{"id":2517,"date":"2020-04-18T20:35:21","date_gmt":"2020-04-18T20:35:21","guid":{"rendered":"http:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=2517"},"modified":"2020-04-18T20:38:05","modified_gmt":"2020-04-18T20:38:05","slug":"les-fraises-des-inegalites","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/les-fraises-des-inegalites\/","title":{"rendered":"Les fraises des in\u00e9galit\u00e9s"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_2521\" aria-describedby=\"caption-attachment-2521\" style=\"width: 375px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2521 size-medium\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Une-femme-montrant-une-fraise-dans-une-plantation-au-Maroc.-Photo-de-S%C3%A9verine-Sajous.-375x250.jpeg?resize=375%2C250\" alt=\"\" width=\"375\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Une-femme-montrant-une-fraise-dans-une-plantation-au-Maroc.-Photo-de-S%C3%A9verine-Sajous..jpeg?resize=375%2C250&amp;ssl=1 375w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Une-femme-montrant-une-fraise-dans-une-plantation-au-Maroc.-Photo-de-S%C3%A9verine-Sajous..jpeg?resize=1024%2C682&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Une-femme-montrant-une-fraise-dans-une-plantation-au-Maroc.-Photo-de-S%C3%A9verine-Sajous..jpeg?w=1280&amp;ssl=1 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 375px) 100vw, 375px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2521\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #0000ff;\">Una mujer muestra una fresa en una plantaci\u00f3n de Marruecos. Foto de S\u00e9verine Sajous.<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>Par Quique Badia, Maria Altimira et David Meseguer. Photographies de Pablo Tosco et S\u00e9verine Sajous.<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><em>Le commerce des fruits rouges des deux c\u00f4t\u00e9s de l&rsquo;Atlantique, au nord du Maroc et dans le sud de l&rsquo;Espagne, ne s&rsquo;explique pas sans les in\u00e9galit\u00e9s frontali\u00e8res. La pauvret\u00e9, les vuln\u00e9rabilit\u00e9s et un secteur \u00e9conomique en expansion sont \u00e0 l\u2019origine de ce qui motive les femmes marocaines \u00e0 traverser le d\u00e9troit pour travailler la fraise dans la province de Huelva.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">La ville de Larache, l&rsquo;ancienne Lixus, est une ville sous pression par une planification urbaine d\u00e9sordonn\u00e9e et une pr\u00e9sence in\u00e9gale de b\u00e2timents selon le coin de la ville o\u00f9 vous vous trouvez. Dans la zone c\u00f4ti\u00e8re, beaucoup plus touristique, se dresse l&rsquo;H\u00f4tel Espa\u00f1a, en face de la Place de la Lib\u00e9ration (anciennement Plaza de Espa\u00f1a), h\u00e9rit\u00e9e du protectorat espagnol qui a pr\u00e9valu au cours de la deuxi\u00e8me d\u00e9cennie du XX\u00e8me si\u00e8cle. La p\u00e9riph\u00e9rie est tr\u00e8s diff\u00e9rente, avec des rues non pav\u00e9es et des bidonvilles, mais le contraste avec le monde rural de la province est encore plus prononc\u00e9. C&rsquo;est dans cette p\u00e9riph\u00e9rie de la p\u00e9riph\u00e9rie, dans les villages qui entourent Larache ou la r\u00e9gion de K\u00e9nitra, c\u2019est o\u00f9 se concentre la production de fruits rouges et d&rsquo;o\u00f9 viennent les femmes qui se consacrent \u00e0 la cueillette des fraises dans les champs de Huelva.<\/p>\n<p>Hasnae, un faux pr\u00e9nom que nous utilisons pour pr\u00e9server l&rsquo;identit\u00e9 de l&rsquo;interview\u00e9e, travaille dans la succursale de Larache d&rsquo;une entreprise espagnole. Apr\u00e8s avoir averti \u00ab\u00a0Le Monde Amazigh\u00a0\u00bb qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas l&rsquo;intention de risquer son salaire, explique qu&rsquo;avoir un emploi dans ce secteur est un privil\u00e8ge si on le compare aux conditions qu&rsquo;ont les travailleuses du textile ou des services domestiques et qu&rsquo;elle, apr\u00e8s 15 ans de travail dans la m\u00eame entreprise, occupe un poste qui ne l&rsquo;oblige pas \u00e0 \u00eatre sur le terrain du lever au coucher du soleil. De plus, ajoute-t-elle, vivre dans le monde rural plut\u00f4t qu&rsquo;en ville, comme c&rsquo;est son cas, est un avantage si votre objectif est de travailler comme temporaire \u00e0 Huelva. \u00ab\u00a0Les femmes des villes ne nous accueillent pas!\u00a0\u00bb, explique-t-elle.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\u00c0 des fins pratiques, il n&rsquo;y a rien d&rsquo;\u00e9crit sur ce qui rend un travailleur temporaire admissible. Avec toutes les femmes que nous avons eu l&rsquo;occasion de parler, une dizaine, l&rsquo;entit\u00e9 en charge de la s\u00e9lection, l&rsquo;Agence Nationale pour la Promotion de l&rsquo;Emploi et des Comp\u00e9tences (ANAPEC) leur a demand\u00e9 d\u2019amener les actes de naissance de leurs enfants pour v\u00e9rifier qu\u2019elles avaient \u00e0 leur charge des enfants mineurs. Une fa\u00e7on d&rsquo;assurer leur retour. La plupart d&rsquo;entre elles viennent du monde rural, sont analphab\u00e8tes et ne parlent que le\u00a0<em>darija<\/em>, l&rsquo;arabe dialectal marocain. Dans tous les cas, il n&rsquo;\u00e9tait pas n\u00e9cessaire d&rsquo;exiger une exp\u00e9rience ant\u00e9rieure dans la cueillette des fraises. Certains attributs, tous, qui les rendent beaucoup plus vuln\u00e9rables aux champs du sud de l&rsquo;Andalousie. Bien que l&rsquo;exposition aux abus ne soit pas le risque exclusif des travailleuses qui traversent le d\u00e9troit.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>R\u00e9alit\u00e9 marocaine: m\u00eames all\u00e9gations d&rsquo;abus pour moins d&rsquo;argent<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Oumaima est le pseudonyme que nous utilisons pour une femme dans la quarantaine, divorc\u00e9e et avec un fils de 16 ans qui vit dans une ville pr\u00e8s de K\u00e9nitra. Cette ann\u00e9e, elle a tent\u00e9 sa chance, avec pr\u00e8s de cinquante autres femmes pour aller travailler \u00e0 Huelva: ils ont exig\u00e9 sa carte d&rsquo;identit\u00e9, un certificat de divorce et 100 dirhams pour les frais li\u00e9s au processus. Un chiffre qui n&rsquo;aurait pas d\u00fb \u00eatre pay\u00e9 et qui pourrait \u00eatre un indice de corruption du responsable local. Enfin, ils ne l&rsquo;ont pas choisie, all\u00e9guant qu&rsquo;ils avaient choisi d&#8217;embaucher toutes les femmes qui avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9es l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re. Cependant, Le Monde Amazigh a pu v\u00e9rifier que ce n&rsquo;\u00e9tait pas le cas pour une entreprise.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">L&rsquo;exp\u00e9rience ne pouvait pas \u00eatre un pr\u00e9texte: Oumaima travaille dans les champs depuis l&rsquo;\u00e2ge de 14 ans, avant que l&rsquo;\u00e2ge l\u00e9gal ne soit fix\u00e9 \u00e0 15, et passe 18 ans pour les travaux p\u00e9rilleux. Elle a travaill\u00e9 avec quatre entreprises depuis, avec une parenth\u00e8se lorsqu&rsquo;elle s\u2019est mari\u00e9e et jusqu&rsquo;\u00e0 sa s\u00e9paration en 2007, et elle a quinze ans d&rsquo;exp\u00e9rience accumul\u00e9e au total.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Dans le cadre du soi-disant processus de Barcelone, lanc\u00e9 en 1995, un engagement a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9 dans le but fix\u00e9 en 2010 de cr\u00e9er une zone de libre-\u00e9change entre l&rsquo;Union europ\u00e9enne (UE) et plusieurs pays m\u00e9diterran\u00e9ens non membres de l&rsquo;UE, dont le Maroc. Les n\u00e9gociations de lib\u00e9ralisation agricole avec la monarchie alaouite ont d\u00e9but\u00e9 en f\u00e9vrier 2006 et se sont poursuivies jusqu&rsquo;en d\u00e9cembre 2009. Entre ces ann\u00e9es, l&rsquo;ex\u00e9cutif marocain a lanc\u00e9 ce qu&rsquo;il a appel\u00e9 le \u00ab\u00a0Plan vert\u00a0\u00bb, un programme pour tenter d&rsquo;attirer l&rsquo;investissement \u00e9tranger et qui, entre autres, pr\u00e9voyait le transfert de terres de propri\u00e9t\u00e9 publique \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. Les particuliers et les entreprises marocaines ont conserv\u00e9 la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re et le contr\u00f4le de la gestion pendant une grande partie de la journ\u00e9e, mais des soci\u00e9t\u00e9s \u00e9trang\u00e8res, espagnoles, mais aussi am\u00e9ricaines, n\u00e9erlandaises ou m\u00eame mexicaines, ont repris (et reprennent) en charge tout ce qui concerne l&rsquo;exportation vers les march\u00e9s internationaux. Ce sont les ann\u00e9es o\u00f9 l&rsquo;on passe de cultiver les oranges \u00e0 cultiver les fraises, une activit\u00e9, la seconde, devenue plus importante aujourd&rsquo;hui dans les provinces de Larache et de K\u00e9nitra et qui emploie un tr\u00e8s grand nombre de femmes de la r\u00e9gion.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Ayachi Kazal, un v\u00e9t\u00e9ran syndicaliste \u00e0 Larache, membre de la plus grande centrale syndicale du Maroc, l&rsquo;Union marocaine du travail (UMT), rapporte au journal Le Monde Amazigh cinq probl\u00e8mes sur la situation des femmes travaillant dans la campagne marocaine. Selon Kazal, le premier et le principal probl\u00e8me qui constitue les obstacles \u00e0 la libert\u00e9 syndicale des employeurs. \u00ab\u00a0Sans possibilit\u00e9 d&rsquo;organisation\u00a0\u00bb, explique le syndicaliste, \u00ab\u00a0les travailleurs de la fraise sont expos\u00e9s \u00e0 des heures suppl\u00e9mentaires non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es, \u00e0 des injures, \u00e0 du harc\u00e8lement sexuel, \u00e0 l\u2019interdiction d&rsquo;aller aux toilettes et \u00e0 devoir attendre longtemps avant de prendre le transport qui les ram\u00e8nent \u00e0 la maison une fois la journ\u00e9e termin\u00e9e\u00a0\u00bb. Une probl\u00e9matique, celle de la mobilit\u00e9, s&rsquo;\u00e9tend bien au-del\u00e0 du secteur agricole: les conducteurs ont tendance \u00e0 surcharger les v\u00e9hicules, qui transportent souvent du b\u00e9tail, dans le but de gagner plus d&rsquo;argent, et les accidents finissent par \u00eatre aussi courants que mortels. Une situation qui, malgr\u00e9 des am\u00e9liorations de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, qui continue \u00e0 repr\u00e9senter un s\u00e9rieux danger pour la vie de la main-d&rsquo;\u0153uvre rurale. Et tout cela pour une somme d\u2019argent d\u2019environ 73 dirhams par jour.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Khadija Zighighi, pr\u00e9sidente de l&rsquo;association Shaml, d\u00e9di\u00e9e, entre autres, \u00e0 la formation et au soutien des femmes rurales de la province de K\u00e9nitra, va encore plus loin que Kazal. Elle confesse qu&rsquo;elles ont d\u00fb s&rsquo;occuper de femmes tomb\u00e9es enceintes apr\u00e8s que certains patrons de leur entreprise les aient agress\u00e9es sexuellement, et que leurs familles les ont r\u00e9pudi\u00e9es. Shaml m\u00e8ne un travail de m\u00e9diation avec les familles afin qu&rsquo;elles ne les rejettent pas. Une situation aggrav\u00e9e par le fait que dans les champs on trouve des filles \u00e2g\u00e9es de 12 et 14 ans, mais aussi des veuves ou mari\u00e9es, dont la grande majorit\u00e9 est analphab\u00e8te. La possibilit\u00e9 de porter plainte est rare: \u00ab\u00a0Les honoraires d&rsquo;un avocat r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 peuvent s&rsquo;\u00e9lever entre 3 000 et 5 000 dirhams, et la plupart des avocats publics ne sont pas du tout comp\u00e9tents\u00a0\u00bb, explique Zighighi. L&rsquo;absence de d\u00e9fense de ces femmes est absolue.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>Fronti\u00e8res des in\u00e9galit\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Oumaima explique que c&rsquo;est le seul mode de vie pour elle: \u00ab\u00a0Je suis analphab\u00e8te, je n&rsquo;ai pas d&rsquo;argent pour penser \u00e0 un projet. Dans ma ville, il n&rsquo;y a rien \u00e0 faire\u00a0\u00bb. Chaque jour, elle se r\u00e9veille \u00e0 quatre heures du matin et sort \u00e0 cinq heures trente de chez elle, \u00e0 six heures trente, elle arrive au travail, elle d\u00e9jeune avec les autres femmes en vingt minutes et elles commencent \u00e0 travailler \u00e0 sept heures. Ils les emm\u00e8nent travailler dans une camionnette qu&rsquo;elles partagent avec 25 jusqu\u2019\u00e0 40 personnes selon les jours, selon la capacit\u00e9 des femmes \u00e0 suivre le rythme et les exigences du travail. Elles sont pay\u00e9es environ 60 dirhams par jour la premi\u00e8re ann\u00e9e, et maintenant repr\u00e9sente 70 dirhams par jour. Elle assure que son patron les traite relativement bien, elle \u00e9coute ce qui vient des autres fermes et affirme\u00a0 qu\u2019elle n&rsquo;a jamais subi d&rsquo;abus au-del\u00e0 de la pression pour \u00eatre plus productive. Elle dit que le travail est dur, celles qui\u00a0sont fatigu\u00e9es ou malades, elles devraient rentrer chez elles et elles ne sont pas pay\u00e9s: \u00ab\u00a0La semaine derni\u00e8re, je n&rsquo;ai travaill\u00e9 que deux jours et ils ne m\u2019ont pas pay\u00e9 le reste. Ici \u00e7a marche de cette fa\u00e7on\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Et pour tout cela, la promesse d&rsquo;un emploi saisonnier \u00e0 Huelva, o\u00f9 en th\u00e9orie on vous paye environ 40 euros par jour, environ 420 dirhams, est un moyen de sant\u00e9\u00a0pour beaucoup de ces femmes. Avec cet argent, elles aident leurs familles et peuvent m\u00eame construire une maison dans de bonnes conditions.<\/p>\n<figure id=\"attachment_2518\" aria-describedby=\"caption-attachment-2518\" style=\"width: 375px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2518 size-medium\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Estrecho-0424-375x250.jpg?resize=375%2C250\" alt=\"\" width=\"375\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Estrecho-0424.jpg?resize=375%2C250&amp;ssl=1 375w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Estrecho-0424.jpg?w=950&amp;ssl=1 950w\" sizes=\"auto, (max-width: 375px) 100vw, 375px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2518\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #0000ff;\">La mujer con el pseud\u00f3nimo Dikra muestra sus manos. Foto de Pablo Tosco.<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Dikra, pseudonyme d&rsquo;une autre femme qui s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9e au processus de s\u00e9lection pour aller travailler dans la campagne andalouse, est s\u00e9par\u00e9e de son ex-mari depuis des ann\u00e9es. \u00ab\u00a0Mes fr\u00e8res vont chez eux et moi je dois m&rsquo;occuper de mes parents, tr\u00e8s vieux et malades, et de mes plus jeunes enfants\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0S\u2019il arrive quelque chose \u00e0 ma famille, je n&rsquo;aurais pas d&rsquo;argent pour acheter des m\u00e9dicaments\u00a0\u00bb, explique-t-elle angoiss\u00e9e. Elle ne comprend pas pourquoi ses coll\u00e8gues ont \u00e9t\u00e9 appel\u00e9es et pas\u00a0elle: au Maroc, elle travaille toute la journ\u00e9e pour environ 70 dirhams, tandis qu&rsquo;\u00e0 Huelva, c&rsquo;est ce qu&rsquo;elle pourrait facturer en une heure. Lorsqu&rsquo;on lui demande si elle a entendu parler des abus dont certaines femmes marocaines qui traversent l&rsquo;Atlantique sont victimes, elle r\u00e9pond clairement: ici, elle souffre, sa seule chance est d\u2019aller travailler en Espagne. Oumaima, comme Hasnae ou Dikra, soutiennent que seulement elles re\u00e7oivent des t\u00e9moignages de bonnes exp\u00e9riences des journali\u00e8res de Huelva. \u00ab\u00a0La situation est plus ou moins la m\u00eame ici que l\u00e0-bas\u00a0\u00bb, explique le dirigeant syndicaliste Ayachi Kazal, \u00ab\u00a0mais au moins \u00e0 Huelva, elles sont mieux pay\u00e9es\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le chercheur \u00cd\u00f1igo Mor\u00e9, auteur de\u00a0<em>The Borders of Inequality (University of Arizona Press),<\/em>\u00a0rappelle que la fronti\u00e8re entre le Maroc et l&rsquo;Espagne est, en r\u00e9alit\u00e9, la fronti\u00e8re avec l&rsquo;ensemble de l&rsquo;Afrique. L&rsquo;\u00e9conomie espagnole, selon la comptabilit\u00e9 du PIB, a parfois eu un volume identique \u00e0 celui de tout le continent africain. Cela signifie que la valeur des biens et services produits par plus d&rsquo;un milliard d&rsquo;Africains par an est \u00e9gale ou inf\u00e9rieure \u00e0 celle produite par 40 millions d&rsquo;Espagnols. Pour Mor\u00e9, cela explique l\u2019origine\u00a0de l&rsquo;arriv\u00e9e des canots et des bateaux, explique la migration et, \u00abbien s\u00fbr\u00bb, dit-il, explique la situation de l&#8217;emploi qui existe actuellement dans ce secteur. \u00ab\u00a0L&rsquo;Espagne est le dernier pays avant l&rsquo;Afrique, et ce que nous avons ici est une expression plus ou moins structur\u00e9e de cette in\u00e9galit\u00e9\u00a0\u00bb, conclut ce chercheur.<\/p>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-2519 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/un.jpg?resize=618%2C47\" alt=\"\" width=\"618\" height=\"47\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/un.jpg?w=660&amp;ssl=1 660w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/un.jpg?resize=450%2C34&amp;ssl=1 450w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><\/p>\n<h6><em>Cette publication a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e avec la contribution financi\u00e8re de l&rsquo;Union europ\u00e9enne. Le contenu de ce document rel\u00e8ve de la seule responsabilit\u00e9 de la fondation Surt et ne refl\u00e8te pas n\u00e9cessairement la position de l&rsquo;Union europ\u00e9enne.<\/em><\/h6>\n<h6><em>&#8211; photo (1) : Une femme montrant une fraise dans une plantation au Maroc. Photo de S\u00e9verine Sajous.\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 <\/em><br \/>\n<em>&#8211; photo (2) : La femme avec le pseudonyme de Dikra montrant ses mains. Photo de Pablo Tosco.<\/em><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Quique Badia, Maria Altimira et David Meseguer. Photographies de Pablo Tosco et S\u00e9verine Sajous. Le commerce des fruits rouges des deux c\u00f4t\u00e9s de l&rsquo;Atlantique, au nord du Maroc et dans le sud de l&rsquo;Espagne, ne s&rsquo;explique pas sans les in\u00e9galit\u00e9s frontali\u00e8res. La pauvret\u00e9, les vuln\u00e9rabilit\u00e9s et un secteur \u00e9conomique en expansion sont \u00e0 l\u2019origine &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":2521,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[10],"tags":[],"class_list":["post-2517","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","","category-maroc"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Une-femme-montrant-une-fraise-dans-une-plantation-au-Maroc.-Photo-de-S%C3%A9verine-Sajous..jpeg?fit=1280%2C853&ssl=1","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9uxE2-EB","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2517","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2517"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2517\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2525,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2517\/revisions\/2525"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2521"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2517"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2517"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2517"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}