{"id":2569,"date":"2020-04-29T21:04:56","date_gmt":"2020-04-29T21:04:56","guid":{"rendered":"http:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=2569"},"modified":"2020-04-29T21:04:56","modified_gmt":"2020-04-29T21:04:56","slug":"les-femmes-amazighes-gardiennes-de-la-langue-et-de-la-culture","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/les-femmes-amazighes-gardiennes-de-la-langue-et-de-la-culture\/","title":{"rendered":"Les femmes amazighes, gardiennes de la langue et de la culture"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_1671\" aria-describedby=\"caption-attachment-1671\" style=\"width: 375px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-1671\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/chtato-375x250.jpg?resize=375%2C250\" alt=\"\" width=\"375\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/chtato.jpg?resize=375%2C250&amp;ssl=1 375w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/chtato.jpg?w=960&amp;ssl=1 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 375px) 100vw, 375px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1671\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #0000ff;\">Par: Dr Mohamed Chtatou<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Introduction<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Le paysage de la politique linguistique de l&rsquo;arabe litt\u00e9raire et du tamazight, ayant des racines dans les politiques du colonialisme fran\u00e7ais, a abouti au rejet d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 par le gouvernement marocain de la responsabilit\u00e9 de la pr\u00e9servation culturelle, laissant la t\u00e2che \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 amazighe. Comme les Imazighens eux-m\u00eames doivent maintenir leur langue et leur culture face \u00e0 sa sous-repr\u00e9sentation dans la sph\u00e8re publique, la nature sexu\u00e9e du tamazight a plac\u00e9 les femmes dans une position unique pour perp\u00e9tuer les traditions de leur communaut\u00e9.<\/p>\n<p>Les femmes rurales, en particulier celles qui sont analphab\u00e8tes, pr\u00e9servent le tamazight comme une langue vivante, en insufflant aux formes d&rsquo;art traditionnelles une certaine oralit\u00e9 pour transmettre les traditions linguistiques de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. Dans le domaine de la musique et de la po\u00e9sie, les femmes amazighes utilisent leurs vers pour tenir la communaut\u00e9 inform\u00e9e des mouvements des diff\u00e9rents membres, pour raconter et enregistrer pour l&rsquo;histoire orale les \u00e9v\u00e9nements importants de la communaut\u00e9, pour faire respecter les codes moraux et sociaux, et pour rappeler \u00e0 la communaut\u00e9 \u00e9largie les liens qui les unissent.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Contexte historique<\/strong><\/span><\/p>\n<figure id=\"attachment_2574\" aria-describedby=\"caption-attachment-2574\" style=\"width: 245px\" class=\"wp-caption alignright\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-2574\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Femme-amazighe-gardienne-attitr%C3%A9e-de-la-culture-amazighe-mill%C3%A9naire-245x250.jpg?resize=245%2C250\" alt=\"\" width=\"245\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Femme-amazighe-gardienne-attitr%C3%A9e-de-la-culture-amazighe-mill%C3%A9naire.jpg?resize=245%2C250&amp;ssl=1 245w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Femme-amazighe-gardienne-attitr%C3%A9e-de-la-culture-amazighe-mill%C3%A9naire.jpg?w=528&amp;ssl=1 528w\" sizes=\"auto, (max-width: 245px) 100vw, 245px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2574\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #0000ff;\">Femme amazighe, gardienne attitr\u00e9e de la culture amazighe mill\u00e9naire<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>Fatima Sadiqi[i], chercheur universitaire marocaine, souligne que la langue amazighe a surv\u00e9cu jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque moderne malgr\u00e9 des conditions remarquables hostiles \u00e0 sa pr\u00e9servation. Le tamazight a d\u00fb faire face \u00e0 la concurrence de multiples autres langues qui ont eu relativement plus de pouvoir politique, comme le fran\u00e7ais et l&rsquo;arabe. Ce n&rsquo;est que depuis 2011 qu&rsquo;elle est une langue officielle d&rsquo;un \u00e9tat centralis\u00e9. En fait, dans l&rsquo;histoire r\u00e9cente, la soci\u00e9t\u00e9 amazighe et la langue tamazight ont \u00e9t\u00e9 mises \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart par le gouvernement dans une tentative de soutenir l&rsquo;arabisation postcoloniale.<\/p>\n<p>Le gouvernement colonial fran\u00e7ais a adopt\u00e9 une strat\u00e9gie de \u00ab\u00a0<strong>diviser pour r\u00e9gner<\/strong>\u00a0\u00bb qui a promu la culture berb\u00e8re par le biais de plusieurs politiques qui ont \u00e9galement n\u00e9glig\u00e9 l&rsquo;identit\u00e9 arabe et islamique. Les Fran\u00e7ais ont donn\u00e9 aux Amazighs la possibilit\u00e9 d&rsquo;utiliser le droit coutumier <strong><em>azref <\/em><\/strong>au lieu de la<strong><em> char\u2019ia<\/em><\/strong>, et ont cr\u00e9\u00e9 des \u00e9coles berb\u00e8res qui excluaient l&rsquo;utilisation de l&rsquo;arabe dans l&rsquo;enseignement. Ces politiques \u00e9taient une tentative de placer les Berb\u00e8res sous le parapluie de la culture fran\u00e7aise et d&rsquo;accro\u00eetre la distance, et une \u00e9ventuelle inimiti\u00e9, entre les Berb\u00e8res et les Arabes, renfor\u00e7ant ainsi le syst\u00e8me colonial en affaiblissant les liens sociaux.<\/p>\n<p>Mais cette strat\u00e9gie a eu des implications durables pour la soci\u00e9t\u00e9 amazighe dans la p\u00e9riode postcoloniale, car le nouveau gouvernement s&rsquo;est empress\u00e9 de mettre l&rsquo;accent sur l&rsquo;identit\u00e9 arabe et islamique &#8211; une mission qui se manifeste par des politiques qui peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es au mieux comme une mise de c\u00f4t\u00e9 des questions amazighes et au pire comme une discrimination pure et simple. Tamazight n&rsquo;a pas re\u00e7u de reconnaissance jusqu&rsquo;en 2011, les t\u00e9l\u00e9visions marocaines n&rsquo;ont pas diffus\u00e9 en tamazight avant les ann\u00e9es 1990, et jusqu&rsquo;\u00e0 r\u00e9cemment, l&rsquo;utilisation de certains noms amazighs \u00e9tait ill\u00e9gale. Avec le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat manifeste du gouvernement marocain pour les questions amazighes, la responsabilit\u00e9 de la survie du tamazight a \u00e9t\u00e9 repouss\u00e9e \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie, aux Imazighens eux-m\u00eames. Au sein de la soci\u00e9t\u00e9 amazighe, on peut constater que les femmes &#8211; en particulier les femmes rurales et\/ou analphab\u00e8tes &#8211; jouent un r\u00f4le essentiel dans la pr\u00e9servation de tamazight en l&rsquo;absence d&rsquo;une repr\u00e9sentation ad\u00e9quate dans la sph\u00e8re publique. Plusieurs raisons expliquent pourquoi les femmes sont aujourd&rsquo;hui les principales gardiennes de la langue et de la culture amazighes.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Relation des femmes amazighes avec la langue<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, les langues arabe et tamazight ont des connotations sexe-sp\u00e9cifiques dans leur environnement d&rsquo;utilisation, l&rsquo;arabe litt\u00e9raire \u00e9tant principalement associ\u00e9 aux hommes et le tamazight aux femmes.[ii] L&rsquo;environnement principal de l&rsquo;arabe standard moderne est officiel et professionnel : les bureaux politiques, les agences commerciales, les institutions religieuses, les bureaux juridiques et les m\u00e9dias utilisent tous l&rsquo;arabe litt\u00e9raire. C&rsquo;est la langue par d\u00e9faut de la connaissance \u00e9crite.[iii]\n<p>Malgr\u00e9 les r\u00e9centes r\u00e9formes, le tamazight brille par son absence dans ces milieux officiels. Et comme l&rsquo;arabe litt\u00e9raire est la langue de la sph\u00e8re publique, ses locuteurs les plus comp\u00e9tents et les plus prolifiques sont des hommes &#8211; bien mieux repr\u00e9sent\u00e9s dans la sph\u00e8re publique que les femmes. Le tamazight, en revanche, n&rsquo;a commenc\u00e9 que r\u00e9cemment \u00e0 \u00eatre enseign\u00e9 dans les \u00e9coles et utilis\u00e9 dans un cadre officiel et n&rsquo;est souvent pas \u00e9crit du tout. Son environnement principal est le foyer &#8211; la sph\u00e8re priv\u00e9e &#8211; et il est couramment utilis\u00e9 pour diffuser la litt\u00e9rature orale, les histoires et les traditions populaires ; son utilisation est intime et informelle.<\/p>\n<p>M\u00eame si l&rsquo;on en juge par les chiffres, la nature sexe-sp\u00e9cifique des langues est \u00e9vidente : Les langues amazighes sont utilis\u00e9es par un plus grand nombre de femmes que d&rsquo;hommes.[iv] Ces caract\u00e9ristiques renseignent sur la nature sexu\u00e9e de la langue. Comme le dit Fatima Sadiqi, le contexte situationnel du tamazight a donn\u00e9 \u00e0 la langue une connotation nettement f\u00e9minine :[v]\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u00ab\u00a0En tant que langue d&rsquo;identit\u00e9 culturelle, de foyer, de famille, d&rsquo;appartenance \u00e0 un village, d&rsquo;intimit\u00e9, de traditions, d&rsquo;oralit\u00e9 et de nostalgie d&rsquo;un pass\u00e9 lointain, le berb\u00e8re perp\u00e9tue des attributs consid\u00e9r\u00e9s comme f\u00e9minins dans la culture marocaine\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Soulignant encore la nature sexe-sp\u00e9cifique de la politique linguistique, la t\u00e2che de la pr\u00e9servation de la langue et de la culture pour la soci\u00e9t\u00e9 est une question de genre en soi : alors que les hommes des villes sont les premiers responsables de la campagne visant \u00e0 faire conna\u00eetre le tamazight au grand public, ce sont les femmes des campagnes qui pr\u00e9servent et maintiennent la langue au sein de leurs propres communaut\u00e9s.[vi] Les femmes rurales repr\u00e9sentent \u00e9galement la plus grande partie de la population analphab\u00e8te du Maroc, et ces femmes en particulier sont des acteurs importants dans la t\u00e2che quotidienne de maintenir le tamazight une langue vivante et dynamique.[vii]\n<p><strong>L&rsquo;oralit\u00e9 des femmes analphab\u00e8tes est un facteur majeur dans la survie de tamazight<\/strong>, car elles utilisent cette langue dans la communication domestique, \u00e9levant enfants, et en r\u00e9p\u00e9tant des histoires folkloriques, des po\u00e8mes, des proverbes, des chansons et des histoires familiales et culturelles. Comme la langue maternelle, le tamazight et les langues amazighes apparent\u00e9es, n&rsquo;est pas la langue d&rsquo;enseignement dans l&rsquo;enseignement formel, il incombe aux femmes amazighes de transmettre la connaissance de la langue maternelle aux g\u00e9n\u00e9rations suivantes. Et en tant que principales personnes s&rsquo;occupant des enfants, les femmes sont le premier lien des enfants avec le tamazight, <strong>ce qui conf\u00e8re \u00e0 la langue son statut de langue maternelle\u00a0 et consolide sa long\u00e9vit\u00e9 malgr\u00e9 son manque de repr\u00e9sentation dans la sph\u00e8re publique<\/strong>.[viii]\n<figure id=\"attachment_2571\" aria-describedby=\"caption-attachment-2571\" style=\"width: 707px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2571 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Danse-amazighe.jpg?resize=618%2C309\" alt=\"\" width=\"618\" height=\"309\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Danse-amazighe.jpg?w=707&amp;ssl=1 707w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Danse-amazighe.jpg?resize=450%2C225&amp;ssl=1 450w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Danse-amazighe.jpg?resize=660%2C330&amp;ssl=1 660w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2571\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #0000ff;\">Danse amazighe<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>Une autre raison pour laquelle les femmes peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme les principaux acteurs de la pr\u00e9servation du tamazight se trouve dans leur r\u00f4le connexe de gardiennes de la culture. En plus de g\u00e9rer leur foyer et d&rsquo;\u00e9lever leurs enfants, <strong>les femmes jouent un r\u00f4le essentiel dans la pr\u00e9servation du patrimoine artistique et culturel amazigh gr\u00e2ce \u00e0 leur travail dans des domaines tels que le textile, la musique, la po\u00e9sie et la danse<\/strong>.[ix]\n<p>L\u00e0 encore, les femmes analphab\u00e8tes sont particuli\u00e8rement importantes car elles insufflent \u00e0 ces arts des traditions orales transmises de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. Par exemple, les femmes donnent des noms tamazight aux motifs de leurs textiles et les transmettent \u00e0 leurs filles.[x] Les noms varient en fonction de la similitude que le tisserand imagine entre le motif et les objets environnants ou le monde naturel, de sorte qu&rsquo;un m\u00eame motif peut porter une multitude de noms tamazight descriptifs pour diff\u00e9rents artistes et familles.[xi]\n<p>Le chant et la danse ont des traditions orales similaires : des mouvements sp\u00e9cifiques ont \u00e9galement une appellation amazighe descriptive en fonction des actions qu&rsquo;ils invoquent, et les paroles des chansons ne sont jamais \u00e9crites mais plut\u00f4t transmises oralement sur plusieurs g\u00e9n\u00e9rations.[xii]\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Traditions orales : Les femmes dans la chanson et la musique<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Les recherches de Katherine Hoffman sur la participation des femmes amazighes \u00e0 la chanson et \u00e0 la musique illustrent comment le maintien de leurs traditions culturelles sert un objectif plus important que la pr\u00e9servation de la langue. En fait, elles constituent le ciment m\u00eame de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 de nombreuses familles amazighes sont g\u00e9ographiquement s\u00e9par\u00e9es. Hoffman utilise l&rsquo;exemple des femmes Ida-ou-Zeddout pour expliquer cet argument.<\/p>\n<p>Les familles de cette communaut\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9es, car les femmes sont laiss\u00e9es derri\u00e8re lorsque les p\u00e8res et les maris \u00e9migrent loin de chez eux \u00e0 la recherche d&rsquo;un travail. La responsabilit\u00e9 de maintenir l&rsquo;ordre social au foyer &#8211; en entretenant des relations pacifiques avec les groupes voisins, en se tenant au courant de la circulation des personnes et des biens dans leur r\u00e9gion &#8211; incombe aux femmes laiss\u00e9es derri\u00e8re.[xiii] Leur vigilance \u00e0 assurer la s\u00e9curit\u00e9 sociale et \u00e9conomique de leurs communaut\u00e9s est constamment relat\u00e9e par un <strong><em>tizrrarin<\/em><\/strong> anim\u00e9. Les <strong><em>tizrrarines<\/em><\/strong>, couplets \u00e0 capella, sont un \u00e9l\u00e9ment important des traditions orales des femmes amazighes. Ils sont jou\u00e9s sans accompagnement musical ou percussif et invitent souvent le public \u00e0 participer par le biais de lignes d&rsquo;appel et de r\u00e9ponse r\u00e9p\u00e9titives.[xiv] Les <strong><em>tizrrarins<\/em><\/strong> ex\u00e9cut\u00e9es par de nombreuses femmes amazighes telles que celles qui se trouvent dans la situation d\u00e9crite ci-dessus, pr\u00e9sentent un certain nombre de ph\u00e9nom\u00e8nes remarquables.<\/p>\n<p>Tout d&rsquo;abord, les paroles ne sont pas simplement destin\u00e9es \u00e0 divertir, mais \u00e0 informer sur la migration et les voyages des membres de la famille, ainsi que sur les \u00e9v\u00e9nements sociaux \u00e0 venir, tels que les mariages ou les festivals. Ainsi, m\u00eame lorsqu&rsquo;elles les chantent, les <strong><em>tizrrarines<\/em><\/strong> des femmes amazighes servent \u00e0 relier les membres disparates de leur communaut\u00e9, <strong>en maintenant un sentiment d&rsquo;unit\u00e9 m\u00eame malgr\u00e9 les difficult\u00e9s li\u00e9es \u00e0 la s\u00e9paration g\u00e9ographique<\/strong>. L&rsquo;importance particuli\u00e8re des vers pour leurs communaut\u00e9s locales est illustr\u00e9e par le fait que ce genre n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 commercialis\u00e9 pour une consommation plus large, comme c&rsquo;est le cas pour beaucoup d&rsquo;autres dans les festivals de musique et les h\u00f4tels touristiques.[xv]\n<p>La deuxi\u00e8me fonction des <strong><em>tizrrarins <\/em><\/strong>est de narrer et d&rsquo;enregistrer pour l&rsquo;histoire orale les \u00e9v\u00e9nements qui rassemblent la communaut\u00e9. Tout comme ces vers sont souvent chant\u00e9s pour annoncer l&rsquo;arriv\u00e9e des mari\u00e9s lors des mariages locaux, ils sont \u00e9galement chant\u00e9s lors des c\u00e9l\u00e9brations elles-m\u00eames. Les <strong><em>tizrrarins<\/em><\/strong> sont entendus tous les jours des c\u00e9l\u00e9brations de plusieurs jours et servent \u00e0 rassembler dans la m\u00e9moire collective de la communaut\u00e9 les marques importantes de ces \u00e9v\u00e9nements. Selon Katherine Hoffman, elles\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u00ab\u00a0marquent des mouvements liminaires en comblant les lacunes entre ce que les gens consid\u00e8rent comme des \u00e9v\u00e9nements : attendre qu&rsquo;on lui serve des repas, monter dans une camionnette du village de la mari\u00e9e au village du mari\u00e9 ou accueillir des invit\u00e9s dans un village\u00a0\u00bb<\/em>.[xvi]\n<p>Le troisi\u00e8me impact important du <strong><em>tizrrarin<\/em><\/strong> sur la force des communaut\u00e9s amazighes est son r\u00f4le qui consiste \u00e0 forger des liens et \u00e0 combler les \u00e9carts entre les diff\u00e9rences, et donc \u00e0 servir de m\u00e9diateur dans les conflits potentiels. L\u00e0 encore, cette fonction, comme les autres, illustre l&rsquo;utilisation particuli\u00e8re des traditions orales et linguistiques des femmes dans le maintien de l\u2019unit\u00e9 des communaut\u00e9s amazighes. Les rassemblements publics, tels que les mariages, peuvent prendre des proportions immenses dans la culture amazighe ; les invit\u00e9s aux mariages, par exemple, peuvent \u00eatre au nombre de cinq mille.[xvii]\n<p>Ces \u00e9v\u00e9nements sont l&rsquo;occasion pour divers groupes familiaux et tribus de se r\u00e9unir, les invit\u00e9s devant parcourir de longues distances pour y assister. Les conflits pass\u00e9s ou actuels et les divergences d&rsquo;opinion sont donc susceptibles d&rsquo;engendrer des discordes dans ces grands rassemblements. L&rsquo;un des r\u00f4les des <strong><em>tizrrarins<\/em><\/strong> est de cr\u00e9er des liens entre les gens en \u00ab\u00a0<em>articulant des normes morales et sociales collectives<\/em>\u00ab\u00a0, ce qui permet de tuer le conflit dans l&rsquo;\u0153uf avant m\u00eame qu&rsquo;il ne commence en rappelant aux gens leurs points communs et en cr\u00e9ant un sentiment d&rsquo;unit\u00e9 communautaire et familiale.[xviii]\n<p>En g\u00e9n\u00e9ral, la responsabilit\u00e9 de faire respecter les codes moraux dans les communaut\u00e9s amazighes incombe aux femmes mari\u00e9es les plus \u00e2g\u00e9es. Elles encouragent l&rsquo;unit\u00e9 en temps de conflit en servant de m\u00e9diatrices entre les diff\u00e9rentes factions.[xix] Leurs vers chant\u00e9s servent \u00e0 peu pr\u00e8s le m\u00eame objectif, avec des paroles qui parlent de la s\u00e9curit\u00e9 mutuellement b\u00e9n\u00e9fique que l&rsquo;on trouve lorsque les villages et les groupes sociaux travaillent et vivent ensemble en paix. Katherine Hoffman traduit une chanson pour illustrer ce th\u00e8me :[xx]\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u00ab\u00a0Nous sommes un, toi et moi (au pluriel),<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Nous partageons des murs,<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Nos champs ont des fronti\u00e8res communes et les terres sont irrigu\u00e9es comme une seule,<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>De nos canaux, nous arrosons les v\u00f4tres.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Production culturelle : Les femmes dans les arts mat\u00e9riels<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Les femmes amazighes ont \u00e9galement un r\u00f4le dans la production culturelle de leurs soci\u00e9t\u00e9s, mais elles sont aussi des acteurs essentiels de la pr\u00e9servation de la culture et de la vie traditionnelle amazighes, m\u00eame aujourd&rsquo;hui. Leur travail dans les arts mat\u00e9riels est si riche et prolifique que Cynthia Becker, sp\u00e9cialiste des arts africains et de la culture amazighe, affirme sans \u00e9quivoque que \u00ab\u00a0<em>les femmes berb\u00e8res sont des artistes<\/em>\u00ab\u00a0.[xxi] Leurs \u0153uvres refl\u00e8tent non seulement les th\u00e8mes de l&rsquo;identit\u00e9 amazighe, mais aussi ceux de la f\u00e9minit\u00e9 et de la maternit\u00e9, qui rappellent le statut \u00e9lev\u00e9 des femmes dans cette soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Les femmes amazighes tissent souvent des tapis pendant la grossesse, en utilisant des figures et des motifs qui symbolisent la vie, la fertilit\u00e9 et l&rsquo;enfant dans le ventre de la m\u00e8re. Becker a m\u00eame observ\u00e9 la personnification de textiles amazighs sur le m\u00e9tier \u00e0 tisser pour symboliser le r\u00f4le essentiel des femmes dans le don de la vie et la pr\u00e9servation de l&rsquo;identit\u00e9 amazighe :[xxii]\n<p style=\"padding-left: 40px;\">\u00ab\u00a0<em>Dans certaines r\u00e9gions du Maroc, les tisserands chevauchent physiquement les fils de cha\u00eene et les ensouples du m\u00e9tier \u00e0 tisser avant de les soulever, ce qui symbolise la naissance du textile. Les femmes ont le pouvoir de la vie sur un textile, et lorsqu&rsquo;une tisseuse le finit, elle le coupe sur le m\u00e9tier \u00e0 tisser, et on dit que le textile meurt. Cette personnification du textile souligne les pouvoirs de reproduction et de cr\u00e9ation des femmes et, en mettant les textiles sur le m\u00eame plan avec le passage des humains dans le cycle de vie, renforce le r\u00f4le des femmes dans la propagation de l&rsquo;identit\u00e9 amazighe<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<figure id=\"attachment_2572\" aria-describedby=\"caption-attachment-2572\" style=\"width: 416px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2572 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Femme-amazighe-marocaine-tissant-un-tapis.jpg?resize=416%2C414\" alt=\"\" width=\"416\" height=\"414\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Femme-amazighe-marocaine-tissant-un-tapis.jpg?w=416&amp;ssl=1 416w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Femme-amazighe-marocaine-tissant-un-tapis.jpg?resize=251%2C250&amp;ssl=1 251w\" sizes=\"auto, (max-width: 416px) 100vw, 416px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2572\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #0000ff;\">Femme amazighe marocaine tissant un tapis<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Un regard vers l&rsquo;avenir<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Selon Fatima Sadiqi, les langues amazighes doivent leur survie avant tout aux femmes.[xxiii] Si une telle affirmation peut donner \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir au premier abord, un examen attentif de la multitude de fa\u00e7ons dont les femmes amazighes maintiennent leur h\u00e9ritage linguistique et culturel met en lumi\u00e8re l&rsquo;importance des femmes dans la protection et la production de la culture. Le cas des langues amazighes est en soi un t\u00e9moignage de leur travail : ces langues sont anciennes, et pourtant elles ne sont devenues que tr\u00e8s r\u00e9cemment la langue officielle d&rsquo;un \u00e9tat centralis\u00e9 &#8211; dont l&rsquo;efficacit\u00e9 de la politique est m\u00eame discutable &#8211; et ont longtemps d\u00fb rivaliser avec d&rsquo;autres langues ayant un pouvoir social relativement plus important, comme le punique et le latin dans le pass\u00e9 ou l&rsquo;arabe et le fran\u00e7ais aujourd&rsquo;hui.[xxiv]\n<p>Le gouvernement marocain a r\u00e9cemment adopt\u00e9 des politiques visant \u00e0 promouvoir l&rsquo;amazigh\u00a0: culture et langue, comme la reconnaissance de tamazight comme langue officielle et l&rsquo;introduction de son enseignement dans les \u00e9coles marocaines. Si les m\u00e9thodes utilis\u00e9es dans ces efforts ont certes fait l&rsquo;objet de nombreux d\u00e9bats et critiques, et si les motivations politiques qui sont potentiellement m\u00eal\u00e9es \u00e0 ces efforts ne font pas l&rsquo;objet de ce document, le fait fondamental demeure : l&rsquo;utilisation des langues amazighes est fortement associ\u00e9e avec les femmes, et tout effort visant \u00e0 les promouvoir aura certainement un effet sur la promotion des femmes amazighes. En effet, l&rsquo;\u00e9ducation est un outil essentiel pour l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation du statut de la femme dans tous les domaines du d\u00e9veloppement.<\/p>\n<figure id=\"attachment_2575\" aria-describedby=\"caption-attachment-2575\" style=\"width: 705px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2575 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Poterie-amazighe-traditionnelle.jpg?resize=618%2C411\" alt=\"\" width=\"618\" height=\"411\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Poterie-amazighe-traditionnelle.jpg?w=705&amp;ssl=1 705w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Poterie-amazighe-traditionnelle.jpg?resize=376%2C250&amp;ssl=1 376w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Poterie-amazighe-traditionnelle.jpg?resize=310%2C205&amp;ssl=1 310w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2575\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #0000ff;\">Poterie amazighe traditionnelle<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>Les femmes rurales des communaut\u00e9s traditionnelles doivent \u00eatre les plus valoris\u00e9es pour pr\u00e9server leur patrimoine linguistique et culturel, afin qu&rsquo;elles soient celles qui b\u00e9n\u00e9ficient le plus de l&rsquo;enseignement des langues, aujourd&rsquo;hui et \u00e0 l&rsquo;avenir. \u00c0 l&rsquo;heure actuelle, la barri\u00e8re linguistique entre les femmes de langue tamazight de la p\u00e9riph\u00e9rie et les professionnels arabophones du centre est une barri\u00e8re qui emp\u00eache ces femmes d&rsquo;acc\u00e9der aux fonctions les plus fondamentales de la soci\u00e9t\u00e9 et du gouvernement centralis\u00e9. Pour un exemple pertinent, il suffit d&rsquo;imaginer la difficult\u00e9 qu&rsquo;une femme parlant tamazight peut avoir \u00e0 interagir avec un m\u00e9decin ou un agent de la force publique arabophone et \u00e0 lui faire part de ses besoins. Mais des pratiques \u00e9ducatives incluant les langues amazighes peuvent faire beaucoup pour la promotion des femmes, et l&rsquo;enseignement d&rsquo;une langue qui est la langue unique ou maternelle de tant de femmes peut tr\u00e8s bien annoncer l&rsquo;inclusion d&rsquo;un plus grand nombre de femmes dans la sph\u00e8re publique.<\/p>\n<p>Les universitaires f\u00e9ministes marocaines comme Fatima Sadiqi voient beaucoup d&rsquo;espoir dans l&rsquo;avenir du Maroc. Comme elle le dit, la participation active des femmes aux affaires publiques peut permettre une utilisation \u00e9quitable des langues. Une telle participation pourrait m\u00eame changer l&rsquo;usage et les attitudes envers les langues : elle pourrait d\u00e9mystifier et r\u00e9duire l&rsquo;\u00e9cart entre les hommes et les femmes ainsi qu&rsquo;entre les langues utilis\u00e9es.[xxv]\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>La langue comme moyen d&rsquo;autonomisation<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Il est toutefois important de noter que, tout comme la t\u00e2che de pr\u00e9servation culturelle est revenue aux femmes amazighes, une observation similaire peut \u00eatre faite sur l&rsquo;autonomisation des femmes. Tout comme les femmes amazighes sont des productrices actives de traditions linguistiques et culturelles, elles sont des chercheuses actives de leur propre autonomisation. L\u00e0 o\u00f9 les structures du gouvernement et de la soci\u00e9t\u00e9 n&rsquo;ont peut-\u00eatre pas r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9lever le statut des femmes et \u00e0 leur assurer un certain pouvoir social, les femmes amazighes sont n\u00e9anmoins des n\u00e9gociatrices de pouvoir pour elles-m\u00eames dans la politique linguistique. Issues de tous les milieux socio-\u00e9conomiques, elles utilisent la langue et les traditions orales pour fa\u00e7onner leurs communaut\u00e9s, pr\u00e9server les traditions et r\u00e9aliser des gains personnels dans l&rsquo;utilisation quotidienne de la langue.[xxvi]\n<p>Comme d\u00e9crit pr\u00e9c\u00e9demment, les environnements d&rsquo;utilisation tr\u00e8s diff\u00e9rents des langues du Maroc ont conf\u00e9r\u00e9 \u00e0 la langue amazighe une r\u00e9putation sexe-sp\u00e9cifique, et cette s\u00e9paration est inh\u00e9rente \u00e0 l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 &#8211; en particulier si l&rsquo;on consid\u00e8re le d\u00e9fi que repr\u00e9sente l&rsquo;acc\u00e8s limit\u00e9 aux services publics ou professionnels, comme mentionn\u00e9 ci-dessus. Mais m\u00eame ainsi, les femmes amazighes ne sont pas des objets passifs lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de politique linguistique, mais plut\u00f4t des participantes actives.<\/p>\n<p><strong>Fatima Sadiqi affirme, toutefois, qu&rsquo;en d\u00e9pit du fait que les femmes amazighes doivent faire face \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 fortement patriarcale, ils utilisent les choix linguistiques qui leur sont offerts en fonction de leur position socio-\u00e9conomique afin de d\u00e9velopper des strat\u00e9gies de communication qui leur donnent du pouvoir<\/strong>.[xxvii] Un certain nombre de traditions orales d\u00e9j\u00e0 examin\u00e9es dans ce travail peut \u00eatre analys\u00e9es pour d\u00e9couvrir la multitude subtile de fa\u00e7ons dont les femmes amazighes n\u00e9gocient le pouvoir social pour elles-m\u00eames.<\/p>\n<p>Les femmes rurales et\/ou analphab\u00e8tes y parviennent gr\u00e2ce \u00e0 leur ma\u00eetrise de la litt\u00e9rature orale et des savoir-faire traditionnels transmis oralement de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. En ce qui concerne le premier point, la nature de la soci\u00e9t\u00e9 patriarcale marocaine a largement fait taire les genres f\u00e9minins oraux, et Sadiqi caract\u00e9rise la nature de la contribution des femmes marocaines \u00e0 la litt\u00e9rature orale comme \u00ab\u00a0<em>des voix \u00ab\u00a0non officielles\u00a0\u00bb qui circulent comme litt\u00e9rature \u00ab\u00a0anonyme\u00a0\u00bb dans la communaut\u00e9 sans \u00eatre officiellement reconnues<\/em>\u00ab\u00a0. [xxviii]\n<p>Toutefois, cela a un effet d&rsquo;autonomisation surprenant pour ces femmes car, n&rsquo;ayant jamais acquis d&rsquo;autorit\u00e9 sociale, leurs voix sont moins soumises aux contraintes sociales et ont plus de place pour s&rsquo;exprimer.[xxix] <strong>Les femmes rurales et\/ou analphab\u00e8tes utilisent \u00e9galement l&rsquo;oralit\u00e9 pour n\u00e9gocier le pouvoir social gr\u00e2ce \u00e0 leur connaissance des comp\u00e9tences traditionnelles. Des comp\u00e9tences telles que la profession de sage-femme, la procr\u00e9ation, l&rsquo;\u00e9ducation des enfants, les rem\u00e8des \u00e0 base de plantes, le tissage de tapis, l&rsquo;art du henn\u00e9 et la cuisine sont toutes ma\u00eetris\u00e9es et transmises de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration par les femmes<\/strong>.[xxx]\n<figure id=\"attachment_2573\" aria-describedby=\"caption-attachment-2573\" style=\"width: 156px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-2573\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Femme-amazighe-tatou%C3%A9e-156x250.jpg?resize=156%2C250\" alt=\"\" width=\"156\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Femme-amazighe-tatou%C3%A9e.jpg?resize=156%2C250&amp;ssl=1 156w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Femme-amazighe-tatou%C3%A9e.jpg?w=294&amp;ssl=1 294w\" sizes=\"auto, (max-width: 156px) 100vw, 156px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2573\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #0000ff;\">Femme amazighe tatou\u00e9e<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>Bien qu&rsquo;il ne s&rsquo;agisse pas n\u00e9cessairement de comp\u00e9tences importantes ou prestigieuses, elles sont n\u00e9cessaires \u00e0 la survie de la soci\u00e9t\u00e9 et les femmes en maximisent la valeur en gardant une certaine mesure de secret autour de la ma\u00eetrise de ces comp\u00e9tences. Comme l&rsquo;explique Sadiqi\u00a0:[xxxi]\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u00ab\u00a0l&rsquo;acquisition de comp\u00e9tences traditionnelles est une occasion pour les filles et les femmes de faire l&rsquo;exp\u00e9rience de comp\u00e9tences typiquement f\u00e9minines des sensations qui donnent aux femmes une autorit\u00e9 dans les rassemblements exclusivement f\u00e9minins et un pouvoir \u00ab\u00a0cach\u00e9\u00a0\u00bb dans la soci\u00e9t\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Le conte est un autre moyen pour les femmes amazighes de s&rsquo;affirmer et de prouver leur valeur sociale, en particulier pour les femmes plus \u00e2g\u00e9es qui peuvent se sentir usurp\u00e9es par des femmes plus jeunes capables de porter des enfants.[xxxii]\n<p>Les grands-m\u00e8res divertiront leur public, souvent des enfants plus jeunes, \u00e0 travers des histoires inachev\u00e9es et pleines de suspense. Leur habilet\u00e9 \u00e0 tisser des histoires est tr\u00e8s respect\u00e9e, et pas seulement en tant que personnages de divertissement ; \u00ab\u00a0<em>elles font preuve d&rsquo;une pens\u00e9e puissante, de m\u00e9moire et d&rsquo;une utilisation habile des connaissances psychologiques de la nature humaine<\/em>\u00ab\u00a0, selon Sadiqi.[xxxiii] Leurs histoires peuvent m\u00eame contenir des th\u00e8mes qui font subtilement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 leur soci\u00e9t\u00e9 patriarcale et la remettent en question, avec des protagonistes f\u00e9minins qui utilisent leur intelligence pour triompher de leurs homologues masculins.[xxxiv]\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Conclusion<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Cette analyse a bri\u00e8vement examin\u00e9 le contexte historique et politique de la politique linguistique au Maroc en ce qui concerne le tamazight, comme toile de fond pour comprendre la nature sexu\u00e9e de la langue, en particulier par rapport \u00e0 l&rsquo;arabe litt\u00e9raire.<\/p>\n<p>Les politiques coloniales fran\u00e7aises ont eu des implications durables pour la soci\u00e9t\u00e9 amazighe dans la p\u00e9riode postcoloniale, le nouveau gouvernement s&rsquo;\u00e9tant empress\u00e9 de mettre l&rsquo;accent sur l&rsquo;identit\u00e9 arabe et islamique. Le r\u00e9sultat malheureux de cette politique a \u00e9t\u00e9 un retard important dans la reconnaissance officielle des int\u00e9r\u00eats amazighs de la part des hommes politiques qui n&rsquo;ont pas compris l&rsquo;importance de l&rsquo;identit\u00e9 et de la culture amazighes au Maroc. Avec le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat manifeste du gouvernement marocain pour les questions amazighes, les femmes amazighes &#8211; en particulier les femmes rurales et\/ou analphab\u00e8tes &#8211; jouent un r\u00f4le essentiel dans la pr\u00e9servation de leur langue et de leur culture traditionnelle en l&rsquo;absence de leur repr\u00e9sentation ad\u00e9quate dans la sph\u00e8re publique.<\/p>\n<p><strong>Bien que ces politiques linguistiques compliqu\u00e9es conf\u00e8rent \u00e0 l&rsquo;arabe et au tamazight une nature sexe-sp\u00e9cifique distincte et repr\u00e9sentent une in\u00e9galit\u00e9 inh\u00e9rente entre les sexes, elles donnent \u00e9galement aux femmes un r\u00f4le unique de gardiennes et de transmetteurs de la langue et de la culture amazighes<\/strong>. Le r\u00f4le des femmes dans la maison et le foyer leur donne une inclination naturelle pour la langue, par exemple dans l&rsquo;enseignement de la langue \u00e0 leurs enfants, mais <strong>elles participent aussi activement \u00e0 d&rsquo;autres traditions orales et culturelles : chant, danse, histoires folkloriques et arts mat\u00e9riels<\/strong>. <strong>M\u00eame lorsqu&rsquo;elles sont confront\u00e9es \u00e0 des in\u00e9galit\u00e9s de genre syst\u00e9miques et \u00e0 un manque de soutien du gouvernement pour pr\u00e9server la culture amazighe, les femmes amazighes sont consid\u00e9r\u00e9es comme des n\u00e9gociatrices actives du pouvoir social dans leur utilisation de la langue<\/strong>. Loin du r\u00f4le d&rsquo;objets passifs que leur attribuent si souvent les \u00e9trangers, leur utilisation de la langue est cr\u00e9ative et puissante, s&rsquo;assurant ainsi l&rsquo;autonomie sociale n\u00e9glig\u00e9e par les autres.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Notes\u00a0de fin de texte :<\/strong><\/span><\/p>\n[i] Cf. Sadiqi 2013, 110.<br \/>\n[ii] Cf. Sadiqi 2007, 27.<br \/>\n[iii] Ibid.<br \/>\n[iv]\u00a0 Cf. Sadiqi 2003, 6.<br \/>\n[v]\u00a0 Cf. Sadiqi, 2013.<br \/>\n[vi] Cf. Hoffman 2006, 147.<br \/>\n[vii] Ibid.<br \/>\n[viii]\u00a0 Cf. Sadiqi 2007, 31.<br \/>\n[ix]\u00a0 Cf. Becker, 2013, 120.<br \/>\n[x]\u00a0 Cf. Becker, 2013, 131.<br \/>\n[xi] Ibid.<br \/>\n[xii] Cf. Becker 2006, 49.<br \/>\n[xiii]\u00a0 Cf. Hoffman 2002, 513.<br \/>\n[xiv] Ibid.<br \/>\n[xv]\u00a0 Cf. Hoffman 2002, 514.<br \/>\n[xvi]\u00a0 Ibid.<br \/>\n[xvii]\u00a0 Cf. Hoffman 2002, 517.<br \/>\n[xviii]\u00a0 Cf. Ibid.<br \/>\n[xix]\u00a0 Cf. Hoffman 2002, 519.<br \/>\n[xx]\u00a0 Cf. Hoffman 2002, 517.<br \/>\n[xxi]\u00a0 Cf. Becker 2006, 42.<br \/>\n[xxii]\u00a0 Cf. Becker 2006, 44.<br \/>\n[xxiii]\u00a0 Cf. Sadiqi 2007, 27.<br \/>\n[xxiv]\u00a0 Ibid.<br \/>\n[xxv]\u00a0 Cf. Sadiqi, 2007, 28.<br \/>\n[xxvi] Cf. Sadiqi 2003, 1.<br \/>\n[xxvii] Cf. Sadiqi 2003, 12.<br \/>\n[xxviii]\u00a0 Cf. Sadiqi 2003, 13.<br \/>\n[xxix]\u00a0\u00a0 Ibid.<br \/>\n[xxx]\u00a0 Ibid.<br \/>\n[xxxi]\u00a0 Cf. Sadiqi 2003, 14.<br \/>\n[xxxii]\u00a0 Cf. Sadiqi 2003, 17.<br \/>\n[xxxiii]\u00a0 Cf. Sadiqi 2003, 17.<br \/>\n[xxxiv]\u00a0 Ibid.<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><b>R\u00e9f\u00e9rences<\/b><\/span><strong>:<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><strong>Adams, Shaina; Brahim El Guabli<\/strong>. \u201cResisting Persecution and Maintaining Cultural Roots: The Amazigh People of Morocco.\u201d <em>Fellowship <\/em>73.7-9. (2007): 21-23. 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