Le «lexique juridique: Français-Amazigh» de Mohamed Boudari voit enfin le jour

12 001Les Editions Amazigh viennent de publier « َAmawal Azerfan », un lexique juridique bilingue Français-Amazigh, réalisé par Mohamed Boudari, journaliste et chercheur,  Imprimé chez Chams Editions à Rabat.

La couverture du livre a été réalisé par Lahbib FOUAD, écrivain, peintre et chercheur à l’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM)..

Préfacé par le Professeur Ahmed Bououd, Docteur en Linguistique (INALCO) Paris – Enseignant – Chercheur à la FLSH Université Hassan II, Casablanca, cet ouvrage de 128 pages de taille A5 « ne prétend pas à l’exhaustivité ni sous estimer les travaux antérieurs entrepris  dans  ce domaine, tant individuels qu’institutionnels.. », comme il est souligné  dans l’introduction, c’est plutôt le fruit d’une idée qui a germé dans l’esprit de l’auteur il y a de cela une quinzaine d’années, lorsque fut posé le problème de la terminologie amazigh à même de répondre aux besoins des militants du MCA , dont il faisais partie, lors de débats oraux ou de productions écrites..

Le «Lexique juridique Français-Tamazight», qui comprend 2886 entrées en français et leurs correspondants amazighs, est organisé selon une macrostructure et une microstructure bien déterminées.

L’ossature générale de ce lexique bilingue est constituée de termes en français (LD), suivis de leurs équivalents en langue amazighe(LA), selon le classement alphabétique en vigueur dans la langue française.

Pour ce qui est de l’organisation interne des articles, chaque entrée en français (couleur bleue) est suivie du terme(s) en amazighe, transcrit d’abord en caractère latin, puis en Tifinagh.

Le  système  de  transcription  adopté  dans ce  lexique  est  celui  utilisé  par  l’INALCO (France),  le  Haut  Commissariat  à  l’Amazighité  (Algérie),  l’IRCAM  (Maroc)  et  la plupart des activistes et acteurs amazighs, avec toutefois quelques remaniements pour le gh (غ) et le â (ع) et les labiovélaires.

Pour ce qui est de l’alphabet Tifinagh, et dans un souci de normalisation, l’auteur a opté pour celui utilisé par l’IRCAM.

Les  termes  Amazighs  sont  souvent  accompagnés  de  quelques  informations grammaticales,  ainsi  le  nom  est  suivi  de  sa  forme  au  pluriel  (pl.),  singulier  (sing.), féminin (fem.) ou masculin (mas.) selon les cas.

Pour  les  verbes,  la  forme  de  base  est  représentée  par  l’impératif,  2e  personne  du singulier masculin (ce qui donne de manière conventionnelle l’équivalent de l’infinitif du français), qui est équivalente au radical de l’aoriste simple. Exemple: Iga = il a fait > Egg = fais/faire (impératif); Stigaw=cote/ coter (en bourse)..

Ce lexique, est à l’origine un Mémoire de Master: Sciences juridiques, Option: Droit des affaires, que l’auteur avait soutenu sous la direction de Monsieur le professeur Farid El Bacha, au terme de l’année universitaire 2012–2013..

Pour les motifs qui ont poussé le chercher à réaliser ce travail pionnier, les difficultés rencontrées lors de sa réalisation et les enjeux d’une telle entreprise, écoutons (ou plutôt lisons) ce que l’auteur a écrit dans l’introduction du lexique:

« Conformément aux dispositions de la nouvelle constitution, Tamazight est désormais une langue officielle de l’État; «Une loi organique définit le processus de mise en œuvre du caractère officiel de cette langue, ainsi que les modalités de son intégration dans l’enseignement et aux domaines prioritaires de la vie publique, et ce afin de lui permettre de remplir à terme sa fonction de langue officielle» (art.5).

La promulgation d’une loi organique qui permettrait de donner corps à l’officialisation de la langue amazighe, reconnue depuis 2011 par la Constitution, tarde à venir. Il va sans dire que les manœuvres partisanes sont les principales causes qui entravent la mise en œuvre du caractère officiel de Tamazight; Il n’en demeure pas moins que d’autres facteurs y sont pour quelque chose.

Il ne suffit pas de promulguer une loi organique pour voir du jour au lendemain le statut officiel de la langue amazigh concrétisé, par sa mise en œuvre dans l’enseignement, les médias et les administrations..

La promulgation d’une telle loi est l’un des plus grands pas décisifs vers  la réhabilitation de Tamazight. Mais non le seul, loin s’en faut.

En effet, si de grands efforts ont été déployés pour trouver une interaction entre les différents dialectes amazighs parlés au Maroc afin de converger vers une langue standard, du chemin reste à parcourir dans plusieurs domaines de la recherche amazighe, en l’occurrence celui de la Lexicographie qui s’occupe de l’élaboration des dictionnaires, outils indispensables pour maîtriser la langue.

Si «en tout état de cause, et quoi qu’en disent les préfaciers, il n’existe pas  de dictionnaires de langue dans lesquels le lecteur trouve à coup sûr le mot qu’il cherche», chose qui est vraie pour toute langue aussi riche, aussi complète, aussi nuancée soit elle, que dire de Tamazight, langue délaissée et marginalisée depuis très longtemps?

De nombreux documents, écrits en différents parlers amazighes, sont élaborés par des militants du mouvement identitaire amazigh ainsi que par des chercheurs intéressés par la culture et la langue amazighs; on assiste ces derniers temps à la profusion de documents modernes tels que des dictionnaires généralisés, des lexiques spécialisés, des ouvrages de grammaire, d’anthologies littéraires, de didactique…etc. dont le but est de contribuer au processus de standardisation de la langue Amazigh.

Toutefois, une grande lacune reste à combler en matière de terminologie juridique amazigh, pourtant indispensable pour la mise en œuvre du caractère officiel de la langue qui a été reconnue par la constitution du 1er juillet 2011, langue officielle de l’État au même titre que l’Arabe.

C’est là un des motifs qui nous ont propulsés dans le chemin de la réalisation de ce lexique thématique, aidés en cela par les connaissances acquises au cours de notre cursus universitaire dans le domaine des sciences juridiques, notre compétence linguistique en tamazight,variante de la langue Amazigh que nous parlons naturellement, et approfondie par une expérience de plus de vingt ans, au sein du Mouvement Culturel Amazigh, ce qui nous a permis d’approcher les différents dialectes et parlers amazighes et l’appropriation de leurs modèles phonétiques, lexicaux et grammaticaux ainsi que la capacité de les utiliser et de comprendre les moindres nuances et subtilités de ces variantes.

N’étant ni lexicographe ni linguiste, notre travail risque de tomber sous le coup de toutes les critiques; nous en sommes conscient; notre mérite serait d’avoir tenté d’emprunter un chemin jusqu’ici impraticable, ou du moins, difficilement praticable pour une personne sans compagnie.

Mohamed Chafiq disait : «La vie m’a appris que tout langage est propriété collective de ses locuteurs, et que chacun d’eux a le droit d’en cultiver l’étendue qui est à la portée de ses capacités intellectuelles», Pourquoi donc voudrait-on nous priver d’un tel droit ?

Sans avoir l’intention d’enfreindre les limites tracées par les linguistes  pour leur domaine réservé, nous nous ferons fort, tout en citant le grand M.Chafiq, «d’affirmer que l’histoire de la lexicologie nous apprend ceci : les meilleurs lexicographes n’ont été forcément des philologues, au départ de leur carrière. Ibn Mandhor, l’auteur du dictionnaire le plus complet de l’arabe classique était de formation théologique. Emile Littré était philosophe, Pierre Larousse pédagogue, et Paul Robert juriste.»

Dans sa Postface de l’ouvrage de M. Oudadess et de M. Oulhaj, intitulé «Vocabulaire Amazigh Moderne», le professeur Mohamed Boudhan  disait : «Faire un lexique pour une langue déjà écrite, comme l’anglais ou le japonais, est toujours une tâche difficile. Quant à faire un lexique pour une langue qui aspire à l’écrit, comme tamazight, n’est pas seulement une tâche difficile, mais presque impossible, vu l’absence d’une accumulation scripturale qui constituerait une source lexicale bien fixée pour la recherche et le choix du mot concerné. ».

Si tel est le cas pour les «mots» qu’on trouve dans  les dictionnaires de langue générale, que dire  d’une entreprise ayant pour cible le vocabulaire juridique qui contient des «termes» d’appartenance juridique exclusive tout en  conservant également des termes du langage courant, auxquels le droit pourrait conférer un sens particulier.. ?

Comment dès lors s’aventurer dans un tel projet pesant par sa double contrainte liée, d’une part au statut  et à la situation de la langue Amazigh, et d’autre part à la particularité de la terminologie juridique qui nécessite une certaine précision, et plus de rigueur pour rendre compte des concepts  de la réalité juridique et de  tout ce que le droit crée et consacre.. ?

Voilà la tâche qu’on s’est assignée pour la réalisation de ce lexique, qui est à l’origine un Mémoire de Master: Sciences juridiques, Option: Droit des affaires, que nous avons soutenu sous la direction de Monsieur le professeur Farid El Bacha, au terme de l’année universitaire 2012–2013, et dont l’accomplissement a nécessité, dans un premier temps, un arrêt attentif sur les caractéristiques du  langage juridique (Première Partie), étape nécessaire et indispensable qui a guidé notre travail méthodique et pratique lors de la réalisation de la traduction des termes juridiques du Français, langue source ou langue de départ(LD),  en langue Amazigh, la langue cible ou langue d’arrivée(LA), (deuxième Partie).

Dans la Première Partie du Mémoire nous nous sommes attachés à mettre en exergue  les difficultés rencontrées lorsque l’on aborde l’enseignement du droit, notamment le vocabulaire juridique, c’est à dire l’ensemble des mots qui ont au moins un sens juridique et qui servent à produire les discours et les textes juridiques.

En effet, le langage juridique est caractérisé par une spécificité qui a trait d’une part à son lexique constitué de termes d‘appartenance juridique exclusive et de termes de double appartenance, et d’autre part des textes qu’il produit..

Ainsi, la première partie du mémoire, a été consacrée aux caractéristiques du lexique juridique qui confère au  langage du droit sa spécialité, sans aller jusqu’a aborder la technicité de ses textes et discours qui reflètent la technicité même du droit, et qui pourrait être prochainement l’objet d’un dictionnaire monolingue avec une production d’un métalangage juridique amazigh.

Pour aborder la spécificité du langage juridique on s’est contenté de savoir la nature des «mots», ou termes,  utilisés par ce langage, sans s’intéresser aux liens et rapports entre ces termes et leur agencement dans les textes et les discours juridique. Notre intérêt s’est, dans un premier temps, porté sur les «mots» ayant une appartenance au langage juridique, au sein desquels nous avons distingué ceux qui ont une appartenance exclusive à ce langage, et ceux qui ont une double appartenance. Ensuite, nous avons attaqué les « mots » ou termes polysémiques ; ce phénomène qui caractérise le vocabulaire juridique a été abordé  selon que la polysémie est cohérente ou  désordonnée.

Par la suite, la deuxième partie du Mémoire, a été consacrée au travail de réalisation du lexique, et qui a été effectuée en deux étapes liées intimement et dont l’une a débouché sur l’autre, suivant une approche (méthodologie) comparative en terminographie , tout en ayant à l’esprit la spécificité du champ lexical juridique aussi bien que son caractère généraliste.

Notre intérêt s’est donc, porté dans un premier lieu sur le répertoriage et l’arrêt de la liste des entrées, avant de procéder à la recherche et au choix d’un équivalent à utiliser pour traduire le terme français.

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur ces deux parties, ils pourront le faire en consultant les copies du Mémoire à la Bibliothèque de la Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales – Rabat: Université Mohammed V – Agdal, la Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc (BNRM) ou la Bibliothèque de l’IRCAM. »

Bonne lecture.

Mohamed Boudari est né le 16/02/1965 à Rich (sud-est marocain), où il a fait ses études primaires et une partie de ses études secondaires au collège ABOU SALIM EL AYACHI,  avant de rejoindre le lycée SIJILMASSA à Ksar-es-Souk (actuelle Er-Rachidia) où il a eu son Bac filière sciences expérimentales en 1984. Journaliste professionnel, il est actuellement rédacteur en chef du site francophone lareleve.ma.

Après l’obtention d’un DEUG en Biologie-Géologie à la Faculté des sciences de Meknès, il poursuit ses études au sein de la même faculté filière Biologie, avant d’opter pour des études en biologie végétale comme spécialité au sein de la faculté des sciences de Fès.

Master en Sc.Ja option : Droit des affaires, Université Mohamed V-Rabat, FSJES-Agdal

Licence Droit Français, option : Droit Privé, Université Mohamed V-Souissi, FSJES-Salé

Licence en Sociologie des phénomènes urbains, Université Mohamed V–Agdal, FLSH -Rabat

NB: Le «Lexique juridique Français-Tamazight» sera mis en lecture par le Professeur Ahmed Bououd, lors d’une table ronde qui sera organisée par le journal  « Le Monde Amazigh » sur la Guerre chimique contre le Rif, avec la participation des chercheurs El Mesnaoui Abdelouafi,  Dr. Rachid Ychouti et Dr. Ahmed Bououd, et ce le 12 avril courant à partir de 16H00 à la Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc (BNRM)  à Rabat.  La lecture sera suivie d’une signature du livre par l’auteure  Mohamed Boudari.

Source: La releve.ma

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