Al Adl Wal Ihsan Entre immobilisme et démagogie L’amazighité occultée

Par: Moha Moukhlis (Activiste amazighe)

La «secte» Al Adl Wal Ihsan vient de «dévoiler» son «Document politique», le 06 février 2024, dans une villa de Hay Al Fath de Rabat, où elle exprime sa vision sur la situation politique, sociale et économique du Royaume. Cette sortie a fait l’objet d’une couverture assurée par des journalistes de l’hebdomadaire Maroc Hebdo. Un document de 195 pages rassemblant 777 mesures proposées : tout un programme. Cette sortie a réuni les adeptes de la secte et les bras cassés et les repentis de la « gauche » et d’ONGs des droits de l’homme !!!

L’agitation dans l’immobilisme :

Le déroulement et son protocole nous donne un avant-gout des « constantes » de la secte qui continue à voir le monde sous le prisme d’une vision intégriste obsolète et anachronique : la cérémonie commence par la « lecture de quelques versets du coran » pour conjurer les démons et planter la sacralité de l’atmosphère, au nom de Dieu, le Clément le Miséricordieux ; la gente féminine d’un côté et les hommes de l’autre. Deux rangées séparées par environ un mètre de distance.

Suit alors les discours rhétoriques et lancinant ânonnés par les ténors » du « Cercle politique » de la zaouïa politique. Question de sens, c’est le brouillard total. Que veut Al Adl Wal Ihsan ? Selon un membre de son secrétariat général, c’est sortir le pays de son « état de léthargie » où les libertés sont bafouées, les pouvoirs amalgamés…Cédant au fantasme, il souligne « le poids considérable de notre confrérie dans la société » et affirme ne pas « avoir de problème avec l’idée en soi de former un parti politique », mais pas tout de suite.

Sur la ligné du gang du PJD, la secte fait les yeux doux au pouvoir, ménage sa marge éventuelle de négociation. Quid du modus d’application et d’opérationnalisation des 777 mesures ? La réponse de l’adepte se fige dans le flou et la démagogie : « il faut un changement dans le rapport des forces » et bien entendu « la participation pacifique du peuple et des forces vives » !!! Il a aussi exprimé l’appel de la secte à la mise en place d’une « véritable constitution démocratique ».

En matière de référence identitaire, la déclaration des adlistes est sans concession : « nous sommes dans un pays musulman avec un peuple musulman qui a sa propre identité ». Questions des libertés, des réserves existent, souligne-t-il. Mais pour avancer, la démocratie n’est pas la voie, il faut « utiliser Al Ijtihad… Al Ijtihad doit être utilisé beaucoup plus souvent, tout en restant dans les limites du référentiel islamique », tonne notre islamiste.

L’amazighité occultée :

Voici donc résumés, les tenants et les aboutissants de la sortie de la secte adliste. Son référentiel reste théocratique, inspiré donc par « des lois divines » immuables et éternelles. Le droit positif amazighe « Azerf », qui a fondé la liberté de conscience et la coexistence pacifique est totalement ignoré, refoulé dans l’hérésie du « Bled ssiba ». Notre identité est définie par un paramètre religieux et non culturel ou civilisationnel. Hors de l’islam, point de salut.

Sur le plan de la communication, ni affiche, ni banderoles, ni discours en / sur l’amazighe. Le document est en langue arabe et l’arrière fond meublé de croissants constituant le logo de la secte. On ne déroge pas aux dictats du défunt gourou, Abdeslam Yacine, qui a prôné « l’islam ou le déluge ».

La démagogie comme méthode :

Une réflexion même superficielle des discours prononcés nous permet de conclure que la secte est « à bout de souffle » et ne fait que réchauffer les plats froids. Déconnectée des évolutions que connait « le peuple », elle ronronne un discours obsolète, monotone et creux, qui verse dans l’ambiguïté et le brouillard. On sait aussi que la concrétisation des 777 mesures relève de l’utopie : le Maroc ne vit pas en vase clos et la défense de ses intérêts emprunte les sentiers du pragmatisme et non de la démagogie.

Les adlistes vivent en aliénés dans un pays amazighe. Le fantasme de la « Oumma islamique » qui n’a jamais existé que dans les délires rhétoriques, traduit chez eux un « complexe » de déni de la réalité. Des amazighes assimilés qui renient leur identité en la subordonnant à la croyance qui reste un acte individuel libre et non une prescription relevant du divin.

Je rappelle à nos adlistes que l’Afrique du nord a été judaïsée puis christianisée, avant d’être islamisée par la violence du sabre des invasions barbares des omeyyades dont le souci principal est le butin et les femmes asservis pour peupler les harems des Emirs de Damas et de leurs acolytes.

Il est un fait que nos intégristes devraient méditer : l’amazighité ne relèvent plus de la fiction, ni du folklore ; elle reprend ses droits, se revitalise de manière progressive pour offrir à notre pays un horizon dégagé, prometteur pour endiguer les discours monolithiques intégristes niveleurs, exogènes et liberticides. Seule notre amazighité laïque constitue le tremplin idéale et incontournable pour un Maroc amazighe pluriel, tolérant, ouvert sur le monde et permettant la coexistence pacifique des cultures et des religions.

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