{"id":1569,"date":"2018-02-03T14:52:33","date_gmt":"2018-02-03T14:52:33","guid":{"rendered":"http:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=1569"},"modified":"2018-02-03T14:53:56","modified_gmt":"2018-02-03T14:53:56","slug":"le-pik-ya-wlidi-analyse-par-deux-femmes-amazighs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/le-pik-ya-wlidi-analyse-par-deux-femmes-amazighs\/","title":{"rendered":"Le \u00abPik ya wlidi\u00bb, analys\u00e9 par deux femmes Amazighs"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-1570 alignleft\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/Faty-Rezaki-335x250.jpg?resize=335%2C250\" alt=\"\" width=\"335\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/Faty-Rezaki.jpg?resize=335%2C250&amp;ssl=1 335w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/Faty-Rezaki.jpg?resize=200%2C150&amp;ssl=1 200w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/Faty-Rezaki.jpg?w=603&amp;ssl=1 603w\" sizes=\"auto, (max-width: 335px) 100vw, 335px\" \/>Par:\u00a0Faty Rezaki et Zoubida Fdail<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Le \u00ab Pik ya wlidi \u00bb, prononc\u00e9 par un des d\u00e9tenus d\u2019Al Hoceima nous a fait tous rire, mais derri\u00e8re cette phrase se profile toute une histoire et une situation probl\u00e9matique actuelle grave :<\/p>\n<p>une histoire de colonisation ;<br \/>\nune histoire de transition \u00e9conomique;<br \/>\nune histoire de rapport avec l\u2019Etat ;<br \/>\nune histoire de marginalisation sociale et \u00e9conomique de r\u00e9gions Amazighs;<br \/>\nune situation \u00e9conomique d\u00e9sastreuse.<\/p>\n<p><strong>Une histoire de colonisation.<\/strong><\/p>\n<p>Les rifains ont d\u00e9montr\u00e9 leur courage et leur d\u00e9termination \u00e0 lutter contre le colonialisme espagnol. La bataille humiliante d\u2019Anoual en Juillet 1921 dirig\u00e9e par Abd-El- krim et qui a fait plus de 20.000 morts dans les troupes du g\u00e9n\u00e9ral Sylvestre reste encore vivante dans la m\u00e9moire collective de la population du Rif. Les grands parents de ces jeunes protestataires rifains \u00e9taient tous des r\u00e9sistants dans la guerre contre le colonialisme. Leurs luttes et leurs souffrances sont racont\u00e9es avec fiert\u00e9 aux enfants par les grands-m\u00e8res. Aujourd\u2019hui, pour ces jeunes, ces sacrifices n\u2019ont pas profit\u00e9 \u00e0 leur r\u00e9gion.<\/p>\n<p>En effet, apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance, la r\u00e9gion a \u00e9t\u00e9 d\u00e9laiss\u00e9e : absence d\u2019infrastructures et manque d\u2019investissements. Il est vrai que l\u2019\u00e9migration et la culture du cannabis \u00e9taient, pour certains, un moyen d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la mis\u00e8re mais qu\u2019en est du reste de la population ? Cette derni\u00e8re a essay\u00e9 de protester contre sa marginalisation \u00e0 maintes reprises, mais elle a \u00e9t\u00e9 r\u00e9prim\u00e9e, ce qui a approfondi la d\u00e9ception et l\u2019isolement. M\u00eame l\u2019instance \u00ab Equit\u00e9 et R\u00e9conciliation \u00bb ne lui a pas rendu justice.<\/p>\n<p><strong>Une histoire de transition inachev\u00e9e.<\/strong><\/p>\n<p>Les tribus du Rif comme les autres tribus amazighs du Maroc ont subit, depuis la colonisation, des transformations dans leur mode de vie social et \u00e9conomique. L\u2019introduction de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e a conduit au morcellement des terres collectives d\u00e9j\u00e0 r\u00e9duites par l\u2019appropriation, par les colons, de la plus part des terres et par la d\u00e9limitation de l\u2019espace forestier et maritime devenus propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019Etat. Ce qui a conduit \u00e0 la r\u00e9duction de l\u2019espace vital de la population des montagnes et \u00e0 leur asphyxie \u00e9conomique. La r\u00e9gion du Rif sera touch\u00e9e plus sp\u00e9cialement par la pauvret\u00e9 en raison d\u2019absence de terres cultivables.<\/p>\n<p>L\u2019Etat Nation qui devrait, normalement, assurer la transition vers le mode de production capitaliste d\u2019une fa\u00e7on \u00e9gale et \u00e9quitable entre toutes les r\u00e9gions du pays a compl\u00e8tement ignor\u00e9 les besoins des habitants du Rif comme ceux du Moyen Atlas et ceux du sud.<\/p>\n<p>Bref, on a soustrait l\u2019individu \u00e0 son clan et \u00e0 sa tribu pour lui proposer une citoyennet\u00e9 de seconde main d\u00e9munie des droits les plus \u00e9l\u00e9mentaires. Ces m\u00eames droits que les jeunes d\u2019Al Hoceima revendiquent aujourd\u2019hui, apr\u00e8s une attente de presque 60 ans.<\/p>\n<p><strong>Une histoire de rapport conflictuel avec l\u2019Etat.<\/strong><\/p>\n<p>Les choix politiques des gouvernements successifs ont d\u00e9montr\u00e9, avec le temps, leur \u00e9chec \u00e0 r\u00e9aliser le d\u00e9veloppement \u00e9conomique et social dans le milieu rural continuant ainsi la fameuse s\u00e9paration coloniale entre le Maroc utile et inutile. En effet, seuls les secteurs rentables pour l\u2019Etat et la classe dominante ont \u00e9t\u00e9 soutenus par les diff\u00e9rents projets \u00e9conomiques qui, malgr\u00e9 la conjoncture sp\u00e9cifique du pays, \u00e0 l\u2019instar des pays du sud, ob\u00e9issent aux r\u00e8gles internationales de la mondialisation non avantageuses pour les populations paysannes notamment.<br \/>\nDans le domaine des libert\u00e9s fondamentales suppos\u00e9es prot\u00e9g\u00e9es par l\u2019Etat de droit (s\u00e9paration des pouvoirs, ind\u00e9pendance de la justice, etc.), elles n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9es malgr\u00e9 les discours officiels et malgr\u00e9 les constitutions dont celle de 2011 qui est consid\u00e9r\u00e9e comme constituant une avanc\u00e9e notoire dans la vie politique de notre pays.<\/p>\n<p>Ce sont ces contradictions issues des mauvais choix \u00e9conomiques et d\u2019une mauvaise gouvernance du pays qui ont cr\u00e9e une tension et une d\u00e9fiance vis \u00e0 vis des dirigeants et des politiciens. Cette tension se traduit sur le terrain par une confrontation avec les forces de l\u2019ordre qui, rappelons le, ne sont l\u00e0 que pour prot\u00e9ger les acquis de la classe au pouvoir.<\/p>\n<p><strong>Une histoire de marginalisation culturelle et \u00e9conomique des r\u00e9gions Amazighs.<\/strong><\/p>\n<p>La culture et la langue Amazighs ont \u00e9t\u00e9, longtemps, ignor\u00e9es et m\u00eame combattues. Apr\u00e8s la constitution de 2011 qui reconnaissait la langue Amazigh comme une langue officielle, le gouvernement de Ben-Kiran n\u2019a rien fait. Les lois organiques pour l\u2019amazighit\u00e9 sont rest\u00e9es lettres mortes. On assiste m\u00eame, ces cinq derni\u00e8res ann\u00e9es, \u00e0 une r\u00e9gression de certains acquis dans le domaine de l\u2019enseignement de la langue dans les \u00e9coles (l\u2019obligation devient un choix). Quand aux tribunaux, les justiciers, ne connaissant ni l\u2019arabe ni la proc\u00e9dure du droit marocain, continuent \u00e0 subir une justice qu\u2019ils ne comprennent pas.<\/p>\n<p>Au niveau \u00e9conomique, tout le monde conna\u00eet la situation des paysans de la montagne qui n\u2019ont ni ponts pour traverser les fleuves, ni \u00e9coles proches pour les enfants, ni dispensaires \u00e9quip\u00e9s pour les accouchements et pour d\u2019autres soins. la mort d\u2019Idya \u00e0 Tinghir est un t\u00e9moin frappant. En hivers, les populations des montagnes doivent affronter la neige et le froid dans des conditions p\u00e9nibles (Anfgou et d\u2019autres r\u00e9gions). Quant au droit d\u2019usage des produits de la for\u00eat pourtant inscrit dans des dahirs, il est presque an\u00e9anti par la multiplicit\u00e9 des proc\u00e8s des gardes forestiers.<\/p>\n<p>Les ouvriers ou plut\u00f4t les ch\u00f4meurs des r\u00e9gions amazighs qui tentent de travailler pour nourrir leurs familles sont harcel\u00e9s et r\u00e9prim\u00e9s par les forces de l\u2019ordre. L\u2019\u00e9crasement, dans un container d\u2019immondice, du poissonnier d\u2019Al Hoceima restera une honte pour un pays qui se dit sur la voix de la d\u00e9mocratie et des droits de l\u2019homme.<br \/>\nLes contestations men\u00e9es par les militants d\u2019Al Hoceima ne sont donc que la cons\u00e9quence de la divergence des int\u00e9r\u00eats entre la classe au pouvoir et son alli\u00e9e, la classe \u00e9conomiquement dominante qui veulent toujours garder leurs privil\u00e8ges et les couches sociales d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9es qui pour survivre doivent faire valoir leur droits \u00e0 une vie digne et prosp\u00e8re.<\/p>\n<p>L\u2019Etat doit normalement prot\u00e9ger les droits de ses citoyens au lieu d\u2019adopter une politique uniquement s\u00e9curitaire qui, \u00e0 la longue, fera perdre \u00e0 l\u2019Etat sa l\u00e9gitimit\u00e9. Or, dans la conjoncture internationale actuelle, pour r\u00e9ussir le d\u00e9fit du d\u00e9veloppement \u00e9conomique et social, nous avons besoin d\u2019un Etat stable et d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>Bref, le \u00ab pik \u00bb, adress\u00e9 au juge qui accuse le militant de plusieurs faits l\u2019incriminant, VEUT SIGNIFIER TOUS CELA et plus encore.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par:\u00a0Faty Rezaki et Zoubida Fdail Le \u00ab Pik ya wlidi \u00bb, prononc\u00e9 par un des d\u00e9tenus d\u2019Al Hoceima nous a fait tous rire, mais derri\u00e8re cette phrase se profile toute une histoire et une situation probl\u00e9matique actuelle grave : une histoire de colonisation ; une histoire de transition \u00e9conomique; une histoire de rapport avec l\u2019Etat &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":1570,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[13],"tags":[],"class_list":["post-1569","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","","category-opinions"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/Faty-Rezaki.jpg?fit=603%2C450&ssl=1","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9uxE2-pj","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1569","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1569"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1569\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1572,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1569\/revisions\/1572"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1570"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1569"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1569"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1569"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}