{"id":1055,"date":"2017-02-10T09:54:40","date_gmt":"2017-02-10T09:54:40","guid":{"rendered":"http:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=1055"},"modified":"2017-02-10T09:55:30","modified_gmt":"2017-02-10T09:55:30","slug":"portrait-dun-militant-en-defenseur-inconditionnel-du-cedre-de-latlas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/portrait-dun-militant-en-defenseur-inconditionnel-du-cedre-de-latlas\/","title":{"rendered":"Portrait d\u2019un militant en d\u00e9fenseur inconditionnel du c\u00e8dre de l\u2019Atlas"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-1063\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/IMG_9334-333x250.jpg?resize=333%2C250\" alt=\"\" width=\"333\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/IMG_9334.jpg?resize=333%2C250&amp;ssl=1 333w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/IMG_9334.jpg?resize=200%2C150&amp;ssl=1 200w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/IMG_9334.jpg?resize=1024%2C768&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/IMG_9334.jpg?resize=1536%2C1152&amp;ssl=1 1536w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/IMG_9334.jpg?w=1600&amp;ssl=1 1600w\" sizes=\"auto, (max-width: 333px) 100vw, 333px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Mohamed Attaoui pr\u00e9sident de l\u2019Association Avenir du C\u00e8dre et du Mouflon<\/p>\n<p>Mohamed Attaoui est militant associatif atypique. Rien d\u2019inconsistant dans le qualificatif. Il y a en lui, en effet, quelque chose de t\u00eatu et d\u2019inconciliable. Cela se juge surtout sur la dur\u00e9e. Ses adversaires, offusqu\u00e9s par son refus de plier, diront incorrigible. Malgr\u00e9 un sentiment d\u2019isolement du fait que d\u2019anciens camarades avaient opt\u00e9 pour d\u2019autres m\u00e9thodes et voies, lui reste fid\u00e8le \u00e0 ses choix initiaux et maintient le cap. Pour son inflexibilit\u00e9 il paie un lourd tribut : licenciement, emprisonnement, difficult\u00e9 de vie d\u2019un p\u00e8re de famille mari\u00e9, p\u00e8re de trois enfants. Son nom est associ\u00e9 \u00e0 Tounfite, village situ\u00e9 dans le Haut Atlas oriental, \u00e0 une centaine de kms au sud-est de Kh\u00e9nifra. Parall\u00e8lement \u00e0 l\u2019associatif il avait toujours \u00e9crit des articles et reportages audacieux dans leur franc-parler pour donner une voix \u00e0 sa r\u00e9gion et d\u00e9noncer les m\u00e9faits dont elle fait l\u2019objet, ce qui n\u2019\u00e9tait pas pour plaire aux r\u00e9seaux qui en tiraient profit au d\u00e9triment de la population tr\u00e8s pauvre.<\/p>\n<p>Technicien agronome, la cinquantaine, Attaoui a toujours tenu \u00e0 rester dans son patelin natal de Tounfite. A l\u2019origine, apr\u00e8s avoir obtenu son dipl\u00f4me de technicien agronome, il avait travaill\u00e9 dans la culture de la fleur coup\u00e9e dans la r\u00e9gion de Rabat. C\u2019\u00e9tait son premier job de dipl\u00f4m\u00e9 frais \u00e9moulu, ann\u00e9es 1980. Il se rappelle comment cette exp\u00e9rience aupr\u00e8s d\u2019un entrepreneur europ\u00e9en lui avait donn\u00e9 la possibilit\u00e9 de contacter un univers de gens cossus, amateurs de fleurs d\u2019ornement. L\u2019enfant du pays du Tounfit, patelin du Haut Atlas oriental, en \u00e9tait d\u00e9pays\u00e9. N\u00e9anmoins au lieu de s\u2019\u00e9tablir dans une grande ville comme son premier travail semblait l\u2019y orienter, il choisit, \u00e0 la premi\u00e8re occasion, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, de travailler au sein de la commune rurale de Tounfite son village natal. C\u2019\u00e9tait lors de l\u2019op\u00e9ration d\u2019insertion des dipl\u00f4m\u00e9s ch\u00f4meurs dans le cadre du Conseil de la jeunesse et de l\u2019avenir. On se souvient de cette premi\u00e8re \u00e9tape de crise de l\u2019universit\u00e9 marocaine qui se poursuit encore aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Sa passion avait toujours \u00e9t\u00e9 la protection des ressources naturelles de la r\u00e9gion du Haut Atlas oriental, dont en particulier le c\u00e8dre qui figure l\u2019une des particularit\u00e9s de la r\u00e9gion. D\u2019o\u00f9 la cr\u00e9ation par la suite d\u2019une association qu\u2019il pr\u00e9side : Association Avenir du C\u00e8dre et du Mouflon. Pour lui, le nom de l\u2019association r\u00e9sume la situation de sa r\u00e9gion natale : la destruction syst\u00e9matique du c\u00e8dre est accompagn\u00e9e dramatiquement par celle de la faune. Apr\u00e8s la disparition du lion de l\u2019Atlas dans les ann\u00e9es 1920, d\u2019autres esp\u00e8ces ont suivi dont la panth\u00e8re. Aujourd\u2019hui la diminution des troupeaux de mouflons, ruminants sauvages habitant en haute altitude dans les escarpements de la montagne, offre un exemple frappant de d\u00e9cimation continue de la vie florale et faunistique.<\/p>\n<p>\u00abC\u2019\u00e9tait dans le pass\u00e9 tout un cheptel dont le nombre n\u2019a cess\u00e9 de diminuer de mani\u00e8re alarmante, la disparition des grands arbres suivie de l\u2019\u00e9claircissement de la for\u00eat et les sous-bois avec les vari\u00e9t\u00e9s diversifi\u00e9es de plantes, s\u2019accompagne par la d\u00e9t\u00e9rioration de l\u2019habitat de la faune et donc c\u2019est tout l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me qui s\u2019effondre!\u00bb aime-t-il \u00e0 souligner.<\/p>\n<p>Sa passion s\u2019inscrit dans la constance. Ni le temps qui se prolonge (une vingtaine d\u2019ann\u00e9es) ni les contraintes \u00e9conomiques et judiciaires avec les \u00e9preuves et souffrances que cela entra\u00eene, ne parviendront \u00e0 l\u2019arr\u00eater ou \u00e9mousser l\u2019acuit\u00e9 de son engagement. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 soutenu par des m\u00e9dias et ONG militant pour la protection de l\u2019environnement, aujourd\u2019hui il se sent plut\u00f4t seul face aux m\u00eames pressions et lobbys. Or rien n\u2019a chang\u00e9 pour ce qui l\u2019avait toujours mis en r\u00e9volte depuis la fin des ann\u00e9es 1980 : on coupe toujours le c\u00e8dre avec du braconnage \u00e0 grande \u00e9chelle et bient\u00f4t dans cette r\u00e9gion du Haut Atlas oriental, les g\u00e9n\u00e9rations futures n\u2019y verront plus les immenses arbres qu\u2019on arrache \u00e0 un rythme effr\u00e9n\u00e9.<\/p>\n<p>Ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 Mohamed Attaoui est tout \u00e0 fait particulier. Son engagement lui a valu des \u00e9preuves sans nombre. Pourtant il ne semble pas pr\u00eat \u00e0 baisser les bras. Il a de la d\u00e9termination, de l\u2019endurance \u00e0 en revendre. Mari\u00e9, p\u00e8re de trois enfants, il doit concilier entre la vie familiale et l\u2019activit\u00e9 de militant. Un v\u00e9ritable tour de force. Dans sa petite maison construite sur un \u00e9tage, sans finition jusqu\u2019\u00e0 ce jour, il avait accueilli des journalistes et autres repr\u00e9sentants d\u2019ONG nationaux et \u00e9trangers pour les guider sur le sentier de la c\u00e9draie du Haut Atlas oriental. L\u00e0 il se calfeutre chez lui pendant l\u2019hiver trop rude avec la neige qui s\u2019accumule sur le toit. Il se r\u00e9fugie avec sa femme et ses enfants dans une petite chambre avec po\u00eale pour se tenir au chaud.<\/p>\n<p>\u00abOn est oblig\u00e9 de se r\u00e9fugier dans la chambre car le po\u00eale ne peut pas tenir au chaud toute la maison!\u00bb.<\/p>\n<p>Une famille a besoin de beaucoup de bois de chauffage pour tenir le coup en hiver dans la r\u00e9gion o\u00f9 des temp\u00e9ratures au-dessous de z\u00e9ro s\u00e9vissent pendant trois mois \u00e0 partir de d\u00e9cembre. Depuis l\u2019\u00e9t\u00e9 des b\u00fbcherons font le va-et-vient entre le village et la for\u00eat en qu\u00eate de bois de chauffage qu\u2019ils revendent \u00e0 70 Dh le chargement de mulet.<\/p>\n<p>Depuis le mois d\u2019ao\u00fbt dernier Mohamed Attaoui avait observ\u00e9 un sit-in devant le si\u00e8ge de la commune rurale de Tounfite en protestation contre le refus du pr\u00e9sident de la commune d\u2019ex\u00e9cuter un jugement d\u00e9finitif du Tribunal administratif pour licenciement abusif et privation de son salaire. Il vient de saisir le M\u00e9diateur du Royaume par une correspondance \u00e0 ce propos. Il s\u2019agit du deuxi\u00e8me jugement du genre puisque Attaoui avait d\u00e9j\u00e0 fait l\u2019objet de licenciement abusif et le Tribunal administratif lui avait rendu justice en d\u00e9cidant de l\u2019indemniser et le r\u00e9int\u00e9grer dans son travail. Ce jugement confirme qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 priv\u00e9 de son travail juste pour le punir et mettre au pas son activit\u00e9 de militant qui refuse de s\u2019int\u00e9grer dans les rouages d\u2019un syst\u00e8me de client\u00e9lisme et ne s\u2019accepte que comme un \u00e9lectron libre de vigilance \u00e0 l\u2019affut des actions de pr\u00e9dation dont p\u00e2tit le patrimoine forestier.<\/p>\n<p>Pour Attaoui la r\u00e9gion de Tounfite subit un double d\u00e9ni. D\u2019une part les pouvoirs publics au niveau central semblent ne pas se rendre compte que cette r\u00e9gion existe, d\u2019o\u00f9 le fait que des exactions peuvent se passer, comme la pr\u00e9dation \u00e0 grande \u00e9chelle du c\u00e8dre, sans qu\u2019on s\u2019en \u00e9meuve outre mesure.<\/p>\n<p>\u00abOn semble penser que le c\u00e8dre n\u2019existe qu\u2019au Moyen Atlas et ignorer que le Haut Atlas oriental poss\u00e8de une part non n\u00e9gligeable de c\u00e9draie qu\u2019il faudrait prot\u00e9ger contre les massacres quotidiens\u00bb confie Attaoui.<\/p>\n<p>D\u2019autre part un pan d\u2019histoire est compl\u00e8tement ignor\u00e9 bien qu\u2019il repr\u00e9sente un poids consid\u00e9rable au niveau historique et symbolique pour le Maroc. A ce propos Attaoui aime \u00e0 \u00e9voquer la r\u00e9gion de Tazizaout, haut sommet du Haut Atlas oriental (\u00e0 quelques dizaines de kms de Tounfite) o\u00f9 les derniers bastions des r\u00e9sistants, refusant la capitulation devant les forces coloniales fran\u00e7aises, s\u2019\u00e9taient r\u00e9fugi\u00e9s en 1932. Un moussem est r\u00e9guli\u00e8rement organis\u00e9 au mois d\u2019ao\u00fbt pour \u00e9voquer ce pass\u00e9 oubli\u00e9 et se recueillir sur les tombes des r\u00e9sistants dans la montagne devenue leur cimeti\u00e8re. Pas seulement des Zayane mais pour tous les Marocains qui avaient pris part dans des batailles et avaient refus\u00e9 de se rendre que ce soit au Nord pour les Rifains ou le Sud pour le Souss, ou encore l\u2019Ouest pour la Chaouia. Pour Attaoui la mauvaise gestion, l\u2019absence de d\u00e9mocratie locale et la dilapidation des richesses naturelles sans profiter aux infrastructures et d\u00e9veloppement humain constituent une insulte pour ce pass\u00e9 de r\u00e9sistance.<\/p>\n<p>Sous sa petite maison se trouve un garage o\u00f9 il a install\u00e9 son bureau, si\u00e8ge de la section locale de l\u2019Association marocaine des droits de l\u2019homme (AMDH) et de l\u2019Association Avenir du C\u00e8dre et du Mouflon. Sur une grande table tr\u00f4ne un vieil ordinateur avec tout autour des monticules d\u2019archives, coupures de presse, livres, photographies, documents de toutes sortes en rapport avec la lutte contre le massacre de la for\u00eat de c\u00e8dre et pour l\u2019\u00e9quilibre \u00e9cologique et la d\u00e9mocratie locale. Ces archives constituent les jalons d\u2019une vie hant\u00e9e par un r\u00eave, celui de pr\u00e9server un patrimoine naturel \u00e0 la d\u00e9rive garant d\u2019avenir radieux pour les femmes et hommes de sa r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Sa\u00efd AFOULOUS<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mohamed Attaoui pr\u00e9sident de l\u2019Association Avenir du C\u00e8dre et du Mouflon Mohamed Attaoui est militant associatif atypique. Rien d\u2019inconsistant dans le qualificatif. Il y a en lui, en effet, quelque chose de t\u00eatu et d\u2019inconciliable. Cela se juge surtout sur la dur\u00e9e. Ses adversaires, offusqu\u00e9s par son refus de plier, diront incorrigible. 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