{"id":4033,"date":"2021-10-28T12:32:05","date_gmt":"2021-10-28T11:32:05","guid":{"rendered":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=4033"},"modified":"2021-10-28T12:32:05","modified_gmt":"2021-10-28T11:32:05","slug":"lalgerie-et-les-defis-du-lendemain-incertain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/lalgerie-et-les-defis-du-lendemain-incertain\/","title":{"rendered":"L&rsquo;Alg\u00e9rie et les d\u00e9fis du lendemain incertain"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_1671\" aria-describedby=\"caption-attachment-1671\" style=\"width: 375px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-1671\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/chtato.jpg?resize=375%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"Dr. Mohamed Chtatou\" width=\"375\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/chtato.jpg?resize=375%2C250&amp;ssl=1 375w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/chtato.jpg?w=960&amp;ssl=1 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 375px) 100vw, 375px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1671\" class=\"wp-caption-text\"><\/span> <span style=\"color: #000080;\">Par: Dr. Mohamed Chtatou<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>L&rsquo;Alg\u00e9rie est confront\u00e9e \u00e0 une incertitude int\u00e9rieure croissante, alors que l&rsquo;effondrement des revenus p\u00e9troliers et les tensions dans la r\u00e9gion menacent sa stabilit\u00e9 durement acquise.<\/p>\n<p>L&rsquo;Alg\u00e9rie a \u00e9vit\u00e9 les troubles qui ont touch\u00e9 ses voisins depuis les soul\u00e8vements arabes de 2011, en grande partie en achetant sa population de 40,6 millions d&rsquo;habitants &#8211; en augmentant les d\u00e9penses publiques pour les subventions, les salaires du secteur public et les logements sociaux. Mais l&rsquo;effondrement des recettes p\u00e9troli\u00e8res, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, a contraint l&rsquo;Alg\u00e9rie \u00e0 r\u00e9duire ses d\u00e9penses de 9 % et \u00e0 augmenter les prix de l&rsquo;\u00e9nergie, ce qui a suscit\u00e9 des craintes de troubles au sein d&rsquo;une population habitu\u00e9e \u00e0 recevoir des aides publiques.<\/p>\n<p><span style=\"color: #000080;\"><strong>La r\u00e9volution des mill\u00e9niaux<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Pendant 20 ans, les Alg\u00e9riens se sont r\u00e9sign\u00e9s \u00e0 accepter avec soumission et \u00e0 ob\u00e9ir \u00e0 un r\u00e9gime qui offrait un minimum de stabilit\u00e9. La g\u00e9n\u00e9ration qui avait grandi sans la crainte permanente d&rsquo;incidents terroristes dans leurs villes et villages a commenc\u00e9 \u00e0 imaginer ce que pourrait \u00eatre une soci\u00e9t\u00e9 qui pourrait effectivement profiter et faire cro\u00eetre son \u00e9conomie gr\u00e2ce \u00e0 ses richesses naturelles &#8211; le p\u00e9trole et le gaz &#8211; plut\u00f4t que de simplement faire confiance au clan gouvernemental pour maintenir les choses sur une quille \u00e9gale et immobile. Ainsi les mill\u00e9niaux alg\u00e9riens veulent une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de dirigeants pour remplacer une \u00e9lite dirigeante consid\u00e9r\u00e9e par de nombreux Alg\u00e9riens ordinaires comme d\u00e9connect\u00e9e et incapable de relancer une \u00e9conomie chancelante entrav\u00e9e par le copinage.<\/p>\n<p>Les mill\u00e9niaux alg\u00e9riens se nourrissent de messages positifs. Ils ont inond\u00e9 le web d&rsquo;images de jeunes manifestants s&#8217;embrassant, remettant des fleurs aux policiers et aux femmes \u00e0 l&rsquo;occasion de la journ\u00e9e internationale de la femme, distribuant des bouteilles d&rsquo;eau, se portant volontaires pour les premiers secours ou encourageant les gens \u00e0 nettoyer les rues apr\u00e8s les manifestations. Ces actions ont galvanis\u00e9 la fiert\u00e9 des Alg\u00e9riens et en ont surpris plus d&rsquo;un qui ne connaissait pas grand-chose d&rsquo;un pays qui est rest\u00e9 largement ferm\u00e9 au tourisme.<\/p>\n<p>Leurs actions au cours des manifestations contrastaient fortement avec celles du r\u00e9gime pr\u00e9c\u00e9dent. Ils ont tenu \u00e0 souligner la diff\u00e9rence entre leur ouverture d&rsquo;esprit et leurs aspirations au changement et la fermeture symbolique du pays. Chaque fois que la spontan\u00e9it\u00e9 a \u00e9t\u00e9 musel\u00e9e &#8211; \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision nationale par exemple &#8211; les jeunes ont ripost\u00e9 en organisant des d\u00e9bats dans la rue qui respectaient la diversit\u00e9 des opinions.<\/p>\n<p>Beaucoup ont reproch\u00e9 aux mill\u00e9niaux du pays d&rsquo;\u00eatre \u00ab\u00a0endormis\u00a0\u00bb, aigris par le manque de perspectives en Alg\u00e9rie et obs\u00e9d\u00e9s par un Eldorado europ\u00e9en. Pourtant, leur attachement au pays et leur refus de d\u00e9truire les espaces publics lors des manifestations ont montr\u00e9 \u00e0 quel point ils sont attach\u00e9s \u00e0 l&rsquo;avenir de leur pays. L&rsquo;humour est devenu une arme centrale de leur r\u00e9sistance, traversant les fronti\u00e8res gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;hyper connectivit\u00e9 des manifestants mill\u00e9naires. Ainsi le Hirak a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 par la presse internationale : \u201cLa R\u00e9volution du Sourire\u201c.<\/p>\n<p>Les jeunes, qui r\u00eavent souvent d&rsquo;un acc\u00e8s plus large aux march\u00e9s mondiaux, ont utilis\u00e9 des marques, des films et des s\u00e9ries embl\u00e9matiques comme ressources politiques. Par exemple, des m\u00e8mes internet d\u00e9tournant les slogans iconiques de la publicit\u00e9 Marlboro sont devenus viraux, tels que : \u00ab\u00a0Vous \u00eates en mauvais \u00e9tat (&lsquo;Mal Barr\u00e9&rsquo;), votre syst\u00e8me nuit gravement \u00e0 notre sant\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, de jeunes leaders politiques ont \u00e9merg\u00e9 dans des pays o\u00f9 les Alg\u00e9riens ont des parents, comme Justin Trudeau au Canada, Barack Obama aux \u00c9tats-Unis ou Emmanuel Macron en France. Ces ph\u00e9nom\u00e8nes ont agi comme de puissants catalyseurs et motivations pour le changement, en les connectant au monde ext\u00e9rieur, dont ils ont le sentiment d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 exclus pendant des ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Si les mill\u00e9niaux alg\u00e9riens recherchent cette connexion mondiale avec les mill\u00e9niaux d&rsquo;ailleurs, les recherches montrent que les m\u00e9canismes en jeu ne consistent pas simplement \u00e0 absorber une culture mondiale et \u00e0 effacer la culture alg\u00e9rienne. Il s&rsquo;agit plut\u00f4t d&rsquo;une relation complexe, qui n&rsquo;a pas encore sombr\u00e9 dans un nationalisme agressif.<\/p>\n<p><span style=\"color: #000080;\"><strong>Un devenir douteux<\/strong><\/span><\/p>\n<p>L&rsquo;ann\u00e9e prochaine, l&rsquo;Alg\u00e9rie f\u00eatera ses soixante ans d&rsquo;ind\u00e9pendance, dont un tiers sous la direction de M. Bouteflika. Pendant son r\u00e8gne, l&rsquo;Alg\u00e9rie aurait pu utiliser ses vastes richesses p\u00e9troli\u00e8res et gazi\u00e8res pour diversifier son \u00e9conomie, jetant ainsi les bases d&rsquo;ann\u00e9es de prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e0 venir. Bouteflika lui-m\u00eame aurait pu quitter le pouvoir en 2014, apr\u00e8s son troisi\u00e8me mandat, afin de pr\u00e9server son h\u00e9ritage de pacificateur et de passer le flambeau aux g\u00e9n\u00e9rations futures. Au lieu de cela, pouss\u00e9 par une combinaison d&rsquo;ambition personnelle et de pression du pouvoir, il est rest\u00e9 en place, incarnant pour de nombreux Alg\u00e9riens les pires qualit\u00e9s du r\u00e9gime : avidit\u00e9 de pouvoir, corruption et m\u00e9pris de la population.<\/p>\n<p>Bouteflika a l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Alg\u00e9rie le m\u00eame syst\u00e8me politique rigide et inflexible que celui dont il a h\u00e9rit\u00e9, le m\u00eame syst\u00e8me \u00e9conomique si dangereusement d\u00e9pendant des exportations d&rsquo;hydrocarbures, et a renforc\u00e9 les r\u00e9seaux de patronage corrompus qui relient les deux.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s deux d\u00e9cennies largement perdues, l&rsquo;Alg\u00e9rie reste fermement attach\u00e9e au pouvoir, un r\u00e9gime incapable de s&rsquo;adapter &#8211; et encore moins d&rsquo;anticiper &#8211; aux nouvelles menaces et aux nouveaux d\u00e9fis. Dans les jours qui ont suivi la mort de Bouteflika, Abdelaziz Rahabi, ancien ministre dans les ann\u00e9es 1990, a fait l&rsquo;\u00e9loge de Bouteflika comme \u00ab\u00a0l&rsquo;un des anc\u00eatres du syst\u00e8me politique, marqu\u00e9 par l&rsquo;autoritarisme, la corruption et la r\u00e9sistance syst\u00e9mique \u00e0 toutes les formes de changement et de modernit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Depuis que le successeur de Bouteflika &#8211; Abdelmadjid Tebboune, un initi\u00e9 de longue date du r\u00e9gime &#8211; a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu en d\u00e9cembre 2019 et proclam\u00e9 \u00ab\u00a0Alg\u00e9rie nouvelle\u00a0\u00bb, le pays tr\u00e9buche d&rsquo;une crise \u00e0 l&rsquo;autre. Rien qu&rsquo;au cours des derniers mois, le pays a connu de graves p\u00e9nuries d&rsquo;eau, un pic de cas de coronavirus qui a submerg\u00e9 le syst\u00e8me de sant\u00e9 du pays, des incendies de for\u00eat d\u00e9sastreux qui ont fait quatre-vingt-dix morts, et le lynchage tr\u00e8s m\u00e9diatis\u00e9 d&rsquo;un jeune innocent. La principale r\u00e9ponse du gouvernement \u00e0 cette cascade de catastrophes \u00e9vitables a \u00e9t\u00e9 de lancer des accusations sans fondement contre des ennemis suppos\u00e9s, notamment le Maroc voisin, avec lequel il a rompu ses relations diplomatiques en ao\u00fbt 2021, l&rsquo;accusant d&rsquo;\u00eatre derri\u00e8re les incendies de for\u00eat et d&rsquo;autres maux.<\/p>\n<p>En l&rsquo;absence de l&rsquo;habilet\u00e9 diplomatique et de la l\u00e9gitimit\u00e9 historique de Bouteflika, les nouveaux dirigeants du pays ont plut\u00f4t adopt\u00e9 de nouveaux niveaux de r\u00e9pression pour maintenir leur contr\u00f4le. L&rsquo;espace d&rsquo;expression et de d\u00e9bat public s&rsquo;est r\u00e9tr\u00e9ci, et une campagne agressive d&rsquo;arrestations a largement \u00e9touff\u00e9 les manifestations du Hirak, du moins pour l&rsquo;instant. M\u00eame apr\u00e8s des s\u00e9ries successives de gr\u00e2ces, des centaines de d\u00e9tenus politiques languissent en prison, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de journalistes comme Rabah Kar\u00e8che, de militants comme Mohamed Tadjadit ou d&rsquo;hommes d&rsquo;affaires comme Nabil Mellah.<\/p>\n<p>Pour avoir conduit l&rsquo;Alg\u00e9rie dans la situation difficile dans laquelle elle se trouve actuellement, de nombreux ministres et alli\u00e9s de Bouteflika sont \u00e9galement en prison pour corruption. Bouteflika lui-m\u00eame, cependant, n&rsquo;est pas mort en disgr\u00e2ce ou en exil, mais paisiblement dans une villa financ\u00e9e par l&rsquo;\u00c9tat, sans avoir jamais eu \u00e0 r\u00e9pondre de son r\u00f4le dans la dilapidation du vaste potentiel du pays.<br \/>\nSa mort et les fun\u00e9railles nationales qui ont suivi ont suscit\u00e9 une vague de d\u00e9bats parmi les Alg\u00e9riens sur son h\u00e9ritage complexe. Pleur\u00e9 par certains, maudit par d&rsquo;autres et regrett\u00e9 par beaucoup d&rsquo;autres, Bouteflika a laiss\u00e9 l&rsquo;Alg\u00e9rie mal pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 affronter les d\u00e9fis qui l&rsquo;attendent.<\/p>\n<p><span style=\"color: #000080;\"><strong>\u00ab\u00a0La nouvelle Alg\u00e9rie\u00a0\u00bb<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Apr\u00e8s la d\u00e9mission de Bouteflika, les autorit\u00e9s civiles, bien que nominalement en charge, s&rsquo;en remettent aux puissants militaires alg\u00e9riens, qui tentent d&rsquo;\u00e9touffer le Hirak par un m\u00e9lange d&rsquo;apaisement et d&rsquo;intimidation. Une campagne anti-corruption sans pr\u00e9c\u00e9dent a pris au pi\u00e8ge des hommes d&rsquo;affaires et des politiciens largement m\u00e9pris\u00e9s, dont plusieurs anciens ministres. Les militaires ont \u00e9galement cherch\u00e9 \u00e0 diviser le Hirak. Par exemple, ils ont emprisonn\u00e9 des manifestants pour \u00ab\u00a0atteinte \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb s&rsquo;ils \u00e9taient aper\u00e7us portant un drapeau berb\u00e8re. Mais, pour beaucoup, le r\u00e8glement de comptes politiques par le biais d&rsquo;accusations arbitraires de corruption, ainsi que l&#8217;emprisonnement de manifestants pacifiques, \u00e9taient des invitations \u00e0 protester davantage, et non des raisons d&rsquo;abandonner.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s de multiples retards face \u00e0 la poursuite des manifestations, les chefs militaires, impatients de r\u00e9tablir l&rsquo;ordre, ont fix\u00e9 des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles pour d\u00e9cembre 2019.<\/p>\n<p>De nombreuses personnalit\u00e9s populaires \u00e9taient en prison ou jug\u00e9es in\u00e9ligibles, laissant les Alg\u00e9riens choisir parmi une liste de cinq initi\u00e9s du r\u00e9gime. Lors d&rsquo;une \u00e9lection marqu\u00e9e par une faible participation, l&rsquo;ancien ministre du logement Abdelmadjid Tebboune est sorti vainqueur et a cherch\u00e9 \u00e0 tourner une page en proclamant l&rsquo;aube de \u00ab\u00a0La nouvelle Alg\u00e9rie.\u00a0\u00bb Peu convaincus, les Alg\u00e9riens ont continu\u00e9 \u00e0 manifester tandis que le nouveau gouvernement de Tebboune se tournait lentement vers la liste croissante des crises du pays.<\/p>\n<p>Ni le gouvernement ni les manifestants n&rsquo;auraient pu pr\u00e9voir l&rsquo;arriv\u00e9e de la pand\u00e9mie de coronavirus au printemps 2020. Dans un premier temps, les manifestations du Hirak se sont poursuivies pendant plusieurs semaines, avant que les manifestants n&rsquo;y mettent un terme fin mars 2020. Le gouvernement s&rsquo;est servi de la pand\u00e9mie comme d&rsquo;un pr\u00e9texte pour r\u00e9imposer sa version de l&rsquo;ordre, en fermant les fronti\u00e8res du pays, en emprisonnant des journalistes et des militants et en bloquant l&rsquo;acc\u00e8s aux sites Web des m\u00e9dias ind\u00e9pendants. La t\u00e2che d&rsquo;endiguer le COVID-19, quant \u00e0 elle, a \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9e au syst\u00e8me de sant\u00e9 du pays, sous-financ\u00e9 et d\u00e9bord\u00e9.<\/p>\n<p><span style=\"color: #000080;\"><strong>Un r\u00e9f\u00e9rendum vide<\/strong><\/span><\/p>\n<p>D\u00e9sireux de cimenter sa l\u00e9gitimit\u00e9 et de marquer une rupture d\u00e9cisive avec les bouleversements de l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, Tebboune a tenu sa promesse d&rsquo;une nouvelle constitution. Malheureusement, le document publi\u00e9 par son gouvernement, quelques jours seulement avant le r\u00e9f\u00e9rendum constitutionnel pr\u00e9vu le 1er novembre 2020, n&rsquo;a pas r\u00e9pondu aux demandes des manifestants concernant la d\u00e9volution du pouvoir pr\u00e9sidentiel, l&rsquo;ind\u00e9pendance de la justice, le renforcement des protections de la libert\u00e9 d&rsquo;expression et de la libert\u00e9 de la presse, etc. Au lieu de cela, les autorit\u00e9s ont tent\u00e9 de coopter le mouvement en le louant dans le pr\u00e9ambule r\u00e9vis\u00e9.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;espoir de priver Tebboune du mandat populaire qu&rsquo;il recherchait, de nombreux membres du Hirak, alors en sommeil, ont appel\u00e9 les Alg\u00e9riens \u00e0 boycotter le r\u00e9f\u00e9rendum. Nombreux sont ceux qui ont suivi leur appel ; les chiffres officiels indiquent une participation de 23 % seulement. Bien que la Constitution ait \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e par deux tiers des voix, le taux de participation a \u00e9t\u00e9 le plus bas jamais enregistr\u00e9, et a constitu\u00e9 un v\u00e9ritable camouflet pour le gouvernement.<\/p>\n<p>Mais les r\u00e9sultats n&rsquo;ont pas seulement \u00e9t\u00e9 embarrassants pour le gouvernement, ils ont \u00e9galement mis en \u00e9vidence la plus grande faiblesse du Hirak. Si son manque de leadership a emp\u00each\u00e9 le gouvernement d&rsquo;arr\u00eater le mouvement en le d\u00e9capitant, ce m\u00eame manque de leadership l&rsquo;a rendu incapable de faire des changements strat\u00e9giques \u00e0 des moments critiques. Le r\u00e9f\u00e9rendum \u00e9tait un tel moment : \u00e9tant donn\u00e9 que moins de 14% des \u00e9lecteurs inscrits avaient vot\u00e9 pour la constitution, m\u00eame un effort modeste pour mobiliser les 86% restants de l&rsquo;\u00e9lectorat pour la rejeter aurait pu r\u00e9ussir, infligeant une perte symbolique bien plus importante au r\u00e9gime.<\/p>\n<p><span style=\"color: #000080;\"><strong>La qu\u00eate de la dignit\u00e9<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Certaines des dynamiques \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre en Alg\u00e9rie en f\u00e9vrier 2019 \u00e9taient famili\u00e8res aux observateurs du Moyen-Orient et de l&rsquo;Afrique du Nord. Les Alg\u00e9riens \u00e9taient frustr\u00e9s par un capitalisme de copinage de plus en plus effront\u00e9, des services publics en d\u00e9clin, un ch\u00f4mage g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 et une \u00e9lite politique d\u00e9connect\u00e9e de la r\u00e9alit\u00e9. Au pouvoir depuis 1999, le pr\u00e9sident Abdelaziz Bouteflika \u00e9tait l&rsquo;exemple type des v\u00e9t\u00e9rans de la guerre de lib\u00e9ration de l&rsquo;Alg\u00e9rie contre la France qui ont dirig\u00e9 le pays pendant plus de cinq d\u00e9cennies &#8211; et qui ne sont jamais apparus plus faibles. \u00c0 la suite d&rsquo;un accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral en 2013, Bouteflika s&rsquo;est largement retir\u00e9 de l&rsquo;\u0153il du public, suscitant des doutes sur la question de savoir qui dirigeait r\u00e9ellement le pays.<\/p>\n<p>Sous le r\u00e8gne de Bouteflika, l&rsquo;Alg\u00e9rie avait encaiss\u00e9 un billion (mille milliard) de dollars gr\u00e2ce \u00e0 ses principales exportations : le p\u00e9trole et le gaz. Les autorit\u00e9s ont utilis\u00e9 cette richesse pour garnir leurs comptes bancaires suisses tout en couvrant \u00e0 peine plus que les besoins de base des citoyens et en refusant les appels \u00e0 la diversification de l&rsquo;\u00e9conomie. Elles ont fait le pari que les Alg\u00e9riens, encore traumatis\u00e9s par la \u00ab\u00a0d\u00e9cennie noire\u00a0\u00bb de terreur qui a fait deux cent mille morts dans les ann\u00e9es 1990, avaient peu d&rsquo;app\u00e9tit pour la r\u00e9volution. Si cela \u00e9tait peut-\u00eatre vrai en 2011, en 2019, le terrain avait boug\u00e9. Une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration \u00e9tait arriv\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte (les mill\u00e9niaux), plus connect\u00e9e au monde ext\u00e9rieur, moins traumatis\u00e9e par la d\u00e9cennie noire et ayant des r\u00eaves ambitieux pour son avenir.<\/p>\n<p>Ces jeunes &#8211; ainsi que beaucoup de leurs a\u00een\u00e9s &#8211; ont r\u00e9agi avec col\u00e8re \u00e0 l&rsquo;annonce que Bouteflika se repr\u00e9senterait malgr\u00e9 sa sant\u00e9 fragile et la spirale de la mauvaise gestion du pays.<\/p>\n<p>Quelques jours plus tard, le 22 f\u00e9vrier 2019, les Alg\u00e9riens sont descendus dans la rue lors de manifestations de masse in\u00e9dites depuis une g\u00e9n\u00e9ration. Rapidement, un rythme r\u00e9gulier et hebdomadaire a \u00e9merg\u00e9, avec des \u00e9tudiants universitaires manifestant chaque mardi et la population plus large chaque vendredi. Tirant une le\u00e7on des r\u00e9volutions rat\u00e9es ailleurs, les Alg\u00e9riens se sont strictement contr\u00f4l\u00e9s les uns les autres pour s&rsquo;assurer que les manifestations restent pacifiques.<\/p>\n<p>M\u00eame la d\u00e9mission de Bouteflika, en avril 2019, n&rsquo;a pas r\u00e9ussi \u00e0 calmer le mouvement, car les Alg\u00e9riens de tous bords voulaient remplacer le syst\u00e8me, et pas seulement sa figure de proue. Ils se sont unis derri\u00e8re un seul slogan : \u00ab\u00a0Mettez-les tous dehors\u00a0\u00bb. Mais le terrain d&rsquo;entente \u00e9tait autrement insaisissable. Accabl\u00e9s par des ann\u00e9es de m\u00e9thodes \u00ab\u00a0diviser pour mieux r\u00e9gner\u00a0\u00bb de la part de l&rsquo;\u00c9tat, les partis d&rsquo;opposition, la soci\u00e9t\u00e9 civile et d&rsquo;autres institutions qui auraient pu contribuer \u00e0 canaliser le dialogue et \u00e0 forger un consensus n&rsquo;\u00e9taient pas pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 la t\u00e2che. Les personnalit\u00e9s \u00e9minentes qui ont tent\u00e9 de prendre la t\u00eate du mouvement ont fait l&rsquo;objet de m\u00e9fiance et ont \u00e9t\u00e9 rabrou\u00e9es. En l&rsquo;absence de revendications communes, d&rsquo;une direction claire ou d&rsquo;une vision coh\u00e9rente de l&rsquo;avenir, le mouvement, et surtout l\u2019av\u00e8nement de la pand\u00e9mie, le Hirak &#8211; \u00ab\u00a0le mouvement\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><span style=\"color: #000080;\"><strong>L\u2019Alg\u00e9rie et le demain incertain<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Le syst\u00e8me politique alg\u00e9rien est un lointain h\u00e9ritier du syst\u00e8me populiste mis en place apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance de la France en 1962, lorsque le leader de la r\u00e9volution alg\u00e9rienne, le Front de lib\u00e9ration nationale (FLN), a fond\u00e9 un \u00c9tat r\u00e9volutionnaire socialiste. Mais l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;aujourd&rsquo;hui est loin d&rsquo;\u00eatre une r\u00e9plique de ce qu&rsquo;il \u00e9tait auparavant. Il est en effet le reflet du dernier quart de si\u00e8cle, qui a commenc\u00e9 par un coup d&rsquo;\u00c9tat militaire visant \u00e0 \u00e9touffer les r\u00e9sultats d&rsquo;une \u00e9lection parlementaire, qui aurait permis au Front islamique du salut (FIS) de d\u00e9raciner le FLN et son \u00c9tat la\u00efque. Les \u00e9lections locales pr\u00e9c\u00e9dentes, en 1990, avaient donn\u00e9 au FIS la majorit\u00e9 des municipalit\u00e9s du pays et \u00e9taient un signe avant-coureur de ce qui allait suivre un an plus tard. L&rsquo;\u00e9chec de cette transition d\u00e9mocratique a ouvert la voie \u00e0 une guerre civile brutale qui s&rsquo;est termin\u00e9e en 1998, mais qui a abouti \u00e0 la consolidation d&rsquo;une \u00e9lite militaire la\u00efque au pouvoir.<\/p>\n<p>En tant qu&rsquo;\u00c9tat rentier typique, l&rsquo;Alg\u00e9rie traverse les m\u00eames tribulations que d&rsquo;autres cohortes pendant l&rsquo;effondrement mondial des prix de l&rsquo;\u00e9nergie. En outre, elle poss\u00e8de une \u00e9conomie contr\u00f4l\u00e9e par l&rsquo;\u00c9tat, h\u00e9rit\u00e9e de la p\u00e9riode postr\u00e9volutionnaire, o\u00f9 le secteur priv\u00e9 manque des fonds n\u00e9cessaires \u00e0 son expansion. Le p\u00e9trole et le gaz repr\u00e9sentent environ 30 % du produit int\u00e9rieur brut (PIB), 60 % des recettes budg\u00e9taires et 95 % des recettes d&rsquo;exportation. Entre 2011 et 2015, le PIB nominal du pays est pass\u00e9 de 200 \u00e0 165 milliards de dollars. En 2016, le PIB a encore diminu\u00e9 pour atteindre 156 milliards de dollars. Avec une population de 40,6 millions d&rsquo;habitants, il affiche un taux de ch\u00f4mage de 9,9 %. Mais le souci, c&rsquo;est que la moiti\u00e9 de la population a moins de 30 ans, dont un tiers est au ch\u00f4mage. Avec un taux d&rsquo;inflation de 5,9 %, le solde de son compte courant en 2016 \u00e9tait de -26,31 milliards de dollars, un montant n\u00e9gatif qui risque d&rsquo;augmenter si les prix de l&rsquo;\u00e9nergie ne remontent pas rapidement.<\/p>\n<p>Toutefois, il semble que l&rsquo;\u00e9conomie alg\u00e9rienne a renou\u00e9 avec la croissance au premier trimestre 2021 avec un bond du Produit int\u00e9rieur brut (PIB) de 2,3% sur un an, a appris l&rsquo;APS aupr\u00e8s de l&rsquo;Office national des statistiques (ONS). Cette performance s&rsquo;est r\u00e9alis\u00e9e dans un contexte de hausse des prix remarquable sur le march\u00e9 p\u00e9trolier, \u00e0 61,7 dollars le baril au premier trimestre 2021 contre 52,2 dollars une ann\u00e9e auparavant (+18,1%). En valeurs courantes, le PIB du premier trimestre 2021 a connu une croissance de 8,6% au lieu d&rsquo;une baisse de 5,0% durant la m\u00eame p\u00e9riode de l&rsquo;ann\u00e9e 2020, suite \u00e0 une hausse de son d\u00e9flateur de 6,2% conjugu\u00e9e \u00e0 une croissance positive en volume de 2,3%.<\/p>\n<p>Ainsi, la hausse du niveau g\u00e9n\u00e9ral des prix au premier trimestre 2021 a \u00e9t\u00e9 de 6,2% contre une baisse de 1,4% durant la m\u00eame p\u00e9riode de l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente.<\/p>\n<p>Associ\u00e9 \u00e0 une atmosph\u00e8re politique languissante et \u00e0 une croissance \u00e9conomique atone, le retour \u00e0 une atmosph\u00e8re sociale religieuse traditionnelle fait de l&rsquo;Alg\u00e9rie un candidat possible pour un affrontement malvenu entre les organes \u00e9tatiques la\u00efques et de larges segments de la soci\u00e9t\u00e9. Il pourrait en effet y avoir des raisons de comparer l&rsquo;Alg\u00e9rie et la Turquie, puisque cette derni\u00e8re subit une \u00e9preuve d\u00e9chirante entre sa tradition la\u00efque et la mont\u00e9e et la domination continue de son parti islamiste Justice et D\u00e9veloppement. Mais la comparaison se r\u00e9v\u00e9lera insuffisante en raison de la mesure dans laquelle l&rsquo;institutionnalisation politique et sociale turque a aid\u00e9 l&rsquo;\u00e9lite turque \u00e0 \u00e9voluer vers un environnement religieux mod\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire r\u00e9cente de l&rsquo;Alg\u00e9rie risque d&rsquo;imposer l&rsquo;in\u00e9vitable confrontation entre ceux qui ont perp\u00e9tr\u00e9 le carnage de la guerre civile, notamment les partisans de la ligne dure dans les forces arm\u00e9es, et les islamistes. Il n&rsquo;est pas possible \u00e0 ce stade d&rsquo;\u00e9valuer l&rsquo;\u00e9volution de la situation, mais la faiblesse institutionnelle de la pr\u00e9sidence et le flou du processus d\u00e9cisionnel affaibliront tr\u00e8s certainement la capacit\u00e9 des \u00e9lites politiques du pays \u00e0 g\u00e9rer la crise \u00e0 venir.<\/p>\n<p>Dans un pays de 40,6 millions d&rsquo;habitants d\u00e9pourvu d&rsquo;importants m\u00e9canismes d&rsquo;arbitrage et d&rsquo;institutions, et o\u00f9 l&rsquo;ancienne r\u00e9volution de l\u00e9gitimation contre le colonialisme est tomb\u00e9e dans l&rsquo;oubli, le temps risque de ne pas \u00eatre du c\u00f4t\u00e9 de ceux qui chercheront des compromis et des solutions \u00e0 mi-chemin.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;Alg\u00e9rie est confront\u00e9e \u00e0 une incertitude int\u00e9rieure croissante, alors que l&rsquo;effondrement des revenus p\u00e9troliers et les tensions dans la r\u00e9gion menacent sa stabilit\u00e9 durement acquise. L&rsquo;Alg\u00e9rie a \u00e9vit\u00e9 les troubles qui ont touch\u00e9 ses voisins depuis les soul\u00e8vements arabes de 2011, en grande partie en achetant sa population de 40,6 millions d&rsquo;habitants &#8211; en augmentant &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":1671,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[8,13],"tags":[],"class_list":["post-4033","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","","category-algerie","category-opinions"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/chtato.jpg?fit=960%2C640&ssl=1","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9uxE2-133","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4033","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4033"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4033\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4034,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4033\/revisions\/4034"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1671"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4033"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4033"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4033"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}