{"id":4647,"date":"2022-10-13T12:50:28","date_gmt":"2022-10-13T11:50:28","guid":{"rendered":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=4647"},"modified":"2022-10-13T00:50:56","modified_gmt":"2022-10-12T23:50:56","slug":"la-femme-reine-incontestable-du-monde-amazigh","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/la-femme-reine-incontestable-du-monde-amazigh\/","title":{"rendered":"La femme, reine incontestable du monde amazigh"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_4424\" aria-describedby=\"caption-attachment-4424\" style=\"width: 188px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4424\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?resize=188%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"188\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?resize=188%2C250&amp;ssl=1 188w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?w=450&amp;ssl=1 450w\" sizes=\"auto, (max-width: 188px) 100vw, 188px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4424\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #000080;\">Dr. Mohamed Chtatou<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle amazighe \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;origine une soci\u00e9t\u00e9 matriarcale, la femme, surtout la m\u00e8re avait une place centrale dans la soci\u00e9t\u00e9. On allait jusqu&rsquo;\u00e0 parler d&rsquo;un sanctuaire vivant, pour dire combien elles \u00e9taient importantes et, \u00e0 tous points de vue, consid\u00e9r\u00e9es comme \u00e9gales \u00e0 l&rsquo;homme.<\/p>\n<p>La m\u00e8re d\u00e9termine donc l&rsquo;appartenance familiale et on retrouve encore des traces de cette soci\u00e9t\u00e9 dans la langue Tamazight avec les mots: <strong><em>ouma<\/em><\/strong> \u2018\u2019fr\u00e8re, mon fr\u00e8re\u00a0\u00bb et <strong><em>oultma<\/em><\/strong> \u00ab\u00a0s\u0153ur, ma s\u0153ur\u2019\u2019 qui sont g\u00e9n\u00e9r\u00e9s \u00e0 partir du lex\u00e8me <strong><em>yemma<\/em><\/strong> \u2018\u2019m\u00e8re, ma m\u00e8re\u2019\u2019 et nullement de celui du concepteur <em>baba <\/em>\u2018\u2019p\u00e8re, mon p\u00e8re\u2019\u2019.<\/p>\n<p>Les femmes amazighes constituent, sans nul doute, le pilier incontournable de la famille et de la communaut\u00e9 amazighe. Elles sont les gardiennes d&rsquo;un savoir et d&rsquo;un savoir-faire ancestraux, qu&rsquo;elles v\u00e9hiculent \u00e0 travers leur langue maternelle, vecteur de valeurs et d&rsquo;identit\u00e9. Le mot \u00ab\u00a0<strong>Tamazight<\/strong>\u00a0\u00bb d\u00e9signe \u00e0 la fois la langue, le territoire et la femme : un terme et un acte hautement symboliques. [i]\n<p>H\u00e9riti\u00e8res d&rsquo;une longue tradition matriarcale, les femmes amazighes continuent \u00e0 remplir leur r\u00f4le et \u00e0 pr\u00e9sider \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation de leurs enfants, \u00e0 g\u00e9rer leur foyer et \u00e0 pr\u00e9server leur patrimoine en termes de connaissances traditionnelles [ii] (par exemple, la transmission de la langue et des savoirs, l&rsquo;\u00e9ducation, la m\u00e9decine traditionnelle, [iii] et l&rsquo;artisanat).<\/p>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-4649 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/1.jpg?resize=614%2C767&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"614\" height=\"767\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/1.jpg?w=614&amp;ssl=1 614w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/1.jpg?resize=200%2C250&amp;ssl=1 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 614px) 100vw, 614px\" \/><\/p>\n<p><strong>Centralit\u00e9 de la femme chez les Imazighen<\/strong><\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 berb\u00e8re est essentiellement matriarcale et les femmes berb\u00e8res sont tenues en haute estime. Les Berb\u00e8res en d\u00e9pit de leur islamisation progressive qui a commenc\u00e9 en 680, pratiquent rarement la polygamie. Chez les Amazighs, aussi, c\u2019est les hommes qui sont voil\u00e9s (Touaregs de l\u2019Alg\u00e9rie, du Mali, du Niger et les Hommes Bleus du Maroc) et pas les femmes.<\/p>\n<p>Il va sans le dire que la femme jouit d\u2019une importance capitale dans la soci\u00e9t\u00e9 amazighe dans toutes les contr\u00e9es de <strong>Tamazgha<\/strong>, sans exception aucune. Elle est le pilier de la soci\u00e9t\u00e9 et la gardienne des traditions culturelles et des savoirs ancestraux. [iv] Sans oublier, pour autant, que les Amazighs doivent la survie et la p\u00e9rennit\u00e9 de leur langue \u00e0 la femme qui a toujours jou\u00e9 le r\u00f4le de <strong>courroie de transmission<\/strong> de leur idiome. [v]\n<p>Pour Fatima Sadiqi, ce r\u00f4le qui a longtemps \u00e9t\u00e9 occult\u00e9 commence \u00e0 \u00eatre reconnu de plus en plus dans la soci\u00e9t\u00e9 amazighe\u00a0: [vi]\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>[\u2018\u2019Les femmes marocaines ont jou\u00e9 un r\u00f4le essentiel dans la pr\u00e9servation de la langue et de la culture amazighe, un r\u00f4le qui n&rsquo;a commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre pleinement appr\u00e9ci\u00e9 que tr\u00e8s r\u00e9cemment. En effet, la question complexe du point de rencontre entre \u00ab\u00a0genre\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0langue et culture\u00a0\u00bb, et la relation entre ce point de rencontre et le statut g\u00e9n\u00e9ral des femmes, est un sujet encore tr\u00e8s peu discut\u00e9 au Maroc, bien que la citoyennet\u00e9 et le statut des femmes dans ce pays multilingue et multiculturel soient \u00e9troitement li\u00e9s aux langues marocaines et \u00e0 leur utilisation.\u2019\u2019]<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u2018\u2019Moroccan women have played an essential role in preserving Amazigh language and culture, a role that has only very recently started to be fully appreciated. Indeed, the complex question of the point where \u2018gender\u2019 and \u2018language and culture \u2019meet, and the relationship between that meeting point and the general status of women, is still a subject very little discussed in Morocco, although the citizenship and status of women in this multilingual and multicultural country are closely tied in with the Moroccan languages and their usage.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p>Chez le peuple amazigh l\u2019importance de la gente f\u00e9minine est codifi\u00e9e dans la langue. En effet le mot <strong><em>tamaghart<\/em><\/strong> qui d\u00e9signe la femme a pour contrepartie masculine le mot <strong><em>amghar<\/em><\/strong> qui veut dire chef de clan ou de tribu, d\u2019o\u00f9 le lex\u00e8me <strong><em>tamaghart<\/em><\/strong> veut dire chef de famille et par extension s\u00e9mantique chef de la civilisation. Parmi certains groupes berb\u00e8res, comme dans le cas du Rif, la femme est le pilier de la maison\u00a0: <strong><em>arkizth n-dhadd\u00e2th\/n-ukh\u00e2m<\/em><\/strong><em>. <\/em>On va m\u00eame plus loin pour la surnommer <strong><em>dhgh\u00e2gh\u00e2th<\/em><\/strong> (fourneau bas, en terre ou en m\u00e9tal, apparent\u00e9 au brasero, utilis\u00e9 pour le chauffage ou la cuisson des aliments), pour son importance pour la survie de la soci\u00e9t\u00e9 et son bien-\u00eatre.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019affiliation chez les Berb\u00e8res, on retrouve la centralit\u00e9 de la femme. En effet la soci\u00e9t\u00e9 amazighe depuis l\u2019aube des temps \u00e9tait une soci\u00e9t\u00e9 matriarcale. C\u2019est seulement apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019islam en Afrique du Nord \u00e0 partir du VIIe si\u00e8cle que progressivement la soci\u00e9t\u00e9 a commenc\u00e9 \u00e0 adopter une apparence patriarcale, bien que le matriarcat reste toujours de mise. [vii]\n<p>Toutefois, dans la langue l\u2019affiliation a toujours un aspect matriarcal, ainsi pour le mot \u2018\u2019fr\u00e8re\u2019\u2019 <strong><em>ouma <\/em><\/strong>et <strong><em>oultma<\/em><\/strong> \u2018\u2019s\u0153ur\u2019\u2019 on trouve le lex\u00e8me de base <strong><em>ma<\/em><\/strong> de <strong><em>yemma<\/em><\/strong> \u2018\u2019m\u00e8re\u2019\u2019, comme cit\u00e9 ci-dessus. On trouve cet aspect plus apparent dans la langue touar\u00e8gue aussi, d\u2019apr\u00e8s H. Claudot-Hawad\u00a0: [viii]\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u2018\u2019Chez les Touaregs, la plupart des termes sont compos\u00e9s \u00e0 partir du lex\u00e8me de base qui d\u00e9signe la \u00ab\u00a0m\u00e8re\u00a0\u00bb (ma). Ainsi, en\u00a0tamahaght,\u00a0le fr\u00e8re et la s\u0153ur sont appel\u00e9es litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0fils ou fille de la m\u00e8re\u00a0\u00bb (a\u00f1a,\u00a0amalgame phon\u00e9tique de\u00a0ag ma,\u00a0et\u00a0welet ma)\u00a0; l\u2019oncle maternel (parent \u00ab\u00a0crois\u00e9\u00a0\u00bb), distinct de l\u2019oncle paternel (parent \u00ab\u00a0parall\u00e8le\u00a0\u00bb), se d\u00e9nomme \u201cfils de la m\u00e8re de la m\u00e8re\u201d (a\u00f1at ma)\u00a0; le \u201cneveu\u201d et la \u201cni\u00e8ce\u201d d\u2019un homme sont d\u00e9finis comme \u00ab\u00a0fils \/ fille de la fille de la m\u00e8re\u00a0\u00bb (ag elet ma\u00a0et\u00a0ulet elet ma). Cette logique s\u00e9mantique singuli\u00e8re se retrouve \u00e0 l\u2019\u0153uvre, au moins partiellement, dans beaucoup de terminologies de parent\u00e9 de l&rsquo;aire berb\u00e9rophone et notamment dans l\u2019appellation des germains\u2019\u2019.<\/em><\/p>\n<p>En outre, les Touaregs ont une ascendance matrilin\u00e9aire. La descendance matrilin\u00e9aire est \u00e9galement encourag\u00e9e par la production de la langue.\u00a0 Becker [ix] explique que la langue amazighe est celle<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u00a0[\u00ab\u00a0de l&rsquo;identit\u00e9 culturelle, du foyer, de la famille, de l&rsquo;affiliation au village, de l&rsquo;intimit\u00e9, des traditions, de l&rsquo;oralit\u00e9 et de la nostalgie d&rsquo;un pass\u00e9 lointain\u00a0\u00bb]<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u201cOf cultural identity, home, the family, village affiliation, intimacy, traditions, orality, and nostalgia to a remote past\u201d<\/em><\/p>\n<p>Et qu&rsquo;en tant que telle, elle<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>[\u00ab\u00a0perp\u00e9tue des attributs consid\u00e9r\u00e9s comme f\u00e9minins dans la culture marocaine\u00a0\u00bb]<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">\u201cPerpetuates attributes that are considered female in the Moroccan culture\u201d<\/p>\n<p>De plus, les femmes amazighes enseignent la langue et sont donc les gardiennes et les porteuses de leurs identit\u00e9s culturelles et de leurs traditions.<\/p>\n<p><strong>Femme amazighe \u00e0 travers l\u2019histoire<\/strong><\/p>\n<p>La femme amazighe, \u00e0 travers l\u2019histoire, \u00e9tait d\u00e9esse\u00a0: Tanit, chef guerrier\u00a0: Dihya, reine\u00a0: Tin Hinan. [x]\n<p><strong><em>Tanit, la d\u00e9esse<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Tanith (Tanit) [xi] \u00e9tait une d\u00e9esse m\u00e8re de la fertilit\u00e9 et de la lune, ador\u00e9e \u00e0 Carthage (Tunisie actuelle), vers 814-146 avant notre \u00e8re. Elle \u00e9tait la d\u00e9esse protectrice de Carthage et est apparent\u00e9e \u00e0 Ishtar et Astarte. Elle \u00e9tait l&rsquo;\u00e9pouse de Baal-Hammon, le dieu de la fertilit\u00e9 et divinit\u00e9 principale de Carthage. [xii]\n<p>Tanit \u00e9tait ador\u00e9e dans les contextes puniques de la M\u00e9diterran\u00e9e occidentale, en Sicile, \u00e0 Malte, en Afrique du Nord, \u00e0 Gad\u00e8s et dans de nombreux autres endroits jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque hell\u00e9nistique. Les anciens Berb\u00e8res d&rsquo;Afrique du Nord ont \u00e9galement adopt\u00e9 le culte punique de Tanit. [xiii]\n<p>Tanit, la reine c\u00e9leste, est la d\u00e9esse des amateurs d&rsquo;\u00e9toiles et des astrologues. D\u00e9esse de la fertilit\u00e9 et de l&rsquo;abondance, Tanit \u00e9tait l&rsquo;esprit supr\u00eame de Carthage, la nation ph\u00e9nicienne d&rsquo;Afrique du Nord, aujourd&rsquo;hui surtout connue pour son h\u00e9ros Hannibal (247- entre 183 et 181 BC). [xiv] Le r\u00e8gne de Tanit, qui a dur\u00e9 pr\u00e8s de deux mille ans, du IXe si\u00e8cle avant J.-C. \u00e0 la conqu\u00eate romaine, n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 \u00e9radiqu\u00e9 que par l&rsquo;Islam, bien que des rumeurs de vestiges de son culte parmi les tribus amazighes (berb\u00e8res) des montagnes fassent p\u00e9riodiquement surface. [xv]\n<p>Tanit \u00e9tait une d\u00e9esse internationale. Sa v\u00e9n\u00e9ration s&rsquo;est r\u00e9pandue dans les colonies ph\u00e9niciennes [xvi] dans ce qui est aujourd&rsquo;hui Malte, la Sardaigne et l&rsquo;Espagne. Septimus Severus (11 avril 146-4 f\u00e9vrier 211 de notre \u00e8re), le premier empereur romain n\u00e9 en Afrique du Nord, a introduit le culte de Tanit \u00e0 Rome.<\/p>\n<p>Tanit \u00e9tait la divinit\u00e9 primordiale en Afrique : \u00a0\u00bb <em>l&rsquo;a\u00een\u00e9e, m\u00e8re des dieux, qui a illumin\u00e9 le premier visage.<\/em> \u00a0\u00bb Elle \u00e9tait \u00a0\u00bb <em>repr\u00e9sent\u00e9e sans \u00e9quivoque comme une cr\u00e9atrice autog\u00e9n\u00e9tique\/parth\u00e9nog\u00e9n\u00e9tique<\/em> \u00ab\u00a0. [xvii] Elle est le \u00ab\u00a0<em>premier acte conscient de cr\u00e9ation \u00e0 partir du vide, qui prend le potentiel inerte de la Nonne et provoque le d\u00e9but de la cr\u00e9ation<\/em>\u00ab\u00a0. [xviii] Les M\u00e8res Primordiales ont des attributs communs car elles sont une seule et m\u00eame personne, avec des distinctions culturelles mineures : Tanit de Tamazgha, Neith de Libye, Anat de Canaan, Isis d&rsquo;Afrique, Ath\u00e9na de Gr\u00e8ce, Ngame d&rsquo;Akan, etc.<\/p>\n<p>Son nom pourrait \u00eatre d\u00e9riv\u00e9 de <em>netet<\/em> qui signifie \u00ab\u00a0<em>tricoter, tisser<\/em>\u00ab\u00a0. [xix]\u00a0 Tanit a tiss\u00e9 le monde sur son m\u00e9tier \u00e0 tisser, et son ic\u00f4ne comprend souvent un symbole de m\u00e9tier \u00e0 tisser.\u00a0 En tant que patronne des tisserands, elle fournissait les bandages en lin utilis\u00e9s pour la momification et les soins respectueux des morts. Aujourd&rsquo;hui, le tissage de chaque tisserande est le symbole de son devenir, une continuation du pouvoir parth\u00e9nog\u00e9n\u00e9tique du Premier Principe.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;origine, Tanit \u00e9tait une d\u00e9esse de la lune, peut-\u00eatre la m\u00eame qu&rsquo;Ishtar ou Astarte. Lorsqu&rsquo;elle a atteint l&rsquo;Afrique, elle semble avoir absorb\u00e9 une d\u00e9esse berb\u00e8re plus ancienne qui \u00e9tait peut-\u00eatre un peu la m\u00eame. Les artistes ont parfois dessin\u00e9 ou sculpt\u00e9 Tanit en tant que femme, et l&rsquo;ont parfois simplifi\u00e9e en un triangle (repr\u00e9sentant sa robe) avec un cercle au sommet (repr\u00e9sentant sa t\u00eate) et une ligne transversale (repr\u00e9sentant ses bras).<\/p>\n<p>Il y a d\u00e9bat pour savoir si Tanit est une importation ph\u00e9nicienne ou une indig\u00e8ne amazighe (berb\u00e8re). Il est possible qu&rsquo;elle soit les deux. Tanit peut \u00eatre une d\u00e9esse amazighe qui a \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9e comme Astart\u00e9 par les Ph\u00e9niciens. Tanit peut aussi \u00eatre un autre nom pour Neith. [xx]\n<p>M\u00eame apr\u00e8s que de nombreux peuples d&rsquo;Afrique du Nord soient devenus chr\u00e9tiens dans les ann\u00e9es 300, il y avait encore beaucoup de gens qui v\u00e9n\u00e9raient leur ancienne d\u00e9esse Tanit. Mais lorsque la plupart des gens se sont convertis \u00e0 l&rsquo;islam vers 700, ils ont progressivement cess\u00e9 de v\u00e9n\u00e9rer Tanit et l&rsquo;ont oubli\u00e9e.<\/p>\n<p>Tanit, \u00e9tait, en perspective, une d\u00e9esse berb\u00e8re de la prosp\u00e9rit\u00e9, de la fertilit\u00e9, de l&rsquo;amour et de la lune, la premi\u00e8re d\u00e9esse punique, et ph\u00e9nicienne de la divinit\u00e9 centrale de la p\u00e9riode antique, les militaires amazighs pratiquaient certains rituels en son honneur. Son symbole est un cercle et un triangle s\u00e9par\u00e9s par une ligne.<\/p>\n<p>Les po\u00e8tes et les savants de tous les \u00e2ges l&rsquo;ont connue sous le nom de la d\u00e9esse Neith. Il ne fait aucun doute que la Nit des anciens \u00c9gyptiens, la Tanit des Ph\u00e9niciens et l&rsquo;Ath\u00e9na des Grecs n&rsquo;\u00e9taient autres que la d\u00e9esse libyenne Tannit. [xxi]\n<p>La d\u00e9esse Neith est l&rsquo;une des plus anciennes d\u00e9esses du monde et son sanctuaire est attest\u00e9 en \u00c9gypte depuis l&rsquo;\u00e9poque pr\u00e9dynastique. Elle \u00e9tait la divinit\u00e9 protectrice de la ville de Sais, dans le delta occidental du Nil, en Basse-\u00c9gypte.<\/p>\n<p>Son nom berb\u00e8re Tannit signifierait Ta-Nit, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0la terre de Nit\u00a0\u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;ancienne Libye (l&rsquo;ensemble de l&rsquo;Afrique du Nord d&rsquo;aujourd&rsquo;hui) qui \u00e9tait son foyer originel. Selon H\u00e9rodote, Tannit (qu&rsquo;il appelait Ath\u00e9na) \u00e9tait v\u00e9n\u00e9r\u00e9e par les Amazones libyennes autour du lac Tritonis. [xxii]\n<p>La signification du nom de Neith a \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9e de nombreuses fa\u00e7ons, la plus populaire \u00e9tant celle qui l&rsquo;associe \u00e0 l&rsquo;eau en tant que personnification des eaux primordiales de la cr\u00e9ation, ce qui fait d&rsquo;elle la d\u00e9esse cr\u00e9atrice. Son nom l&rsquo;associe \u00e9galement \u00e0 la \u00ab\u00a0sagesse\u00a0\u00bb et \u00e0 la \u00ab\u00a0loi\u00a0\u00bb et, \u00e0 ce titre, elle \u00e9tait l&rsquo;arbitre dans la dispute entre Horus et Seth et donc la gardienne de l&rsquo;ordre cosmique.<\/p>\n<figure id=\"attachment_4650\" aria-describedby=\"caption-attachment-4650\" style=\"width: 610px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4650 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Representation-de-Tanit.jpg?resize=610%2C337&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"610\" height=\"337\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Representation-de-Tanit.jpg?w=610&amp;ssl=1 610w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Representation-de-Tanit.jpg?resize=450%2C250&amp;ssl=1 450w\" sizes=\"auto, (max-width: 610px) 100vw, 610px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4650\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #000080;\">Repr\u00e9sentation de Tanit [xxiii]<\/span><\/figcaption><\/figure>Edouard Lipinski [xxiii] avance l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;un lien avec une racine s\u00e9mitique <em>t-n-y<\/em>, \u00ab\u00a0se lamenter\u00a0\u00bb, donnant \u00e0 son nom le sens de \u00ab\u00a0Celle qui pleure\u00a0\u00bb ; il en d\u00e9duit que son \u00e9pith\u00e8te Tanit Pene Baal devrait \u00eatre traduite \u00e0 juste titre par \u00ab\u00a0Celle qui pleure devant Baal\u00a0\u00bb. Cependant, une fois de plus, cette th\u00e9orie repose sur un mot obscur : comme le souligne Robert M. Kerr, la racine <em>t-n-y<\/em> n&rsquo;est attest\u00e9e que deux fois dans l&rsquo;Ancien Testament, et dans les deux cas, elle peut \u00e9galement signifier \u00ab\u00a0r\u00e9p\u00e9ter\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0r\u00e9citer\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Une th\u00e9orie plus r\u00e9cente, propos\u00e9e par Theo Vennemann, [xxiv] relie le nom de Tanit \u00e0 la racine s\u00e9mitique <em>m-n-h<\/em> et au mot <em>manah<\/em>, qui signifie \u00ab\u00a0compter, d\u00e9compter ou attribuer\u00a0\u00bb, inclus entre la \u00ab\u00a0t-f\u00e9minisation\u00a0\u00bb chamito-s\u00e9mitique. Il cite les divinit\u00e9s du Proche-Orient <em>Manat<\/em> (arabe), <em>Meni <\/em>(h\u00e9breu) et <em>Ishtar Menutum<\/em> (m\u00e9sopotamien), toutes d\u00e9esses de la fortune, qui englobent \u00e0 la fois le destin et la richesse, comme \u00e9tant nomm\u00e9es \u00e0 partir de la m\u00eame racine linguistique.\u00a0 Vennemann souligne en outre que le visage de Tanit sur la monnaie de Carthage correspond \u00e0 celui de Junon Moneta sur la monnaie de Rome.\u00a0 L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te <em>Moneta<\/em> a g\u00e9n\u00e9ralement \u00e9t\u00e9 associ\u00e9e au verbe latin <em>monere<\/em>, \u2018\u2019avertir ou conseiller\u2019\u2019, mais Vennemann sugg\u00e8re une origine s\u00e9mitique &#8211; <em>manah<\/em> &#8211; \u00e0 partir de laquelle, selon lui, les mots argent\/monnaie et mois\/lune peuvent \u00e9galement \u00eatre trac\u00e9s. Cela correspondrait bien au r\u00f4le de Dea Coelestis, partag\u00e9 par Tanit et Junon, qui englobe la mesure des jours solaires et des mois lunaires, les cycles de fertilit\u00e9 des femmes, ainsi que la prosp\u00e9rit\u00e9 et la fortune de la cit\u00e9-\u00e9tat.<\/p>\n<p><strong><em>Dihya: chef guerrier<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Dihya (en amazighe : <strong>\u2d37\u2d49\u2d40\u2d62\u2d30<\/strong>), aussi connue sous le nom de K\u00e2hina ou K\u00e2hena <strong>\u0643\u0627\u0647\u0646\u0629<\/strong> chez les arabes, est une reine guerri\u00e8re berb\u00e8re qui a combattu avec acharnement les conqu\u00e9rants musulmans (Omeyyades). [xxv]\n<p>On sait tr\u00e8s peu de choses sur la vie priv\u00e9e de Dihya. Il est difficile de distinguer la r\u00e9alit\u00e9 de la fiction dans les nombreuses l\u00e9gendes qui l&rsquo;entourent. Dihya est n\u00e9e fille de Tabat, un chef de la tribu des Jrawa, qui vivait dans la r\u00e9gion des monts Aur\u00e8s. Certains historiens (juifs pour la plupart) affirment que Dihya a profess\u00e9 le juda\u00efsme. Ils soulignent que son titre arabe, \u00ab\u00a0al-K\u00e2hina\u00a0\u00bb, [xxvi] pourrait \u00eatre une corruption du mot h\u00e9breu <em>kohen<\/em>, qui signifie \u00ab\u00a0une personne de la classe des pr\u00eatres\u00a0\u00bb. Le nom de famille Cohen d\u00e9rive de cette racine s\u00e9mitique.<\/p>\n<p>De plus, une chronique arabe, celle d&rsquo;Ibn Khaldoun, [xxvii] \u00e9crite des si\u00e8cles apr\u00e8s sa mort, appelle Dihya \u00ab\u00a0une juive\u00a0\u00bb. Il est possible que la reine berb\u00e8re ait suivi la religion juive, mais il n&rsquo;existe aucune preuve solide \u00e0 cet \u00e9gard. En effet, de nombreuses tribus berb\u00e8res professaient le juda\u00efsme \u00e0 cette \u00e9poque, mais d&rsquo;autres avaient \u00e9galement des croyances chr\u00e9tiennes ou traditionnelles.<\/p>\n<p>Il est possible qu&rsquo;elle ait eu une ascendance mixte : berb\u00e8re et chr\u00e9tienne byzantine, puisque l&rsquo;un de ses fils est d\u00e9crit comme un \u00a0\u00bb yunani \u00a0\u00bb ou grec. Toujours selon l\u2019historien arabe al-Maliki, [xxviii] elle aurait \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9e dans ses voyages par ce que les Arabes appelaient une \u00ab\u00a0idole\u00a0\u00bb, peut-\u00eatre une ic\u00f4ne de la Vierge Marie ou de l&rsquo;un des saints chr\u00e9tiens.<\/p>\n<p>Les l\u00e9gendes conservent quelques d\u00e9tails de l&rsquo;apparence de Dihya. Elle avait de tr\u00e8s longs cheveux noirs et de grands yeux sombres. Elle \u00e9tait extr\u00eamement grande pour une femme de l&rsquo;\u00e9poque. On dit d&rsquo;elle qu&rsquo;elle \u00e9tait charismatique, et les auteurs lui attribuent le don de pr\u00e9voyance &#8211; tr\u00e8s probablement une r\u00e9miniscence de sa grande intelligence et de sa sagesse. [xxix]\n<p>Lorsqu&rsquo;elle \u00e9tait une jeune femme, un chef qui exigeait de la poss\u00e9der comme \u00e9pouse terrorisa sa tribu. Dihya s&rsquo;est cach\u00e9e pendant un certain temps. Finalement, elle accepta le mariage. La nuit de noces, elle tua son nouveau mari en lui fracassant le cr\u00e2ne avec un clou. Bien qu&rsquo;elle puisse \u00eatre apocryphe, cette histoire, comme beaucoup d&rsquo;autres dans sa biographie, met en \u00e9vidence sa volont\u00e9 et sa d\u00e9termination farouches.<\/p>\n<p>En 646 apr\u00e8s J.-C., apr\u00e8s que les musulmans eurent achev\u00e9 leur conqu\u00eate de l&rsquo;\u00c9gypte, ils tourn\u00e8rent bient\u00f4t leurs regards vers l&rsquo;Afrique du Nord romaine. L&rsquo;Exarchat d&rsquo;Afrique se retrouve en premi\u00e8re ligne de la guerre contre l&rsquo;\u00c9tat arabe en expansion. L&rsquo;Empire byzantin, qui subissait lui-m\u00eame des d\u00e9faites sur presque tous les fronts et \u00e9tait encore plus affaibli par une guerre civile constante, ne pouvait apporter aucune aide \u00e0 une province aussi \u00e9loign\u00e9e. L&rsquo;Exarchat a d\u00fb s&rsquo;en remettre enti\u00e8rement aux ressources locales, limit\u00e9es. Le fait qu&rsquo;ils aient r\u00e9ussi \u00e0 repousser l&rsquo;avanc\u00e9e des musulmans pendant si longtemps t\u00e9moigne de la r\u00e9sistance enthousiaste de la population locale contre les Arabes.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en 680 que les Arabes ont finalement perc\u00e9 les d\u00e9fenses de l&rsquo;Exarchat. Alors que les Romains se barricadaient dans les villes c\u00f4ti\u00e8res, un commandant musulman du nom d&rsquo;Oqba a men\u00e9 un raid le long de la c\u00f4te qui a atteint l&rsquo;oc\u00e9an Atlantique dans le Maroc moderne. Il est dit dans les sources musulmanes qu&rsquo;Oqba a fendu les vagues de l&rsquo;oc\u00e9an avec son sabre, furieux qu&rsquo;il n&rsquo;y ait plus de terre \u00e0 conqu\u00e9rir. \u00c0 son retour en 683, cependant, l&rsquo;arm\u00e9e d&rsquo;Oqba fut an\u00e9antie par une coalition de tribus berb\u00e8res, et lui-m\u00eame fut tu\u00e9.<\/p>\n<p>Pendant le si\u00e8ge de Carthage, Dihya a accompli l&rsquo;\u0153uvre de sa vie. Elle a rassembl\u00e9 toutes les principales tribus berb\u00e8res dans un but commun : chasser les envahisseurs. Commen\u00e7ant par une gu\u00e9rilla, elle est rapidement pass\u00e9e au lancement d&rsquo;une invasion \u00e0 grande \u00e9chelle contre les musulmans. Elle est rejointe dans cette entreprise par les survivants de l&rsquo;arm\u00e9e byzantine, ainsi que par les restes des Wisigoths locaux. [xxx]\n<p>Dihya a attaqu\u00e9 la principale arm\u00e9e musulmane, l&rsquo;a compl\u00e8tement vaincue et a repouss\u00e9 les envahisseurs en \u00c9gypte. Elle a m\u00eame r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 les ruines de Carthage. \u00c0 ce moment-l\u00e0, elle \u00e9tait l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne incontest\u00e9e et le chef de toute la population africaine, qu&rsquo;elle soit nomade, berb\u00e8re ou romaine. Tous les groupes ethniques et religieux s&rsquo;unissent sous sa banni\u00e8re. Elle a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 rejointe par quelques d\u00e9serteurs de l&rsquo;arm\u00e9e musulmane. L&rsquo;un d&rsquo;entre eux, probablement un apostat, devient son lieutenant et son fils adoptif. C&rsquo;est \u00e9galement \u00e0 cette \u00e9poque qu&rsquo;elle obtient son c\u00e9l\u00e8bre surnom arabe. [xxxi]\n<p>Dihya semblait sur le point de cr\u00e9er un \u00c9tat ind\u00e9pendant. Elle dirigeait d&rsquo;une main de fer. Elle transforme rapidement les tribus berb\u00e8res anarchiques en une arm\u00e9e disciplin\u00e9e. Elle a fait preuve de grandes comp\u00e9tences militaires et administratives. Elle a r\u00e9ussi \u00e0 tenir les musulmans en \u00e9chec pendant une longue p\u00e9riode, peut-\u00eatre m\u00eame pendant trois ans. Elle a \u00e9galement mis en place une administration capable de maintenir une grande arm\u00e9e permanente pendant cette p\u00e9riode. Dihya s&rsquo;est pr\u00e9par\u00e9e au retour des Arabes.<\/p>\n<p>L&rsquo;un des \u00e9pisodes les plus \u00e9tranges de la lutte de Dihya contre les musulmans a \u00e9t\u00e9 la d\u00e9fection de ses trois fils naturels. Ceux-ci ont rejoint les musulmans et se sont convertis \u00e0 l&rsquo;islam selon les sources traditionnelles, affirmant qu&rsquo;ils l&rsquo;ont fait sur un ordre p\u00e9remptoire donn\u00e9 par leur m\u00e8re. Certains sp\u00e9culent que Dihya savait qu&rsquo;\u00e0 long terme elle n&rsquo;avait aucune chance d&rsquo;arr\u00eater les musulmans, et a d\u00e9cid\u00e9 que c&rsquo;\u00e9tait le seul moyen de sauver la vie de ses fils bien-aim\u00e9s. D&rsquo;autres auteurs soup\u00e7onnent que ses fils sont venus pour faire de l&rsquo;espionnage et du sabotage. M\u00eame si cette deuxi\u00e8me option est vraie, Dihya n&rsquo;a eu aucune chance d&rsquo;utiliser les comp\u00e9tences de ses fils. La cause exacte de sa chute, et la date \u00e0 laquelle elle s&rsquo;est produite, n&rsquo;est pas certaine.<\/p>\n<p>Les chroniqueurs musulmans accusent Dihya d&rsquo;avoir pratiqu\u00e9 une \u00ab\u00a0<strong>politique de la terre br\u00fbl\u00e9e<\/strong>\u00a0\u00bb dans l&rsquo;espoir de faire renoncer les musulmans \u00e0 leurs projets d&rsquo;invasion. Pour cette raison, ils disent qu&rsquo;elle a ordonn\u00e9 \u00e0 ses hommes de br\u00fbler les villes, de tuer le b\u00e9tail et de d\u00e9truire tous les champs. Selon les chroniques islamiques, l&rsquo;Afrique s&rsquo;est transform\u00e9e en d\u00e9sert sur ses ordres. Les musulmans disent que ces actions lui ont fait perdre le soutien de la population s\u00e9dentaire, qui \u00e9tait terrifi\u00e9e par la destruction. Les paysans et les citadins sont devenus, \u00e0 partir de cette \u00e9poque, des observateurs passifs du conflit. Les chroniqueurs arabes disent fi\u00e8rement qu&rsquo;une telle destruction ne pourrait jamais les arr\u00eater, puisque la principale raison des conqu\u00eates islamiques \u00e9tait la mise en \u0153uvre de la r\u00e8gle d&rsquo;Allah.<\/p>\n<p>Pour Moderan, Dihya est un chef guerrier de grande envergure\u00a0: [xxxii]\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u2018\u2019La Kahena est probablement la figure la plus c\u00e9l\u00e8bre et aussi la plus mal connue de l\u2019histoire de la r\u00e9sistance berb\u00e8re \u00e0 la conqu\u00eate arabe au\u00a0vii<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle.<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Se fondant principalement sur les r\u00e9cits de Ibn\u00a0\u1e34\u1e96ald\u00fbn et de Ibn\u00a0<sup>c<\/sup>I\u1e0f\u1e96\u00e2r\u00ee, deux auteurs du\u00a0XIVe\u00a0si\u00e8cle, l\u2019historiographie moderne a donn\u00e9 de sa vie une version qui a elle-m\u00eame \u00e9t\u00e9 le support de toutes sortes de fictions litt\u00e9raires ou po\u00e9tiques. Selon ces r\u00e9cits, lorsque, vers 688-89 ou 692-93, le g\u00e9n\u00e9ral arabe Hassan fut nomm\u00e9 gouverneur de la nouvelle province d\u2019Ifr\u00eeqiyya, reconquise par son pr\u00e9d\u00e9cesseur apr\u00e8s la d\u00e9faite et la mort de Koceila, on lui apprit que l\u2019ennemi le plus mena\u00e7ant pour les musulmans \u00e9tait la Kahena, \u00ab\u00a0reine du Mont Auras\u00a0\u00bb (l\u2019Aur\u00e8s), et chef de la tribu des Djeraoua (\u1e0ejar\u00e2wa), qui elle-m\u00eame \u00e9tait \u00e0 la t\u00eate de tous les Berb\u00e8res Botr. Hassan l\u2019attaqua, mais fut vaincu. Il s\u2019enfuit vers la Cyr\u00e9na\u00efque (\u00ab\u00a0le pays de Barka\u00a0\u00bb), tandis que la Kahena devenait ma\u00eetresse de toute l\u2019Ifr\u00eeqiyya. Cinq ans plus tard, le g\u00e9n\u00e9ral revint \u00e0 l\u2019assaut, et b\u00e9n\u00e9ficia d\u2019informations d\u2019un jeune Arabe fait prisonnier par la Kahena,\u00a0\u1e34\u1e96aled, ainsi que du soutien des populations locales, tyrannis\u00e9es et ruin\u00e9es par la reine qui avait d\u00e9cid\u00e9 d\u2019appliquer la tactique de la terre br\u00fbl\u00e9e pour d\u00e9courager les conqu\u00e9rants musulmans. Hassan fut vainqueur et la Kahena, qui avait pr\u00e9dit son sort, fut tu\u00e9e dans l\u2019Aur\u00e8s, pr\u00e8s du lieu d\u00e8s lors appel\u00e9 B\u00eer al-Kahina. Mais ses deux fils, qu\u2019elle avait envoy\u00e9s avant la bataille aupr\u00e8s du g\u00e9n\u00e9ral, devinrent les chefs d\u2019un contingent de 12 000 Berb\u00e8res d\u00e9sormais int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 l\u2019arm\u00e9e arabe.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p>Dihya se retrouve bient\u00f4t le seul ennemi du califat arabe sur le continent africain. Le califat envoie des forces consid\u00e9rables et finit par vaincre ses guerriers berb\u00e8res. Les sources diff\u00e8rent sur la fa\u00e7on dont elle est morte. Certaines disent qu&rsquo;elle est morte en soldat, une \u00e9p\u00e9e \u00e0 la main. D&rsquo;autres affirment qu&rsquo;elle s&rsquo;est empoisonn\u00e9e lorsque tout \u00e9tait perdu et que la d\u00e9faite \u00e9tait proche. La date exacte de sa mort est \u00e9galement inconnue. Elle s&rsquo;est produite entre les ann\u00e9es 702 et 705. La t\u00eate de Dihya fut momifi\u00e9e et envoy\u00e9e au calife, qui ordonna qu&rsquo;elle soit clou\u00e9e \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e de sa mosqu\u00e9e pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la mort de Dihya, le sort de l&rsquo;Afrique a \u00e9t\u00e9 scell\u00e9. Toute r\u00e9sistance organis\u00e9e \u00e0 grande \u00e9chelle a cess\u00e9 d&rsquo;exister, bien que des tribus berb\u00e8res \u00e9parpill\u00e9es aient poursuivi la r\u00e9sistance arm\u00e9e pendant un certain temps. Dans tous les trait\u00e9s conclus avec les Berb\u00e8res, les musulmans exigent la conversion \u00e0 l&rsquo;islam. Face \u00e0 la menace d&rsquo;une destruction totale, la plupart des tribus accept\u00e8rent d&rsquo;abandonner leurs anciennes croyances. Celles qui n&rsquo;acceptaient pas la nouvelle religion \u00e9taient tu\u00e9es. On dit que de nombreuses femmes berb\u00e8res se sont suicid\u00e9es \u00e0 la suite de la d\u00e9faite de Dihya.<\/p>\n<p><strong><em>Tin Hinan\u00a0: reine amazighe<\/em><\/strong><\/p>\n<p>La reine Tin Hinan, \u00e9galement connue sous le nom de \u2018\u2019Reine du Hoggar\u2019\u2019, [xxxiii] et par les Touaregs \u00ab\u00a0<em>Tamenokalt<\/em>\u00a0\u00bb [xxxiv] qui signifie \u00e9galement \u00ab\u00a0reine\u00a0\u00bb, est une femme l\u00e9gendaire qui a v\u00e9cu au IVe si\u00e8cle. La signification litt\u00e9rale de Tin Hinan est \u00ab\u00a0celle des tentes\u00a0\u00bb. On pense qu&rsquo;elle est l&rsquo;anc\u00eatre de l&rsquo;ethnie touareg d&rsquo;Afrique du Nord ; ils l&rsquo;appellent \u00ab\u00a0la m\u00e8re de nous tous\u00a0\u00bb. Le Hoggar est une s\u00e9rie de montagnes situ\u00e9es dans les r\u00e9gions montagneuses du Sahara central. Elle \u00e9tait c\u00e9l\u00e8bre pour sa beaut\u00e9, sa sagesse et \u00e9tait connue pour voyager assez souvent. [xxxv]\n<p>L&rsquo;histoire de Tin Hinan avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 racont\u00e9e depuis longtemps, et beaucoup croyaient qu&rsquo;il s&rsquo;agissait simplement d&rsquo;une l\u00e9gende ou d&rsquo;un mythe. Cependant, au fil des si\u00e8cles, son personnage s&rsquo;est progressivement fondu dans le mythe et le folklore jusqu&rsquo;\u00e0 la d\u00e9couverte et l&rsquo;ouverture de sa tombe en 1925 par Byron Khun De Porok. <sup>[xxxvi]<\/sup> Cette d\u00e9couverte a r\u00e9affirm\u00e9 son existence, <sup>[xxxvii]<\/sup> prouvant qu&rsquo;elle \u00e9tait un personnage historique. Situ\u00e9e non loin de l&rsquo;oasis d&rsquo;Abalessa, en Alg\u00e9rie, \u00e0 environ 1550 kilom\u00e8tres au sud d&rsquo;Alger, sur une colline arrondie s&rsquo;\u00e9levant \u00e0 38 m\u00e8tres au-dessus de la jonction de deux oueds, se trouve la tombe de Tin Hinan en forme de poire avec un grand axe d&rsquo;environ 27 m\u00e8tres. Elle contient 11 pi\u00e8ces ou cours.<\/p>\n<p>Comme de nombreux personnages l\u00e9gendaires vieux de plusieurs si\u00e8cles, sa v\u00e9ritable origine est entour\u00e9e de myst\u00e8re. Malheureusement, comme les Touaregs de l&rsquo;\u00e9poque ne conservaient pas de documents \u00e9crits, les r\u00e9cits oraux des habitants sont une option cl\u00e9 pour retracer son histoire. Certaines sources affirment que Tin Hanin \u00e9tait une princesse chass\u00e9e du Sahara septentrional, et qu&rsquo;apr\u00e8s un voyage proche de la mort \u00e0 travers le d\u00e9sert du Sahara avec son entourage, ils ont atteint la fourmili\u00e8re du d\u00e9sert o\u00f9 ils ont heureusement trouv\u00e9 du grain. [xxxviii]\n<p>Certains disent qu&rsquo;elle \u00e9tait une Berb\u00e8re venue de l&rsquo;oasis de Tafilalt [xxxix] avec sa servante Takamat; qu&rsquo;elle aurait eu une fille appel\u00e9e Kella; ils se sont install\u00e9s dans la r\u00e9gion montagneuse de l&rsquo;Alg\u00e9rie. On ne trouve nulle part de trace de sa tribu, de l&rsquo;identit\u00e9 de son mari ou amant, des raisons de sa migration vers le Hoggar, de l&rsquo;identit\u00e9 de ses parents ou de la cause de sa mort. Takamat a eu deux filles. Les historiens croient que Tin Hinan a donn\u00e9 les oasis de Silet et d&rsquo;Ennided aux deux filles de Takamat, qui jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours appartiennent aux descendants des deux femmes.<\/p>\n<p>Les r\u00e9alisations de Tin Hinan n&rsquo;\u00e9taient pas des moindres. En tant que femme venant d&rsquo;un pays \u00e9tranger, elle a d\u00fb s&rsquo;\u00e9tablir sur le nouveau territoire et, \u00e0 en juger par le traitement r\u00e9serv\u00e9 aux femmes par l&rsquo;histoire \u00e0 cette \u00e9poque, on ne peut qu&rsquo;imaginer son niveau de sagesse, d&rsquo;intelligence, de courage et d&rsquo;endurance alors qu&rsquo;elle surmontait l&rsquo;opposition, gagnait le c\u0153ur du peuple, l&rsquo;unissait et s&rsquo;\u00e9levait pour devenir sa reine. Et aujourd&rsquo;hui encore, plusieurs si\u00e8cles plus tard, des festivals sont organis\u00e9s en son honneur.<\/p>\n<p>Elle \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme une guerri\u00e8re intr\u00e9pide ; de nombreux Touaregs la surnomment aujourd&rsquo;hui la reine amazone africaine. Elle poss\u00e9dait une connaissance des herbes pour la gu\u00e9rison et des pratiques m\u00e9dicinales, enseignait \u00e0 son peuple la po\u00e9sie et l&rsquo;alphabet tifinagh. Sa plus grande r\u00e9ussite a \u00e9t\u00e9 de fonder et d&rsquo;unir les Touaregs et d&rsquo;\u00e9tablir un royaume dans le Hoggar. Sa fille Kella est g\u00e9n\u00e9ralement consid\u00e9r\u00e9e comme la fondatrice de la tribu Kel Rela.<\/p>\n<p>Sous la direction de la reine Tin Hinan, les Touaregs ont \u00e9tabli des routes commerciales essentielles pour les caravanes, gr\u00e2ce auxquelles ils ont acquis une grande richesse et une prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique tout au long des IVe et Ve si\u00e8cles. Bien qu&rsquo;elle soit largement consid\u00e9r\u00e9e comme la fondatrice des Touaregs, on estime que la tribu Ihadanaren descend directement d&rsquo;elle tandis que les tribus Plebean de Dag Rali et Ait Loaien descendent de Takamat. Des festivals sont organis\u00e9s chaque ann\u00e9e en l&rsquo;honneur de Tin Hinan dans la ville oasis de Tamanrasset, dans le sud de l&rsquo;Alg\u00e9rie, entre le 20 et le 28 f\u00e9vrier de chaque ann\u00e9e.<\/p>\n<figure id=\"attachment_4651\" aria-describedby=\"caption-attachment-4651\" style=\"width: 536px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4651 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Tin-Hinan-reine-amazighe-peinture-de-Hocine-Ziani.jpg?resize=536%2C332&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"536\" height=\"332\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Tin-Hinan-reine-amazighe-peinture-de-Hocine-Ziani.jpg?w=536&amp;ssl=1 536w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Tin-Hinan-reine-amazighe-peinture-de-Hocine-Ziani.jpg?resize=404%2C250&amp;ssl=1 404w\" sizes=\"auto, (max-width: 536px) 100vw, 536px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4651\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #000080;\">Tin Hinan, reine amazighe (peinture de Hocine Ziani)<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Les femmes amazighes, piliers de la culture<\/strong><\/p>\n<p>Les femmes amazighes ont \u00e9t\u00e9 les gardiennes des traditions et de la langue tout au long de l&rsquo;histoire. [xl] Les femmes berb\u00e8res du Maroc ne font pas exception. Malgr\u00e9 un brassage culturel au cours des si\u00e8cles &#8211; principalement d\u00fb aux conqu\u00eates &#8211; la culturelle de la tribu amazighe a surv\u00e9cu.<\/p>\n<p>L&rsquo;artisanat berb\u00e8re se caract\u00e9rise par des symboles indig\u00e8nes que l&rsquo;on retrouve dans les tissages, les bijoux, la poterie, les tatouages et m\u00eame les peintures corporelles au henn\u00e9. [xli]\n<p>Pour Siham Fadel, les femmes amazighes sont des authentiques gardiennes de la tradition\u00a0: [xlii]\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u2018\u2019Les femmes marocaines, comme d&rsquo;autres dans diff\u00e9rentes parties du monde, contribuent \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation des g\u00e9n\u00e9rations et \u00e0 la transmission du patrimoine oral \u00e0 travers les contes, les po\u00e8mes, les devinettes et les proverbes. Elles entretiennent \u00e9galement le patrimoine physique comme les v\u00eatements, le textile et les bijoux.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p>L&rsquo;identit\u00e9 berb\u00e8re s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e il y a des milliers d&rsquo;ann\u00e9es sur un vaste territoire (Tamazgha) qui s&rsquo;\u00e9tend des Iles Canaries de la c\u00f4te atlantique du Maroc jusqu\u2019en Egypte (oasis de Siwa), sur un axe ouest-est, et de la M\u00e9diterran\u00e9e occidentale aux confins du Sahel (Mauritanie, Mali, Niger, Tchad et Burkina Faso), sur un axe nord-sud.<\/p>\n<p>Le peuple amazigh est reconnu pour ses hautes vertus morales, dont le respect des personnes \u00e2g\u00e9es, la protection des voisins et des h\u00f4tes, le renoncement \u00e0 la vengeance et la haine de l&rsquo;oppression, la protection de l\u2019\u00e9tranger et de l\u2019opprim\u00e9, entre autres. <strong>La culture du peuple berb\u00e8re<\/strong>\u00a0impr\u00e9gn\u00e9e par les influences m\u00e9diterran\u00e9ennes, africaines, orientales, europ\u00e9ennes ou internationales, se distingue tout particuli\u00e8rement par :<\/p>\n<ul>\n<li>Un lien ind\u00e9fectible \u00e0 la terre\u00a0: <strong><em>akal<\/em><\/strong>;<\/li>\n<li>Un fort rapport au sacr\u00e9\u00a0: <strong><em>amrabed<\/em><\/strong>;<\/li>\n<li>Une grande convivialit\u00e9 et hospitalit\u00e9 chaleureuse\u00a0: <strong><em>lam\u00e2n\u00a0<\/em><\/strong>;<\/li>\n<li>Une solidarit\u00e9 agissante\u00a0: <strong><em>twiza<\/em><\/strong>; et<\/li>\n<li>Un grand sens de la communaut\u00e9\u00a0: <strong><em>tamount<\/em><\/strong>.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong><em>Le tapis amazigh <\/em><\/strong><\/p>\n<p>Dans un geste \u00e9minemment f\u00e9minin, les femmes amazighes brodent des tapis enchanteurs. Elles tissent leurs r\u00eaves, ou r\u00eavent ce qu&rsquo;elles tissent, gr\u00e2ce \u00e0 des fils de laine qui lient l&rsquo;histoire des communaut\u00e9s berb\u00e8res depuis des si\u00e8cles.<\/p>\n<p>Les femmes tissent des tapis berb\u00e8res depuis l&rsquo;\u00e2ge n\u00e9olithique. Cependant, les techniques et les symboles traditionnels incorpor\u00e9s sont sp\u00e9cifiques \u00e0 chaque r\u00e9gion du Maroc, de m\u00eame que les usages. Les couleurs \u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralement vives et les motifs simplistes, mais au fil du temps, ils sont devenus encore plus \u00e9clatants et complexes. Ces tapis se reconnaissent \u00e0 leur texture de n\u0153ud distinctive et \u00e0 leur grande durabilit\u00e9, et le tissu fil\u00e9 \u00e0 la main en fibres de laine de mouton naturelle sont baptis\u00e9s du nom de la tribu. [xliii]\n<p>Les tapis \u00e9pais et lourds \u00e9taient id\u00e9aux pour les habitants des montagnes de l&rsquo;Atlas, tandis que les nattes l\u00e9g\u00e8res tiss\u00e9es \u00e0 plat et les <strong><em>hanbels<\/em><\/strong> \u00e9taient adapt\u00e9s au climat br\u00fblant du d\u00e9sert du Sahara. Les <strong><em>hanbels<\/em><\/strong>, quant \u00e0 eux, \u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralement de conception simpliste et moins color\u00e9s que les tapis plus lourds.<\/p>\n<p>Les tapis berb\u00e8res modernes sont bien s\u00fbr fabriqu\u00e9s aujourd&rsquo;hui dans le monde entier \u00e0 l&rsquo;aide de nylon, d&rsquo;ol\u00e9fine et de laine, mais les authentiques tapis berb\u00e8res du Maroc sont toujours fabriqu\u00e9s \u00e0 la main. Les tapis et tentures murales modernes sont souvent de couleurs vives ou de teintes profondes de rouille et d&rsquo;orange et ne doivent pas \u00eatre confondus avec les produits berb\u00e8res traditionnels tiss\u00e9s \u00e0 la main.<\/p>\n<p>Le <strong><em>hanbel<\/em><\/strong>, qui signifie \u00ab\u00a0tissage\u00a0\u00bb en langue berb\u00e8re, est une pi\u00e8ce tiss\u00e9e plus l\u00e9g\u00e8re et plus fine que le tapis. Il peut remplacer le tapis, plus lourd, mais il peut aussi \u00eatre utilis\u00e9 comme couverture, tapis de couchage ou coussin. Lors des c\u00e9l\u00e9brations, les <strong><em>hanbels<\/em><\/strong> sont souvent utilis\u00e9s comme d\u00e9corations murales, comme une tapisserie.<\/p>\n<p>Les cr\u00e9pines des m\u00e9tiers \u00e0 tisser (utilis\u00e9es pour maintenir le tissu \u00e0 une largeur constante), les peignes de tissage en fer et en bois (utilis\u00e9s pour tisser les tapis \u00e9pais et comprimer les rang\u00e9es de n\u0153uds nou\u00e9s) et les quenouilles (b\u00e2tons de bois) sont tous des \u00e9l\u00e9ments n\u00e9cessaires au tissage.<\/p>\n<p>Entre les massifs de l&rsquo;Atlas et de l&rsquo;Anti-Atlas, o\u00f9 les ressources sont limit\u00e9es, o\u00f9 la v\u00e9g\u00e9tation est rare, le tapis est une ressource vitale pour ces familles berb\u00e8res de tradition pastorale. Mais plus qu&rsquo;une ressource essentielle, le tapis berb\u00e8re est l&rsquo;\u00e9cho de ces territoires qui ont accueilli ces tribus au point de devenir au fil du temps, l&rsquo;\u00e9crin de leur identit\u00e9, o\u00f9 se m\u00ealent \u00e0 une g\u00e9om\u00e9trie abstraite et \u00e9nigmatique, les symboles de la culture amazighe.<\/p>\n<p>La montagne citadelle, le Jebel Sirwa est un massif interm\u00e9diaire, situ\u00e9 entre les deux sommets de l&rsquo;Atlas. Depuis le VIIIe si\u00e8cle, cette terre de transhumance abrite des communaut\u00e9s berb\u00e8res dont l&rsquo;\u00e9conomie repose sur l&rsquo;activit\u00e9 pastorale. Ses bergers sont connus pour la sp\u00e9cificit\u00e9 de leurs moutons, leur laine, cette mati\u00e8re \u00e0 la fois unique et universelle, relie le tapis \u00e0 l&rsquo;\u00e9levage.<\/p>\n<p>R\u00e9put\u00e9e soyeuse et brillante, la laine du Sirwa est per\u00e7ue comme un don du ciel, et rev\u00eat un caract\u00e8re sacr\u00e9, elle est l&rsquo;\u00e2me du tapis et renvoie \u00e0 la m\u00e9moire de g\u00e9n\u00e9rations d&rsquo;\u00e9leveurs et de tisserands, qui ont lentement et conjointement d\u00e9velopp\u00e9 ce savoir-faire traditionnel.<\/p>\n<p>Ces tapis sont aussi l&rsquo;expression de l&rsquo;identit\u00e9 des territoires des Ait Ouaouzguit. Ils sont tiss\u00e9s dans les douars, ces anciens villages de tentes, fixes ou mobiles, d&rsquo;o\u00f9 sont originaires les populations berb\u00e8res. Les douars sont rattach\u00e9s \u00e0 des communes regroupant les descendants de ces tribus nomades, aujourd&rsquo;hui s\u00e9dentaris\u00e9es.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 ces douars, ces regroupements d&rsquo;habitations, les nomades ont pu avoir une stabilit\u00e9, ils ont pu subvenir \u00e0 leurs besoins en eau, cela leur a \u00e9galement permis de cultiver leurs terres, d&rsquo;avoir acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;agriculture pour se nourrir, nourrir leurs enfants et leurs troupeaux. Cet environnement a \u00e9galement aid\u00e9 les gens \u00e0 se stabiliser au sein de ces douars. L&rsquo;\u00e9volution de leur mode de vie a pouss\u00e9 la plupart d&rsquo;entre eux \u00e0 s&rsquo;installer d\u00e9finitivement, notamment pour que leurs enfants puissent avoir acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation.<\/p>\n<p>Sur la commune rurale d&rsquo;Iznaguen, qui regroupe une quinzaine de douars, le tapis berb\u00e8re est aussi le flambeau de l&rsquo;art des femmes. Elles mettent tout leur soin lorsqu&rsquo;elles lavent, peignent et tissent cette laine \u00e0 l&rsquo;origine du prestigieux tapis Ouaouzguit. Elles sont les artisanes et les gardiennes de cette tradition ancestrale.<\/p>\n<p>Les femmes berb\u00e8res fournissent des couvertures, des djellabas, des manteaux de bergers ou encore des chaussures tress\u00e9es qui sont utilis\u00e9es pour les diff\u00e9rents moments de la vie quotidienne.<\/p>\n<p>Les Berb\u00e8res ne s&rsquo;habillaient qu&rsquo;avec la laine de leurs moutons jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;introduction du coton au Maroc au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p><strong><em>Bijoux<\/em><\/strong><\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 amazighe met l&rsquo;accent sur l&rsquo;apparence, c&rsquo;est donc tr\u00e8s t\u00f4t que les jeunes femmes commencent \u00e0 se parer de tatouages et de bijoux. Mais au-del\u00e0 de l&rsquo;aspect esth\u00e9tique, les bijoux indiquent l&rsquo;appartenance de la jeune femme, on sait donc \u00e0 quel peuple ou tribu elle appartient.<\/p>\n<p>Les peuples amazighs \u00e9tant de tradition orale, il existe tr\u00e8s peu d&rsquo;\u00e9crits sur leur histoire et leurs coutumes. C&rsquo;est \u00e0 travers des pi\u00e8ces artisanales telles que les bijoux ou les tapis que l&rsquo;essence de leur culture est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e. Ainsi, les bijoux racontent une histoire, les symboles, les lettres trac\u00e9es dans le Tifinagh sont un code que seul l&rsquo;\u0153il avis\u00e9 peut comprendre.<\/p>\n<p>En plus de pouvoir se d\u00e9finir par une combinaison unique de colliers, de bandeaux, de boucles d&rsquo;oreilles et de bracelets, les femmes amazighes portent \u00e9galement des bijoux berb\u00e8res en raison de leur puissante signification :<\/p>\n<ul>\n<li><strong><em>Signification symbolique et mythique<\/em><\/strong> : Tout d&rsquo;abord, avec certaines formes et mat\u00e9riaux, les bijoux berb\u00e8res sont consid\u00e9r\u00e9s comme un moyen de se prot\u00e9ger du mauvais \u0153il, d&rsquo;apporter la prosp\u00e9rit\u00e9 et d&rsquo;assurer la fertilit\u00e9. La <strong><em>Khamsa<\/em><\/strong> ou \u00ab\u00a0main de Fatima\u00a0\u00bb et le symbole le plus populaire utilis\u00e9 en bijouterie berb\u00e8re et a une signification symbolique. En fait, la croyance principale de la <strong><em>Khamsa<\/em> <\/strong>est que le porteur sera prot\u00e9g\u00e9 du mauvais \u0153il et du malheur, tandis que la fibule <strong><em>tisghnas<\/em><\/strong> est un symbole de la fertilit\u00e9 des femmes berb\u00e8res et de leur importance dans la soci\u00e9t\u00e9\u00a0;<\/li>\n<li><strong><em>Signification \u00e9motionnelle :<\/em><\/strong> Deuxi\u00e8mement, les bijoux berb\u00e8res ont une signification \u00e9motionnelle. En effet, les Berb\u00e8res transmettent traditionnellement leurs bijoux de m\u00e8re en fille. C&rsquo;est une fa\u00e7on de se sentir toujours fortement li\u00e9s \u00e0 leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs et \u00e0 leur origine\u00a0;<\/li>\n<li><strong><em>Signification \u00e9conomique :<\/em><\/strong> L&rsquo;acquisition de bijoux berb\u00e8res a \u00e9galement une signification \u00e9conomique pour la communaut\u00e9 berb\u00e8re. En effet, il est consid\u00e9r\u00e9 comme la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e de la femme amazighe. En cas de crise \u00e9conomique, elle peut d\u00e9cider de vendre ses pi\u00e8ces afin de soutenir sa famille. Avec l&rsquo;argent, elle peut d\u00e9cider d&rsquo;acheter du b\u00e9tail ou des terres. Les femmes berb\u00e8res ont la r\u00e9putation d&rsquo;\u00eatre des \u00ab\u00a0<strong>banqui\u00e8res familiales intelligentes<\/strong>\u00ab\u00a0, ce qui leur conf\u00e8re une position forte dans leur relation avec leur mari\u00a0; et<\/li>\n<li><strong><em>Signification socioculturelle :<\/em><\/strong> Enfin, et surtout, les bijoux berb\u00e8res ont une signification sociale. En effet, les femmes berb\u00e8res les portent comme une expression des codes sociaux. Par ses formes et ses motifs, le bijou berb\u00e8re est un moyen de diff\u00e9rencier les tribus et les r\u00e9gions du Maroc et leurs diff\u00e9rentes cultures.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les bijoux sont transmis de m\u00e8re en fille.\u00a0 Les bijoux sont offerts en dot aux femmes lors de leur mariage par leur mari ou leur beau-p\u00e8re.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas seulement une question de coquetterie, ou de possessions mat\u00e9rielles, mais c&rsquo;est son histoire que chaque m\u00e8re transmet \u00e0 sa fille comme elle lui a donn\u00e9 sa vie. C&rsquo;est une histoire qui se grave, se chuchote, se poursuit \u00e0 travers les \u00e2ges gr\u00e2ce \u00e0 ses bijoux qui passent de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<p>Dans le sud marocain, on trouve de nombreuses parures de t\u00eate orn\u00e9es, m\u00eal\u00e9es d&rsquo;argent, de verre, de coquillages et de cuir. Une pierre indig\u00e8ne de la r\u00e9gion du Souss, \u00e0 pr\u00e9dominance juive, au Maroc, utilis\u00e9e dans les colliers est l&rsquo;ambre, compl\u00e9t\u00e9e par de l&rsquo;argent, des perles de verre et des objets en \u00e9mail. Les pendentifs sont principalement compos\u00e9s d&rsquo;argent, d&rsquo;\u00e9mail et de pi\u00e8ces de verre. Les colliers sont tr\u00e8s lourds, en particulier ceux avec les grosses pierres d&rsquo;ambre.<\/p>\n<p><strong><em>Articles de toilette pour femmes<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Parmi les articles de toilette pour femmes on trouve des peignes en bois, des bols \u00e0 cosm\u00e9tiques, des vanneries et des r\u00e9cipients en bois utilis\u00e9s pour conserver les pr\u00e9parations \u00e0 base de henn\u00e9 font partis du trousseau de toute femme berb\u00e8re qui se respecte. On trouve aussi des pilons de mortier utilis\u00e9s pour m\u00e9langer les plantes et les teintures pour les cosm\u00e9tiques, ainsi que les bo\u00eetes en bois, en cuivre et en peau moul\u00e9e pour conserver les cosm\u00e9tiques et les bijoux, qui sont ind\u00e9niablement des articles courants dans le m\u00e9nage de la femme berb\u00e8re.<\/p>\n<p><strong><em>Articles m\u00e9nagers<\/em><\/strong><\/p>\n<p>La plupart des ustensiles de cuisine et des jarres \u00e9taient fabriqu\u00e9s par les femmes amazighes en terre cuite avec des pigments color\u00e9s. Elles offrent un aper\u00e7u int\u00e9ressant d&rsquo;une culture qui a perdur\u00e9 malgr\u00e9 la technologie moderne d&rsquo;aujourd&rsquo;hui [xliv] et l\u2019intrusion destructive du plastique, tr\u00e8s pratique certes dans la vie quotidienne, mais ennemi mortel de la poterie fabriqu\u00e9e et d\u00e9cor\u00e9e par les femmes et amie de la nature pour sa nature pleinement biod\u00e9gradable.<\/p>\n<p><strong><em>Tatouage<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Le tatouage est l&rsquo;un des plus anciens rites connus des Imazighen. Le mot tamazight pour tatouage vient du mot <strong><em>akrad<\/em><\/strong> (vacciner). Les tatouages \u00e9taient utilis\u00e9s pour la parure classique mais avaient \u00e9galement un usage m\u00e9dical. Les tatouages pouvaient \u00eatre faits pour gu\u00e9rir (ou aider \u00e0 gu\u00e9rir) par exemple l&rsquo;arthrite, un os cass\u00e9 mais aussi l&rsquo;infertilit\u00e9 ou pour \u00ab\u00a0drainer\u00a0\u00bb les maladies. En tant que tel, il s&rsquo;agit d&rsquo;un outil magique. Les tatouages sont \u00e9galement un outil d&rsquo;identification important, les symboles indiquant de quelle tribu et de quelle r\u00e9gion on est originaire. [xlv] Pour certaines tribus amazighes, le tatouage \u00e9tait un moyen d&rsquo;effrayer les conqu\u00e9rants et de les prot\u00e9ger contre l&#8217;emprisonnement.<\/p>\n<p>M\u00eame si les tatouages chez les Amazighs \u00e9taient surtout destin\u00e9s aux femmes, au Maroc et en Tunisie, on peut encore trouver de nombreux hommes dans les r\u00e9gions amazighes qui ont de petits tatouages sur la main, sur les bras ou la poitrine. Ces tatouages indiquent leur appartenance \u00e0 une certaine tribu et sont destin\u00e9s \u00e0 \u00eatre vus lors d&rsquo;une poign\u00e9e de main. [xlvi]\n<p>Il n&rsquo;existe pas de sources \u00e9crites officielles pour identifier les diff\u00e9rents symboles que l&rsquo;on trouve dans les diff\u00e9rentes diasporas amazighes. La plupart des sources essayant d&rsquo;expliquer les symboles sont fortement influenc\u00e9es par les explications d&rsquo;une petite partie seulement des Imazighen et ne peuvent \u00eatre vraies pour chaque tribu.<\/p>\n<p>Alan Fox explique le tatouage amazigh dans les termes suivants\u00a0: [xlvii]\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong><em>\u2018\u2019Le tatouage est l\u2019un des plus anciens rites de la culture berb\u00e8re<\/em><\/strong><em>, dont les origines remontent \u00e0 la p\u00e9riode\u00a0<strong>pr\u00e9-islamique<\/strong>. Ces\u00a0<strong>ethnies berb\u00e8res<\/strong>, dont l\u2019on retrouve des traces datant de l\u2019antiquit\u00e9 pharaonique,\u00a0<strong>tribus nomades et groupes berb\u00e9rophones<\/strong>, ont historiquement une pr\u00e9sence dans plus d\u2019une dizaine de pays africains, du Maghreb m\u00e9diterran\u00e9en \u00e0 l\u2019Afrique sub-saharienne en passant par l\u2019\u00c9gypte et le Niger, de l\u2019oc\u00e9an Atlantique aux rivages du Nil.<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong><em>Le tatouage berb\u00e8re<\/em><\/strong><em>\u00a0est li\u00e9 \u00e0 un ensemble de rites pa\u00efens de sorcellerie et de magie. Ces croyances sont toujours l\u2019objet de coutumes dans les campagnes, o\u00f9 l\u2019Islam n\u2019a que partiellement int\u00e9gr\u00e9 ces anciennes pratiques et croyances. Le tatouage appel\u00e9 \u00ab\u00a0el-\u00e2yacha\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0celui qui fait vivre\u00a0\u00bb), est parfois encore\u00a0<strong>pratiqu\u00e9 en milieu rural<\/strong>, o\u00f9 les femmes, depuis toujours,\u00a0<strong>prot\u00e8gent leurs enfants du mauvais sort\u00a0<\/strong>et de la malchance en leur dessinant sur le front avec du\u00a0<strong>noir de fum\u00e9e\u00a0<\/strong>par exemple. On retrouve cette coutume lorsque le jour de la naissance d\u2019un enfant co\u00efncide avec un \u00e9v\u00e9nement n\u00e9faste.\u00a0<strong>Le tatouage a ici une fonction<\/strong>\u00a0de communication entre le corps humain et le monde des esprits. Aujourd\u2019hui, au Maghreb, le\u00a0<strong>tatouage au henn\u00e9<\/strong>\u00a0fait encore partie des\u00a0<strong>traditions berb\u00e8res<\/strong>, le c\u00f4t\u00e9 ornemental ayant de longue date pris le dessus depuis longtemps sur le\u00a0<strong>sens magique primitif<\/strong>.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p><strong>Tissage et pr\u00e9servation de la tradition orale<\/strong><\/p>\n<p>Les femmes ont donn\u00e9 une repr\u00e9sentation physique \u00e0 leur culture, leur histoire et leur vie, qui transcende le temps et l\u2019espace. Chaque tapis, tapisserie, couverture, etc. raconte une histoire. Parmi les th\u00e8mes principaux des histoires racont\u00e9es par les tissages sont la nature, le cycle de la vie et la maternit\u00e9. Ce sont les femmes qui maintiennent la culture vivante en racontant ces histoires profond\u00e9ment personnelles que de nombreux membres de leur communaut\u00e9 peuvent partager et s&rsquo;identifier avec.<\/p>\n<p>Les femmes amazighes non seulement une \u0153uvre d\u2019art mais aussi un registre litt\u00e9raire qui contient un nombre d\u00e9fini de motifs qui semblent, un langage, \u00e0 part qu\u2019il faut d\u00e9chiffrer dans le temps. Dans plusieurs r\u00e9gions du Maroc, le tapis a aussi une fonction de calendrier utiliser par la gente f\u00e9minine pour garder en m\u00e9moire la dur\u00e9e de la grossesse. Ainsi, avant de tomber enceintes, les femmes pr\u00e9parent la laine et monte le m\u00e9tier \u00e0 tisser et lui \u2018\u2019donnent vie\u2019\u2019, puis une fois enceinte elles utilisent le tapis pour compter les mois avant l\u2019accouchement. Ainsi juste avant de donner la vie \u00e0 un \u00eatre humain, elle donne la vie \u00e0 une \u0153uvre artistique de grande valeur symbolique qu\u2019est la cr\u00e9ation et la vie. Dans sa forme le tapis-calendrier, contient neuf bandes et commence large et finit \u00e9troit, une repr\u00e9sentation symbolique de mettre bas et de donner naissance \u00e0 un \u00eatre cher. [xlviii]\n<p>Les m\u00e8res partagent ces comp\u00e9tences en mati\u00e8re de tissage, de tatouage, de poterie, et d&rsquo;autres formes d&rsquo;art avec leurs filles. Les mod\u00e8les sont transmis de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, de sorte que les noms des symboles et des motifs varient selon les unit\u00e9s familiales. [xlix]\n<p>La langue et la culture berb\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 marginalis\u00e9es depuis la post-colonisation du Maroc, le tissage est un autre langage et un autre v\u00e9hicule pour transmettre la narration. [l] En racontant des histoires \u00e0 un niveau global \u00e0 travers cette tradition, une lumi\u00e8re est jet\u00e9e sur la culture locale, aidant \u00e0 la pr\u00e9servation du dialecte berb\u00e8re original. [li] Cynthia Becker [lii] \u00e9crit, \u00e0 ce propos que\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>[\u00ab\u00a0les arts visuels sont devenus un moyen important pour les activistes de construire une identit\u00e9 transnationale, reliant les membres du mouvement culturel et linguistique amazigh par-del\u00e0 les fronti\u00e8res nationales\u00a0\u00bb.]<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u201cVisual arts have become an important means by which activists construct a transnational Amazigh identity, linking members of the Amazigh cultural and linguistic movement across national borders.\u201d<\/em><\/p>\n<p>Les motifs et les dessins tels que les triangles, les bandes et les zigzags ont des significations symboliques qui leur sont associ\u00e9es. Par exemple, le triangle est consid\u00e9r\u00e9 par les \u00e9rudits comme une main abstraite \u00e0 cinq doigts, repr\u00e9sentant les cinq piliers de l&rsquo;Islam. [liii] Le motif du diamant ou du losange est une repr\u00e9sentation g\u00e9om\u00e9trique de l&rsquo;ut\u00e9rus. Il s&rsquo;agit de l&rsquo;un des symboles les plus r\u00e9pandus et les plus utilis\u00e9s dans le tissage des tapis berb\u00e8res. Par exemple, un \u00e9l\u00e9ment aussi subtil que le fait qu&rsquo;un point est plac\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur ou \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur d&rsquo;un triangle peut indiquer si une femme a \u00e9t\u00e9 enceinte ou a perdu un enfant \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 elle a tiss\u00e9 ce segment.<\/p>\n<p>Un autre fil de la tapisserie m\u00e9taphorique du patrimoine culturel marocain est un fort \u00e9l\u00e9ment spirituel associ\u00e9 aux tissages des femmes berb\u00e8res\/amazighes. Au moment o\u00f9 une femme attache les fils de cha\u00eene au m\u00e9tier \u00e0 tisser, c&rsquo;est le moment o\u00f9 le textile \u00a0\u00bb na\u00eet \u00a0\u00bb et a une \u00e2me. Puis, tout en tissant (souvent pendant des mois pour un seul tapis), elle raconte des histoires. Avec le choix et l&#8217;emplacement des symboles ainsi que les couleurs s\u00e9lectionn\u00e9es, une histoire se construit, et c&rsquo;est la vie que vit le textile. Lorsqu&rsquo;il est termin\u00e9, la tisserande dit une pri\u00e8re pour le textile, le coupe du m\u00e9tier \u00e0 tisser et il \u00ab\u00a0meurt\u00a0\u00bb. Ce cycle de vie m\u00e9taphorique v\u00e9cu par le textile durant le processus de tissage signifie que la femme qui le tisse sera prot\u00e9g\u00e9e des \u00eatres spirituels, appel\u00e9s <strong><em>jn\u00fbn<\/em> <\/strong>(singulier : <strong><em>jann<\/em><\/strong>), [liv] qui peuvent affliger ceux qui traversent les transitions de la vie. [lv]\n<p>Le folklore et la spiritualit\u00e9 des Berb\u00e8res sont litt\u00e9ralement tiss\u00e9s dans le tissu de leur culture. Chaque tapisserie, tapis, v\u00eatement, etc. contient des histoires, des l\u00e9gendes, des symboles et des motifs de protection. Becker [lvi] \u00e9crit :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>[\u00ab\u00a0Les tisserands marocains saupoudrent du sel autour d&rsquo;un m\u00e9tier \u00e0 tisser, qui prot\u00e8ge le tisserand des jnun, dont on dit qu&rsquo;ils en sont repouss\u00e9s.\u00a0\u00bb]<\/em><\/p>\n<p>Comme mentionn\u00e9, les femmes berb\u00e8res tissent les r\u00e9cits de leur peuple dans les tapis. En retour, en plus de gagner cr\u00e9dit imm\u00e9diat sur l&rsquo;\u00e9change d&rsquo;informations, le r\u00e9cit social peut conf\u00e9rer un statut g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 ceux qui fournissent constamment des informations de grande valeur et \u00e0 faible co\u00fbt : des informations qui ne sont pas d\u00e9j\u00e0 connue, pertinente pour les situations des auditeurs, inattendue&#8230;<\/p>\n<p>La croyance est que la laine contient la b\u00e9n\u00e9diction ou \u00ab\u00a0<strong><em>baraka<\/em><\/strong>\u00a0\u00bb et souvent cette <strong><em>baraka<\/em><\/strong> est transf\u00e9r\u00e9e aux femmes qui tissent. Maintenir le statu quo et les femmes conservent cette position d&rsquo;estime (qui leur est attribu\u00e9e en tissant les histoires de leur culture dans les tapis) permettrait une vie culturellement plus riche, mais financi\u00e8rement plus pauvre et plus marginalis\u00e9e.<\/p>\n<p>Les femmes amazighes qui tissent sont dot\u00e9es d&rsquo;un statut, d&rsquo;un honneur et d&rsquo;un respect pour le maintien de leur h\u00e9ritage culturel. D&rsquo;une certaine mani\u00e8re, les femmes sont responsables de la survie du peuple berb\u00e8re. Cette responsabilit\u00e9 est d&rsquo;une grande importance, mais aussi d&rsquo;un grand poids. Ces femmes ont cr\u00e9\u00e9 une forme d&rsquo;art qui englobe la culture et les r\u00e9cits de leur peuple, mais elles sont \u00e9galement responsables de l&rsquo;entretien de ces r\u00e9cits et du maintien de la production. Les femmes sont\u00a0: [lvii]\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>[\u00ab\u00a0les principaux acteurs de la pr\u00e9servation de l&rsquo;identit\u00e9 berb\u00e8re\u00a0\u00bb]<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u201cThe main actors in the preservation of Berber identity\u201d<\/em><\/p>\n<p>Et la long\u00e9vit\u00e9 de leur culture en d\u00e9pend.<\/p>\n<p>Les femmes sont les gardiennes de l&rsquo;identit\u00e9 culturelle berb\u00e8re et, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;artisanat du tissage de tapis, elles maintiennent leur culture vivante. L&rsquo;histoire, les histoires et le patrimoine culturel de la tribu berb\u00e8re sont pr\u00e9serv\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 cet artisanat traditionnel. Le mode de vie nomade et la production textile (connaissances en mati\u00e8re de tissage) sont des repr\u00e9sentations tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9es du patrimoine culturel immat\u00e9riel du peuple amazigh bien que, comme le souligne Crawford\u00a0: [lviii]\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>[\u00a0\u00bb la berb\u00e9rit\u00e9 que l&rsquo;on peut attribuer aux villageois est surtout une exp\u00e9rience v\u00e9cue et inconsciente plut\u00f4t qu&rsquo;une base notable de l&rsquo;identit\u00e9 politique \u00ab\u00a0]<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">\u00a0<em>\u201cWhat Berberness we might attribute to villagers is mostly a lived and unconscious experience rather than a notable basis of political identity\u201d<\/em><\/p>\n<p>Le concept de patrimoine, dans sa forme la plus simple, peut \u00eatre d\u00e9fini comme la relation entre la modernit\u00e9 et le temps ; ou, en termes encore plus simples, une relation avec le pass\u00e9. [lix] <strong>L&rsquo;ensemble du tissage berb\u00e8re est un patrimoine car il forme un pont entre le pr\u00e9sent et les histoires et traditions anciennes du Maroc du pass\u00e9. Il \u00e9volue avec les \u00e9v\u00e9nements actuels, les tendances, les mouvements sociaux et subit une \u00e9volution physique au fil du temps<\/strong>.<\/p>\n<p>Le tissage est une tradition vivante et [lx]\n<p style=\"padding-left: 40px;\">\u00a0<em>[\u00ab\u00a0les tisserands s&rsquo;engagent avec le pr\u00e9sent, red\u00e9finissant leur h\u00e9ritage textile en phase avec leur temps\u2019\u2019]<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u00ab\u00a0Weavers engage with the present, redefining their textile heritage in phase with their time\u201d<\/em><\/p>\n<p>Les tapis et les tapisseries constituent un instantan\u00e9 de l&rsquo;histoire et de la vie d&rsquo;un tisserand. Chaque tapis est unique, et souvent impr\u00e9visible, de nombreux tapis montrent qu&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 tiss\u00e9s par plus d&rsquo;une personne ou sur une longue p\u00e9riode de temps. Le serrage des n\u0153uds peut varier, ou la sym\u00e9trie parfaite peut soudain devenir plus abstraite. Tout, de l&rsquo;approvisionnement en mat\u00e9riaux de leur troupeau, la teinture de la laine \u00e0 l&rsquo;aide de plantes et d&rsquo;\u00e9pices, l&rsquo;assemblage du m\u00e9tier \u00e0 tisser vertical mobile et vertical, tout cela est une tradition culturelle qui s&rsquo;est perp\u00e9tu\u00e9e au fil des si\u00e8cles.<\/p>\n<p>Les m\u00e9thodes, les dessins et les motifs jouent un r\u00f4le essentiel dans la pr\u00e9servation de la culture amazighe dans son ensemble. Dans toute l&rsquo;Afrique du Nord, les femmes utilisent des m\u00e9tiers \u00e0 tisser verticaux depuis des g\u00e9n\u00e9rations, cr\u00e9ant toute une gamme de produits de grande valeur artistique.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s Becker\u00a0: [lxi]\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>[\u00ab\u00a0Ce type de m\u00e9tier \u00e0 tisser consiste en un cadre en bois compos\u00e9 de deux poteaux verticaux et de deux traverses, ainsi que d&rsquo;une tige de lice et de deux ou trois tiges de foule (utilis\u00e9es ensemble pour s\u00e9parer les fils de cha\u00eene).\u00a0\u00bb]<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u2018\u2019This type of loom consists of a wooden frame made from two upright poles and two crossbeams, plus one heddle rod and two or three shed rods (used together to separate the warp threads).\u201d<\/em><\/p>\n<p>En raison de leur assemblage simple, ce type de m\u00e9tier \u00e0 tisser \u00e9tait d\u00e9plac\u00e9 sur de grandes distances au Maroc et dans le Sahara, et a permis la propagation des motifs et des mod\u00e8les de style berb\u00e8re tr\u00e8s sophistiqu\u00e9s. [lxii]\n<p><strong>Les femmes amazighes, po\u00e8tes et critiques des tares sociales<\/strong><\/p>\n<p>Tout au long de l&rsquo;histoire, les femmes ont \u00e9t\u00e9 les gardiennes des traditions et de la langue, assurant la pr\u00e9servation du patrimoine culturel des tribus. La transmission a \u00e9t\u00e9 garantie par de nombreux symboles que l&rsquo;on retrouve dans le tissage (l&rsquo;apanage des femmes berb\u00e8res), les bijoux, la vannerie, la poterie, les tatouages et la peinture corporelle au henn\u00e9.<\/p>\n<p>Les femmes sont au centre du patrimoine et de l&rsquo;identit\u00e9 berb\u00e8res. Elles font entrer la communaut\u00e9 berb\u00e8re dans le paysage socio-politique &#8211; au niveau international et dans la conversation globale.<\/p>\n<p>Les chants des femmes font partie int\u00e9grante du patrimoine musical berb\u00e8re et se refl\u00e8tent de plus en plus dans une multitude de genres divers.\u00a0 Po\u00e8tes, musiciennes, gardiennes de la tradition et innovatrices, [lxiii] elles sont toutes anim\u00e9es par une m\u00eame passion : La reconnaissance de la culture amazighe ou berb\u00e8re, tant au Maroc qu&rsquo;au-del\u00e0 des fronti\u00e8res.<\/p>\n<p>Les femmes po\u00e8tes berb\u00e8res ont toujours exist\u00e9. Mririda N&rsquo;Ait Atiq, [lxiv] par exemple, est une po\u00e9tesse monolingue et pr\u00e9-lettr\u00e9e (analphab\u00e8te) dont la po\u00e9sie a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9e vers 1927-30 par un universitaire fran\u00e7ais : Ren\u00e9 Euloge.<\/p>\n<p>Le hasard d\u2019une halte \u00e0 Azilal, en 1927, fit rencontrer Ren\u00e9 Euloge et la jeune po\u00e9tesse pour en devenir l\u2019un de ses plus d\u00e9vou\u00e9s serviteurs, comme l\u2019atteste\u00a0<em>\u00ab Les chants de la Tassaout \u00bb.<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u2018\u2019Elle n\u2019avait pas atteint la trentaine. Jolie, elle ne l\u2019\u00e9tait point, malgr\u00e9 des yeux immenses au regard expressif. Ses traits rudes donnaient \u00e0 son visage au teint tr\u00e8s clair pr\u00e9cocement fan\u00e9, un habitus singuli\u00e8rement \u00e9mouvant qu\u2019on ne pouvait oublier\u2019\u2019,<\/em><\/p>\n<p>Lit-on dans les prol\u00e9gom\u00e8nes de Ren\u00e9 Euloge. [lxv]\n<p>Mririda N&rsquo;Ait Atiq [lxvi] a exprim\u00e9 l&rsquo;amour \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les femmes n&rsquo;avaient pas de voix publique et o\u00f9 l&rsquo;expression de l&rsquo;amour, m\u00eame par les hommes, \u00e9tait \u00e9vit\u00e9e&#8230;[lxvii]\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u2018\u2019Dans les nuits baign\u00e9es par la lune<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Il m&rsquo;appellera Mririda, Mririda,<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Ce doux surnom qui m&rsquo;est si cher. <\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Pour lui, je lib\u00e9rerai mon \u00ab\u00a0zgharit\u00a0\u00bb aigu, <\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Mon \u00ab\u00a0zgharit\u00a0\u00bb strident et prolong\u00e9,<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Que les hommes admirent et que les femmes envient.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p>Pour Soundouss Chraibi, \u00e9crivant dans <em>Telquel<\/em>: [lxviii]\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u2018\u2019\u2018\u2019On m\u2019a surnomm\u00e9e Mririda, Mririda, \/ Mririda, l\u2019agile rainette des pr\u00e9s\u2026\u201d C\u2019est en ces vers qu\u2019elle se pr\u00e9sente. Sa myst\u00e9rieuse et l\u00e9gendaire histoire est celle d\u2019une jeune Amazighe de la Haute Tassaout, au c\u0153ur du Grand-Atlas, qui se prostituait dans le souk d\u2019Azilal. Mririda N\u2019ait Attik aurait v\u00e9cu entre 1900 et 1940, si son existence peut \u00eatre factuellement prouv\u00e9e, car l\u2019\u00e9paisse brume de myst\u00e8res qui l\u2019entoure se d\u00e9cline en diff\u00e9rentes l\u00e9gendes, inventions et fantasmes.<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>L\u2019\u00e9paisse brume de myst\u00e8res qui l\u2019entoure se d\u00e9cline en l\u00e9gendes, inventions et fantasmes. Du haut de ses montagnes au climat rigoureux et au ciel \u00e9toil\u00e9, drap\u00e9e d\u2019un vieux manteau de laine dont elle ne se d\u00e9v\u00eatait pas, Mririda chantait des vers en tachelhit selon certaines versions, selon d\u2019autres, et clamait ses amours\u2026\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p>Par contre pour Mostafa Oumkhoum, chercheur en litt\u00e9rature amazighe, la po\u00e9tesse rebelle Mririda lui rappelle la femme de lettres du si\u00e8cle des h\u00e9ta\u00efres, Veronica Franco, qui elle aussi apr\u00e8s maints d\u00e9boires de la vie devint fille de joie et exprima son amertume en vers\u00a0: [lxix]\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u2018\u2019Au fur et \u00e0 mesure que j\u2019avan\u00e7ais dans la lecture, la personnalit\u00e9 de Mririda me rappelait dans sa substance celle de la c\u00e9l\u00e8bre Veronica Franco, l\u2019illustre h\u00e9ta\u00efre po\u00e9tesse au XVI<sup>\u00e8me\u00a0<\/sup>si\u00e8cle\u00a0; c\u2019\u00e9tait une fille de courtisane, elle a \u00e9t\u00e9 mari\u00e9e tr\u00e8s jeune, mais son mariage tourne court et elle d\u00e9cide alors d\u2019emboiter le pas \u00e0 sa m\u00e8re et devenir fille de joie. C\u2019est l\u2019une des plus c\u00e9l\u00e8bres courtisanes de Venise. C\u2019est presque le cas de Mririda n\u2019Ait Attik, la femme amazighe qui porte un regard sans concession sur son monde fait de bonheur, d\u2019amour, de privation. Ses chants, sa subtilit\u00e9 sont ensemenc\u00e9s par les vall\u00e9es et les monts du pays. Mririda est attach\u00e9e \u00e0 ses racines profondes. La foi et la raison font son histoire et fondent sa vraie nature\u00a0: une femme amazighe de manque, un p\u00e9riple dans les t\u00e9n\u00e8bres, dans les plaies et les gangr\u00e8nes, dans les blessures ind\u00e9l\u00e9biles dans le temps et l\u2019espace. Elle \u00e9tait \u00e9trange et sa po\u00e9sie a priori inutile pour la population, Mririda ne cherche ni \u00e0 faire vibrer la corde sensible, ni m\u00eame \u00e0 impressionner les gens.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p>Bien que les \u00e9tudes anthropologiques du Moyen-Orient reconnaissent g\u00e9n\u00e9ralement le statut inf\u00e9rieur des femmes au Maroc, la \u00ab\u00a0mosa\u00efque\u00a0\u00bb complexe de l&rsquo;organisation sociale nationale, ethnique et tribale, il est difficile de faire des d\u00e9clarations pr\u00e9cises et significatives sur la r\u00e9gion dans son ensemble. M\u00eame lorsqu&rsquo;ils se concentrent sur un pays, les r\u00e9cits anthropologiques arrivent \u00e0 des conclusions contradictoires sur le r\u00f4le des femmes.<\/p>\n<p>Les ethnographes du Maroc comme Westermarck, Coon, Hart et Gellner se sont concentr\u00e9s sur l&rsquo;exercice du pouvoir officiel, formel et public et ont donc soulign\u00e9 l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie des hommes sur les femmes\u00a0: une notion orientaliste compl\u00e9tement erron\u00e9e sachant sans pour autant que la femme amazighe \u00e0 la diff\u00e9rence de la femme arabe avait les coud\u00e9es franches dans sa soci\u00e9t\u00e9 toujours matriarcale en esprit et en \u00e2me en d\u00e9pit de l\u2019islamisation. [lxx]\n<p>Cette notion de domination masculine monolithique et de soumission f\u00e9minine a \u00e9t\u00e9 quelque peu modifi\u00e9e par des \u00e9tudes r\u00e9centes sur la capacit\u00e9 des femmes \u00e0 influencer les d\u00e9cisions masculines, un \u00ab\u00a0pouvoir derri\u00e8re les hommes\u00a0\u00bb. Une th\u00e9orie du \u00ab\u00a0pouvoir derri\u00e8re le tr\u00f4ne\u00a0\u00bb articul\u00e9e par Roger Joseph. [lxxi]\n<p>Dans le Rif la po\u00e9sie au f\u00e9minin chante l\u2019\u00e9pop\u00e9e glorieuse de l\u2019\u00e9mir Ben Abdelkrim, l\u2019exil \u00e9conomique des hommes en Europe (<strong><em>zwa am\u00e2n <\/em><\/strong>(traverser les eaux)), la bont\u00e9 des saints et les tares de la soci\u00e9t\u00e9 rifaine. [lxxii] Ces po\u00e8mes sous forme de couplets <strong><em>izr\u00e2n<\/em><\/strong> sont d\u00e9clam\u00e9s publiquement lors de mariages ou d\u2019autres c\u00e9l\u00e9brations sociales.<\/p>\n<p>Dans sa pr\u00e9sentation des po\u00e9tesses rifaines, Terri Brint Joseph, ethnomusicologue am\u00e9ricain, \u00e9crit\u00a0: [lxxiii]\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>[\u2018\u2018Au-del\u00e0 de leurs fonctions sexuelles et sociales, les chants berb\u00e8res permettent essentiellement aux jeunes femmes de s&rsquo;adresser \u00e0 l&rsquo;ensemble de la communaut\u00e9. La libert\u00e9 de s&rsquo;adresser \u00e0 la tribu (tackbitch) ou \u00e0 la communaut\u00e9 (dchar) dans son ensemble, est accord\u00e9e \u00e0 toute jeune femme qui souhaite se produire ; il s&rsquo;agit toutefois d&rsquo;un privil\u00e8ge propre aux jeunes femmes c\u00e9libataires. Les femmes mari\u00e9es, divorc\u00e9es ou veuves n&rsquo;ont pas le droit de se produire. Les hommes, m\u00eame les chefs les plus puissants, ne peuvent pas s&rsquo;adresser \u00e0 l&rsquo;ensemble de la communaut\u00e9. Bien qu&rsquo;ils utilisent les rassemblements tribaux pour parler aux hommes de tous les \u00e2ges, ils ne peuvent communiquer qu&rsquo;avec les femmes qui sont membres de leur propre famille ou qui sont li\u00e9es \u00e0 eux par le mariage. S&rsquo;ils souhaitent atteindre d&rsquo;autres femmes de la tribu, les m\u00e2les doivent utiliser leurs m\u00e8res, leurs \u00e9pouses, leurs s\u0153urs ou leurs filles comme \u00e9missaires.\u2019\u2019]<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u2018\u2019Over and beyond their sexual and social functions, the Berber songs essentially allow young women to address the entire community. The freedom to address the tribe (tackbitch) or community (dchar) as a whole, people of both sexes and all ages, is granted to any young woman who wishes to perform; it is, however, a privilege unique to young, single women. Married, divorced, or widowed women are not permitted to perform. Men, even the most. powerful leaders, cannot address the entire community. Although they utilize tribal gatherings to speak to men of all ages, they can communicate with only those women who are members of their own family or are related to them by marriage. If they wish to reach other women of the tribe, males must use their mothers, wives, sisters, or daughters as emissaries.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p>Et de poursuivre:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>[\u2018\u2019Les chansons que les femmes interpr\u00e8tent lors des mariages sont souvent explicitement critiques de la vie berb\u00e8re. L&rsquo;\u00e9ventail des sujets de critique sociale est th\u00e9oriquement aussi large que les int\u00e9r\u00eats des chanteurs\u2026, par exemple, l\u2019attaque s&rsquo;en prend non seulement \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 autochtone, mais aussi aux pays d&rsquo;Europe qui embauchent les Amazighs, cr\u00e9ent de nouveaux sch\u00e9mas d&rsquo;\u00e9migration dans la vie tribale, et contribuent \u00e0 des bouleversements sociaux.\u2019\u2019]<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u2018\u2019The songs women perform at weddings are often explicitly critical of Berber life. The range of subjects for social critique is theoretically as broad as any singer&rsquo;s interests; for example, \u2026 a song, attacks not only native society but the countries of Europe that hire Berber labor, create new emigration patterns in tribal life, and contribute to social upheavals.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p><strong>Conclusion\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;identit\u00e9 berb\u00e8re (amazighe) s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e il y a des milliers d&rsquo;ann\u00e9es sur un vaste territoire, <strong>Tamazgha,<\/strong> et s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9e aussi remarquablement r\u00e9sistante au brassage culturel avec d&rsquo;autres civilisations m\u00e9diterran\u00e9ennes qu&rsquo;aux diverses conqu\u00eates. Tout au long de l&rsquo;histoire, les femmes ont \u00e9t\u00e9 les gardiennes des traditions et de la langue, assurant la pr\u00e9servation du patrimoine culturel des tribus. La transmission a \u00e9t\u00e9 garantie par de nombreux symboles que l&rsquo;on retrouve dans le tissage (l&rsquo;apanage des femmes berb\u00e8res), les bijoux, la vannerie, la poterie, les tatouages et les peintures corporelles au henn\u00e9, la litt\u00e9rature orale (contes, fables, devinettes, proverbes, po\u00e9sie, etc.), chants et dance, la m\u00e9decine traditionnelle, et les us et coutumes.<\/p>\n<p>Les femmes amazighes constituent le pilier incontournable de la famille et de la communaut\u00e9 amazighe d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui. [lxxiv] Elles sont les gardiennes d&rsquo;un savoir et d&rsquo;un savoir-faire ancestraux, qu&rsquo;elles v\u00e9hiculent \u00e0 travers leur langue maternelle, vecteur de valeurs et d&rsquo;identit\u00e9.<\/p>\n<p>Faisant usage de la m\u00e9moire vive et collective, les femmes, avec un grand degr\u00e9 de r\u00e9silience, ont transmis l\u2019histoire des divers peuples amazighs de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration sans rel\u00e2che. On peut dire, sans exag\u00e9ration aucune, que la sauvegarde et la continuit\u00e9 de la civilisation amazighe est le r\u00e9sultat de la concomitance de deux facteurs essentiels\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le facteur humain<\/strong><strong>:<\/strong> la femme amazighe et son travail assidu de <strong>courroie de transmission<\/strong> de la civilisation amazighe dans ses composantes linguistique, culturelle et sociologique\u00a0; et<\/li>\n<li><strong>Le facteur g\u00e9ographique\u00a0: <\/strong>les montagnes ou se sont install\u00e9s les peuples amazighs, pour fuir les diff\u00e9rentes civilisations des envahisseurs externes, ont prot\u00e9g\u00e9 la culture amazighe et continuent \u00e0 le faire de l\u2019acculturation et de l\u2019annihilation.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les connaissances traditionnelles, en tant qu&rsquo;ensemble cumulatif de connaissances, de pratiques et de croyances, sont essentielles au maintien des traditions culturelles. Les femmes amazighes sont largement reconnues comme les gardiennes des connaissances traditionnelles (savoir et savoir-faire) li\u00e9es \u00e0 la gestion des ressources culturelles et naturelles.<\/p>\n<p>Les femmes amazighes constituent l&rsquo;\u00e9pine dorsale des communaut\u00e9s autochtones de <strong>Tamazgha<\/strong> et jouent un r\u00f4le crucial dans la pr\u00e9servation et la transmission des connaissances traditionnelles ancestrales li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;alimentation et \u00e0 l&rsquo;agriculture ainsi que dans la protection de la biodiversit\u00e9 et des ressources naturelles.<\/p>\n<p>En raison des t\u00e2ches et des r\u00f4les qui leur sont assign\u00e9s, les femmes amazighes ont d\u00e9velopp\u00e9 des connaissances sp\u00e9cifiques sur les plantes. Les femmes sont des s\u00e9lectionneuses de plantes, des gardiennes de semences, et cueillent des plantes \u00e0 des fins m\u00e9dicinales, culinaires, de combustible, d&rsquo;artisanat, de construction et de fourrage. L&rsquo;utilisation, la gestion et la conservation des plantes se font au sein du foyer, ce qui rend ces connaissances invisibles et sous-\u00e9valu\u00e9es par les personnes ext\u00e9rieures. [lxxv]\n<p>La maternit\u00e9 est hautement estim\u00e9e par les Berb\u00e8res, et les femmes incorporent des symboles et des couleurs li\u00e9s \u00e0 la fertilit\u00e9 dans leurs textiles, leurs v\u00eatements, leurs tatouages, leurs bijoux et leurs coiffures, afin d&rsquo;exprimer leur pouvoir.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les influences soci\u00e9tales qui ont modifi\u00e9 la vie quotidienne des communaut\u00e9s berb\u00e8res, les femmes continuent \u00e0 produire et \u00e0 utiliser des objets d&rsquo;art inspir\u00e9s de formes ancestrales, notamment lors des mariages ruraux, ce qui d\u00e9montre le r\u00f4le crucial que jouent les femmes dans la pr\u00e9servation du patrimoine amazigh pour l\u2019humanit\u00e9 et pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n<p>Il va sans dire que le r\u00f4le crucial que les femmes amazighes jouent dans leurs communaut\u00e9s en tant que soutien de famille, gardiennes du savoir, leaders et d\u00e9fenseurs des droits de l&rsquo;homme est sans limite. Les femmes amazighes sont des agents actifs du changement dans la soci\u00e9t\u00e9 et des championnes de la durabilit\u00e9. Elles sont aussi les gardiennes d&rsquo;une accumulation collective de connaissances scientifiques et de comp\u00e9tences techniques li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;alimentation et \u00e0 l&rsquo;agriculture, \u00e0 la sant\u00e9 et \u00e0 la m\u00e9decine, \u00e0 la gestion des ressources naturelles, au changement climatique, \u00e0 la langue, aux arts, \u00e0 l&rsquo;artisanat et aux pratiques spirituelles. Ces connaissances scientifiques ont un r\u00f4le cl\u00e9 \u00e0 jouer dans la sauvegarde des \u00e9cosyst\u00e8mes et la garantie de la justice et de l&rsquo;\u00e9quit\u00e9 environnementales.<\/p>\n<p><strong>Notes de fin de texte\u00a0:<\/strong><\/p>\n[i] Hoffman, Katherine E. &amp; Susan Gilson Miller. <em>Berbers and Others: Beyond Tribe and Nation in the Maghrib<\/em>. Bloomington, Indiana: Indiana University Press, 2010.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 <\/strong>: <em>Berbers and Others<\/em> offre de nouvelles perspectives sur les nouvelles formes d&rsquo;activisme social et politique dans le Maghreb d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, le mouvement amazigh (berb\u00e8re) est devenu un centre d&rsquo;int\u00e9r\u00eat politique, social et culturel en Afrique du Nord, en Europe et aux \u00c9tats-Unis. Les groupes berb\u00e8res ont revendiqu\u00e9 de mani\u00e8re pacifique mais persistante la propri\u00e9t\u00e9 de vastes domaines de cr\u00e9ativit\u00e9 dans les arts, la politique, la litt\u00e9rature, l&rsquo;\u00e9ducation et la m\u00e9moire nationale. Les auteurs de ce volume pr\u00e9sentent quelques-unes des meilleures id\u00e9es nouvelles dans le domaine \u00e9mergent des \u00e9tudes berb\u00e8res, offrant un aper\u00e7u des ant\u00e9c\u00e9dents historiques, de l&rsquo;usage de la langue, des droits fonciers, de l&rsquo;\u00e9conomie domestique, de la production artistique et des droits de l&rsquo;homme. La port\u00e9e, la profondeur et l&rsquo;approche multidisciplinaire de cet ouvrage int\u00e9resseront les sp\u00e9cialistes du Maghreb ainsi que les \u00e9tudiants en ethnicit\u00e9, en changement social et politique et en innovation culturelle.<\/p>\n[ii] Hanan, Abdelmoula. <em>Studies on Women`s Traditional Knowledge<\/em>. Chisinau, Moldova: LAP Lambert Academic Publishing, 2014.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 <\/strong>: L&rsquo;\u00e9tude a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e aupr\u00e8s des femmes du Nord Kordofan, dans l&rsquo;ouest du Soudan, et de l&rsquo;\u00c9tat de Kassala, dans l&rsquo;est du pays, afin de mettre en \u00e9vidence certaines de leurs connaissances traditionnelles en mati\u00e8re de gestion du b\u00e9tail, en particulier en ce qui concerne la production et la transformation du lait. Les r\u00e9sultats de l&rsquo;\u00e9tude ont montr\u00e9 que les femmes dans les zones d&rsquo;\u00e9tude ont des savoirs traditionnels en mati\u00e8re de gestion du b\u00e9tail concernant la sant\u00e9 animale, l&rsquo;\u00e9levage et la nutrition, ainsi que des savoirs traditionnels concernant la transformation du lait en diff\u00e9rents produits laitiers. Cependant, les r\u00e9sultats de l&rsquo;\u00e9tude ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les savoirs traditionnels sont transf\u00e9r\u00e9s aux jeunes g\u00e9n\u00e9rations par les femmes \u00e2g\u00e9es et que les agents de d\u00e9veloppement jouent rarement un r\u00f4le dans le transfert, la documentation ou la validation des savoirs traditionnels des femmes. Il est donc fortement recommand\u00e9 de mener des recherches participatives et inclusives avec les femmes des zones rurales. L&rsquo;exposition des femmes au processus de prise de d\u00e9cision en mati\u00e8re de S&amp;T \u00e0 tous les niveaux est \u00e9galement essentielle.<\/p>\n[iii] Rasmussen, Susan J. \u201cOnly Women Know Trees: Medicine Women and the Role of Herbal Healing in Tuareg Culture\u201d,\u00a0 <em>Journal of Anthropological Research<\/em>, vol. 54, no. 2, 1998, pp. 147\u201371. <em>JSTOR<\/em>, <a href=\"http:\/\/www.jstor.org\/stable\/3631728\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.jstor.org\/stable\/3631728<\/a><\/p>\n[iv] Chtatou, Mohamed. \u2018\u2019Les femmes amazighes, gardiennes de la langue et de la culture\u2019\u2019, <em>Le Monde Amazigh, <\/em>29 avril 2020, <a href=\"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/les-femmes-amazighes-gardiennes-de-la-langue-et-de-la-culture\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/les-femmes-amazighes-gardiennes-de-la-langue-et-de-la-culture\/<\/a><\/p>\n[v] Chtatou, Mohamed. \u2018\u2019Promouvoir, prot\u00e9ger et revitaliser la langue amazighe\u2019\u2019, <em>Le Monde Amazigh, <\/em>08 avril 2022, <a href=\"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/promouvoir-proteger-et-revitaliser-la-langue-amazighe\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/promouvoir-proteger-et-revitaliser-la-langue-amazighe\/<\/a><\/p>\n[vi] Sadiqi, Fatima. \u2018\u2019The Role of Moroccan women in preserving Amazigh language and culture\u2019\u2019, <em>Museum international<\/em>, LIX (59), 4 \/ 236, 2007, 2007 (p. 26), pp. 26-33, ,<a href=\"https:\/\/unesdoc.unesco.org\/ark:\/48223\/pf0000156033\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/unesdoc.unesco.org\/ark:\/48223\/pf0000156033<\/a><\/p>\n[vii] Camps, Gabriel. \u00ab\u00a0La Kahina. (Fin du VII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle) si\u00e8cle)\u00a0\u00bb, in\u00a0<em>L&rsquo;Afrique du Nord au f\u00e9minin.\u00a0H\u00e9ro\u00efnes du Mahgreb et du Sahara<\/em>, sous la direction de\u00a0Camps\u00a0Gabriel. Paris\u00a0: Perrin, 1992, pp. 124-139.<\/p>\n[viii] Claudot-Hawad, H.\u00a0\u201cMatriarcat\u201d,\u00a0<em>Encyclop\u00e9die berb\u00e8re<\/em>\u00a0, 31, 2010, pp. \u00a04697-4705, <a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/encyclopedieberbere\/514\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/journals.openedition.org\/encyclopedieberbere\/514<\/a><\/p>\n[ix] Becker, C. J. <em>Amazigh arts in Morocco: Women shaping Berber identity<\/em>. <strong>\u00a0<\/strong>Austin, Texas : University of Texas Press, 2006, p. 209.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 <\/strong>: Dans le sud-est du Maroc, autour de l&rsquo;oasis de Tafilalet, les Ait Khabbash tissent des tapis aux couleurs vives, brodent des couvre-chefs indigo, se peignent le visage avec du safran et portent des bijoux orn\u00e9s. Leurs arts extraordinairement d\u00e9taill\u00e9s sont riches en symbolisme culturel ; ils sont toujours d&rsquo;une beaut\u00e9 \u00e0 couper le souffle et ils sont g\u00e9n\u00e9ralement fabriqu\u00e9s par des femmes. Comme d&rsquo;autres groupes amazighs (berb\u00e8res) (mais contrairement aux soci\u00e9t\u00e9s arabes d&rsquo;Afrique du Nord), les Ait Khabbash ont confi\u00e9 leurs responsabilit\u00e9s artistiques aux femmes. Cynthia Becker a pass\u00e9 des ann\u00e9es au Maroc \u00e0 vivre parmi ces femmes et, gr\u00e2ce \u00e0 des liens familiaux et \u00e0 une fraternit\u00e9 f\u00e9minine, a obtenu un acc\u00e8s sans pr\u00e9c\u00e9dent aux rituels artistiques des Ait Khabbash. Le r\u00e9sultat est plus qu&rsquo;un examen \u00e9tonnant des arts eux-m\u00eames, c&rsquo;est aussi un \u00e9clairage sur les r\u00f4les des femmes en Afrique du Nord islamique et les nombreuses fa\u00e7ons dont les femmes n\u00e9gocient des questions sociales et religieuses complexes.<\/p>\n<p>L&rsquo;une des raisons pour lesquelles les femmes amazighes sont artistes est que les arts sont des expressions de l&rsquo;identit\u00e9 ethnique, et il s&rsquo;ensuit que les gardiennes de l&rsquo;identit\u00e9 amazighe devraient \u00eatre celles qui assurent litt\u00e9ralement sa p\u00e9rennit\u00e9 de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, les femmes amazighes. Sans surprise, les arts sont des expressions visuelles de la f\u00e9minit\u00e9 et les symboles de fertilit\u00e9 sont r\u00e9pandus. La ma\u00eetrise des symboles visuels de l&rsquo;identit\u00e9 amazighe a donn\u00e9 \u00e0 ces femmes pouvoir et prestige. Leurs v\u00eatements, tatouages \u200b\u200bet bijoux sont des d\u00e9clarations d&rsquo;identit\u00e9 publiques; ces expressions artistiques publiques contrastent avec le st\u00e9r\u00e9otype selon lequel les femmes dans le monde islamique sont isol\u00e9es et voil\u00e9es. Mais leur r\u00f4le en tant que symboles d&rsquo;identit\u00e9 publique peut aussi \u00eatre restrictif, et l&rsquo;histoire (le colonialisme fran\u00e7ais, la mont\u00e9e ult\u00e9rieure d&rsquo;un gouvernement domin\u00e9 par les Arabes au Maroc et l&rsquo;\u00e9mergence r\u00e9cente d&rsquo;un mouvement berb\u00e8re transnational) a forc\u00e9 les femmes Ait Khabbash \u00e0 adapter leurs arts comme leur peuple s&rsquo;adapte au monde contemporain. En encadrant les arts amazighs avec un contexte historique et culturel, Cynthia Becker permet au lecteur de voir la pleine mesure de ces \u0153uvres fascinantes.<\/p>\n[x] Frawsen, Ulbani Ait &amp; Ukerdis, L&rsquo;Hocine. \u2018\u2019The Origins of Amazigh Women&rsquo;s Power in North Africa: An Historical Overview\u2019\u2019, <em>Al-Raida<\/em> 100, 2003, p. 19.<\/p>\n[xi] Hvidberg-Hansen, F.O. \u00a0<em>La d\u00e9esse TNT : une Etude sur la r\u00e9ligion canaan\u00e9o-punique<\/em>. Copenhagen: Gad, 1982.<\/p>\n[xii] Ahlstr\u00f6m, G. W. <em>Journal of Near Eastern Studies<\/em>, vol. 45, no. 4, 1986, pp. 311\u201314. <em>JSTOR<\/em>, <a href=\"http:\/\/www.jstor.org\/stable\/544212\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.jstor.org\/stable\/544212<\/a><\/p>\n[xiii] \u00a0Brett, Michael &amp; Elizabeth Fentress.\u00a0<em>Les Berb\u00e8res<\/em>. Oxford\u00a0: Blackwell, 1997, p. 269.<\/p>\n[xiv] Hannibal \u00e9tait un g\u00e9n\u00e9ral et homme d&rsquo;\u00c9tat carthaginois qui a command\u00e9 les forces de Carthage dans leur combat contre la R\u00e9publique romaine pendant la deuxi\u00e8me guerre punique. Il est largement consid\u00e9r\u00e9 comme l&rsquo;un des plus grands commandants militaires de l&rsquo;histoire.<\/p>\n<p>Le p\u00e8re d&rsquo;Hannibal, Hamilcar Barca, \u00e9tait un g\u00e9n\u00e9ral carthaginois de premier plan pendant la premi\u00e8re guerre punique. Ses fr\u00e8res cadets \u00e9taient Mago et Hasdrubal ; son beau-fr\u00e8re \u00e9tait Hasdrubal le Bel, qui a command\u00e9 d&rsquo;autres arm\u00e9es carthaginoises. Hannibal a v\u00e9cu pendant une p\u00e9riode de grande tension dans le bassin m\u00e9diterran\u00e9en, d\u00e9clench\u00e9e par l&rsquo;\u00e9mergence de la R\u00e9publique romaine en tant que grande puissance avec sa d\u00e9faite de Carthage lors de la premi\u00e8re guerre punique. Le revanchisme pr\u00e9valait \u00e0 Carthage, symbolis\u00e9 par la promesse faite par Hannibal \u00e0 son p\u00e8re de \u00ab\u00a0ne jamais \u00eatre un ami de Rome\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En 218 avant J.-C., Hannibal attaque Saguntum (aujourd&rsquo;hui Sagunto, Espagne), un alli\u00e9 de Rome, en Hispanie, d\u00e9clenchant la deuxi\u00e8me guerre punique. Hannibal envahit l&rsquo;Italie en traversant les Alpes avec des \u00e9l\u00e9phants de guerre nord-africains. Au cours de ses premi\u00e8res ann\u00e9es en Italie, il remporte une succession de victoires \u00e0 la bataille de la Trebia, du lac Trasim\u00e8ne et de Cannae, infligeant de lourdes pertes aux Romains. Hannibal se distinguait par sa capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9terminer ses forces et faiblesses respectives et celles de son adversaire, et \u00e0 planifier les batailles en cons\u00e9quence. Ses strat\u00e9gies bien planifi\u00e9es lui ont permis de conqu\u00e9rir et de s&rsquo;allier \u00e0 plusieurs villes italiennes qui \u00e9taient auparavant alli\u00e9es \u00e0 Rome. Hannibal a occup\u00e9 la majeure partie du sud de l&rsquo;Italie pendant 15 ans. Les Romains, dirig\u00e9s par Fabius Maximus, \u00e9vit\u00e8rent une confrontation s\u00e9rieuse avec lui, menant plut\u00f4t une guerre d&rsquo;usure. Les d\u00e9faites carthaginoises en Hispanie emp\u00eachent Hannibal d&rsquo;\u00eatre renforc\u00e9, et il ne parvient pas \u00e0 remporter une victoire d\u00e9cisive. Une contre-invasion de l&rsquo;Afrique du Nord, men\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral romain Scipion Africanus, le contraint \u00e0 retourner \u00e0 Carthage. Hannibal fut finalement vaincu \u00e0 la bataille de Zama, mettant fin \u00e0 la guerre par une victoire romaine.<\/p>\n[xv] Mazel, Jean. <em>Avec les Ph\u00e9niciens-\u00e0 la poursuite du soleil sur les routes de l\u2019or et de l\u2019\u00e9tain<\/em>. Paris\u00a0:\u00a0 Robert Laffont, 1968.<\/p>\n[xvi] Markoe, Glenn E.\u00a0<em>Peoples of the Past: Phoenicians<\/em>. Oakland, California: University of California Press, 2000.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 : <\/strong>L&rsquo;une des grandes \u00e9nigmes du monde antique, les Ph\u00e9niciens \u00e9taient \u00e0 la fois lou\u00e9s et m\u00e9pris\u00e9s dans l&rsquo;Antiquit\u00e9. Ils ont \u00e9t\u00e9 c\u00e9l\u00e9br\u00e9s comme des scribes \u00e9rudits qui ont transmis l&rsquo;alphabet moderne, comme des marins et des explorateurs comp\u00e9tents, ainsi que comme des artisans et des ing\u00e9nieurs dou\u00e9s. Les sources historiques montrent qu&rsquo;ils \u00e9taient \u00e9galement per\u00e7us comme des profiteurs et des tricheurs sans scrupules, et comme une race moralement corrompue qui prostituait ses filles et massacrait ses enfants en bas \u00e2ge pour les sacrifier \u00e0 ses dieux. Mais qui \u00e9taient les vrais Ph\u00e9niciens, et que savons-nous de leurs origines et de leur culture ?<\/p>\n<p>Le c\u0153ur de l&#8217;empire ph\u00e9nicien consistait en une \u00e9troite bande c\u00f4ti\u00e8re entre les montagnes du Liban et la mer M\u00e9diterran\u00e9e, une version l\u00e9g\u00e8rement \u00e9tendue du Liban moderne. Les Ph\u00e9niciens qui vivaient le long de ce littoral ont explor\u00e9 et colonis\u00e9 des terres lointaines. Mais \u00e0 bien des \u00e9gards, la civilisation ph\u00e9nicienne est perdue et de nombreux faits la concernant sont inconnus, car aucun manuscrit ph\u00e9nicien n&rsquo;a surv\u00e9cu en version originale ou en traduction. En creusant profond\u00e9ment dans les sources historiques et arch\u00e9ologiques, Glenn Markoe reconstitue ce que nous savons actuellement de ce peuple myst\u00e9rieux et de sa culture maritime. Il \u00e9toffe la Ph\u00e9nicie en donnant des comptes rendus de son histoire, de ses villes, de son \u00e9conomie, de sa langue et de sa litt\u00e9rature, de sa religion et de son expansion commerciale \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger.<\/p>\n[xvii] Rigoglioso, M.\u00a0<em>Virgin Mother Goddesses of Antiquity.<\/em> New York: Palgrave MacMillan, 2010, p. 23.<\/p>\n[xviii] Griffis-Greenberg, K.\u00a0 \u2018\u2019Neith: Ancient Goddess of the beginning, the beyond, and the end\u2019\u2019,\u00a0<em>The guiding feminine: Goddesses of ancient Egypt, <\/em>1999,<em>\u00a0\u00a0<\/em><a href=\"http:\/\/www.reocities.com\/skhmt_netjert\/neith.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.reocities.com\/skhmt_netjert\/Neith.html<\/a>.<\/p>\n[xix] Dexter, M.R.\u00a0<em>Whence the goddess: A source book<\/em>.\u00a0 New York: Teachers College, 1990, p. 24.<\/p>\n[xx] Camps, Gabriel. \u2018\u2019 Les Numides et la civilisation punique\u2019\u2019, <em>Antiquit\u00e9s africaines 14<\/em>, Ann\u00e9e 1979, pp. 43-53, <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/antaf_0066-4871_1979_num_14_1_1016\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.persee.fr\/doc\/antaf_0066-4871_1979_num_14_1_1016<\/a><\/p>\n[xxi] Pritchard, James B.\u00a0<em>Recovering Sarepta, a Phoenician City: Excavations at Sarafund, 1969-1974, <\/em>by the University Museum of the University of Pennsylvania. Princeton: Princeton University Press, 1978.<\/p>\n[xxii] Sorand, Christian. \u2018\u2019Le signe de Tanit\u2019\u2019, <em>Inumiden, <\/em>3 ao\u00fbt 2017, <a href=\"https:\/\/www.inumiden.com\/signe-de-tanit\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.inumiden.com\/signe-de-tanit\/<\/a><\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong> : Le signe de Tanit est souvent per\u00e7u comme \u00e9tant une repr\u00e9sentation visuelle de la d\u00e9esse carthaginoise de la fertilit\u00e9. Toutefois, si l\u2019on applique les principes de la symbolique universelle sur les figures g\u00e9om\u00e9triques, on d\u00e9couvre alors beaucoup d\u2019implications sur le sens cach\u00e9 de cette figuration. L\u2019arch\u00e9ologie va chercher dans l\u2019architecture d\u2019antan une meilleure connaissance \u00e9clairant l\u2019h\u00e9ritage des Hommes. Une approche similaire peut s\u2019appliquer \u00e0 certains signes visuels l\u00e9gu\u00e9s par d\u2019anciennes civilisations. La sociologie et l\u2019ethnologie modernes, ainsi que la linguistique, ont cr\u00e9\u00e9 une sorte de g\u00e9nome humain per\u00e7u au travers des symboles universels que sont le point, le cercle, la croix ou le carr\u00e9. L\u2019\u00e9tude suivante se propose donc d\u2019analyser le sens cach\u00e9 du signe de Tanit, souvent consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9tant le motif principal des Puniques, terme caract\u00e9risant la collusion entre la colonie ph\u00e9nicienne de Carthage et la population numide locale. En s\u2019effor\u00e7ant de structurer les origines des Berb\u00e8res, d\u00e9sign\u00e9s aujourd\u2019hui par le terme \u00ab Amazigh \u00bb, l\u2019auteur s\u2019efforce de retrouver leurs liens historiques, principalement dans l\u2019Antiquit\u00e9, o\u00f9 ils ont \u00e9t\u00e9 d\u2019importants contributeurs souvent ignor\u00e9s, inconnus ou tout simplement volontairement laiss\u00e9s de c\u00f4t\u00e9. Les \u00e9tudes r\u00e9cemment entreprises sur les Berb\u00e8res ont pris une nouvelle direction par rapport \u00e0 l\u2019Histoire conventionnelle, gr\u00e2ce \u00e0 de nouveaux moyens de recherche et \u00e0 de nouvelles d\u00e9couvertes.<\/p>\n[xxiii] Lipinski, Edouard. <em>\u2018Tanit\u2019 \u2013 Dictionnaire de la Civilisation ph\u00e9nicien et punique<\/em>. Turnhout, Belgique\u00a0: Brepols, 1992.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0:<\/strong> Le Dictionnaire de la civilisation ph\u00e9nicienne et punique, auquel ont collabor\u00e9 plus de quatre-vingt sp\u00e9cialistes de diff\u00e9rents pays, constitue une premi\u00e8re absolue dans le domaine des \u00e9ditions de caract\u00e8re scientifique ou de haute vulgarisation, aussi bien en fran\u00e7ais que dans d&rsquo;autres langues. C&rsquo;est la premi\u00e8re fois, en effet, que voit le jour un ouvrage visant \u00e0 pr\u00e9senter sous forme encyclop\u00e9dique l&rsquo;ensemble des connaissances relatives \u00e0 la civilisation ph\u00e9nicienne et punique, dans les bassins oriental et occidental de la M\u00e9diterran\u00e9e, depuis les rives du Tigre et de l&rsquo;Euphrate jusqu&rsquo;aux rivages de l&rsquo;oc\u00e9an Atlantique. Le pr\u00e9sent dictionnaire, richement illustr\u00e9, muni de cartes, plans et tableaux chronologiques, constitue donc un compl\u00e9ment n\u00e9cessaire aux encyclop\u00e9dies de l&rsquo;Antiquit\u00e9 classique, gr\u00e9co-romaine, du monde biblique et des cultures orientales de la M\u00e9sopotamie, de l&rsquo;\u00c9gypte et de l&rsquo;Anatolie. Il ne se substitue toutefois \u00e0 aucun d&rsquo;eux, car il porte essentiellement sur les sites ph\u00e9niciens et puniques, connus par les sources historiques ou les fouilles arch\u00e9ologiques, sur leur histoire, leur culture et leur religion, sur l&rsquo;architecture, l&rsquo;art et l&rsquo;artisanat, ainsi que l&rsquo;h\u00e9ritage spirituel de ce monde disparu et si proche: croyances, langue \u00e9troitement apparent\u00e9e \u00e0 l&rsquo;h\u00e9breu biblique, alphabet qui est \u00e0 l&rsquo;origine du n\u00f4tre, documents \u00e9crits qui semblent des anc\u00eatres de nos d\u00e9dicaces, \u00e9pitaphes ou plaques comm\u00e9moratives. Des notices sont \u00e9galement consacr\u00e9es \u00e0 la m\u00e9moire des savants qui ont apport\u00e9 une contribution notable au progr\u00e8s des \u00e9tudes ph\u00e9nico-puniques. (<a href=\"https:\/\/books.google.co.ma\/books\/about\/Dictionnaire_de_la_civilisation_ph%C3%A9nici.html?id=bOcR5DZoeiMC&amp;source=kp_book_description&amp;redir_esc\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/books.google.co.ma\/books\/about\/Dictionnaire_de_la_civilisation_ph%C3%A9nici.html?id=bOcR5DZoeiMC&amp;source=kp_book_description&amp;redir_esc<\/a>=)<\/p>\n[xxiv] Vennemann, Theo. \u00ab\u00a0The name of the Isle of Thanet\u00a0\u00bb, in: Andrew James Johnston, Ferdinand von Mengden, and Stefan Thim, eds., <em>Language and text: Current perspectives on English and Germanic historical linguistics and philology<\/em> [a festschrift for Klaus Dietz on the occasion of his seventieth birthday, 10 December 2005]. Heidelberg: Carl Winter, 2006, pp. 345-374.<\/p>\n[xxv] Mod\u00e9ran, Y. \u00ab\u00a0Kahena\u00a0\u00bb, in\u00a0<em>Encyclop\u00e9die berb\u00e8re, 27, Kairouan \u2013 Kifan Bel-Ghomari<\/em>. Aix-en-Provence: Edisud, 2005, pp.\u00a04102-4111, <a href=\"http:\/\/encyclopedieberbere.revues.org\/1306\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/encyclopedieberbere.revues.org\/1306<\/a><\/p>\n[xxvi] Kahina est le personnage titulaire dans les romans fran\u00e7ais suivants :<\/p>\n<ul>\n<li>Nebot, Didier. <em>La Kah\u00e9na : Reine d&rsquo;Ifrikia<\/em>. Paris\u00a0: Anne Carri\u00e8re, 1998.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: C&rsquo;est au c\u0153ur du massif des Aur\u00e8s, dans le sud de l&rsquo;Alg\u00e9rie et de la Tunisie actuelles, qu&rsquo;au VIIe si\u00e8cle vivait la puissante tribu berb\u00e8re des Dj\u00e9raoua, d&rsquo;origine juive, dont la Kah\u00e9na \u00e9tait la reine. Cette femme, d&rsquo;une beaut\u00e9 remarquable et dot\u00e9e de pouvoirs \u00e9tranges, pr\u00e9disait l&rsquo;avenir et gu\u00e9rissait les malades, jouissant parmi les siens d&rsquo;une autorit\u00e9 indiscut\u00e9e car elle rendait la justice avec \u00e9quit\u00e9 mais savait aussi se montrer impitoyable. Lorsque les Arabes d\u00e9cid\u00e8rent de porter la parole du Proph\u00e8te de par le monde, ils envahirent l&rsquo;Afrique du Nord, d\u00e9truisirent Carthage et chass\u00e8rent les Byzantins install\u00e9s dans les colonies c\u00f4ti\u00e8res. Refusant d&rsquo;abjurer sa foi, la Kah\u00e9na rassembla les peuplades de l&rsquo;Ifrikia, de la Numidie et de la Mauritanie et, \u00e0 la t\u00eate d&rsquo;une arm\u00e9e innombrable, parvint \u00e0 infliger aux Arabes une terrible d\u00e9faite. Ce fut le dernier acte de r\u00e9sistance contre l&rsquo;islam de cet \u00e9tonnant peuple berb\u00e8re, souvent m\u00e9connu, m\u00e9lange d&rsquo;anciens Libyens, Ph\u00e9niciens et Juifs&#8230; Se fondant sur de nombreuses sources historiques, qu&rsquo;il expose en annexe de ce roman, Didier Nebot reconstitue avec une force d&rsquo;\u00e9vocation rare la vie et les coutumes des tribus berb\u00e8res au VIIe si\u00e8cle. S&rsquo;il s&rsquo;attache \u00e0 la figure exceptionnelle de la Kah\u00e9na, c&rsquo;est aussi pour mieux relater cet \u00e9pisode de la conqu\u00eate arabe qui marqua un tournant d\u00e9cisif dans la destin\u00e9e des pays du Maghreb.<\/p>\n<ul>\n<li>Beauguitte, Germaine. <em>La Kah\u00e9na, Reine des Aur\u00e8s<\/em>. Meaux, France\u00a0: \u00c9dition des Auteurs Meaux, 1959.<\/li>\n<li>Boisnard, Magali. <em>Le Roman de la Kah\u00e9na : d&rsquo;apr\u00e8s les anciens textes arabes<\/em>. Paris\u00a0: L&rsquo;\u00e9dition d&rsquo;art, H. Piazza,1925.<\/li>\n<\/ul>\n[xxvii] Ibn Khald\u00fbn.\u00a0<em>Kit\u00e2b al-<sup>c<\/sup>Ibar,\u00a0<\/em>trad. De Slane,\u00a0<em>Histoire des Berb\u00e8res\u00a0<\/em>t. 1. Alger\u00a0: Imprimerie du Gouvernement, 1852, p. 208, pp. 213-215\u00a0; t. 3, 1856, pp. 192-194.<\/p>\n[xxviii] Idris, Hady Roger. \u201cExamen Critique Des R\u00e9cits d\u2019al-M\u0101lik\u012b et d\u2019Ibn \u02bfI\u1e0f\u0101r\u012b Sur La Conqu\u00eate de l\u2019Ifr\u012bqiya.\u201d <em>Arabica<\/em>, vol. 11, no. 1, 1964, pp. 5\u201318. <em>JSTOR<\/em>, <a href=\"http:\/\/www.jstor.org\/stable\/4056151\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.jstor.org\/stable\/4056151<\/a><\/p>\n[xxix] Sadiqi, Fatima. \u2018\u2019Constructing North Africa: the role of Berber women 1\u2019\u2019, in Boudraa, Nabil &amp; Joseph Ohmann Krause (eds.). <em>Women and Resistance in the Maghreb, Remembering Kahina.<\/em> London: Routledge, 2021.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 <\/strong>: La survie spectaculaire du berb\u00e8re (en tant que langue et culture) est principalement due aux femmes qui, comme le berb\u00e8re lui-m\u00eame, ont \u00e9t\u00e9 marginalis\u00e9es pendant de longs si\u00e8cles et qui, aujourd&rsquo;hui, f\u00e9minisent lentement les sph\u00e8res publiques en Afrique du Nord. Parmi ces femmes, Kahina appara\u00eet comme un v\u00e9ritable symbole de r\u00e9sistance. Ce symbole s&rsquo;inscrit dans les trajectoires historiques des Berb\u00e8res et des femmes, et a \u00e9t\u00e9 le lien intrins\u00e8que entre les deux dans la construction de l&rsquo;Afrique du Nord. Les femmes berb\u00e8res ont en effet jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant dans cette construction, non seulement en tant qu&rsquo;\u00e9l\u00e9ments du folklore, mais aussi en tant qu&rsquo;ic\u00f4nes guerri\u00e8res, fines politiques, artistes et productrices de connaissances. Bien que non reconnu dans les r\u00e9cits historiques officiels de la r\u00e9gion, le r\u00f4le des femmes dans la construction de l&rsquo;Afrique du Nord est inscrit dans la composition linguistique, sociale, culturelle, litt\u00e9raire et artistique de la r\u00e9gion. Trois aspects du r\u00f4le des femmes berb\u00e8res (amazighs) dans la construction de l&rsquo;identit\u00e9 nord-africaine sont mis en \u00e9vidence dans ce chapitre : le leadership militaire et politique, l&rsquo;art visuel et la production de connaissances orales. Dans le cadre du syst\u00e8me patriarcal global de l&rsquo;Afrique du Nord, ces aspects ont \u00e9chapp\u00e9 au radar de la colonisation, de la construction de l&rsquo;\u00c9tat et de la post-colonisation et apparaissent aujourd&rsquo;hui comme les principaux \u00e9l\u00e9ments de diff\u00e9renciation entre l&rsquo;Afrique du Nord et le Moyen-Orient et le moteur d&rsquo;un v\u00e9ritable mouvement social et d&rsquo;un changement social dans la r\u00e9gion.<\/p>\n[xxx] Chtatou, Mohamed. \u2018\u2019Al-Kahina, une reine amazighe stigmatis\u00e9e par les Arabes\u2019\u2019, <em>Le Monde Amazigh, <\/em>7 mai 2021, <a href=\"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/al-kahina-une-reine-amazighe-stigmatisee-par-les-arabes\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/al-kahina-une-reine-amazighe-stigmatisee-par-les-arabes\/<\/a><\/p>\n[xxxi] Hannoum, Abdelmajid. <em>Colonial Histories, Post-Colonial Memories: The Legend of the Kahina, a North African Heroine<\/em>. Portsmouth, NH\u00a0: Heinemann, 2001.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Aucune autre l\u00e9gende nord-africaine n&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e, transform\u00e9e et utilis\u00e9e par autant de groupes sociaux que celle du mythe de la Kahina. Dans ce livre, Abdelmajid Hannoum examine le r\u00f4le que le mythe a jou\u00e9 dans ce que l&rsquo;on peut appeler une conqu\u00eate id\u00e9ologique. Depuis sa cr\u00e9ation au IXe si\u00e8cle, la l\u00e9gende de Kahina a fourni l&rsquo;armature id\u00e9ologique utilis\u00e9e dans les luttes anticoloniales, le nationalisme nord-africain, le nationalisme berb\u00e8re et le f\u00e9minisme arabe. Mais l&rsquo;histoire de Kahina a \u00e9galement fourni la justification id\u00e9ologique des incursions en Afrique du Nord par divers groupes qui ont utilis\u00e9 la l\u00e9gende pour articuler la r\u00e9gion comme arabe, parfois fran\u00e7aise, parfois berb\u00e8re et parfois juive. Son livre explore \u00e9galement les processus et le contexte dans lesquels les souvenirs du pass\u00e9 sont transform\u00e9s et fa\u00e7onn\u00e9s, non seulement par ceux qui racontent la l\u00e9gende oralement, mais aussi par les historiens qui \u00e9crivent sur l&rsquo;Afrique du Nord, l&rsquo;Islam et la domination coloniale fran\u00e7aise dans la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Dans la tradition de l&rsquo;<em>Orientalisme<\/em> d&rsquo;Edward Said, l&rsquo;\u00e9tude d&rsquo;Abdelmajid Hannoum sur le mythe de la Kahina est un compte rendu dynamique de la propagation de l&rsquo;Islam, de l&rsquo;Arabie et du colonialisme fran\u00e7ais dans la r\u00e9gion nord-africaine. <em>Colonial Histories, Postcolonial Memories<\/em>, gr\u00e2ce \u00e0 sa m\u00e9thodologie innovante et \u00e0 l&rsquo;utilisation intensive de r\u00e9cits oraux, est \u00e9galement une exploration \u00e9clairante des complexit\u00e9s li\u00e9es \u00e0 la production de connaissances historiques.<\/p>\n[xxxii] Mod\u00e9ran, Y. \u00ab\u00a0Kahena\u00a0\u00bb, in\u00a0<em>Encyclop\u00e9die berb\u00e8re, 27, <\/em>op. cit.<\/p>\n[xxxiii] Huguenin-Gonon, N.\u00a0<em>Algeria<\/em>. Gen\u00e8ve, Suisse : Nagel Publishers., 1973, p.\u00a0137.<\/p>\n[xxxiv] Wellard, Jame.\u00a0<em>The Great Sahara<\/em>. London : Hutchinson &amp; Company, 1965, p.\u00a047.<\/p>\n[xxxv] P. Rognon, G. Camps, M. Gast et S. Chaker, \u00ab Ahaggar \u00bb, in Gabriel Camps (dir.), 8, Aur\u00e8s \u2013 Azrou, Aixen-Provence, Edisud (\u00ab Volumes \u00bb, no 8) , 1990 <a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/encyclopedieberbere\/270\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/journals.openedition.org\/encyclopedieberbere\/270<\/a><\/p>\n[xxxvi] Le \u00ab\u00a0comte\u00a0\u00bb Byron Khun de Prorok (1896-1954, n\u00e9 \u00e0 Philadelphie sous le nom de Francis Byron Kuhn) \u00e9tait un arch\u00e9ologue amateur hongrois-am\u00e9ricain, un anthropologue et l&rsquo;auteur de quatre carnets de voyage. Il a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme le premier pilleur de tombes, ouvrant des tombes et enlevant des restes et des objets contre la volont\u00e9 de ceux qui les revendiquent. Le comte Byron De Prorok a fait ses \u00e9tudes \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Gen\u00e8ve. Il a travaill\u00e9 sur les fouilles de Carthage de 1920 \u00e0 1925 et a \u00e9t\u00e9 titulaire du prestigieux Norton Lectureship de l&rsquo;Archaeological Institute of America en 1922-1923. \u00c0 la fin des ann\u00e9es 1920 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930, Prorok entreprend une s\u00e9rie d&rsquo;exp\u00e9ditions en Afrique, poursuivant des l\u00e9gendes anciennes, et finit par croire qu&rsquo;il a trouv\u00e9 des preuves que l&rsquo;Atlantide se trouve en Afrique du Nord, le v\u00e9ritable emplacement de la l\u00e9gendaire terre biblique d&rsquo;Ophir et ce qu&rsquo;il suppose \u00eatre les ruines d&rsquo;un ancien temple o\u00f9 Alexandre le Grand \u00ab\u00a0est devenu un dieu\u00a0\u00bb.\u00a0 Parmi les ouvrages qu&rsquo;il a publi\u00e9s, citons <em>Digging for Lost African Gods<\/em> (1926), <em>Mysterious Sahara : The Land of Gold, of Sand and of Ruin<\/em> (1929), <em>Dead Men Do Tell Tales<\/em> (1933) et <em>In Quest of Lost Worlds<\/em> (1935).<\/p>\n[xxxvii] Camps,\u00a0Gabriel.\u00a0\u2018\u2019L&rsquo;\u00e2ge du Tombeau de Tin Hinan, anc\u00eatre des Touareg du Hoggar\u2019\u2019, <em>Zephyrus<\/em>\u00a025,\u00a01974, pp.\u00a0497-516.<\/p>\n[xxxviii] Bogue, Roland. <em>Deleuzian Fabulation and the Scars of History<\/em>. Edinbrugh: Edinburgh University Press, 2010, p. 154.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 <\/strong>: Le concept de fabulation n&rsquo;appara\u00eet que tardivement dans la carri\u00e8re de Deleuze et de fa\u00e7on peu d\u00e9taill\u00e9e, mais en tra\u00e7ant ses liens avec d&rsquo;autres concepts et en les situant dans l&rsquo;esth\u00e9tique g\u00e9n\u00e9rale de Deleuze, Ronald Bogue d\u00e9veloppe une th\u00e9orie de la fabulation qu&rsquo;il propose comme principe directeur d&rsquo;une approche deleuzienne du r\u00e9cit litt\u00e9raire. La fabulation, soutient-il, implique le devenir-autre, l&rsquo;exp\u00e9rimentation sur le r\u00e9el, la l\u00e9galisation et l&rsquo;invention d&rsquo;un peuple \u00e0 venir, ainsi qu&rsquo;une compr\u00e9hension du temps inform\u00e9e par la distinction Chronos\/Aion de Deleuze et sa th\u00e9orie des trois synth\u00e8ses passives du temps. En lisant attentivement des romans contemporains de Zakes Mda, Arundhati Roy, Roberto Bolano, Assia Djebar et Richard Flanagan, il d\u00e9montre l&rsquo;utilit\u00e9 de la fabulation en tant qu&rsquo;outil critique, tout en explorant la relation probl\u00e9matique entre l&rsquo;histoire et la narration que les cinq romanciers adoptent comme pr\u00e9occupation th\u00e9matique centrale. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un projet original et passionnant r\u00e9alis\u00e9 par un sp\u00e9cialiste tr\u00e8s respect\u00e9 dans ce domaine.<\/p>\n[xxxix] Glacier, Osire. <em>Femmes politiques au Maroc d&rsquo;hier \u00e0 aujourd&rsquo;hui : La r\u00e9sistance et le pouvoir au f\u00e9minin<\/em>. Casablanca, Maroc\u00a0: Tarik Editions, 2016.<\/p>\n<p><strong>Extrait<\/strong>\u00a0:<em> \u2018\u2019Les Marocaines ont investi la sph\u00e8re politique depuis les temps anciens jusqu\u2019\u00e0 nos jours. Elles ont \u00e9t\u00e9 des reines telles que Tin Hinan, des reines de facto telles que Zaynab al-Nafzawiyya, des vizirs de facto tels que Khnata bent Bakkar, des dirigeantes telles que Hakimat T\u00e9touan, des r\u00e9gentes telles que Subh, des m\u00e9diatrices telles que Lalla Aziza Seksawiya, des guerri\u00e8res telles que la Kahina, des ca\u00efdas (leaders des tribus) telles que Chamsi az-Ziwawiya, des conseill\u00e8res telles que Kenza al-Mardhia, des ambassadrices aupr\u00e8s des nations europ\u00e9ennes et celles du Moyen-Orient telles que Sahaba er-Rahmania, des instauratrices d\u2019infrastructures publiques majeures telles que Ouda al-Wazkitia, des po\u00e8tes de cour royale telles que Hafsa ar-Rakuniya, des intrigantes tyranniques telles que Zidana, des h\u00e9ro\u00efnes de luttes paysannes contre le pouvoir central telles que Kharboucha, des r\u00e9sistantes lors des luttes anticoloniales telles que Taougrat, des b\u00e2tisseures de l\u2019\u00c9tat moderne telles que Malika al-Fassi, des militantes qui ont sacrifi\u00e9 leur vie pour les id\u00e9aux de d\u00e9mocratie, d\u2019\u00e9quit\u00e9 sociale et de justice internationale, comme Sa\u00efda Menebhi, des f\u00e9ministes qui ont modifi\u00e9 les perceptions masculines de la d\u00e9mocratie comme Hakima Chaoui, des syndicalistes qui ont f\u00e9minis\u00e9 les syndicats, comme Khadija Rhamiri, des militantes qui ont in\u00e9branlablement \u0153uvr\u00e9 pour l\u2019avancement des droits fondamentaux, comme Khadija Ryadi, des jeunes engag\u00e9es qui ont \u0153uvr\u00e9 pour l\u2019av\u00e8nement de la d\u00e9mocratie sociale dans le cadre du Mouvement du 20 f\u00e9vrier 2011, comme Nidal Salam Hamdache, et des actrices \u00e0 la fois efficaces et discr\u00e8tes du double changement social et politique, comme A\u00efcha Mekki.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n[xl] Chtatou, Mohamed. \u2019\u2019Les femmes amazighes, gardiennes de la langue et de la culture\u2019\u2019, op. cit.<\/p>\n[xli] Boudraa, Nabil &amp; Joseph Ohmann Krause (eds.). <em>Women and Resistance in the Maghreb, Remembering Kahina.<\/em> London: Routledge, 2021.<\/p>\n[xlii] Fadil, Siham. \u2018\u2019Women\u2019s preservation of Oral Culture in Imilchil: The,Festival of Marriage as a Case Study\u2019\u2019, <em>Feminist Research<\/em>, 2(1), 2018, pp. 19-28, <a href=\"http:\/\/www.gathacognition.com\/site\/showpdf\/article\/34\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.gathacognition.com\/site\/showpdf\/article\/34<\/a><\/p>\n[xliii] Chtatou, Mohamed. \u2018\u2019Le tapis amazigh: identit\u00e9, cr\u00e9ation, art et histoire\u2019\u2019, <em>Le Monde Amazigh, <\/em>18 juin 2020, <a href=\"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/le-tapis-amazigh-identite-creation-art-et-histoire\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/le-tapis-amazigh-identite-creation-art-et-histoire\/<\/a><\/p>\n[xliv] Yacine, Tassadit. \u201cWomen, Their Space and Creativity in Berber Society.\u201d <em>Race, Gender &amp; Class<\/em>, vol. 8, no. 3, 2001, pp. 102\u201313. <em>JSTOR<\/em>, <a href=\"http:\/\/www.jstor.org\/stable\/41674985\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.jstor.org\/stable\/41674985<\/a><\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Les femmes sont naturellement associ\u00e9es \u00e0 la production culturelle, notamment dans les domaines traditionnels rel\u00e9gu\u00e9s historiquement aux femmes dans leurs soci\u00e9t\u00e9s respectives. Nous pouvons donc esquisser les grandes lignes d&rsquo;une relation \u00e9troite entre les femmes et l&rsquo;art populaire. La poterie, le tissage, la d\u00e9coration de la maison, la d\u00e9coration des compartiments de stockage du grain, la broderie, etc. sont autant de mani\u00e8res de faire des femmes dans de nombreuses cultures. C&rsquo;est \u00e9galement le cas dans de nombreuses r\u00e9gions du monde amazigh et, bien s\u00fbr, dans celui des patries kabyles d&rsquo;Alg\u00e9rie et des patries shleuhs du Maroc. La division du travail entre les sexes, qui comprend la production culturelle du physique et du mat\u00e9riel, implique \u00e9galement la production intellectuelle. Surmontant les obstacles historiques qui les touchent \u00e9galement sur le plan sociopolitique, les femmes amazighes ont appris \u00e0 exister en tant que productrices. Certaines femmes amazighes racontent la psychologie de cette existence \u00e0 travers la po\u00e9sie et la chanson.<\/p>\n[xlv] Idlisen, Your. <em>Tiny Tattoos of Berber Culture: Berber Tattoos Symbols and Meanings (The Amazigh Tattoos)<\/em>. Publication \u00e0 compte d\u2019auteur, 2021.<\/p>\n<p>Historiquement, le tatouage a aid\u00e9 les tribus amazighes nomades \u00e0 distinguer les membres des diff\u00e9rents groupes. Les symboles contenus dans les tatouages servaient de force unificatrice, profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans l&rsquo;histoire et la raison d&rsquo;\u00eatre de chaque groupe. Au-del\u00e0 de l&#8217;embellissement, les tatouages racontaient l&rsquo;histoire des tribus, liaient les femmes \u00e0 leur terre et transmettaient les liens familiaux.<\/p>\n[xlvi] Marcy, G. \u201cOrigine et Signification Des Tatouages de Tribus Berb\u00e8res.\u201d <em>Revue de l\u2019histoire Des Religions<\/em>, vol. 102, 1931, pp. 13\u201366. <em>JSTOR<\/em>, <a href=\"http:\/\/www.jstor.org\/stable\/23664621\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.jstor.org\/stable\/23664621<\/a><\/p>\n[xlvii] Fox, Alan. \u2018\u2019Tatouage Berb\u00e8re, tatouages et culture Berb\u00e8re, Kabyle, Amazigh\u2019\u2019, <em>Tattoo-tatouage.com,<\/em><\/p>\n<p>24 f\u00e9vrier 2010, <a href=\"https:\/\/www.tattoo-tatouages.com\/societe\/tatouage-kabyle-berbere-amazigh.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.tattoo-tatouages.com\/societe\/tatouage-kabyle-berbere-amazigh.html<\/a><\/p>\n[xlviii] Chtatou, Mohamed. \u2018\u2019Le tapis amazigh: identit\u00e9, cr\u00e9ation, art et histoire\u2019\u2019, op. cit.<\/p>\n[xlix] Rhouma, Neila. \u2018\u2019Le tissage berb\u00e8re : un h\u00e9ritage au f\u00e9minin\u2019\u2019, <em>Women of the Mediterranean. <\/em><em>Women and Memory<\/em>, juin 2019, Sorrento, Italie, <a href=\"https:\/\/hal.archives-ouvertes.fr\/hal-03195647\/document\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/hal.archives-ouvertes.fr\/hal-03195647\/document<\/a><\/p>\n[l] <em>Samama, Y. Le tissage dans le Haut Atlas marocain. Miroir de la terre et de la vie. <\/em>Paris\u00a0: Ibis Press et Editions UNESCO, 2000.<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em>Robichez, J.<em> Maroc central.<\/em> <em>Cent vingt-trois photographies comment\u00e9es. <\/em>Grenoble-Paris\u00a0: Editions B. Arthaud, Grenoble-Paris, 1946.<\/p>\n[li] Tossa, Wajuppa. \u2018\u2019Global storytelling and local cultural preservation and revitalization\u2019\u2019, <em>Storytelling, Self, Society,<\/em> 8(3), 2012, pp. 194\u2013201. <a href=\"http:\/\/www.jstor.org\/stable\/41949190\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.jstor.org\/stable\/41949190<\/a><\/p>\n[lii] Becker, C.\u00a0 \u2018\u2019Matriarchal nomads and freedom fighters: Transnational Amazigh consciousness and Moroccan, Algerian, and Nigerien artists\u2019\u2019, <em>Critical Interventions<\/em>, 3(1), 2009 (p. 72), pp. 70\u2013101. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/19301944.2009.10781362\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/doi.org\/10.1080\/19301944.2009.10781362<\/a><\/p>\n[liii] Becker, C. J. <em>Amazigh arts in Morocco: Women shaping Berber identity<\/em>, op. cit.<\/p>\n[liv] Radi, Sa\u00e2dia. \u201cChapitre II.\u00a0<strong>Les djinns<\/strong>\u201d, in\u00a0Radi, S. <em>Surnaturel et soci\u00e9t\u00e9\u00a0: L&rsquo;explication magique de la maladie et du malheur \u00e0 Kh\u00e9nifra, Maroc<\/em>. Rabat\u00a0: Centre Jacques-Berque, 2013, pp. 41-60, <a href=\"http:\/\/books.openedition.org\/cjb\/482\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/books.openedition.org\/cjb\/482<\/a><\/p>\n[lv] Westermarck, Edward. <em>Ritual and Belief in Morocco: Vol. I<\/em> (Routledge Revivals). London: Routledge, 2020 (1926).<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong> : Entre 1898 et 1926, Edward Westermarck a pass\u00e9 sept ans au Maroc, visitant des villes et des tribus dans diff\u00e9rentes r\u00e9gions du pays, rencontrant les habitants et apprenant \u00e0 conna\u00eetre leur langue et leur culture. Ses d\u00e9couvertes sont consign\u00e9es dans cet ouvrage en deux volumes, publi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en 1926. Outre un important mat\u00e9riel de r\u00e9f\u00e9rence, notamment le syst\u00e8me de translitt\u00e9ration de Westermarck et une liste exhaustive des tribus et des districts mentionn\u00e9s dans le texte, les chapitres traitent de domaines tels que les influences et les relations entre la religion et la magie au Maroc, les origines des croyances et des pratiques, les mal\u00e9dictions et la sorcellerie. Ce premier volume d&rsquo;une s\u00e9rie de deux traitant du m\u00eame sujet fascinera tout \u00e9tudiant ou chercheur en anthropologie int\u00e9ress\u00e9 par l&rsquo;histoire des rituels, de la culture et de la religion au Maroc.<\/p>\n<p><strong>Table des mati\u00e8res\u00a0: <\/strong>Introduction ; 1. la baraka (saintet\u00e9 ou vertu b\u00e9nie) : Sa pr\u00e9valence 2. La Baraka (saintet\u00e9 ou vertu b\u00e9nie) : Ses manifestations et ses effets 3. La Baraka (Saintet\u00e9 ou Vertu B\u00e9nie) : Sa sensibilit\u00e9 4. Les Jn\u016bn (djinns) : Leur nature et leurs agissements 5. Les Jn\u016bn : Les mesures prophylactiques contre eux et les rem\u00e8des aux troubles caus\u00e9s par eux &#8211; Les Jn\u016bn au service des hommes et des saints 6. L&rsquo;origine des croyances et des pratiques relatives au Jn\u016bn 7. Les esprits individuels 8. Le mauvais \u0153il 9. Les mal\u00e9dictions et les serments 10. Le &lsquo;\u0100R et le &lsquo;AHD 9. La sorcellerie &#8211; les influences homo\u00e9pathiques &#8211; le transfert du mal.<\/p>\n[lvi] Becker, C. \u2018\u2019Amazigh woven textiles at Yale: Visual expressions of Berber women\u2019s creativity and inventiveness\u2019\u2019, <em>Yale University Art Gallery Bulletin<\/em>, 2017 (p. 38), pp. 34\u201341.<\/p>\n[lvii] Belahsen, R., Naciri, K., &amp; El Ibrahimi, A. \u2018\u2019Food security and women\u2019s roles in Moroccan Berber (Amazigh) society today\u2019\u2019, <em>Maternal &amp; Child Nutrition<\/em>, 13, 2017 (p. 4), e12562. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/mcn.12562\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/mcn.12562<\/a><\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 <\/strong>: Traditionnellement, le r\u00e9gime alimentaire berb\u00e8re faisait partie d&rsquo;une \u00e9conomie semi autarcique. L&rsquo;ad\u00e9quation du r\u00e9gime alimentaire \u00e0 l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me r\u00e9gional a garanti la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire des tribus berb\u00e8res du Maroc et d&rsquo;autres pays d&rsquo;Afrique du Nord. Dans le cadre d&rsquo;un mod\u00e8le patriarcal, les mod\u00e8les alimentaires berb\u00e8res sont historiquement ancr\u00e9s dans un syst\u00e8me social o\u00f9 les r\u00f4les des femmes et des hommes sont compl\u00e9mentaires \u00e0 toutes les \u00e9tapes de la production, de la transformation et de la conservation des aliments. Les femmes ont jou\u00e9 un r\u00f4le dominant dans la conservation des mod\u00e8les alimentaires berb\u00e8res en pr\u00e9servant la biodiversit\u00e9 des semences et des vari\u00e9t\u00e9s locales, en transmettant la langue berb\u00e8re de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration et en partageant les connaissances sur les aliments, les plantes m\u00e9dicinales et les pratiques culturelles li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;alimentation et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire. Des facteurs politiques, sociaux, d\u00e9mographiques, \u00e9conomiques et culturels ont affect\u00e9 le mod\u00e8le alimentaire berb\u00e8re et le r\u00f4le des femmes dans sa pr\u00e9servation. Le passage d&rsquo;un mod\u00e8le traditionnel semi-autarcique \u00e0 un mod\u00e8le au sein d&rsquo;une \u00e9conomie de march\u00e9 a conduit \u00e0 l&rsquo;importation de nourriture, \u00e0 l&rsquo;\u00e9rosion des composantes culinaires telles que les plantes sauvages comestibles et \u00e0 l&rsquo;homog\u00e9n\u00e9isation du r\u00e9gime alimentaire. Malgr\u00e9 ces changements et la transition nutritionnelle qui y est associ\u00e9e, le r\u00e9gime alimentaire berb\u00e8re reste un patrimoine culturel en raison de sa riche diversit\u00e9. Les femmes berb\u00e8res jouent un r\u00f4le crucial dans la pr\u00e9servation et la durabilit\u00e9 du patrimoine culinaire berb\u00e8re et de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire.<\/p>\n[lviii] Crawford, D. \u2018\u2019Morocco\u2019s invisible Imazighen\u2019\u2019, <em>The Journal of North African Studies<\/em>, 7(1), 2002(p.), pp. 53\u2013 70. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/13629380208718457\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/doi.org\/10.1080\/13629380208718457<\/a><\/p>\n[lix] Harrison, R. <em>Heritage: Critical approaches<\/em>. London: Routledge, 2012. <a href=\"http:\/\/ebookcentral.proquest.com\/lib\/uu\/detail.action?docID=1024670\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/ebookcentral.proquest.com\/lib\/uu\/detail.action?docID=1024670<\/a><\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 <\/strong>: Sites historiques, m\u00e9moriaux, parcs nationaux, mus\u00e9es&#8230; nous vivons \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 le patrimoine est omnipr\u00e9sent. Mais qu&rsquo;est-ce que cela signifie de vivre parmi les traces spectrales du pass\u00e9, l&#8217;empilement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne de mat\u00e9riaux historiques dans le pr\u00e9sent ? Comment le patrimoine est-il pass\u00e9 de la pr\u00e9occupation d&rsquo;une poign\u00e9e d&rsquo;enthousiastes et de sp\u00e9cialistes dans une partie du monde \u00e0 quelque chose qui est consid\u00e9r\u00e9 comme universellement appr\u00e9ci\u00e9 ? Et quels concepts et approches sont n\u00e9cessaires pour comprendre cette obsession mondiale ?<\/p>\n<p>Au fil des d\u00e9cennies, depuis l&rsquo;adoption de la Convention du patrimoine mondial, diverses \u00ab\u00a0crises\u00a0\u00bb de d\u00e9finition ont consid\u00e9rablement influenc\u00e9 la mani\u00e8re dont le patrimoine est class\u00e9, per\u00e7u et g\u00e9r\u00e9 dans les soci\u00e9t\u00e9s mondiales contemporaines. En adoptant une approche interdisciplinaire des nombreuses \u00ab\u00a0choses\u00a0\u00bb mat\u00e9rielles et immat\u00e9rielles aujourd&rsquo;hui d\u00e9finies comme patrimoine, cet ouvrage tente \u00e0 la fois de rendre compte de ce ph\u00e9nom\u00e8ne mondial et de l&rsquo;industrie qui s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e autour de lui, et de d\u00e9velopper une \u00ab\u00a0bo\u00eete \u00e0 outils de concepts\u00a0\u00bb permettant de l&rsquo;\u00e9tudier. Ce faisant, il fournit un compte rendu critique de l&rsquo;\u00e9mergence des \u00e9tudes sur le patrimoine en tant que domaine d&rsquo;\u00e9tude universitaire interdisciplinaire. Il est pr\u00e9sent\u00e9 dans le cadre d&rsquo;un examen plus large de la fonction du patrimoine dans les soci\u00e9t\u00e9s modernes tardives, avec un accent particulier sur les changements qui ont r\u00e9sult\u00e9 de la mondialisation du patrimoine \u00e0 la fin du XXe si\u00e8cle et au d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>D\u00e9veloppant de nouvelles approches th\u00e9oriques et des mod\u00e8les innovants pour des processus d\u00e9cisionnels plus d\u00e9mocratiques en mati\u00e8re de patrimoine, <em>Heritage : Critical Approaches<\/em> d\u00e9m\u00eale la relation entre le patrimoine et l&rsquo;exp\u00e9rience de la modernit\u00e9 tardive, tout en r\u00e9orientant le patrimoine de mani\u00e8re \u00e0 ce qu&rsquo;il puisse \u00eatre reli\u00e9 de fa\u00e7on plus productive \u00e0 d&rsquo;autres questions sociales, \u00e9conomiques, politiques et environnementales urgentes de notre \u00e9poque.<\/p>\n[lx] Naji, M. \u2018\u2019Learning to weave the threads of honor: Understanding the value of female schooling in southern Morocco\u2019\u2019, <em>Anthropology &amp; Education Quarterly<\/em>, 43(4), 2012 (p. 143), pp. 372\u2013384. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1548-1492.2012.01191.x\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1548-1492.2012.01191.x<\/a><\/p>\n[lxi] Becker, C. \u2018\u2019Amazigh woven textiles at Yale: Visual expressions of Berber women\u2019s creativity and inventiveness\u2019\u2019, op. cit., p. 35.<\/p>\n[lxii] Becker, C. \u2018\u2019Amazigh woven textiles at Yale: Visual expressions of Berber women\u2019s creativity and inventiveness\u2019\u2019, op. cit.,<\/p>\n[lxiii] Chtatou, Mohamed. \u2018\u2019Poetry, Song and Dance as Amazigh Strong Markers of Identity\u2019\u2019, <em>Amazigh World News, <\/em>11 juin 2020, <a href=\"https:\/\/amazighworldnews.com\/poetry-song-and-dance-as-amazigh-strong-markers-of-identity\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/amazighworldnews.com\/poetry-song-and-dance-as-amazigh-strong-markers-of-identity\/<\/a><\/p>\n[lxiv] Mririda n&rsquo;Ait Attik) (1900-1940s) \u00e9tait une po\u00e9tesse berb\u00e8re marocaine Shilha \u00e9crivant en Tashelhit. Elle est n\u00e9e \u00e0 Megdaz dans la vall\u00e9e du Tassaout. Ses po\u00e8mes ont \u00e9t\u00e9 mis sur papier et traduits en fran\u00e7ais dans les ann\u00e9es 1930 par Ren\u00e9 Euloge. Euloge \u00e9tait un fonctionnaire fran\u00e7ais bas\u00e9 \u00e0 Azilal depuis 1927.<\/p>\n<p>On sait peu de choses sur sa vie. N\u00e9e dans le village de Megdaz, dans la vall\u00e9e de Tassaout, Mririda s&rsquo;est mari\u00e9e tr\u00e8s jeune, mais a rapidement fui sa vie malheureuse \u00e0 la maison pour devenir une po\u00e8te orale et une interpr\u00e8te itin\u00e9rante. Elle se rendait de march\u00e9 en march\u00e9, improvisant et interpr\u00e9tant ses po\u00e8mes, qu&rsquo;elle composait en Tashelhit.<\/p>\n<p>Mririda \u00e9tait le nom de plume qu&rsquo;elle utilisait sur sc\u00e8ne, et son vrai nom est inconnu. Elle \u00e9tait analphab\u00e8te et n&rsquo;a jamais couch\u00e9 ses po\u00e8mes sur le papier. Ses po\u00e8mes traitaient de sujets tabous \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque (surtout de la part d&rsquo;une femme po\u00e8te), comme le divorce, les probl\u00e8mes domestiques et l&rsquo;amour non partag\u00e9.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1940, on dit qu&rsquo;elle \u00e9tait une courtisane dans le souk (march\u00e9) d&rsquo;Azilal, et qu&rsquo;elle \u00e9tait c\u00e9l\u00e8bre pour les chansons qu&rsquo;elle chantait aux hommes qui visitaient sa maison. \u00c0 la fin de la Seconde Guerre mondiale, Mririda avait disparu. Personne ne sait o\u00f9 et quand elle est morte.<\/p>\n[lxv] R.K.H. \u2018\u2019Un jour, une \u0153uvre : Mririda, \u00abh\u00e9ta\u00efre\u00bb aux paroles rares\u2019\u2019, <em>Finance News Hebdo, <\/em>3 juin 2020, <a href=\"https:\/\/fnh.ma\/article\/-\/un-jour-une-oeuvre-mririda-hetaire-aux-paroles-rares\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/fnh.ma\/article\/-\/un-jour-une-oeuvre-mririda-hetaire-aux-paroles-rares<\/a><\/p>\n[lxvi] Chtatou, Mohamed. \u2018\u2019Promouvoir, prot\u00e9ger et revitaliser la langue amazighe\u2019\u2019, <em>Le Monde Amazigh, <\/em>8 avril 2022, <a href=\"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/promouvoir-proteger-et-revitaliser-la-langue-amazighe\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/promouvoir-proteger-et-revitaliser-la-langue-amazighe\/<\/a><\/p>\n[lxvii] Mririda N\u2019Ait Attik. <em>Les Chants de la Tassaout<\/em>. Traduit par Ren\u00e9 Euloge. Casablanca\u00a0: Editions de la Tighremt\/maroc Editions, 1972.<\/p>\n<p><em>Tassawt Voices<\/em>, by Mririda n-Ayt Attiq and Ren\u00e9 Euloge, translated by\u00a0Michael Peyron. Ifrane:\u00a0 AUI Press, 2008<\/p>\n[lxviii] Chraibi, Soundouss. \u2018\u2019Mririda N\u2019ait Attik, une poe\u0301tesse amazighe dans l\u2019ombre de sa le\u0301gende\u2019\u2019, <em>Telquel, <\/em>30 juillet 2021, <a href=\"https:\/\/telquel.ma\/2021\/07\/30\/mririda-nait-attik-une-poetesse-dans-lombre_1733014\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/telquel.ma\/2021\/07\/30\/mririda-nait-attik-une-poetesse-dans-lombre_1733014<\/a><\/p>\n[lxix] Oumkhoum, Mostapha. \u2018\u2019\u00ab Les Chants de la Tassaout \u00bb: Un p\u00e9riple po\u00e9tique dans le temps et l\u2019espace\u2019\u2019, <em>Albayane, <\/em>5 mai 2019, <a href=\"https:\/\/albayane.press.ma\/les-chants-de-la-tassaout-un-periple-poetique-dans-le-temps-et-lespace.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/albayane.press.ma\/les-chants-de-la-tassaout-un-periple-poetique-dans-le-temps-et-lespace.html<\/a><\/p>\n[lxx] Edward Westermarck, <em>Marriage Ceremonies in Morocco<\/em>. London: Macmillan &amp; Co., 1906;<\/p>\n<p>Carleton Stevens Coon. <em>Tribes of the Rif<\/em>. Harvard: Peabody museum of Harvard university, 1931; reprint ed., New York: Kraus Reprint Co., 1970;<\/p>\n<p>David Montgomery Hart. <em>The Moroccan Rif &#8211;\u00a0The Aith Waryaghar of the Moroccan Rif: An Ethnography and History<\/em><strong>.<\/strong>Tucson: University of Arizona Press, 1976; and \u00ab\u00a0The Land and the People\u00a0\u00bb and \u00ab\u00a0Social Organization,\u00a0\u00bb in <em>Morocco: Subcontractor&rsquo;s Monograph HRAF-62<\/em>, New Haven, Conn.: Human Relations Area Files, Inc.;<\/p>\n<p>Ernest Gellner, \u00ab\u00a0Introduction\u00a0\u00bb and \u00ab\u00a0Political and Religious Organization of the Berbers of the Central High Atlas,\u00a0\u00bb in <em>Arabs and Berbers<\/em>, ed. Ernest Gellner and Charles Micaud. London: Trinity Press, 1973.<\/p>\n[lxxi] Joseph, Roger. \u00ab\u00a0Sexual Dialects and Strategy in Berber Marriage\u00a0\u00bb, <em>Journal of Comparative Family Studies<\/em> 7, 1976, pp. 471-81.<\/p>\n[lxxii] Weiss, Sarah. \u2018\u2019Girls\u2019 Poetry and Social Critique at Muslim Berber Weddings\u2019\u2019, in <em>Ritual Soundings: Women Performers and World Religions<\/em>. Champaign, IL: Illinois Scholarship Online, 2019, pp. 97\u2013111, <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.5622\/illinois\/9780252042294.003.0006\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/doi.org\/10.5622\/illinois\/9780252042294.003.0006<\/a><\/p>\n[lxxiii] Terri Brint, Joseph. \u2018\u2019Poetry as a Strategy of Power: The Case of Riffian Berber Women\u2019\u2019, <em>Signs<\/em>, Vol. 5, No. 3, Spring 1980, pp. 418-434, <a href=\"https:\/\/cmes.arizona.edu\/sites\/cmes.arizona.edu\/files\/5.%20Berber%20Women.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/cmes.arizona.edu\/sites\/cmes.arizona.edu\/files\/5.%20Berber%20Women.pdf<\/a><\/p>\n[lxxiv] Belahsen, R., Naciri, K., &amp; Ibrahimi, A. E.\u00a0(2017).\u00a0\u2018\u2019Food security and women&rsquo;s roles in Moroccan Berber (Amazigh) society today\u2019\u2019,\u00a0<em>Maternal &amp; Child Nutrition<\/em>,\u00a0<em>13 <\/em>(Suppl 3), 2017,\u00a0<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/mcn.12562\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/mcn.12562<\/a><\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 :<\/strong> Traditionnellement, le r\u00e9gime alimentaire berb\u00e8re faisait partie d&rsquo;une \u00e9conomie semi-autarcique. L&rsquo;ad\u00e9quation du r\u00e9gime alimentaire \u00e0 l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me r\u00e9gional a garanti la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire des tribus berb\u00e8res du Maroc et d&rsquo;autres pays d&rsquo;Afrique du Nord. Dans le cadre d&rsquo;un mod\u00e8le patriarcal, les mod\u00e8les alimentaires berb\u00e8res sont historiquement ancr\u00e9s dans un syst\u00e8me social o\u00f9 les r\u00f4les des femmes et des hommes sont compl\u00e9mentaires \u00e0 toutes les \u00e9tapes de la production, de la transformation et de la conservation des aliments. Les femmes ont jou\u00e9 un r\u00f4le dominant dans la conservation des mod\u00e8les alimentaires berb\u00e8res en pr\u00e9servant la biodiversit\u00e9 des semences et des vari\u00e9t\u00e9s locales, en transmettant la langue berb\u00e8re de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration et en partageant les connaissances sur les aliments, les plantes m\u00e9dicinales et les pratiques culturelles li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;alimentation et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire. Des facteurs politiques, sociaux, d\u00e9mographiques, \u00e9conomiques et culturels ont affect\u00e9 le mod\u00e8le alimentaire berb\u00e8re et le r\u00f4le des femmes dans sa pr\u00e9servation. Le passage d&rsquo;un mod\u00e8le traditionnel semi-autarcique \u00e0 un mod\u00e8le au sein d&rsquo;une \u00e9conomie de march\u00e9 a conduit \u00e0 l&rsquo;importation de nourriture, \u00e0 l&rsquo;\u00e9rosion des composantes culinaires telles que les plantes sauvages comestibles et \u00e0 l&rsquo;homog\u00e9n\u00e9isation du r\u00e9gime alimentaire. Malgr\u00e9 ces changements et la transition nutritionnelle qui y est associ\u00e9e, le r\u00e9gime alimentaire berb\u00e8re reste un patrimoine culturel en raison de sa riche diversit\u00e9. Les femmes berb\u00e8res jouent un r\u00f4le crucial dans la pr\u00e9servation et la durabilit\u00e9 du patrimoine culinaire berb\u00e8re et de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire.<\/p>\n[lxxv] Howard, P. <em>The major importance of \u201cminor\u201d resources: Women and plant biodiversity<\/em>. London, UK: International Institute for Environment and Development (IIED), 2003.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle amazighe \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;origine une soci\u00e9t\u00e9 matriarcale, la femme, surtout la m\u00e8re avait une place centrale dans la soci\u00e9t\u00e9. On allait jusqu&rsquo;\u00e0 parler d&rsquo;un sanctuaire vivant, pour dire combien elles \u00e9taient importantes et, \u00e0 tous points de vue, consid\u00e9r\u00e9es comme \u00e9gales \u00e0 l&rsquo;homme. 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