{"id":1789,"date":"2018-05-28T01:10:19","date_gmt":"2018-05-28T01:10:19","guid":{"rendered":"http:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=1789"},"modified":"2018-05-28T01:10:19","modified_gmt":"2018-05-28T01:10:19","slug":"la-guerre-chimique-contre-le-rif-5eme-partie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/la-guerre-chimique-contre-le-rif-5eme-partie\/","title":{"rendered":"La guerre chimique contre le Rif (5\u00e9me Partie)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-1792 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/livre5.jpg?resize=600%2C300\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/livre5.jpg?w=600&amp;ssl=1 600w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/livre5.jpg?resize=450%2C225&amp;ssl=1 450w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous n&rsquo;avons plus retrouv\u00e9, dans les sources rifaines, des allusions aux gaz toxiques, et ce jusqu\u201fau 24 juillet 1922, date \u00e0 laquelle le Ca\u00efd Haddou Ben Hamou revient, dans une lettre \u00e0 Abdelkrim, \u00e0 s&rsquo;y r\u00e9f\u00e9rer dans les termes suivants: \u00abJe t&rsquo;informe qu&rsquo;un bateau fran\u00e7ais a transport\u00e9 99 quintaux de gaz asphyxiant pour le compte des espagnols. Le dit chargement est arriv\u00e9 \u00e0 Melilla le 16 juin du courant mois\u00bb(18). Il convient de signaler que le terme arabe utilis\u00e9 pour se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 ce gaz est de nouveau celui de \u00abalwahji\u00bb, qui pourrait correspondre, pour les raisons pr\u00e9cit\u00e9es, \u00e0 celles\u00a0appel\u00e9es par les espagnols \u00abbombes d&rsquo;illumination\u00bb. Dans cette m\u00eame lettre, le Ca\u00efd Haddou Ben Hamou communiquait \u00e0 Abdelkrim qu&rsquo;un tel mons ieur Bartoli \u00e9tait arriv\u00e9 de Paris, rapportant, entre autres choses dont il avait \u00e9t\u00e9 charg\u00e9, cent masques \u00e0 gaz qu&rsquo;il lui c\u00e9derait pour le prix de 100 francs l&rsquo;unit\u00e9, mais que, dans le cas o\u00f9 la quantit\u00e9 qu&rsquo;ils voudraient acqu\u00e9rir serait plus grande, il serait dispos\u00e9 \u00e0 les vendre \u00e0 60 francs. Les masques se trouvaient \u00e0 Oran o\u00f9 ils pouvaient aller les recueillir. Et abondant sur le m\u00eame th\u00e8me, il envoyait \u00e0 Abdelkrim une image du \u00abcanon qui lance des obus avec gaz asphyxiants\u00bb(19), dont la port\u00e9e \u00e9tait de 50 km et le prix de 5.000 francs .<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette correspondance indique que les premiers gaz toxiques dont disposa l&rsquo;arm\u00e9e espagnole au Maroc \u00e9taient de provenance fran\u00e7aise. Mais si la France n&rsquo;avait pas, \u00e0 ce qui semble, d&rsquo;inconv\u00e9nient \u00e0 fournir \u00e0 l&rsquo;Espagne ce mat\u00e9riel belliqueux, comme non plus \u00e0 donner des instructions au personnel militaire charg\u00e9 de le manier, elle ne pensait pas, cependant, l&rsquo;utiliser elle-m\u00eame, comme cela se d\u00e9gage d&rsquo;un autre paragraphe de la lettre mentionn\u00e9e, dans laquelle le Ca\u00efd Haddou Ben Hamou disait ce qui suit: \u00abLes espagnols ont envoy\u00e9s 300 soldats en France \u00e0 une fabrique de gaz asphyxiant pour apprendre la mani\u00e8re de l&rsquo;utiliser dans la guerre. Les espagnols ont adopt\u00e9 cette mesure, alors que les fran\u00e7ais ont refus\u00e9 de l&#8217;employer eux-m\u00eames\u00bb(20). En m\u00eame temps, peut \u00eatre pour se lib\u00e9rer de toute accusation possible, le Gouvernement fran\u00e7ais avait fait savoir, \u00abpar le biais de la presse, que depuis que la paix avait \u00e9t\u00e9 sign\u00e9e les principales puissances avaient d\u00e9cid\u00e9 de prohiber l&#8217;emploi de gaz asphyxiants dans les guerres futures\u00bb (21). En fin de compte, la France le fournissait \u00e0 d&rsquo;autres pays sous le manteau, d\u00e9clarant en m\u00eame temps publiquement son refus \u00e0 l\u201futiliser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peut \u00eatre que ce chargement arriv\u00e9 \u00e0 Melilla le 16 juin 1922 fut le m\u00eame auquel se r\u00e9f\u00e8re l&rsquo;avis donn\u00e9 dans cette ville le 22 mai 1922, selon lequel des \u00abprojectiles charg\u00e9s de gaz\u00bb(22) seraient rapidement disponibles. Ce premier gaz pourrait \u00eatre le phosg\u00e8ne, qui \u00e9tait, \u00e0 ce qui semble, le pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 par les fran\u00e7ais, qui l&rsquo;avait privil\u00e9gi\u00e9\u00a0dans leurs essais chimiques pour l&rsquo;avoir consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9tant un gaz de combat plus toxique que l&rsquo;yp\u00e9rite(23). En sus du phosg\u00e8ne, il est possible que les fran\u00e7ais aient livr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Espagne la chloropicrine, bien que l&rsquo;arm\u00e9e espagnole pouvait aussi l&rsquo;avoir obtenu de r\u00e9serves civiles, \u00e9tant donn\u00e9 que ce produit chimique s&rsquo;utilise, comme l&rsquo;on sait, dans les champs(24), surtout pour \u00e9liminer les animaux nuisibles (insectes ou rats).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;image du canon, qui \u00ablance des obus avec gaz asphyxiants\u00bb, envoy\u00e9e par le Ca\u00efd Hadou Ben Hamou \u00e0 Abdelkrim, para\u00eet sugg\u00e9rer que l&rsquo;arm\u00e9e espagnole les avait d\u00e9j\u00e0 lanc\u00e9s avant juin 1922, bien que cel\u00e0 puisse signifier qu&rsquo;il s&rsquo;agissait tout simplement du canon apte pour les lancer en n&rsquo;importe quel moment; raison pour laquelle les rifains, devant cette \u00e9ventualit\u00e9, pens\u00e8rent, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, \u00e0 la possibilit\u00e9 d&rsquo;acqu\u00e9rir eux-m\u00eames un canon de ces caract\u00e9ristiques, et, d&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, d&rsquo;avoir des masques anti-gaz pour se prot\u00e9ger des attaques avec gaz de l&rsquo;artillerie espagnole.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il conviendrait de penser ainsi \u00e0 la possibilit\u00e9 selon laquelle l&rsquo;arm\u00e9e espagnole se serait limit\u00e9e jusqu&rsquo;alors \u00e0 de simples essais oubexp\u00e9rimentations, mais non \u00e0 une attaque en toute r\u00e8gle. En ce sens, la notice du journal colonial fran\u00e7ais La d\u00e9p\u00eache coloniale, cit\u00e9e par S. Balfour(25), selon laquelle l&rsquo;artillerie espagnole aurait lanc\u00e9e, au d\u00e9but de novembre 1921, pr\u00e8s de Tanger, la premi\u00e8re attaque, avec des projectiles charg\u00e9s de phosg\u00e8ne ou de chloropicine, ne semble pas tr\u00e8s cr\u00e9dible. Par ailleurs, le journal attribut le succ\u00e8s de la campagne de Berenguer dans la r\u00e9gion occidentale du Protectorat \u00e0 l&#8217;emploi de gaz asphyxiants. En premier lieu, il faut tenir compte de ce que La d\u00e9p\u00eache coloniale, qui repr\u00e9sente les int\u00e9r\u00eats de colons fran\u00e7ais d&rsquo;Alger d\u00e9fendus par un groupe de d\u00e9put\u00e9s et s\u00e9nateurs, \u00e0 la t\u00eate desquels se retrouvait Eug\u00e8ne Etienne, jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort en 1921, et qui \u00e9tait profond\u00e9ment hostile \u00e0 la pr\u00e9sence de l&rsquo;Espagne dans la zone nord du Protectorat, ne ratait pas l&rsquo;occasion d&rsquo;attaquer les espagnols; ce qui fait que la notice, bas\u00e9e sur de simples rumeurs, avait surtout pour objet de les d\u00e9pr\u00e9cier devant l&rsquo;opinion publique internationale. En second lieu, la situation dans la r\u00e9gion occidentale\u00a0du Protectorat n&rsquo;\u00e9tait pas aussi grave, \u00e0 l&rsquo;automne 1921, au point d&rsquo;exiger l&#8217;emploi de gaz toxiques, bien qu&rsquo;une certaine agitation s&rsquo;annon\u00e7ait. Le d\u00e9sastre d&rsquo;Annoual eut des r\u00e9percussions imm\u00e9diates dans la r\u00e9gion de Larache, o\u00f9 d\u00e9j\u00e0 dans la nuit du 27 ao\u00fbt 1921, fut attaqu\u00e9 par surprise la position de Akba El Kola et, apr\u00e8s, celle de Gomara, o\u00f9 les rifains conjointement \u00e0 des combattants gomaris attaqu\u00e8rent, \u00e0 partir du 21 octobre, quelques positions militaires espagnoles. Dans ces circonstances, il eut \u00e9t\u00e9 plus logique que les gaz toxiques eurent pour objectifs ces lieux ou d&rsquo;autres comme la tribu de Beni Aros, qui restait en grande partie insoumise, mais non la r\u00e9gion de Tanger, o\u00f9 il ne s&rsquo;enregistrait pas d&rsquo;incidents dignes de mention jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il se produisit le soul\u00e8vement de la tribu des Anjeras en d\u00e9cembre 1924, ce qui d\u00e9termina alors l&#8217;emploi de gaz asphyxiants par l&rsquo;aviation. En trois i\u00e8me lieu, il r\u00e9sulte r\u00e9v\u00e9lateur que l&rsquo;attach\u00e9 militaire de l&rsquo;ambassade de Grande Bretagne \u00e0 Madrid, bien inform\u00e9 par le biais des consuls britanniques \u00e0 Tanger et \u00e0 Tetouan, dit dans une d\u00e9p\u00eache, dat\u00e9 du 20 mai 1925, que l&rsquo;utilisation de bombes de gaz remonte \u00ab\u00e0 une date relativement r\u00e9cente\u00bb et que \u00abant\u00e9rieurement au soul\u00e8vement de la tribu de Anjera en d\u00e9cembre 1924, peu ou rien ne s&rsquo;\u00e9tait entendu dire du gaz\u00bb (26). Il est fort certain qu&rsquo;il se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 des bombes de gaz lanc\u00e9es par l&rsquo;aviation et non par l&rsquo;artillerie, mais, de toute fa\u00e7on, il r\u00e9sulte \u00e9trange que s&rsquo;il y eut des cas d&#8217;emploi de gaz toxique dans la r\u00e9gion de Tanger, ant\u00e9rieurement \u00e0 d\u00e9cembre 1924, les consuls britanniques dans cette cit\u00e9 et \u00e0 Tetouan ne seraient pas au courant et que surtout, ils ne se soient pas empress\u00e9s de le d\u00e9noncer, tenant compte que les deux \u00e9taient fort critiques avec la politique de l&rsquo;Espagne au Maroc, particuli\u00e8rement avec l&rsquo;actuation de l&rsquo;arm\u00e9e espagnole dans le Protectorat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, de la documentation du Service Historique Militaire correspondant \u00e0 juin-septembre 1922, il se d\u00e9gage que dans ces dates il ne s\u00a0\u00bb\u00e9tait pas encore utilis\u00e9 de gaz toxiques, pour des raisons fondamentalement techniques, encore qu&rsquo;aussi politiques (27).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9anmoins, la correspondance de Melilla avec le Haut Commissaire, entre juin et juillet 1922, r\u00e9v\u00e8le que dans le Parc\u00a0d&rsquo;Artillerie et les ateliers militaires de Melilla, il s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 initi\u00e9, depuis juin, la charge de projectiles avec ces gaz et que leur nombre atteignait, le 1 juillet, 700 de 15,5 cm (155mm) et le 14 juillet il y avait d\u00e9j\u00e0 1000 tirs complets de projectiles avec cette charge(28).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans un t\u00e9l\u00e9gramme du 4 juillet 1922, le Haut Commissaire demandait au Commandant g\u00e9n\u00e9ral de Melilla de l&rsquo;informer d&rsquo;urgence de l&rsquo;opportunit\u00e9 de l&#8217;emploi de \u00abprojectiles avec gaz asphyxiants\u00bb dans les secteurs dans lesquels ils pourraient s&rsquo;utiliser\u00ab en vue de la situation politique\u00bb, et surtout si tous les \u00e9l\u00e9ments qui intervenaient dans leur utilisation \u00e9taient pr\u00eats, de fa\u00e7on que lorsque leur emploi serait ordonn\u00e9 il y eut toutes les garanties de ce que \u00ableurs effets sur l&rsquo;ennemi devraient \u00eatre efficaces\u00bb et que cela ne produirait pas d&rsquo;accidents dans les troupes espagnoles, ce pour quoi devaient s&rsquo;observer toutes les pr\u00e9cautions dans l&#8217;emmagasinage, le transport et l&#8217;emploi, en accord avec les instructions approuv\u00e9es par R.O.C du 14 octobre 1921(29). Dans sa r\u00e9ponse du 5 juillet 1922, le commandant g\u00e9n\u00e9ral de Melilla informe le Haut Commissaire de ce qu&rsquo;il existait les \u00e9l\u00e9ments n\u00e9cessaires pour l&#8217;emploi de gaz dans des pi\u00e8ces de 155 mm et des masques en nombre suffisant pour \u00e9viter des accidents dans les troupes, tout en consid\u00e9rant qu&rsquo;avant d&#8217;employer cette nouvelle m\u00e9thode, il serait n\u00e9cessaire de r\u00e9aliser quelques tirs d&rsquo;essai pour \u00eatre s\u00fbr de ce que les distincts \u00e9l\u00e9ments fonctionnent parfaitement et que le personnel \u00e9tait familiaris\u00e9 avec l&rsquo;usage du masque. Par ailleurs, le Commandant g\u00e9n\u00e9ral indiquait que les exercices de tirs se feraient sur le front \u00abtirant au d\u00e9but sur des objectifs bien visibles\u00bb et pouvant s&rsquo;essayer, par la suite, un tir de surprise sur les pi\u00e8ces que tenait \u00abl&rsquo;ennemi \u00e0 Sidi Messaoud (tribu de A\u00eft Said) et \u00e0 Tzayuday (tribu de Tafersit) lorsque celles l\u00e0 attaqueraient. Il rajoutait que \u00abpour des raisons d&rsquo;ordre politique\u00bb, il consid\u00e9rait qu\u201fil n&rsquo;\u00e9tait pas convenant employer ce nouveau moyen de guerre, pour le moment, \u00e0 l&rsquo;exception du cas indiqu\u00e9 o\u00f9 les batteries ennemies du front feraient feu. Et il terminait sollicitant l&rsquo;autorisation pour r\u00e9aliser des exercices de tirs d&rsquo;essai lorsque le personnel serait suffisamment instruit.(30)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On voit constamment une grande pr\u00e9occupation pour la s\u00e9curit\u00e9 du personnel responsable de la charge des projectiles, de leur transport jusqu&rsquo;au front et de leur manipulation dans lesb batteries. Dans ce sens, la correspondance fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de tenir compte du manuel d&rsquo;Instructions pour le tir de neutralisation avec grenades de gaz toxiques , duquel divers exemplaires avaient \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s \u00e0 Melilla pour \u00eatre distribu\u00e9s dans des postes militaires du front comme Dar Driouch, Dar Kebdani et Kandoussi(31). Ces instructions, bien qu&rsquo;elles fussent approuv\u00e9es par R.O.C du 14 octobre 1921, ne semblent pas avoir \u00e9t\u00e9 distribu\u00e9es avant juillet 1922. Le personnel charg\u00e9 du maniement des gaz toxiques est constitu\u00e9 par le nomm\u00e9 \u00abGroupe d&rsquo;instruction\u00bb, qui devait r\u00e9aliser des essais et exp\u00e9riences avec le mat\u00e9riel avant son emploi en combat. Le g\u00e9n\u00e9ral Damasco Berenguer fut substitu\u00e9 par le g\u00e9n\u00e9ral Ricardo Burguete \u00e0 la t\u00eate du Haut Commissariat en juillet 1922 et tout para\u00eet indiquer que, lors de ce mois et dans celuibd&rsquo;ao\u00fbt, le personnel assign\u00e9 au maniement des gaz toxiques se limita \u00e0 r\u00e9aliser des essais et \u00e9preuves, tant que le Commandement G\u00e9n\u00e9ral de Melilla ne sollicite pas, jusqu&rsquo;\u00e0 d\u00e9but septembre, l&rsquo;autorisation du nouveau Haut Commissaire pour en faire usage. En effet, dans un t\u00e9l\u00e9gramme du 2 septembre 1922, le Commandant G\u00e9n\u00e9ral de Melilla demande au g\u00e9n\u00e9ral Burguete de lui confirmer l&rsquo;autorisation, donn\u00e9e par son pr\u00e9d\u00e9cesseur dans le poste, d&#8217;employer des projectiles avec ces gaz, \u00e9tant donn\u00e9 l&rsquo;accroissement qui s&rsquo;observe dans le feu de l&rsquo;artillerie ennemie depuis l&rsquo;occupation de Azib Midar(32). Berenguer, comme l&rsquo;on sait, cessa sa charge de Haut Commissaire le 8 juillet 1922 et, bien que l&rsquo;autorisation datait du 13 du m\u00eame mois, il pourrait l&rsquo;avoir donn\u00e9e avant son d\u00e9part.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant \u00e0 Azib midar, cette position, situ\u00e9e dans la tribu de Tafersit, elle avait \u00e9t\u00e9 reprise le 25 ao\u00fbt 1922, Burguete \u00e9tant d\u00e9j\u00e0 Haut Commissaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans un t\u00e9l\u00e9gramme du 7 septembre 1922, ce dernier donnait son autorisation pour employer des grenades toxiques, le Groupe d&rsquo;Instruction \u00e9tant celui qui devait en faire usage contre Tzayuday\u00a0(Tribu de Tafersit), \u00abchaque fois que les conditions atmosph\u00e9riques, vent et emploi opportun des masques\u00bb le permettent(33). A Melilla il se disposait d\u00e9j\u00e0,\u00a0 au d\u00e9but de septembre, de 2000 projectiles charg\u00e9s de gaz toxiques, dont certains pour \u00eatre transport\u00e9s \u00e0 des postes militaires dans le front: \u00e0 Dar Kebdani il en fut port\u00e9 150 en date du 8, et le 30, il s&rsquo;y transporta de nouveau 500 et autant d&rsquo;autres \u00e0 Dar Driouch(34).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Etant donn\u00e9 qu&rsquo;il y avait d\u00e9j\u00e0 des projectiles charg\u00e9s de gaz, non seulement \u00e0 Melilla, mais aussi dans les postes militaires du front, et que le Haut Commissaire avait donn\u00e9 son autorisation pour les utiliser, il est fort possible que durant l&rsquo;automne 1922 il s\u201fen fit usage de mani\u00e8re sporadique et contre des objectifs pr\u00e9cis et concrets. Dans une lettre d&rsquo;Abdelkrim \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations, dat\u00e9e du 6 septembre 1922, bien qu&rsquo;il ne mentionne pas sp\u00e9cifiquement les gaz toxiques, il d\u00e9nonce l&rsquo;utilisation par les espagnols d&rsquo;\u00abarmes prohib\u00e9es\u00bb(35), ce qui para\u00eet indiquer que les gaz avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s, bien que ce soit de mani\u00e8re restreinte et \u00e0 titre d&rsquo;essai, ou qu&rsquo;Abdelkrim \u00e9tait au courant de ce que l&rsquo;arm\u00e9e espagnole se disposait \u00e0 les utiliser sous peu. Le gaz aurait \u00e9t\u00e9 le phosg\u00e8ne ou plus vraisemblablement la chloropicrine, dont il y a existence constante dans le baraquement magasin de Mar Chica depuis le d\u00e9but de juin 1922(36). Ou aussi, le plus probable c&rsquo;est qu&rsquo;il s&rsquo;agisse simplement de gaz lacrymog\u00e8nes, comme para\u00eet l&rsquo;indiquer une lettre du Colonel Directeur du Parc d&rsquo;artillerie des ateliers militaires au Commandant G\u00e9n\u00e9ral de Melilla, en date du 7 juillet 1922, dans laquelle il dit que pour \u00e9viter des accidents dans le transport des gaz jusqu&rsquo;au front et dans le maniement des batteries, le personnel assign\u00e9 \u00e0 ces taches devait se pr\u00e9senter \u00e0 l&rsquo;atelier de gaz pour s&rsquo;en charger et faire des exp\u00e9riences \u00abavec le produit appel\u00e9 bromure de benzyle\u00bb(37).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Notons que ce produit est pr\u00e9cis\u00e9ment celui utilis\u00e9 pour la fabrication de gaz lacrymog\u00e8nes. Bien que le document se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 eux comme \u00e0 des \u00abgaz asphyxiants\u00bb, il faut tenir en compte qu&rsquo;\u00e0 cette \u00e9poque il ne se faisait pas de distinction, comme il se ferait post\u00e9rieurement, entre les diff\u00e9rents types de gaz, et que cette\u00a0d\u00e9nomination s&rsquo;applique \u00e0 tous, y compris les lacrymog\u00e8nes, dont l&#8217;emploi n&rsquo;\u00e9tait pas prohib\u00e9 par les conventions internationales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ramon J. Sender, dans son roman Iman qui, bien que t\u00e9moignage litt\u00e9raire, est bas\u00e9 sur des faits r\u00e9els v\u00e9cus par l&rsquo;auteur, \u00e9voque \u00abl&rsquo;odeur aigre\u00bb de l&rsquo;yp\u00e9rite(38). qui, lanc\u00e9e par l&rsquo;artillerie contre les rifains, arrive jusqu&rsquo;aux soldats espagnols durant le combat acharn\u00e9, livr\u00e9 \u00e0 la tentative de secourir le poste que l&rsquo;auteur appelle T, mais qu&rsquo;il n&rsquo;est pas difficile d&rsquo;identifier comme celui de Tizzi Azza.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u201foccupation de ce poste le 28 octobre 1922, par l&rsquo;arm\u00e9e espagnole, donna lieu les jours 1 et 2 de novembre \u00e0 des journ\u00e9es sanglantes, dans lesquelles il y eut de nombreuses pertes, pour avoir essay\u00e9 d&rsquo;y faire parvenir un convoi de secours. Mais si ce fameux \u00abconvoi \u00e0 Tizzi Azza\u00bb provoqua en son temps des critiques aigres envers Burguete, (nombreux le comparant au d\u00e9sastre d&rsquo;Annoual), ce ne fut pas l&rsquo;unique fois o\u00f9 les tentatives de secourir ce poste occasionn\u00e8rent des affrontements sanglants avec grand nombre de pertes. Le 5 juin 1923, un convoi envoy\u00e9 au secours de Tizzi Azza recausera de nombreuses victimes, entre lesquelles se retrouvait le lieutenant colonel Valenzuela, chef de la L\u00e9gion, qui r\u00e9sulta mort ce apr\u00e8s quoi Franco occupa son poste. De ces deux convois \u00e0 Tizzi Azza, nous pensons que celui auquel se r\u00e9f\u00e8re Sender n&rsquo;est pas celui de novembre 1922, mais celui de juin 1923, car dans la premi\u00e8re date il ne se disposait pas encore d&rsquo;yp\u00e9rite, tandis que dans la seconde, il se peut que l&rsquo;aide allemande permit d\u00e9j\u00e0 d&rsquo;en disposer, si ce n&rsquo;est en grandes quantit\u00e9s, tout au moins suffisantes pour charger avec ce gaz toxique un nombre consid\u00e9rable de projectiles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aux premiers gaz toxiques proc\u00e9dant des stocks alli\u00e9s, pr\u00e9cis\u00e9mment fran\u00e7ais, suivrait l&rsquo;aide allemande qui sera, de beaucoup la plus importante durant toute la guerre du Rif. Selon les journalistes allemands Rudibert Kunz et Dieter M\u00fcller, le Roi Alfonso XIII avait d\u00e9j\u00e0 manifest\u00e9, depuis 1918, \u00e0 l&rsquo;Allemagne son int\u00e9r\u00eat pour les gaz toxiques et son d\u00e9sir de disposer des installations n\u00e9cessaires pour les produire. A ces contacts ultra secrets suivraient d&rsquo;autres en 1921, ann\u00e9e o\u00f9 l&rsquo;Espagne reviendrait \u00e0 exprimer \u00e0 l&rsquo;Allemagne son\u00a0int\u00e9r\u00eat pour obtenir du mat\u00e9riel de guerre chimique, en d\u00e9pit de ce que le Trait\u00e9 de Versailles en prohibe \u00e0 ce pays la fabrication. Le 21 novembre 1921 voyageait \u00e0 Madrid Stolzenberg, fabriquant allemand connu de produits chimiques, lequel eut des conversations avec chefs militaires, ministres et Palais. Le gouvernement espagnol exprima son d\u00e9sir de disposer le plus rapidement possible d&rsquo;une fabrique compl\u00e8te, sp\u00e9cialement d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la production de gaz toxiques plus modernes, m\u00eame si parvenir \u00e0 un accord posa des difficult\u00e9s entre autres raisons parce que le Gouvernement espagnol voulait disposer de ces gaz d&rsquo;urgence et que la fabrique ne serait pas en conditions des les produire avant quelques ann\u00e9es. Stolzenberg manifesta, n\u00e9anmoins, qu&rsquo;il pourrait, entre temps, fournir \u00e0 l&rsquo;Espagne des gaz de guerre d\u00e9j\u00e0 pr\u00eats pour l&#8217;emploi(39)..<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les conversations se poursuivirent en 1922. En mai de cette ann\u00e9e, Stolzenberg voyagea de nouveau \u00e0 Madrid et les deux parties arriv\u00e8rent enfin \u00e0 un accord, qui se mat\u00e9rialisa par un contrat sign\u00e9 le 10 juin, en vertu duquel la firme allemande s&rsquo;engageait \u00e0 construire et mettre en marche la fabrique de gaz toxiques et \u00e0 faciliter les installations appropri\u00e9es pour la production de munitions, telles que des grenades d&rsquo;artillerie et de main, ainsi que des \u00e9quipements techniques et du personnel allemand sp\u00e9cialis\u00e9. La fabrique se construira dans le lieu appel\u00e9 La Mara\u00f1osa, situ\u00e9 pr\u00e8s de Aranjuez, mais ne serait pas en conditions de produire des gaz toxiques si ce n&rsquo;est pass\u00e9 quelques ann\u00e9es. Stolzenberg fournirait entre-temps \u00e0 l&rsquo;Espagne, pas exactement le gaz d\u00e9j\u00e0 pr\u00eat pour l&#8217;emploi, mais la substance chimique n\u00e9cessaire pour le fabriquer, concr\u00e8tement l&rsquo;oxol, comme l&rsquo;on appelait le tiodiglicol, un des r\u00e9actifs utilis\u00e9s pour fabriquer l&rsquo;Yp\u00e9rite. Il faut tenir compte de ce que cette substance toxique s&rsquo;utilise au niveau industriel pour usages non militaires, ce avec quoi Stolzenberg pouvait se jouer impun\u00e9ment des clauses du Trait\u00e9 de Versailles qui prohibait \u00e0 l&rsquo;Allemagne la production de gaz toxiques, vu qu&rsquo;il lui \u00e9tait toujours possible d&rsquo;all\u00e9guer que les produits chimiques de sa fabrique \u00e9taient destin\u00e9s \u00e0 usages civiles. L&rsquo;oxol sera\u00a0transport\u00e9 par voie maritime de Hambourg vers Melilla, \u00e0 un atelier qui s&rsquo;installait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 MarChica, c&rsquo;est \u00e0 dire dans un lieu suffisamment loin de la ville pour \u00e9viter de possibles accidents au sein de la population civile. Il se rapporte qu&rsquo;au d\u00e9but de juin 1922 cet atelier ou plus exactement un baraquement magasin existait d\u00e9j\u00e0 pour la charge de projectiles, qui n&rsquo;offrait pas de garanties suffisantes pour le personnel, ce pour quoi il s&rsquo;\u00e9tudiait la construction d&rsquo;un b\u00e2timent en dur(40). L&rsquo;unique gaz emmagasin\u00e9 dans ce baraquement, qui se mentionne \u00e0 cette date fut la choloropicrine, c&rsquo;est \u00e0 dire que l&rsquo;Espagne n&rsquo;avait pas encore commenc\u00e9 \u00e0 recevoir l&rsquo;oxol, qui \u00e9tait la substance chimique n\u00e9cessaire pour fabriquer l&rsquo;yp\u00e9rite. Il n&rsquo;y a pas non plus au d\u00e9but de juin 1922 la mineure allusion \u00e0 la pr\u00e9sence de techniciens allemands \u00e0 Melilla. Il faut avoir \u00e0 l&rsquo;esprit que le contrat pour la construction de la fabrique de gaz toxiques \u00e0 la Mara\u00f1osa et pour l&rsquo;envoi d&rsquo;oxol \u00e0 Melilla datait du 10 juin 1922, de fa\u00e7on qu&rsquo;il faudrait des mois avant que Stolzenberg soit en conditions de fabriquer lui m\u00eame ce produit et de le fournir \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e espagnole au Maroc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui pr\u00e9c\u00e8de nous conduit \u00e0 supposer que l&rsquo;yp\u00e9rite ne fit son apparition \u00e0 Melilla que jusqu&rsquo;en 1923. Quant \u00e0 la fabrique de la Mara\u00f0osa, pr\u00e8s d&rsquo;Aranjuez, qui commen\u00e7ait \u00e0 se construire avec l&rsquo;aide de Stolzenberg, elle s&rsquo;utilisait pour la production de bombes qui \u00e9taient envoy\u00e9es, apr\u00e8s, \u00e0 Melilla pour \u00eatre charg\u00e9es l\u00e0 bas avec des gaz toxiques.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous n&rsquo;avons plus retrouv\u00e9, dans les sources rifaines, des allusions aux gaz toxiques, et ce jusqu\u201fau 24 juillet 1922, date \u00e0 laquelle le Ca\u00efd Haddou Ben Hamou revient, dans une lettre \u00e0 Abdelkrim, \u00e0 s&rsquo;y r\u00e9f\u00e9rer dans les termes suivants: \u00abJe t&rsquo;informe qu&rsquo;un bateau fran\u00e7ais a transport\u00e9 99 quintaux de gaz asphyxiant pour le compte &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":1792,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[29],"tags":[],"class_list":["post-1789","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","","category-livre-en-episodes"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/livre5.jpg?fit=600%2C300&ssl=1","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9uxE2-sR","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1789","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1789"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1789\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1794,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1789\/revisions\/1794"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1792"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1789"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1789"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1789"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}