{"id":399,"date":"2015-05-13T20:54:14","date_gmt":"2015-05-13T20:54:14","guid":{"rendered":"http:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=399"},"modified":"2016-02-07T21:04:47","modified_gmt":"2016-02-07T21:04:47","slug":"traditions-amazighes-en-deperdition","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/traditions-amazighes-en-deperdition\/","title":{"rendered":"Traditions amazighes en d\u00e9perdition"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_400\" aria-describedby=\"caption-attachment-400\" style=\"width: 246px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-400\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/dra-246x250.jpg?resize=246%2C250\" alt=\"Par: Azergui Mohamed - Professeure universitaire retrait\u00e9\" width=\"246\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/dra.jpg?resize=246%2C250&amp;ssl=1 246w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/dra.jpg?w=268&amp;ssl=1 268w\" sizes=\"auto, (max-width: 246px) 100vw, 246px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-400\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Par: Azergui Mohamed<\/strong><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>F\u00eates du nouvel an amazigh <\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La tradition de f\u00eater le nouvel amazigh est antique en Afrique du Nord, mais tend \u00e0 se perdre Au Maroc elle se maintient dans l\u2019intimit\u00e9 et la discr\u00e9tion dans les monts et vall\u00e9es de l\u2019Atlas.En villes, les amazighs perdent cette tradition ou la pr\u00e9servent dans la retenue et la discr\u00e9tion. Par contre le nouvel an officiel est f\u00eat\u00e9 dans l\u2019all\u00e9gresse, griserie et en plus d\u00e9clar\u00e9 jour f\u00e9ri\u00e9. (Calendrier solaire, stable, utile, universel associ\u00e9 \u00e0 la date de naissance suppos\u00e9e du Christ). De m\u00eame le nouvel an h\u00e9girien est encens\u00e9 et sacr\u00e9 au pays, avec en prime un jour de cong\u00e9. (Calendrier lunaire, instable, religieux, associ\u00e9 \u00e0 l\u2019exode de Mahomet et ses Amis en M\u00e9dine). Pour les barbus et voil\u00e9es f\u00eater le nouvel an chr\u00e9tien est une h\u00e9r\u00e9sie et ali\u00e9nation \u00e0 l\u2019Occident. Pour eux la tradition de f\u00eater le nouvel amazigh est un reste de paganisme abject \u00e0 combattre. Ils veulent la d\u00e9raciner et nous savons que ces fanatiques born\u00e9s ne plaisantent pas du tout. Le Makhzen \u00e0 d\u00e9faut de l\u2019interdire laisse faire car elle ne d\u00e9range pas ses options arabistes. La tradition de f\u00eater le nouvel amazigh va se perdre, banalis\u00e9e, folkloris\u00e9e et non officialis\u00e9e. Pourtant le nouvel an amazigh fait partie de notre patrimoine culturel plusieurs fois mill\u00e9naire. C\u2019est un attachement, une communion d\u2019\u00e2me avec la nature m\u00e8re et la terre matrice de la vie. Les amazighs ont associ\u00e9 unanimement le point z\u00e9ro de leur calendrier \u00e0 leur longue Histoire. En effet il y a 3000 ans un roi amazigh (Sheshonq I) fonda la XXII dynastie de pharaons. Ses descendants avaient gouvern\u00e9 l\u2019Egypte, grande puissance de l\u2019\u00e9poque, ce durant deux si\u00e8cles. Sheshong fut un grand Aglid. Il est m\u00eame mentionn\u00e9 dans la Bible Livre sacr\u00e9 de l\u2019Humanit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les f\u00eates du nouvel an amazigh ont lieu tous les ans \u00e0 date fixe \u00e0 la mi-janvier, d\u00e9but de l\u2019hiver. Les anciens du village de mon enfance n\u2019avaient ni montre, ni horloge, ni calendrier. Pourtant, ils nous indiquaient le jour du nouvel an et ils en parlaient avec l\u2019exactitude des astronomes. Ils nous annon\u00e7aient de longues nuits, noires, froides sans connaitre le solstice des g\u00e9ographes. Enfant dans les ann\u00e9es 40\/50 \u00e0 Tanalt dans l\u2019Atlas, je me souviens de ces f\u00eates de nouvel an. Le jour du march\u00e9, le crieur de la tribu annon\u00e7ait le grand jour, et nous incitait \u00e0 le bien f\u00eater. Pour nous le temps \u00e9tait non lin\u00e9aire mais cyclique rythm\u00e9 par le soleil, saisons, l\u2019agriculture. Pour moi cela signifiait un repas bien chaud dans la chaleur de l\u2019intimit\u00e9 familiale de nuit. Les familles du m\u00eame clan organisaient un d\u00eener sp\u00e9cifique collectif \u00e0 la veille du nouvel an. Le repas principal en est TAGGOULA. C\u2019est une bouillie \u00e0 base de farine de ma\u00efs et d\u2019orge. On y ajoutait un \u00e9l\u00e9ment de ce que notre terre avait produit au long de l\u2019ann\u00e9e qui se terminait (grains d\u2019orge, de ma\u00efs, lentilles, petits pois, p\u00e9pins divers, amande, l\u00e9gumes et fruits secs). Tout ceci mijote dans une grande marmite d\u2019argile. Nos m\u00e8res ajoutaient un noyau de datte. Le repas \u00e9tait servi \u00e0 chaud dans un grand plat de bois avec au milieu un petit bol d\u2019argane. Celle ou celui qui le trouvait le noyau \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 le chanceux de la nouvelle ann\u00e9e. C\u2019\u00e9tait souvent ma s\u0153ur, nous la taquinions, nous lui pr\u00e9voyions son mariage proche avec tel cousin. Moi j\u2019attendais des babouches pour mes pauvres pieds toujours nus, mieux un burnous chaud en laine et poils de ch\u00e8vres. Nous gardions une boule de la bouillie, elle \u00e9tait d\u00e9pos\u00e9e dehors de chaque foyer pour toute la nuit. Si (fait rare) un poil s\u2019y d\u00e9posait alors la chance allait visiter le domicile et aussi tout le village. Les gens en plaisantaient, mais ils y croyaient fort, ils se souhaitaient une ann\u00e9e sans al\u00e9as de climat, sans sauterelles et avec de bonnes r\u00e9coltes, La chance, le destin, et l\u2019\u00e9quit\u00e9 feront ils en sorte que le jour du nouvel amazigh soit officiel? C\u2019est l\u00e0 une tradition venue du fond de notre. Histoire comme bien d\u2019autres us en d\u00e9perdition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>TIWIZI<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tiwizi vient du verbe IWISS qui signifie s\u2019aider. Il existe dans toutes les variantes du tamazight. Tiwizi \u00e9voque la solidarit\u00e9 et l\u2019entraide b\u00e9n\u00e9voles du groupe pour un individu ou pour la collectivit\u00e9. Je me rappelle avec nostalgie des Tiwizi d\u2019antan. Les formes variaient selon les besoins et les saisons. Ainsi le gaulage des olives se faisait d\u00e9but janvier dans l\u2019oliveraie de Tanalt dite (Targa n\u2019Iznaguen). Elle \u00e9tait pleine pour une semaine d\u2019\u00e9quipes joyeuses de Tiwizis. Les jeunes gens grimpaient aux cimes de nos g\u00e9ants oliviers un long b\u00e2ton (la gaule) \u00e0 la main. Ils donnaient de petits coups aux branches surcharg\u00e9es d\u2019olives qui tombaient avec un cr\u00e9pitement continu signe d\u2019une bonne r\u00e9colte. Les jeunes filles et les femmes se faisaient tr\u00e8s belles. Elles participaient au ramassage en chantonnant. A midi un grand couscous nous arrivait du village. Au coucher du soleil c\u2019\u00e9tait le retour aux foyers en groupes derri\u00e8re des baudets charg\u00e9s d\u2019olives. Les gar\u00e7ons faisaient des brins de cour aux cousines. Nos olives rentr\u00e9es, le froid s\u2019installait nous c\u00e9l\u00e9brions la nouvelle ann\u00e9e et une tradition sp\u00e9cifique: les IDRNANES (des beignets cuits \u00e0 l\u2019huile d\u2019argane ou d\u2019olives et des tagines de moules s\u00e8ches).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les pluies \u00e9taient abondantes autrefois, les printemps \u00e9taient un beau r\u00e9veil de la Nature et de la vie Les milliers de parcelles en terrasses, sem\u00e9es et labour\u00e9es (orge) en automne passaient du vert au dor\u00e9. Les moissons se faisaient en Mai en Tiwizi pour les terrains collectifs ou ceux des rares gros terriens. Il fallait ramasser vite l\u2019orge (les orages les pourrissaient, les oiseaux et les \u00e9cureuils s\u2019en r\u00e9galaient. Mains nues ou arm\u00e9es de faucilles, gestes rythm\u00e9s les hommes moissonnaient chacun une parcelle. Les femmes ramassaient les mottes d\u2019orge, les amenaient \u00e0 dos et les entassaient pr\u00e8s des maisons. . A midi un couscous chaud couvert de l\u00e9gumes et une outre de babeurre frais arrivaient du village. Lorsque tous les terrains sont moissonn\u00e9s nous laissions alors la terre se reposer pour tout l\u2019\u00e9t\u00e9. Chaque famille faisait des amas rectangulaires de son orge pr\u00e8s de l\u2019aire de d\u00e9piquage pour s\u00e9cher.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au d\u00e9but de juillet une Tiwizi passait chez chaque famille pour le d\u00e9piquage et le vannage. Le d\u00e9piquage se faisait par le foulage de l\u2019orge sous les pieds d\u2019une dizaine d\u2019animaux \u00e0 gros sabots. Ils tournaient autour d\u2019un piquet sur le gros tas de gerbes d\u2019orge. Nous les enfants nous leur courions derri\u00e8re avec un chant rituel pour perp\u00e9tuer la rotation. Ceci durait en g\u00e9n\u00e9ral une demi-journ\u00e9e .Un repas collectif \u00e9tait servi \u00e0 l\u2019ombre d\u2019un arganier ou caroubier proche. Le vannage commen\u00e7ait apr\u00e8s. Les hommes faisaient de l\u2019orge d\u00e9piqu\u00e9 un long tas perpendiculaire \u00e0 la direction du vent fort d\u2019ouest. Ils lan\u00e7aient dans l\u2019air des pelles pleines, les grains d\u2019orge tombaient sur place les brins de paille \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Le vannage durait une journ\u00e9e. La famille r\u00e9servait toujours le dixi\u00e8me de la r\u00e9colte aux d\u00e9munis. La Tiwizi passait alors chez une autre famille pour les m\u00eames op\u00e9rations et f\u00eates collectives de solidarit\u00e9. Par ailleurs il y avait souvent des Tiwizi pour le gaulage des amandiers et le ramassage des baies d\u2019argane. L\u00e0 pour \u00e9vier les grosses chaleurs les Tiwizi commen\u00e7aient t\u00f4t et on arr\u00eatait vers midi. D\u00e8s le d\u00e9but de l\u2019\u00e9t\u00e9 nos maisons \u00e9taient garnies de provisions (orges, foins, amandes, olives argane..). Nous faisions un repas collectif en sacrifiant un bouc et un veau pr\u00e8s de la tombe du marabout local.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces Tiwizi saisonni\u00e8res se r\u00e9p\u00e9taient tous les ans et elles faisaient partie de notre cycle du temps. Ma m\u00e9moire garde des brins de souvenir des grandes tiwizi du village entier et qui faisaient date. Ainsi d\u00e9but des ann\u00e9es 50, les travaux de d\u00e9frichement des collines voisines avaient mobilis\u00e9 tout le village (des centaines de lopins de terre en terrasses avec aux bords des amandiers et des figuiers) ce qui faisait la fiert\u00e9 de notre village devenu de nos jours r\u00e8gne des Sangliers. Je me souviens aussi un peu du travail de tous pour un pressoir d\u2019olives, consid\u00e9r\u00e9 sacr\u00e9 \u00e0 l\u2019instar de la mosqu\u00e9e, ou du puits. Je me souviens et l\u00e0 tr\u00e8s bien des grandes pluies qui avaient d\u00e9truit nos maisons et nos terres en 1957. Les politiciens \u00e9taient en luttes pour le Pouvoir et le butin colonial. Sans rien en attendre et comme \u00e0 l\u2019accoutum\u00e9 nous avions reconstruit en partie ce que les pluies avaient d\u00e9truit en TIWIZI.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Mariages<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A Tanalt, pays de mon enfance, les jeunes se mariaient t\u00f4t, la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019antan ignorait la d\u00e9linquance. Les nouveaux mari\u00e9s d\u00e9passaient \u00e0 peine la vingtaine et les jeunes mari\u00e9es en avaient un peu moins. Ils \u00e9taient en pleine p\u00e9riode de l\u2019\u00e9panouissement de leur sexualit\u00e9 et ils y r\u00e9pondaient selon la Nature.. La prostitution \u00e9tait inexistante, v\u00e9cue comme une atteinte au village elle \u00e9tait vite combattue par tous . A 20 ans les hommes \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 des paysans, des artisans, des n\u00e9gociants, ou guerriers au besoin. A20 ans les filles \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 des \u00e9pouses, m\u00e8res, paysannes, et int\u00e9gr\u00e9es dans la famille de l\u2019\u00e9poux. En g\u00e9n\u00e9ral on se mariait entre cousins et cousines proches ou lointains sans se soucier de la g\u00e9n\u00e9tique. Les futurs \u00e9poux se connaissaient et s\u2019\u00e9taient vus \u00e0 maintes occasions et s\u2019\u00e9taient aim\u00e9s sans en parler. Les filles des monts \u00e9taient (et sont toujours) tr\u00e8s belles, sveltes, espi\u00e8gles impossible de leur r\u00e9sister. Peu ou pas de contacts directs, mais les jeunes s\u2019exprimaient par des regards, sourires et gestes s\u00fbrs. V\u00e9nus d\u00e9esse de l\u2019amour les visitait pour quelques mois et s\u2019en allait apr\u00e8s les avoir unis pour la vie. Les parents soup\u00e7onnaient que les visites fr\u00e9quentes des jeunes cachaient des sentiments g\u00e9n\u00e9reux.. Le gar\u00e7on faisait savoir \u00e0 ses parents son d\u00e9sir de se marier et indiquait le nom de la pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e. Les m\u00e8res faisaient les premiers contacts de fa\u00e7on discr\u00e8te, histoire de v\u00e9rifier si la fille n\u2019\u00e9tait pas promise. Les jeunes filles consult\u00e9es par les m\u00e8res \u00e9taient souvent d\u2019accord en cas de r\u00e9ticence tout \u00e9tait arr\u00eat\u00e9. Les p\u00e8res s\u2019en m\u00ealaient ensuite par des visites, des pourparlers et se mettaient d\u2019accord sans peine. Il \u00e9tait indigne d\u2019un p\u00e8re amazigh de demander des sous pour la main de sa fille sauf le minimum l\u00e9gal. De plus le p\u00e8re se devait de\u00a0constituer un grand trousseau de beaux habits et de bijoux pour sa fille. Les filles \u00e9taient choy\u00e9es au foyer, vues comme des invit\u00e9es qui allaient s\u2019envoler loin des parents. Elles partaient et laissaient la famille en chagrin, leurs rires et chants continuaient \u00e0 r\u00e9sonner au foyer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A Tanalt, les f\u00eates de mariage, au temps de ma jeunesse d\u00e9j\u00e0 lointaine, duraient trois belles journ\u00e9es. Du lever du soleil jusqu\u2019\u00e0 son coucher, nous ne souffrions pas de ces tapages nocturnes actuels de cit\u00e9. Tous les habitants du village et les membres proches ou lointains de la famille \u00e9taient invit\u00e9s d\u2019office. Personne ne s\u2019absentait, les travaux et voyages \u00e9taient annul\u00e9s, les disputes et conflits bien oubli\u00e9s. Vendredi, premier jour des f\u00eates la mari\u00e9e et sa famille arrivaient le matin avec chansons de copines \u00e0 la maison de son mari. Les chants traitaient de la beaut\u00e9 de la jeune mari\u00e9e. Les chants venant des filles du c\u00f4t\u00e9 du mari\u00e9 vantaient les vertus du jeune mari. Toute une s\u00e9rie de rituels invariables, mais sp\u00e9cifiques se faisaient avec chansons r\u00e9ception avec amandes et date, bienvenue souhait\u00e9e en chants, (montrer la richesse du mari, les jeunes \u00e9poux se servent la nourriture entour\u00e9s d\u2019un ch\u0153ur chantant). Un grand repas collectif \u00e9tait servi dans une belle convivialit\u00e9 suivi d\u2019un th\u00e9 c\u00e9r\u00e9monial et chansons. Les jeunes du village organisaient gratis avec joie des danses de filles ou gar\u00e7ons pour l\u2019apr\u00e8s-midi. Les deux jeunes \u00e9poux avaient la nuit du vendredi pour d\u00e9couvrir l\u2019intimit\u00e9 de leur corps et leur \u00e2me. Le samedi la famille de la mari\u00e9e et des gens de son village venaient la voir et passaient la journ\u00e9e. La mari\u00e9e heureuse se faisait tr\u00e8s belle (longue chevelure, henn\u00e9 et kh\u00f4l, bijoux en argent, parfum\u00e9e au girofle et basilic, TSWIK dans la bouche donc une haleine agr\u00e9able et un l\u00e9ger rouge \u00e0 l\u00e8vres naturel). La journ\u00e9e se passait en intimit\u00e9 avec les copines de la mari\u00e9e et copains du mari encore c\u00e9libataires. Le dimanche la famille du mari\u00e9 et son \u00e9pouse passaient une journ\u00e9e chez les parents de la mari\u00e9e. La maman, les tantes en profitaient pour lui donner des conseils et le p\u00e8re prodiguait sa b\u00e9n\u00e9diction. D\u00e8s le lendemain lundi les \u00e9poux d\u00e9butaient leur nouvelle vie dans le labeur au milieu de la famille. C\u2019est dans le travail la lutte pour la vie, la famille et les enfants que se construisait l\u2019amour mutuel. Les divorces et \u00e9taient tr\u00e8s rares et la bigamie exceptionnelle sauf en cas de st\u00e9rilit\u00e9 de l\u2019un des \u00e9poux. Chaque village \u00e9tait en fait une grande famille de cousins proches, jeunes adultes et vieux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>La famille<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019anti Atlas nous avons de la bonne pierre (granit, quartzite, schiste) et de l\u2019argile pour b\u00e2tir. Nous avions quelques ma\u00e7ons ma\u00eetres de leur art. Ils nous construisaient de belles et solides demeures. Elles avaient des murs \u00e9pais et elles \u00e9taient fraiches en \u00e9t\u00e9, chaudes en hiver et agr\u00e9ables au printemps. Toutes les maisons l\u00e0-haut \u00e0 Tanalt \u00e9taient orient\u00e9es vers le lever du Soleil, pour faciliter les pri\u00e8res. Le rez de chauss\u00e9 nous servait d\u2019\u00e9table et de poulailler. Malgr\u00e9 l\u2019obscurit\u00e9 cette faune vivait en paix. Le premier \u00e9tage \u00e9tait notre grenier (orge, ma\u00efs, lentilles, amandes, olives, figues, caroube, foins.). Le deuxi\u00e8me \u00e9tage mieux \u00e9clair\u00e9 se composait de chambres \u00e0 fen\u00eatres basses et de deux belles terrasses. Mon grand-p\u00e8re avait une grande maison, plus de terres, un cheptel, un puits et une grande famille. Tout ce monde se r\u00e9veillait t\u00f4t avec les chants des coqs et les appels \u00e0 la pri\u00e8re du fquih du village. Tous se grattaient et allaient se soulager \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des b\u00eates domestiques et enrichir le fumier familial. Tous se faisaient un petit brin de toilette sous forme d\u2019ablutions \u00e0 l\u2019eau ti\u00e8de pr\u00e9par\u00e9e par grand-m\u00e8re. La pri\u00e8re \u00e9tait obligatoire pour tous, c\u2019\u00e9tait un rituel n\u00e9cessaire sans quoi la journ\u00e9e tournerait mal. Le petit d\u00e9jeuner se composait d\u2019une bouillie de semoule chaude, des figues du pain d\u2019orge et de l\u2019huile. Le travail quotidien invariable \u00e9tait distribu\u00e9 tous les matins par le grand p\u00e8re signe de son autorit\u00e9. Ma jeune tante Mamasse, moi, et un chien, nous amenions les ch\u00e8vres pa\u00eetre un peu loin du village. Les femmes et fille devaient allaiter les b\u00e9b\u00e9s, subir grand-m\u00e8re, amener l\u2019eau du puits, chercher du vieux bois d\u2019arganier ou du foins pour les b\u00eates, aider aux travaux des champs et pr\u00e9parer les repas). Les hommes de la maison avaient \u00e0 faire des travaux p\u00e9nibles variables selon les saisons et les besoins. Vers midi tous nous sommes de retour \u00e0 la maison pour un grand couscous suivi d\u2019un th\u00e9 c\u00e9r\u00e9monial. L\u00e0 on discutait des champs, des gens, incidents du village, on rigolait, on se disputait et se r\u00e9conciliait. Les voisines se r\u00e9unissaient dans un pr\u00e9au apr\u00e8s le repas pour jaser, m\u00e9dire et au besoin se d\u00e9pouiller. Certaines en duo moulaient de l\u2019orge et chantaient, d\u2019autres faisaient d\u2019agr\u00e9ables siestes avec \u00e9poux. L\u2019apr\u00e8s-midi, muni de figues s\u00e8ches tous allaient \u00e0 l\u2019oliveraie pour les petits travaux et parades. La journ\u00e9e finissait le soir par un petit tagine, avec peu ou pas de viande et tous fatigu\u00e9s se couchaient t\u00f4t.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Contes<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais nous les enfants nous attendions tous les merveileux contes de grand-m\u00e8re pour nous endormir. Elle racontait d\u2019une voix douce, chansons, po\u00e8mes, proverbes \u00e0 l\u2019appui, nous \u00e9tions d\u00e8s lors en r\u00eaves : Pas loin du village le rus\u00e9 h\u00e9risson, petite boule de piquants se jouait pourtant du cobra et du chacal. Le bouc faisait le fort devant son s\u00e9rail de ch\u00e8vres et s\u2019enfuyait \u00e0 la vue des oreilles du malin chacal. A c\u00f4t\u00e9 de chez nous le chien d\u00e9jouait les malices du renard et de l\u2019hermine qui en voulaient \u00e0 notre volaille. Le matou simulait la paix avec les rats et les serpents pour mieux les capturer et les manger. Le scorpion symbole de la traitrise \u00e9tait toujours arm\u00e9 de son dard et pr\u00eat \u00e0 piquer fort et \u00e0 se cacher. L\u2019araign\u00e9e en f\u00e9lonne tissait ses toiles, guettait patiemment ses petites victimes les attrapait les su\u00e7ait. L\u2019\u00e2ne simulait le stupide et se vengeait des coups de b\u00e2tons par des ruades \u00e0 coups de sabots mortels. Le dromadaire r\u00e9put\u00e9 pour sa m\u00e9moire dans ces contes \u00e9tait rancunier et pouvait se venger en atroce. Dans ses contes les bergers et berg\u00e8res se lan\u00e7aient des romances et parfois se faisaient de l\u2019amour. Le voleur volait les animaux, les bijoux ou autres sans bruit aucun en se cachant, jamais de violence. Le fquih donnait des grigris aux femmes pour m\u00e2ter des maris volages ou les tromper et s\u2019en venger. Les marabouts de la r\u00e9gion en vie dans ses contes s\u2019envolaient, faisaient des miracles et des amours. Les juifs \u00e9taient des sorciers, des artisans habiles, des n\u00e9gociants malins et riches amazighs.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>F\u00eates du nouvel an amazigh La tradition de f\u00eater le nouvel amazigh est antique en Afrique du Nord, mais tend \u00e0 se perdre Au Maroc elle se maintient dans l\u2019intimit\u00e9 et la discr\u00e9tion dans les monts et vall\u00e9es de l\u2019Atlas.En villes, les amazighs perdent cette tradition ou la pr\u00e9servent dans la retenue et la discr\u00e9tion. &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":400,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[13],"tags":[],"class_list":["post-399","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","","category-opinions"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/dra.jpg?fit=268%2C272&ssl=1","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9uxE2-6r","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/399","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=399"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/399\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":401,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/399\/revisions\/401"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/400"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=399"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=399"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=399"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}