{"id":4430,"date":"2022-06-01T16:18:53","date_gmt":"2022-06-01T15:18:53","guid":{"rendered":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=4430"},"modified":"2022-06-04T23:31:44","modified_gmt":"2022-06-04T22:31:44","slug":"le-printemps-democratique-du-monde-arabe-et-les-imazighen","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/le-printemps-democratique-du-monde-arabe-et-les-imazighen\/","title":{"rendered":"Le Printemps d\u00e9mocratique du monde arabe et les Imazighen"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_4424\" aria-describedby=\"caption-attachment-4424\" style=\"width: 188px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4424 size-medium\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?resize=188%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"188\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?resize=188%2C250&amp;ssl=1 188w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?w=450&amp;ssl=1 450w\" sizes=\"auto, (max-width: 188px) 100vw, 188px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4424\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #000080;\">Dr. Mohamed CHATATOU<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Le Printemps d\u00e9mocratique du monde arabe et les Imazighen<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Lecture critique du livre de Bruce Maddy-Weitzman intitul\u00e9: <\/strong><strong><em>Amazigh Politics in the Wake of the Arab Spring<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>Tout d&rsquo;abord, il y a eu le Printemps berb\u00e8re\u00a0: <em>Tafsut n-Imazighen<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Entre mars et juin 1980, les provinces du nord-est alg\u00e9rien de la Kabylie sont devenues le th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;un violent drame social et politique qui allait \u00eatre connu sous le nom de Printemps berb\u00e8re (ou <strong><em>Tafsut n-Imazighen<\/em><\/strong> en berb\u00e8re\/tamazight) qui a ouvert la voie au mouvement culturel transnational amazigh. La Kabylie a une histoire de r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9tat et, depuis l&rsquo;ind\u00e9pendance, elle est le centre de d\u00e9fense des droits culturels et linguistiques des Berb\u00e8res dans un \u00e9tat officiellement arabophone. [i]\n<p>Le 10 mars 1980, les autorit\u00e9s locales ont interdit une conf\u00e9rence sur la po\u00e9sie berb\u00e8re ancienne, qui devait \u00eatre donn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Tizi-Ouzou par l&rsquo;\u00e9crivain et ethnologue Mouloud Mammeri. En r\u00e9ponse, les \u00e9tudiants se sont mis en gr\u00e8ve, manifestant dans tout le pays pour mettre fin \u00e0 la \u00ab\u00a0r\u00e9pression culturelle\u00a0\u00bb, et le 7 avril, ils ont occup\u00e9 l&rsquo;universit\u00e9. Lorsque, le 20 avril, l&rsquo;arm\u00e9e a pris d&rsquo;assaut l&rsquo;universit\u00e9, arr\u00eatant et blessant des centaines de manifestants, une s\u00e9rie d&rsquo;affrontements violents entre la jeunesse kabyle et la police a \u00e9clat\u00e9. Bien que le calme soit ensuite revenu, les manifestations antigouvernementales se sont poursuivies jusqu&rsquo;\u00e0 ce que le dernier des \u00e9tudiants arr\u00eat\u00e9s soit lib\u00e9r\u00e9 le 26 juin. [ii]\n<p>Le Printemps berb\u00e8re a fait du berb\u00e9risme une force politique dans l&rsquo;Alg\u00e9rie postcoloniale et, plus largement, en Afrique du Nord. Les comm\u00e9morations de ces \u00e9v\u00e9nements sont devenues l&rsquo;activit\u00e9 indispensable des associations culturelles berb\u00e8res du monde entier et ont \u00e9t\u00e9 des moments d&rsquo;\u00e9laboration de programmes politiques et, dans le cas du Printemps noir d&rsquo;avril 2001, [iii] de nouvelles confrontations avec les autorit\u00e9s \u00e9tatiques.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s Jane Goodman les \u00e9v\u00e9nements d&rsquo;avril 1980 ont \u00e9t\u00e9 rendus possibles par la convergence de quatre r\u00e9seaux institutionnels et voies de diffusion en pleine expansion : [iv]\n<ul>\n<li><strong>Le programme d&rsquo;arabisation<\/strong> mis en \u0153uvre dans les \u00e9coles publiques alg\u00e9riennes ;<\/li>\n<li><strong>Un petit r\u00e9seau de collectifs culturels \u00e9tabli \u00e0 Paris<\/strong> dans la d\u00e9cennie qui a suivi l&rsquo;ind\u00e9pendance ;<\/li>\n<li><strong>Les modes de gouvernance \u00e9tudiante<\/strong> pratiqu\u00e9s dans les universit\u00e9s alg\u00e9riennes ; et<\/li>\n<li><strong>La presse internationale et les organisations de d\u00e9fense des droits de l&rsquo;homme<\/strong>.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les \u00e9v\u00e9nements de 1980 ont \u00e9t\u00e9 si dramatiques que de nombreuses personnes, tant des militants que des universitaires, restent convaincues qu&rsquo;il y a eu des morts. Des rumeurs de d\u00e9c\u00e8s ont circul\u00e9 dans la presse fran\u00e7aise dans les jours qui ont suivi les \u00e9v\u00e9nements. Cependant, elles n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9es dans les rapports ult\u00e9rieurs, et un compte-rendu publi\u00e9 dans le journal alg\u00e9rien <em>Alg\u00e9rie Actualit\u00e9<\/em> une semaine apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements a confirm\u00e9 qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas eu de morts. [v]\n<p>De plus, les comptes rendus d&rsquo;universitaires et d&rsquo;activistes berb\u00e8res, qui, en principe, font autorit\u00e9 (et qui auraient un fort int\u00e9r\u00eat politique \u00e0 signaler des d\u00e9c\u00e8s) ne mentionnent aucun d\u00e9c\u00e8s. Enfin, les t\u00e9moins oculaires pr\u00e9sents lors des \u00e9v\u00e9nements ont confirm\u00e9 qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas eu de d\u00e9c\u00e8s.<\/p>\n<p>Le fait que les \u00e9coles et les associations culturelles aient \u00e9merg\u00e9 comme double lieu de circulation du discours amazigh n&rsquo;est pas fortuit et n&rsquo;est pas non plus un ph\u00e9nom\u00e8ne exclusivement postcolonial.<\/p>\n<p>La r\u00e9vision de la Constitution du 28 novembre 1996 a reconnu pour la premi\u00e8re fois l&rsquo;amazighit\u00e9 comme l&rsquo;une des trois \u00ab\u00a0composantes fondamentales\u00a0\u00bb de l&rsquo;identit\u00e9 alg\u00e9rienne, aux c\u00f4t\u00e9s de l&rsquo;islam et de l&rsquo;arabit\u00e9). [vi] Le 12 mars 2002, le Pr\u00e9sident Bouteflika a annonc\u00e9 que la langue tamazight serait constitutionnellement reconnue comme une langue nationale (mais non officielle) de l&rsquo;Alg\u00e9rie, aux c\u00f4t\u00e9s de l&rsquo;arabe (qui reste la langue nationale et officielle) ; un amendement constitutionnel a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 \u00e0 cet effet le 3 avril 2002 par le Conseil constitutionnel et le 8 avril 2002 par le Parlement alg\u00e9rien. Le tamazight est d\u00e9sormais enseign\u00e9 de mani\u00e8re limit\u00e9e dans certaines \u00e9coles publiques alg\u00e9riennes.<\/p>\n<p>Si le Printemps berb\u00e8re a finalement \u00e9t\u00e9 violemment r\u00e9prim\u00e9 par les autorit\u00e9s alg\u00e9riennes, il a laiss\u00e9 un h\u00e9ritage durable \u00e0 la Kabylie et aux Berb\u00e8res d&rsquo;Afrique du Nord. De nombreux politiciens et militants kabyles \u00e9minents se sont fait conna\u00eetre lors des \u00e9v\u00e9nements du Printemps berb\u00e8re, et des organisations telles que le Rassemblement pour la culture et la d\u00e9mocratie (RCD) et le Mouvement culturel berb\u00e8re (MCB) ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es plus tard par des militants du Printemps. Le Printemps a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 un \u00e9v\u00e9nement important pour la communaut\u00e9 naissante des droits de l&rsquo;homme en Alg\u00e9rie, y compris en dehors des cercles berb\u00e8res.<\/p>\n<p>Depuis le d\u00e9mant\u00e8lement du syst\u00e8me \u00e0 parti unique du FLN en 1989 &#8211; suivi d&rsquo;une d\u00e9mocratisation avort\u00e9e et d&rsquo;une guerre civile -, quelques revendications du Printemps berb\u00e8re ont \u00e9t\u00e9 satisfaites par l&rsquo;\u00e9tat. En 2016, la langue berb\u00e8re est devenue une langue officielle de l&rsquo;Alg\u00e9rie, aux c\u00f4t\u00e9s de l&rsquo;arabe, quoique d&rsquo;autres points de discorde subsistent.<\/p>\n<p>Depuis janvier 2011, un activisme berb\u00e8re massif a r\u00e9-\u00e9merg\u00e9 en Afrique du Nord dans le sillage de la r\u00e9volution tunisienne et du renversement du pr\u00e9sident tunisien Ben Ali, dans ce que les Berb\u00e8res appellent parfois le Printemps berb\u00e9ro-arabe. Cette fois, les activistes berb\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 beaucoup plus actifs et se sont fait entendre dans les rues du Maroc et de la Libye plus qu&rsquo;en Alg\u00e9rie. En Libye, les rebelles berb\u00e8res ont contribu\u00e9 \u00e0 renverser Mouammar Qaddafi, car l&rsquo;offensive qui a permis de prendre Tripoli et de mettre fin \u00e0 la guerre civile dans ce pays provenait des montagnes berb\u00e8res de Jabal Nafousa.<\/p>\n<p><strong>Qui est Bruce Maddy-Weitzman\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Bruce Maddy-Weitzman a \u00e9t\u00e9 Senior Fellow du programme du Foreign Policy Research Institute sur le Moyen-Orient. Il est professeur associ\u00e9 au D\u00e9partement d&rsquo;histoire du Moyen-Orient et de l&rsquo;Afrique et chercheur principal au Centre Moshe Dayan d&rsquo;\u00e9tudes moyen-orientales et africaines de l&rsquo;Universit\u00e9 de Tel-Aviv.<\/p>\n<p>Les recherches de Maddy-Weitzman portent sur l&rsquo;histoire contemporaine du Moyen-Orient, les relations interarabes et le Maghreb moderne. Il est l&rsquo;auteur de plusieurs ouvrages\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li><em>Amazigh Politics in the Wake of the Arab Spring <\/em>(University of Texas Press, 2022);<\/li>\n<li><em>A Century of Arab Politics<\/em> (Rowman &amp; Littlefield, 2016);<\/li>\n<li><em>The Berber Identity Movement and the Challenge to North African States<\/em> (University of Texas Press, 2011), qui a re\u00e7u le Prix L. Carl Brown de l&rsquo;American Institute for Maghrib Studies en 2013; et<\/li>\n<li><em>The Crystallization of the Arab State System, 1945-1954<\/em> (Syracuse University Press, 1993)<\/li>\n<\/ul>\n<p>Il est \u00e9diteur ou co\u00e9diteur de treize volumes sur le Moyen-Orient et l&rsquo;Afrique du Nord modernes.<\/p>\n<p>Bruce Maddy-Weitzman est un historien isra\u00e9lien qui travaille sur les Imazighen et leurs mouvements culturels et politiques en Afrique du Nord depuis plusieurs d\u00e9cennies sans parti-pris. Il est connu et estim\u00e9 pour sa rigueur scientifique, la limpidit\u00e9 de ses analyses et son sens pouss\u00e9 du travail de terrain, sans oublier pour autant sa perspicacit\u00e9.<\/p>\n<p>Ses diff\u00e9rents ouvrages et ses articles de grande valeur sur la question amazighe renseigne \u00e0 la fois le lecteur lambda et le chercheur chevronn\u00e9 sur les Amazighs et leur activisme effr\u00e9n\u00e9 pour la reconnaissance de leur culture et langue dans un monde arabe qui ne reconnait que du bout des l\u00e8vres les autres ethnies qui existent dans cet immense espace g\u00e9ographique. [vii]\n<p>Bruce Maddy-Weitzman a su avec sa m\u00e9thodologie de haute facture s\u00e9parer l\u2019ivraie du foin dans ses travaux de grande valeur, sans tomber dans les \u00e9cueils du sentimentalisme du chercheur subjugu\u00e9 par le sujet de sa recherche ou se laisser emporter par trop de formalisme scientifique. En un mot, on peut dire qu\u2019il a opt\u00e9 dans ses travaux pour le juste milieu, une sorte de <em>wasatiyya <\/em>dans laquelle tout un chacun trouve son compte.<\/p>\n<p>On peut, aussi, dire que ce chercheur est un homme de dialogue et d\u2019interm\u00e9diation qui analyse les faits du terrain avec grande droiture et \u00e9norm\u00e9ment de sinc\u00e9rit\u00e9 en \u00e9vitant les conclusions h\u00e2tives qui peuvent donner naissance, des fois, \u00e0 des clich\u00e9s malencontreux. Par cons\u00e9quence son travail titanesque sur les Imazighen inspire confiance et respect par tout le monde. <em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Bruce Maddy-Weitzman a su avec sa m\u00e9thodologie de haute facture s\u00e9parer l\u2019ivraie du foin dans ses travaux de grande valeur, sans tomber dans les \u00e9cueils du sentimentalisme du chercheur subjugu\u00e9 par le sujet de sa recherche ou se laisser emporter par trop de formalisme scientifique. En un mot, on peut dire qu\u2019il a opt\u00e9 dans ses travaux pour le juste milieu, une sorte de <em>wasatiyya <\/em>dans laquelle tout un chacun trouve son compte.<\/p>\n<p>On peut, aussi, dire que ce chercheur est un homme de dialogue et d\u2019interm\u00e9diation qui analyse les faits du terrain avec grande droiture et \u00e9norm\u00e9ment de sinc\u00e9rit\u00e9 en \u00e9vitant les conclusions h\u00e2tives qui peuvent donner naissance, des fois, \u00e0 des clich\u00e9s malencontreux. Par cons\u00e9quence son travail titanesque sur les Imazighen inspire confiance et respect par tout le monde. <em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p><strong>Le Printemps d\u00e9mocratique du monde arabe en question et la cause amazighe<\/strong><\/p>\n<p>Pour Cleo Jay, [viii] depuis le d\u00e9but du \u00ab\u00a0Printemps arabe\u00a0\u00bb \u00e0 la fin de 2010, les soul\u00e8vements qui ont balay\u00e9 l&rsquo;Afrique du Nord ont fait couler beaucoup d&rsquo;encre. Cependant, le r\u00f4le des militants Amazighs dans les manifestations et leur soutien pr\u00e9coce aux mouvements de contestation populaire ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 peine reconnus, malgr\u00e9 les drapeaux et les banni\u00e8res distinctifs utilis\u00e9s dans toute la r\u00e9gion. Ces symboles visaient \u00e0 la fois \u00e0 affirmer leur identit\u00e9 distincte et \u00e0 contester le r\u00e9cit du Printemps d\u00e9mocratique du monde arabe comme un ph\u00e9nom\u00e8ne uniforme caus\u00e9 par des circonstances similaires dans diff\u00e9rents \u00e9tats.<\/p>\n<p>Ce qui est important dans cette perspective historique, c\u2019est que ce Printemps a montr\u00e9 au monde entier que les Amazighs refl\u00e8tent leur nationalisme non pas \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de leur groupe ou pays mais \u00e0 l\u2019\u00e9chelle supranational de Tamazgha ce qui semble contrarier le point de vue de l&rsquo;anthropologue social Gellner, pour qui les minorit\u00e9s berb\u00e8res ne se percevaient pas comme faisant partie d&rsquo;une communaut\u00e9 transnationale. Il a \u00e9crit, \u00e0 ce propos : [ix]\n<p><em>[\u00ab\u00a0Le Berb\u00e8re se voit comme un membre de telle ou telle tribu [&#8230;] et non comme un membre d&rsquo;un groupe ethnique linguistiquement d\u00e9fini.\u00a0\u00bb]<\/em><\/p>\n<p><em>\u201cThe Berber sees himself as a member of this or that tribe [\u2026] and not as a member of a linguistically defined ethnic group.\u201d<\/em><\/p>\n<p>Le Printemps d\u00e9mocratique du monde arabe a incit\u00e9 les Berb\u00e8res \u00e0 revendiquer leurs propres droits politiques et culturels, avec un certain succ\u00e8s &#8211; ils ont obtenu la reconnaissance officielle de leur langue au Maroc. [x] Mais la nouvelle ouverture politique a \u00e9galement amen\u00e9 au pouvoir leurs ennemis implacables, les islamistes, ce qui pourrait ouvrir la voie \u00e0 un nouveau conflit dans une r\u00e9gion d\u00e9j\u00e0 instable. [xi]\n<p>Pour Allen Fromherz [xii] le Moyen-Orient et l&rsquo;Afrique du Nord sont toutefois loin d&rsquo;\u00eatre des monolithes ethniques. Une minorit\u00e9 ethnique et linguistique importante, les Berb\u00e8res, qui forment une grande partie de la population de l&rsquo;Alg\u00e9rie, de la Libye et du Maroc, doivent se d\u00e9battre entre les r\u00e9gimes autoritaires actuels qui n&rsquo;ont reconnu que r\u00e9cemment leur identit\u00e9, et la perspective d&rsquo;une gouvernance islamiste qui menace de r\u00e9introduire l&rsquo;arabisation, le nationalisme islamique et le renversement de gains durement acquis. [xiii] \u00c0 cet \u00e9gard, le souvenir et la pertinence du printemps \u00ab\u00a0berb\u00e8re\u00a0\u00bb de 1980 semblent s&rsquo;accommoder assez mal des cons\u00e9quences persistantes du printemps dit \u00ab\u00a0arabe\u00a0\u00bb de 2011.<\/p>\n<p><strong><em>La politique amazighe au lendemain du printemps arabe (Amazigh Politics in the Wake of the Arab Spring)<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Beaucoup d\u2019intellectuels et d\u2019activistes amazighs sont contre l\u2019id\u00e9e d\u2019appeler les soul\u00e8vements de la r\u00e9gion MENA sous l\u2019appellation ethnique\u00a0: \u2018\u2019Printemps arabe\u2019\u2019 sachant pertinemment que beaucoup d\u2019autres ethnies ont pris part \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement politique. Cela montre une certaine myopie politique de la part du monde occidental qui, pourtant, utilise la cause des Berb\u00e8res, des Kurdes, etc. pour ces propres fins politiques, quand c\u2019est leur int\u00e9r\u00eat politique ou \u00e9conomique qui est en jeu. Donc, appeler ce tsunami politique de la r\u00e9gion MENA \u2018\u2019arabe\u2019\u2019, c\u2019est occulter l\u2019apport de beaucoup d\u2019autres peuples dans la r\u00e9gion. En principe au lieu de dire\u00a0: \u2018\u2019Printemps arabe\u2019\u2019 on aurait pu dire \u2018\u2019Printemps politique de la r\u00e9gion MENA\u2019\u2019, l\u2019appellation est, certes, longue mais elle est politiquement correcte.<\/p>\n<p>Comme \u00e0 l\u2019accoutum\u00e9, Bruce Maddy-Weitzman a, ind\u00e9niablement, produit un travail de haute facture sur la cause amazighe\u00a0: un ouvrage soign\u00e9, m\u00e9ticuleux et rigoureux qui ne verse aucunement dans le sentimentalisme primaire. Il est vrai que l\u2019auteur a un petit faible pour la cause amazighe, mais, toutefois, son ouvrage reste au-dessus de tout un travail scientifique hors-pair.<\/p>\n<p>C\u2019est un travail de 360<sup>0 <\/sup>d\u2019envergure englobant presque toute l\u2019aire g\u00e9ographique de Tamazgha du nord\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Vers une seconde r\u00e9publique ? L&rsquo;Alg\u00e9rie et la question amazighe\u00a0;<\/li>\n<li>Fin de l\u2019obscurit\u00e9\u00a0: les Imazighen libyens au grand jour dans une ambiance politique timor\u00e9e\u00a0;<\/li>\n<li>Tunisie : Le facteur amazigh entre en sc\u00e8ne\u00a0; et<\/li>\n<li>Les Imazighen marocains et le <em>Makhzen<\/em> : de la reconnaissance au malaise.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Et une partie de Tamazgha du sud\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Azawad\u00a0: la r\u00e9publique avort\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ce travail de longue haleine, ne fait point dans la dentelle, il s\u2019attaque de front aux probl\u00e8mes auxquels font face les Imazighen en Alg\u00e9rie ou le <em>Hirak <\/em>a \u00e9t\u00e9 \u00e9touff\u00e9 par les militaires au pouvoir et qui essayent du coup de marginaliser le mouvement amazigh quitte \u00e0 le remplacer par un autre docile et sympathique au r\u00e9gime en place. En Lybie bien que l\u2019obscurit\u00e9 et la peur dans lesquels vivaient les Amazighs s\u2019est dissip\u00e9e, les d\u00e9fis sont \u00e9normes dans un contexte politique difficile marqu\u00e9 par le manque de stabilit\u00e9 et de clart\u00e9 de vue. En Tunisie, par contre, les Amazighs ont point\u00e9 du nez sur la sc\u00e8ne nationale, mais n\u2019emp\u00eache que le mouvement est \u00e0 ses premiers balbutiements timides. Au Royaume ch\u00e9rifien, les succ\u00e8s amazighs d\u2019il y a une d\u00e9cennie semblent s\u2019estomper \u00e0 cause de la cooptation massive \u00e0 tel point que l\u2019IRCAM, hier symbole de l\u2019espoir, est aujourd\u2019hui un simple meuble de la maison, pour beaucoup d\u2019activistes amazighs. Dans la Tamazgha du sud, les Touaregs du Mali qui r\u00eavaient hier de l\u2019ind\u00e9pendance, n\u2019ont m\u00eame pas pu d\u00e9crocher l\u2019autonomie. Ils sont \u00e0 la fois manipul\u00e9s par le pouvoir central, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et par les Jihadistes d\u2019un autre.<\/p>\n<p>Pour l\u2019auteur l\u2019argument principal de son ouvrage est pr\u00e9sent\u00e9 comme suit\u00a0: [xiv]\n<p><em>[\u2018\u2019L&rsquo;argument central de cet ouvrage est que le mouvement amazigh, de plus en plus visible et affirm\u00e9, est pass\u00e9 d&rsquo;une orientation principalement ethnoculturelle \u00e0 une orientation plus explicitement politique et socio-\u00e9conomique.\u2019\u2019]<\/em><\/p>\n<p><em>\u2018\u2019The central argument of this volume is that the increasingly visible and assertive Amazigh movement shifted its emphasis from being primarily ethnocultural to one that was more explicitly political and socioeconomic.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p>Toutefois, bien que le mouvement amazigh est devenu beaucoup plus politique dans ses agissements, pourtant il me semble que l\u2019aspect socio-\u00e9conomique est loin d\u2019\u00eatre bien formul\u00e9 par celui-ci, soit parce qu\u2019il est coopt\u00e9 par les r\u00e9gimes en place, pour rester loin des sujets qui f\u00e2chent, soit qu\u2019il manque de maturit\u00e9 et d\u2019exp\u00e9rience pour traiter convenablement les probl\u00e8mes dans une aire ou la p\u00e9riph\u00e9rie est compl\u00e8tement occult\u00e9e par le centre.<\/p>\n<p>En effet, l\u2019Amazighland dans Tamazgha reste royalement en dehors du d\u00e9veloppement socio-\u00e9conomique pour manque criard d\u2019infrastructure de base. Les gouvernements en place ont toujours all\u00e9grement fait usage de la \u2018\u2019composante berb\u00e8re\u2019\u2019 pour embellir la carte postale du pays sans pour autant s\u2019atteler \u00e0 am\u00e9liorer le quotidien des populations concern\u00e9es. Ainsi, le pays Amazigh, reste un hinterland pauvre et totalement d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 comme il a toujours \u00e9t\u00e9 en d\u00e9pit des promesses officielles de d\u00e9veloppement. [xv]\n<p>L\u2019auteur entreprend une comparaison, fort int\u00e9ressante, entre le mouvement amazigh et les mouvements kurde et catalan dans leurs cheminements respectifs. Toutefois, malheureusement, il semble ignorer que les Kurdes ont \u00e9t\u00e9 \u00e9paul\u00e9 \u00e0 tous les niveaux par les Etats Unis et l\u2019Europe, surtout depuis leur guerre contre Saddam Hossein, par contre, les Amazighs n\u2019ont eu aucun soutien parce que les occidentaux ne veulent nullement antagoniser les r\u00e9gimes arabes sur place. Quant au mouvement catalan, la situation est diff\u00e9rente\u00a0: ils sont autonomes et ne manquent de rien parce qu\u2019ils font partie d\u2019une Europe riche et majestueuse.<\/p>\n<p>Un autre point important \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler c\u2019est que si les associations ne s\u2019adonnent pas \u00e0 c\u0153ur de joie \u00e0 convertir les populations \u00e0 l\u2019amazighit\u00e9 c\u2019est parce que soit ses associations sont lourdement coopt\u00e9es ou soit elles manquent de moyens mat\u00e9riels pour entreprendre un tel travail\u00a0: [xvi]\n<p><em>[\u2018\u2019Les groupes ethno-nationaux non dominants s&rsquo;affirmant de plus en plus dans le monde, les militants amazighs ont souvent \u00e9tabli des parall\u00e8les avec les Kurdes, l&rsquo;autre principale communaut\u00e9 ethnolinguistique du Grand Moyen-Orient qui n&rsquo;a pas obtenu le statut d&rsquo;\u00c9tat et l&rsquo;autod\u00e9termination. Des drapeaux kurdes ont m\u00eame \u00e9t\u00e9 brandis lors de manifestations amazighes. Ils consid\u00e9raient \u00e9galement les Catalans d&rsquo;Espagne comme un mod\u00e8le d&rsquo;\u00e9mulation et d&rsquo;inspiration. En retour, le gouvernement r\u00e9gional catalan a apport\u00e9 un certain soutien financier et moral aux groupes amazighs. Mais en dehors de programmes ethno-nationaux similaires, le mouvement amazigh \u00e9tait \u00e0 des ann\u00e9es-lumi\u00e8re derri\u00e8re les Kurdes et les Catalans lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agissait de comptabiliser les r\u00e9alisations. En outre, le programme du mouvement \u00e9tait encore loin d&rsquo;\u00eatre universellement accept\u00e9 par les populations amazighes elles-m\u00eames. En fait, les Berb\u00e8res se retrouvent dans tout l&rsquo;\u00e9ventail politique, y compris dans les \u00e9chelons sup\u00e9rieurs des \u00e9lites dirigeantes et dans les \u00e9l\u00e9ments islamiques radicaux. Bien s\u00fbr, il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne familier dans l&rsquo;histoire des mouvements ethno-nationaux &#8211; dans lesquels la premi\u00e8re t\u00e2che des activistes est g\u00e9n\u00e9ralement de persuader les membres de la \u00ab\u00a0nation\u00a0\u00bb de donner la priorit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;appartenance au collectif et de travailler \u00e0 sa r\u00e9ussite. R\u00e9aliser une r\u00e9volution conceptuelle qui ferait en sorte que le fait d&rsquo;\u00eatre Berb\u00e8re \u00a0\u00bb compte \u00a0\u00bb \u00e0 grande \u00e9chelle, m\u00eame si cela compte de diff\u00e9rentes mani\u00e8res pour chaque Berb\u00e8re, n&rsquo;\u00e9tait pas une mince affaire, et les obstacles au succ\u00e8s \u00e9taient nombreux.\u2019\u2019]<\/em><\/p>\n<p><em>\u2018\u2019As nondominant ethnonational groups become increasingly assertive around the world, Amazigh activists often drew parallels with the Kurds-the other main ethnolinguistic community in the Greater Middle East that lacked statehood and self-determination. Kurdish flags were even waved at Amazigh demonstrations. They also viewed the Catalans of Spain as a model of emulation and inspiration. In turn, the Catalan regional government provided some financial and moral support to Amazigh groups. But apart from similar ethnonational agendas, the Amazigh movement was light-years behind the Kurds and the Catalans when it came to tallying achievements. Moreover, the movement&rsquo;s agenda was still far from being universally accepted by Amazigh populaces themselves. In fact, Berbers could be found all across the political spectrum, including the upper echelons of the ruling elites and radical Islamic elements. Of course, this also is a familiar phenomenon in the history of ethnonational movements- in which the activists&rsquo; first task typically has been to persuade members of the \u00a0\u00bbnation\u00a0\u00bb to prioritize membership in the collective and work for its success. Bringing about a conceptual revolution that would make being Berber \u00a0\u00bbmatter\u00a0\u00bb on a grand scale. even as it very much mattered in different ways to individual Berbers, was not a small task, and the obstacles to success were many.<\/em><\/p>\n<p><strong>Aper\u00e7u succinct de l\u2019ouvrage<\/strong><\/p>\n<p>Comme indiqu\u00e9 ci-dessus, l\u2019ouvrage essaye d\u2019analyser la situation de la cause amazighe dans certains pays de Tamazgha m\u00e9diterran\u00e9enne et un pays de Tamazgha sub-saharienne pour mieux cerner les effets du Printemps d\u00e9mocratique du monde arabe sur les Imazighen de ces pays.<\/p>\n<p>Toutefois, en d\u00e9pit de reconnaissances officielles au Maroc et en Alg\u00e9rie, le d\u00e9veloppement \u00e9conomique des r\u00e9gions amazighes ne semble \u00eatre de l\u2019ordre du jour, chose qui a contribu\u00e9 au <em>Hirak <\/em>du Rif (<em>Amussu a\u0263erfan n-Arrif<\/em>) [xvii] entre 2016 et 2017, qui n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019une lutte\u00a0 contre les injustices sociales et politiques [xviii] et qui ne fait que perp\u00e9tuer un lourd h\u00e9ritage de contestations de cette r\u00e9gion amazighe marginalis\u00e9e depuis belle lurette.<\/p>\n<p>Le flambeau de ce <em>Hirak<\/em> fut repris, des plus belles, par les Alg\u00e9riens en 2019, comme c\u2019\u00e9tait le cas des Egyptiens apr\u00e8s la R\u00e9volution du Jasmin en Tunisie. Malheureusement, la conjonction du Covid-19 et la r\u00e9pression des militaires a eu raison de ce glorieux <em>Hirak <\/em>appel\u00e9 \u2018\u2019la r\u00e9volution du sourire\u2019\u2019.<\/p>\n<p><strong><em>Chapitre 1\u00a0: Troubles en Alg\u00e9rie<\/em><\/strong><\/p>\n<p>L\u2019ouvrage a le m\u00e9rite de bien mettre en \u00e9vidence les raisons qui ont conduit \u00e0 l\u2019instabilit\u00e9 en Alg\u00e9rie, qui sont multiples et enchev\u00eatr\u00e9es. Si l\u2019Alg\u00e9rie a connu une stabilit\u00e9 pr\u00e9caire de 2011 \u00e0 2018 (pp. 30-31) c\u2019est parce que le peuple a \u00e9t\u00e9 \u00e9c\u0153ur\u00e9 et meurtri par la guerre civile connue sous le nom de \u2018\u2019d\u00e9cennie noire\u2019\u2019 (26 d\u00e9cembre 1991 &#8211; 8 f\u00e9vrier 2002). [xix]\n<p>L\u2019auteur parle aussi de la radicalisation des Kabyles (pp. 31-39) qui s\u2019est manifest\u00e9e par l\u2019av\u00e8nement du Mouvement pour l&rsquo;autonomie de la Kabylie (MAK) n\u00e9 en juin 2001, et qui s\u2019est transform\u00e9 par la suite en Mouvement pour l&rsquo;autod\u00e9termination de la Kabylie (en kabyle: <em>Amussu i-ufraniman n-tmurt n-iqbayliyen<\/em>, en tifinagh: \u2d30\u2d4e\u2d53\u2d59\u2d59\u2d53 \u2d49 \u2d53\u2d3c\u2d54\u2d30\u2d4f\u2d49\u2d4e\u2d30\u2d4f \u2d4f \u2d5c\u2d4e\u2d53\u2d54\u2d5c \u2d4f \u2d49\u2d47\u2d31\u2d30\u2d62\u2d4d\u2d49\u2d62\u2d3b\u2d4f), depuis la r\u00e9union de son conseil national le 4 octobre 2013, au village d&rsquo;Ath Hamdoune (pp. 32-37). [xx]\n<p>Indirectement, en r\u00e9action \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement il y a eu une mise \u00e0 niveau cons\u00e9quente de la constitution (pp. 39-41) qui pr\u00f4nait la s\u00e9paration des pouvoirs et l\u2019ind\u00e9pendance judiciaire, mais ces changements sont rest\u00e9s lettre morte, comme s\u2019est toujours le cas dans le monde arabe.<\/p>\n<p>Par la suite, il y a eu des troubles ethniques au Mzab (pp. 41-45) durant lesquelles les populations amazighes ont \u00e9t\u00e9 agress\u00e9s par des Arabes cr\u00e9ant l\u2019atmosph\u00e8re d\u2019une mini-guerre ethnique qui semble avoir \u00e9t\u00e9 raviv\u00e9e par des forces exog\u00e8nes. [xxi]\n<p>Puis, l\u2019auteur s\u2019attaque au <em>Hirak<\/em> (pp. 45-51), qui semble \u00eatre, en tout \u00e9tat de cause, un printemps d\u00e9mocratique qui a touch\u00e9 l\u2019Alg\u00e9rie 8 ans apr\u00e8s celui qui s\u00e9vit toujours dans le monde arabe. Le <em>Hirak<\/em> a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clench\u00e9 par la volont\u00e9 du r\u00e9gime de reconduire Bouteflika pour un 5<sup>\u00e8me<\/sup> mandat sachant que l\u2019homme a \u00e9t\u00e9 diminu\u00e9 par l\u2019AVC, dont il a souffert, et aussi la fin de l\u2019\u00e9tat providence, au vu de la d\u00e9gringolade des prix du p\u00e9trole, l\u2019ingr\u00e9dient majeure de l\u2019\u00e9conomie alg\u00e9rienne.<\/p>\n<p>Toutefois, il semble que l\u2019av\u00e8nement du <em>Hirak <\/em>a \u00e9t\u00e9 beaucoup plus d\u00e9clench\u00e9 par la r\u00e9duction des subsides du gouvernement alg\u00e9rien qui a affect\u00e9 consid\u00e9rablement le pouvoir d\u2019achat r\u00e9galien de la population que le d\u00e9sir de Bouteflika de rempiler. Malheureusement l\u2019ouvrage ne semble pas mettre beaucoup d\u2019accent sur ce point, et donne, au lieu, beaucoup d\u2019importance \u00e0 d\u2019autres facteurs.<\/p>\n<p><strong><em>Chapitre 2\u00a0: La Libye\u00a0: succ\u00e8s pour la cause amazighe<\/em><\/strong><\/p>\n<p>La Libye a certes connu l\u2019un des \u00e9pisodes les plus meurtris du printemps d\u00e9mocratique dans le monde arabe. D\u2019abord Qaddafi, fid\u00e8le \u00e0 lui-m\u00eame, \u00e0 essayer de punir militairement les Libyens pour cause de leur soul\u00e8vement. Une fois le dictateur liquid\u00e9, le pays a sembl\u00e9 se d\u00e9sint\u00e9grer en, tribus ethniques et religieuses ou les acteurs mettent en \u00e9vidence beaucoup plus leur int\u00e9r\u00eat personnel que celui de l\u2019\u00e9tat. Ce flou subsiste toujours car les acteurs politiques libyens pataugent incessamment dans une mare de probl\u00e8mes complexes et aucune solution ne semble pointer \u00e0 l\u2019horizon pour le moment (pp. 63-65).<\/p>\n<p>Et comme le malheur des uns peut faire le bonheur des autres, le printemps d\u00e9mocratique a permis aux Imazighen de sortir de l\u2019ombre (pp. 57-67) et de s\u2019organiser, en cons\u00e9quence. Les Amazighs ont, sans aucun doute, jou\u00e9 un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant dans le passage du pays de la dictature meurtri\u00e8re de Qaddafi \u00e0 un pays qui est, certes, fractur\u00e9 mais qui veut, de tous ses v\u0153ux, devenir d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>Le Printemps d\u00e9mocratique a permis aux Amazighs, d\u2019abord, de sortir de l\u2019\u00e9tat de l\u2019isolement \u00e0 la lumi\u00e8re du grand jour, ainsi aujourd\u2019hui ils sont op\u00e9rationnels sur le plan social et politique. Mais bien sur ce n\u2019est que le d\u00e9but d\u2019un long cheminement qui devra aboutir, en fin de compte, \u00e0 une reconnaissance officielle totale (pp. 65-67).<\/p>\n<p>L\u2019ouvrage a bien cern\u00e9 les diff\u00e9rents aspects de la cause berb\u00e8re en mettant en exergue \u00e0 la fois les difficult\u00e9s et les opportunit\u00e9s. En guise de conclusion de ce chapitre, l\u2019auteur a \u00e9crit\u00a0: [xxii]\n<p><em>[\u2018\u2019Pour The Libyan Amazigh, la r\u00e9bellion de 2011 qui a renvers\u00e9 le r\u00e9gime de Kadhafi a eu des cons\u00e9quences consid\u00e9rables. En prenant les armes pour soutenir la r\u00e9bellion, Nafusa Imazighen est devenu, presque du jour au lendemain, une partie significative du tissu plus large de l&rsquo;espace contest\u00e9 du pays. Leur contribution militaire \u00e0 la victoire finale de l&rsquo;opposition ne pouvait \u00eatre ni\u00e9e et leur a fourni un nouveau degr\u00e9 de l\u00e9gitimit\u00e9 pour faire avancer les revendications dans l&rsquo;\u00e8re post-Kadhafi. En effet, la plupart des jeunes Libyens urbains connaissaient \u00e0 peine leur existence avant la guerre.\u2019\u2019]<\/em><\/p>\n<p><em>\u2018\u2019For The Libyan Amazigh, the 2011 rebellion that toppled Gaddafi&rsquo;s regime had far-reaching consequences. In taking arms in support of the rebellion, Nafusa Imazighen became, almost overnight, a meaningful part of the larger fabric of the country&rsquo;s contested space. Their military contribution to the opposition&rsquo;s ultimate victory could not be denied and provided them a new degree of legitimacy for advancing demands in the post-Qaddafi era. Indeed, most young urban Libyans barely knew of their existence prior to the war.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p><strong><em>Azawad: la r\u00e9publique chim\u00e9rique<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Le Mouvement national de lib\u00e9ration de l&rsquo;Azawad (Tamasheq : \u2d5c\u2d30\u2d4f\u2d3e\u2d54\u2d30 \u2d4f \u2d5c\u2d53\u2d4e\u2d30\u2d59\u2d5c \u2d39 \u2d30\u2d59\u2d4d\u2d30\u2d4d\u2d53 \u2d4f \u2d30\u2d63\u2d30\u2d53\u2d30\u2d37, <em>Tankra n-Tumast \u1e0d Aslalu n-Azawad<\/em>) est un mouvement majoritairement compos\u00e9 de membres de l&rsquo;ethnie touareg, dont certains auraient combattu dans le mouvement libyen pendant la guerre civile libyenne de 2011 (bien que d&rsquo;autres combattants touaregs du MNLA \u00e9taient du c\u00f4t\u00e9 du Conseil national de transition et sont retourn\u00e9s au Mali apr\u00e8s cette guerre). Le mouvement a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 en octobre 2011 et avait d\u00e9clar\u00e9 qu&rsquo;il inclut d&rsquo;autres peuples sahariens (pp. 87-89). [xxiii]\n<p>En 2011, apr\u00e8s l&rsquo;effondrement du r\u00e9gime de Qaddafi, les Touaregs qui avaient fait partie de l&rsquo;arm\u00e9e mercenaire de Qaddafi sont revenus dans le nord du Mali avec des armes sophistiqu\u00e9es. Pour les combattants touaregs, il s&rsquo;agissait d&rsquo;un voyage de l&rsquo;abondance \u00e0 la mis\u00e8re &#8211; ils avaient vu la richesse de la Libye, et maintenant, soudainement, ils \u00e9taient de retour dans leur pays d&rsquo;origine, en proie \u00e0 la pauvret\u00e9, \u00e0 la s\u00e9cheresse et \u00e0 la maladie. Ils ont d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;apporter la paix et la prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e0 la r\u00e9gion et de faire revivre les p\u00e2turages mourants &#8211; leur seule source de subsistance. Ils ont form\u00e9 le \u00ab\u00a0Mouvement national pour la lib\u00e9ration de l&rsquo;Azawad\u00a0\u00bb ou MNLA en 2011 comme plateforme politico-militaire pour poursuivre leur lutte pour l&rsquo;autonomie (pp. 99-104). [xxiv]\n<p>Le gouvernement malien a accus\u00e9 le mouvement d&rsquo;avoir des liens avec Al-Qaida au Maghreb islamique, ce que le MNLA a d\u00e9menti. Au 1er avril 2012, le MNLA et Ansar Dine contr\u00f4laient pratiquement tout le nord du Mali, y compris ses trois plus grandes villes, Kidal, Gao et Tombouctou. Les tensions entre le MNLA et Ansar Dine ont culmin\u00e9 lors de la bataille de Gao, au cours de laquelle le MNLA a perdu le contr\u00f4le des villes du nord du Mali au profit d&rsquo;Ansar Dine et du Mouvement pour l&rsquo;unicit\u00e9 et le Jihad en Afrique de l&rsquo;Ouest. [xxv]\n<p>Le mouvement Azawad a pris fin en 2013. Le gouvernement du Mali et la coordination des mouvements de l&rsquo;Azawad, \u00e9galement connue sous le nom de CMA, ont sign\u00e9 l&rsquo;accord de paix n\u00e9goci\u00e9 par l&rsquo;Alg\u00e9rie. Selon l&rsquo;accord, la CMA respectera \u00ab\u00a0l&rsquo;unit\u00e9 et l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 territoriale du Mali.\u00a0\u00bb Le gouvernement malien a accept\u00e9 de mettre en \u0153uvre un syst\u00e8me de gouvernement plus d\u00e9centralis\u00e9, avec des assembl\u00e9es r\u00e9gionales \u00e9lues au suffrage universel.<\/p>\n<p>Au lieu d&rsquo;une seule assembl\u00e9e \u00e9lue, l&rsquo;Azawad en comptera d\u00e9sormais cinq &#8211; une pour chacune des r\u00e9gions de la zone, \u00e0 savoir Tombouctou, Gao, Kidal, Taoudeni et M\u00e9naka, les deux derni\u00e8res devant \u00eatre nouvellement cr\u00e9\u00e9es. L&rsquo;accord pr\u00e9voit \u00e9galement une repr\u00e9sentation accrue des r\u00e9gions de l&rsquo;Azawad dans les institutions de l&rsquo;\u00c9tat malien, ainsi que des investissements \u00e9conomiques plus importants.<\/p>\n<p>Cependant, toutes ces promesses du Mali en faveur d&rsquo;une plus grande autonomie politique pour les Touaregs du nord ne se sont jamais concr\u00e9tis\u00e9es. Par cons\u00e9quent, le gouvernement malien est toujours confront\u00e9 \u00e0 d&rsquo;\u00e9normes d\u00e9fis pour contr\u00f4ler la situation dans la r\u00e9gion et il n&rsquo;a pas r\u00e9ussi jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 d\u00e9velopper la confiance parmi les Touaregs.<\/p>\n<p>En conclusion, l\u2019auteur \u00e9crit\u00a0: [xxvi]\n<p><em>[\u2018\u2019Seul le temps dira si l&rsquo;entit\u00e9 territoriale domin\u00e9e par les Touaregs r\u00e9appara\u00eetra et s&rsquo;av\u00e9rera plus durable que le para-\u00e9tat de l&rsquo;Azawad de 2012. En examinant la cha\u00eene des \u00e9v\u00e9nements, il est clair que les circonstances \u00e9taient peut-\u00eatre propices au lancement d&rsquo;une r\u00e9bellion, mais que la capacit\u00e9 \u00e0 la maintenir et \u00e0 \u00e9tablir un \u00c9tat ind\u00e9pendant fonctionnel d\u00e9passait les capacit\u00e9s du MNLA. Une foule de facteurs ont milit\u00e9 contre eux : l&rsquo;absence d&rsquo;un v\u00e9ritable consensus entre les groupes ethniques de l&rsquo;Azawad au nom desquels le MNLA pr\u00e9tendait parler ; la d\u00e9termination des groupes salafi-jihadi \u00e0 imposer leur propre programme ; le rejet total de l&rsquo;ind\u00e9pendance de l&rsquo;Azawad par la communaut\u00e9 internationale ; et, peut-\u00eatre le plus important, les divisions internes et les rivalit\u00e9s profond\u00e9ment enracin\u00e9es au sein de la soci\u00e9t\u00e9 touar\u00e8gue.\u2019\u2019]<\/em><\/p>\n<p><em>\u2018\u2019<\/em> <em>Only time will tell whether the Tuareg-dominated territorial entity will reemerge and prove to have more staying power than the Azawad parastate of 2012. In looking back at the chain of events, it is clear that the circumstances may have been propitious to launch a rebellion, but the ability to sustain it and establish a functioning independent state was beyond the MNLA&rsquo;s capacity. A host of factors militated against them: the absence of a real consensus among Azawad&rsquo;s ethnic groups for whom the MNLA claimed to speak; the determination of the Salafi-jihadi groups to impose their own program; the complete rejection of the Azawad&rsquo;s independence by the international community; and, perhaps most important, the deep-rooted internal divisions and rivalries within Tuareg society.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p><strong><em>Chapitre 4: Les Amazighs tunisiens entrent en sc\u00e8ne sur la pointe des pieds<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Le nombre de Tunisiens qui parlent actuellement l&rsquo;Amazigh est une question controvers\u00e9e, car aucune statistique officielle n&rsquo;est disponible. Certains militants estiment le nombre de locuteurs \u00e0 plus de 500 000, tandis que d&rsquo;autres estimations le r\u00e9duisent \u00e0 200 000, soit presque 2% des 12 millions de Tunisiens (estimation de 2022). [xxvii] La grande majorit\u00e9 d&rsquo;entre eux sont originaires d&rsquo;une vingtaine de villages des provinces m\u00e9ridionales de Matmata et de Tataouine, ainsi que de l&rsquo;\u00eele de Djerba (pp. 111-115). [xxviii]\n<p>L&rsquo;existence d&rsquo;une dizaine d&rsquo;organisations culturelles comme l&rsquo;ACTA (pp. 120-121) est le principal changement observ\u00e9 en Tunisie en ce qui concerne la question amazighe apr\u00e8s la r\u00e9volution de 2011 qui a d\u00e9pos\u00e9 le dictateur Ben Ali. La cr\u00e9ation d&rsquo;associations amazighes, tout comme les partis d&rsquo;opposition ou les m\u00e9dias ind\u00e9pendants, \u00e9tait auparavant interdite et s\u00e9v\u00e8rement punie. Huit ans plus tard, la Tunisie est le seul pays de ce que l&rsquo;on appelle les printemps d\u00e9mocratiques du monde arabe qui a pu soutenir un processus de transition d\u00e9mocratique sans sombrer dans la guerre civile ou le coup d&rsquo;\u00e9tat (bien que pour beaucoup d\u2019analystes la situation politique actuelle avec le pr\u00e9sident Kais Saeid, est un mini coup d\u2019\u00e9tat d\u00e9guis\u00e9). En fait, la transition est d\u00e9j\u00e0 dans l&rsquo;une de ses derni\u00e8res \u00e9tapes (pp. 115-119).[xxix]\n<p>La nouvelle, en mai 2019, de la cr\u00e9ation du premier parti amazigh de Tunisie, du nom d&rsquo;Akal, qui signifie \u00ab\u00a0terre\u00a0\u00bb en Amazigh, a secou\u00e9 le paysage politique tunisien. Certaines voix se sont \u00e9lev\u00e9es pour avertir qu&rsquo;elle comportait un danger pour l&rsquo;unit\u00e9 et la coh\u00e9sion nationales, un vieil argument utilis\u00e9 par les dictateurs. Le gouvernement a m\u00eame d\u00e9menti l&rsquo;information, dans une tentative de calmer les nationalistes arabes. \u2018<em>\u2019Aucun parti amazigh l\u00e9gal portant le nom de \u00ab\u00a0Akal\u00a0\u00bb n&rsquo;existe en Tunisie<\/em>\u00ab\u00a0, a proclam\u00e9 le ministre charg\u00e9 des relations avec les instances constitutionnelles, la soci\u00e9t\u00e9 civile et les droits de l&rsquo;homme (pp. 120-121).<\/p>\n<p>Akal est n\u00e9 apr\u00e8s qu&rsquo;un groupe d&rsquo;\u00e9tudiants, de militants et de chercheurs amazighs soit arriv\u00e9 \u00e0 la conclusion que le travail des ONG n&rsquo;\u00e9tait pas suffisant pour la r\u00e9cup\u00e9ration de la langue et de la culture. Cette voie \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 \u00e9puis\u00e9e, selon eux, et le mouvement amazigh devait entrer en politique pour obtenir de nouveaux droits.<\/p>\n<p>La priorit\u00e9 du manifeste d&rsquo;Akal est d&rsquo;obtenir la pleine reconnaissance de l&rsquo;identit\u00e9 amazighe dans les institutions publiques et dans la Constitution, ce qui implique de modifier son premier article. En outre, un grand centre de recherche sur la culture amazighe devrait \u00eatre cr\u00e9\u00e9, et l&rsquo;enseignement de la langue dans les \u00e9coles et son utilisation dans les m\u00e9dias devraient \u00eatre garantis.<\/p>\n<p>Pour Bruce Maddy-Weitzman, l\u2019irruption timide des Amazighs tunisiens sur la sc\u00e8ne politique \u00e9tait un combat tr\u00e8s difficile, sans aucun doute\u00a0: [xxx]\n<p><em>\u00a0[\u2018\u2019<\/em> <em>La dimension amazighe de la Tunisie s&rsquo;est lentement impos\u00e9e sur la sc\u00e8ne publique au cours de la d\u00e9cennie qui a suivi le renversement du r\u00e9gime de Ben Ali. La r\u00e9volution de 2011 a permis aux militants amazighs de cr\u00e9er ouvertement des associations pour promouvoir leur langue et leur culture, pour la premi\u00e8re fois depuis l&rsquo;ind\u00e9pendance du pays en 1956. En tant que communaut\u00e9 ethnolinguistique menac\u00e9e et historiquement marginalis\u00e9e, sa lutte pour la reconnaissance et le soutien des autorit\u00e9s publiques et de la soci\u00e9t\u00e9 civile a \u00e9t\u00e9 ardue. Il \u00e9tait encore plus difficile de mobiliser le grand nombre d&rsquo;Amazighs arabis\u00e9s pour qu&rsquo;ils s&rsquo;identifient et participent \u00e0 cet effort. La premi\u00e8re initiative modeste visant \u00e0 entrer dans la sph\u00e8re politique \u00e9lectorale en 2019 a \u00e9t\u00e9 controvers\u00e9e au sein de la communaut\u00e9 et au-del\u00e0, et n&rsquo;a eu aucun impact tangible.\u2019\u2019]<\/em><\/p>\n<p><em>\u2018\u2019<\/em> <em>Tunisia&rsquo;s Amazigh dimension slowly made its way onto the public stage in the decade following the toppling of the Ben Ali regime. The 2011 revolution made it possible for Amazigh activists to openly establish associations to promote their language and culture for the first time since the country achieved independence in1956. As an endangered and historically marginalized etnolinguistic community, its battle for recognition and support from state authorities and civil society was arduous. Mobilizing the large number of Arabized Amazigh to identify with, and participate in, such efforts was even harder. The first modest initiative to enter the electoral political sphere in 2019 was controversial within the community and beyond, and it made no tangible impact.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p><strong>Les Imazighen du Maroc: reconnaissance, <em>Hirak<\/em> et incertitude <\/strong>[xxxi]\n<p>La cause amazighe a \u00e9t\u00e9 une composante dynamique des protestations qui ont \u00e9merg\u00e9 au Maroc dans le cadre de l&rsquo;agitation populaire qui a gagn\u00e9 la majeure partie de l&rsquo;Afrique du Nord et du Moyen-Orient en 2011. Le mouvement, qui regroupait des associations diverses, s&rsquo;\u00e9tait joint aux manifestants du 20 f\u00e9vrier pour r\u00e9clamer la libert\u00e9 et la fin de la corruption (pp.131-135).<\/p>\n<p>La dorure amazighe au Maroc a brill\u00e9 apr\u00e8s le discours prononc\u00e9 par le monarque Mohammed VI en octobre 2001, \u00e0 Ajdir, dans la r\u00e9gion de Khenifra. Ses propos ont d\u00e9gonfl\u00e9 le d\u00e9cha\u00eenement des militants et intellectuels amazighs qui, une ann\u00e9e auparavant, avaient frapp\u00e9 aux portes du Palais avec un document : Le Manifeste Amazigh, qui r\u00e9clamait la reconnaissance nationale et juridique de l&rsquo;identit\u00e9 amazighe (pp. 131-135). <sup>[xxxii]<\/sup><\/p>\n<p>Les changements apport\u00e9s \u00e0 la constitution concernant les demandes amazighes ont signal\u00e9 un changement potentiel dans la politique amazighe de l&rsquo;\u00e9tat. Des voix amazighes \u00e9minentes ont accueilli les r\u00e9visions reconnaissant la langue et la culture amazighes comme le plus grand accomplissement du mouvement depuis des d\u00e9cennies (pp. 129-131). Cependant, ils ont temp\u00e9r\u00e9 leur optimisme par un profond scepticisme, [xxxiii] conscients des efforts pr\u00e9c\u00e9dents de l\u2019establishment pour coopter le mouvement (pp. 135-139). [xxxiv]\n<p>Lorsque le roi du Maroc Mohammed VI a inaugur\u00e9 l&rsquo;Institut royal de la culture amazighe -IRCAM- en 2002, certains ont interpr\u00e9t\u00e9 cette initiative comme une tentative de monopoliser l&rsquo;agenda amazigh et de fragmenter la cause. Les concessions royales ont \u00e0 plusieurs reprises divis\u00e9es les Amazighs au fil des ans, s\u00e9parant ceux qui sont pr\u00eats \u00e0 jouer le jeu de la politique d&rsquo;\u00e9tat de ceux qui se m\u00e9fient de l\u2019establishment et de son habitude de monter les adversaires politiques les uns contre les autres (pp. 151-153).<\/p>\n<p>D\u00e9sormais, l\u2019alphabet adopt\u00e9 par l\u2019IRCAM, le Tifinagh, est d\u00e9j\u00e0 visible sur les panneaux de signalisation des autoroutes, dans les institutions, dans les m\u00e9dias et les publicit\u00e9s commerciales. De plus, dans la capitale, Rabat, un imposant b\u00e2timent entour\u00e9 de larges esplanades, l&rsquo;Institut royal de la culture amazighe du Maroc, illumine, comme un phare, une identit\u00e9 avec sa propre langue et sa propre culture (pp. 129-131). <sup>[xxxv]<\/sup><\/p>\n<p>Ces 20 derni\u00e8res ann\u00e9es, le pays s&rsquo;est ouvert \u00e0 l&rsquo;acceptation de son identit\u00e9 amazighe, l\u2019IRCAM promeut la langue, mais sa mise en \u0153uvre r\u00e9elle et officielle reste en suspens &#8211; Les changements coexistent avec des protestations sociales impr\u00e9gn\u00e9es d&rsquo;amazighisme : le <em>Hirak<\/em> du Rif (pp. 143-150). [xxxvi]\n<p>Au fur et \u00e0 mesure que l&rsquo;activisme culturel amazigh augmentait, la pr\u00e9sence amazighe dans la vie politique augmentait \u00e9galement. Alors que de nombreux partis politiques amazighs qui ont \u00e9merg\u00e9 au cours de la premi\u00e8re d\u00e9cennie du 21<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle ont \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9s parce que la Constitution marocaine interdit aux partis politiques de se former sur la base de l&rsquo;ethnicit\u00e9, certains ont trouv\u00e9 un moyen de contourner l&rsquo;interdiction ethnique (pp. 150-151).<\/p>\n<p>Par exemple, bien que son programme ne s&rsquo;adresse pas uniquement aux Amazighs, le parti Mouvement Populaire (MP), l&rsquo;un des plus grands partis du Parlement marocain, est largement associ\u00e9 \u00e0 la communaut\u00e9 amazighe. En effet, le MP, qui a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 en 1957, travaille en \u00e9troite collaboration avec des militants amazighs et a mobilis\u00e9 le soutien du mouvement amazigh \u00e0 travers le pays, en plaidant pour la reconnaissance des pratiques culturelles amazighes et la protection des droits des Imazighen. [xxxvii]\n<p>En r\u00e9trospective du mouvement amazigh au Maroc, Bruce Maddy-Weitzman nous apprend que\u00a0:<\/p>\n<p><em>[\u2018\u2019La d\u00e9cennie 2011-2022 a \u00e9t\u00e9 riche en d\u00e9veloppements qui ont affect\u00e9 la grande et diverse communaut\u00e9 amazighe du Maroc de multiples fa\u00e7ons. Du mouvement du 20 f\u00e9vrier et de la proposition d&rsquo;une nouvelle constitution qui a donn\u00e9 un statut officiel \u00e0 Tamazight et \u00e0 l&rsquo;identit\u00e9 amazighe, aux protestations populaires et aux activit\u00e9s associatives en faveur des droits sociaux, \u00e9conomiques et culturels des Amazighs, au Hirak rifain et \u00e0 la lutte pour la loi organique, le facteur amazigh faisait d\u00e9sormais partie int\u00e9grante de la sph\u00e8re publique marocaine de plus en plus contest\u00e9e. Il est \u00e9galement un \u00e9l\u00e9ment de plus en plus l\u00e9gitime de la vie culturelle du pays. Dans le m\u00eame temps, le makhzen reste ma\u00eetre de la sph\u00e8re politique parlementaire et de l&rsquo;\u00e9conomie. Le F20 s&rsquo;est dissip\u00e9, les dol\u00e9ances locales et les actions de protestation sont rest\u00e9es lettre morte, le Hirak a \u00e9t\u00e9 \u00e9cras\u00e9 et les divisions internes sur la tactique et la strat\u00e9gie ont entrav\u00e9 la capacit\u00e9 du mouvement amazigh \u00e0 faire avancer son programme.\u2019\u2019]<\/em><\/p>\n<p><em>\u2018\u2019<\/em> <em>The decade covering 2011-2022 was packed with developments affecting Morocco&rsquo;s large and diverse Amazigh community in myriad ways. From the February 20 movement and the propagation of a new constitution that gave official status to Tamazight and Amazigh identity; to the grassroots protests and associational activities on behalf of Amazigh social, economic and cultural rights; to the Rifian Hirak and the struggle over the Organic Law-the Amazigh factor was now an integral part of Morocco&rsquo;s increasingly contested public sphere. It was also an increasingly legitimate part of the country&rsquo;s cultural life. At the same time, the makhzen remained in control of the parliamentary political sphere and the economy. F20 had dissipated, local grievances and protest actions remained just that, the Hirak had been crushed, and internal divisions over tactics and strategy hampered the ability of the Amazigh movement to advance its agenda.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n<p>Bruce Maddy-Weitzman, grand sp\u00e9cialiste du Maghreb et de la question amazighe vient de nous gratifier avec un ouvrage hors-norme qui a trait \u00e0 l\u2019impact du Printemps d\u00e9mocratique du monde arabe sur les Amazighs et l\u2019amazighit\u00e9. L\u2019ouvrage est, certes, dense et tr\u00e8s bien document\u00e9, ce qui fait de lui un travail acad\u00e9mique de grande facture scientifique, qui fera \u00e0 la fois le bonheur des chercheurs universitaires aussi bien que celui du lecteur n\u00e9ophyte.<\/p>\n<p>Le chercheur porte un regard critique sur l\u2019\u00e9tat des lieux sans tomber dans le parti-pris ni le pi\u00e8ge de la condescendance acad\u00e9mique. Par cons\u00e9quent ces arguments sont percutants, son verbe frais et convaincant et sa d\u00e9marche purement scientifique.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr comme dans toute recherche de ce genre il y a quelques manquements, minimes de port\u00e9e et d\u2019impact, mais le travail reste, en fin de compte, de grande fraicheur informative et de grande valeur acad\u00e9mique.<\/p>\n<p><strong>Notes de fin de texte\u00a0:<\/strong><\/p>\n[i] Roberts, Hugh. \u00ab\u00a0Towards an Understanding of the Kabyle Question in Contemporary Algeria.\u00a0\u00bb\u00a0<em>The Maghreb Review<\/em>\u00a05, nos. 5\u20136, 1980, pp. 115\u2013124.<\/p>\n[ii] Jay, C. \u2018\u2019A Berber Spring: the Breakthrough of Amazigh Minorities in the Uprisings\u2019 Aftermath\u2019\u2019, in: Gerges, F.A. (eds) <em>Contentious Politics in the Middle East. Middle East Today<\/em>. New York: Palgrave Macmillan, 2015. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1057\/9781137530868_14\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/doi.org\/10.1057\/9781137530868_14<\/a><\/p>\n[iii] Chabani, Hamid. <em>Le Printemps noir de 2001 en Kabylie. Le cas de la coordination communale d&rsquo;A\u00efn-Zaouia<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan, 2011.<\/p>\n<p>Suite au d\u00e9c\u00e8s d&rsquo;un jeune dans les locaux d&rsquo;une gendarmerie en Kabylie en avril 2001, de violentes \u00e9meutes ont lieu pour d\u00e9noncer les abus et les injustices commises par la gendarmerie. C&rsquo;est le printemps noir de Kabylie. L&rsquo;auteur relate les \u00e9v\u00e9nements de 2001 et nous plonge au c\u0153ur de ces manifestations en \u00e9tudiant le cas de la coordination d&rsquo;A\u00efn-Zaouia, un creuset et un laboratoire de d\u00e9mocratie participative.<\/p>\n[iv] Goodman, Jean.\u00a0\u2018\u2019Reinterpreting the Berber spring: from rite of reversal to site of convergence\u2019\u2019,\u00a0<em>The Journal of North African Studies<\/em>, 9:3, 2004, pp. 60-82, DOI: <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/1362938042000325813\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">10.1080\/1362938042000325813<\/a><\/p>\n[v] Blidi, M. \u00ab\u00a0Tizi-Ouzou : La s\u00e9r\u00e9nit\u00e9\u00a0\u00bb, <em>Alg\u00e9rie Actualit\u00e9<\/em> 756, 1-7 mai 1980, p. 4.<\/p>\n[vi] <em>La Constitution de la R\u00e9publique alg\u00e9rienne d\u00e9mocratique et populaire<\/em>. Alger: Conseil constitutionnel alg\u00e9rien, 1996.<\/p>\n[vii] Hourani, Albert. <em>Minorities in the Arab World<\/em>. London: Oxford University Press, 1947.<\/p>\n[viii] Jay, C. \u2018\u2019A Berber Spring: the Breakthrough of Amazigh Minorities in the Uprisings\u2019 Aftermath\u2019\u2019, in: Gerges, F.A. (eds) <em>Contentious Politics in the Middle East. Middle East Today<\/em>. Op. cit.<\/p>\n[ix] Gellner, E. \u201cIntroduction\u201d, in\u00a0<em>Arabs and Berbers: From Tribe to Nation in North Africa<\/em>, ed. Gellner, E. &amp; C Micaud. London: Duckworth, 1973, p. 13.<\/p>\n[x] Oiry-Varacca, M. \u201cLe \u2018Printemps arabe\u2019 \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des revendications amazighes au Maroc: Analyse des enjeux territoriaux et politiques des discours sur l\u2019identit\u00e9,\u201d\u00a0<em>L\u2019espace Politique<\/em>,\u00a02012. <a href=\"http:\/\/espacepolitique.revues.org\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/espacepolitique.revues.org<\/a><\/p>\n[xi] Silverstein, Paul A. \u201cA New Morocco? Amazigh Activism, Political Pluralism and Anti\u2013Anti-Semitism\u201d, <em>The Brown Journal of World Affairs<\/em>, vol. 18, no. 2, 2012, pp. 129\u201340. <em>JSTOR<\/em>, <a href=\"http:\/\/www.jstor.org\/stable\/24590868\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.jstor.org\/stable\/24590868<\/a><\/p>\n[xii] Fromherz, Allen. \u2018\u2019Between Springs: The Berber Dilemma\u2019\u2019, <em>Wiley Online Library<\/em>, 24 juillet 2014. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/muwo.12054\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/muwo.12054<\/a><\/p>\n[xiii] Medici, Lorenzo.\u00a0\u2018\u2019The promotion of linguistic rights before and after 2011: UNESCO\u2019s role in the Maghrib\u2019\u2019, <em>The Journal of North African Studies<\/em>, 23, 3, 2018, pp. 440-459.<\/p>\n[xiv] Maddy-Weitzman, Bruce. <em>Amazigh Politics in the Wake of the Arab Spring<\/em>. Austin, Texas: University of Texas Press, 2022, p. 4.<\/p>\n[xv][xv] Chtatou, Mohamed. \u2018\u2019Le monde amazigh, l&rsquo;\u00e9ternel oubli\u00e9 du d\u00e9veloppement au Maroc\u2019\u2019, <em>Le Monde Amazigh<\/em>, 13 mars 2018. <a href=\"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/le-monde-amazigh-leternel-oublie-du-developpement-au-maroc-2\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/le-monde-amazigh-leternel-oublie-du-developpement-au-maroc-2\/<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref16\" name=\"_edn16\">[<\/a>xvi] Maddy-Weitzman, Bruce. <em>Amazigh Politics in the Wake of the Arab Spring<\/em>. Op. cit., p. 14.<\/p>\n[xvii] Wolf, Anne.\u00a0\u00ab\u00a0Morocco&rsquo;s Hirak movement and legacies of contention in the Rif\u00a0\u00bb,\u00a0<em>The Journal of North African Studies<\/em>,\u00a024,\u00a01, 2019, pp. 1\u20136.<\/p>\n[xviii] Aadel, Mohamed, &amp; Azzedine Hajji. \u2018\u2019Hirak du Rif : une lutte sociale et politique contre les injustices syst\u00e9miques au Maroc\u2019\u2019,\u00a0<em>La Revue Nouvelle<\/em>, vol. 8, no. 8, 2018, pp. 22-29.<\/p>\n[xix] Soua\u00efdia, Habib.\u00a0<em>La sale guerre, Le t\u00e9moignage d&rsquo;un ancien officier des forces sp\u00e9ciales de l&rsquo;arm\u00e9e alg\u00e9rienne, 1992-2000<\/em>. Paris\u00a0: La D\u00e9couverte, 2001 (Cahiers Libres).<\/p>\n[xx] Direche-Slimani, Karima. \u00ab\u00a0Le mouvement des \u00e2arch en Alg\u00e9rie\u00a0: pour une alternative d\u00e9mocratique autonome\u00a0?\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Revue des mondes musulmans et de la M\u00e9diterran\u00e9e<\/em>,\u00a0n<sup>os<\/sup>\u00a0111-112,\u200e\u00a031 mars 2006,\u00a0pp.\u00a0183\u2013196. <a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/remmm\/2873\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/journals.openedition.org\/remmm\/2873<\/a><\/p>\n<p><em>\u2018\u2019Le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 est marqu\u00e9, pour l\u2019Alg\u00e9rie, par une contestation populaire ambitieuse et originale\u00a0: les\u00a0\u00e2arch. N\u00e9e en Kabylie et pr\u00e9tendant \u00e0 une repr\u00e9sentation nationale, elle a pour objectif de d\u00e9noncer publiquement les maux qui malm\u00e8nent la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne en interpellant directement les repr\u00e9sentants de l\u2019\u00c9tat. En court-circuitant les relais politiques traditionnels et en adoptant des pratiques de repr\u00e9sentation politique puis\u00e9es dans l\u2019organisation sociale pass\u00e9e du monde berb\u00e8re, le mouvement des\u00a0\u00e2arch\u00a0propose une mobilisation et une dynamique de la contestation unique dans l\u2019histoire du Maghreb contemporain. Mais son ancrage r\u00e9gional et le discours identitaire cristallis\u00e9 sur la langue berb\u00e8re ainsi que la strat\u00e9gie de \u00ab\u00a0pourrissement\u00a0\u00bb adopt\u00e9e par l\u2019\u00c9tat alg\u00e9rien enferme rapidement le mouvement dans une interpr\u00e9tation ethnicis\u00e9e de la contestation sociale.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n[xxi] Chaouchi, Mohamed. \u2018\u2019Alg\u00e9rie. Violences intercommunautaires \u00e0 Gharda\u00efa : quels enjeux ?\u2019\u2019, <em>Diploweb<\/em>, le 4 janvier 2015. <a href=\"https:\/\/www.diploweb.com\/Algerie-Violences.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.diploweb.com\/Algerie-Violences.html<\/a><\/p>\n<p><em>\u2018\u2019L\u2019autre fait marquant de ces \u00e9v\u00e9nements est\u00a0<strong>la cause berb\u00e8re<\/strong> qui est mise en avant par certains activistes mozabites. Ces \u00e9meutes intercommunautaires cacheraient une tentative du pouvoir central alg\u00e9rien \u00ab d\u2019arabiser de force \u00bb la vall\u00e9e du M\u2019Zab. La soci\u00e9t\u00e9 berb\u00e8re mozabite a \u00e9t\u00e9, d\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance du pays en 1962, mal per\u00e7ue par Alger, qui la consid\u00e9rait comme r\u00e9trograde et sectaire. Dans une d\u00e9marche politique de mise en place d\u2019un Etat-nation alg\u00e9rien fort, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1960, le gouvernement a facilit\u00e9 le d\u00e9placement massif de nomades arabes vers la ville de Gharda\u00efa. Cette installation d\u2019une communaut\u00e9 non berb\u00e9rophone et non ibadite dans la capitale des Mozabites aurait pour finalit\u00e9 l\u2019assimilation \u00e0 long terme des Mozabites au reste de la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne. Il est d\u00e9licat de confirmer ou d\u2019infirmer cette perception obsidionale, mais quoi qu\u2019il en soit, l\u2019existence de celle-ci est \u00e0 prendre en compte pour comprendre les tensions.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n[xxii] Maddy-Weitzman, Bruce. <em>Amazigh Politics in the Wake of the Arab Spring<\/em>. Op. cit., p. 83.<\/p>\n[xxiii] Mann, Gregory. \u00ab\u00a0The Mess in Mali\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Foreign Policy<\/em>, 5 avril 2012. <a href=\"https:\/\/web.archive.org\/web\/20141029103350\/http:\/www.foreignpolicy.com\/articles\/2012\/04\/05\/the_mess_in_mali\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/web.archive.org\/web\/20141029103350\/http:\/\/www.foreignpolicy.com\/articles\/2012\/04\/05\/the_mess_in_mali<\/a><\/p>\n[xxiv] Zounmenou, David. \u2018\u2019The National Movement for the Liberation of Azawad factor in the Mali crisis\u2019\u2019,<\/p>\n<p><em>African Security Review<\/em>, Vol 22: 3, 2013, pp. 167-174. <a href=\"https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10246029.2013.823794\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/full\/10.1080\/10246029.2013.823794<\/a><\/p>\n<p>Le Mali est un champ de bataille depuis plus d&rsquo;un an maintenant. Si le conflit arm\u00e9 est survenu \u00e0 la suite de la crise libyenne qui a laiss\u00e9 l&rsquo;environnement s\u00e9curitaire r\u00e9gional appauvri, il a \u00e9galement servi de catalyseur \u00e0 l&rsquo;effondrement de l&rsquo;autorit\u00e9 de l&rsquo;\u00c9tat au Mali. Cela a cr\u00e9\u00e9 des conditions propices \u00e0 la prolif\u00e9ration et aux attaques de groupes arm\u00e9s religieux radicaux dans les r\u00e9gions du nord du pays, notamment le mouvement arm\u00e9 touareg : le Mouvement national de lib\u00e9ration de l&rsquo;Azawad (MNLA). Mais, loin d&rsquo;\u00eatre un ph\u00e9nom\u00e8ne nouveau, l&rsquo;insurrection arm\u00e9e men\u00e9e par les Touaregs dans les r\u00e9gions du nord est aussi vieille que l&rsquo;\u00c9tat malien postcolonial, et continue de poser d&rsquo;\u00e9normes d\u00e9fis en Afrique de l&rsquo;Ouest et dans la r\u00e9gion du Sahel pour les acteurs r\u00e9gionaux et extrar\u00e9gionaux. La crise r\u00e9cente dans la r\u00e9gion du Sahel est consid\u00e9r\u00e9e comme l&rsquo;une des plus graves depuis la fin de la guerre froide, et l&rsquo;on s&rsquo;attend \u00e0 ce qu&rsquo;elle ait des cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses \u00e0 long terme sur la s\u00e9curit\u00e9 de la r\u00e9gion et au-del\u00e0. Alors que l&rsquo;attention se concentre principalement sur la d\u00e9faite des groupes djihadistes qui ont menac\u00e9 la survie de l&rsquo;\u00c9tat malien, il ne faut pas perdre de vue que le \u00ab\u00a0facteur touareg\u00a0\u00bb, tel que repr\u00e9sent\u00e9 par la r\u00e9bellion lanc\u00e9e par le MNLA, reste crucial \u00e0 la fois pour appr\u00e9cier la d\u00e9t\u00e9rioration de la situation et pour tenter d&rsquo;\u00e9laborer des solutions durables. L&rsquo;article soutient que le recours persistant des Touaregs \u00e0 la r\u00e9bellion contre Bamako doit \u00eatre compris dans le cadre d&rsquo;une trajectoire historique qui prend en consid\u00e9ration trois param\u00e8tres cl\u00e9s : premi\u00e8rement, l&rsquo;\u00c9tat postcolonial du Mali et les relations de ses dirigeants africains avec les descendants des communaut\u00e9s touaregs ; deuxi\u00e8mement, l&rsquo;amalgame cr\u00e9\u00e9 par la soi-disant guerre contre le terrorisme ; et, enfin, les contradictions du processus de d\u00e9mocratisation des ann\u00e9es 1990. [R\u00e9sum\u00e9 du journal].<\/p>\n[xxv] Pflanz, Mike.\u00a0\u00ab\u00a0Mali rebels seize Timbuktu\u00a0\u00bb,\u00a0<em>The Telegraph<\/em>, London, 1 avril 2012. <a href=\"https:\/\/www.telegraph.co.uk\/news\/worldnews\/africaandindianocean\/mali\/9179392\/Mali-rebels-seize-Timbuktu.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.telegraph.co.uk\/news\/worldnews\/africaandindianocean\/mali\/9179392\/Mali-rebels-seize-Timbuktu.html<\/a><\/p>\n[xxvi] Maddy-Weitzman, Bruce. <em>Amazigh Politics in the Wake of the Arab Spring<\/em>. Op. cit., p. 104.<\/p>\n[xxvii] <a href=\"https:\/\/www.worldometers.info\/world-population\/tunisia-population\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.worldometers.info\/world-population\/tunisia-population\/<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref28\" name=\"_edn28\">[<\/a>xxviii] Ghribi, Asma. \u2018\u2019Not Arab, and Proud of It\u2019\u2019, <em>Foreign Policy<\/em>, 9 aout 2016. <a href=\"https:\/\/foreignpolicy.com\/2016\/08\/09\/not-arab-and-proud-of-it\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/foreignpolicy.com\/2016\/08\/09\/not-arab-and-proud-of-it\/<\/a><\/p>\n[xxix] Pouessel, St\u00e9phanie. \u201cLa revendication amazighe en Tunisie\u2009: la tunisianit\u00e9 au d\u00e9fi de la transition politique\u201d. Tilmatine, Mohand, et Thierry Desrues.\u00a0<em>Les revendications amazighes dans la tourmente des \u00ab\u00a0printemps arabes\u00a0\u00bb\u00a0: Trajectoires historiques et \u00e9volutions r\u00e9centes des mouvements identitaires en Afrique du Nord.<\/em>\u00a0Rabat\u00a0: Centre Jacques-Berque, 2017, pp. 215-232. <a href=\"http:\/\/books.openedition.org\/cjb\/1365\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/books.openedition.org\/cjb\/1365<\/a><\/p>\n<p><em>\u2018\u2019Si langues et culture amazighes repr\u00e9sentent un socle commun \u00e0 l\u2019ensemble des pays du Maghreb, les revendications qui leur sont li\u00e9es n\u2019ont longtemps pu s\u2019\u00e9panouir publiquement qu\u2019au Maroc et en Alg\u00e9rie. En Tunisie et en Libye, si des vell\u00e9it\u00e9s militantes pouvaient d\u00e9fier les r\u00e9gimes autoritaires, toute critique sociale ou politique \u00e9tait \u00e9touff\u00e9e par les pouvoirs en place. Dans ces deux pays, il faudra attendre la rupture r\u00e9volutionnaire de 2011 pour que s\u2019ouvre le champ \u00e0 la pluralit\u00e9 politique et pour que surgisse le militantisme amazigh sur le devant de ces nouvelles sc\u00e8nes politiques maghr\u00e9bines.<\/em><\/p>\n<p><em>Dans le cas de la revendication amazighe en Tunisie, d\u00e8s les lendemains de la r\u00e9volution, des citoyens se mobilisent en associations qui \u0153uvrent \u00e0 la sauvegarde de ce patrimoine en voie d\u2019extinction, \u00e0 la valorisation des traditions et \u00e0 la reconnaissance de leur sp\u00e9cificit\u00e9 linguistique et culturelle. Cette mobilisation s\u2019inscrit dans la longue lutte des Amazighs en Afrique du Nord mais lui est irr\u00e9ductible tant le contexte national pr\u00e9domine. En effet, les d\u00e9fis que pose aujourd\u2019hui la question amazighe en Tunisie mettent au jour des probl\u00e9matiques cl\u00e9s du\u00a0moment tunisien\u00a0telles que l\u2019ouverture du champ politique, l\u2019islamisme et l\u2019h\u00e9ritage n\u00e9o-destourien.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n[xxx] Maddy-Weitzman, Bruce. <em>Amazigh Politics in the Wake of the Arab Spring<\/em>. Op. cit., p. 123.<\/p>\n[xxxi] Silverstein, Paul, and David Crawford. \u201cAmazigh Activism and the Moroccan State.\u201d <em>Middle East Report<\/em>, no. 233, 2004, pp. 44\u201348. <em>JSTOR<\/em>, <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.2307\/1559451\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/doi.org\/10.2307\/1559451<\/a>.<\/p>\n[xxxii] <a href=\"https:\/\/www.axl.cefan.ulaval.ca\/afrique\/berbere-manifeste-2000.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.axl.cefan.ulaval.ca\/afrique\/berbere-manifeste-2000.htm<\/a><\/p>\n[xxxiii] Maddy-Weitzman, Bruce. \u201cIns\u00e9curit\u00e9 \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie\u2009: les griefs socio-\u00e9conomiques et le mouvement amazigh au Maroc\u2009\u201d. Tilmatine, Mohand, et Thierry Desrues.\u00a0<em>Les revendications amazighes dans la tourmente des \u00ab\u00a0printemps arabes\u00a0\u00bb\u00a0: Trajectoires historiques et \u00e9volutions r\u00e9centes des mouvements identitaires en Afrique du Nord.<\/em>\u00a0Rabat\u00a0: Centre Jacques-Berque, 2017, pp. 195-213. <a href=\"http:\/\/books.openedition.org\/cjb\/1362\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/books.openedition.org\/cjb\/1362<\/a><\/p>\n<p><em>\u2018\u2019Ce que l\u2019on appelle l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 humaine a longtemps \u00e9t\u00e9 une caract\u00e9ristique ind\u00e9niable du quotidien des Marocains vivant dans les r\u00e9gions p\u00e9riph\u00e9riques du pays, dont la plupart sont peupl\u00e9es principalement de populations amazighes. Le mouvement identitaire amazigh au Maroc a toujours pris en compte la dimension socio-\u00e9conomique dans son r\u00e9cit dominant de l\u2019abandon et de la r\u00e9pression orchestr\u00e9s par les autorit\u00e9s \u00e9tatiques, ce qui lui a permis d\u2019appeler \u00e0 un changement radical des priorit\u00e9s politiques nationales en faveur de r\u00e9ponses concr\u00e8tes \u00e0 apporter aux questions que pose l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 humaine dans ces terroirs. Ce faisant, ces demandes ont eu un \u00e9cho limit\u00e9.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n[xxxiv]\u00a0Feliu, Laura. \u2018\u2019Le Mouvement culturel amazigh (MCA) au Maroc\u2019\u2019,\u00a0<em>L\u2019Ann\u00e9e du Maghreb<\/em>, I\u00a0|\u00a02004, pp. 274-285. <a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/anneemaghreb\/313\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/journals.openedition.org\/anneemaghreb\/313<\/a><\/p>\n<p><em>\u2018\u2019Le Mouvement culturel amazigh \u00e0 vocation \u00ab\u00a0nationale\u00a0\u00bb, avec des objectifs d\u00e9finis et un militantisme consolid\u00e9, na\u00eet dans la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es soixante, \u00e0 l\u2019initiative de l\u2019Association marocaine de recherches et d\u2019\u00e9changes culturels (AMREC). Celle-ci a officiellement vu le jour le 10 janvier 1967. La cr\u00e9ation d\u2019une association reconnaissant de mani\u00e8re explicite son adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019amazighit\u00e9 \u00e9tant alors impensable, les termes \u00ab\u00a0berb\u00e8re\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0amazigh\u00a0\u00bb n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 inclus dans sa d\u00e9nomination. C\u2019est pourquoi, le terme \u00ab\u00a0culturel\u00a0\u00bb est consacr\u00e9 comme un substitut qui assume cette r\u00e9f\u00e9rence.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n[xxxv]\u00a0Rollinde, Marguerite. \u00a0\u00ab\u00a0Le mouvement amazighe au Maroc\u00a0: d\u00e9fense d\u2019une identit\u00e9 culturelle, revendication du droit des minorit\u00e9s ou alternative politique\u00a0?\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Insaniyat<\/em>, 8\u00a0|\u00a01999. <a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/insaniyat\/8325\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/journals.openedition.org\/insaniyat\/8325<\/a><\/p>\n[xxxvi] Maddy-Weitzman, Bruce. \u201cContested Identities: Berbers, \u2018Berberism\u2019 and the State in North Africa,\u201d <em>The Journal of North African Studies<\/em>, Vol. 6 No. 3, Autumn 2001, p. 24, pp. 24-47.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9mergence du mouvement de la culture berb\u00e8re\/amazigh, au Maroc, en Alg\u00e9rie et dans la diaspora berb\u00e8re, pose d&rsquo;importantes questions aux r\u00e9gimes et soci\u00e9t\u00e9s nord-africains \u00e0 l&rsquo;aube du XXIe si\u00e8cle. En outre, il constitue un terrain fertile pour les \u00e9tudiants du nationalisme, de la m\u00e9moire collective et de l&rsquo;identit\u00e9. Les exp\u00e9riences des Berb\u00e8res en Alg\u00e9rie et au Maroc ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s diff\u00e9rentes l&rsquo;une de l&rsquo;autre, et posent donc diff\u00e9rents ensembles de questions aux r\u00e9gimes, soci\u00e9t\u00e9s et institutions respectifs.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, ces exp\u00e9riences ont abouti \u00e0 une conscience de soi croissante chez les Berb\u00e8res en tant que Berb\u00e8res dans les deux pays, ce qui inclut de plus en plus une dimension politique plus explicite.<\/p>\n<p>Les Amazighs de Kabylie coexistent difficilement avec les autorit\u00e9s de l&rsquo;\u00c9tat dans une situation d&rsquo;incertitude g\u00e9n\u00e9rale. Le cas marocain est plus amorphe et moins ouvertement politique, mais il fait n\u00e9anmoins partie du nouvel \u00ab\u00a0imaginaire\u00a0\u00bb berb\u00e8re. Le processus de remodelage et de red\u00e9finition de la signification des identit\u00e9s collectives marocaines et alg\u00e9riennes a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 et sera certainement marqu\u00e9 par des tensionse et de difficult\u00e9s. La mani\u00e8re dont la conscience collective berb\u00e8re croissante de soi interagit avec les \u00e9tats marocains et alg\u00e9riens, ainsi qu&rsquo;avec d&rsquo;autres segments de leurs soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9terminera en grande partie le cours futur des affaires nord-africaines.<\/p>\n[xxxvii] Chtatou, Mohamed. \u2018\u2019The Amazigh Cultural Renaissance\u2019\u2019, <em>Washington Institute, <\/em>18 janvier 2019. <a href=\"https:\/\/www.washingtoninstitute.org\/policy-analysis\/amazigh-cultural-renaissance\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.washingtoninstitute.org\/policy-analysis\/amazigh-cultural-renaissance<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Printemps d\u00e9mocratique du monde arabe et les Imazighen Lecture critique du livre de Bruce Maddy-Weitzman intitul\u00e9: Amazigh Politics in the Wake of the Arab Spring Tout d&rsquo;abord, il y a eu le Printemps berb\u00e8re\u00a0: Tafsut n-Imazighen Entre mars et juin 1980, les provinces du nord-est alg\u00e9rien de la Kabylie sont devenues le th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;un &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":4424,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[10,13],"tags":[],"class_list":["post-4430","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","","category-maroc","category-opinions"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?fit=450%2C600&ssl=1","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9uxE2-19s","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4430","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4430"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4430\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4443,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4430\/revisions\/4443"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4424"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4430"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4430"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4430"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}