{"id":237,"date":"2014-03-05T22:48:56","date_gmt":"2014-03-05T22:48:56","guid":{"rendered":"http:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=237"},"modified":"2016-01-27T23:00:37","modified_gmt":"2016-01-27T23:00:37","slug":"aherdan-temoin-de-son-temps-memoires-1942-1961","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/aherdan-temoin-de-son-temps-memoires-1942-1961\/","title":{"rendered":"AHERDAN, T\u00e9moin de son temps MEMOIRES 1942-1961"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-239 alignleft\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/01\/aherdan-une-362x250.jpg?resize=362%2C250\" alt=\"aherdan une\" width=\"362\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/01\/aherdan-une.jpg?resize=362%2C250&amp;ssl=1 362w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/01\/aherdan-une.jpg?resize=1024%2C707&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/01\/aherdan-une.jpg?resize=110%2C75&amp;ssl=1 110w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/01\/aherdan-une.jpg?w=1600&amp;ssl=1 1600w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/01\/aherdan-une.jpg?w=1236&amp;ssl=1 1236w\" sizes=\"auto, (max-width: 362px) 100vw, 362px\" \/>Le r\u00e9cit d\u2019Aherdan, un t\u00e9moin privil\u00e9gi\u00e9, me rappelle, dans sa substance, ses recoins et ses subtilit\u00e9s, le tonitruant et foudroyant article d\u2019Emile Zola : \u00ab J\u2019accuse\u2026 ! Lettre au Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u00bb publi\u00e9 dans l\u2019Aurore, \u00e0 la premi\u00e8re page, le 13 janvier 1898. Cette nouvelle publication traduit une libert\u00e9 de pens\u00e9e et d\u2019esprit. Il proc\u00e8de d\u2019un souci d\u2019exhumer les non-dits d\u2019une p\u00e9riode mise, des d\u00e9cennies durant, sous le boisseau. Disons-le, tout de suite. Il ne s\u2019agit pas d\u2019un livre d\u2019Histoire. Il va sans dire que chacun a sa v\u00e9rit\u00e9. Il revient alors aux historiens de s\u00e9parer, au besoin, le bon grain de l\u2019ivraie !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avant la parution des deux autres volumes, un premier, croustillant, \u00e9crit sous une plume l\u00e9g\u00e8re, et avec maestria, vient de para\u00eetre. D\u2019un style envo\u00fbtant, fluide et raffin\u00e9, par sa riche s\u00e9mantique, il vient \u00e0 point remettre les pendules, rouill\u00e9es, \u00e0 l\u2019heure de v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019entr\u00e9e de jeu, l\u2019auteur s\u2019interroge : \u00ab Mais comment restituer ce qui me fit vibrer, sachant qu\u2019avoir v\u00e9cu n\u2019est pas vivre \u00bb (p. 13). Dans ses p\u00e9r\u00e9grinations, Aherdan nous d\u00e9peint, en prose, les principaux \u00e9pisodes qui avaient eu lieu \u00e0 l\u2019or\u00e9e des ann\u00e9es quarante, en plein Protectorat, jusqu\u2019\u00e0 la mort de Feu Mohammed V. Pour le Protectorat, l\u2019auteur en fait la synth\u00e8se : il suffisait \u00ab d\u2019\u00f4ter une voyelle \u00bb, au terme \u00ab indig\u00e8ne \u00bb, pour saisir le sens d\u2019une condition \u00ab indigne\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans concession, dans ses \u00ab M\u00e9moires\u00bb, Aherdan vient mettre, par cette belle contribution, comme \u00e0 son accoutum\u00e9e, les pieds dans le plat. Il y a des choses, pour les comprendre, il faut les avoir v\u00e9cues. T\u00e9moin oculaire, observateur assidu, acteur hardi, analyste averti, le militaire, le po\u00e8te, l\u2019artiste, l\u2019homme hors du commun, nous livre les tr\u00e9fonds, longtemps \u00e9touff\u00e9s de l\u2019histoire d\u2019une p\u00e9riode critique ; une p\u00e9riode qui a fa\u00e7onn\u00e9, hypoth\u00e9qu\u00e9, le devenir de notre pays ; une \u00ab \u00e9poque o\u00f9 la politique \u00e9tait une jungle et la construction du pays, une gageure !\u00bb (p.207). Cette p\u00e9riode enclenche un processus o\u00f9 les d\u00e9s sont jet\u00e9s, les r\u00f4les distribu\u00e9s, l\u2019avenir confisqu\u00e9, le pass\u00e9 mis dans la poche d\u2019une oligarchie, entre les mains de poules qui veulent se transformer en faucons ! Une v\u00e9ritable meute enrag\u00e9e. Elle n\u2019en d\u00e9mord pas ; comme les carnassiers qui gardent jalousement, le morceau de viande, qu\u2019ils ont sous les pattes. \u00ab Leur but \u00e9tait, en effet, d\u2019asseoir leurs int\u00e9r\u00eats, de devenir des chefs de file dans un Maroc qui ne pourrait d\u2019aucune fa\u00e7on disposer de lui-m\u00eame ni de ses ressources \u00bb (p.142).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un regard poignant, pr\u00e9gnant et sans fard, sur une p\u00e9riode de l\u2019histoire de notre pays, une p\u00e9riode confuse, tumultueuse et mal connue ; une p\u00e9riode qui allait d\u00e9boucher sur le parti unique avec toutes ses arrogances, son arbitraire, ses \u00ab pantouflards \u00bb, ses \u00abboutiquiers politiques\u00bb (pp.147,153), dont parle si g\u00e9n\u00e9reusement, et avec sati\u00e9t\u00e9, Monsieur Aherdan.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que de protestations \u00e9touff\u00e9es ; que de fredonnements amplifi\u00e9s ; que de v\u00e9rit\u00e9s falsifi\u00e9es. Et, j\u2019ajouterai, que, dire la v\u00e9rit\u00e9 est le plus noble acte de respect au lecteur et, partant, au peuple. Un r\u00e9cit qui vient du fond de l\u2019\u00e2me, une lame de fond indicible. Une sibylle pour conna\u00eetre le pass\u00e9, un pass\u00e9 compliqu\u00e9, le pr\u00e9sent, un pr\u00e9sent simplement recompos\u00e9 et un futur confisqu\u00e9, car il est inconnu. Aherdan a eu le courage, \u00e0 tous crins, de remonter \u00e0 l\u2019origine des d\u00e9rives qui avaient marqu\u00e9 cette p\u00e9riode.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fait d\u2019une seule \u00e9toffe, Aherdan, ne peut s\u2019en d\u00e9coudre. Entier, nationaliste jusqu\u2019aux bouts des angles, il ne peut que, fid\u00e8lement, retracer un v\u00e9cu, certes astreignant, mais plein d\u2019enseignements, de v\u00e9rit\u00e9 et loin de toute compromission. Il avait la cinglante libert\u00e9 de pouvoir dire Non, pour dire Oui \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9. Ce faisant, il a pu ainsi d\u00e9mystifier toute la construction fallacieuse d\u2019une partie de notre histoire moderne qui, sans cette contribution, aurait pu \u00eatre jet\u00e9e dans la poubelle de l\u2019Histoire, et aurait constitu\u00e9 une partie rutilante de leur histoire, du reste incontinente et fugace !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au-del\u00e0 de l\u2019aspect autobiographique, non moins int\u00e9ressant, l\u2019ouvrage r\u00e9v\u00e8le la force de caract\u00e8re puis\u00e9e dans la nature ambiante, dans le parcours atypique du personnage, rustre par moment, \u00e9nergique, autoritaire, et d\u2019une d\u00e9licatesse raffin\u00e9e, d\u2019une sensibilit\u00e9, d\u2019une ataraxie qu\u2019il retrouve chez les siens. Accessible et ma\u00eetrisant la langue du peuple, il sait \u00ab ce que parler veut dire\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les r\u00e9v\u00e9lations \u00e9clairent les zones d\u2019ombre du proche pass\u00e9 et expliquent l\u2019exclusion et les incertitudes qui planaient sur la p\u00e9riode post coloniale. L\u2019on comprendra ais\u00e9ment l\u2019inanit\u00e9, dont toute la r\u00e9sistance des montagnes \u00e0 la p\u00e9n\u00e9tration coloniale, est victime ; le caract\u00e8re obs\u00e9quieux, tut\u00e9laire, calculateur de l\u2019esprit citadin, qui ne jure, que par les protagonistes d\u2019alors, et dont les tenants ne cessent de scander all\u00e8grement cette rodomontade bien connue : \u00ab al maghrib maghribuna, la lighayrina ; za\u00efmuna assiyyasi, Sidi Allal el Fassi\u2026 \u00bb (p.178), reprise en ch\u0153ur, sans en conna\u00eetre le sens, par les cr\u00e9dules pauvres ruraux, qui n\u2019ont m\u00eame pas eu l\u2019heur de leur plaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il contribue ainsi, \u00e0 rapporter toutes les toquades, les nuances, les manigances des poltrons, des \u00ab infaillibles \u00bb (p.191), sacralis\u00e9s par la propagande et les arguties d\u2019une l\u2019histoire faite sur mesure, et qui se pr\u00e9occupe seulement de l\u2019accaparement du pouvoir, du pillage des richesses nationales, de l\u2019\u00e9limination physique des v\u00e9ritables patriotes, de la mise en quarantaine du peuple qualifi\u00e9 de \u00ab centaures primitifs \u00bb (p.147) et des relations ambig\u00fces avec la Monarchie. Selon une d\u00e9claration d\u2019un d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 de l\u2019Istiqlal de l\u2019\u00e9poque : \u00ab Impossible de faire revenir Ben Youssef sur le tr\u00f4ne pour l\u2019instant car, d\u2019ici l\u00e0, il faut b\u00e2tir les institutions \u00bb (p.143), ce qui sous-tend la mise en place d\u2019une \u00ab politique d\u2019\u00e9volution progressive et gradu\u00e9e \u00bb (p.144).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aherdan de reprendre (p.147) la d\u00e9claration d\u2019un dirigeant rapport\u00e9e par G. Spillmann selon laquelle \u00ab \u2026en r\u00e9alit\u00e9, aucun des partis n\u2019a le d\u00e9sir de voir Ben Youssef revenir et qu\u2019en diminuant les pouvoirs du Conseil du Tr\u00f4ne, c\u2019est ensuite du Sultan\u00bb. Et l\u2019auteur d\u2019ajouter : \u00ab \u2026le champ libre aux combines des politiciens qui n\u2019avaient qu\u2019une seule chose en t\u00eate : s\u2019emparer des r\u00eanes du pouvoir \u00bb (p.159).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Son premier tome, les deux autres suivront, nous fait revivre les p\u00e9nombres, les r\u00e9alit\u00e9s inconnues d\u2019une p\u00e9riode de notre histoire contemporaine. Un t\u00e9moignage sur l\u2019histoire, vue de l\u2019int\u00e9rieur par un r\u00e9sistant de premi\u00e8re heure, un acteur politique encombrant, qui se d\u00e9marque par son franc parler et sa parfaite connaissance du terroir et des hommes, fussent-ils humbles. De sa mani\u00e8re la plus vivace, il vomit des \u00ab v\u00e9rit\u00e9s \u00bb, des comportements et des positions qui, je l\u2019imagine, d\u00e9rangent, d\u00e9noncent, ceux, \u00abcollabos\u00bb, qui ont r\u00e9ussi \u00e0 prendre les r\u00eanes de la destin\u00e9e du pays et la mise en application du programme concoct\u00e9 \u00e0 Aix-les-Bains \u00ab &#8230;par la puissance anciennement \u00ab protectrice\u00bb \u00e9tait point par point en cours d\u2019ex\u00e9cution\u00bb (p.165). Depuis 1955, ceux-ci ont pris en otage tout le pays. Ils excellent dans la table-rase du pass\u00e9. Les mill\u00e9naires pass\u00e9s \u00ab furent une parenth\u00e8se ferm\u00e9e qui n\u2019a exist\u00e9 que comme un cauchemar \u00bb. Ceux et celles qui avaient pris les armes contre la p\u00e9n\u00e9tration coloniale, et dont plusieurs \u00e9taient morts, les armes \u00e0 la main, ont \u00e9t\u00e9 exclus; d\u2019autres sommairement ex\u00e9cut\u00e9s (pp. 165,179,180) ; d\u2019autres emprisonn\u00e9s. Ceux-l\u00e0 ont \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9s pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9, sauf dans \u00ab les c\u0153urs de ceux qui les aiment \u00bb. La nouvelle \u00e9lite qui, \u00ab dans le lit douillet des compromissions\u00bb (p.149), se transforme en r\u00e9sistants. Et de pr\u00e9ciser, que \u00ab la carte d\u2019adh\u00e9sion au parti avait le pouvoir de changer un tra\u00eetre en r\u00e9sistant et de faire d\u2019un r\u00e9sistant un tra\u00eetre\u00bb (p.182). Ironie de l\u2019histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les protagonistes de cette \u00e9poque de transition, marqu\u00e9e par une lutte effr\u00e9n\u00e9e, machiav\u00e9lique, pour s\u2019accaparer tous les pouvoirs, ont \u00e9t\u00e9 minutieusement d\u00e9crits par Aherdan. Il a ainsi lev\u00e9 le voile sur les nombreux personnages de l\u2019\u00e9poque et les mises en sc\u00e8ne d\u2019une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, une tartuferie abjecte dont les s\u00e9quelles continuent, encore aujourd\u2019hui, \u00e0 miner la sc\u00e8ne nationale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette magnifique contribution \u00e0 l\u2019histoire d\u2019une sombre p\u00e9riode, d\u00e9voile au grand jour toutes les d\u00e9marches ourdies entreprises par les protagonistes d\u2019alors qui avaient \u00e9t\u00e9 port\u00e9s au fallacieux firmament de leur histoire qui tord le cou \u00e0 la v\u00e9ritable Histoire de ce pays. Elle est plusieurs fois mill\u00e9naire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019ind\u00e9pendance recouvr\u00e9e, la d\u00e9colonisation, n\u2019\u00e9taient qu\u2019une chim\u00e8re. Les n\u00e9gociations exp\u00e9ditives d\u2019Aix-les-Bains, \u00e9taient men\u00e9es par une d\u00e9l\u00e9gation d\u00e9sign\u00e9e par le pouvoir colonialiste, donc non repr\u00e9sentative du peuple. Ce dernier ne figurait pas dans ses pr\u00e9occupations. Il est m\u00eame l\u2019objet de d\u00e9dain et de m\u00e9pris. La bonne foi et la mauvaise ne font pas bon m\u00e9nage. En revanche, leur souci majeur est de se partager le pouvoir politique, \u00e9conomique et d\u2019instaurer un parti unique, une identit\u00e9 arabo-musulmane, une seule langue. Honnies la diversit\u00e9 culturelle et linguistique ! En r\u00e9sum\u00e9, il s\u2019agissait de mettre en place un syst\u00e8me fasciste, une pens\u00e9e unique et une oligarchie minoritaire qui, exclusivement seule, d\u00e9cide et engage le pays, donne et \u00f4te \u00e0 sa merci. Au fait, une permanence, en pire et en grande nature, du syst\u00e8me colonial par l\u2019entremise d\u2019un Parti-Nation dont le bellicisme, l\u2019\u00e9limination de ceux qui \u00ab ne montrent pas patte blanche \u00bb, le pillage, l\u2019enrichissement, l\u2019avidit\u00e9 sans scrupule, la cupidit\u00e9, l\u2019exercice du pouvoir par des parent\u00e9s, furent et demeurent, m\u00eame de fa\u00e7on euph\u00e9mique, les fondements les plus saillants de cette charte sacrosainte. L\u2019intransigeance \u00e9tait de rigueur. Tant de calculs, tant de ruses, tant d\u2019intrigues. Honni soit qui mal y pense.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Derri\u00e8re les discours fougueux, les p\u00e9roraisons d\u00e9magogues et populistes, la turbulence et l\u2019ubiquit\u00e9 de ses tenants, la r\u00e9alit\u00e9 est tout autre. Ces t\u00e9m\u00e9raires, ces fossoyeurs, \u00ab faisaient passer les plaisirs de la vie avant l\u2019exigence du devoir \u00bb (p. 206). Domine alors, je dirai, non sans amertume, le devoir de se servir et non de servir, car \u00ab les purs perdent toujours, au b\u00e9n\u00e9fice des l\u00e2ches \u00bb (p. 67). Les autres, la majorit\u00e9, semblaient \u00ab marcher \u00e0 l\u2019allure du mulet qui n\u2019a d\u2019autre choix que de porter, quotidiennement, ce dont on le charge \u00bb (p.69).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La cr\u00e9dulit\u00e9 du peuple, sa na\u00efvet\u00e9, son ignorance favorisaient l\u2019app\u00e9tit aliment\u00e9e par la ruse, les calculs, les discours p\u00e9nitents et intr\u00e9pides, finirent par mettre au pi\u00e9destal des personnages, que l\u2019histoire, dont cette contribution, se doit de remettre \u00e0 leur juste valeur, car l\u2019Histoire a horreur des raccourcis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019obsession d\u2019un parti unique, dont la d\u00e9nomination ing\u00e9nieuse, avait sublim\u00e9 et s\u00e9duit la majorit\u00e9, n\u2019avait pas r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 l\u2019usure du temps et \u00e0 la t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 de certains visionnaires d\u2019alors. Le terme Istiqlal qui signifie ind\u00e9pendance avait fait beaucoup d\u2019\u00e9mules, m\u00eame dans les classes populaires. Aherdan rappelle que : \u00ab la confusion \u00e9tait payante. Istiqlal \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9poque un mot fabuleux qui servit d\u2019enseigne publicitaire pour la promotion d\u2019une organisation politique\u2026 \u00bb (p. 158). Un Parti-Nation, en fait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Oui,<br \/>\nLe parti devient<br \/>\nNotre Etat,<br \/>\nCar de lui \u00e9mane<br \/>\nMis\u00e9ricorde \u00bb. (p.243)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et de pr\u00e9ciser que : \u00abSeules trois choses comptent dans la vie du pays : la langue arabe, l\u2019islam, le parti de l\u2019Istiqlal \u00bb, s\u2019exclama un dirigeant de l\u2019\u00e9poque. (p.201).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces r\u00e9volt\u00e9s contre le paradigme unique de la pens\u00e9e, contre cette farce de la \u00ab qawmiyya al \u2018arabiyya \u00bb, contre l\u2019identit\u00e9 arabo-musulmane, contre le parti unique, avaient lucidement senti le danger qui guette le pays et le peuple. Ils avaient agi en cons\u00e9quence pour retrouver, m\u00eame tardivement, la diversit\u00e9, l\u2019ouverture, la tol\u00e9rance, l\u2019unit\u00e9, l\u2019\u00e9galit\u00e9 et le progr\u00e8s et pour crier, en \u00e9crivant, haut et fort, que le Maroc est amazighe, que son histoire n\u2019a pas douze si\u00e8cles, que sa langue n\u2019est pas l\u2019arabe, que son syst\u00e8me ancestral est monarchique, qu\u2019il est multiconfessionnel, que ses hommes et femmes sont \u00e9gaux et libres. Fervent d\u00e9fenseur de sa langue, l\u2019auteur affirme, sans ombrage : \u00ab L\u2019usage de leur parler amazigh car c\u2019est par lui seul, gard\u00e9 intact, que nous pouvons rendre son clin d\u2019\u0153il \u00e0 l\u2019\u00e9tincelle qui de la flamme s\u2019\u00e9vade. \u00bb (p.35). Et, encore d\u2019ajouter : \u00ab On portait une atteinte irr\u00e9parable \u00e0 notre identit\u00e9 sous couvert de respecter le droit musulman en supprimant purement et simplement le droit coutumier, Izerf, ce \u00ab chemin de la sagesse \u00bb qui donnait \u00e0 ce peuple la pleine ma\u00eetrise de son v\u00e9cu \u00bb (p.251).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u2019amorce, \u00e0 partir de cette p\u00e9riode, la fracture sociale qui allait s\u2019\u00e9largissant. Une minorit\u00e9 citadine belliqueuse et opportuniste, face \u00e0 une majorit\u00e9 mal chauss\u00e9e, mal nourrie, qui grogne sous une montagne enneig\u00e9e ; car elle croyait \u00ab que l\u2019ind\u00e9pendance allait nous restituer notre dignit\u00e9 sans nous soumettre \u00e0 l\u2019arbitraire d\u2019un quelconque parti politique ni \u00e0 la mainmise d\u2019une quelconque oligarchie \u00bb (p.214). De cette conscience populaire latente, jaillissent quelques \u00e9tincelles qui se s\u2019\u00e9teignent aussit\u00f4t, par l\u2019assassinat, le crime organis\u00e9, les r\u00e8glements de compte et \u00ab le rapt sur les routes \u00bb (p.183), au vue et au su de tout le monde. L\u2019auteur pr\u00e9cise que : \u00ab les meurtriers agissaient \u00e0 visage d\u00e9couvert ; ils se savaient couverts \u00bb (p.182).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon l\u2019adage bien connu : \u00ab Pour bien vider la grange, il faut se d\u00e9barrasser du gardien \u00bb (p.187) et, encore mieux :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Des m\u00e9sanges<br \/>\nAux perdreaux<br \/>\nSe m\u00e9langent,<br \/>\nPour mettre<br \/>\nA sac,<br \/>\nLa grange \u00bb (p.242).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces vaillants r\u00e9sistants, qui avaient servi de chair \u00e0 canon, pay\u00e8rent de leur vie leur appartenance v\u00e9ritable \u00e0 cette terre, \u00e0 ces montagnes qui les firent na\u00eetre. L\u2019Histoire n\u2019est pas toujours un fleuve tranquille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pr\u00e9gnant, le t\u00e9moignage d\u2019Aherdan fera remuer, \u00e0 coup s\u00fbr, des cadavres dans leur tombe. Leurs h\u00e9ritiers n\u2019en resteront, certainement pas coi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans vouloir \u00eatre un r\u00e9quisitoire effr\u00e9n\u00e9 et fougueux, le r\u00e9cit est un t\u00e9moignage qui ne vise, selon l\u2019auteur, que le r\u00e9tablissement d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 historique qui, h\u00e9las, s\u2019estompe, se fait taire sous les d\u00e9combres d\u2019une histoire, mal fa\u00e7onn\u00e9e, falsifi\u00e9e, colport\u00e9e encore par les nostalgiques d\u2019un pass\u00e9 qui s\u2019\u00e9vanouit. L\u2019auteur rappelle \u00ab certains faits qu\u2019ais\u00e9ment l\u2019on foule aux pieds \u00bb (p.206). Il note que : \u00ab l\u2019utopie l\u2019emporte sur la r\u00e9alit\u00e9, l\u2019ambition sur l\u2019imp\u00e9ratif devoir, le m\u00e9pris sur l\u2019humilit\u00e9 indispensable \u00e0 l\u2019homme qui doit servir de courroie de transmission entre une g\u00e9n\u00e9ration et l\u2019autre \u00bb (p.200).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019une seule \u00e9toffe, le r\u00e9cit est loin d\u2019\u00eatre celui d\u2019un courtisan, car Aherdan, n\u2019excelle pas dans le discours mielleux de certains citadins aux commandes. Des g\u00e9nuflexions, il en est le mauvais \u00e9l\u00e8ve. Et, qui plus est, il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 tendre, m\u00eame avec les tenants du pouvoir supr\u00eame. Il en trace, avec une libert\u00e9 d\u00e9concertante, les suffisances et les insuffisances, le fiel et le miel \u00ab \u2026 sachant que seule la forme a chang\u00e9 et le fond pas encore \u00bb (p.65).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les \u00e9pisodes racont\u00e9s ne \u00abs\u2019oublient pas, m\u00eame lorsqu\u2019on est vaincu, et surtout parce qu\u2019on est vaincu\u00bb, car nous n\u2019avons pire ennemi que nous-m\u00eames. La lucidit\u00e9 de l\u2019auteur, n\u2019est-elle pas le fruit de sa blessure? Comme \u00e9crit Hassan Aourid sur un autre registre : \u00abC\u2019est cette blessure qui fait qu\u2019on supporte les avanies et la pers\u00e9cution. C\u2019est cette blessure qui fait de nous encore des\u2026\u00bb Imazighen. (Le Morisque, 2011, p.47).<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong><span style=\"color: #0000ff;\">Par: Mohamed El Manouar<\/span><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le r\u00e9cit d\u2019Aherdan, un t\u00e9moin privil\u00e9gi\u00e9, me rappelle, dans sa substance, ses recoins et ses subtilit\u00e9s, le tonitruant et foudroyant article d\u2019Emile Zola : \u00ab J\u2019accuse\u2026 ! Lettre au Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u00bb publi\u00e9 dans l\u2019Aurore, \u00e0 la premi\u00e8re page, le 13 janvier 1898. 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