ÉPHEMERIDES AMAZIGHES (2)

Dr. Mohamed Chtatou

La culture amazighe est unique et très diversifiée

La culture amazighe est unique et très diversifiée car elle est géographiquement présente dans plusieurs régions de l’Afrique du Nord et du Sahel, grand territoire portant le nom de Tamazgha. Elle a sa propre mythologie, ses traditions, ses habitudes et son organisation sociale tout à fait unique. Elle a même sa propre interprétation de la religion et portent encore les traces de l’invasion arabe au VIIe siècle. En tant que culture avec des déesses et des héroïnes, des danses, des tapis, des tatouages, du henné, elle est riche en manifestations culturelles qui la rendent cette culture très intéressante. Elle est indéniablement porteuse de civilisation millénaire de grand choix.

Tout d’abord, on peut se demander quel âge a la culture amazighe, d’où vient-elle ? Les Amazighs sont originaires d’Afrique du Nord et du Sahel, ils ont des traditions millénaires. Cette culture est très diversifiée et diverge d’une région à l’autre. Habituellement, les Amazighs qui vivent dans le sud saharien sont des Touaregs nomades. Pourtant les voyages et les échanges culturels de cette communauté ont toujours existé, car par exemple les rois berbères sont devenus pharaons en Egypte. Sheshonq Ier (en berbère : ⵛⵉⵛⵏⴰⵇ3, Chichnaq) est un roi égyptien d’extraction amazighe, fondateur de la XXIIe dynastie et issu de la tribu libyque des Mâchaouach. Les Berbères voyageaient beaucoup à travers le monde et se développaient en Afrique. C’est pourquoi de nos jours, de nombreux groupes ethniques différents sont dispersés depuis l’oasis de Siwa en Égypte jusqu’en Tunisie, en passant par les Touaregs du Burkina Faso, du Mali, du Niger de la Mauritanie et les Amazighs de l’Algérie et du Maroc, sans oublier ceux des Iles Canaries.

Ahidous du Moyen Atlas

Le nom berbère a été donné en raison de la façon dont les Amazighs étaient perçus par les Européens. C’est un dérivé du terme barbare (barbarus) en langue latine qui signifie littéralement « les gens qui vivent en dehors de l’Empire Rome ». Les Romains ne pouvaient pas les comprendre et il leur semblait qu’ils parlaient une langue incompréhensible, tout ce qu’ils entendaient c’était « brr brr brr », c’est pourquoi ils les appelaient « Berbères », en référence à leur langue. On peut évidemment dire que ce nom est assez dégradant et n’existe que parce que les Européens pensaient que la langue berbère était pauvre et parlée par des gens arriérés. Il s’agit d’une vision euro-centrique, mais aussi condescendante. C’est pourquoi les Berbères préfèrent se donner un autre nom, celui d’Amazigh qui veut dire « libre et fier ».

La culture amazighe puise ses racines dans la trinité amazighe. C’est à dire la langue Tamazight, la terre akal et la solidarité/vivre-ensemble tamount. La langue est un aspect substantiel de la culture amazighe car elle en est le véhicule de la culture. Grâce à Tamazight, la culture vit et prospère. Ensuite la terre appelée « akal » par les Amazighs, elle est sacrée dans leurs traditions séculaires. Comme ils vivent pleinement dans la nature, que ce soit dans le désert ou en montagne, ils sont très proches de la terre et la considèrent comme patrimoine sacré. Ils en dépendent car elle les nourrit grâce à l’agriculture, elle leur assure une protection et un lieu de vie. Pourtant, ils bougent au gré des saisons, c’est pourquoi le mouvement ou plutôt la transhumance fait partie de leur vie. Quand le désert devient trop chaud ou la montagne trop peu accueillante, ils doivent déménager. Enfin, il y a la solidarité/ le vivre ensemble, ou « tamount » en tamazight, très inhérente aux sociétés amazighes.

On peut constater la vitalité de la trinité amazighe dans tous les aspects de leur vie : sur les tapis, les poteries, les tatouages, la musique, la danse et la littérature orale. Il y a également de nombreux aspects qui existent en dehors de cette trinité amazighe mais qui sont pourtant très constitutifs de la culture amazighe, comme le matriarcat, la démocratie, et une interprétation très particulière de la religion. On le voit dans la mythologie et les héros de la société. Les femmes jouent un rôle important dans la communauté amazighe et elles sont un exemple pour tout le monde, et une représentation exemplaire de la résilience et du pouvoir.

Al-Kahina était une reine berbère légendaire qui aurait vécu au 7ème siècle en Afrique du Nord. Elle a mené la résistance contre l’invasion arabe, utilisant des tactiques de guérilla et l’approche militaire de « terre brûlée » et unifiant les tribus berbères sous son commandement. Malgré ses succès, elle fut trahie par certains de ses proches et finalement capturée et tuée au combat. Son histoire est devenue une légende de la lutte pour l’indépendance et la préservation de l’identité berbère dans la région.

Différentes caractéristiques montrent réellement des aspects de la société matriarcale tels que la parenté matrilinéaire, la contribution économique des femmes, leurs rôles sociaux, politiques et religieux. La parenté matrilinéaire signifie que dans les sociétés berbères, la descendance et l’héritage passent par la lignée maternelle contrairement au père dans la plupart des sociétés. Cela signifie que la propriété, la richesse et le statut social sont souvent transmis de mère en fille, donnant aux femmes une influence considérable au sein de la famille et de la communauté. Il y avait un temps ou les enfants nés du mariage portaient le nom de famille de leur mère, mais au fil des siècles l’Islam a tout changé.

La contribution économique des femmes berbères est également majeure car elles s’engagent traditionnellement dans diverses activités économiques telles que l’agriculture, le tissage et l’artisanat. Leur participation active aux efforts économiques leur confère souvent un pouvoir de décision et une autonomie au sein du ménage. Enfin, leurs rôles sociaux et religieux sont uniques dans la mesure où la culture berbère valorise souvent la sagesse et les conseils des femmes âgées, qui peuvent occuper des positions respectées de matriarches au sein de leurs communautés.

De plus, certaines sociétés berbères ont des traditions de femmes cheffes spirituelles qui jouent un rôle important dans les cérémonies et rituels religieux. Elles font également partie de la vie démocratique de leurs villages puisque les élections ont lieu une fois par an au printemps, saison qui donne vie à la politique. En ce qui concerne la religion, les femmes ne portent pas le voile, elles sont considérées comme lt pilier de la société donc il y a, conséquemment, l’égalité des sexes chez les Imazighen.

Même si les sociétés berbères ne sont peut-être pas entièrement matriarcales aujourd’hui, les femmes ont historiquement bénéficié de plus de liberté dans des domaines tels que le mariage, le divorce et la propriété. Cette égalité est aussi matérielle, elle est visible par exemple dans la répartition des rôles puisqu’elles travaillent et font la même chose que les hommes, elles sont le symbole de la créativité dans le travail. Mais aussi, on le voit dans la culture, et dans les danses ou les hommes côtoient les femmes. Le système matriarcal peut être vu dans l’art créatif comme dans la musique, la danse, la chorégraphie, la poterie, les tatouages (qui offrent une protection contre le mâle et le mal).

Concernant la religion, les Berbères ont accepté l’Islam au VIIe siècle mais ils l’ont adapté dans leurs propres croyances, il est basé sur le Soufisme, une interprétation philosophique de l’Islam qui croit que les humains peuvent fusionner avec Dieu. Ils croient également que toutes les religions sont égales. La différence de religion réside dans l’interprétation. Il est aujourd’hui très important au Maroc car les Berbères l’ont adapté.

Du Maroc, les femmes amazighes utilisent également le henné pour se protéger du mauvais œil mais aussi pour les rendre fertiles et à des fins médicinales. Dans la culture amazighe la vie est rythmée par de nombreux événements qui reflètent la vie sociale des Amazighs. Ils organisent des mariages, des festivals de musique et danse qui s’appuient sur des traditions millénaires. Par exemple, le mariage est considéré comme un événement social important en raison de la socialisation et de l’interaction car il rassemble les gens et rapproche les familles et les communautés. Cela permet également de redresser les regards entre différentes personnes. Puis enfin c’est un temps de chant, de danse c’est à dire c’est un art bénéfique pour la santé, et pour le bien-être de la société.

Cette culture est également précieuse car elle a des racines dans le passé. Par exemple, les Jajoukas du Rif est un groupe de musiciens vieux de 4000 ans. Ils sont populaires parce qu’à côté de la musique ils ont du théâtre anthropologique : des représentations de scènes qui ont une valeur ethnographique et qui sont une célébration païenne. Certains éléments culturels sont également partagés avec le Moyen-Orient, comme les caftans qui proviennent de la tradition vestimentaire berbère dont l’influence a été ressentie jusqu’au Moyen-Orient et dans l’empire ottoman d’antan.

En conclusion, la culture amazighe représente une importante diversité de traditions, de connaissances et de philosophies qui ont évolué au fil des millénaires en Afrique du Nord et au Sahel. De sa mythologie unique à son organisation sociétale diversifiée, le mode de vie amazigh reflète un lien profond avec la terre, la langue et les valeurs qui ont façonné son identité. Malgré les influences extérieures et les défis historiques, le peuple amazigh a préservé son patrimoine culturel intact en dépit des invasions, des acculturations et de tentatives avortées de mystification par des forces maléfiques externes.

L’organisation unique de la culture amazighe a donné aux femmes un rôle central dans la société, incarnant les principes du matriarcat à travers leurs contributions au travail, au leadership et à la culture. C’est une culture millénaire, très riche, des célébrations païennes, partagée au sein de toutes les ethnies amazighes. L’autonomisation de la femme reflète un engagement plus large en faveur de l’égalité et de la démocratie au sein des communautés amazighes. De plus, l’interprétation de la religion et des pratiques culturelles, telles que les rituels du henné et la musique de transe, souligne la profondeur du lien spirituel et de la créativité ancrés dans cette culture. À travers les mariages, la musique et les arts traditionnels, le peuple amazigh continue de célébrer et de préserver son patrimoine culturel, garantissant ainsi la pérennité de son mode de vie ancestral pour les générations à venir.

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