{"id":4719,"date":"2022-11-13T19:07:24","date_gmt":"2022-11-13T18:07:24","guid":{"rendered":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=4719"},"modified":"2022-11-13T19:07:24","modified_gmt":"2022-11-13T18:07:24","slug":"les-juifs-berberes-qui-sont-ils","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/les-juifs-berberes-qui-sont-ils\/","title":{"rendered":"Les juifs berb\u00e8res, qui sont-ils?"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_4424\" aria-describedby=\"caption-attachment-4424\" style=\"width: 188px\" class=\"wp-caption alignright\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4424\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?resize=188%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"188\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?resize=188%2C250&amp;ssl=1 188w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?w=450&amp;ssl=1 450w\" sizes=\"auto, (max-width: 188px) 100vw, 188px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4424\" class=\"wp-caption-text\"><strong>Dr. Mohamed Chtatou<\/strong><\/figcaption><\/figure>\n<p>Les premiers juifs sont arriv\u00e9s au Maroc au V<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C. Un certain m\u00e9tissage s\u2019op\u00e8re gr\u00e2ce aux \u00e9changes avec les communaut\u00e9s berb\u00e8res, ce qui entra\u00eene une \u2018\u2019juda\u00efsation des Berb\u00e8res\u2019\u2019 et inversement une \u2018\u2019berb\u00e9risation des juifs\u2019\u2019. [i]\n<p><strong>Implantation des Juifs en Afrique du Nord et particuli\u00e8rement au Maroc<\/strong><\/p>\n<p>Les juifs berb\u00e8res ou les berb\u00e8res juifs (en tamazight : <em>\u2d53\u2d37\u2d30\u2d62\u2d4f <\/em><em>\u2d49\u2d4e\u2d30\u2d63\u2d49\u2d56<\/em> <em>Udayen imazi\u0263en<\/em>), sont les communaut\u00e9s juives du Maghreb [ii] qui parlaient historiquement des langues berb\u00e8res et\/ou sont d\u2019origine berb\u00e8re. [iii]\n<p>L\u2019acceptation du juda\u00efsme comme religion par les Berb\u00e8res et son adoption par un certain nombre de tribus ont peut-\u00eatre pris du temps. [iv] Les historiens pensent, sur la base des \u00e9crits d\u2019Ibn Khaldoun et d\u2019autres r\u00e9cits, que certaines des anciennes tribus berb\u00e8res juda\u00efques ont ensuite adopt\u00e9 le christianisme, puis l\u2019islam, et on ne sait pas si elles font partie de l\u2019ascendance juive berb\u00e9rophone contemporaine. [v]\n<p>Selon la th\u00e8se de Nahum Slouschz, [vi] les Juifs d\u2019Afrique du Nord descendent de tribus berb\u00e8res converties au juda\u00efsme dans l\u2019Antiquit\u00e9. [vii] Paul Monceaux soutient \u00e9galement qu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des Arabes, de nombreuses tribus berb\u00e8res \u00e9taient plus ou moins juda\u00efs\u00e9es, notamment en Tripolitaine, dans les Aur\u00e8s et dans les <strong><em>ksours<\/em><\/strong> (villages fortifi\u00e9s) du Sahara. Pour lui, il est, aussi, probable qu\u2019il y ait eu une communaut\u00e9 juive \u00e0 Carthage punique. [viii] Mais les t\u00e9moignages de cette pr\u00e9sence ne deviennent nombreux et significatifs qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque romaine et Carthage semble \u00eatre le centre de cette pr\u00e9sence juive, en particulier la n\u00e9cropole juive de Gammarth. [ix]\n<p>Le grand rabbin Maurice Eisenbeth [x] reprend largement l\u2019hypoth\u00e8se des Berb\u00e8res juda\u00efs\u00e9s ; il est suivi de nombreux auteurs plus r\u00e9cents : Andr\u00e9 Chouraqui, Henri Chemouilli, etc. [xi]\n<figure id=\"attachment_4722\" aria-describedby=\"caption-attachment-4722\" style=\"width: 632px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4722 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Famille-juive-berbere-dans-la-region-dOuarzazate-1959.jpg?resize=618%2C398&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"618\" height=\"398\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Famille-juive-berbere-dans-la-region-dOuarzazate-1959.jpg?w=632&amp;ssl=1 632w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Famille-juive-berbere-dans-la-region-dOuarzazate-1959.jpg?resize=388%2C250&amp;ssl=1 388w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4722\" class=\"wp-caption-text\">Famille juive berb\u00e8re dans la r\u00e9gion d\u2019Ouarzazate, 1959<\/figcaption><\/figure>\n<p>La tradition veut que les juifs d\u2019Afrique du Nord, comme tous ceux de la diaspora, descendent des Juifs de Jud\u00e9e exil\u00e9s apr\u00e8s la destruction du Second Temple de J\u00e9rusalem en 70 apr\u00e8s J.-C. par Titus. Le livre de Julien Cohen-Lacassagne renverse cette id\u00e9e re\u00e7ue. Il soutient que ce n\u2019est pas un peuple errant qui a travers\u00e9 les mers, <strong>mais une id\u00e9e<\/strong>, port\u00e9e par une puissante dynamique missionnaire : <strong>celle du monoth\u00e9isme<\/strong>. [xii]\n<p>L\u2019arriv\u00e9e progressive de la premi\u00e8re vague de juifs au Maroc correspond aux deux \u00e9v\u00e9nements historiques majeurs : l\u2019expansion de la navigation ph\u00e9nicienne au X<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C. et la destruction du Premier Temple qui conduira \u00e0 la d\u00e9portation des populations par les Assyriens en le VI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C.<\/p>\n<p>C\u2019est avec les Ph\u00e9niciens que le juda\u00efsme atteint Carthage, avant d\u2019\u00eatre adopt\u00e9 par les tribus berb\u00e8res et de se r\u00e9pandre dans l\u2019arri\u00e8re-pays. R\u00e9sistant \u00e0 l\u2019expansion chr\u00e9tienne, puis \u00e0 celle de l\u2019islam, ces Juifs maghr\u00e9bins ont durablement marqu\u00e9 les soci\u00e9t\u00e9s maghr\u00e9bines et contribu\u00e9 \u00e0 une authentique civilisation jud\u00e9o-musulmane partageant la langue, la culture, et le m\u00eame substrat religieux [xiii] et aussi culturel. [xiv]\n<p>Les premi\u00e8res traces d\u2019une pr\u00e9sence juive se trouvent \u00e0 Carthage (aujourd\u2019hui faubourg de Tunis), ville fond\u00e9e par les Ph\u00e9niciens au VII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C. Quatre si\u00e8cles plus tard, cette ville portuaire florissante est devenue une rivale de Rome en termes de commerce, de richesse et de population. Non loin de Carthage, les Juifs de Djerba arriv\u00e8rent au VI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C., fuyant la Jud\u00e9e apr\u00e8s la destruction du Premier Temple par Nabuchodonosor. C\u2019est en 586 avant J.-C. \u00e0 Djerba, o\u00f9 quelques milliers de juifs trouv\u00e8rent refuge, que commen\u00e7a la construction de la plus ancienne synagogue du continent africain (la Ghriba).<\/p>\n<p>Des mosa\u00efques repr\u00e9sentant des chandeliers \u00e0 sept branches (symbole du juda\u00efsme) ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvertes dans une villa (lors de travaux routiers) \u00e0 110 km au sud de Tunis. Selon les arch\u00e9ologues, ces vestiges sont une preuve suppl\u00e9mentaire d\u2019une pr\u00e9sence juive dans la r\u00e9gion du Cap Bon entre le IV<sup>e<\/sup> et le V<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C.<\/p>\n<p>Le premier r\u00e9cit historique de la pr\u00e9sence de Juifs dans une r\u00e9gion \u00e0 l\u2019ouest de l\u2019\u00c9gypte appara\u00eet dans l\u2019\u0153uvre de Flavius \u200b\u200bJos\u00e8phe. L\u2019historiographe romain \u00e9crit dans <em>The Jewish War<\/em> (<em>La Guerre des Juifs<\/em>) [xv] qu\u2019au III<sup>e<\/sup> si\u00e8cle av. J.-C., 100 000 Juifs furent d\u00e9port\u00e9s d\u2019Isra\u00ebl vers l\u2019\u00c9gypte. De l\u00e0, ils sont all\u00e9s en Cyr\u00e9na\u00efque (est de la Libye) et probablement plus \u00e0 l\u2019ouest.<\/p>\n<p>Les communaut\u00e9s juives du sud marocain seraient les plus anciennes. L\u2019implantation de ces communaut\u00e9s dans les colonies ph\u00e9niciennes de \u00ab Vadene \u00bb et de \u00ab Vakka \u00bb pr\u00e9c\u00e9derait m\u00eame l\u2019arriv\u00e9e du christianisme dans le sud du pays. [xvi].<\/p>\n<p>L\u2019implantation des juifs au Maroc est, en effet, tr\u00e8s ancienne. Les l\u00e9gendes semblent faire leur arriv\u00e9e au Maroc \u00e0 l\u2019\u00e9poque du roi Salomon, mais il n\u2019existe aucune preuve arch\u00e9ologique pour \u00e9tayer ces th\u00e9ories. Cependant, il est g\u00e9n\u00e9ralement admis que les premi\u00e8res colonies juives d\u2019Afrique du Nord, de quelque importance, sont post\u00e9rieures \u00e0 la destruction du Premier Temple de J\u00e9rusalem par Nabuchodonosor en 586 avant J.-C. [xvii]\n<figure id=\"attachment_4723\" aria-describedby=\"caption-attachment-4723\" style=\"width: 632px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4723 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Jeune-juive-berbere-de-Debdou.jpg?resize=618%2C725&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"618\" height=\"725\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Jeune-juive-berbere-de-Debdou.jpg?w=632&amp;ssl=1 632w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Jeune-juive-berbere-de-Debdou.jpg?resize=213%2C250&amp;ssl=1 213w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4723\" class=\"wp-caption-text\">Jeune juive berb\u00e8re de Debdou<\/figcaption><\/figure>\n<p>L\u2019origine ethnique et l\u2019implantation des communaut\u00e9s juives marocaines s\u2019enracinent davantage dans les l\u00e9gendes collectives que dans l\u2019histoire concr\u00e8te des faits. Malgr\u00e9 l\u2019extr\u00eame raret\u00e9 des sources historiques [xviii] et arch\u00e9ologiques concernant l\u2019histoire ancienne du Maroc, l\u2019arriv\u00e9e et l\u2019\u00e9tablissement des juifs sur le sol marocain remontent \u00e0 deux \u00e9v\u00e9nements historiques majeurs l\u2019expansion de la navigation ph\u00e9nicienne au X<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C. et la destruction du Premier Temple [xix] qui entra\u00eenera la d\u00e9portation des populations par les Assyriens au VI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle [xx]\n<p>Dans ces r\u00e9gions, ils ont \u00ab c\u00f4toy\u00e9 \u00bb pendant plusieurs si\u00e8cles des populations berb\u00e8res, qu\u2019ils ont parfois m\u00eame juda\u00efs\u00e9es. Cette population \u00ab jud\u00e9o-berb\u00e8re \u00bb [xxi] a suivi l\u2019Atlas saharien [xxii] pour finalement se scinder et s\u2019installer dans le Mzab, le Touat, le Tafilalet, le Draa et le Sous (aujourd\u2019hui sud alg\u00e9rien et marocain). [xxiii]\n<p>Ce brassage intercommunautaire a \u00e9t\u00e9 possible gr\u00e2ce \u00e0 un processus long et complexe dans lequel les fronti\u00e8res communautaires \u00e9taient perm\u00e9ables. Cette fluidit\u00e9 s\u2019est conjugu\u00e9e \u00e0 la mobilit\u00e9 sociale, aux vagues de migrations internes et externes ainsi qu\u2019aux conversions confessionnelles trans-ethniques.<\/p>\n<p>Les juifs de Tafilalet n\u2019appartiennent \u00e0 aucune caste parmi les habitants. L\u2019histoire et la tradition s\u2019accordent \u00e0 leur accorder une large place parmi la population de la r\u00e9gion. Sachant que les juifs commenc\u00e8rent tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 immigrer au Maroc et s\u2019install\u00e8rent dans les vall\u00e9es du Ziz et du Draa d\u00e8s le VI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C. Cela signifierait, en principe, que cette immigration a co\u00efncid\u00e9, en effet, avec le d\u00e9veloppement de la colonisation ph\u00e9nicienne du VI<sup>e<\/sup> au IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avant J.-C. [xxiv]\n<p>Tr\u00e8s anciennement install\u00e9s dans ces r\u00e9gions du Maroc pr\u00e9saharien, ils auraient autrefois cr\u00e9\u00e9 un royaume jud\u00e9o-berb\u00e8re. La tradition dit que ces juifs ou ces berb\u00e8res juda\u00efs\u00e9s formaient ce puissant royaume qui aurait \u00e9t\u00e9 \u00e9branl\u00e9 par ses combats contre les chr\u00e9tiens \u00e0 cette \u00e9poque de l\u2019histoire. En fait, dans la r\u00e9gion de Todgha, au sud-est du Maroc, les communaut\u00e9s juives avaient conserv\u00e9 encore des traditions qui remontent aux si\u00e8cles o\u00f9 il y avait une sorte de royaume juif dans la r\u00e9gion. Les colonies juives \u00e9tablies entre le II<sup>e<\/sup> et le V<sup>e<\/sup> si\u00e8cle dans la lutte contre les chr\u00e9tiens et certaines tribus berb\u00e8res juda\u00efs\u00e9es ont conserv\u00e9 une certaine autorit\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la conqu\u00eate arabe aux VI<sup>e<\/sup> et VIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles.<\/p>\n<p>Sur la pr\u00e9sence des Juifs dans les r\u00e9gions berb\u00e8res, Abdeljalil Didi et Eric Anglade \u00e9crivent : [xxv]\n<p><em>\u2018\u2019Les premi\u00e8res vagues de communaut\u00e9s d\u2019immigrants juifs sont probablement arriv\u00e9es \u00e0 bord de navires ph\u00e9niciens le long de la c\u00f4te atlantique pr\u00e8s de l\u2019embouchure de l\u2019oued (fleuve) Noun, pr\u00e8s de Guelmim dans le sud du Maroc. Diff\u00e9rents groupes se seraient progressivement d\u00e9plac\u00e9s plus \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des terres, notamment vers les vall\u00e9es du Dr\u00e2a et du Dad\u00e8s, le Tafilalet et le Haut Atlas. La l\u00e9gende raconte que le roi Salomon a envoy\u00e9 des explorateurs juifs dans la r\u00e9gion du Dr\u00e2a pour chercher de l\u2019or vers le 10\u00e8me si\u00e8cle avant JC. Certains groupes auraient atteint le Sud-Est marocain directement depuis l\u2019int\u00e9rieur du continent apr\u00e8s la destruction du Premier Temple en 586 avant JC et suite \u00e0 la d\u00e9portation des Juifs survivants vers Babylone.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p>Historiquement, les preuves concr\u00e8tes de leur pr\u00e9sence au Maroc ne remontent qu\u2019au II<sup>e <\/sup>si\u00e8cle avant J.-C. Il s\u2019agit d\u2019objets fun\u00e9raires trouv\u00e9s dans les ruines romaines de Volubilis avec des inscriptions en h\u00e9breu et en grec.<\/p>\n<p><strong>Juda\u00efsation des Berb\u00e8res<\/strong><\/p>\n<p>Quelle que soit leur v\u00e9ritable origine, certaines de ces tribus berb\u00e8res ont probablement \u00e9t\u00e9 juda\u00efs\u00e9es lors des multiples \u00e9migrations juives vers l\u2019Afrique du Nord. [xxvi] D\u00e8s 814 av. J.-C., des juifs auraient suivi les Ph\u00e9niciens qui fond\u00e8rent Carthage. Apr\u00e8s la destruction du Premier Temple et surtout celle du Second Temple par Titus en 7O, des dizaines de milliers de Juifs furent d\u00e9port\u00e9s ou \u00e9migr\u00e9s en Cyr\u00e9na\u00efque puis au Maghreb occidental. Plus de 30 000 colons juifs furent install\u00e9s \u00e0 Carthage par Titus.<\/p>\n<p>Enfin, une nouvelle vague d\u2019immigrants juifs a suivi l\u2019\u00e9chec de la r\u00e9volte juive en Cyr\u00e9na\u00efque (115-116 apr\u00e8s J.-C.) et la d\u00e9faite de la r\u00e9volte de Bar-Kokhba (132-135). Les Juifs auraient alors pratiqu\u00e9 un certain pros\u00e9lytisme, convertissant les tribus berb\u00e8res qui les accueillaient (et notamment les tribus nomades repouss\u00e9es dans le d\u00e9sert saharien par la colonisation romaine). On en trouve la preuve dans les \u00e9crits de Tertullien au III<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et de saint Augustin au V<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, qui s\u2019indignent de ces conversions berb\u00e8res au juda\u00efsme. [xxvii]\n<p>Parmi les ouvrages consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019histoire et \u00e0 la culture des juifs marocains, ceux relatifs aux r\u00e9gions berb\u00e8res occupent une petite place. Cet \u00e9cart est sans doute d\u00fb au caract\u00e8re fragmentaire des sources historiques issues des zones rurales du pays mais aussi \u00e0 la sp\u00e9cificit\u00e9 de la culture berb\u00e8re, qui repose essentiellement sur l\u2019oralit\u00e9. Les donn\u00e9es historiques sur la vie des juifs berb\u00e8res, sont tr\u00e8s \u00e9parses et s\u2019appuient fr\u00e9quemment sur des mythes et des l\u00e9gendes. [xxviii]\n<p>Les rares t\u00e9moignages contemporains de l\u2019existence de communaut\u00e9s juives en Afrique du Nord \u00e0 l\u2019\u00e9poque pr\u00e9islamique ne permettent pas d\u2019affirmer l\u2019importance d\u00e9mographique et culturelle du juda\u00efsme chez les Berb\u00e8res. La premi\u00e8re source historique mentionnant les tribus juives berb\u00e8res date du XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. C\u2019est le <strong><em>Kit\u00e2b al-<sup>c<\/sup>ibar<\/em><\/strong> [xxix] <strong>\u0643\u062a\u0627\u0628 \u0627\u0644\u0639\u0628\u0631 <\/strong>d\u2019Ibn Khaldoun. En effet, dans son Histoire des Berb\u00e8res , [xxx] ce dernier souligne que :<\/p>\n<p><em>\u2018\u2019Une partie des Berb\u00e8res professait le juda\u00efsme\u2026 Parmi les berb\u00e8res juifs on distinguait les Djeraoua, tribu\u2026\u00e0 laquelle appartenait la Kahena, femme qui fut tu\u00e9e par les (conqu\u00e9rants) Arabes\u2026Les tribus berb\u00e8res juives \u00e9taient les Nefousa de l\u2019Ifriquiya, les Fendelaoua, Mediouna, Bahloula, Ghialta du Moghreb el Aksa\u2019\u2019.<\/em><\/p>\n<p><strong>Int\u00e9gration des Juifs dans le tissu culturel du Maroc<\/strong><\/p>\n<p>Les juifs \u00e9taient int\u00e9gr\u00e9s au tissu culturel du Maroc rural, partageant des coutumes avec leurs voisins musulmans : v\u00eatements, nourriture, v\u00e9n\u00e9ration des saints hommes et, \u00e0 l\u2019occasion, saintes femmes, rythmes et sch\u00e9mas de la vie quotidienne. Les liens sociaux et \u00e9conomiques entre juifs et musulmans dans les zones de culture berb\u00e8re \u00e9taient tr\u00e8s \u00e9troits, bien que chaque groupe ait \u00e9galement conserv\u00e9 des traits culturels distincts et des fronti\u00e8res religieuses strictes. Alors que dans toutes ces r\u00e9gions, les Juifs parlaient le berb\u00e8re, aussi loin que les gens s\u2019en souviennent, ils parlaient \u00e9galement l\u2019arabe vernaculaire (avec des tournures de phrase sp\u00e9cifiquement juives) dans la plupart des <strong><em>mellahs<\/em><\/strong> comme langue maternelle. Ils ont \u00e9crit en jud\u00e9o-arabe, [xxxi] en utilisant des caract\u00e8res h\u00e9breux pour transcrire leur discours marocain. [xxxii]\n<p>Bien que la nourriture consomm\u00e9e par les juifs soit tr\u00e8s similaire \u00e0 celle des musulmans, leurs lois alimentaires leur interdisaient de manger des repas pr\u00e9par\u00e9s dans des foyers non juifs. En revanche, ils pouvaient manger des \u0153ufs, des olives, du miel, de l\u2019huile ou des produits laitiers de leurs voisins. Alors que les costumes des juifs et des musulmans semblaient tr\u00e8s similaires, un examen attentif r\u00e9v\u00e9lait presque toujours des traits distinctifs des juifs, qu\u2019il s\u2019agisse de la couleur du v\u00eatement sup\u00e9rieur ou du type de coiffe port\u00e9e par les femmes et les hommes. La loi islamique exigeait que les <strong><em>dhimmis<\/em><\/strong> portent des v\u00eatements qui les distinguaient des musulmans (et leur interdisaient de porter des turbans, par exemple), mais en pays berb\u00e8re, les traits distinctifs qui rendaient les juifs identifiables \u00e9taient plus une question de coutume que d\u2019exigence l\u00e9gale.<\/p>\n<p>Au Maroc, le Juif occupait une place bien d\u00e9finie dans le syst\u00e8me socio-\u00e9conomique du village berb\u00e8re : il remplissait g\u00e9n\u00e9ralement la fonction soit d\u2019artisan (orf\u00e8vre, cordonnier, ferblantier), soit de marchand, l\u2019un ou l\u2019autre m\u00e9tier \u00e9tant ambulant. Aujourd\u2019hui encore, trente ou quarante ans apr\u00e8s leur d\u00e9part, les villageois de l\u2019Atlas et des vall\u00e9es sahariennes se souviennent avec nostalgie de l\u2019\u00e9poque o\u00f9 les Juifs faisaient partie de leur vie.<\/p>\n<p>Alors que la loi musulmane \u00e9tablit le statut du Juif (et du chr\u00e9tien) en tant que <strong><em>dhimm\u00ee<\/em><\/strong> \u00ab prot\u00e9g\u00e9 \u00bb , soumis \u00e0 certaines obligations et interdictions, la soci\u00e9t\u00e9 berb\u00e8re semble avoir \u00e9t\u00e9 l\u2019une des rares \u00e0 ne pas avoir connu l\u2019antis\u00e9mitisme. Le droit berb\u00e8re, <strong><em>azref<\/em><\/strong>, dit \u00ab coutumier \u00bb, contrairement au droit musulman et juif, \u00e9tait totalement ind\u00e9pendant de la sph\u00e8re religieuse. Elle \u00e9tait, par essence, la\u00efque et \u00e9galitaire, et n\u2019imposait aucun statut particulier au Juif.<\/p>\n<figure id=\"attachment_4724\" aria-describedby=\"caption-attachment-4724\" style=\"width: 632px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4724 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Juifs-berberes-dAit-Bougammaz.jpg?resize=618%2C462&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"618\" height=\"462\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Juifs-berberes-dAit-Bougammaz.jpg?w=632&amp;ssl=1 632w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Juifs-berberes-dAit-Bougammaz.jpg?resize=335%2C250&amp;ssl=1 335w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Juifs-berberes-dAit-Bougammaz.jpg?resize=200%2C150&amp;ssl=1 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4724\" class=\"wp-caption-text\">Juifs berb\u00e8res d\u2019Ait Bougammaz<\/figcaption><\/figure>\n<p>Les Berb\u00e8res et les Juifs sont des peuples au pass\u00e9 commun, ils ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9s par le temps mais culturellement tr\u00e8s proches par leur histoire mill\u00e9naire commune, ils ont v\u00e9cu ensemble sur les rives de la M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n<p>Les tribus berb\u00e8res se sont install\u00e9es tr\u00e8s longtemps en Afrique du Nord. Les \u00e9crivains arabes font remonter leur origine \u00e0 Goliath le Philistin et mentionnent l\u2019\u00e9migration des Canan\u00e9ens. Des r\u00e9cits talmudiques et rabbiniques, dont les sources remontent au premier si\u00e8cle de notre \u00e8re, mentionnent, en effet, une migration volontaire des habitants de Canaan vers l\u2019Afrique du Nord apr\u00e8s la conqu\u00eate de Josu\u00e9. Procope (500-565 apr\u00e8s J.-C.), historien byzantin du VIe si\u00e8cle , cite une inscription ph\u00e9nicienne \u00e0 Tigisis (aujourd\u2019hui, A\u00efn-El-Bordj, \u00e0 50 km au sud-est de Constantine) indiquant : \u2018\u2019<em>C\u2019est nous qui avons fui devant ce bandit Josu\u00e9<\/em>\u2019\u2019.<\/p>\n<p>Ibn Khaldoun, au XIVe si\u00e8cle, reprend cette affirmation : \u2018\u2019<em>Les Berb\u00e8res sont les enfants de Canaan, fils de Cham, fils de No\u00e9<\/em>\u2019\u2019. Ce sont probablement des l\u00e9gendes qui se sont entretenues tout au long de la domination carthaginoise et rendues plausibles par la proximit\u00e9 de la langue punique et de l\u2019h\u00e9breu. Salluste parle des Numides (Berb\u00e8res nomades) et des Maures (Berb\u00e8res s\u00e9dentaires). Ce sont probablement des tribus \u00e9thiopiennes d\u2019origine s\u00e9mitique, arriv\u00e9es en Afrique du Nord par vagues successives : d\u2019abord les Louata et les Haouara, puis les Nefoussas et Djeraoua, et enfin les Zenata, qui ont repouss\u00e9 les autres tribus.<\/p>\n<p><strong>Les m\u00e9tiers<\/strong><\/p>\n<p>Les Juifs exer\u00e7aient divers m\u00e9tiers en milieu berb\u00e8re : cultivateurs, selliers, orf\u00e8vres, fabricants de babouches brod\u00e9es de fil de soie, fabricants de tapis et de couvertures, couturiers et marchands. L\u2019orf\u00e8vrerie \u00e9tait pratiqu\u00e9e presque exclusivement par les juifs, ils exer\u00e7aient ce m\u00e9tier \u00e0 la place des musulmans car il \u00e9tait assimil\u00e9 \u00e0 l\u2019usure dans la doctrine islamique pour ces derniers.<\/p>\n<p>Haim Zafrani, rappelle : [xxxiii]\n<p>\u2018<em>\u2019\u2026certains m\u00e9tiers sont traditionnellement r\u00e9serv\u00e9s aux juifs, particuli\u00e8rement ceux o\u00f9 l\u2019on manipule le plus de mati\u00e8re de valeur : or, argent, pierres pr\u00e9cieuses et perles fines\u2019\u2019.<\/em><\/p>\n<p>Quant \u00e0 Yedida Stillman, elle mentionne dans son article : [xxxiv]\n<p><em>\u2018\u2019des raisons sociologiques et historiques \u00e0 cette situation, mais aussi \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie (de coutume) appliqu\u00e9e qui assimile la cr\u00e9ation d\u2019objets d\u2019or ou d\u2019argent destin\u00e9s \u00e0 la vente et dont le prix d\u00e9passe la valeur r\u00e9elle de l \u2018objet, est consid\u00e9r\u00e9 comme pr\u00eat avec int\u00e9r\u00eat\u2019\u2019.<\/em><\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi elle conclut que ce m\u00e9tier n\u2019\u00e9tait pas consid\u00e9r\u00e9 pour un croyant musulman comme un travail correct.<\/p>\n<p>Les Berb\u00e8res travaillent l\u2019argent, essentiellement, et la production concerne aussi bien des bijoux f\u00e9minins que des objets de culte (ornements de rouleaux de la Torah, main de lecture) ou encore des accessoires (tabati\u00e8res) et des armes (poignards, \u00e9p\u00e9es).<\/p>\n<p>Alors que dans les villes, les orf\u00e8vres sont principalement des hommes, dans les zones rurales, les hommes et les femmes fabriquent des bijoux. Les femmes travaillent sur des colliers, o\u00f9 sont enfil\u00e9es des pi\u00e8ces de monnaie et des perles, ainsi que des ornements de t\u00eate d\u00e9cor\u00e9s de pi\u00e8ces de monnaie et de perles. Rappelons \u00e9galement que le v\u00eatement est indissociable du bijou, la feuille n\u00e9cessitant l\u2019association de fibules pour tenir.<\/p>\n<p>Le statut de la femme en milieu berb\u00e8re est diff\u00e9rent de celui de la femme en milieu urbain. Tandis qu\u2019en ville les femmes travaillent chez elles, [xxxv] les femmes berb\u00e8res, travaillent la terre, tissent des tapis et des couvertures qu\u2019elles vendent, fabriquent des bijoux et participent au commerce. Ils ont une certaine ind\u00e9pendance et autonomie. Ils chantent dans des groupes de musique <strong><em>ahwash<\/em><\/strong> , jouent du tambourin et dansent lors de f\u00eates de village.<\/p>\n<p>Dans les montagnes du Rif, les Juifs \u00e9taient \u00e9galement responsables des instruments de pes\u00e9e, <strong><em>ishiyaren<\/em><\/strong> , par d\u00e9cret gouvernemental, car ils \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme dignes de confiance selon David M. Hart. [xxxvi]\n<p><strong>La synagogue<\/strong><\/p>\n<p>La synagogue dans les r\u00e9gions berb\u00e8res est, comme les maisons, assez pr\u00e9caire. Vu les mat\u00e9riaux utilis\u00e9s dans la construction : pis\u00e9, et paille. Des travaux sont entrepris apr\u00e8s les rudes hivers de l\u2019Atlas pour les restaurer, ce qui explique la disparition rapide de ces lieux de culte. La charpente est constitu\u00e9e de poutres qui reposent sur les murs, pour la toiture elle est en roseaux. Pour les murs, deux techniques sont principalement utilis\u00e9es, le mur en pis\u00e9 ou le mur en pierre. L\u2019architecture elle-m\u00eame s\u2019articule autour de deux p\u00f4les centraux que sont, \u00e0 l\u2019est, la cour et la salle de pri\u00e8re. La cour ou espace d\u2019accueil, qui est l\u2019espace n\u00e9cessaire pour pr\u00e9parer la transition du monde ext\u00e9rieur vers un lieu d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la pri\u00e8re, rappelle les cours que les gens traversaient dans le Temple de Salomon avant d\u2019entrer dans la cour qui leur \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9e.<\/p>\n<figure id=\"attachment_4725\" aria-describedby=\"caption-attachment-4725\" style=\"width: 486px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4725 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Habillement-de-femme-juive-berbere.jpg?resize=486%2C602&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"486\" height=\"602\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Habillement-de-femme-juive-berbere.jpg?w=486&amp;ssl=1 486w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Habillement-de-femme-juive-berbere.jpg?resize=202%2C250&amp;ssl=1 202w\" sizes=\"auto, (max-width: 486px) 100vw, 486px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4725\" class=\"wp-caption-text\">Habillement de femme juive berb\u00e8re<\/figcaption><\/figure>\n<p>Selon le Talmud babylonien [xxxvii], la synagogue devait \u00eatre situ\u00e9e dans la partie haute de la ville. Il est \u00e9galement \u00e9tabli que les Juifs doivent se tourner vers J\u00e9rusalem pour les pri\u00e8res. Il est donc devenu coutumier pour le mur qui abritait l\u2019armoire sacr\u00e9e ou <strong><em>Hekhal<\/em><\/strong> au nom du lieu le plus sacr\u00e9 du Temple de Salomon (Isa\u00efe 44:28; [xxxviii] Daniel 5:2 [xxxix]), o\u00f9 les rouleaux de la Torah sont stock\u00e9, est le mur face \u00e0 l\u2019est.<\/p>\n<p>Dans l\u2019environnement berb\u00e8re, la vo\u00fbte est en pierre, et les portes sont en bois, peintes ou d\u00e9cor\u00e9es de motifs. La taille de la synagogue est raisonnable ; il s\u2019adapte \u00e0 la surface. La salle de pri\u00e8re est principalement hypostyle avec des piliers centraux. Les bancs sont g\u00e9n\u00e9ralement en pierre et courent le long des murs, rappelant les anciennes synagogues de Galil\u00e9e. A Taroudant et Demnat les bancs \u00e9taient en bois.<\/p>\n<p>Le Talmud indique qu\u2019il ne faut pas prier dans un endroit sans fen\u00eatres. [xl] Ainsi, les synagogues sont \u00e9quip\u00e9es, outre des lucarnes ou de petites ouvertures dans les murs qui servent \u00e9galement de source de ventilation, de petites niches sont creus\u00e9es dans les murs o\u00f9 sont plac\u00e9es des <strong><em>kendils<\/em><\/strong> \u2013 petites lampes \u00e0 huile. Tr\u00e8s souvent, faute de lumi\u00e8re, les synagogues sont dot\u00e9es d\u2019une \u00e9l\u00e9vation centrale carr\u00e9e ou rectangulaire, perc\u00e9e de lucarnes dont le nombre varie. Ceux-ci permettent l\u2019introduction d\u2019une lumi\u00e8re qui \u00e9claire le pupitre, afin de faciliter la lecture des textes sacr\u00e9s par l\u2019officiant. En effet, les lampes \u00e0 huile qui \u00e9taient allum\u00e9es le vendredi, pendant toute la dur\u00e9e du sabbat, risquaient de s\u2019\u00e9teindre avant le samedi soir, donc les lanternes \u00e9taient indispensables.<\/p>\n<p>La synagogue est le lieu privil\u00e9gi\u00e9 pour la pri\u00e8re, mais de nombreux rituels peuvent avoir lieu dans la maison familiale, ou dans n\u2019importe quelle pi\u00e8ce o\u00f9 les saints rouleaux sont m\u00eame provisoirement conserv\u00e9s.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9ducation traditionnelle consiste \u00e0 enseigner aux jeunes gar\u00e7ons le texte biblique dans des \u00e9coles appel\u00e9es <strong><em>heder <\/em><\/strong>(comparables aux \u00e9coles coraniques) et les \u00e9l\u00e8ves plus \u00e2g\u00e9s fr\u00e9quentent la <strong><em>yeshiva<\/em><\/strong> (comparable aux <strong><em>madrassa<\/em><\/strong> ) o\u00f9 ils apprennent une m\u00e9thode d\u2019\u00e9tude des textes de la tradition.<\/p>\n<p>Le mot rabbi (de l\u2019h\u00e9breu rabbin , \u00ab mon professeur \u00bb) fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un chef religieux ou \u00e0 un enseignant faisant autorit\u00e9. Certains d\u2019entre eux atteignent une r\u00e9putation qui frise la saintet\u00e9 et leur vaut le respect des fid\u00e8les depuis plusieurs g\u00e9n\u00e9rations. Les tombes de certains de ces rabbins sont v\u00e9n\u00e9r\u00e9es, au Maroc comme ailleurs, par les populations juives et musulmanes.<\/p>\n<p>Ainsi, \u00e0 Sefrou, ville berb\u00e8re du Moyen Atlas, une cavit\u00e9 naturelle \u00e0 flanc de Jbel Bina se situe \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la ville. La grotte des croyants, <strong><em>K\u00e2f al-Moumen<\/em><\/strong> (La grotte des fid\u00e8les), conserve de nombreuses l\u00e9gendes. Elle est v\u00e9n\u00e9r\u00e9e par les juifs et les musulmans. On pense qu\u2019elle abrite le tombeau d\u2019un saint c\u00e9l\u00e9br\u00e9 \u00e0 la fois par les musulmans et les juifs. Les juifs berb\u00e8res de Sefrou croyaient que cette grotte \u00e9tait le lieu de s\u00e9pulture du proph\u00e8te Daniel. [xli]\n<p><strong>L\u2019habillement<\/strong><\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s Jean Besancenot, dans son livre <em>Costumes du Maroc<\/em> : [xlii]\n<p><em>\u2018\u2019La population juive s\u2019est int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 la vie marocaine d\u2019une multitude de fa\u00e7ons, en tous lieux et chacune avec ses propres variations .\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p>Le v\u00eatement commun \u00e0 la femme juive et \u00e0 la femme berb\u00e8re dans le sud du Maroc \u00e9tait le drap, <strong><em>Iz\u00e2r<\/em><\/strong> , la note \u00e9tablissant la diff\u00e9rence sera principalement la coiffure, qui \u00e9tait, sp\u00e9cifiquement juive et donnait son caract\u00e8re \u00e0 la silhouette. En effet, les prescriptions religieuses interdisent aux femmes mari\u00e9es de montrer leurs cheveux mais leur permettent de porter un foulard ou une perruque tant qu\u2019elle ne contient pas de cheveux humains. De l\u00e0 toutes ces trouvailles ing\u00e9nieuses o\u00f9 l\u2019on recourt \u00e0 la laine, \u00e0 la soie, au poil de ch\u00e8vre, aux queues de bovin, \u00e0 la plume d\u2019autruche, le tout surmont\u00e9 d\u2019\u00e9charpes de diad\u00e8mes, d\u2019ornements en argent, donnant naissance \u00e0 de tr\u00e8s gracieuses \u00ab\u00a0coiffes bijoux\u00a0\u00bb mais aussi \u00e0 quelques carr\u00e9ment burlesque. Chaque coiffe a une particularit\u00e9, et ce, selon la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Les femmes portent l\u2019 <strong><em>Iz\u00e2r<\/em><\/strong> , sorte de drap rectangulaire en cotonnade de 4 \u00e0 5 m\u00e8tres de long et d\u2019une hauteur de 1m50 \u00e0 1m80. La femme repliait le bord sup\u00e9rieur \u00e0 une hauteur variant selon le go\u00fbt de chacun ; elle s\u2019enveloppait en laissant pendre le tissu jusqu\u2019aux pieds.<\/p>\n<p>Le tissu \u00e9tait fix\u00e9 devant les \u00e9paules par deux fibules <strong><em>Khelal\u00e2t<\/em><\/strong> . Il restait suffisamment de place pour que les bras aient leur libert\u00e9 de mouvement. Seules les femmes tr\u00e8s pauvres rempla\u00e7aient les fibules par des nouettes constitu\u00e9es de petits cailloux recouverts par les deux \u00e9paisseurs de tissu et nou\u00e9es en dessous par une petite pelle. Le reste du tissu \u00e9tait ramen\u00e9 et le tout resserr\u00e9 \u00e0 la taille par une petite ceinture ou un foulard. La partie du tissu recouvrant le dos gardait une ampleur qui pouvait servir \u00e0 couvrir les \u00e9paules mais aussi parfois \u00e0 former une grande poche pour transporter un b\u00e9b\u00e9 ou divers objets.<\/p>\n<figure id=\"attachment_4726\" aria-describedby=\"caption-attachment-4726\" style=\"width: 621px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4726 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/%E2%80%98Khmissa-juive-du-Maroc.jpg?resize=618%2C699&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"618\" height=\"699\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/%E2%80%98Khmissa-juive-du-Maroc.jpg?w=621&amp;ssl=1 621w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/%E2%80%98Khmissa-juive-du-Maroc.jpg?resize=221%2C250&amp;ssl=1 221w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4726\" class=\"wp-caption-text\">\u2018\u2019Khmissa\u2019\u2019 juive du Maroc<\/figcaption><\/figure>\n<p>Les femmes de la vall\u00e9e du Todgha avaient l\u2019habitude de se rouler dans le drap mais d\u2019une mani\u00e8re particuli\u00e8re. Combin\u00e9 de telle mani\u00e8re au-devant et au dos, il conf\u00e9rait beaucoup de gr\u00e2ce \u00e0 la femme, et ce, malgr\u00e9 la simplicit\u00e9 du tissu qui \u00e9tait us\u00e9 et parfois d\u00e9chir\u00e9. Le drap du berb\u00e8re \u00e9tait souvent port\u00e9 sans ceinture, les panneaux flottant librement. [xliii]\n<p>Les femmes juives mettaient une ceinture qui \u00e9tait en fait le foulard bleu \u00e0 pois que les hommes portaient sur la t\u00eate. Sur la t\u00eate, elle porte une coiffe compos\u00e9e de deux parties. La premi\u00e8re, la sup\u00e9rieure \u2013 <strong><em>swalf<\/em><\/strong> \u2013 est form\u00e9e de queues de vache entrelac\u00e9es ; la partie inf\u00e9rieure est faite des deux c\u00f4t\u00e9s de la laine et ressemble \u00e0 des cornes &#8211; <strong><em>tachqin<\/em><\/strong> \u2013 envelopp\u00e9 dans un tissu rouge ou marron.<\/p>\n<p>En effet, cette femme de Tahala porte des bijoux berb\u00e8res sur la \u00ab grande robe \u00bb ou <strong><em>keswa l-kbira<\/em><\/strong> , une robe import\u00e9e d\u2019Espagne par les juifs expuls\u00e9s et qui se compose d\u2019un corselet \u2013 <strong><em>gombaz<\/em><\/strong> \u2013 et d\u2019une large jupe <strong><em>Zeltita<\/em><\/strong> . Les manches sont de velours, brod\u00e9es de bretelles \u00e0 l\u2019instar des enfants espagnols. [xliv]\n<p><strong>Langue et litt\u00e9rature<\/strong><\/p>\n<p>Les juifs berb\u00e9rophones des pays chleuh et tamazight avaient leurs dialectes vivants et un folklore qui n\u2019avait rien \u00e0 envier \u00e0 celui de leurs voisins musulmans, [xlv] une litt\u00e9rature orale traditionnelle et religieuse dont il ne reste malheureusement que quelques vestiges. [xlvi]\n<p>Dans la vall\u00e9e de l\u2019Atlas, dans le Sous, et dans les confins sahariens (comme aussi, semble-t-il, dans certaines r\u00e9gions alg\u00e9riennes et tunisiennes), ils constituaient autrefois de petites communaut\u00e9s regroup\u00e9es en <strong><em>mellahs<\/em><\/strong> et s\u2019y \u00e9tablirent depuis des si\u00e8cles sinon un ou deux mill\u00e9naires. Aujourd\u2019hui, il n\u2019en reste pratiquement aucune trace ; depuis l\u2019ind\u00e9pendance du Maroc, ils ont massivement immigr\u00e9 en Isra\u00ebl.<\/p>\n<p>Il est important de savoir que le berb\u00e8re \u00e9tait, jusqu\u2019\u00e0 ces derni\u00e8res ann\u00e9es, l\u2019une des langues vernaculaires des communaut\u00e9s juives vivant dans les montagnes marocaines et le sud du pays. La plupart d\u2019entre eux \u00e9taient bilingues (berb\u00e9ro-arabe) ; d\u2019autres semblent avoir \u00e9t\u00e9 exclusivement berb\u00e9rophones, comme \u00e0 Tifnout. [xlvii]\n<p>Dans la vall\u00e9e du Todgha (Tinghir), dans la r\u00e9gion de Tiznit (Wijjan, Asaka), \u00e0 Ouarzazate (Imini), \u00e0 Ifran de l\u2019Anti-Atlas, \u00e0 Illigh et ailleurs, non seulement le berb\u00e8re \u00e9tait la langue de communication juive dans les milieu familial, social et \u00e9conomique et dans les contacts avec d\u2019autres groupes ethniques et religieux, mais il constituait aussi, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019h\u00e9breu, la langue de culture et d\u2019enseignement traditionnel qui l\u2019utilisait pour l\u2019explication et la traduction des textes sacr\u00e9s comme le jud\u00e9o-arabe ou l\u2019ancien castillan dans les communaut\u00e9s de langue arabe ou d\u2019origine hispanique. Certaines pri\u00e8res, les b\u00e9n\u00e9dictions de la Torah entre autres, n\u2019\u00e9taient dites qu\u2019en berb\u00e8re.<\/p>\n<p>Une documentation \u00e9crite et sonore sur le folklore et la vie intellectuelle de ces communaut\u00e9s berb\u00e9rophones a \u00e9t\u00e9 r\u00e9unie : quelques textes bibliques dans leurs versions h\u00e9bra\u00efque et berb\u00e8re, des hymnes liturgiques et des chants pour les f\u00eates qui marquent les grands moments de la vie juive (circoncision, bar mitsva, mariage, etc.) et en particulier la Haggada. La Haggada de Pesah [xlviii] est la plus importante et elle pr\u00e9sente un grand int\u00e9r\u00eat pour la connaissance des traditions linguistiques et culturelles d\u2019un monde trop peu explor\u00e9 lorsqu\u2019il \u00e9tait encore temps de le faire, appartenant \u00e0 une diaspora qui a longtemps \u00e9t\u00e9 ignor\u00e9 et a maintenant irr\u00e9vocablement disparu.<\/p>\n<p><strong>Nature des Juifs d\u2019Afrique du Nord<\/strong><\/p>\n<p>Sur la question de la nature des Juifs d\u2019Afrique du Nord, Julien Cohen-Lacassagne soutient [xlix] qu\u2019il ne s\u2019agit pas de Juifs berb\u00e9ris\u00e9s et arabis\u00e9s, mais de Berb\u00e8res et d\u2019Arabes juda\u00efs\u00e9s et il poursuit en disant : [l]\n<p><em>\u2018\u2019une \u00e9vidence souvent tue voire repouss\u00e9e : les juifs et musulmans du Maghreb partagent les m\u00eames origines, confondues dans un univers arabo-berb\u00e8re o\u00f9 les liens de solidarit\u00e9 reposent parfois sur l\u2019appartenance religieuse, mais non exclusivement.\u2019\u2019<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p>En effet, Tertullien, puis saint Augustin, t\u00e9moignent \u00e0 plusieurs reprises de la pr\u00e9sence juive au Maghreb, dans de grandes discussions th\u00e9ologiques et liturgiques qui les opposent au juda\u00efsme du sud de la M\u00e9diterran\u00e9e (mais qui les rapprochent aussi face aux \u2018\u2019pa\u00efens\u2019\u2019).<\/p>\n<figure id=\"attachment_4727\" aria-describedby=\"caption-attachment-4727\" style=\"width: 616px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4727 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Jeune-juif-berbere.jpg?resize=616%2C731&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"616\" height=\"731\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Jeune-juif-berbere.jpg?w=616&amp;ssl=1 616w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Jeune-juif-berbere.jpg?resize=211%2C250&amp;ssl=1 211w\" sizes=\"auto, (max-width: 616px) 100vw, 616px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4727\" class=\"wp-caption-text\">Jeune juif berb\u00e8re<\/figcaption><\/figure>\n<p>Dans leurs \u00e9crits, ils \u00e9voquent notamment \u2018\u2019le pros\u00e9lytisme juif\u2019\u2019 envers les Berb\u00e8res \u00a0\u2018<em>\u2019qu\u2019ils juda\u00efsaient en masse<\/em>\u2019\u2019. Ces jud\u00e9o-berb\u00e8res et ces chr\u00e9tiens opposeront par la suite une r\u00e9sistance acharn\u00e9e \u00e0 l\u2019envahisseur arabe. Ibn Khaldoun, le grand historien arabe du XVe si\u00e8cle, raconte que lorsque les arm\u00e9es venues d\u2019Arabie p\u00e9n\u00e9tr\u00e8rent en pays berb\u00e8re, de nombreuses tribus berb\u00e8res furent influenc\u00e9es par le juda\u00efsme. Une partie des Berb\u00e8res pratiquaient le juda\u00efsme, une religion qu\u2019ils avaient re\u00e7ue de leurs puissants voisins, les Isra\u00e9lites de Syrie. Parmi les Berb\u00e8res juifs se trouvaient les Djeroua, une tribu qui vivait dans les Aur\u00e8s et \u00e0 laquelle appartenait la Kahina, une femme tu\u00e9e par les Arabes lors des premi\u00e8res invasions (VIIe si\u00e8cle). [li]\n<p>Le Juif berb\u00e9rophone, s\u00e9dentaris\u00e9 et m\u00eal\u00e9 aux populations \u00ab indig\u00e8nes \u00bb locales depuis l\u2019Antiquit\u00e9 et bien ancr\u00e9 dans son environnement culturel et linguistique. Cette culture bimill\u00e9naire, sinon plus, est rest\u00e9e pendant plusieurs si\u00e8cles une culture exclusivement orale. [lii]\n<p>L\u2019origine des juifs berb\u00e9rophones peut \u00eatre li\u00e9e \u00e0 trois sources diff\u00e9rentes :<\/p>\n<p>\u2013 Immigration protohistorique ;<\/p>\n<p>\u2013 Conversion des populations berb\u00e8res ; et<\/p>\n<p>\u2013 L\u2019arriv\u00e9e des expuls\u00e9s d\u2019Espagne et du Portugal au XVe si\u00e8cle .<\/p>\n<p>La population juive berb\u00e9rophone est loin d\u2019\u00eatre homog\u00e8ne et son statut linguistique et social refl\u00e8te la r\u00e9alit\u00e9 sociolinguistique nationale. La culture orale juive berb\u00e9rophone est rest\u00e9e longtemps marginalis\u00e9e, gr\u00e2ce aux travaux pertinents de Haim Zafrani [liii] que certains fragments de ce patrimoine oral ont pu \u00eatre sauv\u00e9s. Ce travail a donn\u00e9 naissance \u00e0 la c\u00e9l\u00e8bre haggaddah jud\u00e9o-berb\u00e8re de Tinghir.<\/p>\n<p><strong>Les Almohades, une dynastie berb\u00e8re qui a ostracis\u00e9 les juifs berb\u00e8res<\/strong><\/p>\n<p>En 1147, les Almohades ont pris le contr\u00f4le du Maghreb et de l\u2019Andalousie et n\u2019ont montr\u00e9 aucune piti\u00e9 \u00e0 ceux qui refusaient de se convertir \u00e0 l\u2019islam. Ils leur ont laiss\u00e9 le choix entre la conversion \u00e0 l\u2019islam et la mort, ce qui, apr\u00e8s un si\u00e8cle de pers\u00e9cutions, a entra\u00een\u00e9 la disparition de nombreuses communaut\u00e9s juives. Les grandes villes comme Kairouan sont alors interdites aux Juifs, qui se r\u00e9fugient dans des r\u00e9gions isol\u00e9es. [liv]\n<p>Au d\u00e9but du XIe si\u00e8cle, une figure charismatique appara\u00eet dans les tribus berb\u00e8res, montagnards et s\u00e9dentaires install\u00e9s dans l\u2019Anti-Atlas marocain, qui imposent une morale rigoureuse et puritaine ainsi qu\u2019une th\u00e9ologie farouchement monoth\u00e9iste privil\u00e9giant un retour aux sources primordiales. de l\u2019Islam.<\/p>\n<p>Utilisant la langue berb\u00e8re pour diffuser ses id\u00e9es et s\u2019appuyant sur un petit cercle d\u2019adeptes, celui qui deviendra le \u00ab Mahdi \u00bb Ibn Toumert va d\u00e9finitivement r\u00e9volutionner le rapport des Berb\u00e8res \u00e0 la religion. Apr\u00e8s sa mort vers 1128, son plus proche disciple, Abd al-Moumen, prit le titre de calife en r\u00e9f\u00e9rence au premier compagnon du Proph\u00e8te Mohammed, Abou Bakr, cinq si\u00e8cles plus t\u00f4t.<\/p>\n<p>Sous la houlette d\u2019Abd al-Moumen, les tribus almohades ont renvers\u00e9 l\u2019Empire almoravide en une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, \u00e9tendant leur pouvoir sur tout le Maghreb et le sud de l\u2019Espagne et imposant un islam rigoureux, intol\u00e9rant et extr\u00e9miste qui perdura longtemps apr\u00e8s leur chute \u00e0 le d\u00e9but du XIIIe si\u00e8cle . La doctrine du Mahdi ne pouvait que renforcer l\u2019intol\u00e9rance envers les autres religions du Livre.<\/p>\n<p>Comme le note Andr\u00e9 Chouraqui, les Almohades ont soulign\u00e9 le fait que cinq cents ans apr\u00e8s l\u2019apparition du Proph\u00e8te Mohammed, il \u00e9tait clair que le Messie d\u2019Isra\u00ebl n\u2019\u00e9tait pas encore venu et que, non moins certainement, le Christ n\u2019\u00e9tait pas revenu. Les juifs et les chr\u00e9tiens ne pouvaient plus pers\u00e9v\u00e9rer dans leur erreur et n\u2019avaient plus le choix qu\u2019entre l\u2019islam et la mort. L\u2019application de cette politique au fur et \u00e0 mesure des conqu\u00eates marocaines provoqua une terreur profonde et provoqua de nombreuses conversions forc\u00e9es mais aussi des ex\u00e9cutions : un document mentionne l\u2019ex\u00e9cution de 150 juifs \u00e0 Sijilmassa, le chef de la communaut\u00e9 juive de F\u00e8s, le rabbin Juda Hacohen ibn Shoushan \u00e9tait ex\u00e9cut\u00e9 en 1165. Certaines familles juives r\u00e9ussirent cependant \u00e0 s\u2019\u00e9chapper, notamment celle de Ma\u00efmonide. [lv]\n<p>Le rabbin Abraham Ibn Ezra (1092-1167) de Cordoue, apr\u00e8s un long voyage \u00e0 travers l\u2019Afrique du Nord, \u00e9num\u00e8re l\u2019\u00e9tendue du d\u00e9sastre qui s\u2019abattit sur les Juifs de Kairouan, Sfax, Gab\u00e8s et Mekn\u00e8s, massacr\u00e9s juste avant ceux de F\u00e8s et de Marrakech. Avant la destruction de sa communaut\u00e9 juive par les Almohades vers 1150, Sijilmassa, situ\u00e9e \u00e0 Tafilalet au carrefour des caravanes, \u00e9tait un centre important de la civilisation juive. Une cit\u00e9 de sages et d\u2019\u00e9tudes talmudiques qui entretenait une correspondance avec les Yeshivas de toute la M\u00e9diterran\u00e9e relate le rabbin andalou. Ainsi, au XIIe si\u00e8cle, sous l\u2019effet de l\u2019intol\u00e9rance religieuse et de l\u2019extr\u00e9misme almohade, le juda\u00efsme maghr\u00e9bin a failli dispara\u00eetre, si ce n\u2019\u00e9tait de la solidarit\u00e9 des Berb\u00e8res qui ont ouvert leurs foyers aux juifs des villes. [lvi]\n<p>En plus des anciennes colonies juives dans les montagnes de l\u2019Atlas et dans l\u2019int\u00e9rieur berb\u00e8re du Maroc, de fortes pers\u00e9cutions p\u00e9riodiques par les Almohades ont probablement accru la pr\u00e9sence juive l\u00e0-bas. Cette hypoth\u00e8se est renforc\u00e9e par les pogroms survenus \u00e0 F\u00e8s, Mekn\u00e8s et Taza \u00e0 la fin du XVe si\u00e8cle, qui auraient amen\u00e9 une autre vague de Juifs, parmi lesquels des familles espagnoles descendantes de Juifs comme les Peretz, et cette vague aurait m\u00eame atteint le Sahara ainsi que Figuig et Errachidia pour fuir l\u2019extr\u00e9misme religieux musulman de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>Hassan al-Wazzan, dit L\u00e9on l\u2019Africain, [lvii] de passage dans le \u00ab sud alg\u00e9rien \u00bb, annon\u00e7a que l\u2019aventure du petit royaume juif saharien du Touat avait \u00e9t\u00e9 brutalement interrompue en 1492 par un pr\u00e9dicateur musulman de Tlemcen, scandalis\u00e9 de voir \u00e0 Tamentit des \u00ab juifs arrogants \u00bb auxquels, comme dans le reste du Maghreb, l\u2019(inf\u00e2me) statut des <strong><em>dhimmis<\/em><\/strong> (minorit\u00e9s du Livre soumises aux vexations et \u00e0 la d\u00eeme) n\u2019\u00e9tait pas appliqu\u00e9. Ce pr\u00e9dicateur ordonna la destruction des synagogues de Tamentit et le massacre des juifs, promettant 7 <strong><em>mithqals<\/em><\/strong> [lviii] d\u2019or par t\u00eate de Juif assassin\u00e9. Les quelques survivants sont partag\u00e9s entre l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019islam et un exode massif \u00e0 travers le Sahara, tant vers le Nord que vers le Sud. Certains, dont des chr\u00e9tiens pers\u00e9cut\u00e9s, se sont r\u00e9fugi\u00e9s en Castille et en Aragon, en Sicile, et d\u2019autres sans doute dans la r\u00e9gion de Tombouctou (l\u2019actuel Mali).<\/p>\n<p>Le juda\u00efsme rena\u00eet en Afrique du Nord gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e massive de juifs espagnols et portugais, chass\u00e9s par les pers\u00e9cutions de l\u2019Inquisition des XVe et XVIe si\u00e8cles. Ainsi les communaut\u00e9s juives du Maghreb se sont grossies de ces expuls\u00e9s et des familles portant les noms de Toledano, Cordoba et Berdugo t\u00e9moignent de ces racines ib\u00e9riques.<\/p>\n<p><strong>La notion trans-confessionnelle de <em>baraka<\/em><\/strong><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tablissement d\u2019une typologie syst\u00e9matique de la saintet\u00e9 repose essentiellement sur la <strong><em>baraka<\/em><\/strong>. Dans le contexte marocain du XIXe si\u00e8cle, la <strong><em>baraka <\/em><\/strong>est une notion fortement partag\u00e9e par les deux communaut\u00e9s. Ainsi, dans la soci\u00e9t\u00e9 marocaine pluriethnique, la <strong><em>baraka<\/em><\/strong>, tout en conservant son aspect sacr\u00e9 \u00ab mystique \u00bb, prend une relative ind\u00e9pendance par rapport au dogme \u00ab orthodoxe \u00bb et devient un objet de convergence socialement partag\u00e9. [lix]\n<figure id=\"attachment_4728\" aria-describedby=\"caption-attachment-4728\" style=\"width: 635px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4728 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/SM-le-roi-Mohammed-VI-protecteur-du-judaisme-marocain.jpg?resize=618%2C406&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"618\" height=\"406\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/SM-le-roi-Mohammed-VI-protecteur-du-judaisme-marocain.jpg?w=635&amp;ssl=1 635w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/SM-le-roi-Mohammed-VI-protecteur-du-judaisme-marocain.jpg?resize=381%2C250&amp;ssl=1 381w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/SM-le-roi-Mohammed-VI-protecteur-du-judaisme-marocain.jpg?resize=310%2C205&amp;ssl=1 310w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4728\" class=\"wp-caption-text\">SM le roi Mohammed VI, protecteur du juda\u00efsme marocain<\/figcaption><\/figure>\n<p>La <strong><em>baraka<\/em><\/strong> est une notion qui d\u00e9signe avant tout le type de relation existant entre le croyant et tout objet sacr\u00e9 (saints, sanctuaires, objets b\u00e9nis, sources, arbres, etc.). Pr\u00e9cisons que cette notion, tant\u00f4t religieuse tant\u00f4t magique, est de nature \u00ab non confessionnelle \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle est socialement partag\u00e9e, pr\u00eat\u00e9e et consomm\u00e9e par l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9 sans aucune discrimination confessionnelle ou ethnique. A cet \u00e9gard, il suffira d\u2019assister \u00e0 une <strong><em>ziy\u00e2ra<\/em><\/strong> couronn\u00e9e par un sacrifice <strong><em>tagharst<\/em><\/strong> et un plat rituel \u00ab <strong><em>ma<sup>c<\/sup>rouf<\/em><\/strong> \u00bb consomm\u00e9 en commun entre fid\u00e8les musulmans et juifs, pour constater que les fronti\u00e8res confessionnelles sont souvent inexistantes devant la <strong><em>baraka<\/em><\/strong>. [lx]\n<p>On a souvent pens\u00e9 que le culte des saints \u00e9tait une v\u00e9n\u00e9ration de la personne. Cependant, le ph\u00e9nom\u00e8ne de v\u00e9n\u00e9ration est avant tout une qu\u00eate de la <strong><em>baraka<\/em><\/strong>. Cette b\u00e9n\u00e9diction est cens\u00e9e \u00eatre la manifestation du divin dans le monde rationnel (objets, personnes, etc.). Ainsi, lorsque le saint est mentionn\u00e9, c\u2019est bien pour la qualit\u00e9 de sa <strong><em>baraka<\/em><\/strong>. [lxi] Le \u2018\u2019<strong><em>w\u00e2l\u00ee<\/em><\/strong>\u2019\u2019 devient ainsi le m\u00e9diateur privil\u00e9gi\u00e9 de cette force religieux-magique ; il est ainsi sollicit\u00e9 pour intervenir afin d\u2019accomplir une action b\u00e9n\u00e9fique.<\/p>\n<p>Chez les juifs comme chez les musulmans au Maroc, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la saintet\u00e9 suit souvent les m\u00eames itin\u00e9raires. C\u2019est d\u2019abord une qu\u00eate de pi\u00e9t\u00e9, de d\u00e9votion et de charit\u00e9, mais aussi du r\u00f4le social que le saint occupe dans sa propre communaut\u00e9 et au-del\u00e0 de ses fronti\u00e8res.<\/p>\n<p>Cependant, E. Dermenghem [lxii] distingue \u00e0 cet \u00e9gard deux cat\u00e9gories de saints. La premi\u00e8re cat\u00e9gorie comprend les saints orthodoxes dits \u00ab s\u00e9rieux \u00bb, que l\u2019on peut qualifier de saints universels et de patrons nationaux. Au Maroc, Moulay Idriss II (791-828) entre dans cette cat\u00e9gorie, l\u2019exemple du saint patron national par excellence. Moulay Abdelkader al-Jilani (1078-1166) [lxiii] et le rabbin S. Bar Yohay (71-161) [lxiv] sont consid\u00e9r\u00e9s comme des saints universels, reconnus et v\u00e9n\u00e9r\u00e9s dans le pays et bien au-del\u00e0 de ses fronti\u00e8res. La deuxi\u00e8me cat\u00e9gorie pourrait \u00eatre regroup\u00e9e sous l\u2019\u00e9tiquette de saints \u2018\u2019populaires locaux\u2019\u2019. Ce sont g\u00e9n\u00e9ralement des saints anonymes qui manquent tr\u00e8s souvent d\u2019une biographie savante \u00e9tablie. A Sefrou, <strong><em>K\u00e2f lih\u016bd<\/em><\/strong> \/ <strong><em>K\u00e2f al-moumen<\/em><\/strong> illustre tr\u00e8s bien cette particularit\u00e9 tr\u00e8s marocaine. Ils sont souvent li\u00e9s \u00e0 un contexte local, une communaut\u00e9, un village, une tribu et un lieu. Dans le contexte, ce type de saint anonyme remplace le m\u00e9decin, l\u2019assistant social et le psychologue, voir m\u00eame le psychiatre.<\/p>\n<p>Les saints anonymes portent bien souvent, en plus de leurs noms propres, les noms des sites qui les abritent. Ils sont souvent revendiqu\u00e9s par les juifs et les musulmans et donc v\u00e9n\u00e9r\u00e9s en commun. Ainsi, la tradition hagiographique localise souvent des formes de saintet\u00e9 dans les grottes, les sources, les arbres et les rochers. La g\u00e9ographie sacr\u00e9e de la saintet\u00e9 est riche d\u2019exemples. <strong><em>S\u00eed\u00ee Moul Lkb\u00eer<\/em><\/strong> (ma\u00eetre de la grande montagne) \u00e0 Sefrou, aussi nomm\u00e9 <strong><em>K\u00e2f lih\u016bd<\/em><\/strong> \/ <strong><em>K\u00e2f al-moumen<\/em><\/strong> , <strong><em>S\u00eed\u00ee Moul as-Sadra<\/em><\/strong> (ma\u00eetre du jujubier) \u00e0 Tafilalet, <strong><em>S\u00eed\u00ee Moul an-Nakhla<\/em><\/strong> (ma\u00eetre du palmier), <strong><em>S\u00eed\u00ee Lmakhfi<\/em><\/strong> (saint cach\u00e9) ou (saint \u00e9tranger).<\/p>\n<p>Dans son livre <em>P\u00e8lerinages jud\u00e9o-musulmans du Maroc<\/em> , L. Voinot \u00a0[lxv] ne manque pas de faire allusion \u00e0 la cat\u00e9gorie des saints anonymes. Il dresse un important inventaire du ph\u00e9nom\u00e8ne des p\u00e8lerinages et propose une lecture fond\u00e9e sur deux types de v\u00e9n\u00e9ration. Il \u00e9voque ainsi les p\u00e8lerinages destin\u00e9s \u00e0 des saints historiquement identifi\u00e9s, \u00e9tablis \u00e0 travers une biographie savante et une cha\u00eene reconnue, \u2018\u2019<strong><em>silsila<\/em><\/strong>\u2019\u2019. Dans cette premi\u00e8re cat\u00e9gorie, il mentionne le p\u00e8lerinage o\u00f9 l\u2019identit\u00e9 du saint est inconnue ; cette derni\u00e8re v\u00e9n\u00e9ration se produit g\u00e9n\u00e9ralement dans les lieux de culte pr\u00e9-monoth\u00e9istes au Maroc.<\/p>\n<p>Ainsi, la v\u00e9n\u00e9ration des saints communs, selon Voinot, se compose de trois sous-cat\u00e9gories principales:<\/p>\n<p>\u2013 Le premier regroupe quarante saints juifs v\u00e9n\u00e9r\u00e9s par les deux communaut\u00e9s ;<\/p>\n<p>\u2013 Le second comprend quatorze saints musulmans v\u00e9n\u00e9r\u00e9s \u00e0 la fois par les musulmans et musulmans et juifs; et<\/p>\n<p>\u2013 Le troisi\u00e8me est compos\u00e9 de trente et un saints qui sont disput\u00e9s par les juifs et les musulmans. Cette cat\u00e9gorie est largement li\u00e9e aux saints anonymes.<\/p>\n<p>La r\u00e9gion de Sefrou abrite ces trois types de saints. D\u2019une part, il y a les saints h\u00e9r\u00e9ditaires, repr\u00e9sent\u00e9s par la famille Elbaz et v\u00e9n\u00e9r\u00e9s uniquement par les juifs et d\u2019autre part, les saints historiquement reconnus comme juifs, mais qui sont v\u00e9n\u00e9r\u00e9s par les juifs et les musulmans \u00e0 l\u2019exemple de R. Yahya Lahlou. Parmi les saints commun\u00e9ment reconnus comme musulmans, nous avons par exemple Sidi Ali Bouserghin. Enfin, nous avons les saints anonymes couramment v\u00e9n\u00e9r\u00e9s par les juifs et les musulmans tels que <strong><em>K\u00e2f lih\u00fbd<\/em><\/strong> \/ <strong><em>K\u00e2f al-moumen<\/em><\/strong>.<\/p>\n<p>La <strong><em>baraka<\/em><\/strong> du saint n\u2019est pas une force salvatrice, mais plut\u00f4t un rem\u00e8de contre les soucis de la vie terrestre. En effet, il ne faut pas oublier que, dans l\u2019imaginaire marocain, le salut ne peut venir d\u2019un saint mais uniquement de Dieu. Le saint est donc v\u00e9n\u00e9r\u00e9 avant tout pour sa <strong><em>baraka<\/em><\/strong> et pour les fonctions qu\u2019il occupe. [lxvi]\n<figure id=\"attachment_4729\" aria-describedby=\"caption-attachment-4729\" style=\"width: 516px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4729 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Ouvrages-de-photographies-de-juifs-berberes-du-Maroc-1940-1960-dElias-Harrus.jpg?resize=516%2C413&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"516\" height=\"413\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Ouvrages-de-photographies-de-juifs-berberes-du-Maroc-1940-1960-dElias-Harrus.jpg?w=516&amp;ssl=1 516w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Ouvrages-de-photographies-de-juifs-berberes-du-Maroc-1940-1960-dElias-Harrus.jpg?resize=312%2C250&amp;ssl=1 312w\" sizes=\"auto, (max-width: 516px) 100vw, 516px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4729\" class=\"wp-caption-text\">Ouvrages de photographies de juifs berb\u00e8res du Maroc (1940-1960) d\u2019Elias Harrus<\/figcaption><\/figure>\n<p>Les t\u00e2ches d\u2019ordre social se concr\u00e9tisent dans le r\u00f4le social du saint patron, qui est \u00e0 la fois arbitre et protecteur. Tr\u00e8s souvent, les deux communaut\u00e9s en d\u00e9tresse sollicitent les services d\u2019un m\u00eame saint juif (ou musulman) pour juger un litige et donner son avis dans une affaire. Ainsi, par exemple, le jugement d\u2019un saint juif n\u2019est jamais r\u00e9voqu\u00e9, car il est aussi craint et respect\u00e9 que le saint musulman. Les histoires et l\u00e9gendes du sud marocain sont riches en anecdotes qui confirment cet exemple. M\u00eame dans les conflits entre musulmans, le saint juif est parfois appel\u00e9 \u00e0 arbitrer. A Tarkelli, les Arabes ne jurent que par le nom de Bayo \u2013 d\u00e9signation de R. Makhluf Ben Yousef Abihasira et \u00e0 Tabia, ils mettent la main sur la tombe de <strong><em>Moul Timhdart<\/em><\/strong> pour pr\u00eater serment. [lxvii]\n<p>Sur l\u2019h\u00e9ritage religieux commun des Marocains (arabes, berb\u00e8res et juifs), Gabriel Abderrahmane El Kheli \u00e9crit : [lxviii]\n<p><em>\u2018\u2019Les croyances et les pratiques li\u00e9es \u00e0 la v\u00e9n\u00e9ration des saints au Maroc se produisent comme un ph\u00e9nom\u00e8ne complexe qui trouve ses racines dans l\u2019Antiquit\u00e9. La \u00ab Ziy\u0101rah \u00bb est en effet avant tout une qu\u00eate identitaire. Dans un contexte jud\u00e9o-musulman, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la saintet\u00e9 a souvent emprunt\u00e9 des voies analogues ; il s\u2019agit, en effet, d\u2019une qu\u00eate de pi\u00e9t\u00e9, de d\u00e9votion et de charit\u00e9. La saintet\u00e9 populaire, caract\u00e9ristique des plus marquantes de la personnalit\u00e9 marocaine toutes confessions confondues- est fondamentale li\u00e9e \u00e0 la notion de Baraka.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p>Tout au long du Moyen \u00c2ge, l\u2019Afrique du Nord et l\u2019Espagne formaient un seul domaine culturel et les \u00e9rudits juifs de l\u2019\u00e9poque voyageaient facilement d\u2019une communaut\u00e9 \u00e0 l\u2019autre. Ce brassage des populations ne permettait plus de distinction ethnique entre les Juifs d\u2019Espagne et ceux d\u2019Afrique du Nord. Cependant, avec l\u2019expulsion des Juifs d\u2019Espagne et du Portugal apr\u00e8s 1492, les Juifs de la p\u00e9ninsule ib\u00e9rique, \u00e9migr\u00e8rent en partie en Afrique du Nord et form\u00e8rent une communaut\u00e9 distincte par ses origines et son particularisme. On les appelait les <strong>megorashim<\/strong>, les expuls\u00e9s, par opposition aux <strong>toshavim<\/strong>, les indig\u00e8nes, terme que l\u2019on retrouve surtout dans les actes de mariage, les <strong><em>ketubot<\/em><\/strong>. Gr\u00e2ce \u00e0 ces nouveaux venus qui ont constitu\u00e9 une aristocratie locale, le dialecte jud\u00e9o-arabe marocain, dans toute sa diversit\u00e9, regorge encore d\u2019espagnol dans le champ lexical. Jusqu\u2019au XIXe si\u00e8cle, certains termes h\u00e9breux continu\u00e8rent \u00e0 \u00eatre traduits en espagnol \u00e0 Mekn\u00e8s dans les responsa ( <strong><em>she\u2019elot u-teshubot<\/em><\/strong> ) des textes de loi juive, afin qu\u2019ils soient mieux compris par le lecteur.<\/p>\n<p><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019histoire du Maroc est celle d\u2019un brassage culturel et ethnique entre diverses communaut\u00e9s (musulmane, juive, berb\u00e8re, arabe, et chr\u00e9tienne). La cohabitation et l\u2019interaction permanente entre juifs et musulmans ont donn\u00e9 lieu \u00e0 des interf\u00e9rences culturelles dans divers domaines de la vie quotidienne tels que l\u2019alimentation, l\u2019habillement, la musique, les contes populaires, les proverbes, les anecdotes, les croyances et les pratiques magiques ou la v\u00e9n\u00e9ration commune des saints. [lxix]\n<p>Les influences r\u00e9gionales impr\u00e8gnent les juifs berb\u00e8res dans de nombreux domaines : linguistique, culturel, vestimentaire, musical\u2026 Ils exercent \u00e9galement des m\u00e9tiers similaires \u00e0 ceux de leurs voisins, et leurs lieux de culte se fondent dans le paysage local du Sud. Ainsi, femmes et hommes chantent et dansent la musique berb\u00e8re <strong><em>Ahwash<\/em><\/strong>. Quant aux langues pratiqu\u00e9es par ces juifs berb\u00e8res, on retrouve tamazight, le jud\u00e9o-berb\u00e8re, le jud\u00e9o-arabe, et l\u2019h\u00e9breu pour la pri\u00e8re. [lxx] Ils sont tr\u00e8s diff\u00e9rents de leurs coreligionnaires juifs install\u00e9s dans la ville. [lxxi]\n<p>Patrimoine menac\u00e9 d\u2019extinction, les langues jud\u00e9o-arabe, jud\u00e9o-berb\u00e8re et <strong>haket\u00eda<\/strong> (jud\u00e9o-espagnol du nord du Maroc) se transmettaient autrefois au sein de la famille et de la communaut\u00e9. Aujourd\u2019hui, langues de l\u2019intimit\u00e9, elles sont principalement enseign\u00e9es dans les universit\u00e9s et les centres culturels en France et ailleurs dans le monde et font \u00e9galement l\u2019objet de recherches scientifiques.<\/p>\n<p>Au sujet de la comparaison entre juifs berb\u00e8res et juifs arabes, Daniel Schroeter \u00e9crit : [lxxii]\n<p><em>[\u2018\u2019L\u2019affirmation selon laquelle les relations jud\u00e9o-berb\u00e8res \u00e9taient compl\u00e8tement diff\u00e9rentes des relations arabo-juives est li\u00e9e de tr\u00e8s pr\u00e8s \u00e0 cette vision d\u2019une dichotomie entre makhzen et siba. On cite en exemple la protection efficace des commer\u00e7ants juifs par les chefs tribaux, ou les patrons berb\u00e8res, au point de les rendre intouchables. \u201d Tout juif de bilad al-siba appartient corps et biens \u00e0 son seigneur, son sid \u201c, \u00e9crit Charles de Foucauld, dont les relations avec les communaut\u00e9s juives du Maroc font partie du corpus historique sur le juda\u00efsme marocain. Bien que le Juif soit prot\u00e9g\u00e9, Foucauld le d\u00e9crit comme un \u00eatre servile, exploit\u00e9 sans merci par son ma\u00eetre. Comme les r\u00e9gions berb\u00e8res appartiennent au bilad al-siba, les Juifs se doivent d\u2019obtenir la protection de chefs locaux et ind\u00e9pendants du Sultan. Slouschz consid\u00e8re la situation des Juifs du bilad al-siba \u00e0 la mani\u00e8re de Foucauld : \u201d \u00e0 Tililit commence, pour les Juifs, le pays du servage, on pourrait m\u00eame dire de l\u2019esclavage. Tout ce que les Juifs poss\u00e8dent appartient au Qaid, qui a droit de vie et de mort sur ses sujets. Il peut les tuer en toute impunit\u00e9, il peut les vendre si tel est son d\u00e9sir\u2026 En \u00e9change de la perte de tous ses droits, le juif jouit de la s\u00e9curit\u00e9, que le ma\u00eetre lui assure au risque de sa propre vie\u2026 Un Juif qui veut se marier doit acheter sa future femme au sid auquel appartient le p\u00e8re de la fille et qui est l\u2019unique ma\u00eetre de son destin. \u201c]<\/em><\/p>\n<p>La dimension religieuse au Maroc est particuli\u00e8re puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une monarchie de droit divin. C\u2019est donc un pays non la\u00efc, plac\u00e9 sous l\u2019autorit\u00e9 d\u2019un Roi, qui est Commandeur des Croyants <strong><em>am\u00eer al-mou\u2019min\u00een<\/em><\/strong> et gardien des lieux sacr\u00e9s. Il est respect\u00e9 et m\u00eame ador\u00e9 par une grande majorit\u00e9 de Marocains. [lxxiii]\n<p>Le roi Mohammed VI, veut donner au Maroc l\u2019image d\u2019un pays tol\u00e9rant pr\u00f4nant un islam mod\u00e9r\u00e9 qui permette \u00e0 la minorit\u00e9 juive de bien s\u2019int\u00e9grer dans un pays ouvert aux autres religions. [lxxiv] On peut donc \u00eatre juif et marocain. [lxxv] Le pr\u00e9ambule de la loi supr\u00eame marocaine (constitution) pr\u00e9cise en ce sens que : [lxxvi]\n<p>\u2018<em>\u2019\u00c9tat musulman souverain, attach\u00e9 \u00e0 son unit\u00e9 nationale et \u00e0 son int\u00e9grit\u00e9 territoriale, le Royaume du Maroc entend pr\u00e9server, dans sa pl\u00e9nitude et sa diversit\u00e9, son identit\u00e9 nationale une et indivisible. Son unit\u00e9, forg\u00e9e par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, s&rsquo;est nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou, h\u00e9bra\u00efque et m\u00e9diterran\u00e9en. La pr\u00e9\u00e9minence accord\u00e9e \u00e0 la religion musulmane dans ce r\u00e9f\u00e9rentiel national va de pair avec l&rsquo;attachement du peuple marocain aux valeurs d&rsquo;ouverture, de mod\u00e9ration, de tol\u00e9rance et de dialogue pour la compr\u00e9hension mutuelle entre toutes les cultures et les civilisations du monde.\u2019\u2019<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p>Un patrimoine assum\u00e9, pr\u00e9serv\u00e9 et sauvegard\u00e9 \u00e0 travers toutes les vicissitudes de l\u2019histoire [lxxvii].<\/p>\n<figure id=\"attachment_4730\" aria-describedby=\"caption-attachment-4730\" style=\"width: 568px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4730 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Juifs-berberes-du-sud-marocain.jpg?resize=568%2C384&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"568\" height=\"384\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Juifs-berberes-du-sud-marocain.jpg?w=568&amp;ssl=1 568w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Juifs-berberes-du-sud-marocain.jpg?resize=370%2C250&amp;ssl=1 370w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Juifs-berberes-du-sud-marocain.jpg?resize=110%2C75&amp;ssl=1 110w\" sizes=\"auto, (max-width: 568px) 100vw, 568px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4730\" class=\"wp-caption-text\">Juifs berb\u00e8res du sud marocain<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Notes de fin de texte :<\/strong><\/p>\n[i] Blady, Ken. <em>Jewish Communities in Exotic Places<\/em>. Lanham, Maryland: Jason Aronson, Inc., 2000, p. 294.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Leur influence s&rsquo;est r\u00e9pandue parmi la population berb\u00e8re pa\u00efenne de sorte qu&rsquo;au sixi\u00e8me si\u00e8cle, de nombreuses tribus berb\u00e8res s&rsquo;\u00e9taient converties au juda\u00efsme. Dans certains cas, des tribus berb\u00e8res enti\u00e8res des montagnes de l&rsquo;Atlas devinrent juda\u00efques.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>Jewish Communities in Exotic Places<\/em> examine dix-sept groupes juifs que l&rsquo;on appelle en h\u00e9breu <strong>edot ha-mizrach<\/strong>, communaut\u00e9s juives orientales ou orientales. Ces groupes, situ\u00e9s dans des endroits recul\u00e9s de la p\u00e9riph\u00e9rie g\u00e9ographique juive asiatique et africaine, se sont isol\u00e9s des grands centres de la civilisation juive au cours des si\u00e8cles et ont adopt\u00e9 des pratiques et des aspects int\u00e9ressants des cultures dominantes dans lesquelles ils se trouvaient.<\/p>\n[ii] Zytnicki, Colette. <em>Les Juifs du Maghreb. Naissance d\u2019une historiographie coloniale<\/em>. Paris\u00a0: PUPS, 2011.<\/p>\n[iii] Cohen-Lacassagne, Julien. <em>Berb\u00e8res juifs : l\u2019\u00e9mergence du monoth\u00e9isme en Afrique du Nord <\/em>(pr\u00e9face de Shlomo Sand). Paris : La Fabrique, juin 2020.<\/p>\n[iv] Maas, Michael. <em>The Cambridge Companion to the Age of Justinian<\/em>. Cambridge: Cambridge University Press, 2005, p. 411.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0&#8230;they had a growing influence among the Berber tribes of North Africa, some of whom were converted to Judaism.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>[\u00ab\u00a0&#8230; ils avaient une influence croissante parmi les tribus berb\u00e8res d&rsquo;Afrique du Nord, dont certaines se sont converties au juda\u00efsme.\u00a0\u00bb]<\/em><\/p>\n[v] Elmedlaoui, Mohamed. \u2018\u2019Les jud\u00e9o-berb\u00e9rophones revisit\u00e9s \u00e0 la lumi\u00e8re du lexique et de la philologie berb\u00e8res\u2019\u2019, <em>\u00c9tudes et Documents Berb\u00e8res<\/em>, vol. 32, no. 1, 2013, pp. 165-192.<\/p>\n[vi] Slouschz, Nahum. \u00a0<em>H\u00e9br\u00e6o-Ph\u00e9niciens Et Jud\u00e9o-Berb\u00e8res. Introduction \u00e0 l&rsquo;Histoire des Juifs Et du Juda\u00efsme en Afrique. <\/em>London\u00a0: Forgotten Books, 2018.<\/p>\n[vii] Zytnicki, Colette. \u2018\u2019\u2018\u2019Une filiation trois fois mill\u00e9naire\u2019\u2019. Un texte de l&rsquo;historien Nahum Slouschz sur les origines des Juifs et du juda\u00efsme en Afrique (1909)\u2019\u2019, <em>Diasporas. Histoire et soci\u00e9t\u00e9s<\/em>, Ann\u00e9e 2004, 5, pp. 109-116.<\/p>\n[viii] Monceaux, Paul. \u2018\u2019Les colonies juives dans l&rsquo;Afrique romaine\u2019\u2019, <em>Revue des \u00e9tudes juives<\/em>, n\u00b087, juin 1902, pp. 1-28, p. 2.<\/p>\n[ix] Ibid., p. 4.<\/p>\n[x] Eisenbeth\u00a0M.,\u00a0<em>Les Juifs de l\u2019Afrique du Nord\u00a0: d\u00e9mographie et onomastique.\u00a0<\/em>Alger: Imprimerie Carbonnel, 1936.<\/p>\n[xi]\u00a0Beider, Alexander.\u00a0\u201cJews of Berber Origin: Myth or Reality?\u201d,\u00a0<em>Hamsa<\/em>, 3,\u00a02017, <a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/hamsa\/693\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/journals.openedition.org\/hamsa\/693<\/a><\/p>\n[xii] Cohen-Lacassagne, Julien. <em>Berb\u00e8res juifs : l\u2019\u00e9mergence du monoth\u00e9isme en Afrique du Nord <\/em>(pr\u00e9face de Shlomo Sand), op. cit.<\/p>\n[xiii] Nebot, Didier. <em>Les tribus oubli\u00e9es d\u2019Isra\u00ebl\u034f\u0308 : l&rsquo;Afrique jud\u00e9o-berb\u00e8re, des origines aux Almohades ; essai historique. <\/em>Paris:\u00a0 Romillat, 1999.<\/p>\n[xiv] Chtatou, Mohamed. \u2018\u2019Aspects of the Judeo-Amazigh Cultural Substratum of Morocco\u2019\u2019, <em>Amazigh World News, <\/em>August 9, 2020. <a href=\"https:\/\/amazighworldnews.com\/aspects-of-the-judeo-amazigh-cultural-substratum-of-morocco\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/amazighworldnews.com\/aspects-of-the-judeo-amazigh-cultural-substratum-of-morocco\/<\/a><\/p>\n[xv] Josephus, Flavius. <em>The Jewish War<\/em>. London\u00a0: Penguin Classics, 1981.<\/p>\n<p><em>The Jewish War<\/em> est un r\u00e9cit en sept livres de l&rsquo;historien juif et romain Flavius Jos\u00e8phe. La p\u00e9riode couverte va de l&rsquo;intervention d&rsquo;Antioche IV \u00c9piphane en Jud\u00e9e en 175 avant J.-C. \u00e0 la chute de Massada en 74 apr\u00e8s J.-C. La partie principale de l&rsquo;histoire concerne la premi\u00e8re guerre jud\u00e9o-romaine.<\/p>\n<p><em>The Jewish War<\/em> est divis\u00e9e en quatre parties : la premi\u00e8re, comprenant les livres I et II, relate bri\u00e8vement les \u00e9v\u00e9nements survenus entre la r\u00e9pression d&rsquo;Antioche IV et l&rsquo;an 66 de notre \u00e8re : la deuxi\u00e8me, dans les livres III et IV, d\u00e9crit la campagne du futur empereur Vespasien en 67 et 68 essentiellement en Galil\u00e9e ; la troisi\u00e8me, comprenant les livres V et VI, d\u00e9crit le si\u00e8ge de J\u00e9rusalem par Titus et la chute de la ville ; enfin, la quatri\u00e8me, contenue dans le livre VII, est une forme d&rsquo;appendice qui raconte le triomphe de Titus \u00e0 Rome, les mesures prises par celui-ci et d\u00e9crit la d\u00e9faite des derni\u00e8res poches de r\u00e9sistance entre 70 et 744.<\/p>\n[xvi] Jacques-Meuni\u00e9, D. <em>Le Maroc saharien des origines au XVIe si\u00e8cle<\/em>. Paris : Klincksieck, 1982, pp. 174-176.<\/p>\n[xvii] Chouraqui, Andr\u00e9. <em>Histoire des juifs en Afrique du Nord : En exil au Maghreb<\/em>, Tome 1. Paris: Du Rocher \u00e9ditions, 1998, p. 52.<\/p>\n<p><em>\u2018\u2019L&rsquo;histoire des juifs en Afrique du Nord n&rsquo;a jamais cess\u00e9 d&rsquo;alimenter ma curiosit\u00e9 d\u00e8s ma premi\u00e8re enfance. Tout m&rsquo;interpellait dans l&rsquo;univers o\u00f9 j&rsquo;ai vu le jour. Il se pr\u00e9sentait \u00e0 moi sous trois volets violemment contrast\u00e9s, le musulman et le chr\u00e9tien, avec entre eux le monde juif auquel j&rsquo;appartenais. Pour m&rsquo;en convaincre, ma m\u00e8re m&rsquo;inondait de ses pri\u00e8res. La maison \u00e9tait imm\u00e9morablement habit\u00e9e par la Bible h\u00e9bra\u00efque, lue, proclam\u00e9e dans sa langue originale, l&rsquo;h\u00e9breu. Isra\u00ebl \u00e9tait si pr\u00e9sent en nos vies qu&rsquo;il \u00e9tait impossible d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 sa pr\u00e9sence. Partout, nous gardions religieusement le souvenir du pass\u00e9 glorieux de nos anc\u00eatres. Exil\u00e9s de notre terre, la Jud\u00e9e, dans nos exils nous n&rsquo;avions qu&rsquo;une mission, celle de conserver la m\u00e9moire de notre pass\u00e9 dont nous cultivions les souvenirs, et qu&rsquo;un but, voir notre peuple ressusciter un jour sur sa terre. Ainsi, ma longue route jalonn\u00e9e de livres a-t-elle abouti \u00e0 cette \u00e9dition d\u00e9finitive, en deux volumes, de l&rsquo;Histoire des Juifs en Afrique du Nord. Histoire n\u00e9e d&rsquo;une seule interrogation et d&rsquo;une m\u00eame angoisse : d&rsquo;o\u00f9 venons-nous et o\u00f9 allons-nous ? Au seuil de l&rsquo;\u00e8re atomique, la plupart des juifs sont de retour sur la terre d&rsquo;Isra\u00ebl dont ils partirent voici deux mill\u00e9naires. En Afrique du Nord, d&rsquo;eux, il ne reste rien, sinon leurs cimeti\u00e8res. Ces pages racontent leur singuli\u00e8re histoire qui, partie du Maghreb, rena\u00eet en ses sources, sous le ciel de J\u00e9rusalem.\u2019\u2019<\/em> Andr\u00e9 Chouraqui.<\/p>\n[xviii] Il existe deux manuscrits sur la protohistoire juive marocaine : le Manuscrit de Chtel-Maghzen, et le Manuscrit de Tiilite.<\/p>\n[xix] Le premier temple (1200-586 av. J.-C.) a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit en 586 av. J.-C. par Nabuchodonosor, le roi de Babylone, lorsqu&rsquo;il a conquis J\u00e9rusalem.<\/p>\n[xx] Hirschberg, H. \u201cThe problems of the Judaized Berbers\u201d, <em>Journal of African History<\/em>, 4, 1963, pp. 312-339.<\/p>\n[xxi] Chetrit, Joseph. \u2018\u2019Judeo-Berber in Morocco\u2019\u2019, in <em>Languages in Jewish Communities, Past and Present<\/em>. Berlin\/Munich\/Boston : Walter de Gruyter GmbH, 2018.<\/p>\n[xxii] Oliel, J. \u201cJuifs au Sahara (Les)\u201d, <em>Encyclop\u00e9die berb\u00e8re<\/em>, 26, 2004, document J16,\u00a0 <a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/encyclopedieberbere\/1366\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/journals.openedition.org\/encyclopedieberbere\/1366<\/a><\/p>\n[xxiii] Firestone, Reuven. <em>Children of Abraham: an introduction to Judaism for Muslims<\/em>. Brooklyn, New York: Ktav Publishing House, 2001, p. 138.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0\u2026several Berber tribes have converted to Judaism.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p><em>[\u00ab\u00a0\u2026plusieurs tribus berb\u00e8res se sont converties au juda\u00efsme.\u2019\u2019]<\/em><\/p>\n[xxiv] Cohen-Lacassagne, Julien. Berb\u00e8res juifs : L&rsquo;\u00e9mergence du monoth\u00e9isme en Afrique du Nord. Paris:<\/p>\n<p>La Fabrique Editions, 2020.<\/p>\n<p>Voici un livre qui bouleverse compl\u00e8tement les id\u00e9es re\u00e7ues sur l&rsquo;origine des Juifs d&rsquo;Afrique du Nord. L&rsquo;histoire classique est simple : apr\u00e8s la destruction du Second Temple de J\u00e9rusalem par les troupes de Titus en 70 de notre \u00e8re, les Juifs de Jud\u00e9e sont contraints \u00e0 l&rsquo;exil et dispers\u00e9s \u00e0 travers le monde, o\u00f9 ils fondent des communaut\u00e9s europ\u00e9ennes, orientales, africaines, asiatiques et nord-africaines. Dans cette conception, les Juifs d&rsquo;Afrique du Nord descendent, comme tous les autres, de la population originelle de Jud\u00e9e. Il appara\u00eet aujourd&rsquo;hui que si le temple a bien \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit, l&rsquo;exil cons\u00e9cutif n&rsquo;a jamais eu lieu. Comment un exode aussi massif a-t-il pu mat\u00e9riellement se produire ? \u00ab\u00a0Dans quels camions ?\u00a0\u00bb s&rsquo;interroge Shlomo Sand dans son grand livre \u00ab\u00a0Comment le peuple juif fut invent\u00e9\u00a0\u00bb (Fayard, 2008). Selon Philon d&rsquo;Alexandrie, les Juifs \u00e9taient plus nombreux en \u00c9gypte, en Libye, en Asie Mineure et surtout \u00e0 Babylone qu&rsquo;autour de J\u00e9rusalem. Ils ne parlaient l&rsquo;h\u00e9breu que pour la liturgie et le reste du temps, ils utilisaient la langue du pays o\u00f9 ils vivaient (souvent le grec). La r\u00e9ponse est simple : ils ont \u00e9t\u00e9 juda\u00efs\u00e9s. Le juda\u00efsme antique \u00e9tait fortement pros\u00e9lyte (contrairement au juda\u00efsme d&rsquo;aujourd&rsquo;hui). Le monoth\u00e9isme juif, n\u00e9 \u00e0 Babylone, s&rsquo;est r\u00e9pandu dans le bassin m\u00e9diterran\u00e9en, sous l&rsquo;\u0153il bienveillant (du moins au d\u00e9but) de l&rsquo;Empire romain. Les Ph\u00e9niciens, grands navigateurs &#8211; ce que n&rsquo;\u00e9taient pas leurs voisins jud\u00e9ens &#8211; ont beaucoup contribu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;extension du monoth\u00e9isme juif, dont ils \u00e9taient proches par la langue et les id\u00e9es. Les Juifs d&rsquo;Afrique du Nord sont souvent qualifi\u00e9s de \u00ab\u00a0s\u00e9pharades\u00a0\u00bb. Cohen-Lacassagne montre que c&rsquo;est une erreur : S\u00e9pharade signifie espagnol (ou plus largement ib\u00e9rique). S&rsquo;il est vrai qu&rsquo;une partie des Juifs d&rsquo;Espagne a travers\u00e9 le d\u00e9troit lors de la Reconquista des Rois tr\u00e8s catholiques, ils ne repr\u00e9sentent qu&rsquo;une infime partie de la population juive du Maghreb de l&rsquo;\u00e9poque &#8211; constitu\u00e9e, r\u00e9p\u00e9tons-le, de Berb\u00e8res juda\u00efs\u00e9s. Au Maghreb, comme ailleurs, \u00eatre juif ne co\u00efncide pas avec une r\u00e9alit\u00e9 ethnique, ni avec une r\u00e9alit\u00e9 linguistique, ni avec une r\u00e9alit\u00e9 nationale &#8211; pas plus qu&rsquo;\u00eatre musulman. En M\u00e9diterran\u00e9e et au Moyen-Orient, avec l&rsquo;arriv\u00e9e de l&rsquo;Islam, s&rsquo;est form\u00e9e une authentique civilisation jud\u00e9o-musulmane, beaucoup plus r\u00e9elle que l&rsquo;hypoth\u00e9tique civilisation jud\u00e9o-chr\u00e9tienne. Apr\u00e8s le triomphe du christianisme, qui devient la religion officielle, le juda\u00efsme est confin\u00e9 dans l&rsquo;arri\u00e8re-pays rural.<\/p>\n[xxv] Didi, Abdeljalil &amp; Eric Anglade. \u2018\u2019The lost destiny of Jews from South East Morocco\u2019\u2019, <em>SudEstMaroc, <\/em>December 24, 2020. <a href=\"https:\/\/sudestmaroc.com\/the-lost-destiny-of-jews-from-south-east-morocco\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/sudestmaroc.com\/the-lost-destiny-of-jews-from-south-east-morocco\/<\/a><\/p>\n[xxvi] Schroeter, Daniel J. &amp; Vivian B. Mann. <em>Morocco: Jews and art in a Muslim land<\/em>. London, New York: Merrell, 2000, p. 27.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0a significant number of North African Jews are descended from Berber tribes who converted to Judaism in late antiquity.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>[\u00ab\u00a0un nombre important de Juifs d&rsquo;Afrique du Nord descendent de tribus berb\u00e8res qui se sont converties au juda\u00efsme \u00e0 la fin de l&rsquo;Antiquit\u00e9\u00a0\u00bb.]<\/em><\/p>\n[xxvii] Howe, Marvine. <em>Morocco: The Islamist awakening and other challenges<\/em>. New York: Oxford University Press, 2005, p. 184.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0&#8230;entire Berber tribes converted to Judaism.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>[\u00ab\u00a0&#8230; des tribus berb\u00e8res enti\u00e8res se sont converties au juda\u00efsme.\u00a0\u00bb]<\/em><\/p>\n[xxviii] Hirshberg, H.Z. <em>The Jews in North Africa &#8211; (Histoire des Juifs de l&rsquo;Afrique du Nord de l&rsquo;antiquit\u00e9 \u00e0 nos jours)<\/em>. J\u00e9rusalem: Fondation Kuk, 1965. 2 volumes.<\/p>\n[xxix] Ibn Khaldoun. <em>Histoire des berb\u00e8res<\/em>, vol. I, trad. De Slane. Alger\u00a0: Impr. du Gouvernement, 1852, pp. 208-209<\/p>\n[xxx] Ibid.<\/p>\n[xxxi] Le jud\u00e9o-arabe peut \u00eatre divis\u00e9 en cinq p\u00e9riodes : Le jud\u00e9o-arabe pr\u00e9islamique (avant le VIIIe si\u00e8cle), le jud\u00e9o-arabe ancien (du VIII<sup>e<\/sup> au X<sup>e<\/sup> si\u00e8cle), le jud\u00e9o-arabe classique (du X<sup>e<\/sup> au XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle), le jud\u00e9o-arabe tardif (du XV<sup>e<\/sup> au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle) et le jud\u00e9o-arabe moderne (XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle).<\/p>\n<p>Cf. Bar-Asher, M. <em>Linguistic Traditions of North African Jews<\/em>. Jerusalem: Hebrew University, 1998. [In Hebrew].<\/p>\n<p>Cf. Cohen, D. \u2018\u2019Judeo-Arabic Dialects\u2019\u2019, <em>Encyclopaedia of Islam<\/em>, New Edition 4, 1978, pp.299-302.<\/p>\n[xxxii] Kenbib, Mohamed. <em>Juifs et Musulmans au Maroc. 1859-1948<\/em>. Rabat : Universit\u00e9 Mohammed V, 1994.<\/p>\n[xxxiii] Zafrani, Haim. <em>Deux mille ans de vie juive au Maroc<\/em>. Paris : Maisonneuve et Larose, 1983 ; 1999, p. 151.<\/p>\n<p>Le juda\u00efsme marocain entretient avec la pens\u00e9e juive universelle et ses divers modes d&rsquo;expression des liens \u00e9troits et des relations privil\u00e9gi\u00e9es au niveau de la cr\u00e9ation litt\u00e9raire h\u00e9bra\u00efque classique et traditionnelle. En outre ce juda\u00efsme est aussi le produit du terroir marocain o\u00f9 il a v\u00e9cu durant deux mill\u00e9naires. Dans cet espace de convergence et de dialogue s&rsquo;est \u00e9labor\u00e9e une personnalit\u00e9 jud\u00e9o-marocaine multipolaire complexe, dont la conscience et la m\u00e9moire se d\u00e9veloppent sur divers plans : au plan de l&rsquo;histoire, quand on pose un regard sur son destin et ses origines, sur les noms des lieux et des hommes ; au plan du paysage culturel, quand on interroge les apports multiples des civilisations h\u00e9bra\u00efques, arabes, berb\u00e8re et castillane, la production intellectuelle et la cr\u00e9ation litt\u00e9raire ; au plan de l&rsquo;imaginaire social, marqu\u00e9 du sceau de la religion et de la mystique qui, aux moments les plus solennels de l&rsquo;existence, s&rsquo;associent toutes deux dans le rituel pour donner aux c\u00e9r\u00e9monies \u00e0 la fois leur dimension universelle et leur mesure locale. Cette nouvelle \u00e9dition comporte des mises \u00e0 jour et une postface qui remplace l&rsquo;\u00e9pilogue des \u00e9ditions pr\u00e9c\u00e9dentes et qui apporte un \u00e9clairage in\u00e9dit sur l&rsquo;histoire de cette communaut\u00e9 \u00e9clat\u00e9e dont il reste une m\u00e9moire dont l&rsquo;\u00e9cho r\u00e9sonne dans l&rsquo;\u00e2me d\u00e9racin\u00e9e des \u00e9migr\u00e9s retentissant dans leurs cris et leurs \u00e9crits, dans leur musique et leurs chants, leurs c\u00e9l\u00e9brations des f\u00eates familiales et religieuses, dans leurs p\u00e8lerinages.<\/p>\n[xxxiv] Stillman, Yedida. \u2018\u2019Un Bijoutier juif marocain et son art\u2019\u2019, <em>P\u00e9amim<\/em> 17, 1983, [en h\u00e9breu].<\/p>\n[xxxv] Couture, broderie, fabrication de fils d&rsquo;or.<\/p>\n[xxxvi] Hart, David M. <em>The Aith Waryaghar of the Moroccan Rif: An Ethnography and History<\/em>. Tucson, Arizona: University of Arizona Press, 1976.<\/p>\n[xxxvii] Seder Zera\u2018im, Berakhot 31a.<\/p>\n[xxxviii] <strong><u>Nouvelle version internationale<\/u><\/strong> dit de Cyrus : <em>\u00ab\u00a0Il est mon berger et il accomplira tout ce qui me pla\u00eet ; il dira de J\u00e9rusalem : \u00ab\u00a0Qu&rsquo;elle soit reb\u00e2tie\u00a0\u00bb et du temple : \u00ab\u00a0Qu&rsquo;on en pose les fondements\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/biblehub.com\/isaiah\/44-28.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/biblehub.com\/isaiah\/44-28.htm<\/a><\/p>\n[xxxix] <strong><u>L&rsquo;\u00e9criture sur le mur<\/u><\/strong><\/p>\n<p>Le roi Belshazzar donna un grand banquet \u00e0 mille de ses nobles et but du vin avec eux.\u00a0\u00a0Pendant que Belschatsar buvait son vin, il donna l&rsquo;ordre d&rsquo;apporter les coupes d&rsquo;or et d&rsquo;argent que Nabuchodonosor, son p\u00e8re, avait prises dans le temple de J\u00e9rusalem, afin que le roi et ses nobles, ses femmes et ses concubines y boivent.\u00a0\u00a0On apporta donc les gobelets d&rsquo;or qui avaient \u00e9t\u00e9 pris dans le temple de Dieu \u00e0 J\u00e9rusalem, et le roi et ses nobles, ses femmes et ses concubines y burent.\u00a0\u00a0En buvant le vin, ils louaient les dieux d&rsquo;or et d&rsquo;argent, de bronze, de fer, de bois et de pierre. <a href=\"https:\/\/www.biblegateway.com\/passage\/?search=Daniel+5&amp;version=NIV\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.biblegateway.com\/passage\/?search=Daniel+5&amp;version=NIV<\/a><\/p>\n[xl] Talmud (Seder Zera\u02bbim, Berakhot 31 a), et d\u2019apr\u00e8s le Zohar et Ma\u00efmonide (Le Service du Temple, Mishneh Torah, Hilkhot Beit ha-knesset,), et le Shoul\u1e25an \u02bbAroukh Orah \u1e24a\u00efm 90, 8 de Yosssef karo (XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle).<\/p>\n[xli] Chtatou, Mohamed. \u2018\u2019Sefrou: Moroccan City of Religious Symbiosis Between Islam and Judaism\u2019\u2019, <em>Eurasia Review, <\/em>March 28, 2020. <a href=\"https:\/\/www.eurasiareview.com\/28032020-sefrou-moroccan-city-of-religious-symbiosis-between-islam-and-judaism-analysis\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.eurasiareview.com\/28032020-sefrou-moroccan-city-of-religious-symbiosis-between-islam-and-judaism-analysis\/<\/a><\/p>\n[xlii] Besancenot, Jean.\u202f<em>Costumes du Maroc<\/em>.\u202fCasablanca : La crois\u00e9e des chemins \/ Edisud, Aix-en-Provence, 2000.<\/p>\n<p>Besancenot, Jean. <em>Costumes of Morocco<\/em>. London : Kegan Paul, 1990.<\/p>\n[xliii] Jouin, J. \u201cLe costume de la femme isra\u00e9lite, au Maroc\u201d, <em>Journal de la Soci\u00e9t\u00e9 des Africanistes<\/em>. Vol. 6. No. 2. 1936, pp. 167-180.<\/p>\n[xliv] Jansen, Angela. \u201cKeswa Kebira: The Jewish Moroccan Grand Costume\u201d, <em>Khil\u2019a 1, Journal of Dress and Textiles in the Islamic World<\/em>. Leiden, 2003, pp. 79-105.<\/p>\n[xlv] \u00a0Zafrani, Haim.\u00a0 \u2018\u2019Les langues juives du Maroc\u2019\u2019, <em>Revue de l\u2019occident musulman et de la M\u00e9diterran\u00e9e<\/em>, IV, 1967, pp. 175-88.<\/p>\n[xlvi] Zafrani, Haim. <em>Litt\u00e9ratures dialectales et populaires juives en Occident musulman<\/em>. Paris : P. Geuthner, 1980.<\/p>\n[xlvii] \u201c\u05d9\u05d4\u05d5\u05d3\u05d9\u05dd-\u05d1\u05e8\u05d1\u05e8\u05d9\u05dd \u05d1\u05de\u05e8\u05d5\u05e7\u05d5 \/ JUD\u00c9O-BERB\u00c8RES AU MAROC\u201d, <em>Revue Europ\u00e9enne Des \u00c9tudes H\u00e9bra\u00efques<\/em>, 1997, pp. 163\u201377. <em>JSTOR<\/em>, <a href=\"http:\/\/www.jstor.org\/stable\/23492762\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.jstor.org\/stable\/23492762<\/a><\/p>\n[xlviii] Galand-Pernet, P. &amp; H. Zafrani. \u2018\u2019Une version berb\u00e8re de l\u2019Haggadah de Pesah\u2019\u2019<em>, <\/em>Texte de Tinhir du Todhra (Maroc), Paris 1970, Suppl\u00e9ment au tome XII des Comptes rendus du G.L.E.C.S.).<\/p>\n[xlix] Cohen-Lacassagne, Julien. <em>Berb\u00e8res juifs : l\u2019\u00e9mergence du monoth\u00e9isme en Afrique du Nord <\/em>(pr\u00e9face de Shlomo Sand), op. cit. p. 22.<\/p>\n[l] Idem.<\/p>\n[li] Chtatou, Mohamed. \u2018\u2019Al-Kahina, une reine amazighe stigmatis\u00e9e par les Arabes\u2019\u2019, <em>Le Monde Amazigh,<\/em> 7 mai 2021. <a href=\"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/al-kahina-une-reine-amazighe-stigmatisee-par-les-arabes\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/al-kahina-une-reine-amazighe-stigmatisee-par-les-arabes\/<\/a><\/p>\n[lii] \u00ab\u00a0Tinghir &#8211; Jerusalem, Echoes from the Mellah\u00a0\u00bb, un documentaire de Kamal Hachkar, qui en dit long sur la communaut\u00e9 juive de la r\u00e9gion de Tinghir. Ils ont v\u00e9cu de nombreuses ann\u00e9es au Maroc, c\u00f4toyant de nombreux musulmans, avant de devoir quitter leurs familles, leurs maisons, leurs voisins, leurs emplois, leurs pays et leur vie enti\u00e8re pour rejoindre Isra\u00ebl.<\/p>\n[liii] Zafrani, Haim. <em>Deux Mille Ans de vie juive au Maroc<\/em>, op. cit.<\/p>\n[liv] Fenton, Paul B. \u00ab Les pers\u00e9cutions almohades, un mod\u00e8le pour l\u2019Inquisition catholique ? \u00bb, <em>Pard\u00e8s<\/em>, vol. 67, no. 2, 2020, pp. 77-97.<\/p>\n[lv] Assaraf, Robert &amp; Michel Abitbol, <em>Relations jud\u00e9o-musulmanes au Maroc : perceptions et r\u00e9alit\u00e9s<\/em>. Paris : Stavit, 1997.<\/p>\n[lvi] J.\u00a0Ta\u00efeb, J.\u00a0\u201cJuifs du Maghreb\u00a0: onomastique et langue, une composante berb\u00e8re\u00a0?\u201d,\u00a0<em>Encyclop\u00e9die berb\u00e8re<\/em>, 26,\u00a02004, document J17, <a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/encyclopedieberbere\/1373\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/journals.openedition.org\/encyclopedieberbere\/1373<\/a><\/p>\n[lvii] Maalouf, Amin. <em>L\u00e9on l&rsquo;Africain<\/em>. Paris : Le Livre de Poche, 1987.<\/p>\n<p>Cette autobiographie imaginaire est bas\u00e9e sur une histoire vraie. En 1518, un ambassadeur maghr\u00e9bin, de retour d&rsquo;un p\u00e8lerinage \u00e0 la Mecque, est captur\u00e9 par des pirates siciliens et offert \u00e0 L\u00e9on X. Le voyageur s&rsquo;appelle Hassan al-Wazzan. Il devient le g\u00e9ographe Jean-L\u00e9on de M\u00e9dicis, dit L\u00e9on l&rsquo;Africain. Sa vie, rythm\u00e9e par les grands \u00e9v\u00e9nements de son temps, est passionnante : il est \u00e0 Grenade pendant la Reconquista, d&rsquo;o\u00f9 il doit fuir l&rsquo;Inquisition, en Egypte lors de la conqu\u00eate du pays par les Ottomans, en Afrique noire \u00e0 l&rsquo;apog\u00e9e de l&#8217;empire d&rsquo;Askia Mohamed Tour\u00e9, et enfin \u00e0 Rome en pleine Renaissance, ainsi qu&rsquo;au moment du sac de la ville par les soldats de Charles Quint. Homme d&rsquo;Orient et d&rsquo;Occident, homme d&rsquo;Afrique et d&rsquo;Europe, on ne saurait trouver un personnage dont la vie corresponde davantage \u00e0 cette \u00e9poque \u00e9tonnante que fut le XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n[lviii] Le\u00a0<strong>mithqal<\/strong>\u00a0est une\u00a0unit\u00e9 de mesure\u00a0de masse \u00e9gale \u00e0 4,25\u00a0grammes\u00a0et principalement utilis\u00e9e pour les\u00a0m\u00e9taux pr\u00e9cieux. Le\u00a0dinar d&rsquo;or\u00a0est \u00e9gal \u00e0 1 mithqal. Dans le monde musulman, ce terme pouvait d\u00e9signer un\u00a0dinar or. L&rsquo;unit\u00e9 a aussi \u00e9t\u00e9 appel\u00e9e \u00ab\u00a0miskal\u00a0\u00bb. Ce mot\u00a0arabe, issu de la\u00a0racine\u00a0<em>th.q.l<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0peser\u00a0\u00bb, est apparent\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00e9breu\u00a0shekel\u00a0(<em>sheqel<\/em>, racine\u00a0<em>sh.q.l<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0peser\u00a0\u00bb). <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Mithqal\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Mithqal<\/a><\/p>\n<p>Le\u00a0<strong>monnayage alaouite<\/strong>\u00a0comprend l&rsquo;ensemble des monnaies \u00e9mises par la\u00a0dynastie alaouite\u00a0durant une p\u00e9riode qui va de 1666 \u00e0 la r\u00e9forme de 1881 et la cr\u00e9ation du\u00a0rial hassani. <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Monnayage_alaouite\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Monnayage_alaouite<\/a><\/p>\n<p>Cf. Johnson, Marion. \u2018\u2019The Nineteenth-Century Gold &lsquo;Mithqal&rsquo; in West and North Africa\u2019\u2019,\u00a0<em>The Journal of African History<\/em>, Cambridge University Press,\u00a0vol.\u00a09,\u00a0n<sup>o<\/sup>\u00a04,\u200e\u00a01968,\u00a0p.\u00a0547\u2013569. DOI:\u00a0<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1017\/S0021853700009038\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/doi.org\/10.1017\/S0021853700009038<\/a><\/p>\n[lix] Westermarck, Edward. <em>Ritual and Belief in Morocco<\/em>. London, Macmillan and Co., 1926.<\/p>\n<p>Entre 1898 et 1926, Edward Westermarck a pass\u00e9 sept ans au Maroc, visitant des villes et des tribus dans diff\u00e9rentes r\u00e9gions du pays, rencontrant les habitants et apprenant \u00e0 conna\u00eetre leur langue et leur culture. Ses d\u00e9couvertes sont consign\u00e9es dans cet ouvrage en deux volumes, publi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en 1926. Outre un important mat\u00e9riel de r\u00e9f\u00e9rence, notamment le syst\u00e8me de translitt\u00e9ration de Westermarck et une liste exhaustive des tribus et des districts mentionn\u00e9s dans le texte, les chapitres traitent de domaines tels que les influences et les relations entre la religion et la magie au Maroc, les origines des croyances et des pratiques, les mal\u00e9dictions et la sorcellerie. Ce premier volume d&rsquo;une s\u00e9rie de deux traitant du m\u00eame sujet fascinera tout \u00e9tudiant ou chercheur en anthropologie int\u00e9ress\u00e9 par l&rsquo;histoire des rituels, de la culture et de la religion au Maroc.<\/p>\n[lx] Gintsburg, Sarali. \u201cIdentity, Place, Space, and Rhymes During a Pilgrimage to the Shrine of Moulay Abdessalam, Morocco\u201d, <em>Journal of Religion in Africa<\/em>, vol. 48, no. 3, 2018, pp. 204-30. <em>JSTOR<\/em>, <a href=\"https:\/\/www.jstor.org\/stable\/26869753\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.jstor.org\/stable\/26869753<\/a><\/p>\n[lxi] \u00ab\u00a0<strong><em>Al-w\u00e2l\u00ee naffa<sup>c<\/sup>ana allah bi barakatou<\/em><\/strong>\u00ab\u00a0, traduction : (le Saint, que Dieu nous fasse b\u00e9n\u00e9ficier de sa gr\u00e2ce).<\/p>\n<p>Cette formule est souvent prononc\u00e9e en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un saint (<strong><em>w\u00e2l\u00ee<\/em><\/strong>).<\/p>\n[lxii] Dermenghem, E. <em>Le culte des saints dans l\u2019Islam maghr\u00e9bin<\/em>. Paris : Gallimard, 1954.<\/p>\n<p>Cet ouvrage donne un tableau des pratiques et des id\u00e9es se rapportant au culte des saints dans l&rsquo;Islam, plus particuli\u00e8rement en Afrique du Nord, en Alg\u00e9rie, o\u00f9 l&rsquo;auteur a pu faire des observations directes pendant de longues ann\u00e9es. Une premi\u00e8re partie expose les concepts ; une deuxi\u00e8me d\u00e9finit les personnages, historiques et folkloriques ; une troisi\u00e8me d\u00e9crit les sanctuaires et les rites, propitiatoires, d\u00e9pr\u00e9catoires, sacrificiels, dont ils sont l&rsquo;occasion. La quatri\u00e8me partie a trait aux f\u00eates collectives : p\u00e8lerinages urbains, rassemblements dans la montagne berb\u00e8re ou les hauts plateaux arabes. Le r\u00f4le antique du \u00ab\u00a0lieu saint\u00a0\u00bb, des vieilles initiations, des rites sexuels sporadiquement conserv\u00e9s, est mis en relief. La derni\u00e8re partie de l&rsquo;ouvrage est consacr\u00e9e aux rites extatiques des diverses confr\u00e9ries.<\/p>\n[lxiii] Chabbi, Jacqueline. \u2018\u2019 &lsquo;Abd al-\u1e32\u0101dir al-Dj\u012bl\u0101n\u012b personnage historique : Quelques \u00e9l\u00e9ments de biographie\u2019\u2019, <em>Studia Islamica<\/em>, n<sup>o<\/sup> 38,\u200e 1973, pp. 75-106.<\/p>\n[lxiv] Jewish Encyclopedia. <em>Simeon ben Yohai<\/em>. New York: Funk &amp; Wagnalls, 1906.<\/p>\n[lxv] Voinot, L. <em>P\u00e8lerinages jud\u00e9o-musulmans au Maroc<\/em>. Paris: Larose\/IHEM, Tome IV, 1948, pp. 1-2.<\/p>\n[lxvi] Ben Ami, Isasher. <em>Culte des Saints et P\u00e8lerinages jud\u00e9o-musulmans au Maroc<\/em>. Paris : Maisonneuve Larose, 1990.<\/p>\n[lxvii] Bar-Asher, Me\u00efr. \u2018\u2019Le statut des juifs chez les mal\u00e9kites du Maroc d\u2019apr\u00e8s al-miyar\u2019\u2019, in <em>Relations jud\u00e9o-musulmanes au Maroc perceptions et r\u00e9alit\u00e9s<\/em>. Paris : Stavit, 1997, p. 118.<\/p>\n[lxviii] El Khili, Gabriel Abderrahman. \u2018\u2019Identit\u00e9 culturelle collective et minorit\u00e9 juive au Maroc pr\u00e9colonial\u2019\u2019. M\u00e9moire de Master II, Programme d\u2019\u00e9tudes Asiatiques et Africaines, D\u00e9partement des \u00e9tudes de cultures et de langues orientales. Universit\u00e9 d\u2019Oslo Norv\u00e8ge, Novembre 2009, p. 5. <a href=\"https:\/\/www.duo.uio.no\/bitstream\/handle\/10852\/24373\/MasterxoppgavexRH-xGabrielxElxKhili.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.duo.uio.no\/bitstream\/handle\/10852\/24373\/MasterxoppgavexRH-xGabrielxElxKhili.pdf<\/a><\/p>\n[lxix] Trevisan Semi, Emanuela. \u2018\u2019 Entre lieux de m\u00e9moire et lieux de l\u2019oubli au Maroc. Quelle politique et quels acteurs pour la m\u00e9moire juive ?\u2019\u2019, <em>Ethnologies, <\/em>Volume 39, num\u00e9ro 2, 2017, p. 69-80. <a href=\"https:\/\/www.erudit.org\/fr\/revues\/ethno\/2017-v39-n2-ethno03988\/1051664ar\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.erudit.org\/fr\/revues\/ethno\/2017-v39-n2-ethno03988\/1051664ar\/<\/a><\/p>\n[lxx] Zafrani, Haim. \u2018\u2019Les langues juives du Maroc\u2019\u2019, <em>Revue des mondes musulmans et de la M\u00e9diterran\u00e9e<\/em>, Ann\u00e9e 1967, pp. 175-188. <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/remmm_0035-1474_1967_num_4_1_967\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.persee.fr\/doc\/remmm_0035-1474_1967_num_4_1_967<\/a><\/p>\n[lxxi] \u201c\u05d9\u05d4\u05d5\u05d3\u05d9\u05dd-\u05d1\u05e8\u05d1\u05e8\u05d9\u05dd \u05d1\u05de\u05e8\u05d5\u05e7\u05d5 \/ JUD\u00c9O-BERB\u00c8RES AU MAROC\u201d, op. cit.<\/p>\n[lxxii] Schroeter, Daniel J. \u2018\u2019La d\u00e9couverte des juifs berb\u00e8res\u2019\u2019, in<em> Relations Jud\u00e9o-Musulmanes au Maroc : perceptions et r\u00e9alit\u00e9s, <\/em>\u00e9dit\u00e9 par Michel Abitbol. Paris : Editions Stavit, 1997, pp. 169-187.<\/p>\n[lxxiii] L\u00e9vy, Armand. <em>Il \u00c9tait une Fois les Juifs Marocains<\/em>. Paris : L&rsquo;Harmattan, 1995.<\/p>\n<p>Originaire de Mogador, Armand L\u00e9vy est n\u00e9 \u00e0 Casablanca en 1932. Dans ce livre, il \u00e9voque le pass\u00e9 \u00e0 la fois lointain et proche de la juda\u00efcit\u00e9 marocaine, qui a jou\u00e9 et joue encore un r\u00f4le important dans l&rsquo;histoire juive. Il donne dans ce r\u00e9cit une \u00a0\u00bb Image du dedans \u00a0\u00bb o\u00f9 ses souvenirs personnels sont enrichis par des t\u00e9moignages recueillis aupr\u00e8s de ses parents ; ils sont compl\u00e9t\u00e9s par des recherches documentaires. L&rsquo;homme juif de la plaine, le citadin, celui de la montagne ont connu une double culture, celle qu&rsquo;ils ont h\u00e9rit\u00e9e de la tradition biblique juive et celle li\u00e9e aux traditions locales. L&rsquo;influence des Juifs expuls\u00e9s d&rsquo;Espagne au XVe si\u00e8cle a gard\u00e9 des racines profondes chez ceux d&rsquo;entre eux qui ont habit\u00e9 les villes de Tanger, T\u00e9touan, Melilla, Larache&#8230; Des influences anglaises ont sensibilis\u00e9 les Juifs de Mogador et de Tanger ; enfin, la culture fran\u00e7aise, avec l&rsquo;installation du Protectorat fran\u00e7ais en 1912, a gagn\u00e9 la majeure partie de cette population. Un va-et-vient entre la m\u00e9moire orale et la m\u00e9moire \u00e9crite constitue l&rsquo;originalit\u00e9 de ce livre qui fait resurgir le v\u00e9cu de cette communaut\u00e9 toujours attach\u00e9e au pays o\u00f9 elle a pris naissance, o\u00f9 elle a forg\u00e9 son identit\u00e9 et sa culture en \u00e9troite collaboration avec celle des Berb\u00e8res et des Arabes. L&rsquo;auteur insiste sur la protection que le Sultan Mohammed Ben Youssef, qui deviendra le roi Mohammed V, a accord\u00e9e aux Juifs pendant la p\u00e9riode de Vichy. Dans les ann\u00e9es cinquante, des Juifs se sont engag\u00e9s dans la lutte pour l&rsquo;ind\u00e9pendance du Maroc et dans les efforts de d\u00e9veloppement de ce jeune Etat, m\u00eame si en majorit\u00e9, ils ont choisi le d\u00e9part pour Isra\u00ebl, pour la France, le Canada ou l&rsquo;Espagne. Mais l&rsquo;\u00e9migration n&rsquo;a pas entra\u00een\u00e9 la rupture d\u00e9finitive : parmi les pays arabes, le Maroc est le seul qui abrite encore une communaut\u00e9 juive active. Et l&rsquo;on conna\u00eet le r\u00f4le jou\u00e9 par le roi Hassan II dans le processus de paix au Proche-Orient. Au Maroc, dans le pass\u00e9 lointain et r\u00e9cent, qui n&rsquo;\u00e9tait \u00a0\u00bb ni enfer, ni paradis \u00ab\u00a0, des Arabes et des Juifs ont coexist\u00e9 dans la rencontre et un certain respect de leurs cultures. Cette coexistence ouvre l&rsquo;espoir d&rsquo;un avenir de paix qui ne pourra se r\u00e9aliser que dans une mutuelle reconnaissance.<\/p>\n[lxxiv] Rosen, Lawrence. <em>Two Arabs, a Berber, and a Jew. Entangled Lives in Morocco<\/em>. Chicago: The Chicago University Press, 2015.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Dans ce remarquable ouvrage de l&rsquo;\u00e9rudit chevronn\u00e9 Lawrence Rosen, nous suivons les fascinants d\u00e9veloppements intellectuels de quatre Marocains ordinaires sur une p\u00e9riode de quarante ans. En marchant et en discutant avec Haj Hamed Britel, Yaghnik Driss, Hussein Qadir et Shimon Benizri dans un pays qui, en un peu plus d&rsquo;un si\u00e8cle, est pass\u00e9 d&rsquo;un avant-poste colonial sous-d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 un pays arabe moderne en pleine croissance \u00e9conomique et ferveur religieuse, Rosen d\u00e9taille une pluralit\u00e9 fascinante de points de vue sur la culture, l&rsquo;histoire et les fa\u00e7ons dont les deux peuvent \u00eatre radicalement transform\u00e9es.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00c0 travers la vie intellectuelle de ces quatre hommes, ce livre explore un certain nombre de questions interpr\u00e9tatives et th\u00e9oriques qui ont fait la sp\u00e9cificit\u00e9 de la culture arabe, en particulier par rapport \u00e0 l&rsquo;Occident : comment rien n&rsquo;est jamais d\u00e9finitif, comment tout est relationnel et toujours un produit de la n\u00e9gociation. Il met en \u00e9vidence la vitalit\u00e9 du local \u00e0 l&rsquo;\u00e8re de la mondialisation et oppose les notions arabes de temps, d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 et de soi \u00e0 celles de l&rsquo;Occident. De m\u00eame, Rosen d\u00e9voile son propre enchev\u00eatrement dans leur monde et la volont\u00e9 de maintenir l&rsquo;analyse de la culture avant tout, m\u00eame si sa propre vie s&rsquo;enchev\u00eatre dans celle de son \u00e9tude. Exploration de la foi, de la politique, de l&rsquo;histoire et de la m\u00e9moire, ce livre met en lumi\u00e8re le monde de la vie quotidienne dans la soci\u00e9t\u00e9 arabe d&rsquo;une mani\u00e8re qui remet en question les notions et les st\u00e9r\u00e9otypes courants.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n[lxxv] Malka, Victor. <em>La m\u00e9moire bris\u00e9e des Juifs du Maroc<\/em>. Paris : Editions Entente. 1978.<\/p>\n[lxxvi] <a href=\"http:\/\/www.sgg.gov.ma\/Portals\/0\/constitution\/constitution_2011_Fr.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.sgg.gov.ma\/Portals\/0\/constitution\/constitution_2011_Fr.pdf<\/a><\/p>\n[lxxvii] Sehimi, Mustapha. \u00ab Le juda\u00efsme au Maroc : une histoire mill\u00e9naire \u00bb, <em>Maroc Hebdo<\/em>, n\u00b0 130102, mai 2019 : <a href=\"https:\/\/www.maroc-hebdo.press.ma\/judaisme-maroc-histoire-millenaire\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.maroc-hebdo.press.ma\/judaisme-maroc-histoire-millenaire<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les premiers juifs sont arriv\u00e9s au Maroc au Ve si\u00e8cle avant J.-C. Un certain m\u00e9tissage s\u2019op\u00e8re gr\u00e2ce aux \u00e9changes avec les communaut\u00e9s berb\u00e8res, ce qui entra\u00eene une \u2018\u2019juda\u00efsation des Berb\u00e8res\u2019\u2019 et inversement une \u2018\u2019berb\u00e9risation des juifs\u2019\u2019. 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