{"id":3086,"date":"2020-10-31T15:23:16","date_gmt":"2020-10-31T15:23:16","guid":{"rendered":"http:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=3086"},"modified":"2020-10-31T15:23:16","modified_gmt":"2020-10-31T15:23:16","slug":"est-ce-la-fin-de-la-democratie-americaine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/est-ce-la-fin-de-la-democratie-americaine\/","title":{"rendered":"Est-ce la fin de la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine?"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_2891\" aria-describedby=\"caption-attachment-2891\" style=\"width: 333px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-2891\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/chtatou-333x250.jpg?resize=333%2C250\" alt=\"\" width=\"333\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/chtatou.jpg?resize=333%2C250&amp;ssl=1 333w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/chtatou.jpg?resize=200%2C150&amp;ssl=1 200w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/08\/chtatou.jpg?w=668&amp;ssl=1 668w\" sizes=\"auto, (max-width: 333px) 100vw, 333px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2891\" class=\"wp-caption-text\">Par: Dr Mohamed Chtatou<\/figcaption><\/figure>\n<p>Pour de nombreux observateurs de tout l&rsquo;\u00e9ventail politique, la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine semble menac\u00e9e. Que laisse pr\u00e9sager la pr\u00e9sidence Trump pour la politique am\u00e9ricaine ? Quelle confiance devrions-nous avoir dans la capacit\u00e9 des institutions am\u00e9ricaines \u00e0 r\u00e9sister \u00e0 cette menace ? Nous soutenons que pour comprendre ce qui constitue une menace unique pour la d\u00e9mocratie, il faut regarder au-del\u00e0 des d\u00e9tails de Trump et de sa pr\u00e9sidence. Cela exige plut\u00f4t une perspective historique et comparative de la politique am\u00e9ricaine.<\/p>\n<p>En s&rsquo;appuyant sur les connaissances acquises dans les domaines de la politique compar\u00e9e et du d\u00e9veloppement politique am\u00e9ricain, nous soutenons que l&rsquo;\u00e9lection de Trump repr\u00e9sente l&rsquo;intersection de trois courants dans la politique am\u00e9ricaine : un pr\u00e9sidentialisme bipartite polaris\u00e9 ; un syst\u00e8me politique fondamentalement divis\u00e9 quant \u00e0 l&rsquo;appartenance et au statut dans la communaut\u00e9 politique, de mani\u00e8re structur\u00e9e par l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 raciale et \u00e9conomique ; et l&rsquo;\u00e9rosion des normes d\u00e9mocratiques. La situation politique actuelle menace l&rsquo;ordre d\u00e9mocratique am\u00e9ricain en raison des effets interactifs des institutions, de l&rsquo;identit\u00e9 et de la violation des normes.<\/p>\n<p>Le XXIe si\u00e8cle, comme celui qui l&rsquo;a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, a vu l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une lutte fatidique sur la nature de la gouvernance humaine. Les r\u00e9gimes fond\u00e9s sur la d\u00e9mocratie et les droits de l&rsquo;homme, qui semblaient avoir triomph\u00e9 il y a 25 ans, sont aujourd&rsquo;hui confront\u00e9s \u00e0 un grave d\u00e9fi d\u00fb \u00e0 la r\u00e9surgence de l&rsquo;autoritarisme, qui utilise les nouvelles technologies pour remodeler la tyrannie que l&rsquo;Allemagne nazie et l&rsquo;Union sovi\u00e9tique ne pouvaient pas soutenir. L&rsquo;enjeu n&rsquo;est pas seulement de savoir quelles nations domineront les affaires mondiales, mais aussi si les libert\u00e9s individuelles &#8211; d&rsquo;expression, de r\u00e9union, de croyance religieuse &#8211; survivront.<\/p>\n<p><strong>Le pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis est une fonction sp\u00e9ciale<\/strong><\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis est une fonction sp\u00e9ciale. Contrairement aux monarques constitutionnels ou aux premiers ministres des syst\u00e8mes europ\u00e9ens et autres, le pr\u00e9sident n&rsquo;est ni exclusivement chef d&rsquo;\u00e9tat ni chef de gouvernement, mais il remplit les deux r\u00f4les &#8211; fusionnant deux aspects du leadership national, symbolique et substantiel, en une seule personne.<\/p>\n<p>Les fondateurs de l\u2019Am\u00e9rique pr\u00e9voyaient, en bref, que le pr\u00e9sident ne se contenterait pas d&rsquo;ex\u00e9cuter les lois nationales, mais qu&rsquo;il donnerait aussi le ton au niveau national. La grande crainte de ces premiers Am\u00e9ricains \u00e9tait que la pr\u00e9sidence ne tombe entre les mains d&rsquo;un d\u00e9magogue.<\/p>\n<p>Les pr\u00e9sidents, cependant, sont sur une voie totalement diff\u00e9rente. Avec des mandats fixes, ils sont relativement invuln\u00e9rables au malaise l\u00e9gislatif, sauf pour la perspective de destitution, \u00e0 laquelle, du moins aux \u00c9tats-Unis, on a eu tr\u00e8s rarement recours. En outre, les pr\u00e9sidents du monde entier sont souvent en mesure de tirer parti des techniques de communication modernes pour se placer au centre de l&rsquo;attention politique. Si l&rsquo;on ajoute \u00e0 cela un \u00ab\u00a0charisme\u00a0\u00bb insignifiant, chaque pr\u00e9sident devient ainsi un autocrate potentiel, ce qui est beaucoup moins vrai m\u00eame pour les premiers ministres puissants.<\/p>\n<p>Tous les pr\u00e9sidents, de Woodrow Wilson \u00e0 Barack Obama, ont engag\u00e9 les \u00c9tats-Unis dans une version ou une autre d&rsquo;un \u00ab\u00a0projet de d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb mondial. C&rsquo;est apr\u00e8s tout la raison pour laquelle, il y a environ un si\u00e8cle, les \u00c9tats-Unis sont entr\u00e9s dans la guerre catastrophique en Europe sous la rubrique \u00ab\u00a0rendre le monde s\u00fbr pour la d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb. Mais qu&rsquo;est-ce que cela implique de soutenir la \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb et donc de pouvoir qualifier un pays donn\u00e9 de plus ou moins \u00ab\u00a0d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb ? Consid\u00e9rez la citation de Winston Churchill selon laquelle \u00ab\u00a0la d\u00e9mocratie est la pire forme de gouvernement, \u00e0 l&rsquo;exception de toutes les autres formes qui ont \u00e9t\u00e9 essay\u00e9es de temps \u00e0 autre\u00a0\u00bb. Le probl\u00e8me n&rsquo;est pas que Churchill ait n\u00e9cessairement tort, mais plut\u00f4t qu&rsquo;il existe tant de formes de gouvernement diff\u00e9rentes qui peuvent, selon une th\u00e9orie plausible ou une autre, \u00eatre d\u00e9crites comme \u00ab\u00a0d\u00e9mocratiques\u00a0\u00bb. Cela signifie qu&rsquo;elles peuvent \u00eatre compar\u00e9es les unes aux autres, favorablement ou d\u00e9favorablement, en fonction des param\u00e8tres sur lesquels on se concentre.<\/p>\n<p>Toutefois, la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine est confront\u00e9e, dans la p\u00e9riode actuelle, \u00e0 de nombreux d\u00e9fis : crise \u00e9conomique, impasse partisane, in\u00e9galit\u00e9 \u00e9conomique croissante et poursuite du conflit militaire au Moyen-Orient et ailleurs.<\/p>\n<p><strong>L\u2019\u00e9quation Trump<\/strong><\/p>\n<p>Il y a des gens qui constatent &#8211; et ils ont raison de le faire &#8211; que les probl\u00e8mes auxquels les \u00c9tats-Unis sont confront\u00e9s n&rsquo;ont pas commenc\u00e9 avec Donald Trump ; qu&rsquo;il est le sous-produit de la mauvaise foi des m\u00e9dias de droite, de la culture des c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s et des ann\u00e9es o\u00f9 les r\u00e9publicains ont appel\u00e9 les gens \u00e0 se battre dans la guerre des cultures. Mais bien que ce qui arrive actuellement au pays soit plus important que le pr\u00e9sident, il est aussi la personne la plus \u00e0 m\u00eame de faire le plus de mal \u00e0 la nation. C&rsquo;est vrai s&rsquo;il perd en novembre 2020 ; c&rsquo;est encore plus vrai que s&rsquo;il gagne.<\/p>\n<p>Trump a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 semer le doute sur la l\u00e9gitimit\u00e9 de cette \u00e9lection. Il a avanc\u00e9 la th\u00e9orie sans fondement selon laquelle les votes par correspondance conduiraient \u00e0 une fraude g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, et certains dans son entourage exploreraient la possibilit\u00e9 d&rsquo;essayer de freiner ce type de vote par une action de l&rsquo;ex\u00e9cutif.<\/p>\n<p>On craint \u00e9galement qu&rsquo;il tente de saboter le service postal am\u00e9ricain, que de nombreux Am\u00e9ricains devront utiliser en toute s\u00e9curit\u00e9 pour pouvoir voter en novembre. Le nouveau responsable des Postes, Louis DeJoy, nomm\u00e9 par un conseil d&rsquo;administration choisi par le pr\u00e9sident, est un donateur important du parti r\u00e9publicain. Et dans une interview accord\u00e9e \u00e0 la Fox Business Network, Trump a lui-m\u00eame laiss\u00e9 entendre qu&rsquo;il voulait emp\u00eacher le bon fonctionnement de la poste en raison du soutien des d\u00e9mocrates aux votes par correspondance : \u00ab\u00a0Maintenant, ils ont besoin de cet argent pour faire fonctionner la poste afin qu&rsquo;elle puisse recevoir tous ces millions et millions de bulletins de vote\u00a0\u00bb, a-t-il d\u00e9clar\u00e9, ajoutant : \u00ab\u00a0Mais s&rsquo;ils ne re\u00e7oivent pas ces deux articles, cela signifie que vous ne pouvez pas avoir un vote par correspondance universel, parce qu&rsquo;ils ne sont pas \u00e9quip\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ce sont des attaques contre la logistique du vote, mais elles sapent \u00e9galement la validit\u00e9 de cette \u00e9lection. On peut dire la m\u00eame chose d&rsquo;un tweet que Trump a envoy\u00e9 r\u00e9cemment et qui sugg\u00e9rait de retarder le vote. \u00ab\u00a0Avec le vote par correspondance universel (et non le vote par correspondance, ce qui est une bonne chose), 2020 sera l&rsquo;\u00e9lection la plus INEXACTE &amp; FRAUDULEUSE de l&rsquo;histoire. Ce sera un grand embarras pour les Etats-Unis\u00a0\u00bb, a tweet\u00e9 le pr\u00e9sident. Retarder l&rsquo;\u00e9lection jusqu&rsquo;\u00e0 ce que les gens puissent voter correctement, en toute s\u00e9curit\u00e9 et sans risque ? Le pr\u00e9sident ne peut pas vraiment retarder l&rsquo;\u00e9lection, mais il la compromet d\u00e9j\u00e0 en utilisant sa position de force pour pr\u00e9dire qu&rsquo;elle sera inexacte et frauduleuse &#8211; et il continuera presque certainement \u00e0 le faire le soir de l&rsquo;\u00e9lection.<\/p>\n<p>Selon toute vraisemblance, le r\u00e9sultat ne sera pas annonc\u00e9 le 3 novembre 2020, et il faudra attendre que les votes arrivent et soient compt\u00e9s. Mais ce n&rsquo;est pas ce \u00e0 quoi les Am\u00e9ricains sont habitu\u00e9s, et M. Trump prendra sans doute ce temps pour essayer de convaincre quiconque l&rsquo;\u00e9coutera que le jeu est truqu\u00e9 contre lui. (Il a d\u00e9j\u00e0 fait quelque chose de similaire auparavant, en 2016, lorsqu&rsquo;il a affirm\u00e9 qu&rsquo;il aurait gagn\u00e9 le vote populaire s&rsquo;il n&rsquo;y avait pas eu des millions de votes ill\u00e9gaux. Il n&rsquo;y avait aucune preuve \u00e0 l&rsquo;appui de cette affirmation).<\/p>\n<p>Si Trump perd, il finira par partir. Mais il pourrait le faire d&rsquo;une mani\u00e8re qui laisserait la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine &#8211; sa croyance dans les \u00e9lections et le transfert pacifique et l\u00e9gitime du pouvoir dans un \u00e9tat faible et en danger. S&rsquo;il gagne, il sera en mesure de passer quatre ann\u00e9es suppl\u00e9mentaires \u00e0 \u00e9roder le service postal et \u00e0 travailler avec son administration pour d\u00e9terminer quels Am\u00e9ricains peuvent exercer leur droit de vote l\u00e9gal.<\/p>\n<p>Ce ne sont pas non plus les seuls droits que M. Trump s&rsquo;est efforc\u00e9 de restreindre pendant son mandat. Il y a aussi le droit de protester, il y a le droit de demander l&rsquo;asile, que cette administration a essay\u00e9 de bloquer ; et il y a le droit \u00e0 la libert\u00e9 de la presse, que cette administration a menac\u00e9 de diffamation.<\/p>\n<p>La position hypocrite des \u00c9tats-Unis sur le droit civil et le droit de vote, l&rsquo;immigration et les libert\u00e9s de r\u00e9union et de la presse n&rsquo;a pas commenc\u00e9 avec Trump. Mais c&rsquo;est lui qui est, \u00e0 l&rsquo;heure actuelle, le mieux plac\u00e9 pour \u00e9tendre cette hypocrisie ; s&rsquo;il gagne en novembre, il sera encore mieux plac\u00e9 pour le faire.<\/p>\n<p>Jusqu&rsquo;\u00e0 Donald Trump, les \u00c9tats-Unis n&rsquo;avaient jamais eu de pr\u00e9sident qui maintienne une telle emprise sur son parti. Maintenant que c&rsquo;est le cas, les dispositions de la Constitution relatives \u00e0 la destitution du pr\u00e9sident &#8211; par mise en accusation par la Chambre des repr\u00e9sentants et condamnation par une majorit\u00e9 des deux tiers du S\u00e9nat &#8211; ont \u00e9t\u00e9 neutralis\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;atout et la crise de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale<\/strong><\/p>\n<p>Les \u00c9tats-Unis sont-ils sur le point de changer de r\u00e9gime ? Cette possibilit\u00e9 a longtemps \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme impensable dans la politique am\u00e9ricaine. Pourtant, de nombreux citoyens, militants, experts et universitaires s&rsquo;inqui\u00e8tent aujourd&rsquo;hui activement de l&rsquo;\u00e9tat et de l&rsquo;avenir de la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine. De nombreuses \u00e9valuations font \u00e9cho \u00e0 cette anxi\u00e9t\u00e9. D\u00e8s 2016, dans son \u00e9valuation annuelle de la d\u00e9mocratie dans 167 pays, par exemple, The Economist a reclass\u00e9 les \u00c9tats-Unis comme une \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie imparfaite\u00a0\u00bb (par opposition \u00e0 une \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie compl\u00e8te\u00a0\u00bb), en grande partie en raison de l&rsquo;\u00e9rosion de la confiance du public dans les institutions politiques am\u00e9ricaines, comme le montrent les enqu\u00eates de Gallup, Pew et autres.<\/p>\n<p>La pr\u00e9sidence de Donald Trump, telle qu&rsquo;elle se d\u00e9roule, amplifie ces doutes. D&rsquo;abord comme candidat et maintenant comme pr\u00e9sident, Trump tourne ouvertement en d\u00e9rision les institutions fondamentales de la gouvernance d\u00e9mocratique : la presse ind\u00e9pendante, le syst\u00e8me judiciaire, la bureaucratie, la validit\u00e9 des \u00e9lections, la l\u00e9gitimit\u00e9 de la contestation d\u00e9mocratique et la centralit\u00e9 des faits dans le discours politique. Il a manifest\u00e9 son soutien \u00e0 la mobilisation nationaliste blanche qui a d\u00e9ferl\u00e9 depuis son investiture. Il poursuit une vision du gouvernement qui remet en question les engagements politiques et institutionnels durement acquis du lib\u00e9ralisme d\u00e9mocratique mondial. Dans les affaires internationales, il se heurte aux plus puissants alli\u00e9s d\u00e9mocratiques des \u00c9tats-Unis et admire \u00e9videmment les dirigeants autocratiques. Et moins de deux ans apr\u00e8s le d\u00e9but de son mandat, le gouvernement de M. Trump est embourb\u00e9 dans une enqu\u00eate criminelle men\u00e9e par un avocat sp\u00e9cial sur les liens apparents entre sa campagne pr\u00e9sidentielle et le gouvernement russe &#8211; et sur une possible obstruction \u00e0 la justice.<\/p>\n<p>La pr\u00e9sidence de M. Trump d\u00e9stabilise en effet l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 et la r\u00e9sistance du r\u00e9gime politique am\u00e9ricain et l&rsquo;avenir de la d\u00e9mocratie lib\u00e9rale aux \u00c9tats-Unis. Les pr\u00e9occupations exprim\u00e9es couvrent tout l&rsquo;\u00e9ventail politique et se retrouvent chez les \u00e9lecteurs, les militants et les \u00e9lites. Bien entendu, certains observateurs plus optimistes ont not\u00e9 que les institutions politiques am\u00e9ricaines ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 confront\u00e9es \u00e0 de graves menaces &#8211; de la guerre de S\u00e9cession aux raids de Palmer, du maccarthysme au Watergate &#8211; et que le syst\u00e8me politique am\u00e9ricain a r\u00e9ussi \u00e0 se r\u00e9tablir. Pourquoi la pr\u00e9sidence de Trump n&rsquo;est-elle pas consid\u00e9r\u00e9e comme un d\u00e9fi politique normal \u00e0 un ordre politique lib\u00e9ral \u00e9tabli ? Pourquoi cette crainte malgr\u00e9 l&rsquo;h\u00e9ritage de la r\u00e9silience ?<\/p>\n<p>En adoptant une perspective historique et comparative de la politique am\u00e9ricaine, nous sugg\u00e9rons que la crainte n&rsquo;est pas un simple alarmisme. Nous soutenons que l&rsquo;\u00e9lection et la gouvernance du pr\u00e9sident Trump se recoupent avec trois conditions de la politique am\u00e9ricaine : un pr\u00e9sidentialisme bipartite polaris\u00e9 ; une polarit\u00e9 fondamentalement divis\u00e9e sur l&rsquo;appartenance et le statut dans la communaut\u00e9 politique ; et l&rsquo;\u00e9rosion des normes d\u00e9mocratiques au niveau de l&rsquo;\u00e9lite et de la masse. Aucune de ces conditions n&rsquo;est nouvelle en soi, mais &#8211; et c&rsquo;est l\u00e0 notre point essentiel &#8211; leur combinaison l&rsquo;est. Ces trois conditions se renforcent et se nourrissent les unes des autres ; elles produisent une nouvelle configuration qui diff\u00e8re des moments de crise pass\u00e9s dans la politique am\u00e9ricaine.<\/p>\n<p>Notre objectif est de proposer une approche analytique de la pr\u00e9sidence Trump qui s&rsquo;inspire des traditions du d\u00e9veloppement politique am\u00e9ricain et de la politique compar\u00e9e. Une perspective historique et de d\u00e9veloppement nous permet d&rsquo;\u00e9valuer la politique am\u00e9ricaine contemporaine par rapport \u00e0 des \u00e9pisodes ant\u00e9rieurs de stress d\u00e9mocratique, et \u00e9claire les processus de changement qui ont produit ce moment et continueront \u00e0 fa\u00e7onner le cours de la politique \u00e0 l&rsquo;avenir. De m\u00eame, la comparaison transnationale nous permet de situer la pr\u00e9sidence de Trump dans un contexte mondial plus large de d\u00e9fis populistes et nationalistes croissants \u00e0 l&rsquo;ordre international lib\u00e9ral, ainsi qu&rsquo;aux partis d&rsquo;\u00e9tablissement et aux \u00e9lites politiques qui l&rsquo;ont construit. Elle nous permet \u00e9galement de comprendre les \u00c9tats-Unis comme un cas de ph\u00e9nom\u00e8ne plus large de fragilit\u00e9 du r\u00e9gime qui est bien compris par les sp\u00e9cialistes des reculs et des effondrements d\u00e9mocratiques.<\/p>\n<p>Notre argument place d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment le moment politique actuel dans un contexte historique et comparatif afin d&rsquo;identifier comment l&rsquo;\u00e9lection du pr\u00e9sident Trump diff\u00e8re qualitativement des moments pass\u00e9s de stress du r\u00e9gime, de diagnostiquer ses origines et ses ant\u00e9c\u00e9dents, et de tracer ses cons\u00e9quences possibles pour la politique am\u00e9ricaine et mondiale.<\/p>\n<p><strong>La crise de la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine<\/strong><\/p>\n<p>La croissance et l&rsquo;expansion des d\u00e9mocraties qui ont d\u00e9fini le XXe si\u00e8cle ont atteint leur apog\u00e9e au d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle. Au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, une d\u00e9mocratie sur six a \u00e9chou\u00e9. Dans les pays du monde entier &#8211; comme la Hongrie, la Pologne, la Turquie et le Venezuela &#8211; les autocrates ont lentement d\u00e9mantel\u00e9 les syst\u00e8mes d\u00e9mocratiques, ne laissant aux gouvernements qui sont pour la plupart des d\u00e9mocraties que le nom.<\/p>\n<p>Donald Trump incite d\u00e9j\u00e0 ses plus ardents partisans \u00e0 se r\u00e9volter s&rsquo;il devait perdre les \u00e9lections en novembre 2020. En mettant en doute la fiabilit\u00e9 du vote par correspondance, il la qualifie de mani\u00e8re pr\u00e9ventive d'\u00a0\u00bb\u00e9lection la plus truqu\u00e9e de l&rsquo;histoire\u00a0\u00bb. Les milices arm\u00e9es pro-trump ont occup\u00e9 les capitales des \u00e9tats dans le cadre de la guerre des cultures pour les masques pendant la pand\u00e9mie de Covid-19. S&rsquo;il perd le 3 novembre 2020, comment le r\u00e9sultat pourrait-il \u00eatre contest\u00e9, et par qui ?.<\/p>\n<p>Presque tous les Am\u00e9ricains vivants ont grandi en consid\u00e9rant la d\u00e9mocratie US comme allant de soi. Jusqu&rsquo;\u00e0 r\u00e9cemment, la plupart croyaient &#8211; et agissaient comme si &#8211; le syst\u00e8me constitutionnel \u00e9tait inviolable, quelle que soit l&rsquo;imprudence des politiciens.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est plus le cas. Les Am\u00e9ricains observent avec un malaise croissant que leur syst\u00e8me politique menace de d\u00e9railler : fermetures co\u00fbteuses du gouvernement, si\u00e8ges de la Cour supr\u00eame vol\u00e9s, mises en accusation, inqui\u00e9tudes croissantes quant \u00e0 l&rsquo;\u00e9quit\u00e9 des \u00e9lections et, bien s\u00fbr, l&rsquo;\u00e9lection d&rsquo;un candidat \u00e0 la pr\u00e9sidence qui avait tol\u00e9r\u00e9 la violence lors de rassemblements et menac\u00e9 d&rsquo;enfermer son rival, et qui, en tant que pr\u00e9sident, a commenc\u00e9 \u00e0 subvertir l&rsquo;\u00e9tat de droit en d\u00e9fiant la surveillance du Congr\u00e8s et en corrompant les forces de l&rsquo;ordre pour prot\u00e9ger ses alli\u00e9s politiques et enqu\u00eater sur ses opposants.<\/p>\n<p>Dans un sondage r\u00e9alis\u00e9 en 2019 par Public Agenda, 39 % des Am\u00e9ricains ont d\u00e9clar\u00e9 qu&rsquo;ils pensaient que leur d\u00e9mocratie \u00e9tait \u00ab\u00a0en crise\u00a0\u00bb, tandis que 42 % ont d\u00e9clar\u00e9 qu&rsquo;elle \u00e9tait confront\u00e9e \u00e0 de \u00ab\u00a0s\u00e9rieux d\u00e9fis\u00a0\u00bb. Seuls 15 % ont d\u00e9clar\u00e9 que la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine \u00ab\u00a0se porte bien\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le recul de la d\u00e9mocratie aux \u00c9tats-Unis n&rsquo;est plus un sujet de pr\u00e9occupation sp\u00e9culatif. Des indices mondiaux de la d\u00e9mocratie bien consid\u00e9r\u00e9s &#8211; tels que Freedom House, Varieties of Democracy et l&rsquo;Economist Intelligence Unit &#8211; montrent tous une \u00e9rosion de la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine depuis 2016. Selon le classement de Freedom House, les \u00c9tats-Unis sont aujourd&rsquo;hui moins d\u00e9mocratiques que le Chili, la R\u00e9publique tch\u00e8que, la Slov\u00e9nie, Ta\u00efwan et l&rsquo;Uruguay &#8211; et dans la m\u00eame cat\u00e9gorie que des d\u00e9mocraties plus r\u00e9centes comme la Croatie, la Gr\u00e8ce, la Mongolie et le Panama.<\/p>\n<p><strong>Comment est-ce que l\u2019Am\u00e9rique est arriv\u00e9e l\u00e0?.<\/strong><\/p>\n<p>Les probl\u00e8mes ont commenc\u00e9 bien avant 2016 et vont plus loin que la pr\u00e9sidence de Donald Trump. \u00c9lire un d\u00e9magogue est toujours dangereux, mais cela ne condamne pas un pays \u00e0 l&rsquo;effondrement d\u00e9mocratique. Des institutions fortes peuvent freiner les dirigeants corrompus ou \u00e0 l&rsquo;esprit autocratique.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que la Constitution am\u00e9ricaine a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue pour faire, et pendant la plus grande partie de notre histoire, elle a r\u00e9ussi. Le syst\u00e8me constitutionnel am\u00e9ricain a effectivement mis en \u00e9chec de nombreux pr\u00e9sidents puissants et ambitieux, y compris des d\u00e9magogues (Andrew Jackson) et des criminels (Richard Nixon). C&rsquo;est pourquoi les Am\u00e9ricains ont toujours eu une grande confiance dans leur Constitution. Un sondage r\u00e9alis\u00e9 en 1999 a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que 85 % des Am\u00e9ricains croyaient que c&rsquo;\u00e9tait la principale raison du succ\u00e8s de leur d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p>Mais les constitutions ne suffisent pas \u00e0 elles seules \u00e0 prot\u00e9ger la d\u00e9mocratie. M\u00eame les constitutions les plus brillamment con\u00e7ues ne fonctionnent pas automatiquement. Elles doivent plut\u00f4t \u00eatre renforc\u00e9es par des normes d\u00e9mocratiques fortes et non \u00e9crites.<\/p>\n<p>Deux normes fondamentales sont essentielles \u00e0 la d\u00e9mocratie : la premi\u00e8re est la tol\u00e9rance mutuelle, ou la norme consistant \u00e0 accepter la l\u00e9gitimit\u00e9 de ses rivaux partisans. Cela signifie que, quel que soit notre d\u00e9saccord &#8211; et m\u00eame notre aversion &#8211; avec nos adversaires, nous reconnaissons qu&rsquo;ils sont des citoyens loyaux qui aiment le pays tout comme nous et qui ont un droit l\u00e9gal et l\u00e9gitime de gouverner. En d&rsquo;autres termes, nous ne traitons pas nos rivaux comme des ennemis.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me norme est l&rsquo;abstention institutionnelle. L&rsquo;abstention signifie que l&rsquo;on s&rsquo;abstient d&rsquo;exercer son droit l\u00e9gal. C&rsquo;est un acte d&rsquo;auto-restriction d\u00e9lib\u00e9r\u00e9, une sous-utilisation du pouvoir dont nous disposons l\u00e9galement. L&rsquo;abstention est essentielle \u00e0 la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p>Consid\u00e9rez ce que le pr\u00e9sident am\u00e9ricain est constitutionnellement capable de faire : Le pr\u00e9sident peut l\u00e9galement pardonner \u00e0 qui il veut, quand il veut. Tout pr\u00e9sident disposant d&rsquo;une majorit\u00e9 au Congr\u00e8s peut remplir la Cour supr\u00eame des \u00c9tats-Unis simplement en faisant passer une loi qui \u00e9largit la taille de la Cour et en pourvoyant les nouveaux postes vacants avec des alli\u00e9s.<\/p>\n<p>Ou alors, il faut se demander ce que le Congr\u00e8s a le pouvoir constitutionnel de faire. Le Congr\u00e8s peut faire taire le gouvernement en refusant de le financer. Le S\u00e9nat peut utiliser son droit de \u00ab\u00a0conseil et de consentement\u00a0\u00bb pour emp\u00eacher le pr\u00e9sident de pourvoir les postes vacants au sein de son cabinet ou de la Cour supr\u00eame. Et comme il n&rsquo;y a gu\u00e8re d&rsquo;accord sur ce qui constitue des \u00ab\u00a0crimes et d\u00e9lits graves\u00a0\u00bb, la Chambre peut mettre en accusation le pr\u00e9sident pour pratiquement tous les motifs qu&rsquo;elle choisit.<\/p>\n<p>Le fait est que les politiciens peuvent exploiter la lettre de la Constitution de mani\u00e8re \u00e0 en \u00e9visc\u00e9rer l&rsquo;esprit : le conditionnement des tribunaux, la mise en accusation partisane, la fermeture du gouvernement, la gr\u00e2ce accord\u00e9e aux alli\u00e9s qui commettent des crimes au nom du pr\u00e9sident, la d\u00e9claration de situations d&rsquo;urgence nationale pour contourner le Congr\u00e8s. Toutes ces actions suivent la lettre \u00e9crite de la loi pour en subvertir l&rsquo;esprit. Le juriste Mark Tushnet appelle ce type de comportement \u00ab\u00a0la duret\u00e9 constitutionnelle\u00a0\u00bb. Si vous examinez une d\u00e9mocratie d\u00e9faillante ou en \u00e9chec, vous trouverez une abondance de duret\u00e9 constitutionnelle : par exemple, l&rsquo;Espagne et l&rsquo;Allemagne dans les ann\u00e9es 1930, le Chili dans les ann\u00e9es 1970, et la Hongrie, le Venezuela et la Turquie contemporains.<\/p>\n<p>La tol\u00e9rance &#8211; l&rsquo;engagement commun des politiciens \u00e0 exercer leurs pr\u00e9rogatives institutionnelles avec retenue &#8211; est ce qui emp\u00eache les d\u00e9mocraties de sombrer dans une spirale destructrice de blocage constitutionnel.<\/p>\n<p>Les normes non \u00e9crites de tol\u00e9rance mutuelle et d&rsquo;abstention servent de garde-fous \u00e0 la d\u00e9mocratie. C&rsquo;est ce qui emp\u00eache une saine concurrence politique de s&rsquo;engager dans le type de lutte partisane jusqu&rsquo;\u00e0 la mort qui a d\u00e9truit les d\u00e9mocraties en Europe dans les ann\u00e9es 1930 et en Am\u00e9rique du Sud dans les ann\u00e9es 1960 et 1970.<\/p>\n<p>L&rsquo;Am\u00e9rique n&rsquo;a pas toujours eu de solides garde-fous d\u00e9mocratiques. Elle n&rsquo;en avait pas dans les ann\u00e9es 1790, lorsque la guerre institutionnelle entre les f\u00e9d\u00e9ralistes et les r\u00e9publicains a failli d\u00e9truire la R\u00e9publique avant qu&rsquo;elle ne puisse prendre racine. Elle les a perdus \u00e0 l&rsquo;approche de la guerre de S\u00e9cession, et ils sont rest\u00e9s faibles jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Pendant la plus grande partie du XXe si\u00e8cle, cependant, les garde-fous am\u00e9ricains ont \u00e9t\u00e9 solides. Bien que le pays ait connu des attaques occasionnelles contre les normes d\u00e9mocratiques (par exemple, le maccarthysme dans les ann\u00e9es 1950), les deux parties se sont largement engag\u00e9es dans la tol\u00e9rance et l&rsquo;abstention mutuelles, ce qui a permis au syst\u00e8me de freins et contrepoids (Checks and balances) de fonctionner. Au cours des trois premiers quarts du XXe si\u00e8cle, il n&rsquo;y a pas eu de mise en accusation r\u00e9ussie. Les s\u00e9nateurs ont fait un usage judicieux de leur droit de conseiller et de consentir aux nominations pr\u00e9sidentielles &#8211; la plupart des nominations \u00e0 la Cour supr\u00eame ont \u00e9t\u00e9 approuv\u00e9es facilement, m\u00eame lorsque le parti du pr\u00e9sident ne contr\u00f4lait pas le S\u00e9nat. Et en dehors du temps de guerre, les pr\u00e9sidents se sont largement abstenus d&rsquo;agir unilat\u00e9ralement pour contourner le Congr\u00e8s ou les tribunaux.<\/p>\n<p>Pendant plus d&rsquo;un si\u00e8cle, le syst\u00e8me am\u00e9ricain de freins et contrepoids (checks and balances) a donc fonctionn\u00e9. Mais l\u00e0 encore, le syst\u00e8me a fonctionn\u00e9 parce qu&rsquo;il \u00e9tait renforc\u00e9 par des normes strictes de tol\u00e9rance et d&rsquo;abstention mutuelles.<\/p>\n<p><strong>Une polarisation am\u00e9ricaine accrue<\/strong><\/p>\n<p>Ce que nous vivons aujourd&rsquo;hui n&rsquo;est pas la polarisation traditionnelle lib\u00e9rale-conservatrice. Les gens ne se craignent pas et ne se d\u00e9testent pas les uns les autres en ce qui concerne les imp\u00f4ts ou la politique de sant\u00e9. Les divisions partisanes contemporaines sont plus profondes que cela : elles concernent l&rsquo;identit\u00e9 raciale et culturelle.<\/p>\n<p>Rappelons que la stabilit\u00e9 de la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine moderne repose, dans une large mesure, sur l&rsquo;exclusion raciale. Les normes d\u00e9mocratiques ont \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9es par et pour une communaut\u00e9 politique majoritairement blanche et chr\u00e9tienne, ce qui a exclu de force des millions d&rsquo;Afro-Am\u00e9ricains dans le Sud.<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine s&rsquo;est transform\u00e9e de fa\u00e7on spectaculaire au cours du dernier demi-si\u00e8cle. Gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;immigration \u00e0 grande \u00e9chelle et aux mesures prises en faveur de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 raciale, le pays est devenu \u00e0 la fois plus diversifi\u00e9 et plus d\u00e9mocratique. Ces changements ont \u00e9rod\u00e9 \u00e0 la fois la taille et le statut social de l&rsquo;ancienne majorit\u00e9 chr\u00e9tienne blanche d&rsquo;Am\u00e9rique.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1950, les chr\u00e9tiens blancs repr\u00e9sentaient bien plus de 90 % de l&rsquo;\u00e9lectorat am\u00e9ricain. Pas plus tard qu&rsquo;en 1992, lorsque Bill Clinton a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu pr\u00e9sident, 73 % des \u00e9lecteurs am\u00e9ricains \u00e9taient des chr\u00e9tiens blancs. Au moment de la r\u00e9\u00e9lection de Barack Obama en 2012, ce pourcentage \u00e9tait tomb\u00e9 \u00e0 57 % et des recherches sugg\u00e8rent qu&rsquo;il sera inf\u00e9rieur \u00e0 50 % d&rsquo;ici 2024. En effet, les chr\u00e9tiens blancs perdent leur majorit\u00e9 \u00e9lectorale.<\/p>\n<p>Ils perdent \u00e9galement leur statut social dominant. Il n&rsquo;y a pas si longtemps, les hommes blancs chr\u00e9tiens \u00e9taient assis au sommet de toutes les hi\u00e9rarchies sociales, \u00e9conomiques, politiques et culturelles du pays. Ils occupaient la pr\u00e9sidence, le Congr\u00e8s, la Cour supr\u00eame et les r\u00e9sidences des gouverneurs. Ils \u00e9taient les PDG, les pr\u00e9sentateurs de nouvelles et la plupart des c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s et des autorit\u00e9s scientifiques. Et ils \u00e9taient le visage des deux grands partis politiques.<\/p>\n<p>Cette \u00e9poque est r\u00e9volue. Mais perdre son statut social dominant peut-\u00eatre profond\u00e9ment mena\u00e7ant. Beaucoup d&rsquo;hommes blancs chr\u00e9tiens ont l&rsquo;impression que le pays dans lequel ils ont grandi leur est enlev\u00e9. Pour beaucoup de gens, cela ressemble \u00e0 une menace existentielle.<\/p>\n<p>Cette transition d\u00e9mographique est devenue politiquement explosive parce que les diff\u00e9rences raciales et culturelles de l&rsquo;Am\u00e9rique correspondent maintenant presque parfaitement aux deux grands partis. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas le cas dans le pass\u00e9. Encore \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970, les chr\u00e9tiens blancs \u00e9taient divis\u00e9s de mani\u00e8re \u00e9gale entre les d\u00e9mocrates et les r\u00e9publicains.<\/p>\n<p>Trois changements majeurs sont intervenus au cours du dernier demi-si\u00e8cle. Premi\u00e8rement, le mouvement des droits civils a entra\u00een\u00e9 une migration massive des blancs du Sud des d\u00e9mocrates vers les r\u00e9publicains, tandis que les Afro-Am\u00e9ricains &#8211; nouvellement \u00e9mancip\u00e9s dans le Sud &#8211; sont devenus d\u00e9mocrates \u00e0 une \u00e9crasante majorit\u00e9. Deuxi\u00e8mement, les \u00c9tats-Unis ont connu une vague d&rsquo;immigration massive, et la plupart de ces immigrants ont fini par se retrouver au sein du parti d\u00e9mocrate. Et troisi\u00e8mement, \u00e0 partir de la pr\u00e9sidence de Ronald Reagan au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, les chr\u00e9tiens \u00e9vang\u00e9liques blancs ont afflu\u00e9 chez les r\u00e9publicains.<\/p>\n<p>\u00c0 la suite de ces changements, les deux principaux partis am\u00e9ricains repr\u00e9sentent d\u00e9sormais des parties tr\u00e8s diff\u00e9rentes de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine. Les d\u00e9mocrates repr\u00e9sentent une coalition arc-en-ciel qui comprend des \u00e9lecteurs blancs urbains et instruits et des personnes de couleur. Pr\u00e8s de la moiti\u00e9 des \u00e9lecteurs d\u00e9mocrates ne sont pas blancs. Les r\u00e9publicains, en revanche, restent majoritairement blancs et chr\u00e9tiens.<\/p>\n<p>Les Am\u00e9ricains se sont donc r\u00e9partis en partis qui repr\u00e9sentent des communaut\u00e9s, des identit\u00e9s sociales et des visions de ce qu&rsquo;est et devrait \u00eatre l&rsquo;Am\u00e9rique radicalement diff\u00e9rente.<\/p>\n<p>Les r\u00e9publicains repr\u00e9sentent de plus en plus l&rsquo;Am\u00e9rique chr\u00e9tienne blanche, tandis que les d\u00e9mocrates en sont venus \u00e0 repr\u00e9senter tous les autres. C&rsquo;est cette division qui sous-tend la profonde polarisation du pays.<\/p>\n<p>Mais ce qui rend la polarisation si dangereuse, c&rsquo;est son asym\u00e9trie. Alors que la base d\u00e9mocrate est diversifi\u00e9e et en expansion, le parti r\u00e9publicain repr\u00e9sente une majorit\u00e9 autrefois dominante en termes de d\u00e9clin num\u00e9rique et de statut. Sentant ce d\u00e9clin, de nombreux r\u00e9publicains ont commenc\u00e9 \u00e0 craindre l&rsquo;avenir.<\/p>\n<p>Des slogans comme \u00ab\u00a0reprenons notre pays\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0rendez l&rsquo;Am\u00e9rique \u00e0 nouveau grande\u00a0\u00bb refl\u00e8tent ce sentiment de p\u00e9ril. De plus, ces craintes ont aliment\u00e9 une \u00e9volution inqui\u00e9tante qui menace la d\u00e9mocratie : une aversion croissante des r\u00e9publicains pour la perte des \u00e9lections.<\/p>\n<p>Perdre l&rsquo;\u00e9lection, pas la d\u00e9mocratie<br \/>\nLa d\u00e9mocratie exige que les partis sachent comment perdre. Les hommes politiques qui perdent des \u00e9lections doivent \u00eatre pr\u00eats \u00e0 accepter la d\u00e9faite, \u00e0 rentrer chez eux et \u00e0 se pr\u00e9parer \u00e0 rejouer le lendemain. Sans cette norme de la d\u00e9faite gracieuse, la d\u00e9mocratie n&rsquo;est pas durable.<\/p>\n<p>Cependant, pour que les partis acceptent de perdre, deux conditions doivent \u00eatre r\u00e9unies : premi\u00e8rement, ils doivent se sentir s\u00fbrs que perdre aujourd&rsquo;hui n&rsquo;aura pas de cons\u00e9quences ruineuses ; deuxi\u00e8mement, ils doivent croire qu&rsquo;ils ont une chance raisonnable de gagner \u00e0 nouveau \u00e0 l&rsquo;avenir. Lorsque les dirigeants des partis craignent de ne pas pouvoir gagner les \u00e9lections futures ou que la d\u00e9faite constitue une menace existentielle (pour eux-m\u00eames ou pour leurs \u00e9lecteurs), l&rsquo;enjeu augmente. Leur horizon temporel se raccourcit. Ils jettent le lendemain au vent et cherchent \u00e0 gagner \u00e0 tout prix aujourd&rsquo;hui. En d&rsquo;autres termes, le d\u00e9sespoir conduit les hommes politiques \u00e0 jouer le jeu.<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire offre de nombreux exemples de la fa\u00e7on dont la peur de perdre conduit les partis \u00e0 subvertir la d\u00e9mocratie. En Europe, avant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, de nombreux conservateurs traditionnels \u00e9taient hant\u00e9s par la perspective d&rsquo;\u00e9tendre l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des droits de vote \u00e0 la classe ouvri\u00e8re. En Allemagne, par exemple, les conservateurs consid\u00e9raient l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 du suffrage (masculin) comme une menace non seulement pour leurs propres perspectives \u00e9lectorales, mais aussi pour la survie de l&rsquo;ordre aristocratique. (Un dirigeant conservateur allemand a qualifi\u00e9 le suffrage int\u00e9gral et \u00e9gal entre hommes d'\u00a0\u00bbattaque contre les lois de la civilisation\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Les conservateurs allemands ont donc jou\u00e9 le jeu, se livrant \u00e0 des manipulations \u00e9lectorales rampantes et \u00e0 une r\u00e9pression pure et simple tout au long de la Premi\u00e8re Guerre mondiale.<\/p>\n<p>Aux USA, les d\u00e9mocrates du Sud ont r\u00e9agi de la m\u00eame mani\u00e8re \u00e0 l&rsquo;\u00e9mancipation des Afro-Am\u00e9ricains \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de la Reconstruction, qui \u00e9tait pr\u00e9vue par le Quinzi\u00e8me amendement.<\/p>\n<p>Comme les Afro-Am\u00e9ricains repr\u00e9sentaient une majorit\u00e9 ou une quasi majorit\u00e9 dans la plupart des \u00e9tats post-conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s, leur \u00e9mancipation a mis en p\u00e9ril la domination politique des d\u00e9mocrates du Sud et a potentiellement menac\u00e9 tout l&rsquo;ordre racial. Consid\u00e9rant l&rsquo;\u00e9mancipation des Noirs comme une menace existentielle, les d\u00e9mocrates du Sud ont jou\u00e9 le jeu.<\/p>\n<p>Entre 1885 et 1908, les 11 \u00e9tats post-conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s ont adopt\u00e9 des lois \u00e9tablissant des taxes \u00e9lectorales, des tests d&rsquo;alphab\u00e9tisation, des exigences en mati\u00e8re de propri\u00e9t\u00e9 et de r\u00e9sidence, ainsi que d&rsquo;autres mesures visant \u00e0 priver les Afro-Am\u00e9ricains de leur droit de vote et \u00e0 consolider la domination du Parti d\u00e9mocrate : Le taux de participation des \u00e9lecteurs noirs dans le Sud est pass\u00e9 de 61 % en 1880 \u00e0 seulement 2 % en 1912. Refusant de perdre, les d\u00e9mocrates du Sud ont priv\u00e9 pr\u00e8s de la moiti\u00e9 de la population du droit de vote, inaugurant ainsi pr\u00e8s d&rsquo;un si\u00e8cle d&rsquo;autoritarisme dans le Sud.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, le gouvernement montre des signes d&rsquo;une panique similaire. Les perspectives \u00e9lectorales des r\u00e9publicains s&rsquo;amenuisent. Ils restent un parti chr\u00e9tien majoritairement blanc dans une soci\u00e9t\u00e9 de plus en plus diversifi\u00e9e. En outre, les jeunes \u00e9lecteurs les d\u00e9sertent. En 2018, les personnes \u00e2g\u00e9es de 18 \u00e0 29 ans ont vot\u00e9 d\u00e9mocrate par une marge de plus de 2 pour 1, et celles dans la trentaine ont vot\u00e9 d\u00e9mocrate \u00e0 pr\u00e8s de 60 %.<\/p>\n<p>La d\u00e9mographie n&rsquo;est pas une fatalit\u00e9, mais comme les r\u00e9publicains californiens l&rsquo;ont appris apr\u00e8s avoir adopt\u00e9 une position anti-immigration dure dans les ann\u00e9es 1990, elle peut punir les partis qui r\u00e9sistent aux changements de la soci\u00e9t\u00e9. La diversit\u00e9 croissante de l&rsquo;\u00e9lectorat am\u00e9ricain a rendu plus difficile pour le parti r\u00e9publicain l&rsquo;obtention de majorit\u00e9s nationales. En effet, le GOP (Parti r\u00e9publicain) a remport\u00e9 le vote populaire lors d&rsquo;une seule \u00e9lection pr\u00e9sidentielle au cours des 30 derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Aucun parti n&rsquo;aime perdre, mais pour les r\u00e9publicains, le probl\u00e8me est amplifi\u00e9 par la perception croissante au sein de la base que la d\u00e9faite aura des cons\u00e9quences catastrophiques.<\/p>\n<p>Comme nous l&rsquo;avons not\u00e9 ci-dessus, de nombreux r\u00e9publicains chr\u00e9tiens blancs craignent d&rsquo;\u00eatre sur le point de perdre non seulement les \u00e9lections, mais aussi leur pays.<\/p>\n<p>Donc, comme les anciens d\u00e9mocrates du Sud, les r\u00e9publicains ont commenc\u00e9 \u00e0 jouer les sales coups. La diminution des horizons \u00e9lectoraux et la perception croissante d&rsquo;une menace existentielle ont encourag\u00e9 une mentalit\u00e9 de \u00ab\u00a0gagner maintenant \u00e0 tout prix\u00a0\u00bb. Cette mentalit\u00e9 s&rsquo;est surtout manifest\u00e9e dans les r\u00e9cents efforts visant \u00e0 faire pencher la balance \u00e9lectorale.<\/p>\n<p>Depuis 2010, une douzaine d&rsquo;\u00e9tats dirig\u00e9s par les r\u00e9publicains ont adopt\u00e9 de nouvelles lois rendant plus difficile l&rsquo;inscription ou le vote. Les gouvernements r\u00e9publicains au niveau des \u00e9tats et au niveau local ont ferm\u00e9 des bureaux de vote dans des quartiers \u00e0 pr\u00e9dominance afro-am\u00e9ricaine, ont purg\u00e9 les listes \u00e9lectorales et ont cr\u00e9\u00e9 de nouveaux obstacles \u00e0 l&rsquo;inscription et au vote. En G\u00e9orgie, par exemple, une \u00ab\u00a0loi sur la concordance exacte\u00a0\u00bb de 2017 a permis aux autorit\u00e9s de rejeter les formulaires d&rsquo;inscription des \u00e9lecteurs dont les informations ne \u00ab\u00a0correspondaient pas exactement\u00a0\u00bb aux dossiers existants. Lors de la course au poste de gouverneur de la G\u00e9orgie en 2018, Brian Kemp, alors Secr\u00e9taire d&rsquo;\u00e9tat de la G\u00e9orgie et aujourd&rsquo;hui gouverneur de ce pays, a tent\u00e9 d&rsquo;utiliser cette loi pour invalider des dizaines de milliers de formulaires d&rsquo;inscription, dont la plupart provenaient d&rsquo;Afro-Am\u00e9ricains. Il a \u00e9galement purg\u00e9 des centaines de milliers d&rsquo;\u00e9lecteurs des listes \u00e9lectorales. Bien que ces initiatives soient moins flagrantes que celles de Jim Crow, la logique sous-jacente est similaire : les partis repr\u00e9sentant des majorit\u00e9s craintives et en d\u00e9clin ont recours, en d\u00e9sespoir de cause, \u00e0 une politique sale.<\/p>\n<p><strong>Conclusion: Comment pr\u00e9server la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine?.<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9lection de novembre 2020 est cruciale. La r\u00e9\u00e9lection de M. Trump acc\u00e9l\u00e9rerait les tendances destructrices que nous avons observ\u00e9es au cours des quatre derni\u00e8res ann\u00e9es : l&rsquo;\u00e9rosion des normes d\u00e9mocratiques, l&rsquo;abandon des pratiques d\u00e9mocratiques \u00e9tablies, une attaque soutenue contre l&rsquo;\u00e9tat de droit et l&rsquo;enracinement plus pouss\u00e9 du r\u00e9gime partisan des minorit\u00e9s. Si la pr\u00e9sidence de Trump devait se prolonger jusqu&rsquo;en 2024, nous craignons que la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine ne devienne m\u00e9connaissable.<\/p>\n<p>Jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, deux contr\u00f4les int\u00e9gr\u00e9s dans le syst\u00e8me politique n&rsquo;ont pas r\u00e9ussi \u00e0 prot\u00e9ger le pays contre la mont\u00e9e d&rsquo;un d\u00e9magogue. Tout d&rsquo;abord, les dirigeants r\u00e9publicains ont abdiqu\u00e9 leurs responsabilit\u00e9s de gardiens de la d\u00e9mocratie en permettant \u00e0 un candidat autoritaire de remporter leur investiture pr\u00e9sidentielle et en s&rsquo;effor\u00e7ant ensuite de le faire \u00e9lire. Deuxi\u00e8mement, comme nous l&rsquo;avons not\u00e9 plus haut, le syst\u00e8me de freins et contrepoids (checks and balances) n&rsquo;a pas r\u00e9ussi \u00e0 emp\u00eacher les abus pr\u00e9sidentiels ; dans un contexte d&rsquo;extr\u00eame polarisation, m\u00eame l&rsquo;institution de la destitution \u00e9tait inefficace.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9chec du contr\u00f4le des partis et de la surveillance du Congr\u00e8s laisse l\u2019Am\u00e9rique avec un dernier contr\u00f4le institutionnel : les \u00e9lections de novembre 2020.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pourquoi l&rsquo;\u00e9quit\u00e9 des \u00e9lections de 2020 est une pr\u00e9occupation centrale. Le pr\u00e9sident Trump n&rsquo;a pas les moyens d&rsquo;utiliser les techniques les plus courantes de l&rsquo;autocratie : il ne peut pas annuler l&rsquo;\u00e9lection, emp\u00eacher son rival de se pr\u00e9senter ou la voler par le biais d&rsquo;une fraude pure et simple. Toutefois, il peut \u00eatre en mesure de manipuler l&rsquo;\u00e9lection de mani\u00e8re plus subtile.<\/p>\n<p>La crise actuelle de la sant\u00e9 publique pourrait permettre \u00e0 l&rsquo;administration de d\u00e9ployer une strat\u00e9gie inhabituelle de manipulation \u00e9lectorale qu\u2019on peut qualifier de n\u00e9gligence malveillante. Consid\u00e9rez ceci : la pand\u00e9mie de COVID-19 persistera selon toute vraisemblance pendant la saison \u00e9lectorale. Partout o\u00f9 le virus existe, les risques de vote en personne conduiront de nombreux Am\u00e9ricains \u00e0 renoncer compl\u00e8tement \u00e0 leur vote. De nombreux volontaires des bureaux de vote, qui sont g\u00e9n\u00e9ralement des Am\u00e9ricains plus \u00e2g\u00e9s, choisiront \u00e9galement, et c&rsquo;est compr\u00e9hensible, de rester chez eux, ce qui pourrait entra\u00eener une r\u00e9duction consid\u00e9rable du nombre de bureaux de vote. Comme nous l&rsquo;avons vu dans le Wisconsin en avril 2020, il en r\u00e9sultera de longues files d&rsquo;attente, ce qui dissuadera les \u00e9lecteurs qui manquent de temps, ont des difficult\u00e9s \u00e0 rester debout pendant des heures ou craignent la contagion. Si les conditions sont suffisamment s\u00e9v\u00e8res, on pourrait conna\u00eetre une forte baisse de la participation, ce qui pourrait fausser consid\u00e9rablement les r\u00e9sultats.<\/p>\n<p>Et si les obstacles au vote sont plus importants dans les villes, comme ce fut le cas dans le Wisconsin, cela pourrait fausser les r\u00e9sultats &#8211; sans qu&rsquo;il y ait de v\u00e9ritable fraude &#8211; en faveur de M. Trump.<\/p>\n<p>Pour prot\u00e9ger la sant\u00e9 des \u00e9lecteurs et l&rsquo;\u00e9quit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9lection, une option de vote par correspondance devrait \u00eatre offerte \u00e0 tous les Am\u00e9ricains qui en ont besoin.<\/p>\n<p>Malheureusement, la Maison Blanche s&rsquo;est publiquement oppos\u00e9e aux efforts visant \u00e0 \u00e9tendre les options de vote par correspondance et, dans de nombreux \u00e9tats, le parti r\u00e9publicain a contest\u00e9 ces initiatives devant les tribunaux.<\/p>\n<p>On suppose souvent qu&rsquo;il faut enfreindre ou changer les r\u00e8gles pour subvertir la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p>Mais ce n&rsquo;est pas toujours vrai. Lorsque l&rsquo;\u00e9volution des conditions rend impossible la pratique de la d\u00e9mocratie comme lorsqu&rsquo;une pand\u00e9mie rend le vote en personne dangereux, le fait de ne pas agir &#8211; de ne pas mettre \u00e0 jour les r\u00e8gles et proc\u00e9dures &#8211; peut en soi subvertir la d\u00e9mocratie. La n\u00e9gligence malveillante est une forme insidieuse de duret\u00e9 constitutionnelle. Il n&rsquo;est gu\u00e8re ill\u00e9gal de ne pas agir ou de ne pas adopter de l\u00e9gislation. Le maintien du syst\u00e8me de vote traditionnel &#8211; qui a fonctionn\u00e9 dans le pass\u00e9 &#8211; ne semble pas tr\u00e8s autoritaire. En fait, cela peut m\u00eame sembler prudent \u00e0 premi\u00e8re vue.<\/p>\n<p>En outre, une \u00e9lection chaotique et \u00e0 faible participation ne violerait aucune loi. \u00c0 proprement parler, il serait constitutionnel.<\/p>\n<p>Mais ne rien faire \u00e0 un moment o\u00f9 une pand\u00e9mie menace la capacit\u00e9 des citoyens \u00e0 voter, affectant potentiellement le r\u00e9sultat d&rsquo;une \u00e9lection pr\u00e9sidentielle, serait un acte de n\u00e9gligence malveillante &#8211; et potentiellement la plus grande subversion de la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine depuis Jim Crow.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour de nombreux observateurs de tout l&rsquo;\u00e9ventail politique, la d\u00e9mocratie am\u00e9ricaine semble menac\u00e9e. Que laisse pr\u00e9sager la pr\u00e9sidence Trump pour la politique am\u00e9ricaine ? Quelle confiance devrions-nous avoir dans la capacit\u00e9 des institutions am\u00e9ricaines \u00e0 r\u00e9sister \u00e0 cette menace ? 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