{"id":1561,"date":"2018-01-31T21:16:46","date_gmt":"2018-01-31T21:16:46","guid":{"rendered":"http:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=1561"},"modified":"2018-01-31T21:20:54","modified_gmt":"2018-01-31T21:20:54","slug":"la-vie-infernale-des-femmes-mulets-amazighes-marocaines","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/la-vie-infernale-des-femmes-mulets-amazighes-marocaines\/","title":{"rendered":"La vie infernale des \u00abfemmes mulets\u00bb amazighes marocaines"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_1096\" aria-describedby=\"caption-attachment-1096\" style=\"width: 332px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-1096\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/chtatou-332x250.png?resize=332%2C250\" alt=\"\" width=\"332\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/chtatou.png?resize=332%2C250&amp;ssl=1 332w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/chtatou.png?resize=200%2C150&amp;ssl=1 200w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/chtatou.png?w=642&amp;ssl=1 642w\" sizes=\"auto, (max-width: 332px) 100vw, 332px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1096\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Par: DR. MOHAMED CHTATOU: Anthropologue et linguiste<\/strong><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>R\u00e9cemment, les projecteurs des m\u00e9dias du monde entier ont \u00e9t\u00e9 braqu\u00e9s sur les milliers de migrants en attente, en Gr\u00e8ce ou les pays d&rsquo;Europe de l&rsquo;Est, d&rsquo;\u00eatre admis dans l&rsquo;Eldorado europ\u00e9en. Beaucoup d&rsquo;entre eux viennent de la Syrie, \u00e9chappant \u00e0 la guerre et \u00e0 la pers\u00e9cution auxquelles ils sont soumis par a la fois le r\u00e9gime inhumain d&rsquo;Assad et la machine militaire infernale de l\u2019Etat islamique. Parmi eux, cependant, il ya des milliers de r\u00e9fugi\u00e9s \u00e9conomiques en provenance de l\u2019Afrique subsaharienne et de l\u2019Afrique du Nord, \u00e0 la recherche de meilleures conditions de vie dans la dignit\u00e9.<\/p>\n<p>A d\u2019autres postes de contr\u00f4le frontalier europ\u00e9ens, des centaines de pauvres femmes marocaines d&rsquo;origine amazighe (berb\u00e8re) attendent chaque matin pour entrer dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla afin d\u2019\u00eatre utilis\u00e9es comme mulets porteadoras pour transporter de volumineux et lourds ballots de marchandises de contrebande, \u00e0 \u00e9couler sur le territoire marocain.<\/p>\n<p>Selon le New York Times, la ville de Melilla vend l&rsquo;\u00e9quivalent de 300 millions de dollars US par an de marchandise de contrebande dans ce commerce transfrontalier sale et honteux, ce qui permet \u00e0 maintenir cette ville \u00e0 flot et justifie le silence du gouvernement espagnol sur cette exploitation flagrante et condamnable des femmes du Maroc voisin.<\/p>\n<p><strong>Le commerce de la honte<\/strong><\/p>\n<p>Le 8 mars de chaque ann\u00e9e, les pays, partout autour du globe, c\u00e9l\u00e8brent la journ\u00e9e mondiale de la femme, mais h\u00e9las, les femmes continuent \u00e0 \u00eatre exploit\u00e9es, viol\u00e9es et maltrait\u00e9es partout et rien n&rsquo;est fait pour y mettre fin, une fois pour toute. Au Maroc, il ya des dizaines d&rsquo;associations de femmes et d&rsquo;organisations de droits de l&rsquo;homme qui se r\u00e9unissent dans des h\u00f4tels chics pour discuter de diff\u00e9rents sujets autour de mets d\u00e9licieux et de boissons exotiques et de publier des rapports pompeux de r\u00e9alisations au profit de la cause f\u00e9minine. Toutefois, Ils n&rsquo;ont jamais discut\u00e9 ou d\u00e9battu de la souffrance des \u00ab femmes mulets \u00bb du nord marocain, encore moins de militer pour attirer l&rsquo;attention des autorit\u00e9s sur leur situation inhumaine.<\/p>\n<p>Ces femmes, dans leur majorit\u00e9, sont victimes de la trinit\u00e9 de la mis\u00e8re: pauvret\u00e9 d\u00e9gradante, analphab\u00e9tisme oppressif et f\u00e9minit\u00e9 \u00abhonteuse\u00bb. Dans la r\u00e9gion du Rif, au nord du Maroc, les femmes continuent d&rsquo;\u00eatre maltrait\u00e9es en raison de leur sexe par une culture tribale paralysante: elles travaillent dur pendant la journ\u00e9e dans les champs et la nuit dans les lits matrimoniaux. Elles sont souvent mari\u00e9es d\u00e8s leur jeune \u00e2ge, puis sont abandonn\u00e9es par leurs conjoints avec des enfants \u00e0 charge et doivent, par cons\u00e9quence, travailler dur pour subvenir \u00e0 leurs besoins. En un mot, leurs vies sont une lutte effr\u00e9n\u00e9e pour la survie, en un mot un enfer, dans l&rsquo;indiff\u00e9rence totale de la soci\u00e9t\u00e9.<br \/>\nVictimes de cette trinit\u00e9 douloureuse, ces femmes sont contraintes de migrer vers les villes frontali\u00e8res pour travailler comme des \u00abmulets\u00bb, sachant qu&rsquo;elles seront exploit\u00e9es sans scrupules par les mafias commerciales marocaines et espagnoles. Ces dames indigentes ne sont pas seulement exploit\u00e9es par ces \u00ab syndicats \u00bb de crime, mais sont aussi trait\u00e9es comme des animaux par la police des fronti\u00e8res espagnoles, les poussant, les insultant et les battant. Du c\u00f4t\u00e9 marocain, elles ne sont pas trait\u00e9s mieux, pour autant, et en plus du mauvais traitement, elles doivent payer des pots-de-vin \u00e0 la police des fronti\u00e8res et aux douaniers marocains voraces et sans piti\u00e9.<\/p>\n<p>Alors que les mafias commerciales gagnent des millions d&rsquo;euros par an des deux c\u00f4t\u00e9s de la fronti\u00e8re, avec peu d&rsquo;efforts et d\u2019investissement, ces femmes doivent travailler quotidiennement sous le fardeau des \u00e9normes balles qu&rsquo;elles doivent transporter depuis les deux enclaves espagnoles vers le territoire marocain , pour un maigre salaire journalier de 50 dh (l&rsquo;\u00e9quivalent de 5 euros), une mis\u00e8re en perspective.<\/p>\n<p>Les \u00ab\u00a0femmes mulets\u00a0\u00bb des villes frontali\u00e8res n&rsquo;ont pas de salaire fixe garanti et, par cons\u00e9quent, aucune assurance maladie. En faisant ce travail, elles sont parfois victimes de chutes aux portes de la fronti\u00e8re chose qui leur cause des fractures de membres et beaucoup de mis\u00e8re. Les commer\u00e7ants mafieux, au lieu de s\u2019occuper d\u2019elles les jettent \u00e0 la rue et les remplacent, sur le champ, par d\u2019autres femmes plus aptes tout en les laissant souffrantes et sans moyens mat\u00e9riels pour se soigner.<\/p>\n<p><strong>Conspiration de silence et d&rsquo;int\u00e9r\u00eat commun<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;exploitation honteuse de ces pauvres \u00ab femmes mulets \u00bb se poursuit depuis des ann\u00e9es et il semble y avoir un accord tacite entre le Maroc, l&rsquo;Espagne et l&rsquo;Union europ\u00e9enne pour perp\u00e9tuer ce commerce de la honte et cet esclavage \u00e9conomique moderne des femmes marocaines indigentes.<\/p>\n<p>Le Maroc a fait tr\u00e8s peu pour d\u00e9velopper la r\u00e9gion du Rif depuis l&rsquo;ind\u00e9pendance, simplement parce que cette r\u00e9gion a toujours \u00e9t\u00e9 rebelle, \u00e0 travers l&rsquo;histoire : bled as-siba. En raison de l&rsquo;indiff\u00e9rence du gouvernement central, les hommes de la r\u00e9gion se sont tourn\u00e9s vers la culture du cannabis, dont la r\u00e9sine est export\u00e9e vers l&rsquo;Europe. Quant aux femmes, souvent chefs de familles monoparentales, d\u00e9munis et stigmatis\u00e9s, elles se sont tourn\u00e9es vers le commerce transfrontalier sachant pertinemment qu&rsquo;elles seront exploit\u00e9es et mal trait\u00e9es, mais c&rsquo;est leur seul moyen de subvenir aux besoins des leurs. Toutefois, le Maroc officiel fait la sourde oreille \u00e0 cette affaire honteuse, soi parce qu&rsquo;il n\u2019est pas dispos\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper la zone, ou soi que, pour le moment, ce n&rsquo;est pas une priorit\u00e9 politique pour \u00e9lus locaux.<\/p>\n<p>L&rsquo;Espagne, cette d\u00e9mocratie europ\u00e9enne qui est cens\u00e9e d\u00e9fendre les droits de l&rsquo;homme et d\u00e9fendre les femmes sur son territoire et dans le monde, semble consid\u00e9rer le sort de ces femmes indignes de son attention et, pire, elle encourage ce commerce honteux pour un gain commercial \u00e9go\u00efste afin de maintenir les enclaves de Ceuta et Melilla \u00e0 flot et, par cons\u00e9quent, sous son contr\u00f4le colonial tout en refusant obstin\u00e9ment de les c\u00e9der ainsi que quelques \u00eeles voisines au Maroc et restent, ainsi, les derniers avant-postes coloniaux europ\u00e9ens dans le monde.<\/p>\n<p>L&rsquo;Espagne colonisa Ceuta en 1668; Il s&rsquo;agit d&rsquo;une petite bande de terre de 7,1 miles carr\u00e9s et Melilla est pass\u00e9e sous son contr\u00f4le en 1479, quelques ann\u00e9es avant la Reconquista et la chute de la Grenade en 1492, et c&rsquo;est une petite bande, aussi, de 4,7 miles carr\u00e9s, mais les deux villes sont d\u2019importance g\u00e9ostrat\u00e9gique et commerciale pour ce pays europ\u00e9en.<\/p>\n<p>L&rsquo;Union europ\u00e9enne consid\u00e8re, honteusement, ces derni\u00e8res colonies europ\u00e9ennes d\u2019Afrique comme un sol europ\u00e9en propre et toute entreprise militaire visant \u00e0 les lib\u00e9rer par le Maroc comme une attaque militaire frontale contre l&rsquo;UE ce qui m\u00e8nera automatiquement et imm\u00e9diatement \u00e0 une action de d\u00e9fense commune. Cependant, l&rsquo;Union europ\u00e9enne n&rsquo;a pas sanctionn\u00e9 le gouvernement espagnol pour ce commerce transfrontalier honteux entrepris par la mafia locale tout en exploitant les \u00abfemmes mulets\u00bb marocaines, bien qu&rsquo;elle d\u00e9fende, bec et ongles, les droits de l&rsquo;homme et, en particulier, les droits des femmes et leur autonomisation dans le monde entier. Donc, ne pas d\u00e9noncer vigoureusement cette exploitation honteuse des femmes non europ\u00e9ennes c\u2019est maintenir un double standard et faire preuve d&rsquo;hypocrisie pour plaire \u00e0 un membre du \u00ab syndicat \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Le drame se poursuit dans la honte totale et le mutisme mortel<\/strong><\/p>\n<p>Alors que le monde entier pr\u00e9tend d\u00e9fendre les droits humains et de lutter contre l&rsquo;esclavage moderne et l&rsquo;exploitation \u00e9conomique des femmes indigentes, analphab\u00e8tes et sans d\u00e9fense, l&rsquo;Union europ\u00e9enne, l&rsquo;Espagne et le Maroc se sont ligu\u00e9s, de mani\u00e8re condamnable, \u00e0 exploiter ces \u00ab femmes mulets \u00bb amazighes, loin des projecteurs des m\u00e9dias et de la politique. Toutefois, en attendant, ces pauvres \u00ab femmes mulets \u00bb continuent \u00e0 souffrir, en silence, sans solution en vue de leur situation inhumaine, dans un proche avenir.<\/p>\n<p>Et tandis que tout le monde c\u00e9l\u00e8bre la journ\u00e9e des femmes le 8 mars de chaque ann\u00e9e, comme symbole de l&rsquo;\u00e9mancipation des femmes, le drame des \u00ab femmes mulets \u00bb continue ainsi que l\u2019hypocrisie humaine, qui ne semble avoir point de limite.<\/p>\n<p>Et l\u2019exploitation inhumaine des \u00ab femmes mulets \u00bb amazighes marocaines continue inlassablement\u2026salut \u00e0 bon entendeur.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9cemment, les projecteurs des m\u00e9dias du monde entier ont \u00e9t\u00e9 braqu\u00e9s sur les milliers de migrants en attente, en Gr\u00e8ce ou les pays d&rsquo;Europe de l&rsquo;Est, d&rsquo;\u00eatre admis dans l&rsquo;Eldorado europ\u00e9en. 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