{"id":465,"date":"2015-09-13T22:59:28","date_gmt":"2015-09-13T22:59:28","guid":{"rendered":"http:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=465"},"modified":"2016-02-10T21:10:56","modified_gmt":"2016-02-10T21:10:56","slug":"voyage-en-tamazgha-i-comme-un-genocide-culturel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/voyage-en-tamazgha-i-comme-un-genocide-culturel\/","title":{"rendered":"Voyage en tamazgha (I) &#8211; Comme un g\u00e9nocide culturel"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_467\" aria-describedby=\"caption-attachment-467\" style=\"width: 188px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-467 size-medium\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/med-bakrim-188x250.jpg?resize=188%2C250\" alt=\"med bakrim\" width=\"188\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/med-bakrim.jpg?resize=188%2C250&amp;ssl=1 188w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/med-bakrim.jpg?w=300&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 188px) 100vw, 188px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-467\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Par: Bakrim Mohmed *<\/strong><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Une culture en d\u00e9perdition<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des vacances sous le signe de d\u00e9couverte et de retrouvailles. Le vecteur de ce programme, d\u00e9sormais ancr\u00e9 dans les m\u0153urs, est souvent le voyage. Mais il y a voyage et voyage. Il y a le voyage physique dans l\u2019espace et il y a le voyage mental dans l\u2019imagination. La n\u00f4tre ou celle des autres via la production symbolique que constitue les r\u00e9cits et autres \u00e9crits de fiction. Cela explique pourquoi les livres et les voyages entretiennent des rapports \u00e9troits; les uns se nourrissent des autres et vis versa. S\u2019appr\u00eater \u00e0 effectuer un voyage, dans le sens d\u2019un d\u00e9placement physique suppose, du moins chez la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9num\u00e9rique, d\u2019inclure dans la liste des effets \u00e0 ne pas oublier, des livres. Oui, ce sont de fid\u00e8les compagnons peu encombrants, discrets, commodes et toujours disponibles ; je parle des livres support papier en format de poche. Car aujourd\u2019hui la donne a chang\u00e9, par exemple ma tablette est dot\u00e9e d\u2019une riche biblioth\u00e8que \u00e9lectronique, via le t\u00e9l\u00e9chargement gratuit, mais cela reste tributaire d\u2019al\u00e9as comme la dur\u00e9e de la charge et de l\u2019alimentation en \u00e9nergie externe. Pas de souci de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0 pour les livres. Je reste donc plut\u00f4t papier dans ce genre de programme. Pour cet \u00e9t\u00e9, je fais le choix de quelques titres d\u00e9termin\u00e9s cette fois par deux genres fortement cod\u00e9s : le polar et les biographies historiques. Le Polar en premier lieu car sous l\u2019apparence de l\u2019\u00e9vasion et du divertissement par le bais du suspense et des intrigues multiples transpara\u00eet un regard souvent pertinent sur les soci\u00e9t\u00e9s contemporaines. Et depuis quelques ann\u00e9es, mon auteur de r\u00e9f\u00e9rence en la mati\u00e8re est l\u2018am\u00e9ricain Michael Connelly. Pour le d\u00e9couvrir je vous conseille absolument de commencer par Le po\u00e8te. Cette fois, ce sont deux titres que je d\u00e9vore : Le cadavre dans la Rolls (intrigue qui se d\u00e9roule entre les milieux de Hollywood \u00e0 Los Angeles et ceux de la mafia \u00e0 Las Vegas ; je r\u00e9sume car c\u2019est plus compliqu\u00e9 que cela) et Cr\u00e9ances de sang (fiction port\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cran et interpr\u00e9t\u00e9e notamment par Clint Eastwood). Cot\u00e9 biographie historique c\u2019est un voyage exceptionnel dans la Russie tsariste du 19\u00e8me si\u00e8cle avec Alexandre 1et et Nicolas 1erdu ma\u00eetre du genre Henry Troyat. Ce penchant pour l\u2019histoire est accentu\u00e9 par la pr\u00e9sence dans mes affaires des derniers num\u00e9ros de l\u2019excellente revue Zamane dont le num\u00e9ro en arabe ne manque pas de sensations fortes \u00e9tant enti\u00e8rement d\u00e9di\u00e9 au sexe dans la religion musulmane (cela me rappelle que le num\u00e9ro d\u2019\u00e9t\u00e9 des Cahiers du cin\u00e9ma est consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9rotisme\u2026sauf qu\u2019il n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 distribu\u00e9 chez nous ; censure ? Je note que je dois me renseigner \u2013sur cette affaire- d\u00e8s mon retour \u00e0 Casa).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais en accumulant les textes \u00e0 lire pour occuper mes temps de d\u00e9tente je me rends tr\u00e8s vite compte qu\u2019un texte d\u2019une riche \u00e9loquence s\u2019offre \u00e0 moi comme un livre ouvert et va occulter les livres que j\u2019emporte. C\u2019est le bled. Le Maroc en effet se livre comme un formidable champ de signes \u00e0 d\u00e9crypter et dont le d\u00e9chiffrage et la perception me marqueront \u00e0 jamais. Le Maroc comme exp\u00e9rience permanente de lecture<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Sous le signe de l\u2019anthropologie<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019itin\u00e9raire que j\u2019ai choisi pour mon voyage ne manque pas de nostalgie ; il est charg\u00e9 de m\u00e9moire et d\u2019histoire. J\u2019ai programm\u00e9 d\u2019effectuer le chemin emprunt\u00e9 jadis par mes anc\u00eatres mais dans le sens inverse : Casablanca \u2013 Taroudant \u00e0 travers le col de Tizi N\u2019test ; c\u2019est-\u00e0-dire franchir de nouveau le Haut Atlas. Eux, mes parents, \u00e9migr\u00e9s de l\u2019int\u00e9rieur mais aussi tous mes anc\u00eatres amazighs ont fait ce chemin dans le sens Sud-nord pour r\u00e9pondre aux diff\u00e9rents appels o\u00f9 se conjuguent le sacr\u00e9 et la profane.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019effectue \u00e9galement ce voyage sous le signe de deux auteurs : C.L Strauss avec cette citation \u00e9clairante de ma d\u00e9marche : \u00ab Tout autre est le monde o\u00f9 nous p\u00e9n\u00e9trons \u00e0 pr\u00e9sent, monde o\u00f9 l\u2019humanit\u00e9 se trouve abruptement confront\u00e9e \u00e0 des d\u00e9terminismes plus durs \u00bb. L\u2019autre auteur est Hassan Rachik, anthropologue du \u00ab nous \u00bb, de l\u2019int\u00e9rieur en quelque sorte puisque c\u2019est un intellectuel issu du terroir, enfant lui-m\u00eame de ce Haut Atlas fascinant et \u00e9nigmatique. Anthropologue confirm\u00e9, Rachik a \u00e9t\u00e9 attentif aux changements sociaux qui traversent et bouleversent les structures ancestrales. Le titre de l\u2019un de ses livres r\u00e9sume la probl\u00e9matique qui cl\u00f4t mont itin\u00e9raire : comment rester nomade ! Je me permets de le citer longuement car interpell\u00e9 par les changements que j\u2019ai observ\u00e9s dans la vie sociale de mon espace d\u2019origine (le pays du Souss en amont du fleuve du m\u00eame nom) j\u2019ai \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 \u00e0 un dilemme th\u00e9orique : est-cela la modernit\u00e9? Cette perdition des rites, des comportements, des pratiques\u2026 est-elle prix fort \u00e0 payer au changement? Hassan Rachik note au terme de son enqu\u00eate passionnante sur la soci\u00e9t\u00e9 nomade de l\u2019oriental du pays : \u00ab La compr\u00e9hension d\u2019un processus de transformation suppose d\u2019abord la reconstitution des processus sociaux r\u00e9p\u00e9titifs qui le pr\u00e9c\u00e8dent. Nous pensons que pour l\u2019\u00e9tude des changements sociaux, la description de cette continuit\u00e9 empirique (qui, d\u2019un autre point de vue, peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme une discontinuit\u00e9, voire une rupture) entre les deux types de processus est fondamentale dans la mesure o\u00f9 elle nous donne l\u2019occasion de d\u00e9crire et de comprendre \u00e0 la fois d\u2019actions nouvelles et l\u2019abandon d\u2019anciennes pratiques \u00bb. Le passage d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 nomade \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 s\u00e9dentaire peut repr\u00e9senter la parabole de grands bouleversements qui touchent la structure sociale composite de notre pays. Notamment dans sa dimension culturelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019impression forte qui s\u2019impr\u00e8gne dans l\u2019esprit au terme de ces p\u00e9r\u00e9grinations dans le Maroc profond est la d\u00e9perdition qui frappe toute la dimension symbolique des rapports sociaux. Nous assistons en effet \u00e0 un processus de standardisation culturelle qui an\u00e9antit toute sp\u00e9cificit\u00e9 locale et r\u00e9gionale. Je suis de plus en plus convaincu, suite \u00e0 ce que j\u2019ai vu et observ\u00e9, de la pertinence d\u2019un concept forg\u00e9 par le cin\u00e9aste et \u00e9crivain italien, Paolo Pasolini, celui du g\u00e9nocide culturel. Concept qu\u2019il a forg\u00e9 en constatant que son pays \u00e9tait plong\u00e9 \u00ab dans une vulgarit\u00e9, dans une ignorance et dans une m\u00e9diocrit\u00e9 jamais connue auparavant \u00bb. Je reprends \u00e0 mon compte le concept de g\u00e9nocide culturel constatant que ce que l\u2019on appelle le Maroc authentique et qui fait sa sp\u00e9cificit\u00e9 est en train de p\u00e9rir sous les coups de boutoir d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 de consommation effr\u00e9n\u00e9e qui balaie sur son chemin pratiques culturelles, traditions culinaires, vies sociales collectives&#8230; Une violence symbolique, \u00ab symbolique \u00bb car ses victimes la subissent avec leur propre consentement, transforme les rapports sociaux dans un sens m\u00e9canique, impos\u00e9e d\u2019en haut. C\u2019est une modernit\u00e9 superficielle qui casse des acquis historiques pour leur substituer des gadgets souvent inadapt\u00e9s au contexte social et \u00e0 l\u2019environnement naturel. J\u2019ai cit\u00e9 le cas des pratiques culinaires (la pr\u00e9paration du pain en est un meilleur exemple) mais il y a le cas flagrant de l\u2019architecture et des nouvelles constructions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut noter avec une certaine fiert\u00e9 l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019eau courante, de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 dans des villages jadis d\u00e9munis de tout acc\u00e8s aux moyens de la vie urbaine. Cependant, cette arriv\u00e9e bouleverse certains \u00e9quilibres forg\u00e9s dans la dur\u00e9e et dans un rapport harmonieux avec l\u2019environnement. Les nouvelles habitations, signe des nouvelles richesses, construites avec des briques en ciment et des charpentes en fer et selon des normes qui ne prennent pas en compte la sp\u00e9cificit\u00e9 climatique du sud. Le droit au confort comme exigence citoyenne a \u00e9t\u00e9 men\u00e9 loin de toute approche pens\u00e9e et \u00e9labor\u00e9e en fonction d\u2019un d\u00e9veloppement harmonieux. Ce confort de fa\u00e7ade se r\u00e9v\u00e8le tr\u00e8s vite incompatible avec le rythme de vie forg\u00e9e par la tradition. De nouveaux villages naissent ainsi dans un m\u00e9lange de genre qui produit de nombreuses cons\u00e9quences sociales, hygi\u00e9niques et culturelles. Le d\u00e9veloppement chaotique de nos campagnes explique l\u2019apparition d\u2019un certain nombre de ph\u00e9nom\u00e8nes in\u00e9dits dans nos contr\u00e9es : le vol ; la recrudescence de la criminalit\u00e9; l\u2019apologie des th\u00e8ses religieuses extr\u00e9mistes. C\u2019est dans un contexte p\u00e9riurbain ou pr\u00e9urbain marqu\u00e9 par une fragmentation sociale et culturelle que se d\u00e9veloppent les ph\u00e9nom\u00e8nes extr\u00eames. Un simple parcours des banlieues de nos villes, ou carr\u00e9ment dans les nouveaux centres urbains en fournit une illustration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Br\u00e8ves notes itin\u00e9rantes<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aire de repos, vitrines sociales. L\u2019autoroute, t\u00f4t le matin. La sortie de Casa est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s encombr\u00e9e. Le mois d\u2019ao\u00fbt concentre et condense \u00e0 la fois les d\u00e9placements professionnels et touristiques. La zone de Sidi Maarouf \u2013 Bouskoura exprime le nouveau dynamisme de la m\u00e9tropole blanche version Hi Tech et nouvelles technologies, l\u2019\u00e9conomie de l\u2019immat\u00e9riel. Vers Nouaceur, se dessine la configuration de la ville de demain y compris avec des fantasmes autour de la plus haute tour d\u2019Afrique sign\u00e9 Ben Laden, le fr\u00e8re. Qu\u2019est-ce qu\u2019elle a la famille du milliardaire saoudien avec les tours, l\u2019un les abat, l\u2019autre les construit?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aire de repos \u00e0 mi-chemin de Marrakech. Un de mes amis universitaires sp\u00e9cialistes de sciences sociales a fait une remarque pertinente : nos autoroutes sont tristes, absence d\u2019imagination pour meubler l\u2019immense espace qu\u2019elles mobilisent autour du regard des passagers, en outre il trouve qu\u2019elles et sont peu dot\u00e9es en aires de repos. Sur les 240 kms entre Casa et Marrakech il y en a combien : quatre ? Y a-t-il des normes internationales qui fixent la distance entre une aire de repos et une autre ? Peut-\u00eatre un cr\u00e9neau d\u2019investissement en friche, esp\u00e9rons au b\u00e9n\u00e9fice des usagers et des villages environnants. Premi\u00e8re pause donc. Pr\u00e9pond\u00e9rance des v\u00e9hicules immatricul\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Mais un constat s\u2019impose : la soci\u00e9t\u00e9 de consommation est bien l\u00e0. Des couches sociales tr\u00e8s vers\u00e9es dans le consum\u00e9risme tournent le dos \u00e0 la crise : voiture 4&#215;4, vacances avec r\u00e9servation dans des sites pris\u00e9s\u2026Le Maroc aux vitesses multiples s\u2019affichent dans une aire de repos. C\u2019est une v\u00e9ritable vitrine de nos nouvelles m\u0153urs. Les gens autour de moi parlent d\u2019un accident mortel qui a eu lieu ce matin m\u00eame. L\u2019autre dimension tragique de la route des vacances.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019arrive \u00e0 Marrakech sous une chaleur torride. Le ciel est rouge\u00e2tre, cela augure d\u2019un orage quelque part vers les hauteurs. Je ne m\u2019attarde pas dans la ville ocre, le temps d\u2019un rafraichissement et de quelques t\u00e9l\u00e9phones puis j\u2019aborde la mont\u00e9e en prenant la route nationale 203, celle qui traverse justement le Haut Atlas par le biais du col de Tzi N\u2019test. Chemin mythique charg\u00e9 de souvenirs, de m\u00e9moire et de l\u00e9gendes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Adrar N\u2019dern. Le Haut Atlas, cha\u00eene embl\u00e8me de tamazgha ; barri\u00e8re naturelle aux allures infranchissable n\u2019a jamais constitu\u00e9 une fronti\u00e8re entre le nord et le sud du pays. Ses chemins sinueux sont anim\u00e9s de souvenirs de passages qui ont ciment\u00e9 l\u2019unit\u00e9 politique et religieuse du pays. Chaque village, chaque vestige est t\u00e9moin de ce mouvement incessant qui \u00e9mane du sud pour nourrir le nord de son apport multiple, politique, mystique et culturel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Tahanaout: la porte du Haut Atlas<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s Tahanaout, nouvelle jeune ville tendance, tr\u00e8s pris\u00e9e par l\u2019\u00e9lite cosmopolite marrakchie, vill\u00e9giature pour les artistes et autres \u00e9crivains, je re\u00e7ois les premi\u00e8res gouttes de pluie de l\u2019orage qui a fini par \u00e9clater dans les hauteurs. Un climat frais r\u00e8gne sur les lieux. J\u2019arrive alors \u00e0 Moulay Brahim sous un ciel cl\u00e9ment. L\u2019endroit n\u2019a pas chang\u00e9 quelques \u00e9choppes, des restaurants populaires. Je m\u2019attable pour le d\u00e9jeuner et invite un groupe de musiciens, des troubadours, \u00e0 jouer de la musique locale. De l\u2019eau fraiche coule dans l\u2019oued. Mais Moulay Brahim reste encore l\u00e0-haut. J\u2019aime aller du c\u00f4t\u00e9 du sanctuaire passer par les marches o\u00f9 quelques sc\u00e8nes du film Mille mois de Faouzi Bensa\u00efdi ont \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9es. L\u2019endroit est tr\u00e8s anim\u00e9 ; forte affluence f\u00e9minine. Immense d\u00e9ception du c\u00f4t\u00e9 du sanctuaire de Moulay Brahim ; pour y acc\u00e9der il faut en effet passer par de v\u00e9ritables barri\u00e8res constitu\u00e9es de mendiants et de marchands de toutes sortes de produits. Le visiteur anim\u00e9 de sentiment sacr\u00e9 est perturb\u00e9 par cette irruption de \u00ab vulgarit\u00e9 et d\u2019ind\u00e9cence \u00bb. J\u2019acc\u00e8de tout de m\u00eame \u00e0 l\u2019enceinte du marabout pour ma lecture de la Fatiha \u00e0 la m\u00e9moire de ce saint dont les r\u00e9cits avec ces trois autres amis et compagnons ont nourri les contes de mon enfance. On raconte en effet qu\u2019ils \u00e9taient trois ou quatre \u00e9rudits ayant termin\u00e9 leur formation religieuse et ayant acquis un fort savoir liturgique se sont s\u00e9par\u00e9s \u00e0 Taraudante, \u00e0 l\u2019endroit dit \u00ab Farq lahbab \u00bb (s\u00e9paration des amis) et ont pris des directions diff\u00e9rentes pour r\u00e9pandre la bonne parole, constituer de grandes zaou\u00efas qui marqueront le destin du Souss, du sud voire de tout le Maroc. Moulay Brahim a fini ses jours \u00e0 l\u2019or\u00e9e de la ville ocre, au sommet de l\u2019une des montagnes du haut atlas. Ses autres compagnons ont fond\u00e9 des lieux o\u00f9 mysticisme et politique ont assur\u00e9 de grandes zones d\u2019influence (sidi Hmad oumoussa et sidi mhand nyaakoub).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En reprenant mon chemin, vers mon sud natal, je d\u00e9couvre, presque \u00e0 chaque tournant, des panneaux publicitaires signalant des sites renvoyant au nouveau tourisme en vogue, celui des g\u00eetes montagneux et des randonn\u00e9es. Je ne r\u00e9siste pas \u00e0 la tentation et je d\u00e9cide de tenter l\u2019exp\u00e9rience dans un h\u00f4tel sympathique, v\u00e9ritable petite ferme, et surtout enti\u00e8rement tourn\u00e9 vers la montagne. Le concept est int\u00e9ressant et les prix ne sont pas excessifs. Le lieu est paisible, propice \u00e0 la d\u00e9tente et \u00e0 la m\u00e9ditation face \u00e0 la nature (la bonne id\u00e9e en plus : il n\u2019y a pas de t\u00e9l\u00e9 dans les chambres !). Ce repos authentique me permet le lendemain de retrouver la partie la plus ardue de la route de Tizi N\u2019test.<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Tinmel; une m\u00e9moire refoul\u00e9e<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme \u00e0 l\u2019accoutum\u00e9e, je m\u2019arr\u00eate longuement \u00e0 la mosqu\u00e9e de Tinmel. Pour les amazighs c\u2019est \u00ab timzguida imlouln \u00bb, la mosqu\u00e9e blanche. Lieu mythique de m\u00e9moire qui remonte aux origines de la dynastie Almohade. Pour y acc\u00e9der je quitte la route et je rejoins le village de Tinmel. Le site est magnifique. De la verdure et quelques villages diss\u00e9min\u00e9s en flancs de montagne ; sur quelques sommets les vestiges de kasbah fond\u00e9es au 19\u00e8me si\u00e8cle par le c\u00e9l\u00e8bre ca\u00efd Goundafi pour contr\u00f4ler la route de Marrakech. Sous un soleil d\u2019aplomb je contemple les lieux et je me demande pourquoi Mehdi Ben Toumert a choisi ce site quasi inaccessible pour y installer son \u00e9tat-major ? Plus je contemple cette nature d\u2019apparence hostile, sa physionomie accident\u00e9e, ses chemins en lacets comme dans un film de Abbas Kiarostami, j\u2019en arrive \u00e0 la conviction qu\u2019une pens\u00e9e aussi rigoureuse que celle des fondamentalistes que sont les almohades, ne pouvait trouver meilleure m\u00e9taphore pour l\u2019exprimer que l\u2019espace qui l\u2019abrite. C\u2019est du sens auquel on ne peut acc\u00e9der non pas par un chemin mais par un long cheminement. La route ne cesse en effet de monter, de descendre, de tourner \u00e0 gauche, puis \u00e0 droite\u2026donnant l\u2019impression de revenir \u00e0 son point de d\u00e9part.<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Un plan kiarostamien: la qu\u00eate de sens<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais on finit toujours par monter\u2026 et atteindre le col de Tizi N\u2019Test qui culmine \u00e0 2100 m\u00e8tres ; il est le plus haut d\u2019Afrique du nord. Il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 dans les ann\u00e9es 20 du si\u00e8cle dernier. Je m\u2019installe dans un silence des hauteurs dans un d\u00e9cor qui sied \u00e0 la m\u00e9ditation, au recueillement, \u00e0 l\u2019admiration du Cr\u00e9ateur. Derri\u00e8re, les immenses montagnes, et en face vers le bas, au-del\u00e0 des cimes, la plaine du Souss, ouverte et prometteuse. On raconte, qu\u2019au d\u00e9but du protectorat, un m\u00e9decin fran\u00e7ais \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 cet endroit avec des amis marocains pour s\u2019installer \u00e0 Souss. Contemplant tr\u00e8s t\u00f4t le matin le paysage qui s\u2019offrait \u00e0 lui, son attention fut attir\u00e9e par une fum\u00e9e blanche qui sortait de chaque foyer \u00e0 cinq heures du matin. Posant la question \u00e0 ses compagnons, on lui expliqua que les gens pr\u00e9paraient leur repas matinal \u00e0 base du fameux \u00ab askif \u00bb, cette soupe l\u00e9g\u00e8re faite d\u2019orge, de ma\u00efs et d\u2019huile d\u2019olive. La l\u00e9gende dit que le m\u00e9decin d\u00e9cida de faire alors demi-tour arguant que des gens qui prenaient un tel menu le matin n\u2019avaient nullement besoin de m\u00e9decin. Qu\u2019en est-il aujourd\u2019hui ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>* Critique de cin\u00e9ma\u00a0et pr\u00e9sident du Forum Culture et Cin\u00e9ma<\/strong> <\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une culture en d\u00e9perdition Des vacances sous le signe de d\u00e9couverte et de retrouvailles. Le vecteur de ce programme, d\u00e9sormais ancr\u00e9 dans les m\u0153urs, est souvent le voyage. Mais il y a voyage et voyage. Il y a le voyage physique dans l\u2019espace et il y a le voyage mental dans l\u2019imagination. 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