{"id":4162,"date":"2022-01-25T16:25:37","date_gmt":"2022-01-25T15:25:37","guid":{"rendered":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=4162"},"modified":"2022-01-25T16:25:37","modified_gmt":"2022-01-25T15:25:37","slug":"sahel-les-paradoxes-du-neo-panafricanisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/sahel-les-paradoxes-du-neo-panafricanisme\/","title":{"rendered":"Sahel: Les paradoxes du n\u00e9o-panafricanisme"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_2333\" aria-describedby=\"caption-attachment-2333\" style=\"width: 250px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-2333\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/FB_IMG_1578659088627.jpg?resize=250%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"Abdoulah ATTAYOUB\" width=\"250\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/FB_IMG_1578659088627.jpg?resize=250%2C250&amp;ssl=1 250w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/FB_IMG_1578659088627.jpg?w=720&amp;ssl=1 720w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2333\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #000080;\">Abdoulah ATTAYOUB<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Depuis quelques ann\u00e9es, nous assistons \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019un nouveau panafricanisme caract\u00e9ris\u00e9 par une influence grandissante des franges les plus populistes et extr\u00e9mistes de ses militants qui fondent leur id\u00e9ologie sur des fantasmes identitaires \u00e9troits niant les r\u00e9alit\u00e9s objectives du continent. La virulence de leur discours contre la France et l\u2019Occident cache mal l\u2019absence de projet politique inclusif susceptible de contribuer \u00e0 sortir le continent de la marginalisation. H\u00e9las ! la vision unitaire et int\u00e9gr\u00e9e des p\u00e8res du Panafricanisme semble d\u00e9laiss\u00e9e.<\/strong><\/p>\n<p>Le nouveau discours panafricaniste d\u00e9veloppe une rh\u00e9torique \u00e9triqu\u00e9e fond\u00e9e sur une conception par trop r\u00e9ductrice de l\u2019africanit\u00e9. Il ne reprend que tr\u00e8s superficiellement et d\u00e9nature l\u2019h\u00e9ritage l\u00e9gu\u00e9 par les premiers th\u00e9oriciens qui ont milit\u00e9 pour une r\u00e9elle \u00e9mancipation africaine tourn\u00e9e vers une unification du continent gage d\u2019une participation effective dans le concert des Nations.<\/p>\n<p>Le panafricanisme dans sa forme id\u00e9ologique ne pourra contribuer \u00e0 l\u2019essor du continent sans une acceptation exempte d\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de la diversit\u00e9 de nos peuples et une vision r\u00e9aliste de leurs int\u00e9r\u00eats particuliers et collectifs. Cela suppose de d\u00e9construire les sch\u00e9mas de pens\u00e9e qui maintiennent les \u00e9lites dans un inhibant complexe limitant leurs capacit\u00e9s \u00e0 se remettre en question et \u00e0 inventer une voie de d\u00e9veloppement authentiquement africaine pouvant amener le continent \u00e0 esp\u00e9rer \u00eatre autre chose qu\u2019une r\u00e9serve de mati\u00e8res premi\u00e8res pour le reste du Monde.<\/p>\n<p>Le courant actuel, essentiellement dans les pays francophones et notamment au Sahel, \u00e9labore une approche id\u00e9ologique dont certains aspects vont \u00e0 l\u2019encontre des objectifs g\u00e9n\u00e9ralement affirm\u00e9s. Le discours se limite \u00e0 une d\u00e9nonciation l\u00e9gitime mais parcellaire des travers qui ont trop longtemps caract\u00e9ris\u00e9 les relations entre l\u2019Occident et l\u2019Afrique. En grossissant l\u2019image, il se cantonne aux relations entre la France et ses anciennes colonies. La nature des relations militaro s\u00e9curitaires prend le pas sur les d\u00e9bats plus globaux autour de la question du FCFA et du r\u00f4le des multinationales dans un contexte de mondialisation. Ces relations n\u2019ont pas su s\u2019adapter \u00e0 l\u2019\u00e9volution du Monde et \u00e0 l\u2019aspiration des peuples africains \u00e0 reprendre le contr\u00f4le de leur propre destin.<\/p>\n<p>Une autre faiblesse du panafricanisme actuel r\u00e9side paradoxalement dans son incapacit\u00e9 \u00e0 se penser en dehors des sch\u00e9mas qui ont morcel\u00e9 le continent en cr\u00e9ant ex-nihilo des entit\u00e9s \u00e9tatiques dont la viabilit\u00e9 est hypoth\u00e9qu\u00e9e par un h\u00e9ritage colonial qui rendait probl\u00e9matique leur gouvernance. Pour \u00eatre cr\u00e9dible et offrir une voie attractive \u00e0 l\u2019ensemble des Africains, ce nouveau panafricanisme devrait commencer par s\u2019attaquer aux chaines mentales qui enferment le continent dans une conception de la gouvernance inadapt\u00e9e \u00e0 ses r\u00e9alit\u00e9s socioculturelles. En faisant appel \u00e0 d\u2019autres puissances pour supplanter la France, ces n\u00e9o-panafricanistes ne cherchent pas \u00e0 se lib\u00e9rer d\u2019un maitre qui les aurait domin\u00e9s et exploit\u00e9s mais simplement \u00e0 en changer et montrent ainsi leur incapacit\u00e9 \u00e0 interroger la responsabilit\u00e9 des \u00e9lites de leurs pays depuis des d\u00e9cennies dans la d\u00e9gradation et l\u2019effondrement des Etats actuels.<\/p>\n<p>Ces derniers mois, le discours des \u00e9l\u00e9ments les plus radicaux de ce panafricanisme populiste et rudimentaire se r\u00e9sume \u00e0 faire une fixation sur Kidal et les Mouvements politico-militaires de l\u2019Azawad. Encadr\u00e9s par leurs mercenaires id\u00e9ologiques, ces derniers s\u2019acharnent \u00e0 ne voir dans la question de l\u2019Azawad qu\u2019une cons\u00e9quence des \u00e9v\u00e8nements de Libye et de la volont\u00e9 pr\u00eat\u00e9e \u00e0 la France de \u00ab partitionner le Mali \u00bb, occultant ainsi les revendications nationales exprim\u00e9es par les diff\u00e9rentes communaut\u00e9s de l\u2019Azawad avant m\u00eame la cr\u00e9ation du Mali dans ses fronti\u00e8res actuelles.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, certains militants, qui se r\u00e9clament pourtant du panafricanisme oublient, sciemment ou non, que c\u2019est bien la France qui a model\u00e9 les pays dans leurs configurations actuelles, en pla\u00e7ant notamment l\u2019Azawad sous la coupe de \u00ab Bamako \u00bb. Et leur principal grief fait \u00e0 la France aujourd\u2019hui consiste \u00e0 lui reprocher de ne pas avoir ramen\u00e9 l\u2019Arm\u00e9e malienne \u00e0 Kidal \u00e0 la suite de l\u2019op\u00e9ration Serval.<\/p>\n<p>L\u2019ethnocentrisme des syst\u00e8mes politiques actuels n\u2019autorisera pas une \u00e9volution pacifique aussi longtemps que les communaut\u00e9s qui se confondent aux Etats n\u2019auront pas accept\u00e9 de partager la d\u00e9cision politique et cohabiter de mani\u00e8re intelligente avec les autres. Aujourd\u2019hui les r\u00f4les sont invers\u00e9s et, sont tax\u00e9s d\u2019ethnocentristes ceux qui mettent le doigt sur le v\u00e9ritable ethnocentrisme qui ne r\u00e9side pas dans les discours mais dans la r\u00e9alit\u00e9 du fonctionnement des institutions de ces Etats. La question des langues nationales et du respect des identit\u00e9s des communaut\u00e9s est au centre des nouveaux pactes \u00e0 trouver pour un vivre ensemble respectueux des diversit\u00e9s. Ceux qui continuent \u00e0 ne penser les pays qu\u2019\u00e0 travers leurs communaut\u00e9s sont les vrais s\u00e9paratistes qui finiront par faire exploser les fronti\u00e8res actuelles. Ces pays ont besoin de purger leur m\u00e9moire collective des errements postcoloniaux qui ont largement contribu\u00e9 \u00e0 la d\u00e9liquescence actuelle. Il faut que les peuples qui vivent dans l\u2019espace sah\u00e9lien soient r\u00e9ellement convaincus de leurs int\u00e9r\u00eat objectifs \u00e0 vivre sous les m\u00eames toits institutionnels. La crise que connait le Mali, par exemple, depuis des d\u00e9cennies, s\u2019explique essentiellement par le refus de son syst\u00e8me politique \u00e0 admettre la l\u00e9gitimit\u00e9 des revendications de l\u2019Azawad (Nord) et \u00e0 vouloir imposer et consolider le sch\u00e9ma sociopolitique l\u00e9gu\u00e9 par la France autour d\u2019une communaut\u00e9 qui a fini par oublier son poids politique et g\u00e9ographique r\u00e9el \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de la colonisation dans cette partie de l\u2019Afrique.<\/p>\n<p>Les pays africains qui paraissent aujourd\u2019hui prendre le chemin de leur refondation peuvent difficilement faire l\u2019\u00e9conomie d\u2019une introspection sans complaisance, pr\u00e9alable \u00e0 toute nouvelle mani\u00e8re de se penser. La refondation ne saurait se faire sur la base de syst\u00e8mes construits sur le mensonge et la domination \u00e0 la faveur de l\u2019accompagnement de cette m\u00eame France qui est rejet\u00e9e aujourd\u2019hui. En effet, ce que certains activistes reprochent \u00e0 la France, c\u2019est de ne pas continuer \u00e0 couvrir \u00ab convenablement \u00bb des pouvoirs qu\u2019elle avait install\u00e9s \u00e0 l\u2019issue de la colonisation. Les fronti\u00e8res actuelles ont mutil\u00e9 des peuples qui se voient menac\u00e9s par des sch\u00e9mas impos\u00e9s par la communaut\u00e9 internationale. Les populations qui ont \u00e9t\u00e9 victimes de massacres ethniques depuis les ind\u00e9pendances attendent la reconnaissance officielle de ces forfaits, la r\u00e9habilitation des victimes et l\u2019identification des responsables.<br \/>\nIl sera en effet difficile de refonder des Etats sur des injustices qui cimentent aujourd\u2018hui la m\u00e9moire collective et consolident une conscience oppos\u00e9e au d\u00e9ni et au m\u00e9pris affich\u00e9s par les syst\u00e8mes en place.<\/p>\n<p>Au Mali et au Niger, les gesticulations actuelles correspondent essentiellement \u00e0 une r\u00e9action conjoncturelle et opportuniste destin\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9servation de ces m\u00eames syst\u00e8mes construits par cette m\u00eame France tant d\u00e9cri\u00e9e. Il convient par cons\u00e9quent d\u2019oser une r\u00e9flexion r\u00e9nov\u00e9e sur la construction d\u2019un vivre ensemble r\u00e9ellement pens\u00e9 pour servir les aspirations des peuples \u00e0 se lancer enfin sur la voie de l\u2019\u00e9panouissement et du d\u00e9veloppement. Autrement, ces peuples continueront \u00e0 neutraliser leurs \u00e9nergies cr\u00e9atrices et \u00e0 pr\u00eater le flanc aux manipulations d\u2019acteurs sans scrupules dont les int\u00e9r\u00eats ne laissent que rarement place \u00e0 ceux des autres. La refondation de l\u2019Etat est une exigence vitale pour nombre de pays sah\u00e9liens qui jouent d\u00e9sormais leur survie en tant qu\u2019entit\u00e9s stables dans leurs fronti\u00e8res actuelles. Les syst\u00e8mes politiques en place ont par cons\u00e9quent le choix entre une \u00e9volution pacifique et consensuelle et des crises dont l\u2019issue ne saurait \u00eatre pr\u00e9visible. Cette refondation des Etats ne saurait \u00eatre pilot\u00e9e par les syst\u00e8mes en place au risque de biaiser son effectivit\u00e9 et ressembler davantage \u00e0 un toilettage qui leur permettrait au contraire de se consolider en exasp\u00e9rant ainsi les frustrations et tensions qui traversent ces pays. Une prise de conscience rapide de cette r\u00e9alit\u00e9 \u00e9viterait \u00e0 certains pays de sombrer dans l\u2019inconnu et exposer ainsi leurs populations aux d\u00e9sordres suicidaires et au chaos.<\/p>\n<p>Le rejet de l\u2019ordre international actuel devrait s\u2019accompagner d\u2019une nouvelle offre de partenariat avec le monde fond\u00e9e sur une approche responsable et pragmatique des relations internationales. Pour cela il faudra certainement beaucoup de r\u00e9alisme et moins de fougue belliqueuse aussi l\u00e9gitime soit elle ! En mati\u00e8re de relations internationales, le r\u00f4le qui revient aux acteurs se mesure souvent \u00e0 leur capacit\u00e9 \u00e0 se surpasser et \u00e0 forcer le respect des autres partenaires. Il serait na\u00eff de croire qu\u2019un remplacement m\u00e9canique des partenaires suffirait \u00e0 des r\u00e9sultats susceptibles de r\u00e9pondre aux attentes des populations. Pour conserver ses atouts comme partenaire traditionnel et consolider ses liens avec ces anciennes colonies, la France se doit \u00e0 l\u2019\u00e9vidence de mettre \u00e0 jour et adapter ses pratiques de coop\u00e9ration afin de mieux prendre en compte les int\u00e9r\u00eats des peuples. Le reproche le plus pertinent qui pourrait \u00eatre fait \u00e0 la France est d\u2019avoir b\u00e2ti des semblants d\u2019Etats autour de certaines communaut\u00e9s et d\u2019avoir contribu\u00e9 \u00e0 la marginalisation d\u2019autres, cr\u00e9ant de fait des assemblages instables et \u00e9ph\u00e9m\u00e8res qui ne sauraient faire nations. En prot\u00e9geant pendant des d\u00e9cennies ces syst\u00e8mes ethnocentr\u00e9s au m\u00e9pris des identit\u00e9s, de l\u2019Histoire et de la G\u00e9ographie, la France a fait des choix de court terme qui ont brid\u00e9 le d\u00e9veloppement et la qualit\u00e9 de ses relations avec les peuples de la sous-r\u00e9gion. Le sentiment antifran\u00e7ais pourrait ainsi prendre racine dans des perceptions contradictoires du r\u00f4le de la France dans les politiques postcoloniales au Sahel.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis quelques ann\u00e9es, nous assistons \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019un nouveau panafricanisme caract\u00e9ris\u00e9 par une influence grandissante des franges les plus populistes et extr\u00e9mistes de ses militants qui fondent leur id\u00e9ologie sur des fantasmes identitaires \u00e9troits niant les r\u00e9alit\u00e9s objectives du continent. 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