{"id":3349,"date":"2021-01-19T20:34:27","date_gmt":"2021-01-19T20:34:27","guid":{"rendered":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=3349"},"modified":"2021-01-19T20:36:01","modified_gmt":"2021-01-19T20:36:01","slug":"la-reconnaissance-de-yennayer-symbole-de-lamazighite-renaissante","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/la-reconnaissance-de-yennayer-symbole-de-lamazighite-renaissante\/","title":{"rendered":"La reconnaissance de Yennayer: symbole de l\u2019amazighit\u00e9 renaissante"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_3350\" aria-describedby=\"caption-attachment-3350\" style=\"width: 450px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3350\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/yennayer.jpg?resize=450%2C245&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"450\" height=\"245\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/yennayer.jpg?resize=450%2C245&amp;ssl=1 450w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/yennayer.jpg?w=600&amp;ssl=1 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 450px) 100vw, 450px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3350\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #0000ff;\">Par: Tahar Khalfoune<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>Yennayer est une date-phare du combat au long cours pour la reconnaissance du fait Amazigh en Alg\u00e9rie, voire dans toute l\u2019Afrique du nord et au-del\u00e0. Le berb\u00e8re est d\u2019abord un fait de r\u00e9sistance plusieurs fois mill\u00e9naire, structurant l\u2019identit\u00e9 profonde des peuples de cette r\u00e9gion. Les h\u00e9ros et h\u00e9ro\u00efnes berb\u00e8res (Massinissa, Jugurtha, Kahina, Koceila, Fadhma N\u2019soumer\u2026 et la liste est longue) incarnent tous l&rsquo;esprit de r\u00e9sistance\u00a0; une r\u00e9sistance plurimill\u00e9naire parfois \u00a0\u00e9cras\u00e9e et quelquefois triomphante. Depuis le printemps berb\u00e8re d\u2019avril 1980, la c\u00e9l\u00e9bration de Yennayer conna\u00eet un net regain d\u2019int\u00e9r\u00eat. Ce qui donne lieu tous les ans \u00e0 un d\u00eener copieux (Immensi n\u2019Yennayer) \u00e0 base, selon les r\u00e9gions, de couscous avec du poulet et l\u00e9gumes secs, chakhchoukha au poulet, seksou s\u2019uchedluh (leqdid) (viande s\u00e9ch\u00e9e)\u2026 en\u00a0 signe de bon augure pour que la saison soit pluvieuse, la terre fertile et les r\u00e9coltes abondantes. Cette f\u00eate renvoie aux cultes pa\u00efens, c\u2019est-\u00e0-dire aux croyances li\u00e9es \u00e0 la paysannerie, au culte des saisons\u2026 Yennayer est f\u00eat\u00e9 le douze\u00a0janvier de chaque ann\u00e9e,\u00a0il marque le jour de l\u2019An du calendrier agraire, utilis\u00e9 depuis l&rsquo;antiquit\u00e9 par les habitants d\u2019Afrique du nord.<\/p>\n<p>La f\u00eate de Yennayer est marqu\u00e9e par certains rituels auxquels les populations rurales, notamment, sont attach\u00e9es, comme la coupe de cheveux aux enfants, le nettoyage des maisons, l\u2019accueil\u00a0du nouvel An avec des v\u00eatements et des ustensiles neufs, (changement des Inyen el kanun, soit les pierres du kanoun, l\u2019\u00e2tre)&#8230; F\u00eat\u00e9e quasiment dans toutes les r\u00e9gions d\u2019Alg\u00e9rie y compris la diaspora alg\u00e9rienne en France, au Canada, \u00c9tats-Unis\u2026 de nombreuses manifestations culturelles sont ainsi organis\u00e9es \u00e0 cette occasion : galas artistiques, conf\u00e9rences, tables rondes, \u00e9missions de TV&#8230; Et c\u2019est l\u2019occasion pour de nombreuses associations du mouvement culturel berb\u00e8re ou Amazigh de renouveler une revendication ancienne : celle de la reconnaissance officielle du premier\u00a0 jour de l\u2019an Amazigh comme f\u00eate nationale. Les luttes du mouvement associatif et culturel sont couronn\u00e9es de succ\u00e8s puisque Yennayer est f\u00eat\u00e9 officiellement\u00a0depuis trois ans. Sa cons\u00e9cration officielle par le chef de l\u2019\u00c9tat d\u00e9chu lors du Conseil des ministres du 27 d\u00e9cembre 2017, comme journ\u00e9e ch\u00f4m\u00e9e et pay\u00e9e \u00e0 partir de 2018, au m\u00eame titre que le premier Jour de l\u2019An H\u00e9gire et le nouvel an chr\u00e9tien, n\u2019est que justice rendue et l\u2019aboutissement l\u00e9gitime de plusieurs d\u00e9cennies de luttes.<\/p>\n<p>Historiquement, c\u2019est au regrett\u00e9 militant des Aur\u00e8s, Ammar Negadi (d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 Paris en d\u00e9cembre 2008), pr\u00e9curseur du militantisme berb\u00e9risant dans les Aur\u00e8s, que revient l\u2019honneur d\u2019avoir propos\u00e9, entre autres, au cours des ann\u00e9es 1970 au sein de l\u2019Acad\u00e9mie berb\u00e8re \u00e0 Paris la transcription du tamazight par l\u2019utilisation de l\u2019alphabet Tifinagh ainsi que la date z\u00e9ro du calendrier berb\u00e8re, dont il est l\u2019inventeur. Pour ce faire, il choisit l\u2019an 950 av. J\u00e9sus-Christ correspondant \u00e0 l\u2019intronisation du Roi berb\u00e8re Chachneq (Shechong), pharaon d\u2019\u00c9gypte, qui r\u00e9unifia ce pays, conquit la Palestine et fonda la\u00a0XXII<sup>e<\/sup>\u00a0dynastie\u00a0qui r\u00e9gna sur l&rsquo;\u00c9gypte jusqu\u2019\u00e0 l\u2019an 715 av. J.-C. Cet \u00e9v\u00e9nement ainsi que le roi Chachneq apparaissent bien dans la bible sous le nom de S\u00e9saq et Shishaq en h\u00e9bra\u00efque.<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e de Negadi a, sans doute, germ\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 la m\u00e9moire collective de sa r\u00e9gion natale, les Aur\u00e8s, qui continue \u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 d\u00e9signer Yennar ou Yennayer par l\u2019expression berb\u00e8re \u00ab\u00a0Ass n\u2019ferra\u00fbn\u00a0\u00bb, soit litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0le jour du Pharaon\u00a0\u00bb. Negadi s\u2019\u00e9tait lanc\u00e9, d\u00e8s lors, \u00e0 corps perdu dans des recherches sur l\u2019histoire de ce Pharaon berb\u00e8re et plus g\u00e9n\u00e9ralement sur l\u2019histoire des Berb\u00e8res, ce qui lui a permis de constituer un fonds documentaire de plus de 1500 ouvrages qu\u2019il offrit \u00e0 la biblioth\u00e8que de sa Commune Tamarwant (Marwana) dans la wilaya de Batna. \u00c0 cause de la bureaucratie et l\u2019hostilit\u00e9 que suscite parfois cette question, ce fonds n\u2019est <em>a priori<\/em> pas r\u00e9ceptionn\u00e9.<\/p>\n<p>La reconnaissance officielle de cette f\u00eate c\u00e9l\u00e9brant l\u2019entr\u00e9e, sous d&rsquo;heureux auspices, dans la nouvelle ann\u00e9e participe d\u2019un processus long mais inexorable d\u2019appropriation d\u2019une histoire, d\u2019une langue, d\u2019une culture et d\u2019un patrimoine commun \u00e0 tous les Nord-africains, injustement combattus et reni\u00e9s. Massinissa battait monnaie pr\u00e8s de deux si\u00e8cles avant J\u00e9sus-Christ, et le droit de battre monnaie, faut-il le pr\u00e9ciser, est l&rsquo;un des droits souverains les plus fondamentaux d&rsquo;un \u00c9tat. La reconnaissance officielle de Yennayer et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, de tamazight a connu plusieurs phases : apr\u00e8s sa n\u00e9gation pendant plus de trois d\u00e9cennies, l\u2019on est pass\u00e9 en un laps de temps relativement court de la cr\u00e9ation du Haut-commissariat \u00e0 l\u2019amazighit\u00e9 par d\u00e9cret du 27 mai 1995 au statut de langue nationale accord\u00e9e \u00e0 Tamazight suite \u00e0 la r\u00e9vision constitutionnelle de 2002 \u00e0 celui de langue nationale et officielle acquis \u00e0 la faveur de la modification de la constitution en 2016. Et mieux, la constitution r\u00e9vis\u00e9e en 2020 a \u00e9tabli un nouveau degr\u00e9 dans sa s\u00e9curisation juridique en l\u2019\u00e9levant au rang de constante nationale, c\u2019est-\u00e0-dire au rang de principe immuable, intangible, insusceptible de modification constitutionnelle.<\/p>\n<p>C\u2019est souvent une certaine interpr\u00e9tation sp\u00e9cieuse de l\u2019islam qui est mobilis\u00e9e pour lui contester toute l\u00e9gitimit\u00e9. Pour la majorit\u00e9 des <em>\u00fblama<\/em>, th\u00e9ologiens, historiens officiels, islamistes en tous genres\u2026 l\u2019islam est l\u2019alpha et l\u2019om\u00e9ga de l\u2019histoire des Musulmans, notamment en Afrique du nord. L\u2019histoire ant\u00e9rieure \u00e0 l\u2019av\u00e8nement de l\u2019islam est qualifi\u00e9e en toutes lettres de <em>djahilia<\/em>, soit l\u2019\u00e2ge de l\u2019incivilisation, de l\u2019obscurit\u00e9, des t\u00e9n\u00e8bres\u2026 au m\u00e9pris des civilisations syriaque, perse, m\u00e9sopotamienne, pharaonique, hell\u00e9nistique\u2026 remontant toutes \u00e0 plusieurs si\u00e8cles avant l\u2019islam, alors qu\u2019il en a emprunt\u00e9 \u00e0 pleines mains y compris sa propre th\u00e9ologie et les caract\u00e8res de la langue arabe du syriaque, une variante de la famille linguistique de l\u2019aram\u00e9en, langue de J\u00e9sus-Christ (Briquel Chatonnet et Muriel Debi\u00e9). Le Qoran appartient \u00e0 une tradition biblique. Les habitants de Palmyre en Syrie et les nabat\u00e9ens, dont la capitale fut Petra (au sud de la\u00a0Jordanie), \u00e9taient de culture syriaque enrichie par des influences diverses et vari\u00e9es. Aussi, les Assyro-chald\u00e9ens en Irak, les Maronites, pr\u00e9sents au Liban, en Am\u00e9rique du Sud et du Nord, sont porteurs de culture syriaque. Ce sont d\u2019abord des penseurs syriaques qui ont inaugur\u00e9 d\u00e8s le VI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle jusqu\u2019au IX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle un mouvement de traduction de l\u2019h\u00e9ritage de la pens\u00e9e hell\u00e9nique au syriaque et qui l\u2019ont transmis aux Arabes sous l\u2019impulsion du calife abbasside El-Ma\u00e2moun qui fonda <em>Beyt el hikma<\/em> (maison de la sagesse) au d\u00e9but du IX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et qui m\u00e9rite bien le titre de calife bien guid\u00e9, contrairement aux quatre premiers califes dont le r\u00e8gne est plut\u00f4t marqu\u00e9 par la violence et les guerres de conqu\u00eates. Puis les penseurs musulmans l\u2019ont diffus\u00e9, \u00e0 leur tour, en Europe \u00e0 partir du XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. L\u2019islam n\u2019a donc pas marqu\u00e9 le passage de la <em>djahilia<\/em> (t\u00e9n\u00e8bres) \u00e0 la lumi\u00e8re ni de l\u2019incroyance \u00e0 la croyance, tant il est vrai que le juda\u00efsme, le christianisme, le zoroastrisme et les civilisations syriaque, perse, hell\u00e9nique\u2026 lui sont \u00e0 la fois ant\u00e9rieures et contemporaines. La r\u00e9v\u00e9lation coranique baignait, selon Ali Amir-Moezzi, dans le contexte de l\u2019Arabie du d\u00e9but du VII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle fortement marqu\u00e9 par des juda\u00efsmes, christianismes, polyth\u00e9isme, zoroastrismes\u2026<\/p>\n<p>Cette hostilit\u00e9 s\u2019est manifest\u00e9e, notamment au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle suite \u00e0 la signature par le Roi du Maroc, alors sous protectorat fran\u00e7ais, du dahir berb\u00e8re du 16 mai 1930 relatif \u00e0 l\u2019application des lois coutumi\u00e8res aux populations berb\u00e8res. Ce dahir fut fermement condamn\u00e9 par les ul\u00e9ma salafistes. Coupables \u00e0 leurs yeux de vouloir soustraire les Berb\u00e8res marocains \u00e0 l\u2019islam. Les protestations contre ce dahir furent si massives tant au Maroc, notamment dans la ville de Fes, qu\u2019au Moyen-orient, \u00e0 l\u2019instigation de l\u2019\u00c9mir libanais Chakib Arslan, que le jeune sultan Mohammed Ben Youssef fut contraint d\u2019abroger par le dahir du 8 avril 1934 l\u2019article litigieux. Notons qu\u2019aujourd\u2019hui le droit coutumier berb\u00e8re est inhib\u00e9 dans le discours des juristes, sociologues, historiens\u2026 Or qu\u2019est-ce que le droit si ce n\u2019est \u00ab\u00a0la forme cristallis\u00e9e de la coutume\u00a0\u00bb, selon le juste mot du sociologue anglais du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, Hubert Spencer, ou encore l\u2019adage bien connu en islam \u00ab <em>La coutume (\u00fbrf ) en vigueur parmi les hommes a la m\u00eame valeur que le consensus <\/em>(<em>ijjm\u00e2a)\u00a0\u00bb. <\/em>Ce dernier est l\u2019un des principes fondamentaux, au c\u00f4t\u00e9 de la <em>maslaha al-\u00e2ma<\/em> (int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral) de l\u2019\u00e9cole th\u00e9ologico-juridique mal\u00e9kite, l\u2019une des quatre grandes \u00e9coles du droit islamique sunnite, et qui signifie le consensus des <em>fuqaha, <\/em>des jurisconsultes. La <em>chari&rsquo;a<\/em> islamique, elle-m\u00eame, dont la compilation finale remonte, selon Mohamed Arkoun, Ali Amir-Moezzi et bien d\u2019autres historiens et islamologues, au X<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, et elle est truff\u00e9e de coutumes des tribus b\u00e9douines de l\u2019Arabie du VII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et des si\u00e8cles ant\u00e9rieurs. Le culte de la pierre noire (la c\u00e2aba), la lapidation du diable\u2026 en sont \u00e9difiants \u00e0 ce propos.<\/p>\n<p>T\u00e9moin d\u2019un autre pluralisme caract\u00e9risant les pays d\u2019Afrique du nord, celui de la pluralit\u00e9 de la norme juridique, des lieux de sa production et d\u2019un droit berb\u00e8re pr\u00e9islamique, le droit coutumier recelant nombre d\u2019institutions utiles \u00e0 notre temps est le signe de l\u2019identit\u00e9 normative et culturelle profonde de l\u2019Afrique du nord. Pour ne prendre que l\u2019exemple de la m\u00e9diation, une institution s\u00e9culaire permettant aux <em>l3uqal<\/em>, <em>imgharen<\/em> (sages des communaut\u00e9s villageoises) de r\u00e9soudre \u00e0 l\u2019amiable sans le recours \u00e0 la justice des conflits parfois tr\u00e8s compliqu\u00e9s. Le cheikh Muhend u Lhucin (1836 &#8211; 1901) en est l\u2019un des grands sp\u00e9cialistes. L\u2019int\u00e9r\u00eat de cette institution, en particulier, n\u2019est point \u00e0 d\u00e9montrer. Le m\u00e9diateur de la r\u00e9publique, charg\u00e9 de trouver des solutions amiables aux litiges qui opposent les administr\u00e9s \u00e0 l&rsquo;administration, existe dans de nombreux \u00c9tats d\u00e9velopp\u00e9s : en Su\u00e8de (Ombudsman), au Royaume-Uni (commissaire parlementaire), en France, il a vu le jour en 1973, devenu d\u00e9fenseur des droits depuis 2011. Les institutions et notions du droit coutumier berb\u00e8re, quand bien m\u00eame elles sont encore relativement fonctionnelles dans certaines r\u00e9gions berb\u00e9rophones en Afrique du Nord, sont tr\u00e8s souvent occult\u00e9es et surtout fragilis\u00e9es sous les coups de boutoir du droit \u00e9tatique au nom de l\u2019unification du droit (T. Khalfoune). L\u2019historien constantinois, Andr\u00e9 Noushi, disait lors d\u2019une visite que nous lui avons rendue chez lui \u00e0 Nice en 2016 en compagnie de Gilbert Meynier et Zahir Harir avant sa disparition en mars 2017 que \u00ab\u00a0Les Alg\u00e9riens ont perdu une expertise extraordinaire dans le domaine de la m\u00e9diation et de r\u00e8glement \u00e0 l\u2019amiable des conflits, alors que la justice croule sous le poids d\u2019un contentieux en tous genres\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En Alg\u00e9rie, la n\u00e9gation du fait berb\u00e8re est une attitude constante depuis l\u2019\u00e9mergence du mouvement national au cours des ann\u00e9es 1920. Le discours des <em>ul\u00e9ma, <\/em>\u00e0 l\u2019exception de Ahmed Tawfiq al-Madani, nie toute r\u00e9f\u00e9rence ant\u00e9rieure \u00e0 l\u2019av\u00e8nement de l\u2019islam en terre nord-africaine. Le MTLD diffusa vers la fin de l\u2019ann\u00e9e 1948 un m\u00e9morandum de 50 pages \u00e0 l\u2019ONU affirmant que \u00ab\u00a0La Nation alg\u00e9rienne, arabe et musulmane, existe depuis le VII<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle\u00a0\u00bb. Messali avait sabr\u00e9 toute la partie de ce m\u00e9morandum r\u00e9dig\u00e9 par Mabrouk Belhocine, Sadek Hadjeres et Yahia Henine, faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019histoire lointaine de l\u2019Alg\u00e9rie, ant\u00e9rieure \u00e0 l\u2019islam. Cette censure conjugu\u00e9e, \u00e0 la demande de d\u00e9mocratisation du parti (voir t\u00e9moignage parus dans le quotidien Le Matin du docteur Sadek Hadjeres), fut \u00e0 l\u2019origine de la crise berb\u00e8re ou anti-berb\u00e8re de 1949, les militants qui avaient alors soulev\u00e9 la question berb\u00e8re \u00e9taient exclus du parti, dont certains assassin\u00e9s, alors qu\u2019ils \u00e9taient de fervents d\u00e9fenseurs de l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie et leurs adversaires des r\u00e9formistes, pr\u00e9cisait l\u2019historien Mohamed Harbi. Pour avoir publi\u00e9 en 1953 \u00ab\u00a0La colline oubli\u00e9e\u00a0\u00bb, Mouloud Mammeri \u00e9tait pris pour cible par certains intellectuels connus (Hend Saadi).<\/p>\n<p>Cette attitude n\u00e9gationniste de l\u2019histoire ancienne et son corollaire la composante matricielle de l\u2019identit\u00e9 alg\u00e9rienne s\u2019est poursuivie apr\u00e8s 1962 \u00e0 travers, notamment l\u2019interdiction des pr\u00e9noms berb\u00e8res, les obstacles dress\u00e9s \u00e0 l\u2019enseignement du berb\u00e8re assur\u00e9 par Mouloud Mammeri \u00e0 l\u2019universit\u00e9 d\u2019Alger. Ben Bella a fait fondre en 1962 l\u2019alphabet tifinagh\u00a0entrepos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Imprimerie nationale. Plus tard, en 1976, le colonel Boumedienne confisqua le Fichier berb\u00e8re contenant un ensemble de publications sur des recherches \u00e9crites en caract\u00e8re latin (Monde diplomatique) et s\u2019opposa \u00e0 la reconnaissance de tamazight \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019adoption de la charte et de la constitution en 1976. Au cours des ann\u00e9es 1970 des Alg\u00e9riens \u00e9taient arr\u00eat\u00e9s tout simplement parce qu\u2019ils \u00e9taient en possession de l\u2019alphabet <em>tifinagh<\/em>. Tout int\u00e9r\u00eat scientifique, ou simplement toute curiosit\u00e9 de citoyen, \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 historique et linguistique du pays est syst\u00e9matiquement suspect\u00e9 d\u2019intelligence avec l\u2019Occident et plus pr\u00e9cis\u00e9ment avec la France. Ce qui justifia, pour les pouvoirs publics, la r\u00e9pression des universitaires, chercheurs et \u00e9tudiants qui s\u2019int\u00e9ressaient \u00e0 la question linguistique berb\u00e8re.<\/p>\n<p>Pour ne prendre que quelques exemples significatifs, notons\u00a0qu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es quatre-vingt, des chercheurs en dialectologie de l\u2019universit\u00e9 d\u2019Oran ont \u00e9t\u00e9 trait\u00e9s \u00abde mouchards de l\u2019Occident\u00bb et \u00abd\u2019agents de la CIA\u00bb par les responsables de l\u2019universit\u00e9 d\u2019Oran (Mohamed Benrabah). Lors du printemps berb\u00e8re de 1980, n\u00e9 de l\u2019interdiction d\u2019une conf\u00e9rence de Mouloud Mammeri sur les \u00ab\u00a0Po\u00e8mes kabyles anciens\u00a0\u00bb suite \u00e0 une invitation qui lui a \u00e9t\u00e9 adress\u00e9e par les \u00e9tudiants et enseignants de l\u2019universit\u00e9 de Tizi ouzou, les forces de l\u2019ordre ont pris d\u2019assaut au petit matin du 20 avril 1980 les trois r\u00e9sidences universitaires (Medouha, Hasnaoua et Oued-aissi). Elles s\u2019\u00e9taient livr\u00e9es ensuite \u00e0 la r\u00e9pression massive des \u00e9tudiants et \u00e0 l\u2019arrestation de 24 \u00e9tudiants, enseignants et travailleurs \u00e0 l\u2019universit\u00e9 et traduits <em>in fine<\/em> devant la Cour de s\u00fbret\u00e9 de l\u2019\u00c9tat. Plus grave est \u00ab\u00a0le printemps noir\u00a0\u00bb en 2001 qui a vu 127 jeunes fauch\u00e9s \u00e0 la fleur d\u2019\u00e2ge par les forces de s\u00e9curit\u00e9. Le r\u00e9gime et ses hommes n\u2019ont cess\u00e9 de manifester une hostilit\u00e9 visc\u00e9rale \u00e0 la question berb\u00e8re quand m\u00eame elle est reconnue officiellement, et il n\u2019est pas exag\u00e9r\u00e9 de dire que cette attitude rel\u00e8ve de la psychiatrie, de la haine de soi.<\/p>\n<p>Jeter ainsi le voile sur le pass\u00e9 antique de l\u2019Alg\u00e9rie revient \u00e0 \u00e9crire l\u2019histoire avec une grande hache. Les g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9sentes et futures ont besoin de conna\u00eetre l\u2019histoire de leur pays dans ses zones d\u2019ombre et de gloire. \u00ab\u00a0<em>Plus\u00a0vous saurez\u00a0regarder loin dans le pass\u00e9,\u00a0plus\u00a0vous verrez\u00a0loin\u00a0dans le futur\u00a0<\/em>\u00bb, disait tr\u00e8s justement Winston Churchill. Certains \u00c9tats et organisations ne sont pas \u00e9trangers \u00e0 la n\u00e9gation du fait berb\u00e8re au Maghreb par la pression qu\u2019ils exercent, \u00e0 commencer par la ligue arabe et certains \u00c9tats du Golfe. Meziane Cherif, diplomate et ancien ministre de l\u2019Int\u00e9rieur 1994-1995, n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 exprimer son appr\u00e9hension, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une r\u00e9union minist\u00e9rielle, d\u2019\u00eatre chapitr\u00e9 par l\u2019Arabie Saoudite dans le cas o\u00f9 l\u2019Alg\u00e9rie reconna\u00eetrait le berb\u00e8re, comme langue nationale et officielle (Achour Ouamara). Par ailleurs, les ul\u00e9ma saoudiens interviennent directement sur la question de l\u2019islamisme. Ainsi, vers la fin de la d\u00e9cennie 1990, pour sortir du conflit arm\u00e9 opposant les forces de s\u00e9curit\u00e9 aux \u00e9l\u00e9ments arm\u00e9s de l\u2019ex-FIS, le pouvoir a choisi des interm\u00e9diaires religieux saoudiens qui ont convaincu ces derniers de rendre les armes en contrepartie \u00ab\u00a0de positions dans l\u2019espace social et religieux alg\u00e9rien\u00a0\u00bb (Bernard Rougier). Le prince milliardaire saoudien Walid Ibn Talal a tent\u00e9, selon certains chercheurs de l\u2019Institut royal de la culture amazigh au Maroc (IRCAM), d\u2019emp\u00eacher l\u2019introduction de l\u2019alphabet berb\u00e8re dans Windows 8. Les \u00c9mirats arabes unis ont, \u00e0 leur tour, exerc\u00e9 r\u00e9cemment la pression sur les dirigeants pour interdire le port de l\u2019embl\u00e8me amazigh dans les marches (Libert\u00e9 du 29-09-2020). La r\u00e9cente affaire des pr\u00e9sents (lingots d\u2019or dont la valeur est de 2,1\u00a0millions d&rsquo;euros), d\u00e9voil\u00e9e par l\u2019ancien chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia, suite \u00e0 son audition par le juge de la chambre p\u00e9nale pr\u00e8s la Cour d\u2019Alger le 9 janvier dernier, offerts par des \u00e9mirs des pays du Golfe\u00a0\u00e0 certains dirigeants alg\u00e9riens, dont le chef d\u2019\u00c9tat d\u00e9chu et d\u2019autres responsables (Le Point du 12 janvier), n\u2019a sans doute pas livr\u00e9 encore tous ses secrets.<\/p>\n<p>Revenons au d\u00e9ni persistant de la question berb\u00e8re par des mouvements islamistes et baathistes. Pourquoi Yennayer est particuli\u00e8rement cibl\u00e9, alors que Novrouz, signifiant \u00ab\u00a0nouveau jour\u00a0\u00bb en persan, est la plus grande f\u00eate c\u00e9l\u00e9br\u00e9e chaque ann\u00e9e \u00e0 partir du 20 mars pendant 5 \u00e0 6 jours dans de nombreux pays d\u2019islam\u00a0: Iran, Azerba\u00efdjan, Ouzb\u00e9kistan, Kurdistan, Kazakhstan, Afghanistan\u2026 pour accueillir sous d\u2019heureux auspices le printemps et le renouveau de la nature qui s\u2019\u00e9veille apr\u00e8s sa l\u00e9thargie hivernale. Inscrite depuis 2009 au patrimoine culturel de l\u2019humanit\u00e9 de l\u2019UNESCO et \u00e0 l\u2019inventaire du patrimoine culturel en France en 2019, cette tradition festive puise ses racines dans le zoroastrisme il y a trois mille ans environ, elle traduit le culte des saisons et de la fertilit\u00e9 de la terre. Apr\u00e8s seksu (couscous), \u00e0 quand l\u2019inscription de Yennayer sur la liste du patrimoine culturel immat\u00e9riel de l\u2019UNESCO\u00a0puisqu\u2019il pr\u00e9sente bien des similitudes avec Novrouz. Mais il ne subit pas comme le premier le feu nourri de la critique. Pourquoi l\u2019histoire et la culture des pays d\u2019Afrique du nord sont constamment vis\u00e9es\u00a0?<\/p>\n<p>Dans un ouvrage captivant, \u00ab\u00a0Histoire inattendue du Maroc\u00a0\u00bb, l\u2019\u00e9crivaine Mouna Hachim revisite l\u2019histoire du Maghreb gr\u00e2ce \u00e0 une relecture apais\u00e9e de l\u2019histoire de l\u2019av\u00e8nement de l\u2019islam sur les terres d\u2019Afrique du Nord et en Andalousie s\u2019\u00e9talant sur plusieurs si\u00e8cles. \u00c0 contre-courant des versions apolog\u00e9tiques des sources islamiques et s\u2019inspirant de l\u2019ouvrage d\u2019Ibn Khaldoun <em>Kitab Al \u00efbar<\/em> (livre des enseignements), elle tord le cou \u00e0 bien des id\u00e9es re\u00e7ues et des mythes fondateurs quant \u00e0 l\u2019islamisation de l\u2019Afrique du nord qui aurait \u00e9t\u00e9 un long fleuve tranquille et la r\u00e9sistance berb\u00e8re se r\u00e9sume \u00e0 quelques quelques r\u00e9voltes sporadiques mineures. Ainsi, l\u2019histoire officielle dresse un portrait tr\u00e8s \u00e9logieux du chef guerrier Oqba ibn Nafa\u00e2, alors que Koceila, le r\u00e9sistant, est l\u2019oubli\u00e9 de l\u2019histoire. Reprendre aujourd\u2019hui l\u2019historiographie officielle de l\u2019islam qui n\u2019a commenc\u00e9 en r\u00e9alit\u00e9 que deux si\u00e8cles apr\u00e8s la conqu\u00eate du Maghreb, pr\u00e9vient Mouna Hachim, selon laquelle les Berb\u00e8res \u00e9taient des sauvages pa\u00efens vivant dans la <em>djahilia<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans les t\u00e9n\u00e8bres et la barbarie avant l\u2019av\u00e8nement de l\u2019islam en terre nord-africaine et que les conqu\u00e9rants musulmans \u00e9taient des lib\u00e9rateurs, ne correspond \u00e0 aucune v\u00e9rit\u00e9 historique.<\/p>\n<p>L\u2019histoire nous enseigne au contraire que les Berb\u00e8res \u00e9taient acteurs dans tous les grands \u00e9v\u00e9nements ayant marqu\u00e9 la M\u00e9diterran\u00e9e avant et apr\u00e8s l\u2019Antiquit\u00e9\u00a0; ils ont baign\u00e9 dans la civilisation gr\u00e9co-latine durant de nombreux si\u00e8cles et ils n\u2019\u00e9taient ni des barbares ni des incroyants. Ils avaient la foi en un Dieu unique et attach\u00e9s au monoth\u00e9isme abrahamique bien avant l\u2019islam puisqu\u2019ils avaient d\u2019abord embrass\u00e9 le juda\u00efsme, puis le christianisme, avant d\u2019adopter l\u2019islam. Le terrain \u00e0 l\u2019av\u00e8nement de l\u2019islam \u00e9tait pr\u00e9par\u00e9 par les deux premi\u00e8res religions monoth\u00e9istes. Avec l\u2019arriv\u00e9e des arm\u00e9es et missionnaires de l\u2019islam vers 647, certains Berb\u00e8res ont pens\u00e9 d\u2019ailleurs que l\u2019islam est une secte chr\u00e9tienne, parce que l\u2019islam pr\u00each\u00e9 par les missionnaires et les conqu\u00e9rants est une version h\u00e9r\u00e9tique et simplifi\u00e9e du christianisme. Mouna Hachim souligne que la conqu\u00eate de l\u2019Afrique du Nord est d\u2019ordre politico-religieux, elle est, certes, teint\u00e9e de religion, mais elle \u00e9tait surtout mue par des int\u00e9r\u00eats mat\u00e9riels\u00a0: el-ghanima, le butin de guerre. L\u2019adjuvant religieux n\u2019a fait qu\u2019accompagner ses conqu\u00eates\u00a0; d\u2019o\u00f9 la r\u00e9sistance arm\u00e9e des berb\u00e8res pendant pr\u00e8s de 70 ans.<\/p>\n<p>Enfin, l\u2019un des aspects structurels de la crise dont souffre l\u2019Alg\u00e9rie, quand bien m\u00eame des avanc\u00e9es sont r\u00e9elles au prix de lourds sacrifices, est une r\u00e9appropriation complexe et difficile de son histoire riche et son identit\u00e9 plurielle. Un conflit qui renvoie \u00e0 l\u2019univers des imaginaires collectifs, des visions et des repr\u00e9sentations contradictoires que les diff\u00e9rentes composantes de la soci\u00e9t\u00e9 se font d\u2019elles-m\u00eames. Il s\u2019agit en d\u2019autres termes d\u2019un conflit n\u00e9 de l\u2019incapacit\u00e9 des individus et des institutions \u00e0 int\u00e9grer l\u2019h\u00e9ritage historique et culturel de l\u2019Alg\u00e9rie dans toute sa diversit\u00e9 et plusieurs fois mill\u00e9naire. Dans un \u00e9lan l\u00e9gitime mais improvis\u00e9 de r\u00e9appropriation identitaire, le champ culturel a \u00e9t\u00e9 livr\u00e9, au lendemain de l\u2019ind\u00e9pendance, \u00e0 un immense bricolage id\u00e9ologique largement inspir\u00e9 de la conception de l\u2019association des <em>\u00fblama, <\/em>manifestation de la salafiya en Alg\u00e9rie. Ben Bella a, d\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance, conc\u00e9d\u00e9 aux disciples de l\u2019association des <em>\u00fblama<\/em> l\u2019apprentissage du Qoran dans les \u00e9coles et des postes importants dans le secteur de l\u2019enseignement et de la culture (Mohamed Harbi).<\/p>\n<p>L\u2019improvisation et la pr\u00e9cipitation, ayant pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 ce travail de reconstruction n\u00e9cessaire ont donn\u00e9 lieu \u00e0 une conception tr\u00e8s appauvrie et surtout jacobine et id\u00e9ologique de l\u2019identit\u00e9 fond\u00e9e sur l\u2019unit\u00e9 culturelle et cultuelle forg\u00e9e durant le mouvement national sous l\u2019influence des ul\u00e9ma, excluant ainsi les diff\u00e9rences culturelles et linguistiques pourtant tr\u00e8s pr\u00e9sentes \u00e0 diff\u00e9rents niveaux de la structure sociale. Une identit\u00e9 id\u00e9ologis\u00e9e en d\u00e9calage avec la r\u00e9alit\u00e9, et qui rel\u00e8ve davantage de l\u2019ordre du discours politico-religieux que de l\u2019ordre du r\u00e9el, une identit\u00e9 plus prescriptive que descriptive en d\u00e9calage avec l\u2019islam confr\u00e9rique forg\u00e9 par les confr\u00e9ries soufies au Maghreb apr\u00e8s des si\u00e8cles d\u2019adaptation au contexte maghr\u00e9bin, et v\u00e9cu majoritairement par les Alg\u00e9riens comme une source d\u2019\u00e9thique, de pi\u00e9t\u00e9, de rectitude morale, d\u2019\u00e9l\u00e9vation spirituelle et et surtout comme \u00a0facteur de coh\u00e9sion sociale. Comme elle est en discordance avec l\u2019arabit\u00e9 v\u00e9cue comme une source d\u2019\u00e9l\u00e9vation intellectuelle et comme un moyen de cr\u00e9ation artistique, culturelle et de communication. \u00a0Au-del\u00e0 de sa port\u00e9e symbolique et sa l\u00e9gitimit\u00e9 incontestable, cette reconnaissance officielle de Yennayer et, plus g\u00e9n\u00e9ralement de tamazight, est un facteur d\u2019apaisement, susceptible d\u2019un cot\u00e9 de r\u00e9concilier les Alg\u00e9riens avec leur histoire et de favoriser un sens d\u2019appartenance plus profond \u00e0 une alg\u00e9rianit\u00e9 plurielle et apais\u00e9e. Et de l\u2019autre d\u2019aider \u00e0 sortir enfin le pays de l\u2019insupportable figure duale qu\u2019il donne \u00e0 voir\u00a0: identit\u00e9s meurtri\u00e8res, car exclusives, selon le juste mot d\u2019Amin Maalouf, et identit\u00e9s folkloriques qu\u2019affectionne le r\u00e9gime alg\u00e9rien.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences\u00a0: <\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>Mohamed Harbi, Les semeurs d\u2019espoir, l\u2019hebdomadaire Sans fronti\u00e8res, Paris, 6 mai 1980.<\/li>\n<li>Mohamed Harbi, Le poids de l\u2019histoire, Le Monde diplomatique, juillet 2002, p. 1, 14 et 15.<\/li>\n<li>Briquel Chatonnet et Muriel Debi\u00e9, Le Monde syriaque : sur les routes d&rsquo;un christianisme ignor\u00e9, \u00c9ditions Belles lettres, octobre 2017. Laur\u00e9at du Grand Prix des Rendez-vous de l&rsquo;Histoire du Monde arabe, Paris, 2018.<\/li>\n<li>Tahar Khalfoune, Syst\u00e8me juridique en Alg\u00e9rie\u00a0: un pluralisme normatif d\u00e9sordonn\u00e9, Revue internationale de droit compar\u00e9 (RIDC) n\u00b0 2-2015.<\/li>\n<li>Adonis (Ali Ahmed Sa\u00efd), Violence et islam, Entretiens avec la psychanalyste Houria Abdelouahed, Seuil 2015.<\/li>\n<li>Le Monde diplomatique, n\u00b0 761, ao\u00fbt 2017, \u00ab\u00a0Mille et une r\u00e9sistances \u00e0 l\u2019alphabet latin\u00a0\u00bb, p. 14.<\/li>\n<li>Achour Ouamara, Oublier la France, confession d\u2019un Alg\u00e9rien, \u00c9ditions de l\u2019Aube, 1997, p. 79.<\/li>\n<li>Mohamed Benrabah, La langue perdue, Revue Esprit, n\u00b0 208, 1995, pp. 35-47.<\/li>\n<li>Hend Saadi, Mouloud Mammeri ou la Colline embl\u00e9matique, \u00c9ditions Achab, janvier 2014.<\/li>\n<li>Le Coran des historiens: \u00e9tudes sur le contexte et la gen\u00e8se du Coran sous la direction de Mohammad Ali Amir-Moezzi et Guillaume Dye, (3 tomes, 3000 pages), \u00c9ditions du Cerf, novembre 2019.<\/li>\n<li>Mouna Hachim, Histoire inattendue du Maroc, \u00c9ditions Erick Bonnier, 2018.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Yennayer est une date-phare du combat au long cours pour la reconnaissance du fait Amazigh en Alg\u00e9rie, voire dans toute l\u2019Afrique du nord et au-del\u00e0. Le berb\u00e8re est d\u2019abord un fait de r\u00e9sistance plusieurs fois mill\u00e9naire, structurant l\u2019identit\u00e9 profonde des peuples de cette r\u00e9gion. 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