{"id":3834,"date":"2021-07-23T13:19:45","date_gmt":"2021-07-23T12:19:45","guid":{"rendered":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=3834"},"modified":"2021-07-23T13:19:45","modified_gmt":"2021-07-23T12:19:45","slug":"la-glorieuse-bataille-danoaul-et-la-guerre-du-rif-cent-ans-apres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/la-glorieuse-bataille-danoaul-et-la-guerre-du-rif-cent-ans-apres\/","title":{"rendered":"La glorieuse Bataille d\u2019Anoaul et la Guerre du Rif, cent ans apr\u00e8s"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_1671\" aria-describedby=\"caption-attachment-1671\" style=\"width: 375px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-1671\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/chtato.jpg?resize=375%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"375\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/chtato.jpg?resize=375%2C250&amp;ssl=1 375w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/chtato.jpg?w=960&amp;ssl=1 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 375px) 100vw, 375px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1671\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #000080;\">Par: Dr Mohamed Chtatou<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>La Guerre du Rif n&rsquo;\u00e9tait ni une \u00ab petite guerre \u00bb parmi d&rsquo;autres, ni une bataille de type Premi\u00e8re Guerre mondiale ; c&rsquo;\u00e9tait un des premiers exemples de guerre irr\u00e9guli\u00e8re et asym\u00e9trique moderne. L&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise a d\u00fb synth\u00e9tiser sa guerre coloniale et son art op\u00e9rationnel scientifique pour vaincre les Rifains.<\/p>\n<p>Il faut dire que les experts en <strong>tactiques de gu\u00e9rilla<\/strong> rifains ont merveilleusement tir\u00e9 parti des armes modernes et de la propagande sachant pertinemment que les partisans de Ben Abdelkrim \u00e9taient \u00e0 la fois les adeptes des guerriers amazighs et les pr\u00e9curseurs des combattants r\u00e9volutionnaires modernes. Par cons\u00e9quent, la Guerre du Rif (1921-1926) fournit incontestablement des informations utiles pour les combattants contemporains, en particulier en ce qui concerne la conduite simultan\u00e9e d&rsquo;op\u00e9rations militaires, politiques et communicationnelles.<\/p>\n<p>Il y a cent ans de cela d\u00e9but\u00e8rent au Maroc ch\u00e9rifien les \u00e9v\u00e9nements qui conduisirent \u00e0 la Guerre du Rif (1921-1926), une guerre de d\u00e9colonisation, d\u2019ind\u00e9pendance et d\u2019\u00e9mancipation qui \u00e9branla, sans aucun doute, un ordre mondial cr\u00e9e par l\u2019homme blanc pour le confort de l\u2019homme blanc. Jusqu\u2019\u00e0 sa d\u00e9faite en 1926 apr\u00e8s une jonction des forces coloniales espagnoles et fran\u00e7aises, Ben Abdelkrim a eu le m\u00e9rite de tenir la drag\u00e9e haute aux puissances coloniales europ\u00e9ennes avec une poign\u00e9e d\u2019hommes d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 en d\u00e9coudre avec les envahisseurs europ\u00e9ens. L\u2019aspect de ses affrontements sanguinaires qui, connurent pour la premi\u00e8re fois l\u2019usage des armes chimiques par les Europ\u00e9ens, sans vergogne, et leurs lendemains incertains ont marqu\u00e9 le 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle et perdurent encore tant que le Maroc n\u2019a pas re\u00e7u de d\u2019excuses officielles et de d\u00e9dommagements de l\u2019Espagne et de la France pour entamer r\u00e9ellement une <strong>\u00e8re de r\u00e9conciliation<\/strong>.<\/p>\n<p>Le colonialisme existe, certes, toujours aujourd\u2019hui dans une forme \u00e9conomique insidieuse mais tr\u00e8s virale. Toutefois, l\u2019\u00e2me de l\u2019\u00e9mir Ben Abdelkrim est toujours parmi nous ainsi que son sentiment de lutte acharn\u00e9e contre l\u2019injustice et la subjugation.<\/p>\n<p>Dans ce sens, Ghita Zine \u00e9crit dans <em>Yabiladi\u00a0<\/em>: [i]\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u201c\u201cPour nous la Bataille d\u2019Anoual n\u2019est pas encore termin\u00e9e, parce qu\u2019elle est intimement li\u00e9e \u00e0 une question de m\u00e9moire qui s\u2019\u00e9tend au temps pr\u00e9sent \u201c, a affirm\u00e9 Boutayeb. \u201cNous demandons r\u00e9paration de ce qui a \u00e9t\u00e9 fait et de ce qui a suivi la bataille, \u00e0 savoir les bombardements chimiques. Cette question n\u2019a pas non plus eu r\u00e9ponse \u00e0 ce jour\u201c, nous dit le sp\u00e9cialiste. C\u2019est dans ce contexte que le militant travaille sur la cr\u00e9ation d\u2019une Commission de v\u00e9rit\u00e9 et de justice, regroupant des membres marocains et espagnols, sur la base du principe de la justice transitionnelle. Cette commission \u201cva \u00eatre cr\u00e9\u00e9 sur la base de la D\u00e9claration de Tanger faite \u00e0 l\u2019occasion et sur la base m\u00e9thodologique de la justice transitionnelle entre Etats, sur laquelle nous avons travaill\u00e9 la semaine derni\u00e8re lors d\u2019une rencontre \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale du royaume du Maroc (BNRM), avec la participation aussi d\u2019Espagnols qui veulent adh\u00e9rer \u201c, nous a encore d\u00e9clar\u00e9 le sp\u00e9cialiste. \u201c<\/em><\/p>\n<p><strong>Protectorat espagnol de 1912<\/strong><\/p>\n<p>En comparaison au Maroc fran\u00e7ais, l&rsquo;Espagne se voyait attribuer non seulement un territoire relativement petit, mais \u00e9galement caract\u00e9ris\u00e9 par un terrain aride et infertile et habit\u00e9 par une population rebelle et indomptable. En effet, tout s&rsquo;est d\u00e9grad\u00e9 \u00e0 partir de 1909. Les rivalit\u00e9s complexes existantes, combin\u00e9es \u00e0 la p\u00e9n\u00e9tration des capitaux europ\u00e9ens, ont donn\u00e9 lieu \u00e0 des affrontements localis\u00e9s et finalement \u00e0 une r\u00e9bellion de grande ampleur qui devait durer pr\u00e8s de vingt ans.<\/p>\n<p>Au niveau de la p\u00e9ninsule ib\u00e9rique, les effets ont \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement importants. L&rsquo;agitation ouvri\u00e8re et la col\u00e8re contre le r\u00e9gime s&rsquo;intensifi\u00e8rent. Avec les souvenirs encore frais de 1898, l&rsquo;appel des r\u00e9servistes de la classe ouvri\u00e8re pour devenir les plieurs de canon des nouvelles ambitions imp\u00e9rialistes a \u00e9t\u00e9 accueilli par des \u00e9meutes qui ont atteint leur apog\u00e9e lors de la \u00ab\u00a0semaine tragique\u00a0\u00bb de Barcelone en \u00e9t\u00e9 1909.<\/p>\n<p>Avec l&rsquo;agitation populaire croissante et l&rsquo;\u00e9mergence du nationalisme r\u00e9gional, les militaires espagnols sont de plus en plus sollicit\u00e9s pour servir de garde pr\u00e9torienne \u00e0 l&rsquo;ordre social dominant. Dans le m\u00eame temps, une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;officiers jeunes et dynamiques, bient\u00f4t connus sous le nom d&rsquo;<em>Africanistas<\/em>, a vu l&rsquo;occasion de contourner l&rsquo;\u00e9chelle bureaucratique du corps d&rsquo;arm\u00e9e gonfl\u00e9 pour obtenir une promotion rapide en faisant preuve de m\u00e9rite sur le champ de bataille marocain. Cependant, le favoritisme royal, le n\u00e9potisme et la corruption avec lesquels les m\u00e9dailles et les honneurs sont d\u00e9cern\u00e9s \u00e0 ces officiers provoquent la col\u00e8re de ceux qui vivent en Espagne continentale. Cela marque le d\u00e9but de fissures internes au sein d&rsquo;une arm\u00e9e espagnole ali\u00e9n\u00e9e et aigrie. Enfin, alors que les campagnes marocaines deviennent un cauchemar sans fin pour les diff\u00e9rents gouvernements espagnols, conscients de l&rsquo;impopularit\u00e9 dont ils font l&rsquo;objet dans leur pays, ils continuent \u00e0 les sous-financer et les dissimulent pratiquement \u00e0 l&rsquo;opinion publique.<\/p>\n<p>Les positions espagnoles dans le nord de l&rsquo;Afrique remontent au XVe si\u00e8cle et au XVIe, lorsque la Couronne de Castille a pris possession de Ceuta et Melilla, entre autres. \u00c0 partir du XIXe si\u00e8cle, la faiblesse du sultanat du Maroc a provoqu\u00e9 l&rsquo;intervention &#8211; militaire et administrative &#8211; des puissances europ\u00e9ennes, dont l&rsquo;Espagne. Apr\u00e8s la bataille de Castillejos contre les troupes marocaines en 1860, l&rsquo;Espagne signe avec le Maroc le trait\u00e9 d\u2019Oued Ras, par lequel les territoires de Ceuta et Melilla sont \u00e9tendus entre autres compensations. Loin de parvenir \u00e0 une paix durable, les r\u00e9voltes et les flamb\u00e9es de violence se poursuivent. En 1906, la France et l&rsquo;Espagne divisent d\u00e9finitivement le Maroc en zones d&rsquo;influence par la conf\u00e9rence d&rsquo;Alg\u00e9siras. L&rsquo;Espagne \u00e9tablit son protectorat par le trait\u00e9 de F\u00e8s (1912), qui durera jusqu&rsquo;en 1956.<\/p>\n<p>En 1912, le protectorat espagnol au Maroc devient officiel ; une zone situ\u00e9e au nord du pays est c\u00e9d\u00e9 par l&rsquo;administration coloniale fran\u00e7aise. Cette zone comprend la r\u00e9gion montagneuse du Rif (nord-est du pays) et la r\u00e9gion voisine de Jebala, qui se r\u00e9volte contre les colonisateurs. De violentes r\u00e9voltes avaient commenc\u00e9 \u00e0 se produire des ann\u00e9es auparavant, \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e des troupes espagnoles. Pour mater les rebelles, le gouvernement espagnol du pr\u00e9sident de l&rsquo;\u00e9poque, Antonio Maura, a ordonn\u00e9 l&rsquo;envoi de troupes suppl\u00e9mentaires sur cette ligne de front inhospitali\u00e8re ; certaines \u00e9taient volontaires et d&rsquo;autres, enr\u00f4l\u00e9es de force &#8211; surtout parmi les classes inf\u00e9rieures &#8211; ce qui a provoqu\u00e9 des troubles dans la population, comme en t\u00e9moigne la Semaine tragique de Barcelone (1909).<\/p>\n<p>Au sujet du protectorat espagnol, Mimoun Aziza \u00e9crit\u00a0: [ii]\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u201cIl s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9part que l&rsquo;Espagne ne pourrait avoir qu&rsquo;un r\u00f4le secondaire au Maroc. Pour l&rsquo;opinion publique espagnole cette exp\u00e9rience coloniale a toujours \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme un probl\u00e8me et une source de conflit. Les r\u00e9actions en m\u00e9tropole contre ce qu&rsquo;on a appel\u00e9 la guerre du Maroc sont directes et violentes. La mobilisation anticolonialiste du mouvement ouvrier et la r\u00e9bellion populaire de la \u00a0\u00bb Semana Tr\u00e1gica \u00a0\u00bb \u00e0 Barcelone et dans d&rsquo;autres villes catalanes d\u00e9montrent clairement que le peuple espagnol dans sa majorit\u00e9 \u00e9tait contre l&rsquo;implication de l&rsquo;Espagne dans l&rsquo;aventure coloniale. Les partis de gauche notamment les socialistes s&rsquo;opposaient farouchement \u00e0 cette intervention, du fait que leur pays a besoin de ces sommes d&rsquo;argent pour se d\u00e9velopper. \u00ab\u00a0C&rsquo;est, disaient-ils en pillant les douars, en d\u00e9truisant les hameaux que l&rsquo;Espagne est en train d&rsquo;imposer en Afrique la civilisation qui rapporte tellement de profit aux capitalistes de tous bords\u00a0\u00bb. \u201c<\/em><\/p>\n<p>L&rsquo;inefficacit\u00e9 de ces troupes mal dirig\u00e9es aboutit au <strong>D\u00e9sastre d\u2019Anoual<\/strong> <strong><em>(Desastre de Annual)<\/em><\/strong>, [iii] en juillet 1921, o\u00f9 les pertes espagnoles se chiffrent en milliers et o\u00f9 le g\u00e9n\u00e9ral qui les commandait, Manuel Fern\u00e1ndez Silvestre, meurt au combat, selon la version officielle. Le leader du Rif, Ben Abdelkrim al-Khattabi, d\u00e9clara la <strong>R\u00e9publique du Rif<\/strong>. Le conflit refl\u00e8te les carences de l&rsquo;arm\u00e9e espagnole, avec des troupes mal organis\u00e9es et peu motiv\u00e9es, comme le d\u00e9montre le rapport du g\u00e9n\u00e9ral Juan Picasso (\u00ab\u00a0<strong>Dossier Picasso<\/strong>\u00ab\u00a0), et donne lieu \u00e0 la cr\u00e9ation de la <strong>L\u00e9gion espagnole<\/strong> en 1920. En outre, la mauvaise gestion politique de ces \u00e9v\u00e9nements a favoris\u00e9 l&rsquo;instauration de la dictature du g\u00e9n\u00e9ral Miguel Primo de Rivera (1923-1930).<\/p>\n<p>Au sujet de l\u2019enqu\u00eate du g\u00e9n\u00e9ral Juan Picasso (\u00ab\u00a0<strong>Dossier Picasso<\/strong>\u00ab\u00a0) sur les responsabilit\u00e9s du D\u00e9sastre d\u2019Anoual, Julio Martin Alarcon \u00e9crit dans <em>El Mundo<\/em><em>\u00a0:<\/em> [iv]\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u00a0\u201c\u201cJ&rsquo;accuse le g\u00e9n\u00e9ral Berenguer de n\u00e9gligence, le g\u00e9n\u00e9ral Silvestre d&rsquo;imprudence et le g\u00e9n\u00e9ral Felipe Navarro d&rsquo;incomp\u00e9tence pour ses responsabilit\u00e9s de haut-commissaire d&rsquo;Espagne au Maroc, de commandant g\u00e9n\u00e9ral de Melilla et de commandant en second de Melilla, respectivement, au cours d&rsquo;une s\u00e9rie d&rsquo;actions militaires dans le Rif avant et pendant l&rsquo;abandon de la position d&rsquo;Annual et la retraite douloureuse et la reddition du fort de Monte Arruit qui s&rsquo;ensuivit, entre fin juillet et d\u00e9but ao\u00fbt 1921, au cours desquelles environ 12 000 hommes sont morts. \u201c<\/em><\/p>\n<p><em>L&rsquo;enqu\u00eate du g\u00e9n\u00e9ral Juan Picasso sur les \u00e9v\u00e9nements de l&rsquo;ann\u00e9e n&rsquo;est pas termin\u00e9e, mais l&rsquo;acte d&rsquo;accusation du procureur militaire Jos\u00e9 Garc\u00eda Moreno bas\u00e9 sur cette enqu\u00eate l&rsquo;est. Le paragraphe r\u00e9sume la conclusion la plus essentielle : la catastrophe de l&rsquo;Anoual est due \u00e0 la n\u00e9gligence et \u00e0 l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 du haut commandement. \u201c<\/em><\/p>\n<p><strong>L\u2019\u00e9mir Ben Abdelkrim<\/strong><\/p>\n<p>Le conflit entre le peuple du Rif et les Espagnols a \u00e9clat\u00e9 au cours de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1921. Inspir\u00e9 par les d\u00e9bats sur la r\u00e9forme sociale et religieuse de l&rsquo;Islam, Ben Abdelkrim rejette la domination fran\u00e7aise et espagnole et aspire \u00e0 un \u00c9tat ind\u00e9pendant dans le Rif, qui \u00e9ventuellement s\u2019\u00e9tendra au reste du Maroc, par la suite. [v]\n<p style=\"text-align: center;\">\u00ab\u00a0<em>Je voulais faire du Rif un pays ind\u00e9pendant comme la France et l&rsquo;Espagne, et fonder un \u00c9tat libre avec une souverainet\u00e9 totale<\/em>\u00ab\u00a0,<\/p>\n<p>\u00a0expliquait-il.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00ab\u00a0<em>Une ind\u00e9pendance qui nous assurait une libert\u00e9 totale d&rsquo;autod\u00e9termination et de gestion de nos affaires, et de conclure les trait\u00e9s et les alliances qui nous conviendraient.<\/em>\u00ab\u00a0[vi]\n<p>Leader charismatique, Ben Abdelkrim [vii] a recrut\u00e9 des milliers de Rifains dans une arm\u00e9e disciplin\u00e9e et motiv\u00e9e. \u00a0Les Rifains avaient le double avantage de se battre pour prot\u00e9ger leurs foyers et leurs familles des envahisseurs \u00e9trangers et de le faire sur leur propre terrain montagneux et tra\u00eetre. Entre juillet et ao\u00fbt 1921, les forces de Ben Abdelkrim ont d\u00e9cim\u00e9 l&rsquo;arm\u00e9e espagnole au Maroc, tuant quelque 10 000 soldats et en faisant des centaines de prisonniers. L&rsquo;Espagne envoie des renforts et, au cours de l&rsquo;ann\u00e9e 1922, parvient \u00e0 r\u00e9occuper le territoire tomb\u00e9 aux mains des forces de Ben Abdelkrim. Cependant, les Rifains continuent de remporter des victoires contre les troupes espagnoles et parviennent \u00e0 capturer plus de 20 000 fusils, 400 canons de montagne et 125 canons, qui sont rapidement r\u00e9partis entre leurs combattants. [viii]\n<p>Le chef rifain ran\u00e7onne ses prisonniers pour que les Espagnols subventionnent son effort de guerre. En janvier 1923, Ben Abdelkrim obtient plus de quatre millions de pesetas du gouvernement espagnol pour la lib\u00e9ration des soldats faits prisonniers par les Rifains depuis le d\u00e9but de la guerre. Cette somme \u00e9norme a permis de financer les plans ambitieux de Ben Abdelkrim, qui souhaitait s&rsquo;appuyer sur sa r\u00e9volte pour cr\u00e9er un \u00c9tat ind\u00e9pendant. [ix]\n<p>En f\u00e9vrier 1923, Ben Abdelkrim jette les bases d&rsquo;un \u00c9tat ind\u00e9pendant dans le Rif. Il accepte les promesses d&rsquo;all\u00e9geance des tribus du Rif et assume le leadership politique en tant qu&rsquo;<strong><em>\u00e9mir <\/em><\/strong>(commandant supr\u00eame du Jihad) de la r\u00e9gion montagneuse. [x] Les Espagnols ont r\u00e9pondu en mobilisant une autre force de campagne pour reconqu\u00e9rir le Rif. Entre 1923 et 1924, les Rifains infligent aux Espagnols un certain nombre de d\u00e9faites, couronn\u00e9es par la conqu\u00eate de la ville montagneuse de Chefchaouen en automne 1924. Les Espagnols perdent encore 10 000 soldats dans cette bataille. De telles victoires donn\u00e8rent \u00e0 Ben Abdelkrim et \u00e0 ses l\u00e9gions rifaines plus de confiance que de prudence. Si les Espagnols pouvaient \u00eatre vaincus si facilement, pourquoi pas les Fran\u00e7ais ? Erreur, les Fran\u00e7ais avait une arm\u00e9e coloniale aguerrie et plus d\u2019exp\u00e9rience militaire sans oublier pour autant son mat\u00e9riel de guerre moderne et efficace.<\/p>\n<p>La Guerre du Rif suscite une vive inqui\u00e9tude en France. [xi] Lors d&rsquo;une tourn\u00e9e de son front nord en juin 1924, Lyautey est alarm\u00e9 de voir comment la d\u00e9faite des forces espagnoles laisse les positions fran\u00e7aises vuln\u00e9rables aux attaques des Rifains. Le Rif est une terre pauvre et montagneuse qui d\u00e9pend fortement des importations de nourriture en provenance des vall\u00e9es fertiles de la zone fran\u00e7aise. Lyautey doit renforcer la r\u00e9gion situ\u00e9e entre F\u00e8s et la zone espagnole afin d&#8217;emp\u00eacher les Rifains d&rsquo;envahir la r\u00e9gion pour assurer leurs besoins alimentaires.<\/p>\n<p>Pour Romain Ducoulombier, Ben Abdelkrim a gagn\u00e9 cette guerre d\u2019ind\u00e9pendance gr\u00e2ce \u00e0 son sens inn\u00e9 d\u2019organisation et son charisme d\u00e9mesur\u00e9\u00a0: [xii]\n<p style=\"text-align: center;\">\u201c<em>Abdelkrim gagne la guerre gr\u00e2ce \u00e0 un redoutable outil militaire : il organise les bandes tribales traditionnelles autour d\u2019un noyau de r\u00e9guliers bien arm\u00e9s, bien encadr\u00e9s et bien entra\u00een\u00e9s. Mais il manque la paix. Aucune puissance europ\u00e9enne, m\u00eame vaincue comme le sont \u00e0 nouveau les Espagnols en d\u00e9cembre 1924, lors du d\u00e9sastre de Chechaouen, ne peut accepter <\/em>ce que demande Abdelkrim : \u00ab Nous consid\u00e9rons que nous avons le droit, comme toute autre nation, de poss\u00e9der notre<em> territoire, et nous consid\u00e9rons que le parti colonial espagnol a usurp\u00e9 et viol\u00e9 nos droits, sans que sa pr\u00e9tention \u00e0 faire de notre gouvernement rifain un protectorat ne soit fond\u00e9e. [\u2026] Nous voulons nous gouverner par nous-m\u00eames et pr\u00e9server entiers nos droits indiscutables \u00bb. La radicalit\u00e9 de sa d\u00e9claration des droits condamne la R\u00e9publique du Rif \u00e0 l\u2019an\u00e9antissement.<\/em> \u201c<\/p>\n<p><strong>Impact<\/strong><\/p>\n<p>Lyautey retourne \u00e0 Paris en ao\u00fbt pour informer le premier ministre, Edouard Herriot, et son gouvernement de la menace que repr\u00e9sente l&rsquo;\u00e9tat insurrectionnel de Ben Abdelkrim. Cependant, les Fran\u00e7ais sont d\u00e9bord\u00e9s par l\u2019occupation de la Rh\u00e9nanie et par la mise en place leur administration en Syrie et au Liban, et ne peuvent \u00e9pargner ni les hommes ni le mat\u00e9riel que Lyautey estime \u00eatre le minimum absolu pour pr\u00e9server sa position au Maroc. Alors qu&rsquo;il demande l&rsquo;envoi imm\u00e9diat de quatre bataillons d&rsquo;infanterie, le gouvernement ne peut en r\u00e9unir que deux. Conservateur de longue date, Lyautey sent qu&rsquo;il n&rsquo;a pas le soutien du gouvernement radical d&rsquo;Herriot. \u00c2g\u00e9 de soixante-dix ans et en mauvaise sant\u00e9, il retourne au Maroc sans avoir la force physique ou politique de contenir les Rifains.<\/p>\n<p>En avril 1925, les forces de Ben Abdelkrim se tournent vers le sud et envahissent la zone fran\u00e7aise. Elles recherchent le soutien des tribus locales qui revendiquent les terres agricoles au sud du Rif. Les commandants de Ben Abdelkrim rencontrent les chefs de ces tribus pour leur expliquer la situation telle qu&rsquo;ils la voient. \u201c<em>La guerre sainte avait \u00e9t\u00e9 proclam\u00e9e par Ben Abdelkrim pour chasser les infid\u00e8les, et notamment les Fran\u00e7ais, au nom de la plus grande gloire de l&rsquo;Islam r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9.<\/em>\u00a0\u00bb L&rsquo;occupation de tout le Maroc par les forces de Ben Abdelkrim, expliquent-ils, \u00ab\u00a0<em>n&rsquo;\u00e9tait plus qu&rsquo;une question de jours<\/em>.\u00a0\u00bb Abdelkrim consid\u00e8re de plus en plus son mouvement comme une guerre de religion (Jihad) contre les non-musulmans qui occupent la terre musulmane, et il revendique le sultanat du Maroc dans son ensemble, et pas seulement la petite R\u00e9publique du Rif.<\/p>\n<p>Comme Lyautey l&rsquo;avait craint, les Rifains envahissent rapidement ses terres agricoles du nord, mal d\u00e9fendues. Les Fran\u00e7ais sont contraints d&rsquo;\u00e9vacuer tous les citoyens europ\u00e9ens et de retirer leurs troupes de la campagne vers la ville de F\u00e8s, avec de lourdes pertes. En deux mois seulement, les Fran\u00e7ais avaient perdu quarante-trois postes militaires et subi 1 500 morts et 4 700 bless\u00e9s ou disparus au combat contre les Rifains.<\/p>\n<p>En juin 1925, alors que ses forces campaient \u00e0 seulement 40 kilom\u00e8tres de F\u00e8s, Ben Abdelkrim a \u00e9crit aux \u00e9rudits islamiques de la c\u00e9l\u00e8bre mosqu\u00e9e-universit\u00e9 Qaraouiyyin de la ville pour les rallier \u00e0 sa cause\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u00ab\u00a0Nous vous disons \u00e0 vous et \u00e0 vos coll\u00e8gues qui \u00eates des hommes de bonne foi et qui n&rsquo;avez aucune relation avec les hypocrites ou les infid\u00e8les, de l&rsquo;\u00e9tat de servitude dans lequel est plong\u00e9e la nation d\u00e9sunie du Maroc\u00a0\u00bb<\/em>, \u00e9crit-il.<\/p>\n<p>Il accuse le Makhzen d&rsquo;avoir facilement succomb\u00e9 aux pressions des Fran\u00e7ais et de s&rsquo;entourer de fonctionnaires corrompus. Ben Abdelkrim demande aux chefs religieux de F\u00e8s de lui apporter leur soutien par devoir religieux.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit d&rsquo;un argument convaincant, pr\u00e9sent\u00e9 en termes th\u00e9ologiques solides, \u00e9tay\u00e9 par de nombreuses citations du Coran sur la n\u00e9cessit\u00e9 du djihad. Mais les savants religieux arabes de F\u00e8s n&rsquo;ont pas apport\u00e9 leur soutien aux Amazighs rifains. Lorsqu&rsquo;elle atteint les faubourgs de F\u00e8s, l&rsquo;arm\u00e9e de Ben Abdelkrim se heurte au \u00ab\u00a0Maroc utile\u00a0\u00bb, solidement contr\u00f4l\u00e9 par les Fran\u00e7ais, cr\u00e9\u00e9 par le syst\u00e8me Lyautey. Confront\u00e9s \u00e0 un choix entre l&rsquo;aspirant mouvement de lib\u00e9ration nationale du Rif et les instruments solidement \u00e9tablis de la domination imp\u00e9riale fran\u00e7aise, les \u00e9rudits musulmans de F\u00e8s croyaient clairement que le syst\u00e8me Lyautey \u00e9tait le plus fort des deux et le plus utile pour leurs int\u00e9r\u00eats personnels.<\/p>\n<p>Le mouvement de Ben Abdelkrim s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9 devant les murs de F\u00e8s en juin 1925. Si les trois piliers de la domination fran\u00e7aise dans les campagnes \u00e9taient les confr\u00e9ries musulmanes mystiques, les grands notables tribaux et les Amazighs, Lyautey en avait obtenu deux sur trois. \u00ab\u00a0<em>La plus grande raison de mon \u00e9chec<\/em>\u00ab\u00a0, se disait plus tard Ben Abdelkrim, \u00ab\u00a0<em>\u00e9tait le fanatisme religieux<\/em>\u00ab\u00a0. L&rsquo;affirmation est incongrue \u00e0 la lumi\u00e8re de la propre utilisation de l&rsquo;Islam par Ben Abdelkrim pour rallier le soutien \u00e0 une guerre sainte contre les puissances imp\u00e9riales. Mais le leader rifain faisait en fait r\u00e9f\u00e9rence aux confr\u00e9ries mystiques musulmanes. \u00ab\u00a0<em>Les shaykhs des tariqas \u00e9taient mes ennemis les plus acharn\u00e9s et les ennemis de mon pays \u00e0 mesure qu&rsquo;il progressait<\/em>\u00ab\u00a0, croyait-il. Il n&rsquo;a pas eu plus de succ\u00e8s aupr\u00e8s des grands qaids. \u00ab\u00a0<em>J&rsquo;ai d&rsquo;abord essay\u00e9 de rallier les masses \u00e0 mon point de vue par l&rsquo;argumentation et la d\u00e9monstration<\/em>, \u201c \u00e9crit Ben Abdelkrim, \u201c<em>mais j&rsquo;ai rencontr\u00e9 une grande opposition de la part des principales familles puissamment influentes<\/em>.\u00a0\u00bb \u00c0 une exception pr\u00e8s, affirme-t-il, \u00ab\u00a0<em>les autres \u00e9taient tous mes ennemis<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Dans leur opposition \u00e0 Ben Abdelkrim, les grands qaids et les shaykhs des confr\u00e9ries avaient tous soutenu la domination fran\u00e7aise au Maroc comme Lyautey l&rsquo;avait pr\u00e9vu. Quant aux Amazighs, Ben Abdelkrim et ses combattants rifains \u00e9taient eux-m\u00eames amazighs, ils ont pouss\u00e9 la politique de s\u00e9paratisme amazighe de Lyautey plus loin que Lyautey lui-m\u00eame ne l&rsquo;avait jamais voulu. Ainsi, il ne fait aucun doute que l&rsquo;identit\u00e9 amazighe des Rifains a contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9courager les Arabes marocains de se joindre \u00e0 leur campagne contre les Fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Bien que son syst\u00e8me de gouvernement colonial ait tenu bon, Lyautey lui-m\u00eame est tomb\u00e9 face au d\u00e9fi des Rifains. Pour ses d\u00e9tracteurs \u00e0 Paris, le d\u00e9bordement de la Guerre du Rif dans le protectorat fran\u00e7ais prouvait l&rsquo;\u00e9chec des efforts de Lyautey pour obtenir la soumission totale du Maroc. Alors que d&rsquo;importants renforts fran\u00e7ais inondaient le Maroc en juillet 1925, Lyautey, \u00e9puis\u00e9 par des mois de campagne contre les Rifains et par une mauvaise sant\u00e9, demanda qu&rsquo;un autre commandant l&rsquo;assiste. Le gouvernement fran\u00e7ais envoie le mar\u00e9chal Philippe P\u00e9tain, h\u00e9ros de la bataille de Verdun pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, pour l&rsquo;assister. En ao\u00fbt, P\u00e9tain prend le contr\u00f4le des op\u00e9rations militaires fran\u00e7aises au Maroc. Le mois suivant, Lyautey pr\u00e9sente sa d\u00e9mission. Il quitte d\u00e9finitivement le Maroc en octobre 1925.<\/p>\n<p>Ben Abdelkrim ne survit pas longtemps \u00e0 Lyautey, non plus. Les Fran\u00e7ais et les Espagnols combinent leurs forces pour \u00e9craser l&rsquo;insurrection rifaine. L&rsquo;arm\u00e9e rifaine s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 repli\u00e9e sur ses terres montagneuses du nord du Maroc, o\u00f9 elle fut assi\u00e9g\u00e9e sur deux fronts par des arm\u00e9es fran\u00e7aises et espagnoles massives en septembre 1925. En octobre, les arm\u00e9es europ\u00e9ennes avaient compl\u00e8tement encercl\u00e9 les montagnes du Rif et impos\u00e9 un blocus complet pour affamer les Rifains et les soumettre. Les efforts de Ben Abdelkrim pour n\u00e9gocier une solution ont \u00e9t\u00e9 repouss\u00e9s et, en mai 1926, les montagnes du Rif ont \u00e9t\u00e9 envahies par une force europ\u00e9enne conjointe de quelque 123 000 soldats. La r\u00e9sistance rifaine s&rsquo;effondre, surtout apr\u00e8s l\u2019usage massif des armes chimiques pour la premi\u00e8re fois dans une guerre coloniale, et Ben Abdelkrim se rend aux Fran\u00e7ais le 26 mai 1926 pour \u00e9viter d\u2019\u00eatre ex\u00e9cut\u00e9 par les Espagnols revanchards. Il est ensuite exil\u00e9 sur l&rsquo;\u00eele de la R\u00e9union, dans l&rsquo;oc\u00e9an Indien, o\u00f9 il reste jusqu&rsquo;en 1947.<\/p>\n<p>Avec la fin de la Guerre du Rif, la France et l&rsquo;Espagne ont repris leur administration coloniale du Maroc sans \u00eatre g\u00ean\u00e9es par une nouvelle opposition int\u00e9rieure. Bien que la Guerre du Rif n&rsquo;ait pas engendr\u00e9 une r\u00e9sistance soutenue aux Fran\u00e7ais ou aux Espagnols au Maroc, Ben Abdelkrim et son mouvement ont stimul\u00e9 l&rsquo;imagination des nationalistes du monde arabe. Ils voyaient les Rifains comme un peuple arabe (et non comme des Amazighs) qui avait men\u00e9 une r\u00e9sistance h\u00e9ro\u00efque \u00e0 la domination europ\u00e9enne et avait inflig\u00e9 de nombreuses d\u00e9faites aux arm\u00e9es modernes pour d\u00e9fendre leur terre et leur foi. Leur insurrection de cinq ans (1921-1926) contre l&rsquo;Espagne et la France a inspir\u00e9 certains nationalistes syriens \u00e0 monter leur propre r\u00e9volte contre les Fran\u00e7ais en 1925.<\/p>\n<p>Pour la gauche de par le monde Ben Abdelkrim \u00e9tait un h\u00e9ros international en lutte contre l\u2019imp\u00e9rialisme, le colonialisme et la droite fasciste. En quelque sorte il incarnait les id\u00e9aux de la gauche am\u00e9ricaine et europ\u00e9enne, des luttes ouvri\u00e8res socialistes ainsi que du communisme des pays de l\u2019est. Cette id\u00e9e est soutenue par William Dean dans son article intitul\u00e9\u00a0: \u201c Des Am\u00e9ricains dans la guerre du Rif\u201c\u00a0: [xiii]\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u201cAux \u00c9tats-Unis, (particuli\u00e8rement \u00e0 gauche), Abd el-Krim \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme un brave r\u00e9publicain nationaliste, opposant une r\u00e9sistance h\u00e9ro\u00efque \u00e0 une domination europ\u00e9enne r\u00e9trograde. Il \u00e9tait \u00e9galement le h\u00e9ros des gauches fran\u00e7aises et espagnoles et la Conf\u00e9d\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale du travail (CGT) lui avait manifest\u00e9 sa solidarit\u00e9 en organisant une marche de protestation \u00e0 Paris en novembre\u00a01925. L\u2019Union sovi\u00e9tique, Staline et le\u00a0Kominterm\u00a0lui exprim\u00e8rent aussi leur sympathie. M\u00eame s\u2019ils devaient travailler pour le sultan, ce fut Paul Painlev\u00e9 qui d\u00e9cida des grades de ces aviateurs am\u00e9ricains (la plupart d\u2019entre eux souhaitaient conserver leur grade port\u00e9 pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale). Le minist\u00e8re de la Guerre assura le transport des hommes et des avions de la France au Maroc\u00a0via\u00a0l\u2019Espagne et celui des Affaires \u00e9trang\u00e8res adressa \u00e0 Lyautey le dossier de chacun des membres de l\u2019escadrille afin de limiter leur isolement administratif. Deux journalistes furent envoy\u00e9s avec eux pour r\u00e9diger la propagande \u00ab\u00a0profran\u00e7aise\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0proam\u00e9ricaine\u00a0\u00bb (ce sont exactement les mots employ\u00e9s dans le t\u00e9l\u00e9gramme) \u00e0 partir de leurs \u00e9ventuels exploits h\u00e9ro\u00efques. \u201c<\/em><\/p>\n<p>Les tactiques de gu\u00e9rilla de Ben Abdelkrim al-Khattabi auraient influenc\u00e9 plusieurs r\u00e9volutionnaires de renom, tels que Ho Chi Minh et Mao Zedong. Il existe des preuves que Che Guevara a \u00e9galement utilis\u00e9 au moins certaines des tactiques et m\u00e9thodes con\u00e7ues par les Rifains. Apr\u00e8s tout, Alberto Bayo, l&rsquo;entra\u00eeneur de gu\u00e9rilla tr\u00e8s respect\u00e9 du Che, avait combattu pendant sa carri\u00e8re militaire pendant une p\u00e9riode relativement longue contre les Rifains. Fidel Castro, un autre mod\u00e8le pour le Che, mentionne dans sa biographie que la bataille d&rsquo;Anoual, \u00e9tait ind\u00e9niablement l&rsquo;une des attaques les plus r\u00e9ussies contre les Espagnols lanc\u00e9s par Ben Abdelkrim en 1921. On pr\u00e9tend \u00e9galement que le Che a rencontr\u00e9 Ben AbdelKrim en 1959 au Caire. Fidel Castro ne mentionne pas qu&rsquo;il a discut\u00e9 avec le Che de ses lectures sur la guerre du Rif, mais il affirme clairement que Bayo avait l&rsquo;habitude d&rsquo;enseigner dans son camp les m\u00e9thodes de gu\u00e9rilla qu&rsquo;il avait apprises lors de ses missions au Maroc.<\/p>\n<p>Cependant, ni Bayo ni le Che (ou leurs biographes) ne mentionnent que les tactiques enseign\u00e9es pendant la formation des r\u00e9volutionnaires de l\u2019Am\u00e9rique latine \u00e9taient celles de l&rsquo;\u00e9poque de la lutte de Ben Abdelkrim. La seule personne dont les deux hommes font l&rsquo;\u00e9loge est le chef rebelle nicaraguayen Augusto C\u00e9sar Sandino.<\/p>\n<p><span style=\"color: #000080;\"><strong>Les protagonistes de la Guerre du Rif<\/strong><\/span><\/p>\n<ul>\n<li><strong>Miguel Primo De Rivera<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p>Dictateur espagnol entre 1923 et 1930, il fut l&rsquo;officier le plus haut grad\u00e9 de la contre-offensive espagnole au soul\u00e8vement de la guerre du Maroc. N\u00e9 en 1870 \u00e0 Jerez de la Frontera (Cadix), il s&rsquo;engagea dans l&rsquo;arm\u00e9e dans sa jeunesse et, entre autres destinations, il s\u2019en alla \u00e0 Cuba, aux Philippines et au Maroc, o\u00f9 il prit une part active \u00e0 la Guerre du Rif. Soldat africaniste (comme les g\u00e9n\u00e9raux Francisco Franco ou Jos\u00e9 Sanjurjo), il a \u00e9t\u00e9 promu g\u00e9n\u00e9ral &#8211; le premier de sa promotion \u00e0 atteindre ce rang &#8211; et a \u00e9t\u00e9, entre autres, capitaine g\u00e9n\u00e9ral de Valence, de Madrid et de Catalogne, o\u00f9 il a d\u00fb lutter contre l&rsquo;agitation sociale en cours. Lorsqu&rsquo;il perdit le soutien du roi Alphonse XIII et d&rsquo;une grande partie des g\u00e9n\u00e9raux, il d\u00e9missionna de son poste en janvier 1930 et s&rsquo;exila \u00e0 Paris, o\u00f9 il mourut le 16 mars de la m\u00eame ann\u00e9e.<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Jos\u00e9 Sanjurjo<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p>Il fut le g\u00e9n\u00e9ral charg\u00e9 d&rsquo;ex\u00e9cuter le d\u00e9barquement d&rsquo;Alhoceima, l&rsquo;offensive espagnole contre la r\u00e9volte du Rif apr\u00e8s le D\u00e9sastre d\u2019Anoual de 1921. N\u00e9 \u00e0 Pampelune (Navarre) en 1872, il a particip\u00e9 \u00e0 la guerre de Cuba et, une fois celle-ci termin\u00e9e, a pris part \u00e0 plusieurs campagnes de la guerre du Maroc. Il devient commandant de Melilla en 1921 et commence la contre-offensive depuis Alhoceima pour soumettre le chef du Rif, Ben Abdelkrim al-Khattabi. Ses succ\u00e8s militaires lui valent d&rsquo;\u00eatre nomm\u00e9 Haut-Commissaire d&rsquo;Espagne au Maroc. D&rsquo;ailleurs en son honneur, la ville d&rsquo;Alhoceima fut nomm\u00e9e Villa Sanjurjo pendant le Protectorat. Sanjurjo a jou\u00e9 plusieurs r\u00f4les importants pendant la monarchie d&rsquo;Alfonso XIII, la dictature de Primo de Rivera, qu&rsquo;il a soutenue, et pendant la premi\u00e8re partie de la IIe R\u00e9publique. Il a favoris\u00e9 un coup d&rsquo;\u00c9tat contre la R\u00e9publique qui n&rsquo;a pas bien tourn\u00e9. Il est incarc\u00e9r\u00e9, voit sa peine de mort commu\u00e9e et s&rsquo;exile au Portugal. Il participe \u00e0 nouveau activement au coup d&rsquo;\u00c9tat de juillet 1936, mais meurt dans un accident d&rsquo;avion \u00e0 Estoril (Portugal) alors qu&rsquo;il se dirigeait vers le commandement de la r\u00e9bellion.<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Manuel Fern\u00e1ndez Silvestre<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p>G\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;arm\u00e9e, il fut g\u00e9n\u00e9ral commandant de Ceuta (1919) et de Melilla (1920-1921) pendant la Guerre du Rif et principal responsable du D\u00e9sastre d\u2019Anoual. Fils de soldat, il est n\u00e9 \u00e0 Cuba en 1871. Pendant ses \u00e9tudes militaires, il rencontre \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie de Tol\u00e8de, D\u00e1maso Berenguer, futur haut-commissaire d&rsquo;Espagne au Maroc. Il est \u00e0 Cuba et, apr\u00e8s plusieurs postes l\u00e0-bas, il arrive en 1904 \u00e0 Melilla, o\u00f9 il rencontrera plus tard le chef du Rif Ben Abdelkrim al-Khattabi. Les r\u00e9voltes permanentes des Rifains \u00e0 partir de 1911 lui permettent de prouver avec un certain succ\u00e8s ses comp\u00e9tences militaires. Il est nomm\u00e9 assistant de campagne du roi Alphonse XIII mais, avec l&rsquo;escalade du conflit marocain, il est envoy\u00e9 comme responsable militaire principal de Ceuta, avec Berenguer comme autorit\u00e9 principale dans le Protectorat espagnol. Un an plus tard, il est transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 la t\u00eate du si\u00e8ge de Melilla et commence l&rsquo;invasion du Rif pour mettre fin \u00e0 l&rsquo;insurrection. Cependant, sa n\u00e9gligence \u00e0 laisser l&rsquo;arri\u00e8re sans protection et la bonne direction du chef Ben Abdelkrim al-Khattabi et de la gu\u00e9rilla des tribus du Rif ont caus\u00e9 le D\u00e9sastre d\u2019Anoual de 1922 et lui-m\u00eame est mort lors de la d\u00e9route.<\/p>\n<ul>\n<li><strong>D\u00e1maso Berenguer Fust\u00e9 <\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p>Il \u00e9tait un soldat et un homme politique qui a dirig\u00e9 l&rsquo;avant-dernier gouvernement de la monarchie d\u2019Alphonse XIII. N\u00e9 \u00e0 San Juan de los Remedios (Cuba) en 1873, il a fait une carri\u00e8re militaire. En 1911, on lui confie le commandement des forces de Melilla, qu&rsquo;il r\u00e9organise. Promu g\u00e9n\u00e9ral, il est ministre de la Guerre en 1918, puis haut-commissaire d&rsquo;Espagne au Maroc, le plus haut rang du protectorat espagnol. Ses bons r\u00e9sultats sont \u00e9corn\u00e9s par le comportement de son subordonn\u00e9, le g\u00e9n\u00e9ral Manuel Fern\u00e1ndez Silvestre, lors de la catastrophe D\u2019Anoual de 1921. Inculp\u00e9 et s\u00e9par\u00e9 de ses fonctions, il est amnisti\u00e9 et r\u00e9habilit\u00e9 lors du coup d&rsquo;\u00c9tat de Miguel Primo de Rivera. En 1930, il a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 pr\u00e9sident du gouvernement d&rsquo;Espagne par le roi Alphonse XIII, mais son r\u00e8gne n&rsquo;a dur\u00e9 qu&rsquo;un an. Avec la IIe R\u00e9publique, en 1931, il est emprisonn\u00e9 pour son r\u00f4le dans la Dictature. Amnisti\u00e9, il reprend un r\u00f4le secondaire dans la vie politique espagnole. Il meurt en 1953.<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Ben Abdelkrim al-Khattabi (Mohammed Ben Abdelkrim al-Khattabi) <\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p>Il \u00e9tait le chef de la r\u00e9volte du Rif contre les protectorats espagnol et fran\u00e7ais. N\u00e9 en 1882 dans la ville d&rsquo;Ajdir, dans la province d&rsquo;Alhoceima, il a \u00e9tudi\u00e9 le droit islamique \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de F\u00e8s et a re\u00e7u des cours \u00e0 Salamanque. Il a travaill\u00e9 pour l&rsquo;administration coloniale espagnole ; il a \u00e9t\u00e9 journaliste \u00e0 \u00ab\u00a0<em>El Telegrama del Rif<\/em>\u00a0\u00bb et a m\u00eame \u00e9t\u00e9 juge islamique (\u00ab\u00a0cadi\u00a0\u00bb) \u00e0 Melilla avant de devenir chef du Rif. Son opposition au protectorat le pousse \u00e0 se rebeller contre les administrations espagnole et fran\u00e7aise. Il dirigea les Rifains dans les attaques qui se termin\u00e8rent par le D\u00e9sastre d\u2019Anoual avec la d\u00e9faite compl\u00e8te de l&rsquo;arm\u00e9e espagnole. Il proclame la R\u00e9publique du Rif, o\u00f9 il continue \u00e0 harceler le protectorat espagnol, puis les Fran\u00e7ais. Sa d\u00e9faite apr\u00e8s l&rsquo;offensive espagnole qui suit le d\u00e9barquement d&rsquo;Alhoceima, le d\u00e9cide \u00e0 se rendre aux Fran\u00e7ais en mai 1926. Exil\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00eele de la R\u00e9union (France), il s&rsquo;\u00e9chappe et se r\u00e9fugie en \u00c9gypte o\u00f9 il promeut la lib\u00e9ration du Maghreb, sans jamais revenir dans son pays le Maroc. Il y meurt en 1963.<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Ahmed ar-Raisouni <\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p>Il \u00e9tait un autre grand protagoniste de la Guerre du Rif avec Ben Abdelkrim al-Khattabi. N\u00e9 \u00e0 T\u00e9touan (Maroc) vers 1870. Connu comme le \u00ab\u00a0<strong>Sultan des Montagnes<\/strong>\u00a0\u00bb pendant la premi\u00e8re partie de sa vie, il \u00e9tait un criminel, un pirate et un hors-la-loi. Chef des tribus du Jebala, une r\u00e9gion du nord qui s&rsquo;\u00e9tend de Tanger au Rif (est), il a combattu l&rsquo;administration coloniale espagnole. Sa r\u00e9volte sanglante prend fin en 1913 lorsque ses hommes sont vaincus par le colonel espagnol Manuel Fern\u00e1ndez Silvestre, qui dirigeait \u00e9galement les troupes espagnoles vaincues lors de la catastrophe d\u2019Anoual. Suite \u00e0 sa fr\u00e9quente capacit\u00e9 d&rsquo;adaptation, il se soumit \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 espagnole et fut m\u00eame un chef de groupe espagnol lors de la guerre du Rif dans les ann\u00e9es 1920. Il fut vaincu et captur\u00e9 par les partisans de Ben Abdelkrim al-Khattabi. Il est mort en 1925 en d\u00e9tention chez les Rifains de l\u2019\u00e9mir.<\/p>\n<p><strong><em>Africanismo<\/em><\/strong><\/p>\n<p>La nouvelle entreprise coloniale de l&rsquo;Espagne au Maroc n&rsquo;\u00e9tait pas tant le r\u00e9sultat de la pression de la classe des officiers pour un nouveau r\u00f4le pour l\u2019arm\u00e9e, que du lobby n\u00e9ocolonial \u00e0 la recherche d&rsquo;un environnement stable pour ses investissements, comme cons\u00e9quence de l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 des \u00e9lites gouvernantes dans une nouvelle \u00e8re d&rsquo;expansion imp\u00e9rialiste. Parce que sa d\u00e9pendance \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des relations dynastiques et religieuses avait \u00e9chou\u00e9 de mani\u00e8re d\u00e9sastreuse en 1898, le gouvernement espagnol a cherch\u00e9 \u00e0 s&rsquo;engager dans le syst\u00e8me instable des relations internationales.<\/p>\n<p>Le besoin de la Grande-Bretagne d&rsquo;un Etat tampon entre Gibraltar et l&rsquo;expansionnisme fran\u00e7ais en Afrique du Nord-Ouest a permis \u00e0 l&rsquo;Espagne d&rsquo;assumer un nouveau r\u00f4le colonial au Maroc dans le cadre de l&rsquo;intervention europ\u00e9enne pour garantir la stabilit\u00e9 de l&rsquo;Empire ch\u00e9rifien marocain au profit des investissements capitalistes. Le r\u00e9sultat a \u00e9t\u00e9 que l&rsquo;Espagne a jou\u00e9 un r\u00f4le dans l\u2019Afrique du Nord pour lequel elle n&rsquo;avait ni l&rsquo;exp\u00e9rience coloniale, ni les ressources ni le soutien de la population. L&rsquo;occasion \u00e9tait perdue pour restructurer une arm\u00e9e inefficace et pauvre en mat\u00e9riel et ressources. Dans le cours des guerres intermittentes avec les tribus du nord du Maroc entre 1909 et 1927, une nouvelle culture militaire appel\u00e9e l&rsquo;africanisme (<strong><em>Africanismo<\/em>) <\/strong>s&rsquo;est forg\u00e9 parmi une \u00e9lite d&rsquo;officiers coloniaux qui devait former les bases de l&rsquo;insurrection militaire dans les ann\u00e9es 1920 et 1930. [xiv]\n<p>Quatre cultures militaires sont esquiss\u00e9es comme caract\u00e9ristiques de l&rsquo;Arm\u00e9e d&rsquo;Afrique : africaniste, <em>juntero<\/em>, p\u00e9ninsulaire et politique. Bien qu&rsquo;elles coexistent parfaitement bien, chacune a connu une p\u00e9riode d\u2019h\u00e9g\u00e9monie au sein de l&rsquo;arm\u00e9e en raison de l\u2019action de l&rsquo;arm\u00e9e au Maroc dans le sens de la strat\u00e9gie des gouvernements espagnols au sujet du probl\u00e8me marocain. Il est difficile d&rsquo;identifier des cultures militaires bien d\u00e9finies dans la p\u00e9riode ant\u00e9rieure \u00e0 la colonisation espagnole et son expansion au Maroc entre 1909 et 1912. Plut\u00f4t, il y avait des tendances repr\u00e9sent\u00e9es par des individus. Une division plus claire des cultures a \u00e9merg\u00e9 pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale lorsque le mod\u00e8le militaire allemand a commenc\u00e9 \u00e0 influencer les perceptions de nombreux officiers coloniaux professionnels. Les campagnes expansionnistes de 1919-1921 et la catastrophe militaire d&rsquo;Anoual en 1921 ont ensuite consolid\u00e9 des cultures distinctes et concurrentes au sein de l&rsquo;arm\u00e9e.<\/p>\n<p>Beaucoup d&rsquo;africanistes avaient choisi de servir au Maroc parce que cela leur offrait la possibilit\u00e9 d&rsquo;une promotion rapide et d&rsquo;une meilleure paie. L&rsquo;objectif de l&rsquo;arm\u00e9e coloniale \u00e9tait de pr\u00e9parer le terrain pour la p\u00e9n\u00e9tration en Afrique du Nord de la civilisation occidentale incarn\u00e9e par les valeurs traditionnelles espagnoles. Soutenir cette mission \u00e9tait la conviction que l&rsquo;Espagne \u00e9tait la mieux \u00e9quip\u00e9e pour cette t\u00e2che en raison de ses liens historiques avec le monde arabe, en g\u00e9n\u00e9ral, et le Maroc, en particulier. \u00c0 travers cette p\u00e9n\u00e9tration militaire et civile dans la r\u00e9gion, l&rsquo;Espagne avait comme ambition devenir une puissance coloniale dont le statut parmi les nations lui a \u00e9t\u00e9 refus\u00e9 en Am\u00e9rique latine et en Europe auparavant. Cela ne pouvait \u00eatre accompli que par la formation d&rsquo;une arm\u00e9e hautement disciplin\u00e9e et professionnelle et correctement form\u00e9e et \u00e9quip\u00e9e et dirig\u00e9e par des officiers aguerris par les conditions de la guerre et renforc\u00e9e par la camaraderie et l&rsquo;esprit de corps engendr\u00e9 par la bataille.<\/p>\n<p>Les africanistes \u00e9taient unis id\u00e9ologiquement par un sens de la mission au Maroc pour restaurer le prestige de l&rsquo;arm\u00e9e et de la nation.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u00ab\u00a0La campagne d&rsquo;Afrique\u00a0\u00bb<\/em>,<\/p>\n<p>\u00e9crivait Franco en 1921, [xv]\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u00ab\u00a0est la meilleure \u00e9cole d&rsquo;entra\u00eenement, sinon la seule, pour notre Arm\u00e9e, et en elle des valeurs et des qualit\u00e9s positives sont mises \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve, et ce corps d&rsquo;officiers en service de combat en Afrique, avec son moral et son estime de soi \u00e9lev\u00e9s, doit devenir le c\u0153ur et l&rsquo;\u00e2me de l&rsquo;arm\u00e9e continentale. \u201c<\/em><\/p>\n<p>La camaraderie de guerre au Maroc, tant qu&rsquo;elle s&rsquo;accompagnait par un engagement dans cette mission, a contribu\u00e9 \u00e0 \u00e9roder les divisions entre les diff\u00e9rents corps de militaires qui les avaient distingu\u00e9s comme castes dans l&rsquo;arm\u00e9e continentale. L&rsquo;artillerie hautement technique et le corps du g\u00e9nie et le petit mais prestigieux groupe de pilotes m\u00e9lang\u00e9 socialement avec des officiers d&rsquo;infanterie et de cavalerie dans le camp et la vie de garnison. Leur collaboration sur les champs de bataille, notamment apr\u00e8s le d\u00e9sastre d&rsquo;Anoual, a impr\u00e9gn\u00e9 de nombreux officiers des diff\u00e9rents corps d&rsquo;une haine partag\u00e9e de l&rsquo;ennemi et d&rsquo;un objectif commun de vengeance. N\u00e9anmoins, parce que l&rsquo;infanterie et la cavalerie ont largement combattu dans les campagnes militaires au Maroc, c&rsquo;est dans leurs rangs que le nouvel esprit de corps \u00e9tait le plus d\u00e9velopp\u00e9.<\/p>\n<p>Le mythe est ainsi n\u00e9, assimilant la culture <em>Juntero<\/em> \u00e0 un mod\u00e8le militaire p\u00e9ninsulaire caract\u00e9ris\u00e9 par la timidit\u00e9 au combat et la bureaucratie. Les relations d\u00e9j\u00e0 difficiles entre africanistes et les officiers du <em>Juntero <\/em>qui avaient forg\u00e9 leur carri\u00e8re lors des multiples campagnes marocaines se sont d\u00e9t\u00e9rior\u00e9es, en cons\u00e9quence. De plus, l&rsquo;id\u00e9ologie a commenc\u00e9 \u00e0 jouer un r\u00f4le croissant dans leurs divisions. Les dirigeants de la premi\u00e8re <em>Junta<\/em> avait d\u00e9clar\u00e9 un engagement largement rh\u00e9torique en faveur du renversement de l&rsquo;ancien syst\u00e8me de la Restauration, derri\u00e8re lequel se posaient principalement des griefs professionnels. A partir de 1921, les militants du <em>Juntero<\/em> se sont tourn\u00e9s de mani\u00e8re incertaine vers des id\u00e9es progressistes.<\/p>\n<p>Le coup d&rsquo;\u00c9tat de 1923 de Primo de Rivera, sympathisant de la junte a exacerb\u00e9 la tension en raison de l&rsquo;engagement initial de Primo pour un retrait de l&rsquo;Afrique et son plaidoyer en faveur de la promotion par anciennet\u00e9. Bien qu&rsquo;il ait \u00e9t\u00e9 soutenu par des g\u00e9n\u00e9raux africanistes, Primo a constitu\u00e9 son Directoire militaire enti\u00e8rement de brigadiers-g\u00e9n\u00e9raux repr\u00e9sentant les r\u00e9gions militaires de la p\u00e9ninsule et son manifeste \u00e9tait r\u00e9dig\u00e9 dans la langue des juntes. Le premier africaniste militaire, le g\u00e9n\u00e9ral Emilio Mola a \u00e9crit qu&rsquo;apr\u00e8s le coup de Primo<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u201cles Junteros sont r\u00e9apparus. . . parfois atterrissant dans de merveilleux postes civils \u00e0 travers leurs relations politiques, ou des postes cr\u00e9\u00e9s dans le secr\u00e9tariat par le dictateur ainsi que les meilleurs postes de l&rsquo;Afrique quand la guerre semblait s&rsquo;estomper. \u201c<\/em> [xvi]\n<p>Le plan de Primo d&rsquo;abandonner le protectorat espagnol fut rapidement transform\u00e9 en un retrait de l&rsquo;arm\u00e9e \u00e0 une ligne de d\u00e9fense s\u00e9curis\u00e9e qui a laiss\u00e9 la majeure partie du territoire entre les mains des nationalistes du Rif sous Ben Abdelkrim. Malgr\u00e9 leur soutien pour le coup, les officiers africanistes s&rsquo;\u00e9taient profond\u00e9ment oppos\u00e9s \u00e0 tout retrait du Maroc. Ils ont fait part de leurs sentiments au dictateur lorsqu&rsquo;il a visit\u00e9 le protectorat l&rsquo;\u00e9t\u00e9 de 1924. Lors d&rsquo;un d\u00eener offert par la L\u00e9gion, le lieutenant-colonel Franco de l&rsquo;\u00e9poque prononce un discours contre tout retrait et le discours du dictateur plaidant pour le retrait a \u00e9t\u00e9 accueilli avec silence. [xvii] Un autre africaniste de premier plan, le g\u00e9n\u00e9ral Sanjurjo, r\u00e9cemment nomm\u00e9 par Primo de Rivera comme commandant g\u00e9n\u00e9ral du secteur est, s&rsquo;est oppos\u00e9 avec v\u00e9h\u00e9mence \u00e0 l&rsquo;\u00e9vacuation dans une correspondance confidentielle avec le dictateur et a refus\u00e9 son offre de nomination en tant que haut-commissaire. [xviii]\n<p>Le consul britannique \u00e0 Tetouan a comment\u00e9 cette situation comme suit\u00a0: [xix]\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u201cL&rsquo;arm\u00e9e d&rsquo;occupation, jug\u00e9e m\u00eame selon les normes latines, ressemble plus \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 de d\u00e9bats grecque dans sa passion pour la politique qu&rsquo;\u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 de combat ; la critique interne se livre librement et ses \u00e9nergies se dissipent en pr\u00e9conisant cette politique et en la condamnant . . .\u00a0; [Primo de Rivera] n&rsquo;a pas pu manquer d&rsquo;observer l&rsquo;atmosph\u00e8re nettement anti-establishment. Les officiers de casernes militaires n\u2019ont gu\u00e8re manqu\u00e9 d\u2019invectiver contre le Roi. \u201c<\/em><\/p>\n<p>Apr\u00e8s le repli sur les nouvelles lignes de d\u00e9fense, op\u00e9ration qui a co\u00fbt\u00e9 des milliers de vies, Primo a chang\u00e9 sa politique marocaine en r\u00e9ponse aux pressions des militaires africanistes et l&rsquo;influence des nouvelles circonstances militaires. Il a maintenant adopt\u00e9 des plans pour une intervention militaire d\u00e9cisive qui commencerait avec une invasion amphibie d&rsquo;Alhoceima, le c\u0153ur des op\u00e9rations de Ben AbdelKrim. Il s&rsquo;est \u00e9galement retourn\u00e9 contre ses anciens partisans des <em>Juntas<\/em>, abolissant le bar\u00e8me ferm\u00e9 et imposant le syst\u00e8me de promotion par m\u00e9rite. Des d\u00e9crets \u00e0 cet effet en 1925 et 1926 ont conduit \u00e0 une tentative de coup d&rsquo;\u00c9tat, le <em>Sanjuanada<\/em>, par les officiers de l&rsquo;artillerie en Espagne soutenus par les <em>Junteros<\/em> au Maroc tels que Riquelme. Ces \u00e9v\u00e9nements ont approfondi le clivage politique entre africanistes et les <em>Junteros<\/em> ; les premiers sont rest\u00e9s fid\u00e8les au Dictateur et au Roi, qui \u00e9tait bien connu pour ses sympathies envers eux, tandis que les derniers soutenaient l&rsquo;av\u00e8nement de la R\u00e9publique en 1931. La m\u00eame faille existait en 1936 au sujet du d\u00e9clenchement de l&rsquo;insurrection militaire. Alors que les africanistes toujours en service au Maroc ont rejoint la r\u00e9bellion, de nombreux <em>Junteros<\/em>, y compris certains qui avaient fait du service en Afrique, sont rest\u00e9s fid\u00e8les \u00e0 la R\u00e9publique.<\/p>\n<p><strong>Les raisons de la Guerre du Rif<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;Espagne \u00e9tait une puissance africaine depuis le r\u00e8gne de Philippe II. Ses <em>presidios<\/em> de Ceuta et Melilla, sur la M\u00e9diterran\u00e9e, ont r\u00e9sist\u00e9 aux si\u00e8ges musulmans depuis le XVIe si\u00e8cle et sont devenus le centre d&rsquo;escarmouches ind\u00e9cises avec des tribus rifaines en 1860 et 1893. N\u00e9anmoins, Madrid a obtenu quelques concessions cosm\u00e9tiques du sultan du Maroc, tandis qu&rsquo;une avant-garde d&rsquo;immigrants ib\u00e9riques sans le sou traversait le d\u00e9troit de Gibraltar pour se rendre \u00e0 Tanger, o\u00f9 ils mettaient en col\u00e8re les habitants en \u00e9levant des porcs ou en vendant de l&rsquo;alcool.<\/p>\n<p>Laiss\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame, Madrid se serait probablement content\u00e9e du statu quo. Cependant, au vingti\u00e8me si\u00e8cle, l&rsquo;Espagne a \u00e9t\u00e9 attir\u00e9e au Maroc de mani\u00e8re furtive, dans le sillage des Fran\u00e7ais et avec la permission de Londres. En novembre 1912, apr\u00e8s plus d&rsquo;une d\u00e9cennie d&rsquo;anarchie croissante et d&rsquo;\u00e9chauffour\u00e9es arm\u00e9es suivies de trait\u00e9s d\u00e9nu\u00e9s de sens que le sultan \u00e9tait impuissant \u00e0 faire respecter, Paris a c\u00e9d\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Espagne une zone situ\u00e9e au nord de l&rsquo;Afrique. L&rsquo;os de Jebala et l&rsquo;\u00e9pine dorsale du Rif n&rsquo;\u00e9tait pas un cadeau, mais un don empoisonn\u00e9. Il s&rsquo;agissait plut\u00f4t d&rsquo;un morceau tortur\u00e9 de topographie montagneuse, non cartographi\u00e9e et aust\u00e8re, qui s&rsquo;\u00e9tendait sur 225 miles le long de la c\u00f4te, de Larache sur l&rsquo;Atlantique \u00e0 la rivi\u00e8re Moulouya pr\u00e8s de la fronti\u00e8re alg\u00e9rienne, et qui \u00e9tait habit\u00e9 par des tribus amazighes ind\u00e9pendantes et meurtri\u00e8res.<\/p>\n<p>Les Espagnols ont rapidement entrepris de segmenter ce qu&rsquo;un fonctionnaire espagnol jugeait \u00eatre \u00ab\u00a0<em>le peuple le plus intraitable de la plan\u00e8te<\/em>\u00a0\u00bb en territoires et en <em>comandancias<\/em>, administr\u00e9s par un haut-commissaire militaire sous l&rsquo;autorit\u00e9 nominale d&rsquo;un calife nomm\u00e9 par le sultan. T\u00e9touan, nich\u00e9e au pied de sombres montagnes de granit est occup\u00e9e en f\u00e9vrier 1913 et rapidement d\u00e9sign\u00e9e comme la nouvelle capitale du protectorat.<\/p>\n<p>Dans le sillage de l&rsquo;arm\u00e9e espagnole, indisciplin\u00e9e et rarement pay\u00e9e, l&rsquo;in\u00e9vitable nu\u00e9e de racailles ib\u00e9riques s&rsquo;est mise en route pour peupler cette <em>colonizadora<\/em> en devenir. Emmen\u00e9s par des unit\u00e9s sp\u00e9cialement recrut\u00e9es comme les <em>Regulares<\/em>, une force musulmane cr\u00e9\u00e9e en 1911, et la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re espagnole, cr\u00e9\u00e9e en 1920 et populairement connue sous le nom de <em>Tercio<\/em> en m\u00e9moire des troupes de l&rsquo;Espagne imp\u00e9riale, les conscrits espagnols dirig\u00e9s par un groupe de g\u00e9n\u00e9raux corpulents et corset\u00e9s s&rsquo;avancent prudemment au-del\u00e0 de la frange m\u00e9diterran\u00e9enne en octobre 1920.<\/p>\n<p>Leur objectif \u00e9tait Chefchaouen, un ensemble pittoresque de maisons blanchies \u00e0 la chaux sous des toits pointus en tuiles rouges qui se dressait dans une gorge \u00e0 cinquante kilom\u00e8tres de T\u00e9touan dans les montagnes du Rif central. Le sergent Arturo Barea a trouv\u00e9 charmant le d\u00e9dale de rues \u00e9troites de Chefchaouen, qui r\u00e9sonnait du bruit des sabots des \u00e2nes, plus espagnol que marocain, comme la Tol\u00e8de m\u00e9di\u00e9vale par une nuit de lune. Cependant, les regards haineux de la population, combin\u00e9s au vent qui \u00ab\u00a0<em>gronde au fond des ravins<\/em>\u00ab\u00a0, conf\u00e8rent \u00e0 l&rsquo;endroit un air de m\u00e9lancolie intimidante.<\/p>\n<p><strong>La Bataille d&rsquo;Anoual (1921)<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 partir de 1912, avec le trait\u00e9 de F\u00e8s, le Maroc devient un protectorat fran\u00e7ais, ce qui signifie que le sultan a abjur\u00e9 sa souverainet\u00e9. L&rsquo;Espagne a obtenu des territoires sous forme de protectorat en Afrique du Nord, connu sous le nom de Maroc espagnol, qui s&rsquo;\u00e9tendait sur Tanger, le Rif et Ifni. Tous les pouvoirs politiques, \u00e9conomiques et militaires sont entre les mains des autorit\u00e9s \u00e9trang\u00e8res qui \u00ab\u00a0prot\u00e8gent\u00a0\u00bb chaque r\u00e9gion. Pendant ce temps, le sultan conserve certains de ses pouvoirs, mais ceux-ci sont essentiellement c\u00e9r\u00e9moniels &#8211; en r\u00e9alit\u00e9, son pouvoir a \u00e9t\u00e9 \u00e9rod\u00e9.<\/p>\n<p>D\u00e8s leur arriv\u00e9e, les troupes se rendent compte qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une promenade de sant\u00e9 ; les Espagnols se heurtent \u00e0 une r\u00e9sistance acharn\u00e9e de la part de certaines tribus du Rif, qui commencent \u00e0 prendre le contr\u00f4le des territoires et \u00e0 les occuper. La r\u00e9bellion suivante a lieu parmi les Jebalas et d&rsquo;autres actions suivront plus tard. La croyance des Espagnols que la colonisation serait une entreprise de tout repos se r\u00e9v\u00e8le fausse. Les pertes espagnoles augmentent alors que les forces rifaines combattent continuellement ce qui, \u00e0 leurs yeux, n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que des envahisseurs chr\u00e9tiens venus les convertir \u00e0 leur religion de force.<\/p>\n<p>Les forces rifaines les plus belliqueuses sont barricad\u00e9es \u00e0 Alhoceima, au c\u0153ur des montagnes du Rif. Manuel Fern\u00e1ndez Silvestre est nomm\u00e9 commandant g\u00e9n\u00e9ral de Melilla. En 1921, il commence \u00e0 d\u00e9placer ses troupes vers les localit\u00e9s de montagne en planifiant de mettre un terme \u00e0 la r\u00e9sistance. Il a r\u00e9alis\u00e9 quelque chose que personne n&rsquo;avait jamais fait, il a travers\u00e9 la majeure partie du Rif sans avoir \u00e0 tirer un coup de feu tout en offrant de l&rsquo;argent aux chefs des tribus pour les amadouer et acheter leur all\u00e9geance \u00e0 l\u2019Espagne.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait une bonne tactique, car la plupart des soldats de la campagne \u00e9taient inexp\u00e9riment\u00e9s, sous-pay\u00e9s, sous-aliment\u00e9s et sous-arm\u00e9s, et avaient terriblement peur des forces du Rif. L&rsquo;Espagne fut surprise d&rsquo;apprendre la nouvelle du succ\u00e8s de Silvestre et osa esp\u00e9rer que le bain de sang au Maroc allait enfin prendre fin.<\/p>\n<p>Cependant, Silvestre n&rsquo;a pas d\u00e9sarm\u00e9 les tribus rifaines, et les forces de Melilla ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9parties sur 144 petits forts. La plupart de ces endroits n&rsquo;avaient pas d&rsquo;eau, ce qui signifiait qu&rsquo;il fallait aller en chercher \u00e0 dos de mulets, parfois tous les jours, ce qui les rendait \u00e9galement vuln\u00e9rables aux embuscades. En bref, Les forces espagnoles \u00e9taient trop dispers\u00e9es.<\/p>\n<p>En 1921, Silvestre esp\u00e9rait r\u00e9aliser sa derni\u00e8re avanc\u00e9e et prendre enfin Alhoceima. La plupart des forces espagnoles \u00e9taient, cette nuit-l\u00e0, dans le camp de base de la colonie d\u2019Anoual. Seuls quelques centaines de soldats \u00e9taient stationn\u00e9s dans des forts entre Melilla et eux.<\/p>\n<p>En mai, une tribu amazighe persuade Silvestre de prendre position plus profond\u00e9ment dans le Rif. Un contingent de 1500 hommes quitte la colonie. Ils sont tomb\u00e9s dans une embuscade des forces du Rif, subissant plus de 140 pertes. Ben Abdelkrim, qui dirigeait la campagne du Rif, assi\u00e9gea Sidi Driss, mais cette fois, l&rsquo;action des Espagnols eut plus de succ\u00e8s, avec seulement 10 bless\u00e9s contre une centaine de morts du c\u00f4t\u00e9 du rifain. Mais l&rsquo;important est que les Rifains ont pu constater que les Espagnols \u00e9taient tr\u00e8s vuln\u00e9rables. Entre temps les forces de Ben Abdelkrim sont pass\u00e9es de 3.000 \u00e0 11.000 hommes.<\/p>\n<p>Mais Silvestre, bien s\u00fbr, n&rsquo;en avait aucune id\u00e9e. Il croyait que c&rsquo;\u00e9tait des actions isol\u00e9es. Il a continu\u00e9 \u00e0 avancer et a occup\u00e9 la localit\u00e9 d\u2019Ighriben en juin 1921, pensant d\u00e9fendre la colonie D\u2019Anoual par le sud. Il part ensuite \u00e0 Melilla pour demander des munitions, des vivres, de l&rsquo;argent et des renforts.<\/p>\n<p>Le 17 juillet, les Rifains de Ben Abdelkrim attaqu\u00e8rent toutes les lignes espagnoles avec le soutien des tribus locales. Ighriben fut assi\u00e9g\u00e9e et ne tomba que cinq jours plus tard. Les colonnes de secours ont tent\u00e9 de leur venir en aide, mais en vain. La d\u00e9faite a d\u00e9moralis\u00e9 les troupes espagnoles \u00e0 Anoual.<\/p>\n<p>Le 22 juillet, apr\u00e8s cinq jours d&rsquo;escarmouches, 5 000 soldats espagnols occupant le campement avanc\u00e9 d&rsquo;Anoual sont attaqu\u00e9s par 3 000 combattants rifains. Les munitions \u00e9tant \u00e9puis\u00e9es et la base de soutien d\u00e9j\u00e0 envahie, le g\u00e9n\u00e9ral Silvestre, qui n&rsquo;\u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 Anoual que la veille, d\u00e9cide d&rsquo;un retrait le long de la ligne de l&rsquo;avance espagnole pr\u00e9c\u00e9dente.<\/p>\n<p>Peu avant 5 heures du matin, un dernier message radio est envoy\u00e9, signalant l&rsquo;intention de Silvestre d&rsquo;\u00e9vacuer Anoual plus tard dans la matin\u00e9e. Vers 10 heures, la garnison a commenc\u00e9 \u00e0 quitter le campement en colonne, mais une direction confuse et une pr\u00e9paration inad\u00e9quate ont fait que tout espoir d&rsquo;un retrait disciplin\u00e9 a rapidement d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 en une d\u00e9route d\u00e9sorganis\u00e9e. Les conscrits espagnols, sous un feu nourri et \u00e9puis\u00e9s par la chaleur intense, se sont dispers\u00e9s dans une foule confuse et ont \u00e9t\u00e9 abattus ou poignard\u00e9s par les hommes de Ben Abdelkrim. Seule une unit\u00e9 de cavalerie, les <em>Cazadores de Alc\u00e1ntara<\/em>, est rest\u00e9e en formation et a pu effectuer une retraite combative.<\/p>\n<p>La structure militaire espagnole surdimensionn\u00e9e du Protectorat espagnol occidental au Maroc s&rsquo;est effondr\u00e9e. Apr\u00e8s la bataille, les Rifains ont avanc\u00e9 vers l&rsquo;est et ont envahi plus de 130 postes espagnols. [xx] Les garnisons espagnoles ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truites sans qu&rsquo;une r\u00e9ponse coordonn\u00e9e aux attaques ne soit mise en place. \u00c0 la fin du mois d&rsquo;ao\u00fbt, l&rsquo;Espagne avait perdu tous les territoires qu&rsquo;elle avait gagn\u00e9s dans la r\u00e9gion depuis 1909. Le g\u00e9n\u00e9ral Silvestre a disparu et ses restes n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9s. Selon un rapport, le sergent espagnol Francisco Basallo Berrcerra de la garnison de Kandoussi a identifi\u00e9 les restes de Silvestre par sa ceinture de g\u00e9n\u00e9ral. <a href=\"#_edn21\" name=\"_ednref21\">[<\/a>xxi] Un courrier rifain de Kaddour N-Amar a affirm\u00e9 que huit jours apr\u00e8s la bataille, il a vu le cadavre du g\u00e9n\u00e9ral couch\u00e9 face contre terre sur le champ de bataille. [xxii]\n<p>Pour Joaquin Mayordomo du journal <em>El Pais, <\/em>l\u2019Espagne officielle a honteusement enfoui le D\u00e9sastre d\u2019Anoual dans le silence de l\u2019oubli\u00a0: [xxiii]\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u201cDu haut de la gorge d&rsquo;Izzumar, les collines d&rsquo;Annual, Igueriben et Abarr\u00e1n sont des phares de la mort. C&rsquo;est ici que 4 000 Espagnols ont perdu la vie en deux jours, massacr\u00e9s, sans savoir pourquoi. Tout ce que l&rsquo;on peut voir au-del\u00e0 de l&rsquo;horizon est une campagne aride, dess\u00e9ch\u00e9e, d\u00e9pourvue de v\u00e9g\u00e9tation. Le Rif est pauvre, tr\u00e8s pauvre ; mais la folie du roi Alphonse XIII, les militaires et le gouvernement de l&rsquo;\u00e9poque ont voulu, au d\u00e9but du si\u00e8cle dernier, faire de cette r\u00e9gion une reconstitution de l&rsquo;ancien Empire, celui o\u00f9 \u00ab\u00a0le soleil ne se couchait jamais\u00a0\u00bb. Finalement, l&rsquo;Espagne a appel\u00e9 cette conqu\u00eate le Protectorat du Maroc. Un euph\u00e9misme qui dissimule plusieurs guerres, un holocauste, des trahisons et l&rsquo;un des \u00e9pisodes les plus tristes de la pratique militaire : le d\u00e9sastre annuel. Un d\u00e9sastre que l&rsquo;Espagne a enfoui dans l&rsquo;oubli pendant 94 ans sous le plus abominable et sinistre des silences. \u201c<\/em><\/p>\n<p>Pendant que le si\u00e8ge d&rsquo;Ighriben se poursuivait, des renforts \u00e9taient arriv\u00e9s \u00e0 Anoual et environ 5 000 hommes y \u00e9taient stationn\u00e9s. Ils avaient de la nourriture pour 4 jours et des munitions pour un jour mais pas d&rsquo;eau. Il \u00e9tait impossible de d\u00e9fendre le village et Silvestre a d\u00e9cid\u00e9 de l&rsquo;\u00e9vacuer. Cependant, au matin du 22, ils ont re\u00e7u un message promettant des renforts de T\u00e9touan.<\/p>\n<p>La retraite a commenc\u00e9 \u00e0 11 heures et juste au moment o\u00f9 ils quittaient le camp, les forces rifaines ont commenc\u00e9 \u00e0 tirer et le chaos a \u00e9clat\u00e9. La bataille de l&rsquo;Anoual commence. Au milieu de la confusion, les officiers perdent le contr\u00f4le de la situation. Les soldats ont essay\u00e9 de se mettre \u00e0 l&rsquo;abri des balles et la fuite s&rsquo;est transform\u00e9e en d\u00e9route. Les officiers qui ont abandonn\u00e9 leur poste ont subi le plus de pertes parmi leurs troupes, ceux qui sont rest\u00e9s calmes ont r\u00e9ussi \u00e0 se mettre \u00e0 l&rsquo;abri avec moins de pertes.<\/p>\n<p>Pour Richard Pennell, [xxiv] cette retraite n\u2019\u00e9tait pas une, c\u2019\u00e9tait une vraie d\u00e9route, sans pareil, les forces espagnoles encore en vie apr\u00e8s le d\u00e9sastre d\u2019Anoual \u00e9taient attaqu\u00e9es de partout m\u00eame par les femmes et le g\u00e9n\u00e9ral Silvestre s\u2019est fait tuer par les Moujahidines alors qu\u2019il essayait de rejoindre Dar Driouch dans sa voiture. D\u2019apr\u00e8s les sources locales, toutefois, il fut tu\u00e9 \u00e0 la hache sous un olivier par une femme dont le mari fut ex\u00e9cut\u00e9 par ses soldats. Pour les Espagnols, Silvestre s\u2019est suicid\u00e9 \u00e0 Anoual pour sauver son honneur et celui de son arm\u00e9e, mais c\u00f4t\u00e9 rifain on doute de cette version tr\u00e8s europ\u00e9enne, \u00e0 la mode dans le temps.<\/p>\n<p><strong>La Bataille d&rsquo;Anoual<\/strong> (1921), est \u00e9galement connue sous le nom de <strong>D\u00e9sastre d&rsquo;Anoual<\/strong>, est une d\u00e9faite militaire majeure des Espagnols face aux Rifains dans le nord du Maroc, dans le terrain montagneux et vallonn\u00e9 du Rif. Les Espagnols ont subi 13 363 morts et bless\u00e9s. Apr\u00e8s la bataille, les Rifains ont commenc\u00e9 \u00e0 avancer vers l&rsquo;est, o\u00f9 ils ont envahi plus de 130 avant-postes espagnols.<\/p>\n<figure id=\"attachment_3839\" aria-describedby=\"caption-attachment-3839\" style=\"width: 608px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3839 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/1.5.jpg?resize=608%2C267&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"608\" height=\"267\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/1.5.jpg?w=608&amp;ssl=1 608w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/1.5.jpg?resize=450%2C198&amp;ssl=1 450w\" sizes=\"auto, (max-width: 608px) 100vw, 608px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3839\" class=\"wp-caption-text\">Arm\u00e9e rifaine<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Les cons\u00e9quences de la d\u00e9route espagnole<\/strong><\/p>\n<p>Une grande partie des troupes survivantes ont trouv\u00e9 refuge dans la garnison de Mount Arroui. Ils ont r\u00e9ussi \u00e0 r\u00e9sister pendant une quinzaine de jours, mais les provisions \u00e9taient trop rares et l&rsquo;eau trop peu abondante. Finalement, les Espagnols se rendent, mais les assi\u00e9geants ne voyant pas les conditions de reddition satisfaites et cette action tourne au massacre aux poignards.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, Melilla, prot\u00e9g\u00e9e par des renforts venus de la p\u00e9ninsule, courait de grands risques. La Bataille d&rsquo;Anoual signifie la d\u00e9faite compl\u00e8te de la campagne africaine ce qui aboutit \u00e0 la cr\u00e9ation de la l\u00e9gion espagnole (<em>Tercio de Extranjeros<\/em>). Pour les forces rifaines, c&rsquo;est la victoire d&rsquo;Anoual.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la Bataille d&rsquo;Anoual et les confrontations suivantes, Ben Abdelkrim coince les troupes espagnoles, m\u00eame hors du Rif. Depuis Melilla, une contre-offensive espagnole intensive commence, ce qui leur permet de r\u00e9cup\u00e9rer certains des territoires perdus, comme Dar Driouch, Nador, Selouan et le mont Arroui. Ben Abdelkrim est proclam\u00e9, alors, \u00e9mir par les tribus amazighes, mais il n&rsquo;est pas reconnu par les cheikhs de la partie fran\u00e7aise du Maroc. Les attaques du Rif contre les garnisons et les colonies espagnoles se poursuivent tout au long de l&rsquo;ann\u00e9e 1924.<\/p>\n<p>La France sous le commandement de P\u00e9tain d\u00e9cide d&rsquo;intervenir et place des forces tout le long des fronti\u00e8res espagnoles. Elles sont attaqu\u00e9es par les forces du Rif et la bataille d&rsquo;Ouergha a lieu, ce qui permet aux Fran\u00e7ais d&rsquo;entrer en guerre. Ils attaquent les troupes du Rif par le sud en jonction avec les troupes espagnoles au nord avec une utilisation controvers\u00e9e d&rsquo;armes chimiques par ses derniers, produits et vendus par l\u2019Allemagne. Ben Abdelkrim assi\u00e9g\u00e9 de tout part se rend aux Fran\u00e7ais en 1926, mettant fin \u00e0 la Guerre du Rif. Il est d\u00e9port\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00eele de la R\u00e9union.<\/p>\n<p>La terrible d\u00e9faite subie par les Espagnols a motiv\u00e9 la cr\u00e9ation d&rsquo;un corps militaire plus organis\u00e9. La L\u00e9gion espagnole est cr\u00e9\u00e9e en \u00e9mulation de la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re fran\u00e7aise. Ses chefs sont Francisco Franco et Jose Mill\u00e1n-Astray. Son objectif est de ne jamais r\u00e9p\u00e9ter l&rsquo;exp\u00e9rience de la Guerre du Rif.<\/p>\n<p>Au sujet de la cinglante d\u00e9faite d\u2019Anoual, Fr\u00e9d\u00e9ric Lasserre et Catinca Adriana Stan \u00e9crivent\u00a0: [xxv]\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u201cLa bataille d\u2019Anoual a marqu\u00e9 une cinglante d\u00e9faite espagnole dans la guerre du Rif (1920-1926), l\u00e0 encore au Maroc, contre la r\u00e9publique berb\u00e8re du Rif. Suite \u00e0 la d\u00e9faite d\u2019Anoual, les Espagnols perdirent tous les territoires qu\u2019ils avaient difficilement conquis dans le nord marocain depuis 1909. Malgr\u00e9 le recours \u00e0 des armes chimiques, l\u2019arm\u00e9e espagnole ne parvint pas \u00e0 soumettre l\u2019adversaire, une r\u00e9alit\u00e9 politiquement d\u2019autant plus douloureuse que la campagne de conqu\u00eate marocaine d\u00e9but\u00e9e en 1909 avait comme objectif politique non avou\u00e9 de d\u00e9passer l\u2019humiliation de la d\u00e9faite lors de la guerre hispano-am\u00e9ricaine de 1898 qui avait abouti \u00e0 la perte du reste de l\u2019empire des Am\u00e9riques (Cuba, Porto Rico) et des Philippines (Mart\u00ednez Gallego et Laguna Platero, 2014). \u201c<\/em><\/p>\n<p><strong>L&rsquo;apr\u00e8s D\u00e9sastre d\u2019Anoual<\/strong><\/p>\n<p>La crise politique provoqu\u00e9e par ce d\u00e9sastre a conduit Indalecio Prieto \u00e0 d\u00e9clarer devant le Congr\u00e8s des d\u00e9put\u00e9s :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u00ab\u00a0Nous sommes \u00e0 la p\u00e9riode la plus aigu\u00eb de la d\u00e9cadence espagnole. La campagne d&rsquo;Afrique est un \u00e9chec total, absolu, sans exag\u00e9ration, de l&rsquo;arm\u00e9e espagnole.\u00a0\u00bb <\/em><\/p>\n<p>Le ministre de la Guerre ordonna la cr\u00e9ation d&rsquo;une commission d&rsquo;enqu\u00eate, dirig\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral Juan Picasso Gonz\u00e1lez, qui \u00e9labora le rapport connu sous le nom d&rsquo;<em>Expediente Picasso.<\/em> Le rapport d\u00e9taillait de nombreuses erreurs militaires, mais en raison de l&rsquo;obstruction de divers ministres et juges, il n&rsquo;allait pas jusqu&rsquo;\u00e0 attribuer la responsabilit\u00e9 politique de la d\u00e9faite.<\/p>\n<p>L&rsquo;opinion populaire rejeta largement la responsabilit\u00e9 du d\u00e9sastre sur le roi Alphonse XIII, qui, selon plusieurs sources, avait encourag\u00e9 la p\u00e9n\u00e9tration irresponsable de Silvestre dans des positions \u00e9loign\u00e9es de Melilla sans disposer de d\u00e9fenses ad\u00e9quates \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re. L&rsquo;apparente indiff\u00e9rence d&rsquo;Alphonse &#8211; en vacances dans le sud de la France, il aurait d\u00e9clar\u00e9 \u00ab\u00a0<em>La viande de poulet est bon march\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb lorsqu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 inform\u00e9 du d\u00e9sastre &#8211; [xxvi] a entra\u00een\u00e9 une r\u00e9action populaire contre la monarchie. Cette crise est l&rsquo;une des nombreuses qui, au cours de la d\u00e9cennie suivante, ont min\u00e9 la monarchie espagnole et conduit \u00e0 l&rsquo;av\u00e8nement de la Seconde R\u00e9publique espagnole.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le d\u00e9sastre militaire de l&rsquo;Anoual, o\u00f9 pr\u00e8s de 10.000 soldats ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s et plusieurs milliers ont \u00e9t\u00e9 faits prisonniers, le journaliste espagnol Luis de Oteyza a r\u00e9alis\u00e9 alors l&rsquo;une des grandes exclusivit\u00e9s dont on se souvient encore. Directeur du journal \u00ab\u00a0<em>La Libertad<\/em>\u00ab\u00a0, Oteyza r\u00e9ussit en ao\u00fbt 1922 \u00e0 atteindre le quartier g\u00e9n\u00e9ral du chef du Rif, Ben Abdelkrim, \u00e0 Ajdir, au nord du Maroc. Ben Abdelkrim accorde \u00e0 Oteysa une interview exclusive qui provoque un grand \u00e9moi en Espagne car le chef rebelle, qui vient de proclamer la R\u00e9publique du Rif, est consid\u00e9r\u00e9 en Espagne comme l&rsquo;ennemi public num\u00e9ro un.<\/p>\n<p>Cependant, Oteyza, qui s&rsquo;est rendu sur place avec deux photographes, est consid\u00e9r\u00e9 comme un pionnier du journalisme d&rsquo;investigation. Selon le reporter Eduardo del Campo : \u00ab\u00a0<em>Oteyza propose de r\u00e9aliser l&rsquo;une des grandes missions du journalisme : raconter ce qu&rsquo;il dit, comment il est, ce qu&rsquo;il fait, qui est cet homme que notre gouvernement et la plupart de notre soci\u00e9t\u00e9 consid\u00e8rent comme l&rsquo;incarnation du mal<\/em>\u00ab\u00a0. Exil\u00e9 apr\u00e8s la guerre civile espagnole, Oteyza est mort \u00e0 Caracas en 1961.<\/p>\n<figure id=\"attachment_3838\" aria-describedby=\"caption-attachment-3838\" style=\"width: 407px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3838 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/1.4.jpg?resize=407%2C339&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"407\" height=\"339\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/1.4.jpg?w=407&amp;ssl=1 407w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/1.4.jpg?resize=300%2C250&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 407px) 100vw, 407px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3838\" class=\"wp-caption-text\">Portrait du leader du Rif Ben Abdelkrim pendant son interview avec Luis de Oteyza, directeur du journal \u00ab\u00a0La Libertad\u00a0\u00bb<\/figcaption><\/figure>\n<p>L\u2019interview du leader nationaliste rifain Ben Abdelkrim, accord\u00e9e exclusivement au reporter espagnol Luis de Oteyza, qui a r\u00e9ussi \u00e0 entrer dans le campement du leader rifain avec les photographes Alfonso S\u00e1nchez Portela (Alfonsito) et Jos\u00e9 Mar\u00eda D\u00edaz Casariego (Pepe D\u00edaz), a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans les pages de couverture des journaux \u00ab\u00a0<em>La Voz<\/em>\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0<em>La Libertad<\/em>\u00a0\u00bb et les photographies dans les pages int\u00e9rieures de l&rsquo;hebdomadaire \u00ab\u00a0<em>Mundo Gr\u00e1fico<\/em>\u00ab\u00a0, du mois d&rsquo;ao\u00fbt 1922. L&rsquo;interview et les photographies ont \u00e9t\u00e9 un grand succ\u00e8s journalistique apr\u00e8s avoir vaincu la censure de l&rsquo;\u00e9poque. La biblioth\u00e8que de l&rsquo;EFE poss\u00e8de plusieurs des plaques de verre originales de l&rsquo;interview, ainsi que les plus grandes archives de D\u00edaz Casariego qui comprennent environ 3 000 plaques et n\u00e9gatifs de photographies.<\/p>\n<p>L&rsquo;arm\u00e9e du chef du Rif, Ben Abdelkrim al-Khattabi, a harcel\u00e9 chaque fois davantage les troupes espagnoles, m\u00eame en dehors du Rif, apr\u00e8s le d\u00e9sastre d\u2019Anoual de juillet 1921, et a m\u00eame assi\u00e9g\u00e9 Melilla, une des villes nord-africaines sous souverainet\u00e9 espagnole depuis avant le Protectorat. Cependant, avec la chute de la ville de Chefchaouen et le si\u00e8ge de T\u00e9touan, l&rsquo;arm\u00e9e espagnole entame une contre-offensive qui permet, \u00e0 partir de Melilla, de r\u00e9cup\u00e9rer une partie du terrain perdu. Plusieurs enclaves furent \u00e0 nouveau contr\u00f4l\u00e9es par l&rsquo;Espagne entre septembre 1921 et janvier 1922.<\/p>\n<p>La victoire militaire apr\u00e8s le d\u00e9barquement d&rsquo;Alhoceima, en septembre 1925, qui a consolid\u00e9 la pr\u00e9sence espagnole en Afrique du Nord, rev\u00eat une importance particuli\u00e8re. Cette op\u00e9ration conjointe de l&rsquo;arm\u00e9e et de la marine, avec le soutien de la France, est consid\u00e9r\u00e9e comme le premier d\u00e9barquement a\u00e9ronaval de l&rsquo;histoire. Elle a \u00e9t\u00e9 dirig\u00e9e par le capitaine g\u00e9n\u00e9ral Miguel Primo de Rivera et ex\u00e9cut\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral Jos\u00e9 Sanjurjo, et entre autres commandements, se trouvait alors le colonel Francisco Franco. La chute du Rif et la fin de l&rsquo;insurrection d&rsquo;Abdelkrim ont mis fin \u00e0 une guerre peu appr\u00e9ci\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 espagnole et ont favoris\u00e9 le d\u00e9but du photojournalisme espagnol.<\/p>\n<p>Francisco Franco, a dirig\u00e9 le coup d&rsquo;\u00c9tat de juillet 1936 contre le gouvernement de la IIe R\u00e9publique, qui a d\u00e9bouch\u00e9 sur une guerre civile. Avec le triomphe du soul\u00e8vement, il a impos\u00e9 une dictature qui a dur\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort en novembre 1975. N\u00e9 \u00e0 Ferrol (A Coru\u00f1a) en 1892, il embrasse la carri\u00e8re militaire. Il a \u00e9t\u00e9 affect\u00e9 au Maroc et a particip\u00e9 \u00e0 la guerre du Rif o\u00f9 il a atteint le grade de g\u00e9n\u00e9ral avec 33 ans seulement en raison de ses exploits de guerre. Il avait rapidement pris part \u00e0 des batailles, donnant des preuves de courage et de comp\u00e9tence militaire. Il se lie d&rsquo;amiti\u00e9 avec Jos\u00e9 Mill\u00e1n Astray, qui fonde la L\u00e9gion, le <em>Tercio<\/em> des \u00e9trangers, semblable \u00e0 la L\u00e9gion fran\u00e7aise et qui nomme Franco chef de son premier bataillon. En tant que force de frappe, la L\u00e9gion, avec Franco \u00e0 sa t\u00eate, a fait preuve de courage et de bellicisme dans l&rsquo;aide \u00e0 la ville de Melilla lors de la catastrophe d\u2019Anoual. Ce leadership lui permit d&rsquo;abord d&rsquo;\u00eatre promu et plus tard, lorsqu&rsquo;il prit le commandement du <em>Tercio<\/em>. Franco s&rsquo;est distingu\u00e9 dans d&rsquo;autres succ\u00e8s militaires, comme son travail dans le d\u00e9barquement d&rsquo;Alhoceima, ce qui a augment\u00e9 son prestige et lui a donn\u00e9 de nouvelles promotions jusqu&rsquo;\u00e0 devenir g\u00e9n\u00e9ral. En tant que repr\u00e9sentant principal de l&rsquo;arm\u00e9e dite africaniste, il dirigea plus tard la r\u00e9bellion contre la R\u00e9publique. [xxvii]\n<figure id=\"attachment_3837\" aria-describedby=\"caption-attachment-3837\" style=\"width: 407px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3837 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/1.3.jpg?resize=407%2C374&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"407\" height=\"374\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/1.3.jpg?w=407&amp;ssl=1 407w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/1.3.jpg?resize=272%2C250&amp;ssl=1 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 407px) 100vw, 407px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3837\" class=\"wp-caption-text\">Maroc espagnol (en rose)<\/figcaption><\/figure>\n<p>Suite \u00e0 la Bataille d&rsquo;Anoual, la catastrophe au cours de laquelle, pendant quelques semaines de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1921, des milliers de soldats espagnols ont \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9s ou captur\u00e9s par les rebelles marocains. Cette catastrophe a choqu\u00e9 le pays et a \u00e9t\u00e9, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, le dernier clou du cercueil du r\u00e9gime lib\u00e9ral malade. S&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une catastrophe annonc\u00e9e, elle aurait pu \u00eatre \u00e9vit\u00e9e. L&rsquo;insuffisance du budget allou\u00e9 \u00e0 cette campagne et le manque d&rsquo;investissement pour acheter la loyaut\u00e9 des indig\u00e8nes ont \u00e9t\u00e9 importants. Mais surtout, l&rsquo;incomp\u00e9tence militaire de g\u00e9n\u00e9raux aventureux comme Silvestre, le commandant en chef des troupes d&rsquo;Anoual, s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9e d\u00e9cisive. Pourtant, sur les cendres de l&rsquo;Anoual, une nouvelle arm\u00e9e coloniale commence \u00e0 se forger, dont la vengeance est le moteur fondamental.<\/p>\n<p>Au cours des six ann\u00e9es suivantes, alors que des gouvernements faibles et d\u00e9pourvus d&rsquo;une strat\u00e9gie claire pour le Maroc se succ\u00e8dent et que l&rsquo;ordre lib\u00e9ral finit par c\u00e9der la place \u00e0 une dictature dont le chef, le g\u00e9n\u00e9ral Miguel Primo de Rivera, est connu pour ses opinions d\u2019abandon de la colonie du nord marocain, l&rsquo;Arm\u00e9e d&rsquo;Afrique atteint sa maturit\u00e9. Leur sens de l&rsquo;\u00e9litisme et leur m\u00e9pris pour les gouvernements et les forces arm\u00e9es de la p\u00e9ninsule les ont amen\u00e9s \u00e0 se consid\u00e9rer comme l&rsquo;avant-garde d&rsquo;une nouvelle race de conqu\u00e9rants et de h\u00e9ros.<\/p>\n<p>Ainsi, le m\u00e9pris pour les gouvernements de toute tendance \u00e0 Madrid et la pratique de m\u00e9thodes horribles et brutales pour r\u00e9primer la dissidence parmi la population indig\u00e8ne ont \u00e9t\u00e9 les valeurs formatrices des <em>Africanistas.<\/em> Lorsqu&rsquo;en 1927, la campagne du Maroc s&rsquo;ach\u00e8ve avec succ\u00e8s, un corps violent mais tr\u00e8s efficace d&rsquo;officiers ambitieux de l&rsquo;arm\u00e9e atteint le sommet de sa gloire. Leur service actif \u00e9tant pratiquement termin\u00e9, leur mentalit\u00e9 ne pouvait qu&rsquo;entrer en conflit avec les classes dirigeantes de leur pays. Ceci est particuli\u00e8rement flagrant lorsqu&rsquo;une Deuxi\u00e8me R\u00e9publique r\u00e9formatrice et modernisatrice est proclam\u00e9e en 1931.<\/p>\n<p>Cependant, alors que le m\u00e9contentement social et les troubles politiques se poursuivent sans rel\u00e2che, les forces arm\u00e9es sont de plus en plus sollicit\u00e9es pour renflouer un r\u00e9gime discr\u00e9dit\u00e9. La spirale de la violence et de la r\u00e9pression s&rsquo;est effectivement termin\u00e9e par la prise du pouvoir par l&rsquo;arm\u00e9e en septembre 1923. Au Maroc, la Premi\u00e8re Guerre mondiale voit des agents secrets allemands chercher \u00e0 provoquer une insurrection contre l&rsquo;administration fran\u00e7aise. En fait, elle a \u00e9galement aliment\u00e9 l&rsquo;esprit de r\u00e9bellion de nombreux Marocains de la zone espagnole. L&rsquo;un d&rsquo;entre eux, Ben Abdelkrim, qui abandonne des ann\u00e9es la collaboration avec l&rsquo;Espagne pour prendre la t\u00eate des forces qui infligent \u00e0 l&rsquo;Arm\u00e9e espagnole d&rsquo;Afrique sa pire d\u00e9faite, le D\u00e9sastre d\u2019Anoual.<\/p>\n<p><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n<p>La guerre du Rif \u00e9tait un aper\u00e7u des guerres de d\u00e9colonisation qui ont caract\u00e9ris\u00e9 l&rsquo;apr\u00e8s Premi\u00e8re Guerre mondiale. Ce fut incontestablement la premi\u00e8re \u00e9tincelle de la guerre r\u00e9volutionnaire moderne. Apr\u00e8s la guerre, Ho Chi Minh qui avait suivi les \u00e9v\u00e9nements, a rendu hommage au dirigeant marocain, d\u00e9clarant : [xxviii]\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u201cla le\u00e7on de la Guerre du Rif est de montrer clairement la capacit\u00e9 d&rsquo;un petit peuple \u00e0 contenir et \u00e0 vaincre une arm\u00e9e moderne et organis\u00e9 quand il prend les armes pour d\u00e9fendre sa patrie. Les Rifains ont le m\u00e9rite de donner cette le\u00e7on au monde entier. \u00ab\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Dans son essai fondateur Sur la guerre de gu\u00e9rilla, Mao Zedong mentionne \u201c<em>la gu\u00e9rilla men\u00e9e par les marocains contre les fran\u00e7ais et les espagnols<\/em>\u201c pour illustrer sa th\u00e8se. [xxix] En m\u00ealant inextricablement propagande, action politique et gu\u00e9rilla pour obtenir l&rsquo;ind\u00e9pendance du Rif, Ben Abdelkrim a \u00e9t\u00e9 une source d&rsquo;inspiration pour Mao [xxx] et tous les r\u00e9volutionnaires du monde.<\/p>\n<p>Les vainqueurs sont cens\u00e9s \u00e9crire l&rsquo;Histoire, mais ils ont la m\u00e9moire courte. Paradoxalement, alors que les guerres perdues, comme l&rsquo;Indochine ou l&rsquo;Alg\u00e9rie, ont continu\u00e9 \u00e0 attirer l&rsquo;attention longtemps apr\u00e8s les d\u00e9faites, les Fran\u00e7ais victorieux ont oubli\u00e9 la Guerre du Rif d\u00e8s qu&rsquo;elle \u00e9tait termin\u00e9e. En \u00e9tudiant \u00e0 fond Ben Abdelkrim dans son succ\u00e8s initial et son \u00e9chec final, les th\u00e9oriciens r\u00e9volutionnaires ont appliqu\u00e9 avec succ\u00e8s les le\u00e7ons de la Guerre du Rif ; les contre-insurg\u00e9s n&rsquo;ont pas saisi la m\u00eame occasion.<\/p>\n<p>A juste titre Mathieu Marly se pose la question est ce que la Guerre du Rif \u00e9tait une guerre purement coloniale ou une guerre d\u2019ind\u00e9pendance\u00a0: [xxxi]\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u201cLa guerre du Rif s\u2019inscrit dans la longue dur\u00e9e des guerres coloniales au Maroc opposant, entre les ann\u00e9es 1900 et les ann\u00e9es 1930, les arm\u00e9es europ\u00e9ennes aux conf\u00e9d\u00e9rations tribales, chefs de guerre et pr\u00e9tendants au tr\u00f4ne du sultan. Elle s\u2019en distingue cependant par la nature du mouvement de r\u00e9sistance dirig\u00e9 par Mohammed ben Abdelkrim Al-Khattabi, lequel parvient \u00e0 r\u00e9unir les tribus rifaines sous la banni\u00e8re d\u2019un \u00c9tat levant l\u2019imp\u00f4t et imposant la conscription. Cette centralisation politique vise l\u2019efficacit\u00e9 du commandement arm\u00e9 mais elle permet \u00e9galement aux dirigeants rifains d\u2019appuyer la l\u00e9gitimit\u00e9 de leur combat sur le principe wilsonien de la souverainet\u00e9 des peuples et de d\u00e9fendre ainsi leur cause \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations. Mohammed ben Abdelkrim Al-Khattabi m\u00e8ne ce combat \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale, profitant du soutien anticolonial des partis communistes et se pr\u00e9sentant \u00e0 la presse anglophone sous les dehors d\u2019un chef d\u2019\u00c9tat modernisateur jusqu\u2019\u00e0 faire la une du Time Magazine le 17 ao\u00fbt 1925. L\u2019action de l\u2019\u00c9tat rifain qui revendique \u00e0 l\u2019occasion le titre de R\u00e9publique (dawlat al-jumh\u016briyya al-r\u012bfiyya) trouve un v\u00e9ritable \u00e9cho au Maghreb et au Moyen-Orient \u00e0 la suite d\u2019autres mouvements de r\u00e9sistance arm\u00e9e aux imp\u00e9rialismes europ\u00e9ens : de la r\u00e9volution k\u00e9maliste aux d\u00e9buts des ann\u00e9es 1920 \u00e0 la r\u00e9volte druze en Syrie en passant par les r\u00e9sistances \u00e0 l\u2019occupation italienne en Tripolitaine et Cyr\u00e9na\u00efque. Mais c\u2019est sans doute le caract\u00e8re r\u00e9volutionnaire du mouvement rifain, usant d\u2019une propagande nationale et religieuse pour mobiliser sa population et transformer la soci\u00e9t\u00e9 rifaine, qui a le plus marqu\u00e9 les futurs chefs militaires des luttes anti-imp\u00e9rialistes, d\u2019H\u00f4 Chi Minh \u00e0 Che Guevara. Pour la m\u00eame raison, la r\u00e9action des arm\u00e9es espagnoles et fran\u00e7aises vis-\u00e0-vis des populations rifaines, alliant contre-propagande et action psychologique, annonce par certains aspects la doctrine de la guerre r\u00e9volutionnaire adopt\u00e9e par l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise durant les guerres d\u2019ind\u00e9pendance d\u2019Indochine et d\u2019Alg\u00e9rie. \u201c<\/em><\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, les le\u00e7ons de la Guerre du Rif devraient \u00e9galement inspirer les dirigeants de la contre-insurrection contemporaine, notamment en ce qui concerne l&rsquo;application des principes de Lyautey et la conduite simultan\u00e9e d&rsquo;actions politiques et militaires. [xxxii] L&rsquo;exemple de la Guerre du Rif est aussi une incitation \u00e0 \u00e9viter la lecture na\u00efve et \u00ab \u00e9dulcor\u00e9e \u00bb des principes de Lyautey. L&rsquo;usage de la force faisait partie int\u00e9grante de sa m\u00e9thode coloniale qui visait \u00e0 gagner le respect et la confiance de la population plut\u00f4t que les c\u0153urs et les esprits. L&rsquo;\u00e9pisode embl\u00e9matique de la passation de commandement entre Lyautey et P\u00e9tain et le changement ult\u00e9rieur au niveau op\u00e9rationnel de la guerre fournit des informations utiles. La synth\u00e8se originale et inattendue des arts op\u00e9rationnels de type colonial et de la Premi\u00e8re Guerre mondiale mis en \u0153uvre par l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise prouve que les synergies entre actions cin\u00e9tiques et non cin\u00e9tiques sont non seulement possibles mais aussi \u00e0 succ\u00e8s.<\/p>\n<figure id=\"attachment_3836\" aria-describedby=\"caption-attachment-3836\" style=\"width: 407px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3836 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/1.2.jpg?resize=407%2C503&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"407\" height=\"503\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/1.2.jpg?w=407&amp;ssl=1 407w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/1.2.jpg?resize=202%2C250&amp;ssl=1 202w\" sizes=\"auto, (max-width: 407px) 100vw, 407px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3836\" class=\"wp-caption-text\">Manuel Fern\u00e1ndez Silvestre<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Bibliographie\u00a0:<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><em>Abd el-Krim et la r\u00e9publique du Rif<\/em>, actes du colloque international d\u2019\u00e9tudes historiques et sociologiques, 18-20 janvier 1973. Paris\u00a0: Fran\u00e7ois Maspero, 1976.<\/li>\n<li>Armengaud, Paul. <em>Quelques enseignements des campagnes du Rif en mati\u00e8re d&rsquo;aviation<\/em>. Paris : Berger Levrault, 1928.<\/li>\n<li>Alvarez, Jose E. <em>The betrothed of death : the Spanish Foreign Legion during the Rif rebellion 1920-1927<\/em>. Westport, CT\u00a0: Greenwood Press, 2001.<\/li>\n<li>Ayache, Germain. <em>La guerre du Rif<\/em>. Paris : l&rsquo;Harmattan, 1996.<\/li>\n<li>\u00a0Balfour, Sebastian. <em>Deadly Embrace: Morocco and the Road to the Spanish Civil War<\/em>, Oxford et New York, Oxford University Press, 2002.<\/li>\n<li>Barnett, Singer &amp; John Langdon. <em>Makers and defenders of the French Colonial Empire<\/em>. Madison\u00a0: The University of Wisconsin Press, 2004.<\/li>\n<li>Boisboissel (de- lieutenant-colonel). \u00ab\u00a0les op\u00e9rations au Maroc en 1925, \u00a0\u00bb <em>Revue Militaire Fran\u00e7aise<\/em>, Mai 1930.<\/li>\n<li>Chailland, G\u00e9rard. <em>Le nouvel art de la guerre<\/em>. Paris : L&rsquo;Archipel, 2008.<\/li>\n<li>Clayton, Anthony. <em>Three Marshals of France, Leadership after Trauma<\/em>. London : Brassey&rsquo;s, 1992.<\/li>\n<li>Courcelle-Labrousse, Vincent &amp; Marmie Nicolas. <em>La guerre du Rif<\/em>. Paris : Points Histoire, 2009.<\/li>\n<li>Daoud, Zakia. <em>Abdelkrim.<\/em> <em>Une \u00e9pop\u00e9e de sang et d&rsquo;or<\/em>. Paris : S\u00e9guier, 1999.<\/li>\n<li>Durosoy, Maurice. <em>Avec Lyautey, homme de guerre, homme de paix<\/em>. Paris, Nouvelles Editions Latines, 1976.<\/li>\n<li>Gershovich, Moshe. <em>French military rule in Morocco<\/em>. London : Franck Cass, 2000.<\/li>\n<li>Harris, Walter, France, Spain and the Rif. London : Edward Arnold &amp; CO., 1927.<\/li>\n<li>Hoisington,\u00a0William.\u00a0<em>Lyautey and the French Conquest of Morocco<\/em>. New York\u00a0: St Martin\u2019s Press, 1995.<\/li>\n<li>Juin, Alphonse (Marechal). <em>Je suis soldat<\/em>. Paris, Editions du Conquistador, 1960.<\/li>\n<li>Laure, Auguste. <em>La victoire franco-espagnole dans le Rif<\/em>. Paris\u00a0: Plon, 1927.<\/li>\n<li>Loustaunau-Lacau (capitaine) et Montjean (capitaine), \u00ab\u00a0Au Maroc Fran\u00e7ais en 1925, le r\u00e9tablissement de la situation militaire\u00a0\u00bb, <em>Revue Militaire Fran\u00e7aise<\/em>, d\u00e9cembre 1927, janvier-f\u00e9vrier-mars 1928.<\/li>\n<li>Lyautey, Hubert. <em>Lyautey !&rsquo;Africain<\/em>. Textes et Lettres pr\u00e9sent\u00e9es par Pierre Lyautey. Paris : Plon, 1957.<\/li>\n<li>Madariaga, Mar\u00eda Rosa de. <em>Abd el-Krim El Jatabi. La lucha por la independencia.<\/em> Madrid\u00a0: Alianza Editorial, 2009.<\/li>\n<li>Pennell, C. R. <em>A Country with a Government and a Flag. The Rif War in Morocco, 1921-1926<\/em>. Outwell\/Wisbech, Middle East and North African Studies Press Ltd., 1986<\/li>\n<li>Rapport du colonel Chanson, Officier en commande de la Force Korrigan. \u00ab\u00a0Tactiques de contre insurrection en Kapissa. La population au centre des pr\u00e9occupations, la raison plut\u00f4t que le coeur. \u00a0\u00bb ao\u00fbt 2009. <a href=\"http:\/\/www.lepoint2.com\/sons\/pdf!rapportchanson.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.lepoint2.com\/sons\/pdf!rapportchanson.pdf<\/a><\/li>\n<li>Tse Tung, Mao. <em>On guerrilla warfare<\/em>.\u00a0 Translated by BG Samuel B. Griffith. New York, NY : Praeger publishers, 1961<\/li>\n<li>Usbome, C.V. <em>The conquest of Morocco<\/em>. London : Stanley Paul &amp; Co. Ltd., 1936<\/li>\n<li>Weir, William. <em>Guerrilla warfare : irregular warfare in the twentieth century<\/em>. Mechanicsburg, PA : Stackpole Books, 2008.<\/li>\n<li>Woolman, David. <em>Rebels in the Rif, Abd el-Krim and the Rif Rebellion<\/em>. Stanford\u00a0: Stanford University Press, 1968.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Notes de fin de texte\u00a0:<\/strong><\/p>\n[i] Zine, Ghita. \u201c Au regard du processus de r\u00e9conciliation, \u00abla bataille d\u2019Anoual n\u2019est pas encore termin\u00e9e, \u201c<em>Yabiladi <\/em>du 17 juillet 2021. <a href=\"https:\/\/www.yabiladi.com\/articles\/details\/112507\/regard-processus-reconciliation-bataille-d-anoual.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.yabiladi.com\/articles\/details\/112507\/regard-processus-reconciliation-bataille-d-anoual.html<\/a><\/p>\n[ii] Aziza, Mimoun. \u201cLe protectorat espagnol au Maroc entre \u00ab\u00a0fraternalisme\u00a0\u00bb et colonialisme, \u201c<em>Wikiwix archive <\/em>du 21\/6\/2021. <a href=\"http:\/\/archive.wikiwix.com\/cache\/index2.php?url=http%3A%2F%2Fsebtamlilya.org%2Faziza1.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/archive.wikiwix.com\/cache\/index2.php?url=http%3A%2F%2Fsebtamlilya.org%2Faziza1.html<\/a><\/p>\n[iii] Alarc\u00f3n, Julio Mart\u00edn. \u201cExpediente Picasso : la verg\u00fcenza del ej\u00e9rcito que arrincon\u00f3 a Alfonso XIII, \u201c<em>El Mundo <\/em>du 28 avril 2016. <a href=\"https:\/\/www.elmundo.es\/la-aventura-de-la-historia\/2016\/04\/22\/571a2b10e5fdeaf16f8b4591.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.elmundo.es\/la-aventura-de-la-historia\/2016\/04\/22\/571a2b10e5fdeaf16f8b4591.html<\/a><\/p>\n[iv] Ibid.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u201cYo acuso de negligencia al general Berenguer, de temerario al general Silvestre y de incompetencia al general Felipe Navarro por sus responsabilidades en las funciones, respectivamente, de Alto comisario de de Espa\u00f1a en Marruecos, comandante general de Melilla y segundo jefe de Melilla, durante una serie de acciones militares en el Rif previas y durante el abandono de la posici\u00f3n de Annual y la posterior y penosa retirada y rendici\u00f3n del fuerte de\u00a0<strong>Monte Arruit<\/strong>, entre finales de julio y pricipios de agosto de 1921, en el que murieron alrededor de 12.000 hombres.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>No se conserva completo el expediente de investigaci\u00f3n sobre los\u00a0<\/em><a href=\"https:\/\/www.elmundo.es\/la-aventura-de-la-historia\/2014\/07\/22\/53ce4ec0e2704e2e058b457e.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">hechos de Annual<\/a><em>\u00a0llevado a cabo por el general\u00a0<strong>Juan Picasso<\/strong>, pero s\u00ed la acusaci\u00f3n del fiscal militar Jos\u00e9 Garc\u00eda Moreno basado en \u00e9l. El p\u00e1rrafo resume la conclusi\u00f3n m\u00e1s esencial: el\u00a0<strong>desastre de Annual<\/strong>\u00a0se debi\u00f3 a la negligencia e irresponsabilidad del alto mando. \u201c<\/em><\/p>\n[v] Ayache, Germain. <em>Les origines de la Guerre du Rif<\/em>. Paris : Editions de la Sorbonne, &amp; Rabat : SMER, 1981.<\/p>\n[vi] Chtatou, Mohamed. \u201c La notion d&rsquo;appartenance au groupe chez les Rifains, \u201c<em>Awal, <\/em>num\u00e9ro 15, 2001.<\/p>\n[vii] Stora, Benjamin, et Akram\u00a0Ellyas. \u201cAbdelkrim. (Mohamed Ben Abdelkrim Khattabi) (Maroc, 1882-1963, figure historique), \u201c <em>Les 100 portes du Maghreb.\u00a0L&rsquo;Alg\u00e9rie, le Maroc, la Tunisie, trois voies singuli\u00e8res pour allier islam et modernit\u00e9<\/em>, sous la direction de\u00a0Stora\u00a0Benjamin,\u00a0Ellyas\u00a0Akram. Ivry-Sur-Seine, France\u00a0: \u00c9ditions de l&rsquo;Atelier (programme ReLIRE), 1999, pp. 49-50.<\/p>\n[viii] Benchabane, Mehdi. <em>Abdelkrim Al Khattabi (1882-1963) et la Guerre du Rif<\/em>. Paris\u00a0: Albouraq, 2016.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u201cC\u00e9l\u00e8bre pour sa lutte durant la Guerre du Rif (1921-1926), Abdelkrim Al Khattabi est l&rsquo;une des plus grandes figures de la r\u00e9sistance maghr\u00e9bine et musulmane \u00e0 la colonisation europ\u00e9enne. \u00c0 la t\u00eate de plusieurs dizaines de milliers d&rsquo;hommes, l&rsquo;\u00e9mir rifain a construit un \u00c9tat et une arm\u00e9e moderne qui fit face \u00e0 la France et \u00e0 l&rsquo;Espagne r\u00e9unies. Fin lettr\u00e9, fid\u00e8le \u00e0 une \u00e9thique islamique et homme de dialogue, il consacra toute sa vie \u00e0 la lib\u00e9ration du Maghreb dans le combat ou dans l&rsquo;exil. Inspirateur des leaders de la d\u00e9colonisation, Abdelkrim fut un mod\u00e8le mondial de r\u00e9sistance et son \u0153uvre suscita de nombreux d\u00e9bats jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours. \u201c<\/em><\/p>\n[ix] Chtatou, M. 1996. \u201cAspectos de la organizacion politica en el Rif durante el reinado de Ben Abdel-Krim El-Khattabi. \u201cIn <em>Fundamentos de Antropologia<\/em>, n\u00b0 4 y 5, 1996, pp.61-70.<\/p>\n[x] Pennell, C. R.\u00a0<em>A country with a government and a flag : the Rif War in Morocco, 1921\u20131926<\/em>. Outwell, Wisbech, Cambridgeshire, England: Middle East &amp; North African Studies Press Ltd, 1986; (University of Melbourne &#8211; University Library Digital Repository)<\/p>\n[xi] Courcelle-Labrousse, Vincent &amp; Nicolas Marmi\u00e9.\u00a0<em>La guerre du Rif, Maroc, 1921-1926<\/em>. Paris\u00a0:<\/p>\n<p>Tallandier, 2008.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u201cTrop souvent n\u00e9glig\u00e9e par l\u2019historiographie contemporaine, l\u2019histoire de la guerre dite du Rif suscite ces toutes derni\u00e8res ann\u00e9es un regain d\u2019int\u00e9r\u00eat. \u00ab Coinc\u00e9e \u00bb entre les deux guerres mondiales et victime pendant longtemps de son statut de \u00ab petite guerre \u00bb, le conflit du Rif r\u00e9v\u00e8le pourtant une facette nouvelle de l\u2019histoire militaire, diplomatique et coloniale non seulement de la France, mais d\u2019une mani\u00e8re plus large de l\u2019Europe. Cet ouvrage s\u2019inscrit dans la red\u00e9couverte d\u2019un conflit qui marque \u00e0 la fois l\u2019un des derniers \u00e9pisodes europ\u00e9ens de pacification coloniale mais \u00e9galement l\u2019une des premi\u00e8res secousses devant amener \u00e0 un d\u00e9but de prise de conscience de la part des populations autochtones. Construit selon un plan chronologique qui s\u2019impose, l\u2019ouvrage de Vincent Courcelle-Labrousse et Nicolas Marmi\u00e9 d\u00e9bute par l\u2019\u00e9vocation de l\u2019installation des administrations fran\u00e7aises et espagnoles au Maroc pour s\u2019int\u00e9resser ensuite \u00e0 la difficile conqu\u00eate du Rif par les Espagnols est leur quasi retrait de la zone en 1924. La majeure partie du livre concerne ensuite directement les op\u00e9rations militaires fran\u00e7aises et les tractations politico-militaires autour des op\u00e9rations dans le Rif. Si les auteurs ont entrepris de brosser au mieux les \u00ab affaires \u00bb rifaines et leurs multiples ramifications, on peut toutefois regretter la place peu importante laiss\u00e9e \u00e0 l\u2019action d\u00e9terminante de l\u2019aviation fran\u00e7aise et notamment \u00e0 celle de son chef le colonel Armengaud. Loin de se cantonner aux r\u00f4les traditionnels de l\u2019aviation, telle que d\u00e9finie \u00e0 la sortie de la Grande Guerre, l\u2019intervention des Breguet XIV et des Farman Goliath permet, pour la premi\u00e8re fois, \u00e0 une arm\u00e9e terrestre d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la d\u00e9faite strat\u00e9gique et \u00e0 ses lourdes cons\u00e9quences politiques. Mais surtout, l\u2019ouvrage manque cruellement d\u2019un appareil critique et d\u2019un \u00e9tat des sources et ressemble, par plusieurs c\u00f4t\u00e9s \u00e0 une chronique des op\u00e9rations militaires et diplomatiques plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 un travail de fond. Les auteurs, respectivement avocat et journaliste, en voulant faire preuve de p\u00e9dagogie ont d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment sacrifi\u00e9 \u00e0 la clart\u00e9 de leur propos. Cependant, cet ouvrage synth\u00e9tique a le m\u00e9rite de proposer enfin une histoire accessible \u00e0 un large public du conflit rifain et ce n\u2019est pas son moindre m\u00e9rite. \u201c <\/em>(Gilles\u00a0Krugler, \u00ab\u00a0Vincent Courcelle-Labrousse, Nicolas Marmi\u00e9,\u00a0<em>La guerre du Rif, Maroc, 1921-1926<\/em>\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Revue historique des arm\u00e9es<\/em>\u00a0[Online], 255\u00a0|\u00a02009, Online since 17 June 2009, connection on 21 July 2021. URL\u00a0: <a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/rha\/6776\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/journals.openedition.org\/rha\/6776<\/a>).<\/p>\n[xii] Ducoulombier, Romain. \u201c Une guerre coloniale oubli\u00e9e : le Rif, 1921-1926, \u201c<em>La Vie des Id\u00e9es <\/em>du 8 octobre 2008<em>. <\/em><a href=\"https:\/\/laviedesidees.fr\/IMG\/pdf\/20081008_rif.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/laviedesidees.fr\/IMG\/pdf\/20081008_rif.pdf<\/a><\/p>\n[xiii] William\u00a0Dean, \u00ab\u00a0Des Am\u00e9ricains dans la guerre du Rif\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Revue historique des arm\u00e9es<\/em>\u00a0[Online], 246\u00a0|\u00a02007, Online since 29 August 2008, connection on 21 July 2021. URL\u00a0: <a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/rha\/2393\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/journals.openedition.org\/rha\/2393<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u201cLes Am\u00e9ricains dans la guerre du Rif\u201c (Americans in the Rif Rebellion). Ce document examine le r\u00f4le des Am\u00e9ricains dans la guerre du Rif en tant qu&rsquo;observateurs et op\u00e9rateurs. Le capitaine Charles Willoughby des services de renseignement de l&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine a \u00e9tudi\u00e9 la guerre \u00e0 titre officiel et a tent\u00e9 d&rsquo;analyser le conflit pour en tirer des le\u00e7ons. Les aviateurs mercenaires am\u00e9ricains ont servi au Maroc contrairement aux souhaits du D\u00e9partement d&rsquo;\u00c9tat am\u00e9ricain. Au cours de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1925, le gouvernement fran\u00e7ais a fait appel aux aviateurs am\u00e9ricains en raison d&rsquo;une p\u00e9nurie de personnel dans l&rsquo;aviation militaire fran\u00e7aise et dans l&rsquo;espoir d&rsquo;am\u00e9liorer les relations franco-am\u00e9ricaines. Bien que les aviateurs am\u00e9ricains aient obtenu de bons r\u00e9sultats au Maroc, les Am\u00e9ricains, tant au niveau officiel que populaire, \u00e9taient oppos\u00e9s \u00e0 la pr\u00e9sence de mercenaires am\u00e9ricains au Maroc. Une grande vari\u00e9t\u00e9 de forces, allant de l&rsquo;am\u00e9lioration de la situation strat\u00e9gique au Maroc \u00e0 la mauvaise r\u00e9action de l&rsquo;opinion publique am\u00e9ricaine, militait contre la poursuite de l&rsquo;existence de l&rsquo;Escadrille Ch\u00e9rifienne. Les militaires fran\u00e7ais ont tir\u00e9 peu d&rsquo;enseignements pratiques de cette campagne et les relations franco-am\u00e9ricaines n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 gravement affect\u00e9es. On pourrait dire que la vari\u00e9t\u00e9 des r\u00e9actions contradictoires de cette campagne illustre un \u00e9ventail de points de vue sur la guerre coloniale. \u201c<\/p>\n[xiv] Pennell, C. R.\u00a0<em>A country with a government and a flag : the Rif War in Morocco, 1921\u20131926<\/em>. Op. cit., p. 132.<\/p>\n[xv] <em>Papeles de la Guerra de Marruecos. Diario de una bandera.<\/em> Madrid, 1986 (1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9dition, 1922), pp. 85\u20136.<\/p>\n[xvi] Cit\u00e9 dans Cabanellas. <em>La guerra de los Mil D\u00edas<\/em>, vol. 1, 118, n. 36.<\/p>\n[xvii] Preston, Paul. <em>Franco : A Biography<\/em>. London\u00a0: Harper Collin Publishers, 1993, p. 45.<\/p>\n[xviii] SHM R573, legajo 403, carpeta 8.<\/p>\n[xix] Rapport du Consul-G\u00e9n\u00e9ral anglais \u00e0 Tanger, 27.7.24, PRO FO 636\/6.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u201cThe army of occupation, judged even by Latin standards, more nearly resembles a Greek debating society in its passion for politics than a fighting instrument ; internal criticism is freely indulged in and its energies are dissipated in advocating this policy and condemning that . . . [Primo de Rivera] cannot have failed to observe the distinctly anti-Directory atmosphere. In the military casino officers have been heard even to inveigh against the King. \u201c<\/em><\/p>\n[xx] Sasse, Dirk.\u00a0<em>Franzosen, Briten und Deutsche im Rifkrieg 1921\u20131926<\/em>. Oldenbourg\u00a0: Wissenschaftsverlag, 2006, p. 40.<\/p>\n[xxi] Mayordomo, Joaquin. \u201c Annual: horror, masacre y olvido, \u201c<em>El Pais<\/em> du 24 mars 2016. <a href=\"https:\/\/elpais.com\/cultura\/2016\/03\/21\/actualidad\/1458581201_182703.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/elpais.com\/cultura\/2016\/03\/21\/actualidad\/1458581201_182703.html<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u201cDesde lo alto del desfiladero de Izzumar, los cerros de Annual, Igueriben o Abarr\u00e1n son luminarias que recuerdan la muerte. En este escenario perdieron la vida en dos d\u00edas, masacrados, 4.000 espa\u00f1oles, sin saber por qu\u00e9. Todo lo que se alcanza a ver hasta m\u00e1s all\u00e1 del horizonte es campo yermo, reseco y desnudo de vegetaci\u00f3n. El Rif es pobre, muy pobre; pero la locura del rey Alfonso XIII, militares y Gobierno de entonces quiso, a principios del siglo pasado, convertir a esta regi\u00f3n en la recreaci\u00f3n del viejo Imperio; aquel en el que \u00ab\u00a0no se pon\u00eda nunca el sol\u00a0\u00bb. Al final, Espa\u00f1a llam\u00f3 a esta conquista Protectorado de Marruecos. Un eufemismo que oculta varias guerras, un holocausto, traiciones y uno de los episodios m\u00e1s tristes de la pr\u00e1ctica militar: el Desastre de Annual. Un desastre que Espa\u00f1a entierra en el olvido desde hace 94 a\u00f1os bajo el m\u00e1s abominable y ominoso de los silencios. \u201c<\/em><\/p>\n[xxii] Pando, Juan.\u00a0<em>Historia Secreta del Annual<\/em>. Madrid : Ediciones Temas de Hoy, 1999. pp. 335\u201336.<\/p>\n[xxiii] Mayordomo, Joaquin. \u201c Annual: horror, masacre y olvido. \u201cOp. cit.<\/p>\n[xxiv] Pennell, Richard. A Critical Investigation of the Opposition of the Rifi Confederation Led by Muhammad Bin \u2018Abd Al-Karim Al-Khattabi to Spanish Colonial Expansion in Northern Morocco 1920-1925, and its Political and Social Background. PhD Thesis, Department of Semitic Studies, University of Leeds, 1979, p. 361.<\/p>\n[xxv]\u00a0 \u00a0Lasserre, Fr\u00e9d\u00e9ric\u00a0&amp; Catinca\u00a0Adriana\u00a0Stan. \u201cGuerres coloniales et comm\u00e9moration : le cas des d\u00e9faites occidentales. Enjeux de pouvoir sur des lieux de m\u00e9moire, \u201c <em>L\u2019Espace Politique<\/em>\u00a0[Online], 36\u00a0|\u00a02018-3, Online since 01 June 2019, connection on 19 July 2021. URL\u00a0: http:\/\/journals.openedition.org\/espacepolitique\/5591\u00a0; DOI\u00a0: <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/espacepolitique.5591\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/espacepolitique.5591<\/a><\/p>\n[xxvi] Woolman, David S. <em>Rebels in the Rif \u2013 Abd El Krim and the Rif Rebellion<\/em>. Redwood City, California\u00a0: Stanford University Press, 1968, p. 102.<\/p>\n[xxvii] Balfour, Sebastien. <em>Deadly Embrace: Morocco and the Road to the Spanish Civil War<\/em>. Oxford\u00a0: Oxford University Press, 2002.<\/p>\n[xxviii] Ho Chi Minh, cit\u00e9 par : Zakia Daoud. <em>Abdelkrim, une \u00e9pop\u00e9e de sang et d&rsquo;or<\/em>. Paris, S\u00e9guier, 1999.<\/p>\n[xxix] Mao Tse Tung. <em>On guerrilla warfare<\/em>. Traduit par BG Samuel B. Griffith. New York\u00a0: Praeger publishers, 1961, p. 49.<\/p>\n[xxx] \u00ab\u00a0Abdelkrim, \u00ab\u00a0pr\u00e9curseur de la gu\u00e9rilla moderne\u00a0\u00bb\u201c, <a href=\"http:\/\/www.casafree.com\/modules\/news\/article.php?storyid=3461\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.casafree.com\/modules\/news\/article.php?storyid=3461<\/a><\/p>\n[xxxi] Marly, Mathieu. \u201c La guerre du Rif (1921-1926), une guerre coloniale ?\u201c<em>EHNE <\/em><a href=\"https:\/\/ehne.fr\/fr\/node\/21489\/printable\/pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/ehne.fr\/fr\/node\/21489\/printable\/pdf<\/a><\/p>\n[xxxii] Maddy-Weitzman, Bruce. \u201cAbdelkrim : Whose Hero is He ?\u00a0 The Politics of Contested Memory in Today&rsquo;s Morocco, \u201c<em>The Brown Journal of World Affairs<\/em>, Vol. 18, No. 2, Spring \/ Summer 2012, pp. 141-149<\/p>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-3835 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/1.1.jpg?resize=595%2C540&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"595\" height=\"540\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/1.1.jpg?w=595&amp;ssl=1 595w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/1.1.jpg?resize=275%2C250&amp;ssl=1 275w\" sizes=\"auto, (max-width: 595px) 100vw, 595px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Six d\u00e9faites occidentales dans le cadre de guerres de conqu\u00eate coloniales<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Guerre du Rif n&rsquo;\u00e9tait ni une \u00ab petite guerre \u00bb parmi d&rsquo;autres, ni une bataille de type Premi\u00e8re Guerre mondiale ; c&rsquo;\u00e9tait un des premiers exemples de guerre irr\u00e9guli\u00e8re et asym\u00e9trique moderne. L&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise a d\u00fb synth\u00e9tiser sa guerre coloniale et son art op\u00e9rationnel scientifique pour vaincre les Rifains. 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