, quand ce n’est pas tout ça à la foi, le Président Putschiste, grisé par tant de pouvoirs trop facilement acquis, imbus d’aura que les courtisans à l’affut s’empressent de lui témoigner, il ne s’estimera pas en besoin de s’instruire sérieusement sur la diversité socioculturelle des populations dont il s’approprie la gouvernance exclusive. Déjà complexes à l’intérieur de frontières héritées de traçages coloniaux déconnectés de toute réalité d’ordre ethnique ou géographique, cette diversité que les pan-arabistes se démènent à gommer en des gestes et démonstrations burlesques, est démultipliée par le nombre de pays composant la ligue arabe que, dans la plupart des cas, rien ne rapproche si ce n’est occasionnellement ces discours officiels, lus machinalement en un arabe châtié, en usage nul part, dont le fond systématiquement tissé de langue de bois achève de les placer à des lustres des aspirations identitaires, linguistiques et sociales de populations aussi éloignées les unes des autres tant par l’histoire, la distance que les langues pratiquées.

Les méthodes d’exercice du pouvoir par les pan-arabistes comme les mobiles idéologiques par trop simplistes qui les déterminent, tournant en rond autour de symboles aussi abusifs que rocambolesques, ne tardent pas à charrier leurs lots d’échecs économiques, d’injustice, de misère, d’indigence culturelle auxquels vient s’ajouter la détérioration de pans entiers de richesses culturelles et archéologiques plusieurs fois millénaires, laissées à l’abandon par incompétence administrative quand ce n’est pas par vil calcul politique tendant à créer une amnésie sur tout ce qui est de nature à évoquer une vision de l’histoire contraire à la version officielle. Non contents des terribles dégâts causés sur l’existentiel de leurs peuples abusés de slogans démagogiques, les zaîms pan-arabistes ont ceci de très commun de précipiter les pays qui ont le malheur de tomber sous leur emprise dans des aventures guerrières à l’issue fatalement apocalyptique, néanmoins interprétées sans pudeur comme des victoires dédiées à la construction de la grande nation arabe pour ne pas dévier à la litanie consistant à rabâchercomme une fin en soi une phraséologie tournant autour de l’idéale Arabe, le destin Arabe, l’unité Arabe, le Maghreb Arabeetc.… Autrement dit, tout ce qui de prêt ou de loin ressemble à des gages en vœux pieux aux antipodes des cris stridents émis par des peuples qui, pris au dépourvu par l’ampleur des souffrances endurées n’ont que leurs yeux pour pleurer.

Les relais du panarabisme en Tamazgha

C’est ce Moyen Orient, victime de décennies de mensonges et d’errements idéologiques érigés en profession de foi l’ayant plongé dans un chao surréaliste, aux conséquences irrémédiables sur le présent et l’avenir de vastes zones géographiques en proie à toutes les cruautés, que les relais du panarabisme n’ont de cesse cherché par tous les moyens à imposer comme modèle politique à l’Afrique du Nord mais surtout , ô comble de l’absurde, comme référence linguistique exclusive, au nom de quoi elle eut à subir une politique d’arabisation à tout égard dévastatrice, s’ingéniant à inventer aux amazighs un passé les rattachant à de lointaines contrées que ni l’histoire, ni l’anthropologie ne reconnaissent ni d’Eve ni d’Adam. Le cas de l’Algérie voisine qui a déjà accusé une terrible guerre civile et qui, pour ne pas avoir tiré enseignement de l’erreur de ses choix socioculturels, s’apprête à entrer dans une nouvelle ère d’instabilité, sans parler du sort cauchemardesque qu’a connu le régime de Kaddafi, donne- t-ilsérieusement à réfléchir aux bonimenteurs de tous crins, négateurs de l’essence Amazighe de l’Afrique du Nord, réelle garante de stabilité et rempart contre les intolérances d’où qu’elle vienne ? Il faut bien en douter quand ils s’en trouvent aujourd’hui encore sous nos cieux des pantins pour continuer à chanter sans vergogne les louanges du panarabisme, expliquant ses irréversibles échecs par de ténébreux complots contre leur nébuleuse grande nation.

… Etrange ce vizir, censé s’occuper des questions du pays allant du Rif à Bir Anzaren en passant par les trois Atlas, qui ne trouvent rien d’autre à faire que de s’en aller en pleine crise du monde dit arabe saluer de vive voix la« réussite » d’une chaine satellitaire moyen-orientale au mépris des règles élémentaires de réserve dues au représentant en exercice d’un pays souverain qu’est le Maroc, face à un simple support médiatique étranger que les pétrodollars permettent de s’offrir sans trop d’ingéniosité, lequel de surcroit s’est autorisé à faire colporter par illuminés religieux interposés des insultes sans ambages à l’égard des marocains et qui, pour la petite histoire, émet à partir d’un pays qui avait préféré donner sa voix à un autre pays que le Maroc lors des candidatures pour l’accueil du championnat du monde de football organisé par la FIFA. Bizarre aussi cet ex-ministre des affaires étrangères qui, voulant certainement paraître plus arabe que les arabes eux-mêmes et montrer toute sa déférence à ses collègues orientaux ostensiblement désabusés, a tout bonnement déclaré lors de la réunion ministérielle de la ligue arabe, à l’occasion de l’investiture de son secrétaire général, en l’occurrence Elarabi, que « ce nom d’Elarabi, ismoun âla moussamma est de la meilleure augure pour le monde arabe », le monde amazigh qu’il est supposé représenter et ses noms tels Hdou et Idder peuvent donc apprécier…

Toutes les occasions et les non-occasions sont bonnes pour les accrédités des sponsors moyen-orientaux du panarabisme et de sa dérivation, l’islamisme, pour continuer à faire l’apologie d’une idéologie dont ils sont hantés au point d’en devenir apagogiques, incapables même de percevoir jusqu’aux terribles événements frappant justement ces régions qui hier encore incarnaient la citadelle du baathisme triomphant. Comble de l’innomé quand l’animosité manifestée à l’endroit des terres et du peuple amazighs aux valeurs multimillénaires est le fait de descendants d’anciens réfugiés que ces terres avaient si généreusement accueillis, voir outrageusement comblés. L’histoire est têtue, les réfugiés sont ces andalous incapables de défendre des terres qui ne restèrent musulmanes dans l’acceptation modérée de la religion qu’aussi longtemps que les amazighs se donnaient force et souffle de lever les défis sur tous les fronts. Les réfugiés sont aussi les Banouhilals que les almohads ont mâté mettant un terme à leurs exactions avant d’accepter de les implanter quelque-part en Afrique du Nord, signe du caractère amazigh qui ignore la vengeance et la rancune. Les réfugiés sont enfin ceux ayant fui à une époque donnée leur cher Machrek, chassés par des cousins promettant de leur réserver le sort traditionnel, ayant cours encore aujourd’hui, dû dans ces contrées aux prétendants rivaux à quelques titres de succession.

Lorsque le manque de tact se la dispute à l’insolence même chez ceux parvenus au plus hauts échelons étatiques qui continuent contre vent et marée par esprit clanique ou par atavisme à priser béatement les dogmes affluant de ce proche orient, quand bien même celui-ci trouve parfois jouissance à nous insulter ouvertement, il y’a sérieuse matière à réflexion sur la question de savoir si tolérance mal ordonnée n’est pas synonyme de duperie face à des factions pour qui la reconnaissance est un défaut. C’est bien le cas de ceux désemparés par la réappropriation du Tifinagh par les amazighs ne trouvent rien d’autre comme réaction que de dénigrer celui-ci, en l’assimilant au chinois, ne se rendant même pas compte que par leurs dires bassement démagogiques ils lui rendaient en fait le meilleur hommage en le rapprochant, n‘en déplaise, à une langue et à une civilisation millénaires concernant aujourd’hui le quart de l’humanité. Quant aux énergumènes qui se permettent d’injurier les amazighs dans l’enceinte parlementaire et jusque sous les arcades des mosquées, ils ne font que confirmer le degré d’inculture de ce que le panarabisme est susceptible de sécréter comme profil humain, plombé par une idéologie bâtie sur des affabulations fondamentalement contraires aux principes universels de respect des droits de l’homme et portant en elle cette hargne de l’amazighité qui incarne notre identité, notre histoire, notre langue et cette âme qui sait le moment venu reconnaître les siens. Ceci étant, comment s’étonner alors que les pan-arabistes d’ici font montre au mieux d’une indignation feinte au pire d’un silence complice lorsque par exemple lors d’une des émeutes ayant marqué l’Egypte ces derniers temps, une chaine TV officielle de ce pays, pour minimiser aux yeux de son opinion publique les actes barbares commis à l’endroit d’une femme sauvagement lynchée et trainée par terre à moitié nue par une foule hystérique, n’a rien trouver d’autre à invoquer que d’alléguer le plus normalement du monde que le fait ne méritait pas tant de réactions puisqu’il ne s’agissait que d’une marocaine ?!!! Ce qui est tout autant faux, puisque ladite femme n’est pas marocaine, que chargé de significations quant à l’estime où nous tiennent ceux dont le dernier des crieurs de bazar passant pour un incomparable ténor ou un cabotin de feuilletons à deux sous, en villégiature chez nous, sont célébrés comme des dieux grecs par la presse locale, au service de la bonne cause arabe postulée comme sacrée par définition. Ce n’est donc pas de nos médias qu’il faut attendre quelques sursauts de dignité ou la moindre réaction aux conditions de travail scandaleuses réservées aux travailleurs marocains au Golf, sans comparaison avec celles garanties par l’Union Européenne pourtant non exemptes de critiques.

Dans le même ordre d’observations il n’a échappé à personne ce qui s’est produit lors d’un banal match de football Algérie-Egypte dégénéré en empoignade de foire, où on a vu cette fois mêmes les ex-officiels de ce dernier pays déverser leur bile pan-arabo-islamiste sur les amazighs qu’ils se permettent de traiter d’arriérés, ce qui a dû faire tourner le roi amazigh Chechanq dans sa tombe qui, il y a 2966 ans, a été faire une leçon aussi magistrale qu’inoubliable aux pharaons puisque cet instant de l’ humanité marque le départ de l’an amazigh. A quelque chose insulte est bonne à l’endroit du régime de Boumédiane et de tous les gouvernements des pays d’Afrique du Nord en général qui au lendemain de leur indépendance s’en sont allés quémander auprès des potentats moyen-orientaux, ravis de se débarrasser de leurs chômeurs, des fquihs-instituteurs pétris de cultes et de meurs d’un autre âge, leur offrant des postes « d’enseignants » dans le but de mettre en œuvre les sinistres politiques d’arabisation qui allaient inexorablement mettre les systèmes éducatifs de nos pays dans l’état lamentable qu’on leur connait aujourd’hui. Il n’est pas du tout futile de rappeler à ceux qui ont tendance à l‘oublier que les coupables de ce forfait étaient parfaitement conscients des dégâts prévisibles de leurs actes puisqu’ils ont soigneusement pris la précaution de mettre leurs progénitures à l’abri dans les écoles des missions étrangères, à commencer par leurs têtes pensantes pan-arabistes qui par ailleurs, dans le déni total de la réalité socioculturelle de leur pays adoptif, œuvrent inlassablement pour voir la nation amazigh tourner le dos à son histoire, donc à son identité.

Du statut de protégés des puissances colonialistes à celui de pan-arabistes

Au Maroc, les têtes pensantes du panarabisme sont issues d’une communauté de marchands ayant pour la plupart bénéficié à la fin du 19éme et le début du 20ème siècle du statut de protégés, octroyé par les puissances coloniales en récompense de services rendus dans l’exécution du projet de pénétration puis d’occupation du pays. Bien que ces puissances ont pu finalement instaurer leur protectorat sur le Maroc, le monde entier, qui a eu à suivre avec stupéfaction l’héroïsme, le courage, le sens du sacrifice et du patriotisme avec lesquels les amazighs du Maroc ont défendu leur terre, a compris que face à un tel peuple il est impossible que le protectorat fasse longue vie. Les protégés d’hier, pris de panique, compte tenu de leurs accointances encore toutes fraîches avec l’occupant, l’ont aussi vite compris, surtout après l’éclatante épopée d’Abdelkrim Amazigh du Rif. D’où la genèse du mythe de l’action dite politique, une façon en somme bon marché de donner le gage de leur rédemption sachant parfaitement que l’indépendance ne viendra réellement que par le moyen de luttes armées, comme le rappelle Abdelkrim aux visiteurs venant le consulter dans son exil. Ce n’est pas fortuit si les premiers coups de feux tirés dans le maquis au nom du combat pour l’indépendance ont inspiré à un général de l’occupation cette réflexion de bon sens à l’adresse de ses pairs : « lorsque ça commence à tonner dans les montagnes de L’Atlas et du Rif il n’est qu’une chose qui nous reste à faire : se préparer à plier bagages. ». Une réponse par anticipation aux nationalistes autoproclamés à qui il scie de répéter comme un gag déplacé, qu’une pétition, signée à la sauvette au tournant d’une ruelle au fin fond d’une médina, a été à même de faire décrocher la puissance coloniale.

A propos du titre de nationaliste autoproclamé c’est tout un programme, concocté et cogité entre membres de quelques familles, consistant à profiter du climat d’enthousiasme voir de la confusion née de la proclamation de la fin du protectorat, précipitée sous les coups de boutoir de la lutte armée, pour propulser quelques quidams, à grand renfort de propagande, héros de l’indépendance pour seulement avoir été un jour contrôlés pour vérification d’identité par la police coloniale. Ce, au grand dam des éléments de la résistance qui par milliers dans les montagnes, les vallées et les forêts ont enduré, armes à la main, faim, froids et maladies quand ils ne tombaient pas sous la torture ou le coup des bombes de l’occupant. Ceux-là, une fois l’indépendance recouvrée, ils s’en retourneront chez eux dans leurs villages et leurs douars sans rien demander à qui que ce soit en contrepartie de leurs sacrifices. Un parmi eux en l’occurrence Saad Msaadi chef de l’armée de libération de son état a même été assassiné sans que jamais ses assassins n’aient été démasqués. C’est à tous ces oubliés amazighs, héros de la glorieuse résistance à la pénétration des puissances coloniales, d’une part, et martyrs de la lutte pour la libération et l’indépendance, d’autre part, qui n’ont même pas eu droit à un mémorial digne de leur héroïsme, que l’auteur dédie ces modestes lignes de mémoire.

Les nationalistes autoproclamés, adeptes sans réserve du panarabisme, eux s’accommodent sans gêne d’une posture mal acquise, revêtue d’un drôle de nationalisme négateur de l’amazighité du Maroc, très vite converti en fonds de commerce justifiant toutes sortes de privilèges sonnants et trébuchants et de rentes croisées, à l’origine de toutes les tares qui aujourd’hui encore bloquent toute velléité de réformes structurelles. Une bonne partie de nos valeureux nationalistes a puisé son cursus dans des médersas à inclination salafiste, agissant systématiquement contre l’Amazighité. Ce n’est pas sans raisons qu’Abdelkrim le rifain, réel et vrai nationaliste, dont le nom a été clamé jusqu’aux coins les plus reculés du globe, qui avait un moment fréquenté un de ces établissements, les a qualifié de nids de l’obscurantisme. Comment peut-il en être autrement alors qu’on ne connait pas à ces medersas le moindre intérêt porté à l’amazighité, en tant que langue et identité de la majorité écrasante des marocains, sinon de l’animosité. Alors que des amazighlogues venus de tous les horizons se sont investis dans le sujet même avec grande passion, comme l’a fait entre autres Michael Peyron qui mérite respect et hommage pour ses précieux services rendus à l’amazighité qu’il a enseigné et fait connaître à travers les universités des plus prestigieuses au monde.

Sans l’Amazighité, point de nationalisme

Le peuple amazigh du Maroc a payé un lourd tribut en levant le défi de barrer la route aux ambitions impérialistes de deux grandes puissances coloniales dont l’une vainqueur de la première guerre mondiale qui a dû mobiliser des centaines de milliers de soldats dotés de l’armement le plus sophistiqué de l’époque, sans compter l’appui des autres puissances coloniales qui ont même livré des armes chimiques, dont les amazighs ont été les premières victimes au monde, et aussi l’aide des USA qui ont envoyé pas moins de quatre cents aviateurs. Il faut dire que l’Occident dans tout son ensemble était pris de panique de voir Abdelkrim être à deux doigts de mettre à genoux ses adversaires, remettant par là même en cause l’arrogante domination dont ils se prévalaient ce, juste après qu’ils aient reçu une cinglante leçon administrée par Mouha Ouhmou Azayan, un nom synonyme de courage, bravoure et sens aigue du patriotisme. Pour leur part, les Aït Hdidou, les Aït Atta et les Aït Baamran donneront la preuve de ce que signifie le mot résistance pour imazighen.

Pour le recouvrement de l’indépendance du Maroc c’est encore les amazighs qui allaient en payer le prix. En guise de rappel, les Aït Smaala pour ne citer qu’eux verront tomber en une seule journée pas moins de milles hommes des leurs les armes à la main – les blessés et les déportés non comptés- sans qu’aucun manuel scolaire d’histoire n’en fasse la moindre mention, pas plus qu’une avenue digne de leurs martyrs n’en porte le nom. Mieux encore, on a vu bannir le nom des Bnisnassen, grande figure du patriotisme amazigh de l’oriental marocain, d’une avenue de la capitale du royaume, rebaptisée du nom d’un seul homme parce que catalogué nationaliste. C’est le même sort qu’a connu le nom des Aït Ayoub, tribu appartenant à la confédération du moyen Atlas dont il est inutile de souligner l’immense sacrifice concédé dans la défense des terres de nos ancêtres contre l’envahisseur colonial. Ce nom d’Aït Ayoub après avoir été porté à juste titre par le barrage construit dans la région du même nom, s’est vu de la même façon substituer le nom d’un autre de leurs nationalistes comme si les amazighs eux ne le sont pas. Quand on y ajoute encore le fait que les eaux de retenue dudit barrage, qui ont privé pratiquement sans contrepartie les habitants de la région de grands espaces à vocation agricole ou de pâturage, iront arroser des fermes généreusement acquises à l’aval par les mêmes chanceux de l‘indépendance, il n’est pas permis d’y voir autre chose que de la provocation.

On comprend encore davantage l’idée que se font certains de la notion de nationaliste lorsque parmi eux s’en trouvent et pas des moindres quelques-uns pour prendre carrément partie contre leur pays, censé incarner la source du curieux nationalisme dont ils se gargarisent, en s’en allant prendre cause et acte au début des années soixante pour le régime pan arabiste d’Alger dont ils s’estimaient plus proches dans un conflit qui pourtant n’avait rien d’idéologique puisqu’il s’agissait avant tout d’un litige d’ordre frontalier quand, d’instinct, les troupes marocaines formées pour l’essentiel des enfants de l’Atlas et du Rif sont montés en premières lignes pour défendre leur pays, comme c’est encore le cas concernant l’intégrité territoriale marocaine.

Un fait historique très marquant et tout aussi éloquent de l’image déformée de la notion du nationalisme dont se sont emparés quelques partis politiques, s’est produit lorsque le groupe rédacteur du manifeste de l’indépendance s’est présenté auprès du roi Mohamed V pour en obtenir l’approbation préalable à sa publication. Celui- ci leur a sèchement retourné le document en objectant de son invalidité en l’absence de noms amazighs parmi les signataires. Belle leçon de rappel de ce qu’est le véritable nationalisme et la place qui revient aux amazighs dans ce pays. Quand le groupe en question est allé trouver Abdelhamid Zemmouri afin de rectifier la gravissime omission, celui-ci après avoir exigé et obtenu que sa signature vienne en tête de liste, il leur propose de lui laisser le document en se faisant fort d’y adjoindre en un bref délai de nombreuses autres signatures amazighs, offre qu’ils se sont empressés de décliner, craignant que leurs noms soient tout simplement noyés dans la masse….

La crédulité, ce défaut mortifère

L’amazigh, langue maternelle de l’auteur de ces modestes lignes dédiées aux héros oubliés, en doit l’apprentissage à sa grand’mère maternelle en l’occurrence Mouna N’Aït Benhed selon la voie oral traditionnelle qui fait spontanément assimiler règles grammaticales et subtilités de syntaxe sans contrainte ni exaction. Pour tout outil pédagogique grand’mère avait pour elle sa bonté, la douceur de ses propos, sa noblesse de cœur et cette immense abnégation incrustée dans l’âme des amazighs depuis la nuit des temps et que d’aucuns y voient même la cause principale faisant de ceux-ci un peuple fier et courageux ayant montré tout au long de son histoire des capacités exceptionnelles à vaincre militairement n’importe quel agresseur sans daigner pour autant à transformer ses victoires en bonus politique.

Grand’mère (Nanna) est une dame pieuse, d’une religiosité profonde mais exercée dans la simplicité et la discrétion la plus stricte et qu’elle a vécue en être profondément conscient de la faiblesse du genre humain. Enfants, moi et ma fratrie, il nous arrivait parfois de profiter du moment où elle se prosternait dans sa prière pour nous amuser à lui monter sur le dos sans jamais avoir essuyé le moindre emportement coléreux de sa part ni de brimades même modérément manifestées, mais seulement de la tendresse. Ses vœux émis en fin de prière ne sont presque jamais destinés à elle-même mais d’abord à sa descendance et à son prochain. Image de piété à une distance abyssale de la religiosité version pétrodollars, jadis encore étrangère sous nos toits, aujourd’hui visible jusque dans le mode de coiffes, de voiles et d’accoutrements satinés d’inspiration orientale, assortis de montres Rolex pendantes aux poignets, le tout exhibé dans un roulement de mécaniques sous des coupoles resplendissantes de marbres et de lustres.

Autre visage de la religiosité d’apparat que celui de gourous djihadistes des temps modernes – tant-pis pour le lapsus – barbes hirsutes, kalashnikovs appuyées sur le mur comme fond de toile, mettant en scène des numéros verbaux promettant sur support numérique, symbole par excellence des progrès technologiques atteints au 21ème siècle, d’abattre jusqu’au dernier impie sur terre pour assurer l’humanité d’un retour à l’on ne sait quel âge d’or. Tel est le produit logique accouché par tant d’années de travail de sape idéologique entrepris avec acharnement à contresens de la marche de l’histoire qui n’admet de moratoire que pour mieux ruminer ses châtiments en retour de manivelle à la face de tous ceux qui longtemps croyaient avoir la louche assez longue pour souper avec le diable en tondant la laine sur le dos des agneaux.

Adolescent, je me souviens avoir inopinément posé la question à Nanna Mouna de savoir pourquoi les amazighs que pourtant ont dit braves et courageux laissent-ils ainsi leur langue et la culture de leurs ancêtres se marginaliser ? Mon fils, me dit-elle, les amazighs ne craignent absolument personne, seulement ils ont cette crédulité originelle qui pour être une qualité en présence de gens honnêtes s’avère un défaut mortifère quand il y a affaire à ceux dont la fourberie et la mauvaise foi sont une deuxième nature. Des décennies après, ces prophétiques paroles raisonnent encore dans mes oreilles comme si je les ai entendues hier.

Les paradigmes de l’arabisation tous azimuts

L’amazighité est victime de l’interférence d’actions conjuguées, délibérément et directionnellement orchestrées autour de deux paradigmes en apparence anodins mais dont l’objectif viscéral est d’arabiser ce qui d’essence n’a aucune raison de l’être. Le premier est cette aberrante confusion savamment entretenue entre l’arabe en tant que langue et identité et la religion musulmane comme religion à proprement dite. C’est sciemment que le discours politique et le jargon médiatique officiel usent et abusent de la formule « les arabo-musulmans » pour évoquer tous azimuts des questions où il n’y a aucun sens à associer le monde dit arabe supposé « uni » par une langue partagée par des non musulmans au moyen orient, d’une part, et, d’autre part, le reste des musulmans dans le monde ayant leurs propres langues et identités tels les indonésiens, les turques, les pakistanais, les amazighs, etc….qui se comptent par centaines de millions. C’est un peu comme si on pouvait parler d’un monde Anglo-chrétien ou franco-chrétien.

Les partis politiques, toutes tendances confondues, qui divergent en apparence sur tout, même au sujet de la place que doit occuper la religion dans la société, se retrouvent comme par enchantement dans la quasi-unanimité à faire référence à celle-ci quand il s’agit de faire la promotion de la politique d’arabisation au détriment, il va sans dire, de la langue autochtone au mieux reléguées au second plan, lorsqu’elles ne tombe pas sous le coup du déni le plus total. Quant aux hommes dits de religion, jouant lâchement sur les convictions confessionnelles, ils n’y vont pas par le dos de la cuillère pour vendre de l’arabe au nom de la religion, n’hésitant pas comme le font certains imams à descendre jusqu’à l’insulte de l’amazighité en y voyant même une forme d’apostasie.

Mais à force de trop tirer sur la corde religieuse, il arrive aux propagandistes en titre de tomber dans leurs propres contradictions. Qu’on en juge par les commentaires d’un supposé reporter sportif qui, aux derniers jeux olympiques de Londres, lors de la transmission télévisée d’une compétition de Taekwondo sur la chaîne sportive marocaine, n’a pas pu retenir son émotion en rappelant à ne pas en finir d’une voix au bord de l’étouffement l’origine arabe de la jordanienne qui venait de remporter une des médailles disputées. Pour la petite histoire la jeune médaillée du prénom de Nadine, qui est de confession chrétienne, n’a pas manqué de le montrer en se signant ostensiblement et plusieurs fois du geste de la croix ce qui, du reste, est parfaitement de son droit au regard du principe le plus élémentaire de liberté de culte et de croyance. Cependant, cet événement banal en lui- même ne peut empêcher de faire un frappant parallèle si on a à l’esprit les campagnes vénéneuses menées par les islamo-pan-arabistes à l’endroit de tamazight, la taxant d’être perméable au prosélytisme évangélique seulement parce que quelques individus quelque part en Afrique du Nord ont semble-t-il fait preuve de sympathie à l’égard de quelques autres confessions. Autrement dit là où la dimension religieuse s’estompe pour faire place nette à l’apologie de l’arabe en tant qu’entité et langue, elle revient en force comme prétexte de stigmatisation de tamazight, comme si ce critère n’est d’une façon ou une d’autre opposable qu’à l’amazighité.

Au nom d’une chimérique unité drapée du couvert religieux, les pan- arabo-islamistes ont tout tenté pour éroder le caractère amazigh de l’identité nationale, fondé sur le concept de la tolérance et de la distinction du domaine politique de celui des affaires religieuses stricto sensu (Azref). La mobilisation de la religion comme ressort de l’arabisation dénote une supercherie intellectuelle qui n’a d’égal que le tort porté à la foi musulmane elle-même par ceux-là qui prétendent la servir en faisant mine d’oublier qu’elle est partagée par des centaines de millions d’hommes et de femmes dans le monde, dont plus de 90% ne se sentent ni de près ni de loin apparentés à la langue arabe qui, pour mémoire, dérive de l’araméen. En somme une langue comme toutes les autres avec son histoire, ses qualités et ses limites. Instrumentalisée à merci, la religion se voit progressivement délestée de sa dimension spirituelle et rétrogradée au statut déconcertant de dogme idéologique ouvert à toutes les interprétations et aux rivalités de basses factures menant jusqu’aux luttes les plus sanglantes.

En Europe et particulièrement en France, l’épilogue bat son plein autour de la question cherchant à comprendre comment de jeunes français d’origine nord- africaine, pour certains d’entre eux ne connaissant pas un traître mot d’arabe même dialectal, soient aimantés par le moyen orient d’où ils reviennent radicalisés au point d’être prêts à commettre le pire des crimes au nom de la religion. Question puérile pour l’observateur au fait du stratagème des gouvernements des pays d’Afrique du Nord consistant depuis des décennies à faire confondre sciemment langue et religion pour asseoir leur politique d’arabisation autant onéreuse économiquement que culturellement suicidaire. Aussi, dans le subconscient du candidat au djihadisme l’arabe apparait comme synonyme de religion musulmane c’est donc tout logiquement au moyen orient où se trouvent des terres authentiquement arabes et non en Afrique du Nord, terre Amazigh, qu’il ira chercher bénédiction, formation et argent généreusement dispensé pour entrer de plein pieds dans le monde des « combattant de Dieux ».

L’autre paradigme prisé par le discours et la propagande pan-arabiste est lié au conflit arabo-israélien. Que la cause palestinienne soit juste, est un fait incontestable et mérite le soutien de toute âme éprise de justice, entendue dans son acceptation la plus sincère et profonde. Il reste que les pan-arabistes de tous crins, se faisant chantres de la défense des droits palestiniens ont dans les faits rendu les pires services à ces derniers. De cesse les discours enflammés clamant l’appartenance de la Palestine à ce monde dit arabe, ont offert aux adeptes du sionisme et aux puissances qui les soutiennent l’argument béni de reprocher aux arabes leur entêtement à refuser l’existence d’Israël sur une portion de territoire saugrenue alors qu’ils feraient mieux d’intégrer la population palestinienne dans ce vaste espace arabe qu’ils prétendent aller du Golf à l’Atlantique. On y ajoutant les exactions commises par les activistes zélés du baathisme contre les communautés juives pour les inciter à partir, confondant sciemment dans leurs slogans populistes judaïsme et sionisme, la boucle est bouclée dans l’étayage de l’argumentaire du mouvement fondateur d’Israël qui n’en espérait pas tant pour convaincre les juifs non sionistes à rejoindre la nouvelle entité.

Les dictatures du Moyen Orient et d’Afrique du Nord se sont dès le début emparées de la question palestinienne pour en faire un instrument basic dans leur quête de leadership régional, dont les surenchères verbales anti-israélienne ne sont qu’une couverture. C’est aussi un moyen commode d’occulter les crimes contre les droits humains et culturels perpétrés à l’endroit de leurs propres peuples ainsi que leur responsabilité directe dans l’état de guerre et de ruine où elles ont conduit des pays déjà croulants sous le joug de gouvernances aux méthodes moyenâgeuses. C’est enfin devenu un subtil outil pédagogique qui permet moins de faire preuve de sincère compassion à l’égard des palestiniens, en faisant évoquer en boucle dans les médias leurs souffrances, au demeurant réelles, que de volonté, en les désignant constamment comme nos « frères arabes de Palestine », d’insinuer en filigrane l’arabité attribuée de facto comme postulat identitaire à tous les sympathisants des palestiniens, quand bien même la plupart de ceux-ci lui sont étrangers comme c’est le cas des amazighs qui en subissent le matraquage médiatique.

L’impuissance des pays arabes dans le dossier palestinien fait que celui-ci est devenu au fil du temps un sujet tabou, évoqué seulement sous forme de lamentations et de vagues dénonciations de l’agresseur israélien comme moyen bon marcher d’évacuation du sujet. Se rendant à l’évidence, les palestiniens ont depuis longtemps compris que le salut de leur avenir n’est pas entre les mains de leurs « frères arabes » et qu’il ne fallait compter que sur leurs propres moyens. Il n’en reste pas moins que l’exploitation de la question est toujours de mise notamment de la part des organisations et autres partis pan-arabistes ratés qui ne manquent aucune occasion pour se rappeler à l’existence par la mise en scène de dérisoires manifestations dites de soutien qui n’en apportent pas plus aux palestiniens qu’en apportèrent naguère les marches dites millionnaires organisées en l’honneur de notoires dictateurs. Paradoxalement, de mémoire, jamais une manifestation n’a été organisée par ces partis pour dénoncer les crimes odieux commis par le pouvoir pan-arabiste d’Alger à l’endroit des kabyles et des Mzabs, pourtant si proches de nous, ou pour désapprouver les persécutions subies par les amazighs de Lybie sous le régime de Moamar Kaddafi.

Les médias au service de la bonne cause …

Le dispositif médiatique constitue il va sans dire le mode opératoire le plus agressif dans la propagation de l’image que l’information cherche à imprimer comme référence identitaire. l’Amazighité, déjà scandaleusement défavorisée à la base en comparaison du temps et du nombre de stations-radios et de chaines télévisées alloués aux émissions en arabe, elle est marginalisée par la nature et l’objectif même des programmes de celles-ci, tendancieuses dans la glorification de tout ce qui a trait à l’arabisme et visiblement très portées à minimiser, voire déformer, tout ce qui est d’inspiration à valoriser le patrimoine originel, dont l’amazigh est l’ossature. La panoplie technique va du classique rabâchage à satiété de l’arabité du Maghreb jusqu’à l’occasion donnée à des énergumènes de s’offrir le toupet d’expliquer le plus normalement du monde sur nos propres chaines télévisées que le public marocain se doit de faire l’effort d’apprendre le jargon libanais qu’il trouve plus doux que le dialecte national en donnant même l’exemple qu’il faut dire « itnan » au lieu de « jouj », s’inspirant sans doute des lumières de cet idéologue de service qui pour gagner grâce aux yeux de ses maîtres orientaux se plaisait à réduire le lexique Amazigh à soixante mots. Au vu de l’état disloqué de ce petit pays du moyen orient et du chaos régnant tout autour, il ne nous reste à nous amazighs qu’à souhaiter une bonne cure linguistique en aller simple à tous les fans préfabriqués des feuilletons à haut degré de débilité et de ces chants « ensorcelants » provenant de l’au-delà des oasis de Sifaou.

Le langage et la structure de raisonnement des panarabo-islamistes invitant constamment les marocains à s’auto-flageller, trahissent en eux une relation purement matérielle avec le pays dont ils sont incapables d’apprécier les grandes richesses culturelles ou de montrer du respect pour son histoire qu’ils n’hésitent pas à pervertir au nom de leurs passions se trouvant ailleurs. C’est ainsi qu’il nous est donné d’entendre dans des émissions télévisés des affirmations, façonnées sur le ton assuré de la science infuse, que Tariq Ben Ziad n’est pas amazigh. Comme par ailleurs une certaine presse n’éprouvera pas la moindre indisposition à recueillir comme argent comptant les propos d’un soit disant universitaire prétendant pour sa part avoir fait la découverte que les amazighs ne sont pas les premiers habitants d’Afrique du nord. Pour peu, ils pousseront jusqu’à faire la démonstration que les fossiles des dinosaures de l’Atlas ont de très proches affinités avec l’ancêtre des dromadaires de la péninsule arabique. Curieusement, les esprits étriqués n’osent pas s’aventurer à discuter des origines d’Ibn Khaldoun. Sociologue avant l’heure, grand historien, son immense œuvre philosophique déstabilise et déroute les plus futés des pan-arabistes, autant que le ferait le regard dédaigneux jeté du haut des airs par l’aigle royal de l’Atlas sur l’agitation de quelques dérisoires reptiles. Car, ils savent que oser ouvrir polémique sur les origines de ce géant du savoir c’est risquer de ressembler à la personne de l’adage qui dit : « où que l’on tape sur le teigneux, il se met à saigner ».

L’une des grossièretés des relais journalistiques des panarabo-islamistes est de faire appel à quelques noms de conteurs de Bab Elguissa, au raisonnement propre à faire esclaffer les trois quarts de la planète, les faisant passer pour des chercheurs dans le patrimoine Amazigh. Les éminents chercheurs révéleront dans de semblants d’entretiens dignes de sketchs inclassables que les amazighs n’ont pas d’origines, que l’an amazigh est un mensonge et que le tifinagh est pure invention de nature à semer la « fitna », rien que ça ! Avec la bonne suite dans les idées reconnue aux doctrinaires de l’arabo-baathisme leurs prochaines révélations seront que l’Afrique du Nord n’aurait sans doute pas existé sur la cartographie mondiale sans l’avènement de la tribu des Banou Hilal, aux us et coutumes par ailleurs si bien décrits par Ibn Khaldoun. Après tout, ce n’est pas pour rien que l’adage dit : « les sages savent ce qu’ils disent ; les tarés eux rabâchent ce qu’ils savent ». Quant à la « fitna » prédite avec l’adoption du tifinagh comme caractère de transcription de tamazight, elle reflète les états d’âme de gens constatant avec effroi la réappropriation par les amazighs du support naturel et logique de leur langue, lequel répond par ailleurs à tous points de vue aux normes, règles et paramètres exigés par les techniques typographiques et les technologies informatiques et numériques modernes en plus bien sûr de sa simplicité d’apprentissage tant pour les instruis en d’autres langues que pour les analphabètes. Concernant ces derniers c’est même la voie la plus directe, la plus courte, la plus légitime, la plus rationnelle et la plus économe. N’en déplaise à ceux qui se démènent pour nous faire rééditer la mascarade des campagnes d’arabétisation du lendemain de l’indépendance.

Ceux qui évoquent la fitna comme ultime tentative de perturber la progression irréversible de la réhabilitation de tamazight dans le recouvrement de tous ses droits usurpés, feraient mieux, s’ils gardent encore un brin de pudeur, de se terrer face au désastre irréparable produit dans ce monde dit arabe par l’idéologie dont ils se réclament. Loin de toute idée de tourner le couteau dans une quelconque plaie, il s’agit d’abord de faire comprendre une fois pour toute à certains que l’amazighité est au-dessus des querelles de clochers où ils cherchent à l’égarer et qu’ils gagneraient plutôt à réviser de fond en comble leurs répertoires de réflexions, sans perdre de vue que l’idée d’une stabilité réelle et durable au détriment de l’identité de tout un peuple, relève autant du leurre que de la supercherie . C‘est bel et bien le référent unique qu’ils défendent becs et angles dehors qui est au tenant et à l’aboutissement de toutes les dérives séparatistes et autres malheurs existentiels des pays qui l’ont subi. Force est d’observer qu’alors que leurs contrées coqueluches connaissent une chute sans fin vers l’inconnu, d’aucuns parmi eux continuent ici même sous les cieux amazighs à chanter mille et une gloires à la grande nation arabe et à ne voir la source des maux de la «Oumma» que dans les complots de cet Occident qu’ils ne rechignent pas cependant à adopter comme point de chute à la première occasion qui se présente à eux pour profiter de la liberté et de la tolérance qu’ils décrient avec acharnement chez eux.

Que l’Occident ne se reconnaisse que dans ses intérêts qu’il défend certes avec une pointe de cynisme, voire de machiavélisme, ce n’est que vérité de la palisse, propre à toute civilisation à l’apogée de sa puissance, et le peuple amazigh qui en a subi les travers en sait mieux que tout autre quelque chose. C’est pourquoi il est vain d’occulter le
ver qui se tortille dans le fruit sous forme de l’abîme idéologique qui s’est abattu depuis plus d’un demi- siècle sur le Moyen Orient et l’Afrique du nord, faisant que les questions les plus simples et précises, ne reçoivent que des discours abstraits et trop évasifs pour convenir à un projet de société digne de l’époque, cachant mal par ailleurs le vide meurtrier que les offres de mirages purificateurs ne demandent qu’à combler.

Les rouages de l’Etat, foyers pan-arabistes

L’impudeur des voix populistes surfant sur l’ignorance et la fragilité matérielle des gens n’a d’égal que la mythomanie de leurs mentors orientaux, promptes à traiter de comploteurs et de soutien au sionisme ou même de diffamer dans leur personne tous ceux qui ont le mérite et le courage de porter à nu, arguments scientifiques à l’appui, les allégations hostiles à l’amazighité. Mais comment s’en étonner alors que les rouages des institutions étatiques, censés faire preuve d’impartialité et de neutralité dans le traitement de la chose publique, sont gangrénés jusqu’au plus haut niveau par des strates de rejetons que rien ne semble départir de l’idéologie dont étaient imprégnés leurs parents. Mal cependant leur en a pris, les événements sont là pour leur rappeler le sort fatal des apprentis sorciers baathistes et de leurs franchisés qui ne savent partir que les pieds devant, emportés par la vox populi. Un arrêt sur image à méditer longuement est cette vision cauchemardesque de colonnes de réfugiés arabes, prenant des allures et des dimensions bibliques, cherchant par tous les moyens à rejoindre l’Europe, fuyant chaos et désolation, dernier lègue des grands zaïms.

C’est au nom de ce panarabisme que l’Afrique du Nord a non seulement souffert d’une dépersonnalisation culturelle aux conséquences incommensurables sur ses systèmes éducatifs, mais lui ont aussi fait tourner le dos des décennies durant aux valeurs universelles, à la différence de pays asiatiques tels le japon ou la chine, vieilles civilisations comptant des centaines de millions d’habitants, qui n’ont pas rechigné à s’imposer l’humilité d’adopter sans réserve les conditions de modernisation qui allaient les propulser au-devant de la scène mondiale au plan économique et technologique. Pire, l’amalgame semé par les pan-arabistes entre religion et références linguistiques a fait aujourd’hui de l’Afrique du nord un otage des relais des doctes moyen-orientaux affairés à arrêter s’il est permis ou non à la femme «arabo-musulmane» de participer aux compétitions sportives sans le hijab, mais sans jamais s’interroger sérieusement sur les raisons qui poussent les jeunes et moins jeunes à se jeter par milliers en mer en quête de salut sur d’autres rives, ce bien qu’ils savent pertinemment qu’ils n’y sont pas forcément les bienvenus et que le discours théologique n’a de cesse de les leur décrire comme source de toutes les mécréances.

Le champ culturel drastiquement circonscrit autour de la thématique théologique finit par enfermer les rapports sociaux dans une sorte de fatalisme partagé que trahit le recours abusif de l’individu à des formules telles« alhamdou lillah» pour se défausser à bon compte sur le ciel de la responsabilité ne revenant qu’à ses propres actes, comme ce joueur professionnel de football, de retour d’un match lamentablement perdu en Afrique, qui au lieu de faire une esquisse autocritique sur ses prestations et celle de son équipe, il commence par dire au reporter qui l’interroge: «alhamdou lillah nous avons perdu… ! ». Aperçu éloquent de l’état d’esprit de générations sacrifiées sur l’autel de l’école idéologique. Existe-t-il seulement un instituteur de bon sens ou une généreuse âme prédicatrice pour expliquer à ses élèves ou à ses ouailles que si le bon Dieux a favorisé exclusivement le genre humain en le dotant d’une conscience et d’une précieuse intelligence c’est justement pour qu’il en fasse usage sans modération. Quand par ailleurs les études scientifiques estiment que dans les meilleurs des cas l’intelligence humaine n’est mise à contribution qu’à hauteur de 10% de ses potentialités biologiques, c’est dire s’il ne relèverait pas du blasphème si au lieu d’inviter instamment le commun des mortels à faire plein usage de ce merveilleux don divin on préfère l’inciter à lever les bras au ciel pour conjurer le « sort » ou pour qu’il le lui envoie tout cuit.

A s’obstiner à se donner comme mission de faire des nord- africains des arabes plus que les arabes et des musulmans plus que tous les musulmans, les institutions étatiques, incluant le secteur scolaire, les partis politiques, les gens de religion et les médias sont arrivés à ce résultat pathétique de formater des générations de déculturés pour qui les lois et règles sociales, l’écologie, la lecture, les beaux- arts, l’intérêt pour les vestiges archéologiques et muséologiques et les musiques savantes ne concernent presque que des gens perçus à la limite de l’hérétique. Des générations sans réel repaire identitaire ou éducatif, qui ne donnent pas l’impression de saisir l’utilité de respecter les obligations civiques, telles les règles d’usage de la voie publique ou celles ayant trait à l’hygiène, à la protection de l’environnement, au respect d’autrui et de la femme en particulier. Des notions apparemment étrangères à l’agenda d’un système d’enseignement embourbé dans des préoccupations idéologiques. L’amalgame du répertoria fait de plus en plus la part belle à l’émergence d’individus usant et abusant dans leur quotidien de formules religieuses mais ne ressentant aucun paradoxe à aller ingurgiter des litres d’alcool en bord de mer ou face à un cite panoramique pour lesquels non seulement ils ne font montre d’aucune sensibilité mais qu’ils souillent en y jetant leurs canettes et bouteilles vides avec autant de considération due à une décharge publique. C’est le même profil de compatriote qu’il n’est pas rare de rencontrer, roulant dans sa voiture « quatre-quatre », arborant des fragments de citations religieuses sur la lunette arrière comme carte blanche à s’affranchir de l’observation des dispositions du code de la route, dont le mépris généralisé fait que notre pays détient le record peu convoité du plus grand nombre d’accidents mortels enregistrés annuellement.

Le déficit de repères est ressenti avec plus d’acuité encore chez les nord-africains expatriés, confrontés à une confusion de sentiments faits d’admiration à l’égard des pays occidentaux mais parfois aussi de haine, séquelles d’un bagage culturel bâclé mélangé au souvenir de la domination coloniale, les mettant dans cette situation intenable d’incapacité à se fondre dans les sociétés d’accueil en s’adaptant pleinement aux valeurs universelles qui les gouvernent. Situation d’hésitation qui mène à l’antagonisme social, à la marginalisation et jusqu’à la délinquance ou au radicalisme religieux qui font les beaux jours de la propagande des partis d’extrême droite.

L’amazighité, objet de dénigrement institutionnalisé

Voilà quatre ans que Tamazight a fait son entrée dans la constitution comme langue officielle mais dont l’application demeure tributaire de quelques lois dites organiques qui tardent à sortir comme s’il dépendait du ciel de les enfanter. Le parlement, comme le reste des institutions étatiques, préfère regarder ailleurs, freinant à quatre pattes à chaque fois qu’il est question de l’amazighité, comme terrorisé à l’idée d’être rattrapé et mis face à cette réalité identitaire, si longtemps ignorée par ceux-là même qui prétendent représenter le peuple. Mohamed VI, roi de tous les marocains, comme son grand père Mohamed V il y a plus de 70 ans, lors de l’élaboration du manifeste de l’indépendance, vient à son tour de rappeler dans le style qui lui est propre, dans son discours d’ouverture de la séance parlementaire de l’automne dernier, à tous ceux qui font mine de l’oublier, que sans la prise en compte de la dimension amazigh la constitution marocaine demeurera tronquée.

Il y a belle lurette que la crédibilité des partis politiques, toutes tendances confondues, est mise en doute et ce n’est pas le bilan de ceux qui se sont succédés aux gouvernements formés depuis l’indépendance qui plaiderait pour eux. Dès l’avènement de celle-ci, le premier acte des partis dits nationalistes est d’abolir pratiquement dans la clandestinité la chair amazighe du cursus scolaire et universitaire national. Abrogation par ailleurs du statut de zone franche de la ville de Tanger pour ne le retrouver partiellement que 60 ans plus tard, faisant perdre au pays pendant tout ce temps une place financière et commerciale qui aurait pu contribuer activement à la promotion économique du pays à l’instar de Hong Kong ou de Singapour à titre d’exemple. Mise à mal des premiers fondements du système judiciaire dont le pays peine toujours à se relever. Exécution à l’emporte-pièce du programme de privatisation auquel ils étaient pourtant de farouches opposés des années durant. La palme revient sans conteste au système d’enseignement mis en lambeaux par des expérimentations coupables ; un sabotage en règle opéré par une caste dont la mauvaise foi n’a d’égal que sa schizophrénie, ayant conduit l’école à l’état qu’on lui connait aujourd’hui : un mastodonte budgétivore fabricant pour l’essentiel des mentalités répondant sur mesure aux profils prisés par les chercheurs de têtes d’Alquaïda et autre Daïsch, lesquels, d’après les dernières informations comptent déjà dans leurs rangs des milliers de nos ressortissants.

Pour immense qu’il soit, le gâchis ne semble pas donner le moindre remord aux pan-arabistes agissant sous diverses couvertures politiques mais que rien au fond ne différencie en dehors de l’étiquette, cachant mal leur intime partage des fondamentaux antis amazighs, puisque tous affairés, lorsque l’occasion leur en est donné d’occuper quelques fonctions publiques, d’arabiser jusqu’au panneau de signalisation «stop» symbole universel adopté même par la péninsule arabique. Dans un Maroc à vocation touristique qui nourrit de grandes ambitions de développement de ce secteur d’activité, c’est plutôt symptomatique de la prise de pas de l’idéologique sur les Intérêts économiques même les plus primordiaux, sachant que la quasi-totalité de la clientèle touristique nous provient de l’Union Européenne avec laquelle le Maroc réalise par ailleurs l’essentiel de ses échanges extérieurs et qui de surcroit constitue la principale destination de millions de marocains résidents à l’Etranger.

Qu’attendre du reste d’une classe politique hantée par l’idée obsessionnelle de minimiser le poids démographique réel des amazighs, n’hésitant pas à recourir à la production de statistiques biaisées avec le concours d’institutions sous le contrôle de commis au militantisme notoirement pan-arabiste, comme pour faire oublier que l’écrasante composante de la population marocaine est amazighe ou d’ascendance amazighe ? Mais rien n’illustre mieux la mentalité désespérément fossilisée de ceux qui s’affairent à tirer le pays vers le bas que cet affligeant spectacle parlementaire, mettant en vedette ce vizir entrain de fustiger une timide initiative de réforme, dont le crime à ses yeux est de tenter de rectifier l’aberrante distorsion résultant des politiques antérieures d’arabisation débridée de l’enseignement, faisant que les matière scientifiques enseignées en arabe au niveau du secondaire se retrouvent dispensées en français dans le supérieur. Quand la mise en scène émane de gens qui venaient de fêter en famille, au pays de voltaire -s’il vous plait- la remise à leur rejeton de diplômes de pure cuvée hexagonale, il n’est nul besoin d’être grand clerc pour relever l’étroit parallèle de mœurs entre les démagogues-populistes d’aujourd’hui et les nationalistes auto-déclarés d’hier. Méticuleux et imperturbables dans le choix, pour leurs petits carrés de proches, des filières d’études étrangères ou assimilées, préparant et ouvrant la voie aux grandes écoles internationales, ils n’ont aucun scrupule à se donner cet air faussement sourcilleux et scandalisé que l’on puisse remettre en cause le système scolaire au rabais qu’ils destinent aux enfants de l’Atlas, du Rif, du Sousse des Doukkalas et des Jbalas entre autres.

Les partis politiques toutes tendances confondues, mais les partis se disant nationalistes et les partis à référent religieux en particulier, ont ce reflex tendancieux à clamer chacun en son moment d’émersion électorale, incarner la représentativité exclusive du peuple au motif qu’ils détiendraient la majorité relative des voies exprimées, quand bien même dans le meilleurs des cas leur côte dépasse à peine les 10% de l’ensemble des voies incluant les abstentions. Réaction d’autant plus tendancieuse que ladite majorité est le plus souvent le résultat d’artifices combinant arrangement politique, maîtrise du jeux démagogique et populiste, opportunisme et mise à contribution de strates entières constituées au fil du temps d’agents incrustés au moyen de pratiques clientélistes et népotistes dans les institutions influentes du pays. Ils ont aussi cette curieuse façon de chercher à faire passer leurs propres idées politiques comme étant celles du peuple entier en faisant sciemment l’amalgame entre ce à quoi celui-ci aspire et ce qui lui est réellement offert comme choix.

Encore une fois, l’exemple crucial du système d’enseignement est très significatif. Pour faire avaler la couleuvre de l’arabisation forcenée, les bonimenteurs de foire qui l’on manigancée de façon unilatérale se plaisaient à faire prévaloir que celle-ci était acceptée du fait que le secteur publique intéressait la plus grande frange de la population, mais sans qu’ils aient jamais été capables d’avancer la moindre preuve que cette population aurait réellement fait le choix de confier sa progéniture à ce secteur, livré à tous les bricolages, si la possibilité de les inscrire ailleurs lui ait été accessible. L’extrapolation de la question ainsi abordée en ce qui concerne le système de l’Education à tout autre thème à caractère socioéconomique, politique, culturel ou même religieux, nous amène au cœur de la définition du contenu de ce qu’est la démocratie qui n’est rien d’autre que la liberté dans la désignation des choix souhaitables, excluant évidemment toute atteinte à celle d’autrui, par opposition aux choix possibles dans un champ pré-délimité et réductible à loisir.

Toute raison gardée, au regard de l’histoire récente et ancienne, s’il fallait désigner un pays au monde pour incarner à lui seul le symbole de la résistance anticoloniale armée, ce n’est faire outrage à quiconque que de porter le Maroc au pinacle. Des figures légendaires de la trempe de Mao Zedong ou de Ho Chi Minh ne manquaient pas de témoigner respect et déférence à la glorieuse résistance armée du peuple marocain en soulignant même avec modestie avoir trouvé dans les combats livrés dans le Rif et dans l’Atlas la base d’inspiration dans leurs propres luttes de libération. D’où cette question des plus béate de chercher à saisir comment, face à un tel capital de sympathie pour notre histoire anticoloniale, le régime illégitime algérien, corrompu et honni par son propre peuple, peut-il se permettre de pousser en toute confiance l’arrogance jusqu’à qualifier devant les instances internationales le Maroc d’occupant colonial d’un territoire relevant de sa souveraineté, ce des siècles avant même l’existence de l’Etat algérien en tant que tel ? Une seule réponse plausible, la diplomatie marocaine, à l’image du reste des institutions nationales, est conditionnée par l’état d’esprit pan-arabiste, la rendant tétanisée à l’idée d’avoir à s’adosser à des arguments mettant en évidence les luttes anticoloniales marocaines, propre à faucher l’herbe sous les pieds des diplomaties adverses, mais qu’elle n’ose afficher clairement à la face du monde car impliquant la mise en avant des exploits intimement liés aux sacrifices du peuple amazigh du Maroc, ce à quoi elle semble allergique.

L’amazighité, barrage à l’intolérance et au totalitarisme de tous bords

Da Houcine Aït Ahmed est parti, grande figure de la lutte pour la libération de l’Algérie, homme de principe, intègre, ami du Maroc, amazigh jusqu’à à la moelle, ayant connu la prison et l’amertume de l’exil, sans jamais rien céder de son engagement pour la démocratie réelle et le respect des droits de l’homme qu’il a défendu jusqu’au dernier souffle. Au début des années 1990, lors d’un bref retour en Algérie, il organise en pleine période de tourmente qu’a connue ce pays, une grande manifestation au cri « ni Etat théologique ni Régime policier ». Le message de Da Houcine n’ayant apparemment pas été entendu, l’Algérie le paya de 200 000 morts et de dizaines de milliers de disparus. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, crise économique aidant, pour ce pays le pire semble encore à venir.

Le Maroc, havre de sérénité, dans cette région Afrique du Nord – Moyen Orient vagant à la dérive, il doit cet état de fait et dans une large mesure, n’en déplaise, à cette âme des Amazighs, ouverts et hospitaliers, et à leur tempérament pondéré plus enclin au compromis qu’à la dissension meurtrière. Les détracteurs de l’amazighité, tous crins confondus, feraient mieux de ménager la branche sur laquelle ils se prélassent car, comme toute chose par ailleurs, tant la patience de l’amazigh est grande elle a aussi une limite. A l’âge de la rationalité et du numérique, tout esprit lucide et doté d’un minimum d’honnêteté intellectuelle, gardant encore quelques sensibilités pour ce pays, pour son histoire et sa réalité socioculturelle, est interpelé pour s’interroger et interroger sans ménagement sur l’immense danger à continuer à malmener ce socle d’ultime ligne de sauvegarde qu’est l’amazighité. Il est de ces trains qui ne passent qu’une fois dans l’existence, ne laissant comme option que l’équité et le progrès sous le prisme le plus large ou la relégation au rang de laissés pour compte dans la déchéance.

L’histoire connait une accélération rythmée par un contexte mondial en proie à des crises économiques et géopolitiques répétées, nous plaçant dans l’extrême urgence de faire preuve d’humilité à s’inspirer des exemples les plus réussis dans le traitement de nos diverses préoccupations de développement humain, ce qui revient à donner sans réserve droit de cité au capital immatériel en favorisant l’épanouissement des science en toutes disciplines. Sur le plan culturel et identitaire, il n’est plus permis que la langue amazigh, langue de tous les marocains, subisse le moindre retard dans la mise en application de la loi fondamentale y afférente. A cet effet, Les sociologues, les historiens, les linguistes et les démocrates dignes de ce nom sont appelés à apporter leur pleine contribution en faisant preuve de courage et d’aplomb pour faire barrage aux forces obscurantistes qui lui sont hostiles et sceller par là même ce cachet imprégné de tolérance et d’universalisme qui font partie intégrante des traditions de notre peuple. Il s’agit aussi de faire regagner aux générations actuelles et futures cette fierté de soi propre à nos aïeux et qui est aussi synonyme de dignité et de respect d’autrui. A propos de fierté c’est Abdelkrim qui a répondu à un arrogant dignitaire moyen oriental, venu lui demander la main de sa fille, qu’il l’a donnerait plutôt au dernier berger du rif qu’à un de ces cheikhs du soleil levant…

Ce n’est malheureusement pas sur les bancs de l’école publique polluée par l’atmosphère panarabo-intégriste qu’on risque d’apprendre que déjà au moyen âge, les Almorabites de Youssef Bentachfine, pourtant en pleine lutte religieuse contre l’Occident, comptaient dans les rangs de leurs armées des soldats de confession chrétienne qui disposaient de leurs propres chapelles où ils pouvaient librement exercer leur culte. Plus proche de nous encore ce précieux lègue moral d’Abdelkrim qui, après avoir rappelé à ses partisans que l’Afrique du Nord amazighe a été en partie animiste, juive et chrétienne avant d’adopter la religion musulmane, a insisté pour qu’aucun mal ne soit jamais fait à nos compatriotes juifs, ce bien avant les abominations des camps d’extermination à fondement raciste qui ne remueront quelques bonnes consciences occidentales qu’après coup. Faut-il encore, pour souligner l’enracinement des valeurs humaines dans les traditions marocaines, rappeler l’attitude historique de Mohamed V pendant la deuxième guerre mondiale, alors qu’elle atteignait ses paroxysmes de violence et dont personne ne pouvait encore anticiper de l’issue, en s’opposant sans hésitation à la déportation de ses sujets de confession juive, avec tout ce que cela représentait comme danger pour sa personne et pour son royaume à l’époque encore sous protectorat ?

L’expérience d’après indépendance a montré la limite des partis politiques à se hisser à la hauteur des responsabilités dans les choix à caractère stratégique ou ceux touchant à des sujets gravissimes comme celui de l’identité nationale ou la défense nationale. Leurs postulats statutaires entachés de floue laissent percer un référentiel plagié à diverses sources, leur faisant côtoyer des notions à significations contraires ou opposés comme celles appelant à la démocratie mais renvoyant en même temps à des référents consacrant l’apologie de la pensée unique. Plombés par des franchises idéologiques venant d’ici et là, ils tombent très vite dans des contradictions et le calcul à court terme, quand ils ne sombrent tout simplement pas dans des querelles internes les rendant encore moins crédibles auprès d’une opinion publique, gagnée depuis longtemps par le scepticisme. S’il va de soi que la démocratie doit demeurer en toutes circonstances comme option irréversible, le pays ne saurait être livré poings et pieds liés à des partis-pris de quelques obédiences qu’ils soient pour en décider du sort. Force est de se rendre à cette évidence que la définition des grandes orientations stratégiques doit continuer à s’exercer au plus haut niveau de l’Etat sous peine de blocage de toute perspective réelle de développement socioéconomique. Le Maroc n’aurait jamais pu se doter de l’infrastructure hydraulique, portuaire, ou routière dont il jouit aujourd’hui, en l’absence de cette visibilité sur le long terme qu’exige tout projet structurant de dimension nationale. Pas plus qu’il ait été pensable de le voir engagé dans d’ambitieux programmes d’économie durable tels ceux des énergies renouvelables ou de recyclage des eaux usées, ou encore dans des réorientations politiques de l’ordre de l’avènement de l’Instance Equité et Réconciliation (I.E.R.).

Si par simple jeux de curiosité on cherchait à s’imaginer ce qui aurait pu advenir aujourd’hui du Maroc s’il s’était laissé engager sur la voie socialo-baathiste, un moment portée à corps perdu par quelques partis politiques, y voyant la panacée à tous les maux, il suffit pour en avoir une idée d’un bref regard jeté sur le tumulte où se trouve actuellement réduite la Mésopotamie ou bien encore sur l’état calamiteux de nos voisins de l’est, pourtant pourvus de richesses naturelles exceptionnelles. Quand à entendre les gourous de tous crins prétendant percer le secret de la martingale du salut terrestre et céleste lors d’interminables incantations et décantations, en jouant du chapelet d’une main et en se caressant la barbe de l’autre, on se rend compte aujourd’hui plus que jamais combien il est préférable de s’en remettre directement à Dieux qu’à ses saints. Enfin ! Il existe un vieil adage bien de chez nous qui résume le tout en quelques mots: «tout ce qui vient de l’est est bon à prendre, sauf le vent (le chergui) et les idées». Et à mauvais entendeur aucun salut.

Chafik Abdelhamid

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