{"id":2332,"date":"2020-01-10T12:28:13","date_gmt":"2020-01-10T12:28:13","guid":{"rendered":"http:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=2332"},"modified":"2020-01-10T12:29:08","modified_gmt":"2020-01-10T12:29:08","slug":"sahel-laudace-dune-approche-politique-pour-une-meilleure-gouvernance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/sahel-laudace-dune-approche-politique-pour-une-meilleure-gouvernance\/","title":{"rendered":"Sahel: L\u2019audace d\u2019une approche politique pour une meilleure gouvernance"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_2333\" aria-describedby=\"caption-attachment-2333\" style=\"width: 250px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2333 size-medium\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/FB_IMG_1578659088627-250x250.jpg?resize=250%2C250\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/FB_IMG_1578659088627.jpg?resize=250%2C250&amp;ssl=1 250w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/FB_IMG_1578659088627.jpg?w=720&amp;ssl=1 720w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2333\" class=\"wp-caption-text\">Abdoulahi ATTAYOUB<\/figcaption><\/figure>\n<p>La communaut\u00e9 internationale prend peu \u00e0 peu conscience de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une approche g\u00e9opolitique globale de la s\u00e9curit\u00e9 dans la bande sah\u00e9lo-saharienne. Rappelons-lui avec insistance, que pour laisser augurer une issue positive, toute d\u00e9marche devrait imp\u00e9rativement inclure un questionnement sans tabou des formes de gouvernance en vigueur dans les pays concern\u00e9s. Il faudrait, alors prendre en consid\u00e9ration les dysfonctionnements \u00e0 l\u2019origine des conflits qui opposent depuis soixante ans certaines populations aux Etats centraux, notamment au Mali et au Niger. Avec l\u2019op\u00e9ration Serval en 2013, qui a reconquis l\u2019Azawad pour le remettre sous l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019Etat malien, puis son extension \u00e0 d\u2019autres pays du Sahel \u00e0 travers Barkhane, la France a fait un choix politique fort qui la place, de fait, au c\u0153ur des antagonismes qui secouent l\u2019espace sah\u00e9lo-saharien.<\/p>\n<p>Depuis la cr\u00e9ation, par l\u2019administration coloniale fran\u00e7aise, du Niger et du Mali, les peuples du nord de ces deux pays n\u2019ont cess\u00e9 de revendiquer leur droit l\u00e9gitime \u00e0 \u00eatre pleinement associ\u00e9s \u00e0 leur gestion politique et \u00e9conomique. Aux ind\u00e9pendances, l\u2019administration coloniale a laiss\u00e9 des Etats \u00e0 construire dont les populations n\u2019avaient pas librement choisi de partager un projet national commun. L\u2019\u00e9chec patent des syst\u00e8mes postcoloniaux requiert aujourd\u2019hui une nouvelle forme de gouvernance afin de r\u00e9pondre \u00e0 la situation explosive, que les \u00e9lites politiques, souvent en rupture avec les soci\u00e9t\u00e9s qui composent ces Etats, n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 en mesure d\u2019anticiper. Un Etat qui ne respecte, ni n\u2019inclut certaines composantes de ses populations, les privant ainsi de toute identit\u00e9 institutionnelle, perd sa l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 exercer sa souverainet\u00e9 sur elles.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, les \u00c9tats, notamment malien et nig\u00e9rien, doivent se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence et accepter de reconsid\u00e9rer ce qui n\u2019a pas fonctionn\u00e9 pendant soixante ans d\u2019ind\u00e9pendance, en cr\u00e9ant les conditions d\u2019un renouveau dans leurs syst\u00e8mes de gouvernance. Cela permettrait de mettre un terme aux cycles de violences et augmenterait leur capacit\u00e9 \u00e0 faire face aux nouveaux d\u00e9fis en termes de s\u00e9curit\u00e9, de d\u00e9mocratie et de d\u00e9veloppement. En d\u00e9pit de quelques avanc\u00e9es, les m\u00e9thodes de gouvernance politique peinent \u00e0 \u00e9voluer et \u00e0 se r\u00e9nover afin d\u2019apporter des r\u00e9ponses appropri\u00e9es \u00e0 ces tensions.<\/p>\n<p>Preuve est faite que les arm\u00e9es r\u00e9guli\u00e8res ne parviennent pas \u00e0 s\u00e9curiser les territoires ; cela tient, entre autres, \u00e0 la nature de leur recrutement et au hiatus entre ces arm\u00e9es et les populations. L\u2019exp\u00e9rience a montr\u00e9 des arm\u00e9es habitu\u00e9es \u00e0 se comporter en arm\u00e9es d\u2019occupation et beaucoup conservent la m\u00e9moire des massacres massifs des ann\u00e9es 90 perp\u00e9tr\u00e9s au Mali et au Niger. Les rapports parfois troubles entre les gouvernements et certains groupes dits d\u2019autod\u00e9fense alimentent la m\u00e9fiance entre communaut\u00e9s. Il est de notori\u00e9t\u00e9 publique que certains \u00c9tats instrumentalisent de vieilles tensions communautaires pour affaiblir ou renforcer certains acteurs sur des fondements ethnocentristes. La m\u00e9fiance persistante entre les Etats et certaines communaut\u00e9s, constitue un des freins majeurs \u00e0 toute strat\u00e9gie efficace contre l\u2019ins\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>Au Mali par exemple, la compr\u00e9hension de la dimension qu\u2019incarne l\u2019Azawad, est incontournable pour une stabilisation et une s\u00e9curisation durable du pays. Il s\u2019agit avant tout de se d\u00e9faire de la domination de l\u2019appareil politique centralisateur en place depuis plus de soixante ans, lequel n\u2019a su prendre en compte la diversit\u00e9 et les aspirations des populations concern\u00e9es. En r\u00e9alit\u00e9, l\u2019acharnement contre l\u2019Azawad et l\u2019obsession de Kidal, constituent une mani\u00e8re, \u00e0 peine voil\u00e9e, de s\u2019en prendre \u00e0 la communaut\u00e9 touar\u00e8gue dans son aspiration \u00e0 refuser cette domination ethnocentriste que les politiques actuelles cherchent \u00e0 perp\u00e9tuer. Si des communaut\u00e9s continuent \u00e0 \u00eatre marginalis\u00e9es et massacr\u00e9es dans l\u2019indiff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale, elles finiront par pactiser avec le diable pour exister et combattre ceux qu\u2019elles auront identifi\u00e9s comme leurs v\u00e9ritables ennemis. En cons\u00e9quence, le succ\u00e8s de l\u2019intervention internationale d\u00e9pendra des solutions apport\u00e9es aux probl\u00e8mes politiques de fond, qui ont favoris\u00e9 l\u2019\u00e9mergence de groupes arm\u00e9s dans cette r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des engagements actuels, la communaut\u00e9 internationale devrait appuyer les voix de plus en plus nombreuses qui enjoignent de placer les droits des peuples au centre d\u2019une reconfiguration g\u00e9opolitique incontournable dans cette r\u00e9gion. La stabilisation de l\u2019espace sah\u00e9lo-saharien en d\u00e9pend. Il est surprenant de se f\u00e9liciter du r\u00e9veil des peuples \u00e0 travers le monde, et de verrouiller l\u2019expression populaire au Sahel.<\/p>\n<p>A travers son engagement au Sahel, la France tente de contenir la progression de l\u2019id\u00e9ologie djihadiste, favoris\u00e9e par des d\u00e9cennies de mal gouvernance. Ce retour de la France, la dimension que prend son engagement, constituent un \u00e9v\u00e9nement majeur qui ne manquera pas de r\u00e9interroger, non seulement sa responsabilit\u00e9 historique, mais aussi son r\u00f4le de puissance attentive aux \u00e9quilibres indispensables \u00e0 la stabilit\u00e9 des Etats. L\u2019intervention de la France, et plus g\u00e9n\u00e9ralement de la communaut\u00e9 internationale, risque cependant d\u2019aggraver la situation si elle n\u2019est conduite avec discernement et respect des populations locales. Une pr\u00e9sence militaire dirig\u00e9e contre leurs revendications l\u00e9gitimes pourrait pr\u00e9cipiter toute la sous-r\u00e9gion dans le chaos. L\u2019id\u00e9ologie djihadiste combattue aujourd\u2019hui constitue un ph\u00e9nom\u00e8ne opportuniste qui masque difficilement les probl\u00e8mes politiques ant\u00e9rieurs r\u00e9sultant de la mal gouvernance. La complaisance fran\u00e7aise a longtemps permis au Niger et au Mali d\u2019\u00e9touffer les revendications citoyennes, notamment touar\u00e8gues, en couvrant les exactions de ces Etats sur la sc\u00e8ne internationale.<\/p>\n<p>La communaut\u00e9 internationale convaincrait davantage de sa volont\u00e9 \u00e0 stabiliser la sous-r\u00e9gion, si elle se montrait d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 mettre un terme \u00e0 la culture de l\u2019impunit\u00e9 dans les pays en question. Les dirigeants politiques et militaires responsables de crimes devraient r\u00e9pondre de leurs actes devant la Cours p\u00e9nale internationale. C\u2019est l\u00e0, une condition sine qua non \u00e0 toute r\u00e9conciliation entre ces communaut\u00e9s et les Etats. Tout arrangement, ou amnistie hasardeuse, qui s\u2019abstrairait de cette exigence est vou\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chec. Les tenants du \u00ab Mali un et indivisible \u00bb ne r\u00e9alisent pas l\u2019ind\u00e9cence de leur slogan, alors qu\u2019ils attestent jour apr\u00e8s jour de leur inaptitude \u00e0 d\u00e9noncer les massacres de leurs concitoyens Touaregs, Maures ou Peulhs. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, l\u2019imp\u00e9ritie des classes politiques ne se limite pas \u00e0 cela, elles se montrent \u00e9galement incapables de concevoir des solutions qui seraient l\u2019aboutissement de concertations entre les diff\u00e9rentes communaut\u00e9s nationales. Les injustices et la stigmatisation dont sont victimes certaines communaut\u00e9s de la part des Etats constituent un frein \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019un sentiment national partag\u00e9 ; les tabous doivent \u00eatre lev\u00e9s pour faire place \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, \u00e0 la justice, au pardon et \u00e0 la r\u00e9conciliation.<\/p>\n<p>Contrairement aux discours par trop simplistes de certains activistes, le Sahel a besoin d&rsquo;un accompagnement institutionnel qui tienne compte des fragilit\u00e9s politiques et des r\u00e9alit\u00e9s socioculturelles des populations. La France, plus que n&rsquo;importe quelle autre puissance internationale, a beaucoup \u00e0 apporter d\u00e8s lors qu\u2019elle parviendra \u00e0 se d\u00e9faire de certaines repr\u00e9sentations et \u00e0 r\u00e9nover ses pratiques en mati\u00e8re de coop\u00e9ration. La vision de certains panafricanistes occulte les r\u00e9alit\u00e9s ethnoculturelles de leurs pays au profit d&rsquo;une conception \u00e9triqu\u00e9e du patriotisme. Les slogans anti-imp\u00e9rialistes \u00e9manent souvent de cercles ferm\u00e9s qui ne convainquent pas de leur capacit\u00e9 \u00e0 s\u2019\u00e9manciper des syst\u00e8mes qui les ont enfant\u00e9s. Beaucoup ignorent le degr\u00e9 de fragilit\u00e9 de leurs propres pays et alimentent des agitations empreintes de na\u00efvet\u00e9 en occultant les causes r\u00e9elles des difficult\u00e9s actuelles. Rares sont ceux qui proposent des alternatives r\u00e9alistes \u00e0 la mal gouvernance ambiante. Le salut de l\u2019espace sah\u00e9lo-saharien n\u00e9cessite une approche r\u00e9nov\u00e9e des syst\u00e8mes de gouvernance \u00e0 travers la mise en place d&rsquo;ensembles \u00e9tatiques f\u00e9d\u00e9raux dans lesquels les peuples vivront leurs diversit\u00e9s dans la paix, la compl\u00e9mentarit\u00e9 et le respect des identit\u00e9s culturelles. Sans quoi, les cycles de violences se perp\u00e9tueront et feront obstacle \u00e0 tout processus de d\u00e9veloppement. La refondation de l\u2019Etat constitue un imp\u00e9ratif absolu afin de mettre un terme \u00e0 l\u2019instabilit\u00e9 chronique qui favorise ins\u00e9curit\u00e9 et prolif\u00e9ration de groupes arm\u00e9s.<\/p>\n<p>Les g\u00e9n\u00e9rations \u00e9mergentes prennent aujourd\u2019hui conscience de leurs int\u00e9r\u00eats et portent un regard plus pragmatique sur les \u00e9volutions g\u00e9opolitiques de la sous-r\u00e9gion. Au moment des ind\u00e9pendances, la France a choisi d\u2019\u00e9carter certaines communaut\u00e9s de la gestion politique des nouveaux Etats auxquels elle avait int\u00e9gr\u00e9 leurs territoires. A la faveur de son intervention actuelle, elle devrait se montrer plus exigeante vis-\u00e0-vis des Etats r\u00e9gionaux et contribuer ainsi \u00e0 la r\u00e9paration de cette injustice. Si elle devait persister \u00e0 vouloir uniquement proroger les configurations mises en place au lendemain des ind\u00e9pendances, elle s\u2019inscrirait alors, \u00e0 contre-courant des \u00e9volutions g\u00e9ohistoriques.<\/p>\n<p>Abdoulahi ATTAYOUB<br \/>\nPr\u00e9sident de l\u2019ODTE (Organisation de la Diaspora Touar\u00e8gue en Europe)<\/p>\n<p>aabdoulahi@hotmail.com<br \/>\n@attayoub<\/p>\n<p>Lyon, 9 janvier 2020<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La communaut\u00e9 internationale prend peu \u00e0 peu conscience de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une approche g\u00e9opolitique globale de la s\u00e9curit\u00e9 dans la bande sah\u00e9lo-saharienne. Rappelons-lui avec insistance, que pour laisser augurer une issue positive, toute d\u00e9marche devrait imp\u00e9rativement inclure un questionnement sans tabou des formes de gouvernance en vigueur dans les pays concern\u00e9s. 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