{"id":2456,"date":"2020-03-31T19:09:48","date_gmt":"2020-03-31T19:09:48","guid":{"rendered":"http:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=2456"},"modified":"2020-03-31T19:09:48","modified_gmt":"2020-03-31T19:09:48","slug":"sefrou-havre-marocain-de-paix-de-tolerance-et-de-coexistence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/sefrou-havre-marocain-de-paix-de-tolerance-et-de-coexistence\/","title":{"rendered":"Sefrou, havre marocain de paix, de tol\u00e9rance et de coexistence"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_1671\" aria-describedby=\"caption-attachment-1671\" style=\"width: 375px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-1671\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/chtato-375x250.jpg?resize=375%2C250\" alt=\"\" width=\"375\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/chtato.jpg?resize=375%2C250&amp;ssl=1 375w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/chtato.jpg?w=960&amp;ssl=1 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 375px) 100vw, 375px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1671\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #0000ff;\">Par: Dr Mohamed Chtatou<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p class=\"MsoNormal\"><span style=\"color: #0000ff;\"><b>Une ville de tol\u00e9rance proverbiale<\/b><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Au nord du Maroc, non loin de la ville imp\u00e9riale de F\u00e8s, se trouve la localit\u00e9 de Sefrou, dans le giron de l&rsquo;Atlas. C&rsquo;\u00e9tait au XIXe et au XXe si\u00e8cle un havre de paix et de convivialit\u00e9 o\u00f9 musulmans et juifs vivaient en totale communion. Elle a donc forg\u00e9 l&rsquo;image d&rsquo;un lieu o\u00f9 les cultures, les croyances, les langues et les traditions se sont m\u00e9lang\u00e9es librement, sans aucun pr\u00e9jug\u00e9 ni sentiment de haine. Malgr\u00e9 sa petite taille, <b>la ville de Sefrou refl\u00e9tait l&rsquo;esprit d&rsquo;un Maroc pluriel, multiethnique et tol\u00e9rant<\/b> avec une langue arabe (la <b><i>darija <\/i><\/b>marocaine) parl\u00e9e aux c\u00f4t\u00e9s des dialectes tamazight\/berb\u00e8re ainsi que de l&rsquo;h\u00e9breu et le fran\u00e7ais.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">En effet, en raison de sa situation au pied du Moyen Atlas central, sur l&rsquo;ancienne route commerciale transsaharienne (<b><i>Trik as-Soultane<\/i><\/b>), Sefrou a \u00e9t\u00e9, tout au long de son histoire, un point de transit, un carrefour de cultures et de croyances diverses et un r\u00e9ceptacle humain. Ces facteurs, combin\u00e9s \u00e0 la diversit\u00e9 de ses ressources, lui ont donn\u00e9 d&rsquo;importantes possibilit\u00e9s d&rsquo;int\u00e9gration et d&rsquo;\u00e9panouissement humain. Ainsi, elle a attir\u00e9 des personnes d&rsquo;origines ethniques et tribales diverses (Amazighs, Arabes) et de confessions diff\u00e9rentes (musulmans, juifs et chr\u00e9tiens). Cela en a fait un <b><i>foyer de cohabitation exemplaire<\/i><\/b>, similaire \u00e0 l\u2019Andalousie musulmane, o\u00f9 s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e et s&rsquo;est \u00e9panouie pendant deux si\u00e8cles une tradition urbaine la\u00efque fond\u00e9e sur l&rsquo;ouverture, la coexistence et la tol\u00e9rance.<\/p>\n<figure id=\"attachment_2459\" aria-describedby=\"caption-attachment-2459\" style=\"width: 533px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2459 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/La-ville-de-Sefrou.jpg?resize=533%2C399\" alt=\"\" width=\"533\" height=\"399\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/La-ville-de-Sefrou.jpg?w=533&amp;ssl=1 533w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/La-ville-de-Sefrou.jpg?resize=334%2C250&amp;ssl=1 334w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/La-ville-de-Sefrou.jpg?resize=200%2C150&amp;ssl=1 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 533px) 100vw, 533px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2459\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #ff0000;\">La ville de Sefrou, capitale de la tol\u00e9rance et de la coexistence interconfessionnelle<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p class=\"MsoNormal\">Le nom de la ville provient du nom de la tribu amazighe\/berb\u00e8re Ahl Sefrou,<span class=\"MsoEndnoteReference\"><span style=\"mso-special-character: footnote;\"><!-- [if !supportFootnotes]--><span class=\"MsoEndnoteReference\"><span style=\"font-size: 11.0pt; line-height: 107%; font-family: 'Calibri','sans-serif'; mso-ascii-theme-font: minor-latin; mso-fareast-font-family: Calibri; mso-fareast-theme-font: minor-latin; mso-hansi-theme-font: minor-latin; mso-bidi-font-family: Arial; mso-bidi-theme-font: minor-bidi; mso-ansi-language: FR; mso-fareast-language: EN-US; mso-bidi-language: AR-SA;\">[1]<\/span><\/span><!--[endif]--><\/span><\/span> qui s&rsquo;est convertie au juda\u00efsme vers le deuxi\u00e8me si\u00e8cle de notre \u00e8re. Elle occupait le Wad Aggay qui signifie \u00ab\u00a0rivi\u00e8re des joues\u00a0\u00bb en Tamazight et la rivi\u00e8re portait, \u00e9galement, le nom de Wad Lihoudi, la \u00ab\u00a0rivi\u00e8re des Juifs\u00a0\u00bb, au-del\u00e0 du Mellah, quartier juif de la ville.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Sefrou est n\u00e9e du regroupement, pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9, des habitants qui s&rsquo;\u00e9taient install\u00e9s le long de la rivi\u00e8re dans une enceinte fortifi\u00e9e. Le Mellah, quartier juif, pour les m\u00eames raisons de s\u00e9curit\u00e9, occupait une position centrale \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des quartiers musulmans de la m\u00e9dina et cela montre que les musulmans se souciait beaucoup de la s\u00e9curit\u00e9 de leurs concitoyens juifs, alors ils les ont plac\u00e9s au centre de la ville, pour une s\u00e9curit\u00e9 maximale. Dominant le fleuve, se trouve la banlieue d&rsquo;al-Qal&rsquo;a (qui signifie forteresse en arabe), un d\u00e9tachement de la ville, comme pour rappeler aux visiteurs son pass\u00e9 r\u00e9fractaire et sa nature rebelle.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Sefrou est entour\u00e9e de hauts remparts cr\u00e9nel\u00e9s perc\u00e9s de sept portes datant du XVIIIe si\u00e8cle, \u00e9poque \u00e0 laquelle elle \u00e9tait une ville riche, \u00e9tape importante du commerce des caravanes, comme en t\u00e9moignent les nombreux <b><i>fondouks<\/i><\/b> (caravans\u00e9rails) de la ville. Ses diff\u00e9rentes <b><i>zaou\u00efas<\/i><\/b> (pavillons religieux), mosqu\u00e9es, <b><i>hammams<\/i><\/b> (bains maures) et commerces t\u00e9moignent \u00e0 leur tour de son grand rayonnement commercial dans la r\u00e9gion. Sefrou a toujours \u00e9t\u00e9 un lieu de confluence humaine (de diff\u00e9rentes r\u00e9gions du Maroc et d&rsquo;Andalousie) et de brassage confessionnel (musulman, juif et plus tard chr\u00e9tien) et de communion ethnique (arabe et amazighe\/berb\u00e8re).<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Fond\u00e9e en 682, un si\u00e8cle avant la ville imp\u00e9riale de F\u00e8s, Sefrou est situ\u00e9e \u00e0 28 kilom\u00e8tres au sud de cette ville et culmine \u00e0 850 m\u00e8tres d&rsquo;altitude ; elle a toujours \u00e9t\u00e9 appel\u00e9e \u00ab\u00a0<b>l&rsquo;oasis sans palmier<\/b>\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0<b>le jardin du royaume<\/b>\u00ab\u00a0, un jardin que tous les souverains du Maroc ont soigneusement prot\u00e9g\u00e9 et lou\u00e9. Cependant, le d\u00e9funt roi Hassan II, dans les ann\u00e9es 90 du si\u00e8cle dernier, a d\u00e9plor\u00e9, dans un de ses discours, que la ville, \u00e0 cause d&rsquo;un d\u00e9veloppement urbain d\u00e9sordonn\u00e9 et incontr\u00f4l\u00e9, ait perdu, h\u00e9las, sa sp\u00e9cificit\u00e9 de jardin et soit devenue une jungle de b\u00e9ton. Il a directement reproch\u00e9 aux \u00e9lus locaux leur manque de sens de l&rsquo;\u00e9cologie, de civisme et, indirectement, leurs pratiques de corruption dans le d\u00e9veloppement urbain.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Avec ses remparts entourant la ville et la prot\u00e9geant des tribus belliqueuses d\u2019<b><i>as-siba <\/i><\/b>(terre de dissidence)<span class=\"MsoEndnoteReference\"><span style=\"mso-special-character: footnote;\"><!-- [if !supportFootnotes]--><span class=\"MsoEndnoteReference\"><span style=\"font-size: 11.0pt; line-height: 107%; font-family: 'Calibri','sans-serif'; mso-ascii-theme-font: minor-latin; mso-fareast-font-family: Calibri; mso-fareast-theme-font: minor-latin; mso-hansi-theme-font: minor-latin; mso-bidi-font-family: Arial; mso-bidi-theme-font: minor-bidi; mso-ansi-language: FR; mso-fareast-language: EN-US; mso-bidi-language: AR-SA;\">[2]<\/span><\/span><!--[endif]--><\/span><\/span> et ses 7 portes imposantes, chiffre porte-bonheur dans la culture arabe et amazighe, et, aussi, dans la tradition de la cabale juive marocaine. Sefrou a \u00e9t\u00e9 rendue c\u00e9l\u00e8bre pour ses chutes d&rsquo;eau d&rsquo;environ 10 m\u00e8tres de haut et les eaux de Wad Aggay qui rendent ses terres fertiles, o\u00f9 poussent de nombreux arbres fruitiers, dont le plus connu est sans aucun doute le cerisier : <b><i>habb lemlouk<\/i><\/b> (le fruit des rois).<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">La ville est devenue au XIIe si\u00e8cle un centre de commerce florissant o\u00f9 les producteurs des r\u00e9gions du nord du Maroc et ceux du Tafilalet se rencontraient pour \u00e9changer des r\u00e9coltes, de l&rsquo;artisanat et des peaux. Elle a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 le point de d\u00e9part du c\u00e9l\u00e8bre commerce des caravanes subsahariennes par lequel le Maroc \u00e9changeait du sel et des peaux contre l&rsquo;or des mines ashantie d&rsquo;Afrique noire, un commerce qui est aujourd&rsquo;hui connu sous le nom de \u00ab\u00a0<b>commerce d\u00e9loyal<\/b> <b>(unfair trade)<\/b>\u00ab\u00a0. Ce commerce, pendant des si\u00e8cles, a \u00e9t\u00e9 financ\u00e9 par les juifs qui tenaient de petites \u00ab\u00a0boutiques bancaires\u00a0\u00bb connues sous le nom de \u00ab\u00a0<b><i>Hwanet tale\u2019<\/i><\/b>\u00a0\u00bb dans la m\u00e9dina de Sefrou et ses caravanes qui se rendaient pendant un p\u00e9riple de 44 jours \u00e0 Tombouctou, dans l&rsquo;actuel Mali, conduites par des guides juifs respect\u00e9s pour leur leadership, leur \u00e9quit\u00e9, leur patience, leur courage et leur sens de l&rsquo;initiative. Ils \u00e9taient connus sous le nom d&rsquo;<b><i>azettat<\/i><\/b> (parce qu&rsquo;ils portaient de longs b\u00e2tons exhibant l&rsquo;<b><i>azetta<\/i><\/b>, tissu de chaque tribu amazighe parcourue en paix (<b><i>aman<\/i><\/b>)), ce qui, dans la langue terre \u00e0 terre, signifie d\u00eeme de passage en paix pr\u00e9pay\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><b>Moulay Idris II \u00e0 Sefrou<\/b><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Sefrou a douze si\u00e8cles. Moulay Idris II y a s\u00e9journ\u00e9 en 806 avant la fondation de la ville de F\u00e8s. Il a v\u00e9cu dans un endroit appel\u00e9 Habouna (de l&rsquo;arabe \u00a0\u00bb <i>ils nous ont aim\u00e9s<\/i> \u00a0\u00bb) qui est maintenant un quartier de la ville. Pendant son s\u00e9jour \u00e0 Sefrou, Moulay Idriss a fait quelques voyages \u00e0 Bahlil dont il a converti les habitants \u00e0 l&rsquo;Islam avec beaucoup de difficult\u00e9 et contrainte.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Selon <b><i>Rawd al-Qirtass<\/i><\/b> (Le Jardin des Pages,)<span class=\"MsoEndnoteReference\"><span style=\"mso-special-character: footnote;\"><!-- [if !supportFootnotes]--><span class=\"MsoEndnoteReference\"><span style=\"font-size: 11.0pt; line-height: 107%; font-family: 'Calibri','sans-serif'; mso-ascii-theme-font: minor-latin; mso-fareast-font-family: Calibri; mso-fareast-theme-font: minor-latin; mso-hansi-theme-font: minor-latin; mso-bidi-font-family: Arial; mso-bidi-theme-font: minor-bidi; mso-ansi-language: FR; mso-fareast-language: EN-US; mso-bidi-language: AR-SA;\">[3]<\/span><\/span><!--[endif]--><\/span><\/span> Bahlil n\u2019a oppos\u00e9 aucune r\u00e9sistance \u00e0 la conversion, mais il semble, d&rsquo;apr\u00e8s la tradition orale, que la tribu des Chqoundas ne se soit r\u00e9sign\u00e9e qu&rsquo;\u00e0 la contrainte et \u00e0 l&rsquo;action forc\u00e9e de Moulay Idriss, car elle \u00e9tait probablement encore influenc\u00e9e par les id\u00e9es de la Deuxi\u00e8me l\u00e9gion romaine qui habitait la r\u00e9gion pendant la colonisation du Maroc par l&rsquo;Empire romain (52 CE-5e si\u00e8cle apr\u00e8s JC).<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Quoi qu&rsquo;il en soit, les membres de cette tribu ont r\u00e9serv\u00e9 un accueil tr\u00e8s froid, \u00e0 la limite du m\u00e9pris, au sultan Idrisside et, apr\u00e8s son \u00e9chec \u00e0 convertir pacifiquement la ville de Bhalil, il serait retourn\u00e9 \u00e0 Sefrou et, en chemin, il aurait nomm\u00e9 une montagne voisine, Jbel Binna, et aurait dit : \u00ab\u00a0<i>hada jbel binna ou binhoum<\/i>\u00ab\u00a0, ce qui signifie litt\u00e9ralement : cette montagne est une fronti\u00e8re entre nous et eux. Depuis lors, le nom de \u00ab\u00a0Binna\u00a0\u00bb fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cette montagne mythique.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Sans eau potable \u00e0 Bhalil, les gens \u00e9taient oblig\u00e9s d&rsquo;aller s&rsquo;approvisionner en eau aupr\u00e8s du Wad Agga\u00ef de Sefrou, au risque de voir les dangers s&rsquo;accro\u00eetre constamment du fait de l&rsquo;animosit\u00e9 des musulmans de Sefrou \u00e0 leur \u00e9gard. Fatigu\u00e9s du rejet, les habitants chr\u00e9tiens de Bhalil se sont soumis \u00e0 la volont\u00e9 du sultan \u00e0 condition qu&rsquo;il leur assure l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la pr\u00e9cieuse r\u00e9serve d&rsquo;eau.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Moulay Idris, lors de leur conversion, r\u00e9pondit \u00e0 leur d\u00e9sir par un miracle ; il aurait visit\u00e9 \u00e0 nouveau leur village et a fait couler l&rsquo;eau du sol apr\u00e8s lui avoir donn\u00e9 un coup d&rsquo;\u00e9p\u00e9e. Cette eau serait depuis la source de l&rsquo;Ain Rta qui se trouve aujourd&rsquo;hui au milieu du village. En admiration devant ce miracle divin, les derniers Bahloulis (habitants du village) hostiles se ralli\u00e8rent imm\u00e9diatement \u00e0 la volont\u00e9 du sultan, non sans avoir m\u00e9rit\u00e9, depuis, le surnom de Bahlil qui tire son origine du mot arabe \u00ab\u00a0<b><i>bahloul<\/i><\/b>\u00a0\u00bb signifiant \u00ab\u00a0personne stupide, simple d\u2019esprit et ignorante \u00e0 la limite de l&rsquo;idiotie\u00a0\u00bb, qui leur fut accord\u00e9 par leurs voisins de Sefrou qui se moqu\u00e8rent d\u2019eux d&rsquo;avoir si longtemps h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 embrasser l&rsquo;Islam.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Aujourd&rsquo;hui, cependant, les habitants rejettent cette histoire et disent que le nom Bhalil vient du mot arabe \u00ab\u00a0<b><i>baha&rsquo; al-lil<\/i><\/b>\u00a0\u00bb qui signifie en arabe la \u00ab\u00a0beaut\u00e9 de la nuit\u00a0\u00bb, qualificatif m\u00e9rit\u00e9, de ce village troglodyte unique en son genre au Maroc. Plusieurs si\u00e8cles plus tard, les habitants de Bhalil douteraient, en retour, de la v\u00e9ritable identit\u00e9 islamique des musulmans de Sefrou en raison de leur proverbiale coexistence avec les juifs, en les d\u00e9signant narquoisement en dialecte arabe marocain juif \u00e9videmment distinct du dialecte arabe musulman : \u00a0\u00bb <b><i>msalmin di safrou<\/i><\/b> \u00a0\u00bb (les musulmans de Sefrou)<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\"><b>Sefrou, la \u00ab\u00a0Petite J\u00e9rusalem\u00a0\u00bb<\/b><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">En 1967, Sefrou, cette belle ville tranquille situ\u00e9e au pied du Moyen Atlas, perdait ses derniers habitants juifs au lendemain de la guerre de six jours au Moyen-Orient.<span class=\"MsoEndnoteReference\"><span style=\"mso-special-character: footnote;\"><!-- [if !supportFootnotes]--><span class=\"MsoEndnoteReference\"><span style=\"font-size: 11.0pt; line-height: 107%; font-family: 'Calibri','sans-serif'; mso-ascii-theme-font: minor-latin; mso-fareast-font-family: Calibri; mso-fareast-theme-font: minor-latin; mso-hansi-theme-font: minor-latin; mso-bidi-font-family: Arial; mso-bidi-theme-font: minor-bidi; mso-ansi-language: FR; mso-fareast-language: EN-US; mso-bidi-language: AR-SA;\">[4]<\/span><\/span><!--[endif]--><\/span><\/span><span style=\"mso-spacerun: yes;\">\u00a0 <\/span>Les juifs ont v\u00e9cu \u00e0 Sefrou depuis leur arriv\u00e9e au Maroc en l&rsquo;an 70 apr\u00e8s J.-C., apr\u00e8s la destruction de leur deuxi\u00e8me temple de J\u00e9rusalem par les Romains et cette ville a \u00e9t\u00e9 pendant des si\u00e8cles la <b>capitale de la coexistence et de la tol\u00e9rance marocaines<\/b>. Elle avait la plus forte concentration de Juifs au m\u00e8tre carr\u00e9 dans le monde, ce qui lui valait le sobriquet de \u00ab\u00a0<b>Petite J\u00e9rusalem<\/b>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">Dans les limites de la petite ville vivaient Amazighs, Arabes et juifs en totale harmonie. Les Amazighs pratiquaient l&rsquo;agriculture et l&rsquo;\u00e9levage, les Arabes un peu d&rsquo;agriculture, de petits travaux et un peu de commerce et les Juifs les services bancaires et le commerce des caravanes sahariennes, le \u00ab\u00a0<b>juif assis (<i>lihoudi d leglass<\/i>)<\/b>\u00a0\u00bb \u00e9tant banquier et commer\u00e7ant et le \u00ab\u00a0<b>Juif ambulant (<i>lihoudi d rkab)<\/i><\/b>\u00ab\u00a0, colporteur itin\u00e9rant et guide de caravane appel\u00e9 commun\u00e9ment \u00ab\u00a0<b><i>azettat<\/i><\/b>\u00a0\u00bb (aujourd\u2019hui, ce mot amazigh veut dire en <b><i>Darija <\/i><\/b>(piston\u00a0: personne influente qui peut intervenir en faveur d\u2019une autre personne en contrepartie d\u2019argen)).<\/p>\n<p class=\"MsoNormal\">La cerise de Sefrou, connue et appr\u00e9ci\u00e9e dans tout le royaume, se distingue par sa couleur noire, son go\u00fbt tr\u00e8s doux et son poids de plus de 14g. Attach\u00e9s \u00e0 ce fruit, les Sefriouis lui consacrent chaque ann\u00e9e, depuis un si\u00e8cle (premi\u00e8re c\u00e9l\u00e9bration en 1920) une f\u00eate par l&rsquo;\u00e9lection de Miss Cerisette, une jeune fille choisie parmi les plus belles jeunes filles du royaume, quel que soit son credo, et des processions et c\u00e9l\u00e9brations quotidiennes qui attirent des gens de tout le pays.<\/p>\n<figure id=\"attachment_2460\" aria-describedby=\"caption-attachment-2460\" style=\"width: 491px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2460 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/M%C3%A9dina-de-Sefrou.jpg?resize=491%2C737\" alt=\"\" width=\"491\" height=\"737\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/M%C3%A9dina-de-Sefrou.jpg?w=491&amp;ssl=1 491w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/M%C3%A9dina-de-Sefrou.jpg?resize=167%2C250&amp;ssl=1 167w\" sizes=\"auto, (max-width: 491px) 100vw, 491px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2460\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #ff0000;\">M\u00e9dina de Sefrou<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>Chaque ann\u00e9e, aux premiers jours de la f\u00eate de la cerise (<strong><em>moussem hab lemlouk<\/em><\/strong>), de 1920 \u00e0 1956, les habitants ont organis\u00e9 une procession jusqu&rsquo;\u00e0 la grotte de <strong><em>Kaf al-Moumen<\/em><\/strong> qui, selon la l\u00e9gende, abrite le tombeau du proph\u00e8te Daniel et o\u00f9, selon une l\u00e9gende locale, les musulmans croient \u00e9galement que (<strong><em>sab&rsquo;atu rijal<\/em><\/strong>), les sept hommes pieux et leur chien se sont endormis pendant des si\u00e8cles. Les musulmans et les juifs ont organis\u00e9 cette procession pour demander \u00e0 leurs saints respectifs de gracier et de b\u00e9nir de leur <strong><em>baraka<\/em><\/strong> cette c\u00e9l\u00e9bration annuelle. Des fantaisies, des danses des chants, et des f\u00eates foraines, ponctuent cet important \u00e9v\u00e9nement agricole chaque ann\u00e9e.<\/p>\n<p>Aux abords de la ville, il existe une source miraculeuse, appel\u00e9e Lalla Rqia, pr\u00e8s de la tombe d&rsquo;une sainte femme (marabout) du m\u00eame nom, r\u00e9put\u00e9e pour avoir le pouvoir de gu\u00e9rir la folie, l&rsquo;\u00e9pilepsie et les troubles nerveux. Lors de ce <strong><em>moussem<\/em><\/strong> (f\u00eate annuelle), le sang des animaux sacrifi\u00e9s est vers\u00e9 dans cette source, apr\u00e8s avoir accompli le sacrifice au sanctuaire du saint patron Sidi Ali Bousserghine, qui surplombe la ville du haut d&rsquo;une colline et la prot\u00e8ge du mal, pour le succ\u00e8s de la f\u00eate et la b\u00e9n\u00e9diction de cette figure religieuse bien connue de la ville et de tous ses habitants.<\/p>\n<p>Sefrou est \u00e9galement connue, depuis des si\u00e8cles, pour sa gr\u00e2ce, sa tol\u00e9rance et la cohabitation harmonieuse des trois religions abrahamiques, comme en t\u00e9moignent ces versets du v\u00e9n\u00e9rable Cheikh soufi Abdelkader Timouri, en hommage \u00e0 la plus ancienne f\u00eate du Maroc, c\u00e9l\u00e9br\u00e9e chaque mi-juin depuis 1920 :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>\u00d4 toi, visiteur,<\/em><\/p>\n<p><em>Avez-vous \u00e9t\u00e9 inform\u00e9 de la beaut\u00e9 de cette ville ?<\/em><\/p>\n<p><em>Ses jardins, ses cascades et ses sites qui<\/em><\/p>\n<p><em>Vous donne la joie des yeux et le bonheur de vivre.<\/em><\/p>\n<p><em>Son climat, son eau et ses cerises<\/em><\/p>\n<p><em>Sont pour vous le rem\u00e8de \u00e0 tous les maux.<\/em><\/p>\n<p><em>Que vous soyez juif, chr\u00e9tien ou musulman,<\/em><\/p>\n<p><em>Les habitants de cette ville vous accueillent \u00e0 bras ouverts.<\/em><\/p>\n<p><em>Et, \u00e0 l&rsquo;aube, ils vous emm\u00e8nent au point culminant de la colline<\/em><\/p>\n<p><em>R\u00e9cup\u00e9rer la baraka du v\u00e9n\u00e9r\u00e9 Saint Sidi Ali Bousserghine <\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>Selon Leo Africanus,[5] Sefrou aurait \u00e9t\u00e9 construite bien avant F\u00e8s : \u00ab\u00a0<em>Nous sommes all\u00e9s de la ville de Sefrou au village de F\u00e8s<\/em>\u00a0\u00bb dit la l\u00e9gende locale, attribu\u00e9e \u00e0 <strong><em>Rawd al-Qirtas<\/em><\/strong>. Apparemment, au moment o\u00f9 il a commenc\u00e9 le chantier de F\u00e8s, Idris II \u00e9tait venu s&rsquo;installer pour deux ans dans cette ville du pi\u00e9mont (807 m d\u2019altitude). Il aurait r\u00e9sid\u00e9 dans un petit village appel\u00e9 \u00ab\u00a0Habouna\u00a0\u00bb, le village de \u00ab\u00a0<em>ceux qui nous ont aim\u00e9s<\/em>\u00ab\u00a0, nom qui aurait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 par Idris II \u00e0 ce lieu, aujourd&rsquo;hui situ\u00e9 au sud de la m\u00e9dina, et ce en reconnaissance de l&rsquo;accueil chaleureux que les habitants du lieu lui avaient r\u00e9serv\u00e9 lors de sa campagne d&rsquo;islamisation de la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Selon plusieurs \u00e9crivains europ\u00e9ens, qui ont visit\u00e9 Sefrou \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, \u00e0 la veille du protectorat fran\u00e7ais de 1912, la ville \u00e9tait d\u00e9crite comme l&rsquo;une des plus prosp\u00e8res et des plus ordonn\u00e9es du Maroc. En d\u00e9pit de sa petite taille, la petite communaut\u00e9 de Sefrou refl\u00e9tait, au XIXe si\u00e8cle, l&rsquo;esprit <strong>d&rsquo;un Maroc pluriel, multiethnique et tol\u00e9rant<\/strong>. Les habitants parlaient l&rsquo;arabe, les dialectes Tamazight\/Berb\u00e8re ainsi que l&rsquo;h\u00e9breu. C&rsquo;\u00e9tait un grand centre de la culture juive marocaine du XVIe au XIXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Lors d&rsquo;une pr\u00e9sentation, faite par Si Mbarek Bekkai,[6] maire de Sefrou \u00e0 l&rsquo;association <strong>Amis de F\u00e8s<\/strong> le 30 avril 1950, il a estim\u00e9 la population de la ville \u00e0 :<\/p>\n<p>&#8211; Europ\u00e9ens : 650 ;<\/p>\n<p>&#8211; Juifs : 6100 ; et<\/p>\n<p>&#8211; Musulmans : 12100.<\/p>\n<p>Par contre, au XIXe si\u00e8cle, \u00e0 Sefrou, les juifs \u00e9taient, apparemment, plus nombreux que les Arabes et les Amazighs\/Berb\u00e8res.<\/p>\n<p>La population juive de Sefrou \u00e9tait originaire de la r\u00e9gion de Tafilalet et de la ville de Debdou. Un Mellah a \u00e9t\u00e9 construit pour eux sous le r\u00e8gne du sultan m\u00e9rinide Yacoub ben Abdelhaq (dynastie m\u00e9rinide, XIIIe-XVe si\u00e8cle.) Les juifs de Sefrou \u00e9taient des artisans sp\u00e9cialis\u00e9s dans le cuivre, l&rsquo;argent, l&rsquo;or et le cuir, mais ils pratiquaient \u00e9galement le tissage, la menuiserie, le commerce du bois et du charbon.<\/p>\n<p>En plus de leur r\u00f4le commercial, les Juifs de Sefrou assuraient des services de communication de la ville de F\u00e8s au nord \u00e0 la r\u00e9gion de Tafilalt au sud et le Sahel africain. La population juive repr\u00e9sentait pr\u00e8s de la moiti\u00e9 de la population avant la colonisation fran\u00e7aise, elle a diminu\u00e9 apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance du Maroc, leurs quartiers, aujourd&rsquo;hui, restent non entretenus, d\u00e9gradants et abritent des prostitu\u00e9es et des hors-la-loi.<\/p>\n<p>En 1890, la crue du fleuve a caus\u00e9 la mort de nombreux habitants de la ville, dont plusieurs membres de la communaut\u00e9 juive ; une telle catastrophe s&rsquo;est r\u00e9p\u00e9t\u00e9e en 1950 et a r\u00e9duit encore plus la communaut\u00e9 juive qui comptait alors 6 100 personnes.<\/p>\n<p>Au XIXe si\u00e8cle, \u00e0 Sefrou, les juifs \u00e9taient plus nombreux que les musulmans :\u00a0 les Arabes et les Berb\u00e8res. Paisible et accueillante, cette ville a \u00e9bloui les voyageurs, au point que Colette en parle comme d&rsquo;un \u00ab\u00a0<em>paradis terrestre<\/em>\u00ab\u00a0. Les juifs qui ont r\u00e9sid\u00e9 dans la ville sont des Berb\u00e8res indig\u00e8nes de la r\u00e9gion de Tafilalt, des Juifs arabophones d&rsquo;origine fassi (de F\u00e8s) ainsi que des Juifs descendants des exil\u00e9s espagnols apr\u00e8s la <em>Reconquista<\/em> de 1492, les c\u00e9l\u00e8bres M\u00e9gorachims (h\u00e9breu : \u05de\u05d2\u05d5\u05e8\u05e9\u05d9\u05dd \u00ab\u00a0expuls\u00e9s\u00a0\u00bb). Tr\u00e8s int\u00e9gr\u00e9s dans leur ville, ils \u00e9taient ma\u00eetres de leur destin et prosp\u00e8rent en tant que petits artisans, commer\u00e7ants, \u00e9rudits religieux ou professeurs d&rsquo;h\u00e9breu. L&rsquo;un des membres les plus \u00e9minents de la communaut\u00e9 est le rabbin et juge Shaul Yehoshuaah Abitbol (1740-1809,) qui est connu pour sa collection de d\u00e9cisions juridiques <strong>Avn\u00e9 Ch\u00e8ch<\/strong> (Blocs de Marbre).<\/p>\n<p>Pour Collette,[7] qui a visit\u00e9 Sefrou en 1920 (Colette. <strong>Notes marocaines<\/strong>. Texte \u00e9crit vers 1920 et publi\u00e9 en 1958 aux \u00c9ditions Mermod Gen\u00e8ve), la ville \u00e9tait d&rsquo;une beaut\u00e9 \u00e9blouissante, un vrai \u00ab<strong><em>paradis terrestre<\/em><\/strong><em>\u00bb<\/em>:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u00ab Sefrou : Le paradis terrestre, \u00e0 peu pr\u00e8s tel que nous l\u2019imaginons, si nous l\u2019imaginons oriental et peupl\u00e9, et restreint. Sefrou est une flaque de terre fertile, juteuse, toute fr\u00e9missante du rire de l\u2019eau. La grenaderaie flambe, la cerise enfle, le figuier sent le lait, l\u2019herbe livre son suc d\u00e8s qu\u2019on la froisse. La rose du Bengale ma\u00eetrise la vigne, un vent joueur blanchit les enclos en montrant l\u2019envers \u00e0 la fois de toutes les feuilles. Un lieu si doux fait l\u2019homme aimable : les gar\u00e7ons sont beaux, les jeunes juives lisses \u00e9tincelantes d\u2019yeux et de dents, et l\u2019eau bondit sous les ponts entre des rochers et des terrasses \u00e0 bl\u00e9 o\u00f9 le grain, pellet\u00e9 par des enfants, coule comme une gr\u00e8ve blonde.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Au sujet du repr\u00e9sentant local de l&rsquo;autorit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9tat, le pacha, elle a \u00e9crit :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u00ab\u00a0Un pacha rustique r\u00e8gne sur ce petit Eden de quatre-vingts hectares. Il grisonne, il a un nez belliqueux entre des yeux doux. Fid\u00e8le, il s\u2019est bien battu, aimant autant le fusil que le couteau \u00e0 greffer. Encore un qui veut r\u00e9duire Abd-el-Krim \u00e0 ses dimensions exactes : qu\u2019on lui confie deux mille cavaliers, et l\u2019affaire est r\u00e9gl\u00e9e\u2026 Sa maison est froide, nette, simple sauf les lits de parade, et lorsqu\u2019il nous conduit par les rues, tous lui baisent l\u2019\u00e9paule. La roseraie qui enchante la place ne lui appartient pas, mais il force un peu la serrure pour entrer, blanc et assur\u00e9 comme un archange maraudeur, et nous cueillir des roses\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Elle s&rsquo;\u00e9merveilla, en outre, de la beaut\u00e9 de la ville dans les termes suivants :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u00ab\u00a0Nous partons, dans le bruit des sources qui tombent des pentes, passent sous la route, reparaissent, emplissent un vert bassin, retraversent la route sur nos t\u00eates dans un tronc creux qui laisse pendre des fils d\u2019eau tremblante, abreuvent chaque layon de vigne, chaque sillon d\u2019orge. Terre heureuse, o\u00f9 les enfants gras roulent, o\u00f9 les gros serpents, ronds eux-m\u00eames, ceignent mollement le pied des oliviers ! \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Avec l&rsquo;arriv\u00e9e des Fran\u00e7ais, la d\u00e9cadence de la ville de Sefrou est all\u00e9e de pair avec la crise \u00e9conomique g\u00e9n\u00e9rale au Maroc. L&rsquo;<strong>Alliance Isra\u00e9lite Universelle<\/strong> (AIU)[8] ouvra des \u00e9coles francophones et bouleversa d\u00e9finitivement le mod\u00e8le \u00e9ducatif des <strong><em>hedarims<\/em><\/strong> (\u00e9coles primaires traditionnelles juives sp\u00e9cialis\u00e9es dans l&rsquo;enseignement de la Torah similaires aux <strong><em>msids <\/em><\/strong>de leurs compatriotes musulmans). Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, Norman Stillman[9] (1988. <em>The Language and Culture of the Jews of Sefrou: An Ethnolinguistic Study.<\/em> Manchester\u00a0: University of Manchester) rapporte qu&rsquo;il ne restait plus que quatre personnes \u00e2g\u00e9es d&rsquo;origine juive dans le <strong>Mellah<\/strong> de la ville.<\/p>\n<figure id=\"attachment_2461\" aria-describedby=\"caption-attachment-2461\" style=\"width: 614px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2461 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Entr%C3%A9e-du-Mellah-en-1930.jpg?resize=614%2C392\" alt=\"\" width=\"614\" height=\"392\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Entr%C3%A9e-du-Mellah-en-1930.jpg?w=614&amp;ssl=1 614w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Entr%C3%A9e-du-Mellah-en-1930.jpg?resize=392%2C250&amp;ssl=1 392w\" sizes=\"auto, (max-width: 614px) 100vw, 614px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2461\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #ff0000;\">Entr\u00e9e du Mellah en 1930<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Charles de Foucauld en visite \u00e0 Sefrou[10] <\/strong><\/span><\/p>\n<p>Sur les conseils de Mac Carthy, conservateur de la biblioth\u00e8que d&rsquo;Alger, Charles de Foucauld suite \u00e0 son intention de visiter le Maroc (<strong>Reconnaissance au Maroc : 1883-1884<\/strong>) rencontre le rabbin Mardoch\u00e9e Abi Serour qui lui propose de devenir son guide et lui dit de se faire passer pour un juif pour mieux passer inaper\u00e7u au Maroc, pays interdit aux chr\u00e9tiens. Charles de Foucauld d\u00e9cida alors d&rsquo;adopter le costume isra\u00e9lite et devient ainsi le rabbin Joseph Aleman, n\u00e9 en Moscovie, de l&rsquo;Empire russe, et dont il fut chass\u00e9 en raison des r\u00e9volutions et des probl\u00e8mes politiques du temps.<\/p>\n<p>Il pensait ainsi pouvoir voyager \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du Maroc sans attirer l&rsquo;attention, sachant que le Juif est consid\u00e9r\u00e9 comme une personne utile bien qu&rsquo;\u00e9tant de rang inf\u00e9rieur en raison de son statut de <strong><em>dhimmi<\/em><\/strong>.[11]\u00a0 Il esp\u00e9rait \u00e9galement que si ses h\u00f4tes le d\u00e9couvraient, ils seraient plus discrets et ne r\u00e9v\u00e9leraient pas sa v\u00e9ritable identit\u00e9 aux musulmans marocains. Son origine pr\u00e9sum\u00e9e &#8211; de Moscovie &#8211; peut \u00e9galement expliquer et excuser son mauvais accent.<\/p>\n<p>Le rabbin Mardoch\u00e9e Abi Serour, dont le r\u00f4le \u00e9tait de faire jurer partout que Charles de Foucauld est un rabbin, a \u00e9t\u00e9 charg\u00e9 de trouver un logement o\u00f9 ce dernier peut calmement faire des observations et \u00e9crire ses r\u00e9sultats, pour le prot\u00e9ger. Ni sa casquette noire, ni ses cadenettes traditionnelles (nattes port\u00e9es de part et d&rsquo;autre de la t\u00eate) n&rsquo;ont emp\u00each\u00e9 un certain nombre de Juifs de le reconna\u00eetre comme un \u00ab\u00a0faux fr\u00e8re\u00a0\u00bb, mais sans grande cons\u00e9quence.<\/p>\n<p>Son s\u00e9jour \u00e0 F\u00e8s,[12] plus long que pr\u00e9vu, en raison de l&rsquo;impossibilit\u00e9 de trouver un guide pour se rendre \u00e0 Boujad pendant le mois de Ramadan, permit \u00e0 de Foucauld de se rendre en reconnaissance \u00e0 Sefrou et Taza, qu&rsquo;il appela \u00ab\u00a0la ville la plus mis\u00e9rable du Maroc\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Si Mbarek Bekkai, pacha de Sefrou, lors d\u2019une conf\u00e9rence donn\u00e9e au cercle des \u00ab\u00a0<strong>Amis de F\u00e8s<\/strong>\u00a0\u00bb en 1950, a \u00e9voqu\u00e9 le passage \u00e0 la ville du futur missionnaire de Foucauld :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00ab <em>Au cours de son p\u00e9riple au Maroc Charles de Foucauld s\u2019installa pendant quelques jours \u00e0 Sefrou, en ao\u00fbt 1883. Il y vint de F\u00e8s, par Bhalil, d\u00e9guis\u00e9 en rabbin avec son compagnon le rabbin Mardoch\u00e9e. Il fut re\u00e7u dans une maison au Mellah devenue c\u00e9l\u00e8bre, par un d\u00e9nomm\u00e9 David Lhalyel ; le grand rabbin de Sefrou, Chaloum Azoulay, fut d\u00e9sign\u00e9 par la Communaut\u00e9 isra\u00e9lite de la ville, pour tenir compagnie aux deux rabbins visiteurs. La femme de David surprit un jour de Foucauld en train de dessiner dans sa chambre, o\u00f9 il se croyait \u00e0 l\u2019abri des regards indiscrets, elle en conclut que c\u2019\u00e9tait un faux rabbin. Averti, Chaloum interrogea Mardoch\u00e9e, le pressa de questions, celui-ci finit par avouer la v\u00e9rit\u00e9, expliqua les buts de son voyage et fit promettre \u00e0 son h\u00f4te de lui garder le secret pendant dix ans. Ce dernier tint promesse et, en effet, ne parla de cette aventure que longtemps apr\u00e8s.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u00c0 Sefrou, Charles de Foucauld a travaill\u00e9. Il a \u00e9crit une magnifique page sur cette oasis qui l\u2019a inspir\u00e9. Je me permettrais de vous la citer int\u00e9gralement, si vous le voulez bien, lorsque nous aborderons le chapitre du tourisme car j\u2019estime que cette citation m\u00e9rite d\u2019\u00eatre connue, elle constitue la meilleure propagande que l\u2019on puisse faire sur Sefrou. Il y a deux ans environ, le passage de Charles de Foucauld \u00e0 Sefrou, a \u00e9t\u00e9 film\u00e9 par une troupe de cin\u00e9astes dirig\u00e9e par L\u00e9on Poirier. Cet \u00e9pisode de Charles de Foucauld \u00e0 Sefrou para\u00eetra dans la \u00ab Porte du d\u00e9sert \u00bb lorsque ce film sera livr\u00e9 au public.<\/em> \u00bb<\/p>\n<figure id=\"attachment_2462\" aria-describedby=\"caption-attachment-2462\" style=\"width: 455px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2462 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Itin%C3%A9raire-de-Charles-de-Foucauld-au-Maroc-1883-1884.jpg?resize=455%2C616\" alt=\"\" width=\"455\" height=\"616\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Itin%C3%A9raire-de-Charles-de-Foucauld-au-Maroc-1883-1884.jpg?w=455&amp;ssl=1 455w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Itin%C3%A9raire-de-Charles-de-Foucauld-au-Maroc-1883-1884.jpg?resize=185%2C250&amp;ssl=1 185w\" sizes=\"auto, (max-width: 455px) 100vw, 455px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2462\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #ff0000;\">Itin\u00e9raire de Charles de Foucauld au Maroc 1883-1884<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>En effet, lors de son voyage au Maroc, Charles de Foucauld s\u00e9journa quelques jours \u00e0 Sefrou, en ao\u00fbt 1883. Il est venu de F\u00e8s, en passant par Bahlil, d\u00e9guis\u00e9 en rabbin avec son compagnon et guide le rabbin Mardoch\u00e9e. Il est re\u00e7u dans une maison du Mellah par un homme du nom de David Lhalyel, le grand rabbin de Sefrou\u00a0; quant \u00e0 Chaloum Azoulay, il a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 par la communaut\u00e9 isra\u00e9lite de la ville, pour tenir compagnie aux deux rabbins en visite.<\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #0000ff;\">Les saints juifs de Sefrou<\/span> <\/strong><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 sa petite taille, Sefrou a \u00e9norm\u00e9ment contribu\u00e9 \u00e0 la culture juive, soit elle sacr\u00e9e ou profane, au Maroc. Les rabbins qui s&rsquo;y trouvaient \u00e9taient c\u00e9l\u00e8bres dans tout le pays et m\u00eame au-del\u00e0 des fronti\u00e8res marocaines. De nombreux rabbins s&rsquo;y sont install\u00e9s et ont enseign\u00e9, et leurs \u0153uvres ont concern\u00e9 tous les domaines : les lois, les textes sacr\u00e9s, la Cabale, les chants et les louanges, la morale etc. L&rsquo;influence et l&rsquo;importance de cette ville au sein du juda\u00efsme marocain en ont fait un lieu central et c&rsquo;est l&rsquo;une des nombreuses raisons pour lesquelles elle a \u00e9t\u00e9 commun\u00e9ment appel\u00e9e aussi\u00a0: \u00ab\u00a0<strong>Petite J\u00e9rusalem<\/strong>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>A l&rsquo;image du Maroc pluriel avec ses villes o\u00f9 musulmans, juifs et chr\u00e9tiens se c\u00f4toyaient et coexistaient en toute tranquillit\u00e9, la ville de Sefrou a accueilli pendant des si\u00e8cles une communaut\u00e9 de Marocains de confession juive. Elle \u00e9tait compos\u00e9e de locaux amazighs\/berb\u00e8res, de juifs natifs du Tafilat, des juifs arabophones d&rsquo;origine fassi (de F\u00e8s) et m\u00eame de descendants des exil\u00e9s espagnols de 1492, les m\u00e9gorashims et c&rsquo;est le cas de la famille Elbaz.<\/p>\n<p>Pendant de nombreuses g\u00e9n\u00e9rations, le rabbin Mosh\u00e9 Elbaz a occup\u00e9 une place tr\u00e8s importante dans la vie de la communaut\u00e9 juive de Sefrou. Ses vastes connaissances et son \u00e9rudition l&rsquo;ont orient\u00e9 \u00e0 la fois dans le domaine du droit, dans son style de vie et dans les attitudes \u00e0 adopter. Il est devenu conseiller pour les probl\u00e8mes personnels, mais aussi juge dans les conflits entre les membres de la communaut\u00e9 et a pratiqu\u00e9 une m\u00e9diation tr\u00e8s recommand\u00e9e entre les juifs ainsi que les musulmans et les juifs ou simplement les musulmans. Il a ainsi contribu\u00e9 \u00e0 la r\u00e9conciliation entre les hommes, entre un homme et sa femme, et a m\u00eame apport\u00e9 un soutien mat\u00e9riel \u00e0 ceux qui en avaient besoin. Il \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab\u00a0<strong>un sage de la ville\u00a0\u00bb<\/strong> par tous ses habitants.<\/p>\n<p>La famille Mamane appartient \u00e9galement aux familles li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;expulsion des Juifs d&rsquo;Espagne, dont la majorit\u00e9 se sont concentr\u00e9 \u00e0 Marrakech, Mekn\u00e8s, F\u00e8s et Sefrou. Les g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes consid\u00e9raient la famille Ben Mamane les enfants du \u00ab\u00a0<strong>Grand Aigle<\/strong>\u00ab\u00a0, le guide de tout Isra\u00ebl qui descendait du roi David. Autrefois, les membres de cette famille s&rsquo;appelaient Ben Ma\u00efmoni, puis le nom s&rsquo;est contract\u00e9 en Ben Mamane, et ce n&rsquo;est que r\u00e9cemment que le mot \u00ab\u00a0Ben\u00a0\u00bb a disparu, et ils r\u00e9pondaient au nom de Mamane. Cette \u00e9volution est d&rsquo;ailleurs confirm\u00e9e par les t\u00e9moignages des plus anciens habitants de Safed et Tib\u00e9riade, comme le rabbin Shlomo Ohana, \u00e9missaire d&rsquo;Isra\u00ebl au Maroc, dans le pass\u00e9.<\/p>\n<p>Ainsi, depuis cette \u00e9poque, jusqu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, dans les textes, le nom de Ben Mamane a \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9 dans son int\u00e9gralit\u00e9. L&rsquo;ajout de la particule \u00ab\u00a0Ben\u00a0\u00bb est consid\u00e9r\u00e9 comme un honneur pour les familles qui ont v\u00e9cu en Espagne, sous les diff\u00e9rentes dynasties arabes. \u00ab\u00a0Ben\u00a0\u00bb vient du mot arabe \u00ab\u00a0Ibn\u00a0\u00bb (fils de), comme Ibn Ezra, Ibn Danan, Ibn Tsur. Avec le temps, et sous l&rsquo;influence des accents, l'\u00a0\u00bbalef\u00a0\u00bb ayant disparu, seul le \u00ab\u00a0Ben\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9. De nos jours, certains n&rsquo;\u00e9crivent m\u00eame plus que le \u00ab\u00a0nom\u00a0\u00bb, suivie d&rsquo;un point au-dessus.<\/p>\n<p>Les Juifs ont pris l&rsquo;habitude d&rsquo;ajouter \u00ab\u00a0Ibn\u00a0\u00bb devant leur nom de famille, et m\u00eame certains \u00e9rudits s\u00e9pharades tels que Rabbi Abraham Ibn Ezra, Rav Shmuel Ibn Tivon, Rav Ibn Gavirol, et tous ceux qui comme eux ma\u00eetrisaient la langue arabe et \u00e9taient des sp\u00e9cialistes la jurisprudence islamique. Le c\u00e9l\u00e8bre philosophe et \u00e9rudit religieux juif Ma\u00efmonide, \u00e9galement connu sous le nom d&rsquo;Ibn Maimoun, (1138-1204) de l&rsquo;Espagne musulmane, l&rsquo;Andalousie, a eu une influence consid\u00e9rable sur les sages religieux juifs de Sefrou et du Maroc ou il r\u00e9sida pendant un certain temps \u00e0 Fes.<\/p>\n<p>Le Rav Rafael Abu, qui a eu une grande importance au Maroc par son \u00e9rudition, sa sagesse et sa bont\u00e9 et \u00e9galement par sa cr\u00e9ation de l&rsquo;\u00e9cole Ozar Hatorah avait \u00e9crit que durant les derni\u00e8res g\u00e9n\u00e9rations, la majorit\u00e9 des familles avec de grands Rabbanim ou des dirigeants respectables, sont originaires du Maroc (comme la famille Ben Shimon et la famille Ben Mamane de Sefrou).<\/p>\n<p>Ainsi, la famille Mamane, r\u00e9sidant \u00e0 Sefrou, a laiss\u00e9 une empreinte sur cette ville. De cette famille, sont issus de nombreux rabbins et personnalit\u00e9s de la Torah et de la jurisprudence h\u00e9bra\u00efque. Du XVIIe si\u00e8cle \u00e0 nos jours, on retrouve des membres de la famille Mamane occupant des places importantes, tant sur le plan mat\u00e9riel que spirituel. Ils ont ainsi jet\u00e9 des bases solides pour la vie de la communaut\u00e9 juive et son organisation, non seulement dans cette ville mais dans tout le Maroc et au-del\u00e0.<\/p>\n<p>La renomm\u00e9e des rabbins de Sefrou, comme le rabbin Moshe Elbaz, connu comme le \u00ab\u00a0<strong>Ma\u00eetre de la Grotte<\/strong>\u00ab\u00a0, s&rsquo;\u00e9tend au-del\u00e0 de la ville et dans tout le Tafilalet et hors du Maroc. Lieu de vacances pour les habitants de F\u00e8s et de Mekn\u00e8s, Sefrou est aussi un haut lieu de p\u00e9l\u00e9rinage pour ce saint enterr\u00e9 dans le cimeti\u00e8re juif.<\/p>\n<p>Elbaz, nom d&rsquo;origine arabe signifiant \u00ab\u00a0<strong>le faucon<\/strong>\u00ab\u00a0, appartient \u00e0 une famille d&rsquo;\u00e9rudits et de rabbins qui ont marqu\u00e9 l&rsquo;histoire jud\u00e9o-marocaine. On y trouve entre autres Maimon Elbaz, rabbin au XVIIe si\u00e8cle, auteur d&rsquo;un commentaire cabalistique des pri\u00e8res rituelles, Shmuel Elbaz rabbin au XVIIe si\u00e8cle, membre du tribunal rabbinique et auteur de commentaires talmudiques et Amram Elbaz, rabbin-juge et codificateur qui a v\u00e9cu au XVIIIe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>C&rsquo;est au sein de cette famille, d&rsquo;origine espagnole selon certaines sources, que le rabbin Rapha\u00ebl Mosh\u00e9 Elbaz est n\u00e9 en 1823 \u00e0 Sefrou. Il \u00e9tait \u00e9galement fils et petit-fils de deux rabbins et d&rsquo;auteurs prolifiques : Rabbi Yehuda Elbaz et Rabbi Samuel Elbaz.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s t\u00f4t, le rabbin Rapha\u00ebl Mosh\u00e9 Elbaz est nomm\u00e9 juge rabbinique \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 28 ans seulement. Et \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, il est d\u00e9j\u00e0 un \u00e9crivain prolifique, traitant dans ses livres de divers domaines, tels que les \u00e9crits de la jurisprudence rabbinique, les pr\u00e9ceptes, les lois et les commandements qui r\u00e9gissent la vie de l&rsquo;individu selon la loi de Mo\u00efse.<\/p>\n<figure id=\"attachment_2463\" aria-describedby=\"caption-attachment-2463\" style=\"width: 667px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2463 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/La-tombe-de-Mosh%C3%A9-Elbaz-dans-le-cimeti%C3%A8re-juif-de-Sefrou.jpg?resize=618%2C351\" alt=\"\" width=\"618\" height=\"351\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/La-tombe-de-Mosh%C3%A9-Elbaz-dans-le-cimeti%C3%A8re-juif-de-Sefrou.jpg?w=667&amp;ssl=1 667w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/La-tombe-de-Mosh%C3%A9-Elbaz-dans-le-cimeti%C3%A8re-juif-de-Sefrou.jpg?resize=440%2C250&amp;ssl=1 440w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2463\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #ff0000;\">La tombe de Mosh\u00e9 Elbaz dans le cimeti\u00e8re juif de Sefrou<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>Car, en plus d&rsquo;\u00eatre rabbin et juge, le rabbin Rapha\u00ebl Mosh\u00e9 Elbaz \u00e9tait aussi un amateur de chansons et de po\u00e9sie. Il a \u00e9crit plusieurs chants et po\u00e8mes didactiques en arabe dialectal (<strong><em>darija<\/em><\/strong>), en plus de nombreux po\u00e8mes qui sont entr\u00e9s dans la tradition liturgique.<\/p>\n<p>Avec Nissim Elbaz, le rabbin Rapha\u00ebl Mosh\u00e9 Elbaz est \u00e9galement consid\u00e9r\u00e9 comme l&rsquo;un des plus grands po\u00e8tes juifs ayant adopt\u00e9 le genre populaire et semi-classique arabe appel\u00e9 <strong><em>Qassida<\/em><\/strong>, comme le disent Reeva Simon Spector, Michael Menachem Laskier et Sara Reguer dans <strong>\u00ab\u00a0The Jews of the Middle East and North Africa in Modern Times \u00ab\u00a0<\/strong> (Les Juifs du Moyen-Orient et d&rsquo;Afrique du Nord dans les temps modernes).[13] Il est m\u00eame d\u00e9crit par la plateforme <strong>Library Hub Discover<\/strong> comme l&rsquo;un des artistes \u00ab\u00a0<em>les plus repr\u00e9sentatifs de la po\u00e9sie h\u00e9bra\u00efque au Maroc<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Pendant ses 73 ans, le rabbin Rapha\u00ebl Mosh\u00e9 Elbaz a \u00e9galement \u00e9crit plusieurs livres, dont \u00ab\u00a0<strong>Halakhah Le-Mosh\u00e9<\/strong>\u00a0\u00bb qui est un recueil de d\u00e9cisions juridiques, \u00ab\u00a0<strong>Parashat Ha-kessef<\/strong>\u00a0\u00bb qui est une \u0153uvre de morale et de proverbes, \u00ab\u00a0<strong>Arbah<\/strong>\u00a0\u00bb sur la jurisprudence, \u00ab\u00a0<strong>Chir Hadach<\/strong>\u00a0\u00bb o\u00f9 il a recueilli des chants liturgiques et des po\u00e8mes ou son c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0<strong>Beer Cheva<\/strong>\u00a0\u00bb sur la science traitant des math\u00e9matiques, de l&rsquo;astronomie et de la g\u00e9ographie, ainsi qu&rsquo;un livre sur la communaut\u00e9 juive marocaine, intitul\u00e9 : \u00ab\u00a0<strong>Kiss\u00e9 Hamelakhim<\/strong>\u00ab\u00a0. \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pour illustrer l&rsquo;investissement du rabbin dans les textes du XVIe si\u00e8cle, Sina Rauschenbach et Jonathan Schorsch rappellent, dans \u00ab\u00a0<strong>The Sephardic Atlantic : Colonial Histories and Postcolonial Perspectives<\/strong>\u00ab\u00a0,[14] que le rabbin Raphael Mosh\u00e9 Elbaz a \u00e9crit un commentaire sur le code de loi du XVIe si\u00e8cle \u00ab\u00a0<strong>Sefer ha-Taqqanot<\/strong>\u00a0\u00bb (Le livre des Ordonnances) \u00e9crit par Rafael Berdugo (1747-1821) de Mekn\u00e8s.<\/p>\n<p>N&rsquo;ayant laiss\u00e9 aucun h\u00e9ritier derri\u00e8re lui, Rabbi Rapha\u00ebl Mosh\u00e9 Elbaz laissera pas moins de 19 manuscrits, qu&rsquo;il consid\u00e9rait comme \u00ab\u00a0<strong>ses enfants<\/strong>\u00a0\u00bb \u00e0 son neveu Rabbi Benyamine Elbaz. Mais certains de ces manuscrits ne seront imprim\u00e9s que vers le XIXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Le rabbin Rapha\u00ebl Mosh\u00e9 Elbaz est mort en 1896 \u00e0 Sefrou, sa ville natale, o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9 dans le cimeti\u00e8re juif de la ville. Sa <strong>hiloula<\/strong> est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e pendant le Lag Baomer, la f\u00eate juive de l&rsquo;institution rabbinique.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Kaf Lihoudi \u00ab\u00a0La Grotte du Juif\u00a0\u00bb<\/strong><\/span><\/p>\n<p>L&rsquo;existence ancienne des juifs \u00e0 Sefrou est encore d\u00e9montr\u00e9e par le Wad Lihoudi \u00ab\u00a0La Rivi\u00e8re du Juif\u00a0\u00bb qui traverse la ville, et par une grotte appel\u00e9e Kaf Lihoudi, \u00ab\u00a0la Grotte du Juif\u00a0\u00bb qui se trouve sur le flanc sud de Jbel Binna et surplombe Sefrou. Chaque ann\u00e9e, cette grotte est l&rsquo;objet d&rsquo;un v\u00e9ritable culte naturaliste de la part des juifs de Sefrou et de F\u00e8s. Le p\u00e8lerinage de cette grotte a lieu en m\u00eame temps que celui du sanctuaire du grand rabbin Hamou ben Diouane, \u00e0 Ouezzane.<\/p>\n<p>Cette grotte est situ\u00e9e au pied de la falaise de Binna, \u00e0 environ 800 m d&rsquo;altitude. De tradition imm\u00e9moriale, on pr\u00e9tend que les rabbins y ont \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9s ; en revanche, la majorit\u00e9 des autochtones ordinaires y voient la demeure d&rsquo;un g\u00e9nie et de quelques saints musulmans. Cela indiquerait qu&rsquo;il y avait un habitat tr\u00e8s ancien ou un lieu de culte aussi ancien que l&rsquo;habitation humaine dans la r\u00e9gion. Cette grotte s&rsquo;ouvre \u00e0 l&rsquo;est et comprend deux longs boyaux, tous vides depuis des si\u00e8cles.[15]\n<p>Le site arch\u00e9ologique de Binna a fait l&rsquo;objet d&rsquo;une importante d\u00e9couverte, ainsi en 1965, les deux grottes Kaf El Moumen et Kaf El Bagra qui percent cet \u00e9p\u00e9ron rocheux ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l&rsquo;existence de vestiges pr\u00e9historiques et d&rsquo;une industrie :<\/p>\n<p>&#8211; Des outils en silex et en basalte ;<\/p>\n<p>&#8211; Des vestiges pal\u00e9ontologiques tels que des dents d&rsquo;ours, de rhinoc\u00e9ros et d&rsquo;autres esp\u00e8ces \u00e9teintes ; et<\/p>\n<p>&#8211; Des peintures rupestres qui ont malheureusement compl\u00e8tement disparu et que l&rsquo;on ne peut voir que sur la photo.<\/p>\n<p>Au sujet de la v\u00e9n\u00e9ration juive de Kaf al-Moumen, Simon Levy, linguiste, professeur d&rsquo;universit\u00e9 et historien marocain, a \u00e9crit :[16]\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u00ab La tradition de \u00ab saintet\u00e9 \u00bb provient de loin, avant l&rsquo;arriv\u00e9e de l&rsquo;islam, de cultes plus ou moins \u00ab naturistes \u00bb. A Sefrou, ville dont on dit qu&rsquo;elle est plus vieille que F\u00e8s, se trouve une grotte, Mul bhl, \u00ab Celui du mont \u00bb. Un culte qui semble avoir \u00e9t\u00e9 \u00ab adapt\u00e9 \u00bb par les juifs : \u00ab celui qui n&rsquo;arrive pas \u00e0 trouver Rebbi Amram \u00e0 Ouazan, le trouve dans (la grotte) de Mul bhl \u00bb \u2026 Saint de substitution ! Sainte commodit\u00e9 ! Dans la grotte il n&rsquo;y a rien. Aucune tombe ; \u00e0 Rebbi Yahia Lakhdar non plus. Rebbi Abraham Mul Ness, dans une grotte d&rsquo;Azemmour, ne semble pas avoir de nom de famille, mais il s&rsquo;agit de \u00ab Celui (qui fait) des miracles \u00bb \u2026 D&rsquo;autres, plus proches dans le temps, ont des histoires plus concr\u00e8tes. Quelques-uns forment des \u00ab dynasties \u00bb et on peut les dater, tels les Abehsera, depuis Rebbi Yacaqob, enterr\u00e9 au Caire, jusqu&rsquo;\u00e0 Rebbi Ishaq dont la s\u00e9pulture se trouve \u00e0 Gourrama (Tafilalet) et, finalement, Baba Sal\u00e9, mort en Isra\u00ebl il y a quelques ann\u00e9es. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Pascale Saisset[17] s&rsquo;est rendue au Maroc dans les ann\u00e9es 20 du si\u00e8cle dernier pour v\u00e9rifier la situation des Juifs marocains. Elle soutient que son voyage\u00a0: \u00a0\u00bb <em>n&rsquo;est pas n\u00e9 du d\u00e9sir d&rsquo;\u00e9crire, mais pour v\u00e9rifier<\/em> \u00ab\u00a0. Elle a \u00e9crit un texte sur Sefrou (Saisset, P. 1930. <strong>Heures juives au Maroc<\/strong><em>. <\/em>Paris<em>\u00a0:<\/em>\u00a0\u00e9ditions Rieder) dite \u00ab\u00a0<strong>Petite J\u00e9rusalem<\/strong>\u00a0\u00bb entre octobre 1925 et janvier 1926, en m\u00e9moire de son grand-p\u00e8re Youssef Ben Illouz qui est n\u00e9 dans le Mellah de Mekn\u00e8s. Elle a \u00e9crit que la ville de Sefrou est enti\u00e8rement juive et que les habitants de F\u00e8s viennent dans cette localit\u00e9 pour faire des affaires avec les Amazighs\/Berb\u00e8res des montagnes de l\u2019Atlas :[18]\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u00ab\u00a0Sefrou est presque enti\u00e8rement juive. Aujourd\u2019hui sa population est un peu noy\u00e9e par les gens du bled et les Fasi, venus pour faire de bonnes affaires avec les gens de la montagne. Mais si, avant d\u2019aller au march\u00e9, nous nous arr\u00eatons au souk, nous y retrouvons ces m\u00eames boutiques juives qui ont le talent de faire une encyclop\u00e9die de marchandises dans un m\u00e8tre cube d\u2019espace.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s elle, Sefrou est presque enti\u00e8rement juive\u00a0:[19]\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u00ab Sefrou est presque enti\u00e8rement juive. Aujourd\u2019hui sa population est un peu noy\u00e9e par les gens du bled et les Fasi, venus pour faire de bonnes affaires avec les gens de la montagne. Mais si, avant d\u2019aller au march\u00e9, nous nous arr\u00eatons au souk, nous y retrouvons ces m\u00eames boutiques juives qui ont le talent de faire une encyclop\u00e9die de marchandises dans un m\u00e8tre cube d\u2019espace. \u00bb<\/em><\/p>\n<figure id=\"attachment_2464\" aria-describedby=\"caption-attachment-2464\" style=\"width: 394px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2464 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Commer%C3%A7ant-juif-de-Sefrou.jpg?resize=394%2C613\" alt=\"\" width=\"394\" height=\"613\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Commer%C3%A7ant-juif-de-Sefrou.jpg?w=394&amp;ssl=1 394w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Commer%C3%A7ant-juif-de-Sefrou.jpg?resize=161%2C250&amp;ssl=1 161w\" sizes=\"auto, (max-width: 394px) 100vw, 394px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2464\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #ff0000;\">Commer\u00e7ant juif de Sefrou<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>Puis elle d\u00e9crit minutieusement les sc\u00e8nes du souk avec des Amazighs\/Berb\u00e8res en tenue de montagnes (burnous), les disputes, le marchandage propre aux clients marocains : [20]\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u00ab\u00a0\u00c0 la limite du souk, avant d\u2019entrer dans le plein soleil de la rue, et de franchir cette ligne si extraordinairement nette entre ombre et lumi\u00e8re, nous h\u00e9sitons \u00e0 nous m\u00ealer au flot humain qui d\u00e9ferle, de plus en plus press\u00e9, et nous apporte, avec le fr\u00f4lement rugueux des burnous, le cliquetis des poignards, le choc des b\u00e2tons sur le sol, le vol de poussi\u00e8re argent\u00e9e, les gutturales lanc\u00e9es \u00e0 pleine gorge, les invectives, les impr\u00e9cations, les injures coup\u00e9es de rires sauvages, les sourires ambigus de ces faces inqui\u00e9tantes \u2013 parce qu\u2019inconnues \u2013 et toute la saveur violente, \u00e2cre, insupportable, mortelle et d\u00e9licieuse de la b\u00eate humaine, dont on ne prend conscience que dans le corps \u00e0 corps de l\u2019amour ou dans la foule.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Apr\u00e8s elle parle des diff\u00e9rentes marchandises expos\u00e9es : c\u00e9r\u00e9ales, charbon et des chanteurs arabes se produisant dans les caf\u00e9s :[21]\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u00ab\u00a0Affrontant le jeu de la bousculade, nous voici au march\u00e9 du grain, \u00e0 celui du charbon, \u00e0 celui du sel, du gros sel gris qui vient des flancs de la montagne. Il est pareil en sa grossi\u00e8ret\u00e9 \u00e0 ces villageois dont l\u2019\u00e2me \u00e0 peine d\u00e9gag\u00e9e de la mati\u00e8re doit \u00eatre elle aussi toute en grisailles ind\u00e9cises, en impuret\u00e9s, et en reflets limpides.<\/em><\/p>\n<p><em>Tout \u00e0 coup, parmi le tumulte, on entendit une voix d\u2019enfant qui chantait. Le timbre strident, aigu comme celui de la plupart des chanteurs maures, avait je ne sais quelle puret\u00e9 et quelle passion d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e. \u00c9chappant \u00e0 la foule, nous trouv\u00e2mes le chanteur accroupi dans un minuscule caf\u00e9 maure, au premier \u00e9tage d\u2019une maison festonn\u00e9e de vastes arcades o\u00f9 l\u2019ombre \u00e9tait fra\u00eeche comme en un temple \u2026\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<figure id=\"attachment_2465\" aria-describedby=\"caption-attachment-2465\" style=\"width: 671px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2465 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Photo-prise-le-23-avril-1936-du-march%C3%A9-arabe-de-Sefrou.jpg?resize=618%2C415\" alt=\"\" width=\"618\" height=\"415\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Photo-prise-le-23-avril-1936-du-march%C3%A9-arabe-de-Sefrou.jpg?w=671&amp;ssl=1 671w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Photo-prise-le-23-avril-1936-du-march%C3%A9-arabe-de-Sefrou.jpg?resize=372%2C250&amp;ssl=1 372w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Photo-prise-le-23-avril-1936-du-march%C3%A9-arabe-de-Sefrou.jpg?resize=110%2C75&amp;ssl=1 110w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2465\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #ff0000;\">Photo prise le 23 avril 1936 du march\u00e9 arabe de Sefrou<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>La description de Pascale Saisset des gens du pays (<strong><em>bled<\/em><\/strong>) qui sont descendus au souk de Sefrou pourrait davantage refl\u00e9ter la vision orientaliste d&rsquo;une \u00ab\u00a0<strong>Juive occidentale<\/strong>\u00a0\u00bb telle qu&rsquo;elle se d\u00e9finit, peu habitu\u00e9e \u00e0 fr\u00e9quenter les \u00ab\u00a0<em>burnous rugueux<\/em>\u00a0\u00bb dans le tumulte mercantile du souk, \u00ab\u00a0<em>des visages inqui\u00e9tants parce qu&rsquo;inconnus<\/em>\u00ab\u00a0, dit-elle pourtant.<\/p>\n<p>Les Juifs de Sefrou, plus nombreux \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque que les Amazighs\/Berb\u00e8res et les Arabes, se c\u00f4toyaient quotidiennement dans les relations commerciales et n&rsquo;avaient certainement pas, dans leur grande majorit\u00e9, cette vision inqui\u00e8te des hommes de la campagne.<\/p>\n<p>Juifs et musulmans entretenaient des relations complexes, difficiles \u00e0 saisir m\u00eame pour des voyageurs bien inform\u00e9s ; la m\u00e9fiance \u00e9tait parfois grande entre Juifs et Musulmans mais en m\u00eame temps ils \u00e9taient souvent tr\u00e8s proches, vivant en harmonie dans \u00ab\u00a0<em>ce paradis terrestre<\/em>\u00a0\u00bb et faisant des affaires ensemble sans parti pris ni sentiment de racisme ou d\u2019antis\u00e9mitisme.<\/p>\n<p>Pascale raconte qu&rsquo;elle a entendu beaucoup de ses amis dire qu&rsquo;ils \u00e9taient \u00ab\u00a0<em>fr\u00e8res de lait<\/em>\u00a0\u00bb avec un musulman ou un juif : la m\u00e8re musulmane confiait son enfant, de quelques mois, \u00e0 sa voisine juive, lorsqu&rsquo;elle s&rsquo;absentait, pour un certain temps, et au moment de la t\u00e9t\u00e9e, la m\u00e8re juive nourrissait \u00e0 tour de r\u00f4le ou en m\u00eame temps, son enfant et celui de sa voisine. Un autre jour, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;inverse.<\/p>\n<p>En guise de conclusion de sorte, elle affirma que les juifs de Sefrou et par extension du Maroc \u00e9taient bien trait\u00e9s par leurs compatriotes musulmans, et de loin mieux qu\u2019en Europe du temps qui se targuait d\u2019\u00eatre pleinement civilis\u00e9e\u00a0:[22]\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u00ab\u00a0Que les Juifs aient souffert de leur isolement et des injustices dont ils \u00e9taient victimes, cela est ind\u00e9niable ; mais nous ne devons pas oublier qu\u2019ils ont rarement subi des massacres, et que si leurs villes n\u2019ont pas pu se d\u00e9velopper en \u00e9tendue, ils ont pu vivre, penser, et jouir d\u2019une paix quasi absolue pendant cinq si\u00e8cles.<\/em><br \/>\n<em>Les Occidentaux, qui se disent civilis\u00e9s, les Bulgares, les Roumains et les Russes, ne leur ont jamais permis de se r\u00e9aliser, comme les sultans du Maroc et comme ceux de Turquie. Il a fallu attendre la Renaissance du sionisme pour trouver \u00e0 J\u00e9rusalem le m\u00eame \u00e9veil intellectuel qu\u2019\u00e0 Fez au X <sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle.<\/em><br \/>\n<em>Arabes et juifs ont pu vivre au Maroc, sans que les juifs soient \u00e9cras\u00e9s par des tyrannies impitoyables, sans que la vie arabe ait souffert de leur contact \u00e9tranger\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>L&rsquo;\u00e9conomie de bazar de Sefrou<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Le Souk de Sefrou a fait l&rsquo;objet d&rsquo;une deuxi\u00e8me partie d&rsquo;un ouvrage en trois parties intitul\u00e9 : \u00a0\u00bb <strong>Meaning and Order in Moroccan Society. Three Essays in Cultural Analysis\u00a0\u00bb<\/strong> (Sens et ordre dans la soci\u00e9t\u00e9 marocaine. Trois essais d&rsquo;analyse culturelle) de Clifford Geertz, Hildred Geertz et Lawrence Rosen.[23] Cette analyse empirique d&rsquo;une forme d&rsquo;organisation sociale \u00e0 vocation \u00e9conomique s&rsquo;inscrit dans la continuit\u00e9 des recherches anthropologiques sur l&rsquo;\u00e9conomie, la politique, la parent\u00e9 et la religion entreprise par Geertz en Indon\u00e9sie.[24]\u00a0 Ce livre est complet dans le sens o\u00f9 ses trois parties distinctes peuvent int\u00e9resser aussi bien l&rsquo;\u00e9tudiant \u00e0 la recherche d&rsquo;une approche pour commencer son travail de terrain que le sp\u00e9cialiste qui cherche des analyses scientifiques sur l&rsquo;\u00e9conomie du bazar, ou enfin le chercheur disposant de mat\u00e9riel statistique ou cartographique qu&rsquo;il souhaiterait comparer avec ceux de Geertz sur Sefrou.<\/p>\n<p>La pr\u00e9face de Daniel Cefa\u00ef, de la traduction en Fran\u00e7ais de l\u2019ouvrage en question, retrace opportun\u00e9ment le parcours de l&rsquo;anthropologue Geertz, autrefois doctorant \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Harvard sous la direction de Talcott Parsons dans les ann\u00e9es 1950, quand il a commenc\u00e9 son premier travail d&rsquo;enqu\u00eate collective \u00e0 Java, en Indon\u00e9sie.[25]\n<p>L&rsquo;approche de la recherche anthropologique fond\u00e9e sur le travail d&rsquo;\u00e9quipe \u00e9tait \u00e0 la mode dans les universit\u00e9s am\u00e9ricaines de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre, c&rsquo;\u00e9tait le m\u00eame dispositif de recherche scientifique que celui utilis\u00e9 \u00e0 Sefrou lorsque Geertz est devenu ma\u00eetre de conf\u00e9rences \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Chicago. Ce travail collectif s&rsquo;est \u00e9tendu de 1965 \u00e0 1971 et a impliqu\u00e9 un certain nombre de sp\u00e9cialistes, en particulier Hildred Geertz, Lawrence Rosen, Paul Rabinow et Thomas Dichter. Les membres de l&rsquo;\u00e9quipe se sont relay\u00e9s au Maroc et se sont transmis leurs notes de terrain.<\/p>\n<p>Chacun des chercheurs a sa sp\u00e9cialit\u00e9, mais tous\u00a0: \u00ab\u00a0<em>partagent la conviction que les relations sociales sont le r\u00e9sultat d&rsquo;actions coordonn\u00e9es plut\u00f4t que le produit d&rsquo;effets structurels et qu&rsquo;elles sont comprises, motiv\u00e9es, articul\u00e9es et ordonn\u00e9es par des r\u00e9seaux d&rsquo;importance significative<\/em>\u00ab\u00a0, selon Cefa\u00ef (Cf. <strong>Introduction \u00e0 Clifford Geertz, Le souk de Sefrou. Sur l\u2019\u00e9conomie de bazar<\/strong>, paru aux \u00c9ditions Bouch\u00e8ne, 2003, p.13).[26]\n<p>La richesse de la pr\u00e9face du livre en fait un outil de travail exemplaire \u00e0 tous \u00e9gards. Nous situons l&rsquo;\u00e9tude de la relation client-vendeur entre description dense et analyse ethnographique, entre sociologie globale et anthropologie interpr\u00e9tative. A leur tour, sont d\u00e9crites les pratiques du mariage, l&rsquo;hospitalit\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9e au sein de la famille, la maison (<strong><em>dar<\/em><\/strong>), le quartier (<strong><em>derb<\/em><\/strong>), le tout compris comme autant de r\u00e9seaux de signification.<\/p>\n<figure id=\"attachment_2466\" aria-describedby=\"caption-attachment-2466\" style=\"width: 516px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2466 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Rachid-Raha-Clifford-Geertz-et-Mohamed-Chtatou-%C3%A0-Sefrou.jpg?resize=516%2C861\" alt=\"\" width=\"516\" height=\"861\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Rachid-Raha-Clifford-Geertz-et-Mohamed-Chtatou-%C3%A0-Sefrou.jpg?w=516&amp;ssl=1 516w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Rachid-Raha-Clifford-Geertz-et-Mohamed-Chtatou-%C3%A0-Sefrou.jpg?resize=150%2C250&amp;ssl=1 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 516px) 100vw, 516px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2466\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #ff0000;\">De gauche \u00e0 droite : Rachid Raha, Clifford Geertz et Mohamed Chtatou \u00e0 Sefrou<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>Geertz, montre dans son ouvrage,<strong> comment les Marocains n\u00e9gocient constamment la r\u00e9alit\u00e9.<\/strong> Le bazar est trait\u00e9 comme une forme culturelle, une institution sociale et un type \u00e9conomique. Mais la mani\u00e8re dont le travail de recherche est men\u00e9 montre un niveau incroyable de sensibilit\u00e9 culturelle et de compr\u00e9hension interculturelle. Les habitants de Sefrou se souviennent encore, aujourd&rsquo;hui, de ce \u00ab\u00a0<strong>gentleman scholar<\/strong>\u00a0\u00bb qui mena son travail de terrain avec beaucoup de respect pour les traditions et les croyances et pour ses informateurs et les habitants<\/p>\n<p>Nous avons affaire, avec cet ouvrage, \u00e0 un r\u00e9cit personnel bas\u00e9 sur des enqu\u00eates, qui est un enseignement \u00e9l\u00e9mentaire d&rsquo;un travail scientifique de terrain. Le r\u00e9sultat ne manque pas de style, ni de profondeur et maturit\u00e9. Au final, le lecteur non averti est familier de tout un monde social \u00e0 affronter, \u00e0 comprendre, \u00e0 naviguer, avec grande aisance, dans une fourmili\u00e8re d&rsquo;histoires et d&rsquo;anecdotes. Prenons l&rsquo;exemple de l&rsquo;interpr\u00e9tation s\u00e9mantique du discours habituel du souk dans Sefrou. Geertz a r\u00e9ussi en vingt pages (pp. 158-178) \u00e0 jeter les bases d&rsquo;une th\u00e9orie de la communication, une sorte d&rsquo;<strong>\u00e9pist\u00e9mologie pratique<\/strong> dans laquelle les mots arabes sont traduits avec une multiplicit\u00e9 de significations et de d\u00e9rivations \u00e0 partir d&rsquo;une m\u00eame racine. Le chercheur se plie aux contraintes du contexte et adapte le texte \u00e0 celles-ci. Nous sommes loin d&rsquo;une interpr\u00e9tation r\u00e9ductrice du monde social et le r\u00e9cit scientifique ne perd pas sa logique ni sa r\u00e9alit\u00e9 sociologique. La lecture du livre est comme le r\u00e9cit d&rsquo;une exp\u00e9rience riche en soubresauts.<\/p>\n<p>La pr\u00e9sentation cartographique et statistique en annexe trouve sa place comme la trace d&rsquo;une enqu\u00eate situ\u00e9e et dat\u00e9e. En outre, il y a un texte de Geertz \u00e0 son retour \u00e0 Sefrou en 1995 qui rend compte de l&rsquo;\u00e9volution du tissu social et \u00e9conomique de la m\u00e9dina de Sefrou, ainsi que de la m\u00e9tamorphose d&rsquo;une petite ville de province en trois d\u00e9cennies. Apparemment, l&rsquo;unit\u00e9 qui a fabriqu\u00e9 le souk original de Sefrou semble avoir disparu avec le temps et une nouvelle r\u00e9alit\u00e9 a pris le dessus, signe que la ville s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 dans le sens \u00e9conomique et, par cons\u00e9quence, sociologique bien s\u00fbr.<\/p>\n<p>Si Geertz, en 1974, a fait de la \u00ab\u00a0<em>compr\u00e9hension du point de vue autochtone<\/em>\u00a0\u00bb l&rsquo;une des chevilles de son anthropologie interpr\u00e9tative, la question est cach\u00e9e. Cinq ans plus tard, dans sa monographie sur le souk de Sefrou o\u00f9 il se f\u00e9licite de son approche, il affirme qu&rsquo;il est n\u00e9cessaire de d\u00e9crire la situation telle qu&rsquo;elle est envisag\u00e9e par les Marocains eux-m\u00eames. Cette recommandation est, aujourd&rsquo;hui, quelque peu d\u00e9routante \u00e0 bien des \u00e9gards. Existe-t-il, au Maroc ou ailleurs, un point de vue autochtone (au singulier) qui puisse rendre compte de la diversit\u00e9 des groupes qui composent une soci\u00e9t\u00e9 locale ?<\/p>\n<p>A la lumi\u00e8re des enqu\u00eates men\u00e9es depuis les ann\u00e9es 1970 qui ont enrichi la compr\u00e9hension de la soci\u00e9t\u00e9 marocaine, on constate que Geertz a c\u00e9d\u00e9 la place \u00e0 un essentialisme masquant la multiplicit\u00e9 et la complexit\u00e9 des strat\u00e9gies des acteurs. Il a dessin\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 marocaine dans ses grandes lignes, en simplifiant la morphologie sociale fragment\u00e9e en S\u00e9friouis, Marocains, Juifs, Arabes et Berb\u00e8res, et en recourant \u00e0 l&rsquo;exc\u00e8s aux questions d&rsquo;ethos faisant des Marocains des t\u00eates fortes en ent\u00eatement, opportunisme et calcul. Si ce fait est soumis \u00e0 la philosophie de la relation client, le souk pourrait bien appara\u00eetre comme une dure m\u00e9taphore de la soci\u00e9t\u00e9 marocaine.<\/p>\n<figure id=\"attachment_2467\" aria-describedby=\"caption-attachment-2467\" style=\"width: 670px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2467 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Sefrou-la-verdure-la-rivi%C3%A8re-et-le-lavoir-juif.jpg?resize=618%2C403\" alt=\"\" width=\"618\" height=\"403\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Sefrou-la-verdure-la-rivi%C3%A8re-et-le-lavoir-juif.jpg?w=670&amp;ssl=1 670w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Sefrou-la-verdure-la-rivi%C3%A8re-et-le-lavoir-juif.jpg?resize=383%2C250&amp;ssl=1 383w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2467\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #ff0000;\">Sefrou, la verdure, la rivi\u00e8re et le lavoir juif<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>Le comparatisme de Geertz est large, il assimile le souk de Sefrou \u00e0 tous les autres souks du Maroc et tous les souks du Maroc \u00e0 ceux de Bali ou d&rsquo;Egypte et o\u00f9 se trouve un mod\u00e8le d&rsquo;\u00e9conomie de bazar, un mot persan, inhabituel au Maroc, mais que les colonisations anglaise et fran\u00e7aise utilisaient pour d\u00e9signer le march\u00e9 oriental et par extension l&rsquo;\u00e9conomie de cette r\u00e9gion. C&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 cette utilisation extensive et standardis\u00e9e d&rsquo;un terme \u00e9tranger \u00e0 la langue locale que Geertz a pu jouer l&rsquo;interpr\u00e9tation d&rsquo;un mod\u00e8le \u00e9conomique applicable \u00e0 tous les march\u00e9s du Maghreb et du Moyen-Orient. Ce passage de la description dense au diagnostic interpr\u00e9tatif, ce souci d&rsquo;articuler le micro au macro dans un retour dialectique continu entre les d\u00e9tails les plus locaux et la plus globale des structures globales sont les fondements du mod\u00e8le geertzien d&rsquo;anthropologie, complexe, pr\u00e9cis, analytique, respectueux et scientifique.<\/p>\n<p>Clifford Geertz nous donne ici, outre une description ethnographique dense d&rsquo;un souk marocain, la construction de l&rsquo;id\u00e9al w\u00e9b\u00e9rien type de \u00ab\u00a0<strong>l&rsquo;\u00e9conomie de bazar<\/strong>\u00ab\u00a0.[27]\u00a0 Le premier d\u00e9veloppement de ce type de construction s&rsquo;appuie sur un terrain empirique \u00e0 Java, qui donnera lieu \u00e0 l&rsquo;ouvrage \u00ab\u00a0<strong>Peddlers and Princes\u00a0\u00bb<\/strong> (Colporteurs et Princes) publi\u00e9 en 1963.[28] Puis, comme sa d\u00e9marche est comparative et analytique, il d\u00e9cide de tester son \u00ab\u00a0\u00e9conomie de bazar\u00a0\u00bb sur un nouveau terrain, le souk de Sefrou. \u00c0 cette occasion, Geertz distingue plus explicitement le type id\u00e9al de \u00ab\u00a0bazar\u00a0\u00bb de \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9conomie industrielle\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9conomie primitive\u00a0\u00bb. Il ne d\u00e9fend ni une perspective \u00e9volutionniste : l&rsquo;une ne remplacera pas n\u00e9cessairement l&rsquo;autre ; ni une opposition stricte : les \u00e9conomies se chevauchent et coexistent.[29]\u00a0 Pour lui, si le souk est une institution caract\u00e9ristique de la civilisation de l&rsquo;Islam, \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9conomie de bazar\u00a0\u00bb est surtout un outil d&rsquo;analyse, qui peut \u00eatre utilis\u00e9 pour l&rsquo;\u00e9tude d&rsquo;autres cultures. Ce mod\u00e8le de bazar a des points communs avec les bazars d&rsquo;Indon\u00e9sie, bien s\u00fbr, mais aussi avec celui du Mexique, etc.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Coexistence<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Dans leur opus intitul\u00e9 :<strong> \u00ab\u00a0Meaning and Order in Moroccan Society. Three Essays in Cultural Analysis\u00a0\u00bb<\/strong> (Sens et ordre dans la soci\u00e9t\u00e9 marocaine : Trois essais d&rsquo;analyse culturelle) Clifford Geertz, Hildred Geertz et Laurence Rosen discutent de la vie dans une petite ville du Moyen Atlas : Sefrou, o\u00f9 juifs, Amazighs et Arabes ont v\u00e9cu c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te dans une totale harmonie pendant des si\u00e8cles. Gr\u00e2ce au travail scientifique de ces anthropologues de renomm\u00e9e mondiale, la ville de Sefrou est devenue un exemple de l\u2019\u00e9conomie de bazaar et un haut-lieu de tol\u00e9rance et de coexistence parmi la communaut\u00e9 scientifique du monde entier.[30]\n<p>Ces anthropologues am\u00e9ricains qui se sont int\u00e9ress\u00e9s de pr\u00e8s \u00e0 la structure sociale de la ville de Sefrou et \u00e0 son \u00e9conomie de bazar <strong>sont arriv\u00e9s \u00e0 la conclusion que la communaut\u00e9 juive de cette ville, bien que juive de confession, n&rsquo;\u00e9tait pas diff\u00e9rente de la communaut\u00e9 musulmane et n&rsquo;\u00e9tait certainement pas une communaut\u00e9 s\u00e9par\u00e9e et vivant en isolement<\/strong> :[31]\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u00ab\u00a0La communaut\u00e9 commerciale juive constitue, lorsqu&rsquo;elle est plac\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la communaut\u00e9 musulmane, un cas mod\u00e8le dans les d\u00e9licatesses de la comparaison sociologique : \u00c0 bien des \u00e9gards, elle ressemble exactement \u00e0 la communaut\u00e9 musulmane ; \u00e0 bien d&rsquo;autres \u00e9gards, elle est totalement diff\u00e9rente. Les juifs \u00e9taient \u00e0 la fois des Sefrouis comme les autres et eux-m\u00eames de fa\u00e7on retentissante. Nombre de leurs institutions &#8211; dans le cadre d&rsquo;un bazar, pour la plupart &#8211; \u00e9taient des homologues directes des institutions musulmanes ; souvent, m\u00eame la terminologie n&rsquo;\u00e9tait pas modifi\u00e9e. Mais la fa\u00e7on dont ces institutions ont \u00e9t\u00e9 mises en place, l&rsquo;ensemble organisationnel qu&rsquo;elles compl\u00e8tent, contrastent tellement avec la mani\u00e8re musulmane qu&rsquo;elles en sont presque une r\u00e9ponse. Il n&rsquo;est pas possible de traiter les Juifs comme une \u00ab\u00a0tribu\u00a0\u00bb de plus dans le conglom\u00e9rat marocain, une autre nisba, bien qu&rsquo;ils aient certainement \u00e9t\u00e9 cela aussi. Marocains dans l&rsquo;\u00e2me et juifs dans le m\u00eame noyau, ils \u00e9taient les h\u00e9ritiers d&rsquo;une tradition double et indivisible et en aucun cas marginale\u00a0\u00bb. <\/em><\/p>\n<p>En m\u00eame temps, <strong>ces chercheurs sont arriv\u00e9s \u00e0 la conclusion que les juifs, qui \u00e9taient certainement cent pour cent marocains, ont jou\u00e9 un r\u00f4le essentiel dans la stabilisation de la soci\u00e9t\u00e9 marocaine dans la r\u00e9gion<\/strong>. D&rsquo;une part, ils ont contribu\u00e9 \u00e0 la croissance et au d\u00e9veloppement du commerce local, du commerce rural et du commerce des caravanes et, d&rsquo;autre part et surtout, ils ont calm\u00e9 les adversit\u00e9s des Amazighs du Moyen Atlas et des Arabes de la plaine de Sais et ont emp\u00each\u00e9 d&rsquo;\u00e9ventuelles querelles urbaines. Ainsi, \u00e0 bien des \u00e9gards, les juifs ont jou\u00e9 le r\u00f4le de <strong>pacificateurs et de m\u00e9diateurs sociaux non d\u00e9clar\u00e9s<\/strong> :[32]\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u00ab\u00a0&#8230; le r\u00f4le des juifs dans la connexion entre le bazar de Sefrou, centr\u00e9 sur la r\u00e9gion, et la nu\u00e9e de bazars centr\u00e9s sur la localit\u00e9 qui grandissait autour \u00e9tait crucial d\u00e8s les premi\u00e8res \u00e9tapes de la transition du passage au commerce de la place centrale et, dans une certaine mesure, les a m\u00eame pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s. On ne peut que sp\u00e9culer sur les raisons pour lesquelles les arabophones de la plaine de Sais, du Maroc et les berb\u00e8res du Moyen Atlas auraient d\u00fb avoir besoin d&rsquo;un troisi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment distinct pour \u00e9tablir un lien commercial entre eux. Le d\u00e9sir de groupes intens\u00e9ment comp\u00e9titifs, soup\u00e7onneux des actions des uns et des autres, jaloux du pouvoir de chacun et effray\u00e9s par les ambitions des autres, de mener leurs \u00e9changes commerciaux par l&rsquo;interm\u00e9diaire d&rsquo;agents politiquement impuissants, d&rsquo;individus qui ne pouvaient ni apporter la force ni l&rsquo;autorit\u00e9 dans le processus d&rsquo;\u00e9change et qui ne pouvaient obtenir rien de plus que de la richesse par ce biais, fait peut-\u00eatre partie de la r\u00e9ponse. Le d\u00e9sir connexe de se d\u00e9faire d&rsquo;activit\u00e9s commerciales ayant une signification autre que le cash and carry et d&rsquo;\u00e9mousser ainsi leur force d&rsquo;acculturation en est peut-\u00eatre une autre. Mais quelle qu&rsquo;en soit la raison, ce fait a eu un impact profond, pratiquement d\u00e9terminant, sur la formation des activit\u00e9s juives dans l&rsquo;\u00e9conomie du bazar<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, il reste peut-\u00eatre une ou deux familles juives \u00e0 Sefrou, les autres ont toutes \u00e9migr\u00e9 \u00e0 F\u00e8s ou \u00e0 Casablanca ou ont immigr\u00e9 en France, au Canada et en Isra\u00ebl<strong>. Mais, malgr\u00e9 leur d\u00e9part physique, ils restent \u00e9motionnellement tr\u00e8s attach\u00e9s \u00e0 cette ville mythique<\/strong> qui a connu, pendant des si\u00e8cles, une cohabitation harmonieuse et exemplaire entre deux religions, trois ethnies et cultures et plusieurs niveaux de vie.[33]\n<p>De nombreuses familles juives reviennent chaque ann\u00e9e \u00e0 Sefrou pour entreprendre un <strong>p\u00e8lerinage sentimental<\/strong> dans les d\u00e9dales de cette ville mill\u00e9naire et revoir le Mellah et visiter les synagogues et l&rsquo;\u00e9cole talmudique.<\/p>\n<p><strong>Sefrou n&rsquo;\u00e9tait pas seulement une ville o\u00f9 musulmans et juifs vivaient en harmonie, c&rsquo;\u00e9tait aussi une ville qui a invent\u00e9, il y a longtemps, le concept de coexistence religieuse dans son vrai sens<\/strong>.<\/p>\n<p>Bien que la communaut\u00e9 juive de Sefrou \u00e9tait peu nombreuse, son importance dans la vie de la ville et dans l&rsquo;\u00e9conomie du bazar \u00e9tait pr\u00e9dominante pour plus d&rsquo;une raison, comme l&rsquo;explique longuement Geertz dans son ouvrage pr\u00e9cit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es trente du si\u00e8cle dernier, la majorit\u00e9 des juifs vivaient dans le Mellah, \u00e0 l&rsquo;exception d&rsquo;une minorit\u00e9 d&rsquo;entre eux qui ont servi dans l&rsquo;administration coloniale comme interpr\u00e8tes ou fonctionnaires. Ceux-ci, en raison de leur importance dans la hi\u00e9rarchie sociale, vivaient dans la <strong>Ville nouvelle<\/strong>, le quartier europ\u00e9en. Dans les ann\u00e9es 1950, vivre dans ce quartier \u00e9tait un symbole de promotion sociale et de statut, concept appel\u00e9 en arabe local \u00ab\u00a0<strong><em>tla\u2019<\/em><\/strong>\u00a0\u00bb qui veut dire \u00ab\u00a0monter\u00a0\u00bb. Toutefois, il faut signaler qu\u2019en 1946 beaucoup de juifs \u00e9duqu\u00e9s dans les \u00e9coles fran\u00e7aises, ambitieux et aspirants, ont choisi, pour la plupart, d&rsquo;\u00e9migrer en France, pour faire fortune.<\/p>\n<figure id=\"attachment_2468\" aria-describedby=\"caption-attachment-2468\" style=\"width: 636px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2468 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Photo-de-la-ville-de-Sefrou-en-1920.jpg?resize=618%2C441\" alt=\"\" width=\"618\" height=\"441\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Photo-de-la-ville-de-Sefrou-en-1920.jpg?w=636&amp;ssl=1 636w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Photo-de-la-ville-de-Sefrou-en-1920.jpg?resize=350%2C250&amp;ssl=1 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2468\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #ff0000;\">Photo de la ville de Sefrou en 1920<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>Apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance, le Mellah n&rsquo;est plus le lieu de r\u00e9sidence exclusif des juifs puisque des familles musulmanes s&rsquo;y installent sans aucun a priori. Ce changement de normes sociales a cr\u00e9\u00e9 dans cette ville une <strong>culture de solidarit\u00e9 et de partage entre les communaut\u00e9s juives et musulmanes<\/strong>. Cette culture \u00e9tait bas\u00e9e sur le concept de respect de l&rsquo;autre dans ses diff\u00e9rences religieuses, culturelles et ethniques. Ce faisant, les deux communaut\u00e9s vivaient en compl\u00e8te symbiose. Les Musulmans c\u00e9l\u00e9braient avec les juifs leurs f\u00eates religieuses, tandis que les juifs respectaient strictement le code d&rsquo;abstinence des musulmans pendant le mois sacr\u00e9 du Ramadan, ce que ces derniers appr\u00e9ciaient beaucoup.<\/p>\n<p>Mais le point culminant de la coexistence religieuse initi\u00e9e \u00e0 Sefrou a \u00e9t\u00e9 la v\u00e9n\u00e9ration des m\u00eames saints par les deux communaut\u00e9s religieuses. Pour Geertz et son \u00e9quipe, juifs et musulmans, malgr\u00e9 leurs diff\u00e9rences, avaient beaucoup en commun sur le plan culturel.[34]\n<p style=\"text-align: center;\">\u00a0\u00bb <em>&#8230; les juifs se m\u00ealaient aux musulmans selon des r\u00e8gles de base uniformes, ce qui, dans une certaine mesure, est difficile \u00e0 attribuer \u00e0 ceux dont les id\u00e9es sur les juifs dans le commerce traditionnel sont bas\u00e9es sur le r\u00f4le qu&rsquo;ils ont jou\u00e9 dans l&rsquo;Europe pr\u00e9moderne, \u00e9taient diff\u00e9rents en termes de statut religieux. Il y a eu, bien s\u00fbr, une certaine p\u00e9n\u00e9tration des pr\u00e9occupations communautaires dans le cadre du bazar (m\u00e9tiers exclusivement juifs, comme l&rsquo;orf\u00e8vrerie et la ferblanterie et des ph\u00e9nom\u00e8nes particuliers tels que les bouchers casher), mais ce qui est remarquable, ce n&rsquo;est pas de savoir combien il y en avait, mais combien peu. Le lien avec l&rsquo;argent liquide \u00e9tait tout \u00e0 fait r\u00e9el ; le Juif \u00e9tait vendeur de tissus, colporteur, commer\u00e7ant, cordonnier ou porteur avant d&rsquo;\u00eatre juif et de traiter et d&rsquo;\u00eatre trait\u00e9 comme tel. Au contraire, il y avait une certaine p\u00e9n\u00e9tration des modes de vie g\u00e9n\u00e9raux marocains dans l&rsquo;espace communal : Les liens de parent\u00e9 juifs n&rsquo;\u00e9taient pas si diff\u00e9rents de ceux des musulmans ; les juifs avaient non seulement leurs propres saints mais aussi des saints musulmans souvent honor\u00e9s : et l&rsquo;arabe, et non l&rsquo;h\u00e9breu, \u00e9tait la langue du foyer<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Cette coexistence parfaite entre juifs et musulmans \u00e0 Sefrou a trouv\u00e9 son expression ultime dans le culte du m\u00eame saint par les deux groupes religieux. En effet, \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e nord de la ville en question, sur le flanc d&rsquo;une petite montagne sur la droite se trouve une grotte qui, selon la litt\u00e9rature hagiographique du juda\u00efsme et de l&rsquo;islam, abrite la tombe d&rsquo;un saint v\u00e9n\u00e9r\u00e9 par les deux communaut\u00e9s religieuses. Le site est habilement appel\u00e9 Kaf al-Moumen \u00ab\u00a0la Grotte du Croyant\u00a0\u00bb, sans pr\u00e9ciser de quel croyant abrahamique il s&rsquo;agit. Personne ne semblait se soucier d&rsquo;un tel d\u00e9tail, en tout cas.<\/p>\n<p>Les habitants de Sefrou, si confiants dans leurs traditions ancestrales, ne se sont jamais pos\u00e9 la question de savoir s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un seul et m\u00eame saint pour les deux religions ou de deux saints diff\u00e9rents. D&rsquo;une certaine mani\u00e8re, une telle question \u00e9tait totalement superflue pour eux. Un saint est un saint.<\/p>\n<p>Cette question, si pertinente pour certains fondamentalistes des deux c\u00f4t\u00e9s, n&rsquo;avait aucune importance pour les habitants de Sefrou. Leur coexistence religieuse \u00e9tait si forte et si solide qu&rsquo;ils avaient \u00e9tabli des p\u00e9riodes de temps strictes pour visiter la grotte autour du calendrier religieux de chaque confession et, pendant des si\u00e8cles, ce calendrier a fonctionn\u00e9 merveilleusement, pour tous, et sans aucun probl\u00e8me, et il aurait pu continuer \u00e0 fonctionner si les juifs de cette ville n&rsquo;\u00e9taient pas partis suite aux campagnes d&rsquo;incitation des agences juives am\u00e9ricaines et internationales pour les faire migrer en Isra\u00ebl.<\/p>\n<p>Cette coexistence religieuse n&rsquo;\u00e9tait pas l&rsquo;apanage de la ville de Sefrou, en effet il y avait beaucoup d&rsquo;exemples similaires dans d&rsquo;autres localit\u00e9s du Maroc, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de villes imp\u00e9riales ou de petites villes de peu d&rsquo;importance.<\/p>\n<p>Cette coexistence, bien qu&rsquo;effective sur tout le territoire, cachait un ph\u00e9nom\u00e8ne de racisme latent, n\u00e9anmoins, au sein de certains groupes sociaux, notamment les riches qui voyaient avec une grande jalousie le succ\u00e8s des juifs marocains, et exprimaient ce sentiment par des brimades, des comportements verbaux agressifs, ou simplement en invoquant la religion et en consid\u00e9rant le juif et le chr\u00e9tien comme des \u00eatres impurs, et en utilisant, par cons\u00e9quent, le terme arabe raciste et condescendant \u00ab\u00a0<strong><em>hachak<\/em><\/strong>\u00a0\u00bb (signifiant \u00eatre impur) lorsqu&rsquo;ils mentionnent leur nom ou s&rsquo;y r\u00e9f\u00e8rent.<\/p>\n<figure id=\"attachment_2469\" aria-describedby=\"caption-attachment-2469\" style=\"width: 448px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2469 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Un-marchand-de-tissus-juif-et-sa-femme-dans-le-Mellah-de-Sefrou-en-1980.jpg?resize=448%2C567\" alt=\"\" width=\"448\" height=\"567\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Un-marchand-de-tissus-juif-et-sa-femme-dans-le-Mellah-de-Sefrou-en-1980.jpg?w=448&amp;ssl=1 448w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Un-marchand-de-tissus-juif-et-sa-femme-dans-le-Mellah-de-Sefrou-en-1980.jpg?resize=198%2C250&amp;ssl=1 198w\" sizes=\"auto, (max-width: 448px) 100vw, 448px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2469\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #ff0000;\">Un marchand de tissus juif et sa femme dans le Mellah de Sefrou en 1980<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Exode<\/strong><\/span><\/p>\n<p>En 1956, le Maroc retrouve son ind\u00e9pendance nationale vis-\u00e0-vis de la France, et assiste impuissant ou \u00e0 moiti\u00e9 consentant, \u00e0 l&rsquo;\u00e9migration de ses petites communaut\u00e9s juives des Mellahs de l&rsquo;Atlas, suivies de pr\u00e8s par celles des villes moyennes du Royaume, vers le jeune \u00e9tat d&rsquo;Isra\u00ebl.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s l\u2019ouvrage intitul\u00e9\u00a0: \u00ab <strong>La vie juive au Maroc \u2013 Arts et Traditions<\/strong> \u00bb \u00e9dit\u00e9 par A. Muller-Lancet et D. Champault, pour les Juifs marocains, la sauvegarde de leur religion les a pouss\u00e9s \u00e0 partir en Isra\u00ebl au d\u00e9triment de leur culture mill\u00e9naire\u00a0:[35]\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u00ab Les Juifs du Maroc, avaient pour souci de sauvegarder en priorit\u00e9 ce qui repr\u00e9sentait le pivot de leur existence : la religion et l&rsquo;\u00e9rudition, sans trop se pr\u00e9occuper de garder les t\u00e9moignages mat\u00e9riels d&rsquo;une vie nourrie de traditions mill\u00e9naires \u00bb<\/em><\/p>\n<p>L&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dant l&rsquo;ind\u00e9pendance du Maroc a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par une \u00e9migration massive de juifs et par une s\u00e9rie d&rsquo;attentats meurtriers. Les fils de Z\u00e9d\u00e9 Schulmann quittent d\u00e9finitivement le pays pour s&rsquo;installer en France et leur collection d&rsquo;art populaire juif marocain est exp\u00e9di\u00e9e \u00e0 J\u00e9rusalem via Marseille.<\/p>\n<p>Dix ans plus tard, en 1965, lors de l&rsquo;inauguration du Mus\u00e9e d&rsquo;Isra\u00ebl, Z\u00e9d\u00e9 Schulmann et tous les donateurs ont occup\u00e9 les places d&rsquo;honneur, lors de cette c\u00e9l\u00e9bration, et ont re\u00e7u des m\u00e9dailles pour \u00ab\u00a0<em>avoir sauv\u00e9 les tr\u00e9sors de la tradition et de l&rsquo;art populaire juif<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>En 1973, le Mus\u00e9e a organis\u00e9 la premi\u00e8re grande exposition jamais consacr\u00e9e aux Juifs du Maroc, afin de \u00ab\u00a0<em>mettre en \u00e9vidence la contribution du juda\u00efsme marocain \u00e0 la culture et \u00e0 la pens\u00e9e juive universelle<\/em>\u00ab\u00a0. [36] L&rsquo;exposition s&rsquo;appuie principalement sur la collection d&rsquo;objets, de documents, de photographies et de films rassembl\u00e9s par Jean Besancenot et Z\u00e9d\u00e9 Schulmann. Un hommage chaleureux a \u00e9t\u00e9 rendu \u00e0 ce dernier pour la passion avec laquelle il s&rsquo;est engag\u00e9 dans \u00ab\u00a0<em>ces v\u00e9ritables campagnes de sauvetage<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Dans son autobiographie, \u00e9crite deux ans avant sa mort en 1981, Z\u00e9d\u00e9 Schulmann t\u00e9moigne de son action comme d&rsquo;une t\u00e2che n\u00e9cessaire, qu&rsquo;il \u00e9tait fier d&rsquo;avoir accomplie, mais dont il n&rsquo;entend pas tirer de gloire : \u00ab\u00a0<em>si je n&rsquo;avais pas fait ce travail \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, il aurait \u00e9t\u00e9 impossible de le faire<\/em>\u00ab\u00a0. Il a cependant contribu\u00e9 \u00e0 faire conna\u00eetre le juda\u00efsme marocain et \u00e0 le pr\u00e9server d&rsquo;un oubli pr\u00e9judiciable et de la d\u00e9cadence du temps.<\/p>\n<p>Entre 1948 et 1968, presque toutes les familles juives de Sefrou ont d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;abandonner leur \u00ab\u00a0Petite J\u00e9rusalem\u00a0\u00bb et leur Maroc mill\u00e9naire pour \u00e9migrer en Isra\u00ebl. Juif marocain lui-m\u00eame et se croyant \u00ab\u00a0<em>un des derniers Davids n\u00e9 \u00e0 Sefrou<\/em>\u00ab\u00a0, David Assouline a recueilli des t\u00e9moignages et des images d&rsquo;archives pour comprendre les raisons d&rsquo;un d\u00e9part aussi massif qui pourrait \u00eatre l&rsquo;une ou l&rsquo;ensemble des raisons suivantes : fin du protectorat fran\u00e7ais, ind\u00e9pendance du Maroc, cr\u00e9ation de l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl, guerres isra\u00e9lo-arabes, pogrom d&rsquo;Oujda de juillet 1944, pros\u00e9lytisme de l&rsquo;Alliance Isra\u00e9lite Universelle, id\u00e9al socialiste du kibboutz, etc. C&rsquo;est, en effet, tout un ensemble de craintes et d&rsquo;espoirs qui ont pouss\u00e9 les juifs de Sefrou \u00e0 se rendre en Terre promise.<\/p>\n<p>Mais, face au m\u00e9pris ashk\u00e9naze pour ces soi-disant \u00ab\u00a0<em>Marocains rugueux<\/em>\u00ab\u00a0, les habitants de Sefrou ont d\u00fb se battre pour trouver leur place en Isra\u00ebl et pour fonder leur nouvelle ville : Ashdod. Aujourd&rsquo;hui, comme le dit Youval : \u00ab\u00a0<em>le ressentiment n&rsquo;est plus de mise, ni l&rsquo;id\u00e9alisme<\/em>\u00ab\u00a0. Mais pour Mosh\u00e9, Samuel, Aba, David, et m\u00eame pour leurs descendants, Sefrou reste un r\u00eave mythique, dont le souvenir nostalgique reste \u00ab\u00a0<em>une douce blessure<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-2470 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/set.jpg?resize=386%2C821\" alt=\"\" width=\"386\" height=\"821\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/set.jpg?w=386&amp;ssl=1 386w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/set.jpg?resize=118%2C250&amp;ssl=1 118w\" sizes=\"auto, (max-width: 386px) 100vw, 386px\" \/><\/p>\n<p>Le film documentaire de David Assouline est, sans aucun doute, un must pour voir les belles images de ce pass\u00e9 paisible dans la m\u00e9dina et d\u00e9couvrir, une fois de plus, que le drame de l&rsquo;int\u00e9gration n&rsquo;est pas forc\u00e9ment jou\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 on l&rsquo;attend. Pour les anciens de Sefrou, la terre promise avait un go\u00fbt amer : \u00ab\u00a0<em>J&rsquo;\u00e9tais un ma\u00eetre, je suis devenu un serviteur<\/em>\u00ab\u00a0, dit l&rsquo;un d&rsquo;eux qui raconte les humiliations, l&rsquo;arrogance et la morgue des juifs d&rsquo;Europe (les Ashknazes) et des jeunes filles qui tournent le dos aux juifs marocains. Pour finir accommodant : \u00ab\u00a0<em>Mes fils, au moins, n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 trait\u00e9s de sales juifs<\/em>\u00ab\u00a0.[37]\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Conclusion<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Que reste-t-il de Sefrou, la <strong>Petite J\u00e9rusalem du Maroc<\/strong>, le paradis oriental bien-aim\u00e9 de Colette et de Saisset ? Un souvenir, une douce blessure pour les enfants de ces milliers de juifs qui vivaient autrefois dans cette petite ville marocaine proche de F\u00e8s. \u00ab\u00a0<em>La terre d&rsquo;Isra\u00ebl \u00e9tait ici<\/em>\u00ab\u00a0, disait Mosh\u00e9, l&rsquo;un des derniers juifs \u00e0 avoir quitt\u00e9 Sefrou pour Isra\u00ebl. Ils sont partis les uns apr\u00e8s les autres, pouss\u00e9s par l&rsquo;ind\u00e9pendance marocaine, les guerres du Moyen-Orient et cette <strong>peur diffuse qui \u00e9touffait la douceur de vivre ensemble, juifs et Arabes, sans conflits ni haine, quels qu&rsquo;ils soient<\/strong>.[38]\n<p>Si ces juifs et leurs descendants aiment tant le Maroc, aujourd&rsquo;hui, malgr\u00e9 le temps qui passe, c&rsquo;est parce que ce pays fait partie int\u00e9grante de leur histoire personnelle et de leurs g\u00eanes.[39]\u00a0 Pour la plupart d&rsquo;entre eux, le Maroc est la terre de leurs anc\u00eatres, une terre aim\u00e9e qui les a g\u00e9n\u00e9ralement bien trait\u00e9s. La position du feu roi Mohammed V pendant la Seconde Guerre mondiale n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9e : il a <strong>cat\u00e9goriquement refus\u00e9 de livrer les juifs marocains au r\u00e9gime de Vichy <\/strong>qui voulait les d\u00e9porter, d\u00e9clarant que tous les Marocains sont juifs. Plus tard, le feu roi Hassan, qui n&rsquo;a pas cess\u00e9 de reconna\u00eetre la partie int\u00e9grante des juifs et du juda\u00efsme dans l&rsquo;identit\u00e9 marocaine et a fait des mains et des pieds pour rapprocher les Isra\u00e9liens des Palestiniens et \u00e9tablir une paix juste et durable au Moyen Orient. Quant au roi Mohammed VI, il a fait en sorte que le juda\u00efsme fasse partie des \u00ab\u00a0<strong>affluents s\u00e9culiers<\/strong>\u00a0\u00bb de l&rsquo;identit\u00e9 nationale, et l&rsquo;a inscrit, en or, dans la Constitution de 2011 :[40]\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u00ab\u00a0Fid\u00e8le \u00e0 son choix irr\u00e9versible de construire un Etat de droit d\u00e9mocratique, le Royaume du Maroc poursuit r\u00e9solument le processus de consolidation et de renforcement des institutions d&rsquo;un Etat moderne, ayant pour fondements les principes de participation, de pluralisme et de bonne gouvernance. Il d\u00e9veloppe une soci\u00e9t\u00e9 solidaire o\u00f9 tous jouissent de la s\u00e9curit\u00e9, de la libert\u00e9, de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des chances, du respect de leur dignit\u00e9 et de la justice sociale, dans le cadre du principe de corr\u00e9lation entre les droits et les devoirs de la citoyennet\u00e9. <\/em><\/p>\n<p><em>Etat musulman souverain, attach\u00e9 \u00e0 son unit\u00e9 nationale et \u00e0 son int\u00e9grit\u00e9 territoriale, le Royaume du Maroc entend pr\u00e9server, dans sa pl\u00e9nitude et sa diversit\u00e9, son identit\u00e9 nationale une et indivisible. Son unit\u00e9, forg\u00e9e par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, s&rsquo;est nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou, h\u00e9bra\u00efque et m\u00e9diterran\u00e9en. La pr\u00e9\u00e9minence accord\u00e9e \u00e0 la religion musulmane dans ce r\u00e9f\u00e9rentiel national va de pair avec l&rsquo;attachement du peuple marocain aux valeurs d&rsquo;ouverture, de mod\u00e9ration, de tol\u00e9rance et de dialogue pour la compr\u00e9hension mutuelle entre toutes les cultures et les civilisations du monde.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<figure id=\"attachment_2471\" aria-describedby=\"caption-attachment-2471\" style=\"width: 483px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2471 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Mellah-de-Sefrou.jpg?resize=483%2C692\" alt=\"\" width=\"483\" height=\"692\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Mellah-de-Sefrou.jpg?w=483&amp;ssl=1 483w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Mellah-de-Sefrou.jpg?resize=174%2C250&amp;ssl=1 174w\" sizes=\"auto, (max-width: 483px) 100vw, 483px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2471\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #ff0000;\">Mellah de Sefrou<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Notes de fin de texte\u00a0:<\/strong><\/p>\n[1] Sefrou, en amazigh, c&rsquo;est Assefrou : As = lieu et efrou = cachette. C&rsquo;est donc la cachette des dangers d&rsquo;agression, d&rsquo;animosit\u00e9 et de violence.<\/p>\n[2] Bled es-Siba ou Bled Siba (en arabe : \u0628\u0644\u0627\u062f \u0627\u0644\u0633\u064a\u0628\u0629), est un terme historique de l&rsquo;histoire marocaine pr\u00e9coloniale qui fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une zone de non-droit qui \u00e9chappait au contr\u00f4le des sultans marocains au d\u00e9but du 20\u00e8me si\u00e8cle. La relation entre le pouvoir central du Makhzen et la r\u00e9gion de Bled as-Siba \u00e9tait plus complexe qu&rsquo;une simple s\u00e9paration territoriale. M\u00eame si les tribus de Bled as-Siba n&rsquo;\u00e9taient pas soumises au pouvoir central, l&rsquo;autorit\u00e9 spirituelle du sultan \u00e9tait toujours accept\u00e9e, ce qui maintenait l&rsquo;existence du pouvoir central.<\/p>\n<figure id=\"attachment_2457\" aria-describedby=\"caption-attachment-2457\" style=\"width: 602px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2457 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/R%C3%A9gion-de-Bled-as-Siba.jpg?resize=602%2C494\" alt=\"\" width=\"602\" height=\"494\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/R%C3%A9gion-de-Bled-as-Siba.jpg?w=602&amp;ssl=1 602w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/R%C3%A9gion-de-Bled-as-Siba.jpg?resize=305%2C250&amp;ssl=1 305w\" sizes=\"auto, (max-width: 602px) 100vw, 602px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2457\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #ff0000;\">R\u00e9gion de Bled as-Siba (en gris) entre 1909 et 1912, par opposition \u00e0 Bled al-Makhzen (en rouge)<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>Cf. Hoffman, Bernard G. (1967). <em>La structure de la soci\u00e9t\u00e9 rurale traditionnelle marocaine<\/em>. La Haye et Paris : Mouton.<\/p>\n[3] Raw\u1e0d al-Qir\u1e6d\u0101s (arabe : \u0631\u0648\u0636 \u0627\u0644\u0642\u0631\u0637\u0627\u0633) abr\u00e9viation de Kit\u0101b al-\u0101n\u012bs al-mu\u1e6drib bi-raw\u1e0d al-qir\u1e6d\u0101s f\u012b \u0101khb\u0101r mul\u016bk al-maghrab wa t\u0101r\u012bkh mad\u012bnah F\u0101s (\u0627\u0644\u0623\u0646\u064a\u0633 \u0627\u0644\u0645\u0637\u0631\u0628 \u0628\u0631\u0648\u0636 \u0627\u0644\u0645\u063a\u0631\u0628 \u0627\u0644\u0642\u0631\u0637\u0627\u0633 \u0623\u062e\u0628\u0627\u0631 \u0645\u0644\u0648\u0643 \u0627\u0644\u0645\u063a\u0631\u0628 \u0648\u062a\u0627\u0631\u064a\u062e \u0645\u062f\u064a\u0646\u0629 \u0641\u0627\u0633, (Le livre d&rsquo;accompagnement divertissant dans le jardin des pages de la Chronique des Rois du Maroc et de l&rsquo;Histoire de la ville de F\u00e8s) est une histoire du Maroc \u00e9crite en arabe au 1326\u00e8me si\u00e8cle. E. Il comprend de nombreux d\u00e9tails sur l&rsquo;ensemble de l&#8217;empire marocain dans la p\u00e9ninsule ib\u00e9rique et en Alg\u00e9rie. L&rsquo;ouvrage est g\u00e9n\u00e9ralement connu sous son titre abr\u00e9g\u00e9 Rawd al-Qirtas, qui signifie \u00ab\u00a0Le jardin des pages\u00a0\u00bb. On dit que cela a une double signification dans la mesure o\u00f9 il y avait un jardin public \u00e0 F\u00e8s appel\u00e9 Le Jardin d&rsquo;al-Qirtas, ce dernier nom \u00e9tant un surnom de Ziri ibn Atiyya. Cette \u0153uvre a toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s populaire au Maroc, et elle l&rsquo;est encore aujourd&rsquo;hui. Dans les jours pr\u00e9c\u00e9dant l&rsquo;impression, cette popularit\u00e9 a conduit \u00e0 un grand nombre de variantes de manuscrits. Il en r\u00e9sulte une certaine incertitude quant \u00e0 l&rsquo;auteur, qui est d\u00e9sign\u00e9 dans certaines versions comme Ibn Abi Zar de F\u00e8s, et par certains comme Salih ibn Abd al-Halim de Grenade. Le consensus de l&rsquo;opinion moderne est que l&rsquo;auteur original est Ibn Abi Zar, comme l&rsquo;a d\u00e9clar\u00e9 Ibn Khaldoun, et qu&rsquo;Abd al-Halim n&rsquo;est au mieux qu&rsquo;un r\u00e9sum\u00e9. La double signification du titre, l&rsquo;histoire d\u00e9taill\u00e9e de F\u00e8s et les nombreuses erreurs dans la g\u00e9ographie de la p\u00e9ninsule ib\u00e9rique, sont cit\u00e9es comme preuve que l&rsquo;auteur \u00e9tait originaire de F\u00e8s. L&rsquo;histoire s&rsquo;\u00e9tend de l&rsquo;av\u00e8nement d&rsquo;Idris Ier en 788 \u00e0 la dynastie des M\u00e9rinides jusqu&rsquo;en 1326.<\/p>\n<p><strong>Traduction fran\u00e7aise<\/strong> : A. Beaumier, <em>Rawd al Kirtas. Histoire des Souverains du Maghreb et Annales de la Ville de Fes<\/em>. Editions La Porte, Rabat, 1999.<\/p>\n<p><strong>Traduction espagnole<\/strong> : A. Huici Miranda, <em>Rawd el-Qirtas<\/em>. 2e \u00e9dition, Anubar Ediciones, Valence, 1964. Vol. 1 ISBN 84-7013-007-2, vol. 2 ISBN 84-7013-013-7.<\/p>\n<p><strong>Traduction anglaise des sections sur les Almoravides<\/strong> : N. Levtzion &amp; J.F.P. Hopkins, <em>Corpus des sources arabes anciennes pour l&rsquo;histoire de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest<\/em>, Cambridge University Press, 1981, ISBN 0-521-22422-5 (r\u00e9impression : Markus Wiener, Princeton, 2000, ISBN 1-55876-241-8)<\/p>\n<p>https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Rawd_al-Qirtas<\/p>\n[4] Cf. Chtatou, M. \u00ab Emigration of Moroccan Jews to Israel in the 20th Century \u00bb in <em>Eurasia Raview <\/em><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.eurasiareview.com\/05032018-emigration-of-jews-of-morocco-to-israel-in-20th-century-analysis\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/www.eurasiareview.com\/05032018-emigration-of-jews-of-morocco-to-israel-in-20th-century-analysis\/<\/a><\/p>\n[5]Leo Africanus, en italien Giovanni Leone, en arabe original al-\u1e24asan ibn Mu\u1e25ammad al-Wazz\u0101n al-Zayy\u0101t\u012b ou al-F\u0101s\u012b, (n\u00e9 vers 1485 \u00e0 Grenade, Royaume de Grenade [Espagne] &#8211; mort vers 1554 \u00e0 Tunis. Voyageur dont les \u00e9crits sont rest\u00e9s pendant quelque 400 ans l&rsquo;une des principales sources d&rsquo;information sur l&rsquo;Islam en Europe. Vers 1526, il acheva sa plus grande \u0153uvre, <em>Descrittione dell&rsquo;Africa<\/em> (<em>A Geographical Historie of Africa<\/em>, 1600). Il est finalement retourn\u00e9 en Afrique du Nord, o\u00f9 il serait mort en tant que musulman.<\/p>\n[6] <a href=\"http:\/\/adafes.com\/download\/down\/Historique%20de%20Sefrou%20par%20Si%20Bekkai%A8.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">http:\/\/adafes.com\/download\/down\/Historique%20de%20Sefrou%20par%20Si%20Bekkai%A8.pdf<\/a><\/p>\n[7] Cf. Colette. 1920. <em>Notes marocaines<\/em>. Texte \u00e9crit en 1920 et publi\u00e9 en 1958. \u00c9ditions Mermod Gen\u00e8ve.<\/p>\n[8] <a href=\"https:\/\/www.aiu.org\/fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/www.aiu.org\/fr<\/a><\/p>\n[9] Cf. Stillman, N. A. 1988. <em>The Language and Culture of the Jews of Sefrou : An Ethnolinguistic Study.<\/em> Manchester\u00a0: University of Manchester.<\/p>\n[10] Cf. Foucauld, Vicomte C. 1888. <em>Reconnaissance au Maroc\u00a0: 1883-1884<\/em>. Paris\u00a0: Challamet et C<sup>ie<\/sup>, Editeurs, Librairie Orientale.<\/p>\n[11] Dhimm\u012b (en arabe : \u0627\u0644\u0630\u0645\u0629 \u1e0fimm\u012b, IPA : [\u02c8\u00f0\u026ammi\u02d0], collectivement \u0623\u0647\u0644 \u0627\u0644\u0630\u0645\u0629 ahl ul-\u1e0fimmah\/dhimmah \u00ab\u00a0le peuple de la dhimma\u00a0\u00bb) est un terme historique d\u00e9signant les non-musulmans vivant dans un \u00c9tat islamique b\u00e9n\u00e9ficiant d&rsquo;une protection juridique. Le mot signifie litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0personne prot\u00e9g\u00e9e\u00a0\u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;obligation de l&rsquo;\u00c9tat, en vertu de la charia, de prot\u00e9ger la vie, les biens et la libert\u00e9 de religion de l&rsquo;individu, en \u00e9change de sa loyaut\u00e9 envers l&rsquo;\u00c9tat et du paiement de la taxe de jizya, qui compl\u00e8te la zakat, ou aum\u00f4ne obligatoire, pay\u00e9e par les sujets musulmans. Les dhimmis \u00e9taient exempt\u00e9s de certains devoirs assign\u00e9s sp\u00e9cifiquement aux musulmans et ne jouissaient pas de certains privil\u00e8ges et libert\u00e9s r\u00e9serv\u00e9s aux musulmans, mais \u00e9taient par ailleurs \u00e9gaux en vertu des lois sur la propri\u00e9t\u00e9, les contrats et les obligations.<\/p>\n<p>Cf. Mark. R. Cohen : <em>Under Crescent and Cross : The Jews in the Middle Ages. Princeton University Press<\/em>, 1994.<\/p>\n[12] Cf. Bazin, R. 1921. <em>Charles de Foucauld\u00a0: Explorateur du Maroc, Ermite au Sahara<\/em>. Paris\u00a0: Plon. P. 25.<\/p>\n[13] Cf. Reeva Simon Spector, Michael Menachem Laskier and Sara Reguer Say in \u00ab\u00a0<strong>The Jews of the Middle East and North Africa in Modern Times<\/strong> \u00a0\u00bb (Columbia University Press, 2003)<\/p>\n[14] Cf. Sina Rauschenbach and Jonathan Schorsch, \u00ab\u00a0<strong>The Sephardic Atlantic : Colonial Histories and Postcolonial Perspectives<\/strong>\u00a0\u00bb (Editions Springer, 2019)<\/p>\n[15] Cf. Koehler R.P. Henry. La grotte dite \u00ab du Juif \u00bb \u00e0 Sefrou (Maroc). In : Bulletin de la Soci\u00e9t\u00e9 pr\u00e9historique de France, tome 51, n\u00b09-10, 1954. pp. 414-418 ; doi : https:\/\/doi.org\/10.3406\/bspf.1954.3135 https:\/\/www.persee.fr\/doc\/bspf_0249-7638_1954_num_51_9_3135<\/p>\n[16] <a href=\"https:\/\/www.iemed.org\/observatori\/arees-danalisi\/arxius-adjunts\/afkar\/afkar-idees-25\/Des%20saints-%20des%20saints%20et%20des%20saints....pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/www.iemed.org\/observatori\/arees-danalisi\/arxius-adjunts\/afkar\/afkar-idees-25\/Des%20saints-%20des%20saints%20et%20des%20saints&#8230;.pdf<\/a><\/p>\n[17] Cf. Saisset, P. 1930. <em>Heures juives au Maroc. Paris\u00a0:<\/em>\u00a0\u00e9ditions Rieder.<\/p>\n[18] Ibid.<\/p>\n[19] Ibid.<\/p>\n[20] Ibid.<\/p>\n[21] Ibid.<\/p>\n[22] Ibid<\/p>\n[23] Cf. Geertz, C. ; Hildred Geertz et Lawrence Rosen. 1979. <strong>Meaning and Order in Moroccan Society<\/strong><strong>: Three Essays in Cultural Analysis<\/strong>. New York: Cambridge University Press.<\/p>\n[24] Cf.\u00a0 Geertz, C. 1992.\u00a0 <strong>Observing Islam : Religious Development in Morocco and Indonesia<\/strong>. Paris\u00a0: La D\u00e9couverte,<\/p>\n[25] Cf. <strong>Clifford Geertz, Le Souk de Sefrou. Sur l\u2019\u00e9conomie de bazar<\/strong>, Traduction et pr\u00e9sentation de Daniel Cefa\u00ef, Saint-Denis, \u00e9d. Bouch\u00e8ne, 2003, 263 pages<\/p>\n[26] Cf. Introduction \u00e0 <strong>: Clifford Geertz, Le Souk de Sefrou. Sur l\u2019\u00e9conomie de bazar<\/strong>, paru aux \u00c9ditions Bouch\u00e8ne, 2003, p.13<\/p>\n[27] Cf. : Clifford Geertz, 1979, \u00ab Suq : The Bazaar Economy in Sefrou \u00bb, <em>in<\/em>\u00a0Clifford Geertz, L. Geertz, H. Rosen,\u00a0<em>Meaning and Order in Maroccan Society\u00a0: Three Essays in Cultural Analysis<\/em>, Cambridge, Cambridge University Press.<\/p>\n[28] Cf. Geertz, C. 1963, <strong>Peddlers and Princes. Social Development and Economic Change in Two Indonesian Towns<\/strong>, Chicago\u00a0: Chicago University Press.<\/p>\n[29] Cf. Fred Inglis, Clifford Geertz. Culture, Custom and Ethics, Cambridge, Polity Press, 2000.<\/p>\n<p>\u00ab <em>Il s&rsquo;agit de la premi\u00e8re \u00e9tude en grandeur r\u00e9elle des travaux de Clifford Geertz, qui est l&rsquo;un des anthropologues les plus connus au monde aujourd&rsquo;hui. Dans une introduction vivante et accessible \u00e0 son travail, Fred Inglis situe la pens\u00e9e de Geertz dans le contexte de sa vie et de son \u00e9poque, en passant en revue ses quarante ans d&rsquo;existence.<\/em><\/p>\n<p><em>Le livre commence par une biographie longue d&rsquo;un chapitre, et place Geertz dans la tradition anthropologique dont il s&rsquo;est d\u00e9tach\u00e9 de mani\u00e8re si d\u00e9cisive. Cette rupture a \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9e par les travaux de Wittgenstein et de Kenneth Burke, qui ont fourni \u00e0 Geertz l&rsquo;impulsion n\u00e9cessaire pour construire sa th\u00e9orie de l&rsquo;action symbolique. Cette th\u00e9orie s&rsquo;opposait vigoureusement \u00e0 l&rsquo;idiome dominant de la recherche scientifique dans les sciences humaines, et depuis lors, Geertz a men\u00e9 la pratique de ces sciences dans une direction tout \u00e0 fait diff\u00e9rente.<\/em><\/p>\n<p><em>Les progr\u00e8s de Geertz sont d\u00e9crits en d\u00e9tail par son travail sur le terrain \u00e0 Java, Bali et au Maroc, ainsi que par son travail \u00e0 l&rsquo;Institute for Advanced Study de Princeton. Ses deux remarquables recueils d&rsquo;essais, l&rsquo;Interpr\u00e9tation des cultures et les Connaissances locales, sont r\u00e9sum\u00e9s et critiqu\u00e9s avec enthousiasme. L&rsquo;essai c\u00e9l\u00e8bre et controvers\u00e9 sur le combat de coqs balinais est d\u00e9fendu contre ses critiques, et dans une conclusion \u00e9tendue, son compte-rendu du Th\u00e9\u00e2tre-\u00c9tat balinais est, comme le sugg\u00e8re Geertz, propos\u00e9 comme une m\u00e9thode plus ad\u00e9quate pour l&rsquo;\u00e9tude combin\u00e9e de la culture et de la politique que l&rsquo;application routini\u00e8re par les professionnels de concepts lourds tels que le \u00ab\u00a0pouvoir\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0statut\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p><em>Ce livre offre un aper\u00e7u complet de l&rsquo;un des penseurs contemporains les plus captivants, lucides et divertissants et, ce faisant, fait \u00e0 nouveau de l&rsquo;anthropologie la science populaire. Il sera d&rsquo;un grand int\u00e9r\u00eat pour les anthropologues ainsi que pour les \u00e9tudiants et les chercheurs en \u00e9tudes culturelles<\/em>\u00a0\u00bb. (De l&rsquo;int\u00e9rieur du rabat du livre.)<\/p>\n[30] Le Mellah sefrou occupait la moiti\u00e9 de la M\u00e9dina et en 1948, sa population totale \u00e9tait de 5000 habitants (la densit\u00e9 \u00e9tait de 415 815 par km2, l&rsquo;une des plus \u00e9lev\u00e9es au monde). La sefrou abrite les tombes de plusieurs saints juifs tels que Mosh\u00e9 Elbaz, les Ma\u00eetres de la Grotte, Eliahou Harroch et David Arazil. La ville de Sefrou a \u00e9t\u00e9 surnomm\u00e9e la \u00ab\u00a0Petite J\u00e9rusalem\u00a0\u00bb en raison de sa forte densit\u00e9 juive et de sa vie religieuse tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9e. Au lendemain de l&rsquo;ind\u00e9pendance du Maroc, un rabbin de Sefrou a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu au Parlement marocain.<\/p>\n[31] Op.cit. <em>Meaning and Order in Moroccan Society<\/em><em>: Three Essays in Cultural Analysis<\/em>, p. 164.<\/p>\n[32] Op.cit. <em>Meaning and Order in Moroccan Society<\/em><em>: Three Essays in Cultural Analysis<\/em>, p. 170.<\/p>\n[33] Cf. Chtatou, Mohamed. 2009. \u00ab La diversit\u00e9 culturelle et linguistique au Maroc : pour un multicultiralisme dynamique \u00bb. <em>Asinag 2. <\/em><a href=\"http:\/\/www.ircam.ma\/sites\/default\/files\/doc\/revueasing\/mohamed_chtatou_asinag2fr.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">http:\/\/www.ircam.ma\/sites\/default\/files\/doc\/revueasing\/mohamed_chtatou_asinag2fr.pdf<\/a><\/p>\n[34] Op.cit. <em>Meaning and Order in Moroccan Society<\/em><em>: Three Essays in Cultural Analysis<\/em>, p. 165.<\/p>\n[35] Cf. \u00a0<em>La vie juive au Maroc \u2013 Arts et Traditions. <\/em>Ouvrage \u00e9dit\u00e9 par A. Muller-Lancet et D. Champault, Tel Aviv, 1986, p. 3<\/p>\n[36] Remarques d&rsquo;Alix de Rothschild pr\u00e9sentant l&rsquo;exposition (1973).<\/p>\n[37] \u00ab\u00a0Entre paradis perdu et terre promise\u00a0\u00bb, Auteurs : David Assouline ; Luc Decaster ; et Mehdi Lallaoui<br \/>\nEditeur : Paris : M\u00e9moires Vives Production [prod.], 1997.<br \/>\nL&rsquo;histoire de l&rsquo;immigration en Isra\u00ebl des derniers Juifs de Sefrou au Maroc.<\/p>\n<p>Les Juifs de Sefrou sont plus connus pour le commerce. Mais David Assouline, 54 ans, a choisi une autre voie : l&rsquo;histoire et l&rsquo;activisme dans les rangs des mouvements \u00e9tudiants d&rsquo;extr\u00eame gauche. Son autre passion est la question de l&rsquo;immigration \u00e0 laquelle il a consacr\u00e9 plusieurs livres. Il a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;une des figures embl\u00e9matiques de la \u00ab\u00a0Marche du Bers\u00a0\u00bb en 1983. Militant trotskiste, il rejoint finalement le parti socialiste en 1995 et devient secr\u00e9taire national en charge des questions de d\u00e9fense. Tr\u00e8s proche de S\u00e9gol\u00e8ne Royal et de Martine Aubry, il est \u00e9galement conseiller de la ville de Paris et s\u00e9nateur depuis 2004. Il se rend assez souvent au Maroc o\u00f9 il a plusieurs amis dans les partis de gauche marocains. En plus de ses multiples responsabilit\u00e9s, il est aujourd&rsquo;hui l&rsquo;un des porte-parole du PS.<\/p>\n[38] Sefrou, J\u00e9rusalem du Maroc. Arte, 20h45, documentaire. Carte blanche aux 2 Be 3. MCM, October 15, 1997.<\/p>\n[39] En 1996, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 par l&rsquo;Organisation de la coop\u00e9ration islamique (OCI) pour diriger une mission d&rsquo;enqu\u00eate sur les besoins \u00e9ducatifs de l&rsquo;Autorit\u00e9 palestinienne. Apr\u00e8s avoir obtenu un visa de la repr\u00e9sentation diplomatique isra\u00e9lienne \u00e0 Rabat, je suis parti avec mon groupe de diplomates mauritaniens et maliens en Jordanie. Le lendemain, nous avons \u00e9t\u00e9 conduits \u00e0 la fronti\u00e8re et avons travers\u00e9 \u00e0 pied vers Isra\u00ebl o\u00f9 nous avons \u00e9t\u00e9 re\u00e7us dans un bureau mobile par de belles femmes agents d&rsquo;immigration. \u00c9tant donn\u00e9 que mes compagnons avaient des passeports diplomatiques et que moi non, j&rsquo;ai remis les passeports aux fonctionnaires isra\u00e9liens avec le mien en dernier. Une demi-heure plus tard, une belle jeune femme, s\u00fbrement leur sup\u00e9rieure, est sortie tout sourire et a appel\u00e9 mon nom, m&rsquo;a embrass\u00e9 sur les joues et a dit en arabe marocain : \u00a0\u00bb <strong><em>nta weld bledi, ana mrrakchiya<\/em><\/strong> \u00a0\u00bb (Vous \u00eates de ma patrie d\u2019origine, je suis de Marrakech.) Apr\u00e8s, elle nous a offert du caf\u00e9, des biscuits et du soda et appela une limousine pour nous emmener au terminal o\u00f9 des officiels palestiniens nous attendaient.<\/p>\n[40] <a href=\"https:\/\/www.constituteproject.org\/constitution\/Morocco_2011.pdf?lang=en\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/www.constituteproject.org\/constitution\/Morocco_2011.pdf?lang=en<\/a><\/p>\n<p><strong>Bibliographie :<\/strong><\/p>\n<p>Bazin, R. 1921. <em>Charles de Foucauld : Explorateur du Maroc, Ermite au Sahara<\/em>. Paris : Plon.<\/p>\n<p>Beaumier, A. 1999.\u00a0 <em>Rawd al Kirtas. Histoire des Souverains du Maghreb et Annales de la Ville de F\u00e8s<\/em>. Rabat : Editions La Porte.<\/p>\n<p>Cefa\u00ef, D. 2003. <em>Clifford Geertz, Le souk de Sefrou. Sur l\u2019\u00e9conomie de bazar<\/em>. Traduction et pr\u00e9sentation de Daniel Cefa\u00ef. Saint-Denis : \u00e9d. Bouch\u00e8ne.<\/p>\n<p>Chafai El Alaoui, C. 1983. \u00ab Naissance et d\u00e9veloppement d&rsquo;une municipalit\u00e9 marocaine sous le protectorat fran\u00e7ais : S\u00e9frou (1912-1956) \u00bb, th\u00e8se de doctorat de 3e cycle, Universit\u00e9 Paris I Panth\u00e9on-Sorbonne.<\/p>\n<p>Chtatou, M. 2019. \u00ab Expulsion Of Sephardic Jews from Spain In 1492 And Their Relocation And Success In Morocco \u00bb. In\u00a0: Eurasia <em>Review<\/em> of September 5, 2019. <a href=\"https:\/\/www.eurasiareview.com\/05092019-expulsion-of-sephardic-jews-from-spain-in-1492-and-their-relocation-and-success-in-morocco-analysis\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/www.eurasiareview.com\/05092019-expulsion-of-sephardic-jews-from-spain-in-1492-and-their-relocation-and-success-in-morocco-analysis\/<\/a><\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;2018. \u00ab Emigration of Moroccan Jews to Israel in the 20th Century \u00bb. In\u00a0: <em>Eurasia Review<\/em> of March 5, 2018. <a href=\"https:\/\/www.eurasiareview.com\/05032018-emigration-of-jews-of-morocco-to-israel-in-20th-century-analysis\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/www.eurasiareview.com\/05032018-emigration-of-jews-of-morocco-to-israel-in-20th-century-analysis\/<\/a><\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;2009. \u00ab La diversit\u00e9 culturelle et linguistique au Maroc : pour un multicultiralisme dynamique \u00bb. In\u00a0: <em>Asinag 2<\/em>. <a href=\"http:\/\/www.ircam.ma\/sites\/default\/files\/doc\/revueasing\/mohamed_chtatou_asinag2fr.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">http:\/\/www.ircam.ma\/sites\/default\/files\/doc\/revueasing\/mohamed_chtatou_asinag2fr.pdf<\/a><\/p>\n<p>Cohen, Mark. R. 1994. <em>Under Crescent and Cross : The Jews in the Middle Ages.<\/em> Princeton University Press.<\/p>\n<p>Colette. 1920. <em>Notes marocaines<\/em>. Texte \u00e9crit en 1920 et publi\u00e9 en 1958. Gen\u00e8ve : \u00c9ditions Mermod.<\/p>\n<p>De P\u00e9rigny, M. 1917<em>. Au Maroc : F\u00e8s, la capitale du Nord<\/em>. Paris : chez Pierre Roger &amp; Cie.<\/p>\n<p>Foucauld, Vicomte C. 1888. <em>Reconnaissance au Maroc : 1883-1884<\/em>. Paris : Challamet et Cie, Editeurs, Librairie Orientale.<\/p>\n<p>Geertz, C. ; Hildred Geertz et Lawrence Rosen. 1979. <em>Meaning and Order in Moroccan Society : Three Essays in Cultural Analysis<\/em>. New York : Cambridge University Press.<\/p>\n<p>Geertz, C. 1992.\u00a0 <em>Observing Islam : Religious Development in Morocco and Indonesia<\/em>. Paris : La D\u00e9couverte.<\/p>\n<p>Hoffman, Bernard G. 1967. <em>The Structure of Traditional Moroccan Rural Society<\/em>. The Hague and Paris : Mouton.<\/p>\n<p>Inglis, F.2000. Clifford Geertz : <em>Culture Custom and Ethics<\/em>. Cambridge\u00a0: Polity Press.<\/p>\n<p>Koehler, R.P. Henry. \u00ab La grotte dite \u00ab du Juif \u00bb \u00e0 Sefrou (Maroc) \u00bb. In : <em>Bulletin de la Soci\u00e9t\u00e9 pr\u00e9historique de France, tome 51<\/em>, n\u00b09-10, 1954.<\/p>\n<p>Levtzion, A. &amp; J.F.P. Hopkins. 1981. Corpus of early Arabic sources for West African history. Cambridge : Cambridge University Press.<\/p>\n<p>Miranda, A.H. 1964. Rawd el-Qirtas. 2nd edition. Valencia : Anubar Ediciones, Vol. 1.<\/p>\n<p>Muller-Lancet, A. et D. Champault, eds. 1986.\u00a0 La vie juive au Maroc \u2013 Arts et Traditions. Tel Aviv.<\/p>\n<p>Saisset, P. 1930. Heures juives au Maroc. Paris : \u00e9ditions Rieder.<\/p>\n<p>Spector, Reeva Simon ; Michael Menachem Laskier and Sara Reguer. 2003. <em>The Jews of the Middle East and North Africa in Modern Times<\/em>. Columbia University Press.<\/p>\n<p>Stillman, N. A. 1988. <em>The Language and Culture of the Jews of Sefrou : An Ethnolinguistic Study<\/em>. Manchester : University of Manchester.<\/p>\n<p>Rauschenbach, Sina and Jonathan Schorsch. 2019. <em>The Sephardic Atlantic : Colonial Histories and Postcolonial Perspectives<\/em>. Editions Springer.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une ville de tol\u00e9rance proverbiale Au nord du Maroc, non loin de la ville imp\u00e9riale de F\u00e8s, se trouve la localit\u00e9 de Sefrou, dans le giron de l&rsquo;Atlas. C&rsquo;\u00e9tait au XIXe et au XXe si\u00e8cle un havre de paix et de convivialit\u00e9 o\u00f9 musulmans et juifs vivaient en totale communion. 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