L’amazighité: unique alternative civilisationnelle

Par : Moha Moukhlis

A maintes reprises, nous avons pointé du doigt les conséquences désastreuses du discours démagogique que le pouvoir et ses corporations politiques distillent en destination des citoyens. Nous avons mis en garde contre le traitement biaisé de la cause amazighe par les décideurs et les maîtres du moment. Nous avons affirmé et réaffirmé que l’amazighité repose sur des valeurs, qu’elle ne se limite pas à sa dimension culturelle et linguistique, à des opérations – bâclées et sabotées – d’intégration de l’amazighe dans les médias et dans l’enseignement. Nous avons soutenu, avec conviction, que l’amazighité constitue un projet de société, alternative pour dépasser le marasme dans lequel notre pays est englué. Nous avons estimé – et estimons toujours – que la reconnaissance de l’amazighité ne peut se faire sans souveraineté du peuple amazighe, sur sa terre. Car, il est chez lui. Et il ne peut admettre que ses détracteurs – qui disent venir d’ailleurs – décident pour lui, à sa place et le maintiennent dans « l’enfantillage ». Les temps ont formidablement changé.

Nous constatons aujourd’hui que la même mentalité et les mêmes discours démagogiques sévissent. Avec arrogance et mépris envers le peuple amazighe. Les bouleversements que les Etats « arabes » qui ont vécu sous la houlette de dictateurs et de clans familiaux et mafieux s’inscrivent dans le sens de l’histoire : des générations de jeunes veulent rompre avec des systèmes totalitaires obsolètes qui brident le changement. Nos responsables, tous horizons confondus, sont désemparés, déboussolés. Complètement dépendantes d’un Etat qui les nourrit, nos corporations politiques et nos ONGs ne peuvent plus réfléchir avec autonomie : ils ressassent des discours surannés, tournent en rond, affirment une chose et son contraire, s’agitent dans l’immobilisme, dépassés par les horizons qui s’ouvrent et la marche inéluctable de l’Histoire qui avance.

Sur les écrans des télévisons de l’Etat – qui ne sont donc pas les télévisions du peuple -, nous avons entendu des «spécialistes» y aller de leurs «analyses» de façade, nous livrer des logorrhées écoeurantes sur la «spécificité» du Maroc. Omettant de dire que la véritable spécificité du Maroc, la seule et l’unique, c’est l’amazighité. Rien que l’amazighité. Essentiellement l’amazighité. Les micros sont mis à la disposition des mêmes figures, des mêmes têtes, avec les mêmes rituels propres à des politicards qui jugent le peuple inculte, ignare et immature. Ils nous expliquent que «le Maroc n’est ni la Tunisie, ni l’Egypte, ni la Libye». Mais omettent d’affirmer que le Maroc est amazighe. C’est sa spécificité. Et c’est justement ce qu’il partage avec la Libye, la Tunisie et l’Algérie…

Les amazighes servent de figurants. Sans pouvoir aucun. Alors que continuent la spoliation de leurs terres ancestrales, l’interdiction de leurs prénoms, la stigmatisation et la «prostitution» de leur culture. Ils vivotent dans un Etat où les Arabes ont le statut de «race supérieure», sacrée, où la langue arabe «sacrée» est l’unique moyen d’accès au paradis. Car, dès que les amazighes s’expriment librement, en dehors des circuits officiels balisés, ils sont attaqués par tous. Ils n’ont qu’une perspective: vivre comme parias, subordonnés aux Arabes et à l’arabité. Et des amazighes prêts à se vendre au plus offrant, à troquer leur identité contre des privilèges sont appelés à la rescousse. Jusqu’à quand ?

Les amazighes sont écœurés de voir, sur leur terre, un Etat dirigé par un cartel de familles arabes et andalous. Et parce qu’ils descendraient du prophète, ils constituent une caste supérieure dispensée de payer ses impôts, bénéficiant d’une carte de supers citoyens. Des cartels qui dilapident ses richesses au grand jour, dans l’impunité totale : des personnes gravitant autour des hautes sphères du pouvoir font la pluie et le beau temps. En raison de leur proximité avec le palais. Ils n’ont peur de personne. L’ex premier ministre, un fassi, n’est jamais inquiété par l’affaire Annajat, le clan des fassis et fassis fihri a mis main basse sur le pays qu’il gère comme un ranch, une propriété privée pour satisfaire le clan des frères, cousins, fils et cousines.

Le peuple amazighe, à travers sa jeunesse forge son destin. Il est disposé à en payer le prix pour recouvrir sa liberté et ses droits : être maître chez lui et décider de son devenir. A l’image de tous les peuples qui secouent le joug de la domination. Les cinq décennies de «colonisation nationale» qu’il a subit ne sont pas venues au bout de sa lutte. Elles ont renforcé sa détermination à vivre debout. Récupérer ce qu’on lui a volé. Cinq décennies ne représentent rien sur l’échelle de l’Histoire. Le peuple amazighe a laissé des épopées dans son histoire: Tazizawt, Lehri, Anoual, Baddou, Hamdoun, Bougafer…Il n’oublie pas.

Le peuple amazighe se redresse après avoir, en raison du matraquage idéologique, épousé des causes qui ne sont pas les siennes (Palestine, Liban, Irak…). Il réalise les manœuvres et les manipulations dont il est l’objet. Sa cause est ailleurs: l’amazighité.

Il constate que le pouvoir est tétanisé par ce qui se passe autour de lui, sans réaction profonde et sérieuse. Le pouvoir est frappé de cécité car il ne réalise pas que la jeunesse n’a plus peur. De personne. La jeunesse aspire à des changements radicaux, ici et maintenant. Je parle d’une jeunesse amazighe qui a investi la toile, sait ce qui se passe dans le monde, refuse les discours démagogiques de ceux qui prétendent détenir leur légitimité par héritage métaphysique. Cette jeunesse voit des dictatures s’écrouler partout dans le monde. Regarde des peuples se rebeller contre les dictateurs. Elle espère. Et veut s’inscrire dans le cadre de l’histoire qui s’accélère.

Au Maroc, le peuple amazighe n’a pas encore dit son mot. Il refuse d’être instrumentalisé, « ustensilisé » par les démagogues qui s’agitent. Il se prépare avec sérénité à recouvrir sa souveraineté. Celle qui redonnera au Maroc son vrai visage amazighe. Un visage amazighe symbole de laïcité, de tolérance, de générosité, de démocratie, de laïcité et de modernité.

Désormais la mouvance amazighe s’organise dans le cadre de structures nationales et internationales, elle porte son combat vers l’espace public en organisant des marches, sit-in et manifestations. Elle s’arme de patience pour mettre à nu le vrai visage du pouvoir et d’un gouvernement islamo-arabiste aux relents intégristes qui croit avoir mis main basse sur la société.

Illusion et mirages qui s’évaporent face à la réalité amazighe. Si palpable et si tenace. Qui s’est concrétisée par les marches organisées à l’occasion de la commémoration du 20 avril 2014, en 2015 et en 2016. Un peu partout au Maroc, la jeunesse amazighe a marché, manifesté, à Nador, Houssima, Agadir, Rabat, Ikniwen, Msemrir, Ifni,Mazrrakech , Agadir et ailleurs. Le drapeau amazighe a flotté. Des slogans ont été scandés pour rappeler aux maitres du moment que l’amazighité résistera toujours aux contingences et se situe au dessus des discours démagogiques et politiciens qui cherchent à gagner du temps.

Certes, le combat amazighe s’inscrit dans la durée. La soif légitime de se structurer politiquement avance, pourvu que ses initiateurs soient à la hauteur, et ne se limitent pas à la déclamation de slogans creux qui risquent de sceller leur devenir et leur crédibilité. C’est sérieux. Les Amazighes commencent à transiter du combat culturel et idéologique vers un combat politique qui leur permettra de faire valoir leurs droits légitimes et être au cœur du pouvoir de décision.

C’est leur positionnement qui permettra à notre pays de retrouver son vrai visage, renouer avec ses racines millénaires et sortir de l’ornière arabo-intégristes qui en fait la succursale et l’annexe d’un Orient arabe déboussolé, rivé sur le rétroviseur et qui va droit vers le mur.

L’amazighité est l’unique alternative démocratique et crédible pour notre pays. Sa concrétisation et sa mise en œuvre multiforme nous fera gagner du temps et rompre avec des politiques arrogantes et sectaires qui continuent de lester le développement socio-économique et culturel dont la Maroc à tant besoin.

L’amazighité est l’unique alternative, non seulement pour notre pays, mais aussi mais surtout pour l’Afrique du nord et les pays subsahariens (Mali, Niger, Burkina-Faso…). Il s’agit d’un retour naturel aux sources pour échapper aux idéologies meurtrières, génocidaires et exogènes importées et qui rongent le fonctionnement de cette partie du monde. C’est, en fait, une résurrection en marche qui fera de notre pays et de cet espace, une référence mondiale au niveau des valeurs de cohabitation de tolérance, de liberté et de démocratie.

Les Amazighes se sont engagé dans le combat politique, espérant qu’ils fassent preuve de transparence et d’originalité, de fidélité aux principes et de sacrifices nécessaires. Ne pas céder à la tentation des privilèges que le pouvoir est disposé à octroyer pour récupérer leur combat et torpiller les acquis. La vigilance est de mise.

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