{"id":1833,"date":"2018-06-10T22:51:39","date_gmt":"2018-06-10T22:51:39","guid":{"rendered":"http:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=1833"},"modified":"2018-06-10T22:53:23","modified_gmt":"2018-06-10T22:53:23","slug":"la-guerre-chimique-contre-le-rif-9eme-partie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/la-guerre-chimique-contre-le-rif-9eme-partie\/","title":{"rendered":"La guerre chimique contre le Rif (9\u00e9me Partie)"},"content":{"rendered":"<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-1839 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/livre9.jpg?resize=600%2C300\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/livre9.jpg?w=600&amp;ssl=1 600w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/livre9.jpg?resize=450%2C225&amp;ssl=1 450w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/p>\n<p><strong><span class=\"highlight highlight-red\">Lettre de soutien: Pr. Sebastian Balfour &#8211; London School of Economics and Political Science Au colloque de Nador<\/span><\/strong><\/p>\n<figure id=\"attachment_1836\" aria-describedby=\"caption-attachment-1836\" style=\"width: 188px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1836 size-medium\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/Sebastian-Balfour-188x250.jpg?resize=188%2C250\" alt=\"\" width=\"188\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/Sebastian-Balfour.jpg?resize=188%2C250&amp;ssl=1 188w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/Sebastian-Balfour.jpg?w=220&amp;ssl=1 220w\" sizes=\"auto, (max-width: 188px) 100vw, 188px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1836\" class=\"wp-caption-text\">Pr. Sebastian Balfour<\/figcaption><\/figure>\n<p>Chers amis,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je regrette beaucoup de ne pas pouvoir assister aux deux conf\u00e9rences sur la r\u00e9sistance rifaine contre l\u2019occupation du Rif et la guerre chimique lanc\u00e9e contre les rifains par les espagnols. Je peux m\u2019identifier cent pour cent avec vous. Mes visites au nord du Maroc et ma connaissance de gens qui ont surv\u00e9cu \u00e0 cette guerre et de descendants de ceux qui sont morts a cause des effets toxiques du bombardement chimique, m\u2019ont \u00e9mu profond\u00e9ment. Je me joins \u00e1 toute initiative pour r\u00e9v\u00e9ler la v\u00e9rit\u00e9 et demander la justice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gr\u00e2ce a la recherche d\u2019historiens comme moi-m\u00eame et notre amie Maria Rosa de Madariaga, nous connaissons assez bien maintenant l\u2019\u00e9tendue et l\u2019intensit\u00e9 de cette guerre. Et je suis convaincu que les effets de l\u2019offensive chimique ont touch\u00e9s les g\u00e9n\u00e9rations suivantes a travers une mutation g\u00e9n\u00e9tique qui a produit le cancer entre les enfants, mutation qui d\u2019ailleurs a \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie scientifiquement dans des exp\u00e9riences sur des animaux avec une structure biologique proche de celle des humains. Je me suis indign\u00e9 quand j\u2019ai appris que les membres de l\u2019Association n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 permis de faire des recherches, d\u2019aller de village en village pour recueillir des informations sur les victimes de cette atroce guerre. Il y a trop d\u2019int\u00e9r\u00eats qui veulent faire taire la v\u00e9rit\u00e9. Mais, connaissant votre d\u00e9termination \u00e0 faire ressortir la v\u00e9rit\u00e9, je me confie a nos efforts communs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne voudrais pas abandonner la parole sans r\u00e9fl\u00e9chir sur le discours au sujet de la guerre chimique de nos jours. Il y a une \u00e9norme indignation en Europe contre la guerre lanc\u00e9 unilat\u00e9ralement par Bush et Blair avec l\u2019appui de Aznar contre l\u2019Iraq. Nous avons particip\u00e9 \u00e0 Londres \u00e0 d\u2019immenses manifestations contre celle-ci dans les rues et les parcs de la capital. Mais l\u2019Europe, non seulement l\u2019Espagne, est coupable d\u2019\u00e9normes atrocit\u00e9s contre les pays qu\u2019elle a colonis\u00e9. Peu d\u2019anglais savent que notre pays a pr\u00e9par\u00e9 une offensive chimique contre les iraquiens en 1920. J\u2019ai vu les documents officiels r\u00e9cemment ouverts qui d\u00e9montrent en d\u00e9tail l\u2019accumulation de bombes de gaz moutarde ou l\u2019yp\u00e9rite par l\u2019arm\u00e9e britannique en Iraq. Ce que nous ne savons pas parce que les documents ne constatent rien de plus c\u2019est le sort de ces bombes. Cela ne me surprendrais pas que les troupes am\u00e9ricaines ou britanniques en Iraq d\u00e9couvrent finalement les restes de bombes chimiques ensevelies sous le sable. Celles-ci porteront peut-\u00eatre l\u2019\u00e9tiquette suivante, Made in Britain\u2019.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour terminer, je vous souhaite une conf\u00e9rence pleine de solidarit\u00e9 et de r\u00e9solution pour redresser les injustices du pass\u00e9 au Rif.<\/p>\n<p class=\"r\"><strong><span class=\"highlight highlight-red\">Le poison qui arriva du ciel :\u00a0Ignacio CEMBRERO<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Source<\/strong>: Ignacio Cemberro, El Pais, 9 f\u00e9vrier 2002 Traduit de l\u2019espagnol par Monica Gongora.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1835\" aria-describedby=\"caption-attachment-1835\" style=\"width: 204px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-1835\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/ignacio-204x250.jpg?resize=204%2C250\" alt=\"\" width=\"204\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/ignacio.jpg?resize=204%2C250&amp;ssl=1 204w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/ignacio.jpg?w=239&amp;ssl=1 239w\" sizes=\"auto, (max-width: 204px) 100vw, 204px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1835\" class=\"wp-caption-text\">Ignacio Cembrero. Cr\u00e9dit : AFP<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il tombait quelque chose comme du soufre. Les gens devenaient aveugles. Leur peau se noircissait et ils la perdaient. Le b\u00e9tail gonflait et, ensuite, mourait. Soudainement, les plantes s\u00e9chaient. Durant des semaines, on ne pouvait pas boire l\u2019eau des ruisseaux. On me disait que l\u2019eau \u00e9tait empoisonn\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mohammed Faraji, 91 ans, \u00e9tait un adolescent quand, dans les ann\u00e9es vingt, l\u2019arm\u00e9e espagnole conquit le Rif, mais il se souvient encore clairement du haraj (poison) que jetaient les avions ennemis sur les villages du nord du Maroc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201dLes bombes tombaient partout\u201d, ajoute Faraji, contrari\u00e9 d\u2019avoir interrompu sa collecte de haricots verts afin de s\u2019occuper du journaliste qui l\u2019avait localis\u00e9 dans un potager du village de Tafdna, proche d\u2019Al-Hoceima. \u201dLes gens construisaient des grottes pour se cacher et tenter de prot\u00e9ger le b\u00e9tail\u201d. \u201dL\u00e0-bas, ils se cachaient quand ils entendaient le bruit d\u2019un avion\u201d. \u201dLes attaques n\u2019ont pas dur\u00e9 longtemps\u201d. Hadou El Kayid Omar Massaud, ex-combattant des milices rifaines n\u2019a pas, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 102 ans, des souvenirs aussi pr\u00e9cis. Chez lui, assis dans le salon de sa maison d\u2019Adjid, il \u00e9voque vaguement quelques cas d\u2019asphyxie chez ceux qui suivirent Abdelkrim Khattabi, le chef historique de la r\u00e9sistance contre l\u2019invasion espagnole. Quand, finalement, les militaires espagnols p\u00e9n\u00e9tr\u00e8rent dans le village, il fut \u00e9tonn\u00e9 par leur \u201d acharnement \u00e0 acheter les fragments de bombes \u201d, comme s\u2019ils avaient voulu effacer toute trace.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Bombes X<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le poison mentionn\u00e9 par Mohamed Faraji ou l\u2019asphyxie dont parle El Kayid Omar Massaud \u00e9taient appel\u00e9s dans un premier temps \u201d bombes sp\u00e9ciales \u201d ou \u201d bombes X \u201d dans la correspondance \u00e9chang\u00e9e entre le haut commandement espagnol au Maroc et le gouvernement afin d\u2019\u00e9viter d\u2019\u00e9crire son v\u00e9ritable nom : armes chimiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Entre 1921 et 1927, l\u2019arm\u00e9e espagnole utilisa syst\u00e9matiquement dans le Rif du phosg\u00e8ne, du diphosg\u00e8ne, de la chloropicrine et, surtout, de l\u2019yp\u00e9rite, un produit plus connu sous le nom de gaz moutarde. La premi\u00e8re preuve sur les ventes de Berlin au gouvernement espagnol d\u2019armes chimiques et sur l\u2019aide allemande \u00e0 la construction de l\u2019usine \u201d La Mara\u00f1osa \u201d (Tol\u00e8de) fut apport\u00e9e en 1990 par deux chercheurs allemands, Rudibert Kunz et Rolf-Dieter M\u00fcller, dans leur livre Giftgas gegen Abd el Krim. Deutschland, Spanien und der Gaskrieg in Spanisch-Marokko 1922-1927 (Du gaz mortel contre Abdelkrim. Allemagne, Espagne et la guerre chimique au Maroc espagnol).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a eu aussi une demi-douzaine d\u2019historiens, espagnols et \u00e9trangers, qui ont trait\u00e9 le sujet superficiellement, mais le Britannique Sebastian Balfour, professeur \u00e0 la London School of Economics, publiera le mois prochain le premier livre, Abrazo Mortal (\u00c9treinte mortelle, \u00e9ditions Pen\u00ednsula), qui retrace l\u2019escalade chimique de la guerre coloniale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Son \u0153uvre, fruit de quatre ann\u00e9es de recherches, apporte plusieurs nouveaut\u00e9s sur ce qui fut la troisi\u00e8me utilisation dans l\u2019histoire &#8211; apr\u00e8s la Premi\u00e8re guerre mondiale en Europe, et par le Royaume Uni, en Irak, en 1919 &#8211; d\u2019un armement interdit par les trait\u00e9s internationaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201dJ\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 r\u00e9fractaire \u00e0 l\u2019utilisation de gaz asphyxiants contre les indig\u00e8nes, mais apr\u00e8s ce qu\u2019ils ont fait et par leur conduite tra\u00eetresse et fallacieuse (\u00e0 la bataille d\u2019Anoual), je vais les employer avec une vraie d\u00e9lectation\u201d, \u00e9crivait dans un t\u00e9l\u00e9gramme le g\u00e9n\u00e9ral D\u00e1maso Berenguer, haut commissaire espagnol \u00e0 T\u00e9touan, le 12 ao\u00fbt 1921.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quatre ans apr\u00e8s cette d\u00e9faite fracassante, le roi Alphonse XIII affirmait \u00e0 l\u2019attach\u00e9 militaire fran\u00e7ais \u00e0 Madrid, qu\u2019il recevait en audience, qu\u2019il fallait laisser de c\u00f4t\u00e9 les \u201d vaines consid\u00e9rations humanitaires \u201d, parce que \u201d avec l\u2019aide du gaz le plus nuisible \u201d, on sauverait beaucoup de vies espagnoles et fran\u00e7aises. \u201d L\u2019important est d\u2019exterminer, comme on le fait avec les mauvaises b\u00eates, les Beni Ourriaguel et les tribus plus proches d\u2019Abdelkrim \u201d, conclut le monarque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s une minutieuse enqu\u00eate \u00e0 l\u2019aide des archives espagnoles, fran\u00e7aises et britanniques, Balfour date la premi\u00e8re attaque espagnole au phosg\u00e8ne au mois de novembre 1921, aux alentours de Tanger. Le gaz moutarde fit son apparition lors de la bataille de Tizzi Azza, en juillet de 1923. Il fallut attendre un an de plus pour que, pour la premi\u00e8re fois, l\u2019aviation bombarde une tribu, celle de Beni Touzin en utilisant des armes meurtri\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les a\u00e9roplanes espagnols \u201d ont gravement endommag\u00e9 les villages rebelles, en utilisant souvent des bombes de gaz lacrymog\u00e8nes et asphyxiants qui ont fait des ravages parmi la population pacifique \u201d, informa peu apr\u00e8s le mar\u00e9chal Lyautey, l\u2019autorit\u00e9 sup\u00e9rieure du Maroc fran\u00e7ais. \u201d Grand nombre de femmes et d\u2019enfants se sont rendus \u00e0 Tanger pour recevoir un traitement m\u00e9dical&#8230; \u201d.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">H. Pughe Lloyd, un officiel britannique qui parcourut la zone, confirme ceci dans un communiqu\u00e9 destin\u00e9 \u00e0 son ministre de la Guerre en janvier 1926 : \u201d Beaucoup de Rifains moururent et un grand nombre d\u2019entre eux se rendirent dans des secteurs moins belliqueux avec l\u2019espoir de recevoir un traitement. Surtout ils \u00e9taient \u00e0 moiti\u00e9 aveugles ou ils avaient les poumons tr\u00e8s affect\u00e9s \u201d.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Balfour assure que de nombreux rapports t\u00e9moignent que la strat\u00e9gie militaire espagnole consistait \u00e0 choisir les zones plus peupl\u00e9es et les moments de grand rassemblement pour lancer les bombes chimiques, au point que les Rifains ouvrirent les souks commerciaux la nuit, quand l\u2019ennemi n\u2019avait pas la possibilit\u00e9 d\u2019attaquer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019historien britannique soutient qu\u2019il y eut aussi \u201d un nombre relativement \u00e9lev\u00e9 de victimes parmi les Espagnols par une manipulation n\u00e9gligente des armes chimiques dans les ateliers ou pour conqu\u00e9rir pr\u00e9cipitamment des territoires qui venaient d\u2019\u00eatre bombard\u00e9s avant que les effets meurtriers du gaz ne se dissipent. \u201d<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un sujet incommode et entour\u00e9 de silence<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La guerre coloniale s\u2019ach\u00e8ve en 1927, et avec la reddition des derniers Rifains cette facette inhumaine du conflit tomba dans l\u2019oubli pendant 63 ans. Balfour attribue ceci au fait que dans \u201d les r\u00e9unions de politiciens et de militaires o\u00f9 l\u2019on traitait du sujet des armes chimiques, soit on ne dressait pas de proc\u00e8s-verbal, soit les proc\u00e8s verbaux \u00e9taient d\u00e9truits ou cach\u00e9s \u201d. \u201d Tout a \u00e9t\u00e9 soigneusement dissimul\u00e9 \u201d.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019autres facteurs expliquent aussi ce silence. \u201d Les historiens pro-franquistes, dont beaucoup de militaires, ne se d\u00e9di\u00e8rent pas \u00e0 des affaires d\u00e9licates ou moralement explosives \u201d, signale Morten Heiberg, professeur agr\u00e9g\u00e9 de l\u2019universit\u00e9 de Copenhague. \u201d Ils ont laiss\u00e9 le sujet de c\u00f4t\u00e9 \u00e9galement \u00e0 cause des difficult\u00e9s pour acc\u00e9der, jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es quatre-vingt-dix, aux archives du protectorat espagnol au Maroc \u201d, ajoute Jean-Marc Delaunay, professeur agr\u00e9g\u00e9 de l\u2019universit\u00e9 de Paris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00eame l\u2019\u00c9tat marocain n\u2019a jamais eu un int\u00e9r\u00eat sp\u00e9cial \u00e0 sortir de l\u2019oubli ces \u00e9pisodes meurtriers. Le soul\u00e8vement d\u2019Abdelkrim \u00e9tant, d\u2019une certaine mani\u00e8re, une guerre pour l\u2019ind\u00e9pendance du nord du Maroc, le sultan collabora avec les puissances coloniales pour \u00e9craser les rebelles. Le Rif se souleva \u00e0 nouveau en 1958 et 1959, et ce fut alors Hassan, encore prince h\u00e9ritier, le responsable de l\u2019\u00e9touffement de ce soul\u00e8vement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le livre des chercheurs allemands et d\u2019autres travaux post\u00e9rieurs ont rafra\u00eechi la m\u00e9moire des Rifains. Quelques notables fond\u00e8rent en juillet 1999 l\u2019Association de d\u00e9fense des victimes du gaz toxique dans le Rif. \u201d Nous pensions que les autorit\u00e9s allaient s\u2019y opposer \u00e0 cause du mot Rif mais le permis fut obtenu sans probl\u00e8me \u201d, signale Aziz Benazouz, vice-pr\u00e9sident de l\u2019association et secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la CDT, le principal syndicat marocain, dans la province d\u2019Al-Hoceima.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que revendique l\u2019association ? \u201d Nous voulons, en premier lieu, que l\u2019Espagne avoue ses crimes et demande pardon \u201d, r\u00e9pond-il. \u201d Nous voulons aussi qu\u2019elle finance une recherche sur les causes des taux \u00e9lev\u00e9s de cancer dans le Rif et, si un rapport avec l\u2019utilisation d\u2019armes chimiques est \u00e9tabli, nous demanderons \u00e0 l\u2019\u00c9tat espagnol qu\u2019il nous indemnise collectivement en construisant un h\u00f4pital sp\u00e9cialis\u00e9 en oncologie dont la r\u00e9gion est d\u00e9pourvue, et en am\u00e9liorant les infrastructures. \u201d<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une bonne partie de la famille de Benazouz, comme celle d\u2019Ilias El Omari, pr\u00e9sident de l\u2019association, et celle de beaucoup d\u2019autres rifains, est morte du cancer, une cause de mortalit\u00e9 plus fr\u00e9quente dans le Rif que dans le reste du pays. M\u00eame le directeur de l\u2019Institut national d\u2019oncologie \u00e0 Rabat, le professeur B. El Gueddari, l\u2019a reconnu dans une conversation t\u00e9l\u00e9phonique avec ce correspondant : \u201d Oui, l\u2019indice est un peu plus \u00e9lev\u00e9 dans le nord, mais on ne peut scientifiquement dire quelle en est la raison \u201d.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Revendications<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019association fut autoris\u00e9e, mais ses tentatives de pr\u00e9senter ses revendications par l\u2019organisation de congr\u00e8s ont \u00e9t\u00e9 interdites par le minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur marocain sans aucune explication. \u201d Je soup\u00e7onne qu\u2019ils le font pour ne pas embrouiller encore plus les relations d\u00e9j\u00e0 d\u00e9t\u00e9rior\u00e9es avec l\u2019Espagne \u201d, pr\u00e9cise Ilias El Omari.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Curieusement, toute la presse marocaine, m\u00eame celle qui est li\u00e9e au r\u00e9gime, a protest\u00e9 avec v\u00e9h\u00e9mence contre les restrictions d\u2019information. \u201d Une interdiction inacceptable \u201d, titrait en premi\u00e8re page le journal Al Bayane, organe du PPS, un parti qui est int\u00e9gr\u00e9 dans la coalition gouvernementale. \u201d Les victimes ne r\u00e9ussissent pas \u00e0 faire entendre leur voix \u201d, se lamente le journal Aujourd\u2019hui le Maroc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le refus du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur d\u2019autoriser des congr\u00e8s para\u00eet plut\u00f4t imputable aux connotations nationalistes rifaines de l\u2019association qui partage le si\u00e8ge et les cadres de direction avec d\u2019autres organisations culturelles qui encouragent, par exemple, l\u2019utilisation de l\u2019amazigh, la langue des Berb\u00e8res ; elles sollicitent aussi la transformation en mus\u00e9e du quartier g\u00e9n\u00e9ral d\u2019Abdelkrim ou revendiquent le rapatriement \u00e0 Ajdir, son lieu de naissance, des restes d\u2019Abdelkrim, enterr\u00e9 au Caire o\u00f9 il est mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n\u2019est pas pour rien que le propre fils d\u2019Abdelkrim, Sa\u00efd Khattabi, exil\u00e9 volontairement au Caire, a pris la t\u00eate des revendications. \u201d L\u2019Espagne \u201d, \u00e9crivit-il dans une lettre ouverte publi\u00e9e la semaine derni\u00e8re par les journaux Al Alam et Al Bayan El Yom, \u201d doit maintenant compenser ses fautes et aider s\u00e9rieusement la r\u00e9gion \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer le temps perdu durant la colonisation espagnole \u201d.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201d Ne nous interpr\u00e9tez pas mal \u201d, intervient Omar Mussa, un autre des responsables de l\u2019association d\u2019Al-Hoceima. \u201d Nous sommes autonomistes, pas s\u00e9paratistes, parce que nous croyons que la d\u00e9centralisation est la meilleure mani\u00e8re pour sortir de la marginalisation \u00e0 laquelle nous avons \u00e9t\u00e9 soumis pendant des d\u00e9cennies \u201d. \u201d Revendiquer le Rif est faire un apport \u00e0 la d\u00e9mocratisation en marche au Maroc \u201d, ajoute Aziz Benazouz.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Durant son long r\u00e8gne, Hassan II n\u2019a jamais mis les pieds dans la r\u00e9gion qui s\u2019est rebell\u00e9e contre son p\u00e8re. Son fils, Mohamed VI, a voulu r\u00e9concilier la couronne avec le nord, et ce fut l\u00e0-bas qu\u2019il effectua en 1999 son premier voyage officiel. Ce fut aussi \u00e0 T\u00e9touan o\u00f9, pour la premi\u00e8re fois, eut lieu en juillet la c\u00e9r\u00e9monie de la beia, le serment annuel de fid\u00e9lit\u00e9 au monarque. Et l\u2019automne d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9, le souverain annon\u00e7a que la r\u00e9gionalisation du Maroc commencerait par le Sahara et par le nord. \u201d Mais ici, il s\u2019\u00e9coule beaucoup de temps entre les paroles et les faits \u201d, se plaint un habitant d\u2019Al-Hoceima.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lettre de soutien: Pr. Sebastian Balfour &#8211; London School of Economics and Political Science Au colloque de Nador Chers amis, Je regrette beaucoup de ne pas pouvoir assister aux deux conf\u00e9rences sur la r\u00e9sistance rifaine contre l\u2019occupation du Rif et la guerre chimique lanc\u00e9e contre les rifains par les espagnols. 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