{"id":4795,"date":"2022-12-26T15:23:27","date_gmt":"2022-12-26T14:23:27","guid":{"rendered":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=4795"},"modified":"2022-12-26T15:23:27","modified_gmt":"2022-12-26T14:23:27","slug":"rencontres-avec-des-anthropologues-americains-au-maroc-i","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/rencontres-avec-des-anthropologues-americains-au-maroc-i\/","title":{"rendered":"Rencontres avec des anthropologues am\u00e9ricains au Maroc (i)"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_4424\" aria-describedby=\"caption-attachment-4424\" style=\"width: 188px\" class=\"wp-caption alignright\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4424\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?resize=188%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"188\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?resize=188%2C250&amp;ssl=1 188w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?w=450&amp;ssl=1 450w\" sizes=\"auto, (max-width: 188px) 100vw, 188px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4424\" class=\"wp-caption-text\"><strong><span style=\"color: #000080;\">Dr. Mohamed Chtatou<\/span><\/strong><\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Rencontre avec Geertz sa femme Hildred et Rosen Lawrence<\/strong><\/p>\n<p>Sefrou est situ\u00e9 au pied des montagnes du Moyen Atlas, \u00e0 22 km au sud de F\u00e8s. Elle est travers\u00e9e par l&rsquo;Oued Aggay (signifiant en Amazigh\/Berb\u00e8re \u00ab\u00a0joues\u00a0\u00bb) qui prend le nom d&rsquo;Oued Lihoudi lorsqu&rsquo;il arrive au niveau du Mellah de la ville. Sefrou est r\u00e9put\u00e9e pour sa cascade, son saint patron Sidi Ali Bousserghine, sa f\u00eate annuelle des cerises, presque centenaire, son esprit de tol\u00e9rance, son patrimoine culturel et la richesse naturelle de ses environs.<\/p>\n<p>Sefrou est plus que mill\u00e9naire. Moulay Driss II (791-828) y avait s\u00e9journ\u00e9 en 806 avant la fondation de la ville de F\u00e8s. Il vivait dans un lieu appel\u00e9 Hbbouna (de l&rsquo;arabe \u00a0\u00bb ils nous ont aim\u00e9 \u00a0\u00bb) qui est aujourd&rsquo;hui un quartier de la ville.<\/p>\n<p>Sefrou est n\u00e9 du regroupement, pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9, des habitants qui s&rsquo;\u00e9taient install\u00e9s le long de l&rsquo;Oued Aggay dans un quartier fortifi\u00e9. Le Mellah, quartier juif, pour les m\u00eames raisons de s\u00e9curit\u00e9, occupe une position centrale \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des quartiers musulmans qui forment l&rsquo;ancienne m\u00e9dina et cela montre bien que la population musulmane se souciait tellement de la s\u00e9curit\u00e9 de ses citoyens juifs qu&rsquo;elle les a plac\u00e9s au centre de la ville. Dominant l&rsquo;oued, se dresse le faubourg d&rsquo;Al Qal\u00e2a, d\u00e9tach\u00e9 de la ville, comme pour rappeler aux visiteurs son pass\u00e9 r\u00e9fractaire.<\/p>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-4796 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/raha-clifford-chtatou.jpg?resize=618%2C821&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"618\" height=\"821\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/raha-clifford-chtatou.jpg?w=621&amp;ssl=1 621w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/raha-clifford-chtatou.jpg?resize=188%2C250&amp;ssl=1 188w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><\/p>\n<p>Entour\u00e9e de remparts perc\u00e9s de sept portes datant du XVIIIe si\u00e8cle, Sefrou \u00e9tait une \u00e9tape importante du commerce caravanier comme en t\u00e9moignent les nombreux <strong><em>Fondouks<\/em><\/strong> (Caravans\u00e9rails) de la ville. Ses zaou\u00efas, mosqu\u00e9es et commerces relatent, \u00e0 leur tour, son rayonnement dans la r\u00e9gion. Sefrou a toujours \u00e9t\u00e9 un lieu de confluence humaine (provenant de diff\u00e9rentes r\u00e9gions du Maroc et d&rsquo;Andalousie) et de brassage confessionnel (musulmans et juifs) et de communion ethnique (Arabes, Amazighs\/Berb\u00e8res, et Juifs Mizrahims).<\/p>\n<p>En 1967, Sefrou, cette belle ville tranquille situ\u00e9e dans le giron du Moyen Atlas, perdait ses derniers habitants juifs dans le sillage de la guerre des six jours au Moyen-Orient. [i] Les Juifs ont v\u00e9cu \u00e0 Sefrou depuis leur arriv\u00e9e au Maroc en l&rsquo;an 70 de notre \u00e8re, apr\u00e8s la destruction de leur second temple de J\u00e9rusalem par les Romains. Sefrou a \u00e9t\u00e9 pendant des si\u00e8cles la capitale de la coexistence et de la tol\u00e9rance marocaine. [ii] Dans les limites de la petite ville vivaient Amazighs, Arabes et Juifs en totale harmonie. Les Amazighs pratiquaient l&rsquo;agriculture et l&rsquo;\u00e9levage, les Arabes l&rsquo;agriculture et le petit commerce et les Juifs les services bancaires et le commerce caravanier saharien. Ainsi, le \u00ab\u00a0<strong>Juif assis<\/strong>\u00a0\u00bb \u00e9tait banquier et commer\u00e7ant et le \u00ab\u00a0<strong>Juif ambulant<\/strong>\u00ab\u00a0, colporteur itin\u00e9rant et guide de caravane appel\u00e9 \u00ab\u00a0<strong><em>azettat<\/em><\/strong>\u00ab\u00a0.\u00a0[iii]\n<p>En 1965, l&rsquo;anthropologue am\u00e9ricain de renomm\u00e9e mondiale Clifford Geertz [iv] sa femme Hildred, son ami Rosen Lawrence [v] \u00a0et le photographe Paul Hyman sont venus \u00e0 Sefrou pour faire des recherches sur l&rsquo;\u00e9conomie de bazar de cette ville mill\u00e9naire : une t\u00e2che tr\u00e8s lourde \u00e9tant donn\u00e9 la difficult\u00e9 d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 l&rsquo;information pour trois raisons essentielles :<\/p>\n<p><strong>Premi\u00e8rement<\/strong>, la peur injustifi\u00e9e de la population de parler librement aux <strong><em>ns\u00e2rah<\/em><\/strong> (chr\u00e9tiens) d&rsquo;une ville musulmane et de ses affaires \u00e9tant donn\u00e9 que pour beaucoup de gens pieux ces <strong><em>ns\u00e2rah<\/em><\/strong> ne viennent que pour espionner les musulmans et \u00e9crire sur eux, en termes d\u00e9sobligeants, pour rabaisser la religion et la civilisation islamiques. En effet, dans le sermon de la pri\u00e8re du vendredi de la mosqu\u00e9e principale de Sefrou, l&rsquo;Imam Abdoulaziz T. a d\u00e9clar\u00e9, dans ce temps, ce qui suit :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u00a0\u00bb\u00a0On m&rsquo;a rapport\u00e9 que certains ns\u00e2rah (chr\u00e9tiens) am\u00e9ricains ont \u00e9t\u00e9 vus derni\u00e8rement dans notre cit\u00e9 en train de parler aux gens d&rsquo;un de leurs livres sur la ville. Prenez garde et ne leur parlez pas, rappelez-vous que les ns\u00e2rah ne veulent que du mal aux musulmans. Nous avons \u00e9t\u00e9 colonis\u00e9s par les Fran\u00e7ais qui ont essay\u00e9 de convertir nos fr\u00e8res amazighs au christianisme, directement ou indirectement, en leur faisant abandonner la loi de la charia pour les azref tribaux pr\u00e9islamiques. La preuve en est que les Am\u00e9ricains g\u00e8rent aujourd&rsquo;hui un orphelinat dans la banlieue d&rsquo;Azrou o\u00f9 des orphelins musulmans sont \u00e9lev\u00e9s dans les traditions chr\u00e9tiennes. Alors, \u00e9vitez-les et ne leur communiquez aucune information. Rappelez-vous qu&rsquo;Al-Andalous a \u00e9t\u00e9 perdue lorsque les musulmans ont commenc\u00e9 \u00e0 coop\u00e9rer et \u00e0 croire aux promesses des ns\u00e2rah. Ces ns\u00e2rah am\u00e9ricains sont le fer de lance de la nouvelle vague de colonisation culturelle. Certains d&rsquo;entre eux, se disant volontaires du Peace Corps, vivent parmi nous dans la M\u00e9dina, s&rsquo;habillent en Djellabas et mangent comme nous et travaillent insidieusement \u00e0 la destruction de l&rsquo;Islam.\u00a0\u00ab\u00a0<\/em><\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9poque, il n&rsquo;y avait pas de menace potentielle de l&rsquo;islam politique, mais la situation politique au Moyen-Orient \u00e9tait dangereuse et elle est devenue explosive apr\u00e8s la d\u00e9faite arabe dans la guerre des six jours de 1967 et cela a eu des r\u00e9percussions dans tout le monde musulman et les Am\u00e9ricains, en raison de leur soutien ind\u00e9fectible \u00e0 Isra\u00ebl, n&rsquo;\u00e9taient pas les bienvenus, bien qu&rsquo;en quelque sorte ce n&rsquo;\u00e9tait pas vrai au Maroc, mais il y avait toujours une r\u00e9sistance \u00e0 parler aux Am\u00e9ricains sur les questions sociales ou religieuses.<\/p>\n<p>La communaut\u00e9 marocaine de renseignement des <strong><em>moqaddems<\/em><\/strong> a rapport\u00e9 aux autorit\u00e9s le discours de l&rsquo;Imam qui a \u00e9t\u00e9 copi\u00e9 par d&rsquo;autres Imams et le Minist\u00e8re de l&rsquo;Int\u00e9rieur alarm\u00e9 par ce sermon de haine, dans une ville connue pour sa tol\u00e9rance proverbiale, a retir\u00e9 l&rsquo;Imam du service religieux et l&rsquo;a remplac\u00e9 par un autre et a instruit mon p\u00e8re, qui \u00e9tait avant cela un Caid \u00e0 Bhalil, un village, \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de Sefrou, de \u00ab\u00a0prot\u00e9ger\u00a0\u00bb indirectement et secr\u00e8tement les anthropologues am\u00e9ricains de toute menace future verbale ou physique.<\/p>\n<p><strong>Deuxi\u00e8mement<\/strong>, les Marocains craignent g\u00e9n\u00e9ralement les personnes qui posent des questions, notamment sur leurs revenus et leur statut \u00e9conomique. Dans leur esprit, ces personnes sont envoy\u00e9es par le Minist\u00e8re des Finances pour collecter des informations sur eux afin de les taxer injustement et ainsi menacer leurs moyens de subsistance, cela leur rappelle l&rsquo;inf\u00e2me taxe agricole <strong><em>tertib [vi]<\/em><\/strong> du Protectorat fran\u00e7ais. Le minist\u00e8re fait appel \u00e0 des \u00e9trangers parce qu&rsquo;ils sont experts dans la collecte d&rsquo;informations sur les individus, notamment sur leurs revenus, par le biais de questions indirectes qui concernent les croyances, la culture et le mode de vie.<\/p>\n<p><strong>Troisi\u00e8mement<\/strong>, les \u00e9trangers collectent des informations sur les musulmans pour se moquer de leur mode de vie et montrer au monde leur arri\u00e9ration. La plupart des livres \u00e9crits sur les musulmans marocains d\u00e9peignent leur culture de mani\u00e8re injurieuse, d\u00e9valorisante et blessante.<\/p>\n<p>Mon p\u00e8re a invit\u00e9 les anthropologues am\u00e9ricains Geertz mari et femme et Rosen chez nous un vendredi pour un couscous amazigh\/berb\u00e8re et ce fut ma premi\u00e8re rencontre avec eux \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 14 ans, je parlais fran\u00e7ais mais pas anglais. Ils ont apport\u00e9 du chocolat, des biscuits et des bonbons et \u00e9taient tout sourire en arrivant chez nous. Contrairement aux Fran\u00e7ais, ils \u00e9taient conscients de l&rsquo;\u00e9tiquette sociale et ont enlev\u00e9 leurs chaussures, par respect pour les tapis minutieusement tiss\u00e9s par ma m\u00e8re. J&rsquo;ai couru \u00e0 la cuisine et lui ai dit qu&rsquo;ils montraient beaucoup de respect et d&rsquo;admiration pour son travail artistique et que, pour cette raison, je les tenais en haute estime. Lorsque le couscous a \u00e9t\u00e9 servi, ils ont prononc\u00e9 \u00a0\u00bb <strong><em>bismillah<\/em><\/strong> \u00a0\u00bb \u00e0 la satisfaction de mon p\u00e8re et des deux autres invit\u00e9s marocains. Pendant la c\u00e9r\u00e9monie du th\u00e9, Clifford a parl\u00e9 de son exp\u00e9rience dans d&rsquo;autres pays musulmans, principalement en Indon\u00e9sie, avec beaucoup de plaisir et de respect. Mon p\u00e8re, subjugu\u00e9 par cette conversation, hocha la t\u00eate en signe d&rsquo;appr\u00e9ciation de ses paroles et dit \u00e0 l&rsquo;autre invit\u00e9 marocain en amazigh : \u00a0\u00bb <em>Cet homme est un bon musulman dans l&rsquo;\u00e2me, nous devons l&rsquo;aider dans son travail<\/em> \u00ab\u00a0.\u00a0Il n&rsquo;a pas donn\u00e9 de traduction mais je crois que Clifford a compris \u00e0 son sourire et a acquiesc\u00e9. Hildred, silencieuse pendant tout le d\u00e9jeuner a sirot\u00e9 le th\u00e9 avec beaucoup de bruit pour exprimer sa satisfaction et a ainsi d\u00e9clench\u00e9 les rires de tous.<\/p>\n<p>\u00c0 la suite de cette rencontre, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;apprendre plus tard l&rsquo;anglais pour parler \u00e0 ces gens dans leur propre langue, pour ressentir leurs sentiments et les comprendre et peut-\u00eatre faire leur travail. En l&rsquo;an 2000, 34 ans apr\u00e8s ma premi\u00e8re rencontre avec ces anthropologues, le conseil local de la ville de Sefrou a organis\u00e9 une conf\u00e9rence en l&rsquo;honneur de Geertz et de son \u00e9quipe, \u00e0 laquelle j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 et j&rsquo;ai rencontr\u00e9 \u00e0 nouveau Clifford Geertz et Rosen Lawrence, mais, cette fois, je leur ai parl\u00e9 en anglais et mon r\u00eave s&rsquo;est enfin r\u00e9alis\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;opus \u00a0\u00bb <em>Meaning and Order in Moroccan Society<\/em> \u00a0\u00bb [vii] fournit les \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;analyse des tendances perturbatrices et des contradictions que la modernit\u00e9 a introduite dans la soci\u00e9t\u00e9 marocaine. Les probl\u00e8mes de la construction de la nation et de la fondation d&rsquo;un nouveau lien social sont intacts, mais force est de constater que ces travaux n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 suffisamment exploit\u00e9s pour les d\u00e9passer et ouvrir d&rsquo;autres perspectives.<\/p>\n<figure id=\"attachment_4797\" aria-describedby=\"caption-attachment-4797\" style=\"width: 636px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4797 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Medina-de-Sefrou.jpg?resize=618%2C426&#038;ssl=1\" alt=\"M\u00e9dina de Sefrou\" width=\"618\" height=\"426\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Medina-de-Sefrou.jpg?w=636&amp;ssl=1 636w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Medina-de-Sefrou.jpg?resize=363%2C250&amp;ssl=1 363w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Medina-de-Sefrou.jpg?resize=110%2C75&amp;ssl=1 110w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4797\" class=\"wp-caption-text\">M\u00e9dina de Sefrou<\/figcaption><\/figure>\n<p>Bourdieu [viii]\u00a0 autant que Geertz, contrairement \u00e0 Gellner et Berque, [ix] \u00a0ont d\u00e9\u00e7u les \u00e9tudiants des ann\u00e9es 1960 et 1970 parce que leurs travaux ne s&rsquo;ouvraient pas sur le monde enchant\u00e9 de la r\u00e9volution pour le peuple et par l&rsquo;\u00c9tat du peuple. Non pas que Gellner et Berque aient, \u00e0 l&rsquo;inverse, incit\u00e9 \u00e0 la r\u00e9volution, mais leurs travaux ont suscit\u00e9 un optimisme qui a confort\u00e9 les \u00e9lites. Le premier \u00e9tait confiant dans la construction de l&rsquo;Etat maghr\u00e9bin sur la base de crit\u00e8res d&rsquo;identit\u00e9 culturelle lib\u00e9r\u00e9s par la <strong><em>salafiyyah<\/em><\/strong> de l&rsquo;archa\u00efsme du maraboutisme ; le second professait que l&rsquo;ind\u00e9pendance des Etats du Maghreb permettrait enfin \u00e0 ces peuples de \u00ab\u00a0<em>re-naturaliser leur culture et de re-culturer leur nature<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Gellner<sup> [x]<\/sup> et Geertz au Maroc, c&rsquo;est le choc des m\u00e9thodologies en sciences sociales, c&rsquo;est le choix entre l&rsquo;analyse du <strong><em>Tout par l&rsquo;Un et du Tout par le Tout<\/em><\/strong>. Red\u00e9couvrant la segmentarit\u00e9 au Maghreb, Gellner en a fait le r\u00e9gulateur d&rsquo;un mod\u00e8le fonctionnel dont les \u00e9l\u00e9ments constitutifs sont fournis par Ibn Khaldoun, Hobbes, Hume, Montagne et Evans-Pritchard. Il dessine ainsi un mod\u00e8le th\u00e9orique pur et parfait o\u00f9 les \u00e9l\u00e9ments constitutifs s&rsquo;articulent harmonieusement : saintet\u00e9, groupes tribaux, conflit, paix sociale, islam rural, islam urbain, oul\u00e9mas, etc. Le seul probl\u00e8me est que ni l&rsquo;analyse historique ni les \u00e9tudes de terrain ne confirment la puret\u00e9 du mod\u00e8le. <a href=\"#_edn11\" name=\"_ednref11\">[xi]<\/a><\/p>\n<p>Par exemple, il y a des oul\u00e9mas \u00e9duqu\u00e9s dans le monde rural et il y a aussi des marabouts dans les villes. Toutes les villes du Maghreb ont un saint patron qui les prot\u00e8ge selon la croyance populaire. Marrakech, la ville b\u00e9nie de tous les temps, en a sept et ses habitants pensent que c&rsquo;est pour cela qu&rsquo;elle est aujourd&rsquo;hui une destination mondialement connue.<\/p>\n<p>L&rsquo;approche durkheimienne explicative est pr\u00e9sente au Maghreb \u00e0 travers les travaux d&rsquo;Ernest Gellner qui est en tout point l&rsquo;anti-Geertz. Ils n&rsquo;ont qu&rsquo;une chose en commun : le Maroc. Leurs divergences th\u00e9oriques renvoient \u00e0 celles qui opposent les m\u00e9thodologies respectives de Durkheim et de Weber. Ils se sont presque ignor\u00e9s, se dispensant de tout commentaire public, \u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s. [xii]\n<p>La description du souk de Sefrou (comme celle du combat de coqs \u00e0 Bali) sont des morceaux d&rsquo;anthologie qui marquent un tournant dans la discipline par la richesse de l&rsquo;approche m\u00e9thodologique. L&rsquo;analyse du souk de Sefrou est si fine et si d\u00e9taill\u00e9e &#8211; \u00e0 travers les <strong><em>suwwaq<\/em><\/strong> (les habitu\u00e9s du souk) et aussi \u00e0 travers la richesse du langage aid\u00e9e par la polys\u00e9mie des mots (<strong><em>sidq, haq, sah&#8230;)<\/em><\/strong> &#8211; que le lecteur se demande quel est l&rsquo;objet \u00e9tudi\u00e9 par Geertz, le souk ou la soci\u00e9t\u00e9 marocaine.<\/p>\n<p>Repr\u00e9sentant de l&rsquo;anthropologie symbolique, Geertz est l&rsquo;auteur qui a fait honneur \u00e0 la discipline de Max Weber, domin\u00e9e jusqu&rsquo;alors par l&rsquo;anthropologie sociale de Durkheim, qui privil\u00e9gie la description explicative au d\u00e9triment de l&rsquo;analyse compr\u00e9hensive. L&rsquo;individu, exprimant des valeurs qui ont un sens pour lui et \u00e0 qui il les communique, n&rsquo;est pas enferm\u00e9 dans un groupe lignager qui lui dicte sa conduite. Il est reli\u00e9 \u00e0 diff\u00e9rents groupes identitaires par la <strong><em>nisba<\/em><\/strong>, m\u00e9canisme d&rsquo;identification sociale participant \u00e0 l&rsquo;expression de sa volont\u00e9 et de sa personnalit\u00e9.<\/p>\n<p>La d\u00e9finition que Geertz donne de la culture comme comparable \u00e0 une toile d&rsquo;araign\u00e9e, et en suivant son analyse comme ne relevant pas d&rsquo;une science exp\u00e9rimentale en qu\u00eate de loi mais d&rsquo;une science interpr\u00e9tative en qu\u00eate de sens [xiii] &#8211; tout un programme &#8211; qui est construit sur la base de son travail de terrain au Maroc et en Indon\u00e9sie [xiv] o\u00f9 la signification politique et sociale de l&rsquo;islam n&rsquo;est pas la m\u00eame. Ce constat \u00e0 lui seul \u00e9branle les approches orientalistes d&rsquo;un islam dogmatique diffusant des normes culturelles \u00e0 des groupes sociaux suppos\u00e9s passifs.<\/p>\n<p><strong>Rencontre avec Carleton S. Coon<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;histoire de Carleton S. Coon [xv] dans le Rif \u00e9tait connue dans toute la tribu des Gzennaya, au point qu&rsquo;elle est devenue une fable rifaine. Il s&rsquo;agissait de l&rsquo;histoire \u00e9pique d&rsquo;un jeune Am\u00e9ricain blond d&rsquo;origine cornouaillaise qui avait os\u00e9 affronter les rudes \u00e9l\u00e9ments de la fin de la guerre du Rif (1921-1926) pour s&rsquo;aventurer audacieusement dans cette r\u00e9gion [xvi] attir\u00e9e par les exploits de Ben Abdelkrim al-Khattabi, largement couverts par la presse am\u00e9ricaine, avec beaucoup d&rsquo;euphorie et d&rsquo;expression d&rsquo;appr\u00e9ciation. Ben Abdelkrim \u00e9tait un homme tribal qui a d\u00e9fi\u00e9 et vaincu une puissance coloniale europ\u00e9enne avec une poign\u00e9e de tribus. Pour la plupart de l&rsquo;intelligentsia am\u00e9ricaine, Ben Abdelkrim \u00e9tait un \u00ab\u00a0<em>homme de la tribu avec un QI \u00e9lev\u00e9<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Coon, un jeune homme entreprenant et issu de la classe moyenne sup\u00e9rieure de l&rsquo;\u00e9lite de la Nouvelle Angleterre voyait en Ben Abdelkrim un h\u00e9ros inspirant pour les raisons suivantes :<\/p>\n<p>1-Un haut niveau d&rsquo;intelligence (QI) :<\/p>\n<p>2-Un noble repr\u00e9sentant des \u00a0\u00bb <em>Tribus blanches d&rsquo;Afrique<\/em> \u00ab\u00a0, une expression que Coon utilisera beaucoup dans ses \u00e9crits sur la race plus tard dans sa carri\u00e8re ;<\/p>\n<p>3-Son sens de l&rsquo;honneur, de l&rsquo;insurrection et de la r\u00e9bellion qui est l&rsquo;un des traits du peuple Cornish (Cornouailles) dont Coon est le descendant ;<\/p>\n<ol start=\"4\">\n<li>Sa proverbiale \u00ab\u00a0<em>pig-headedness<\/em> (<strong><em>taghnant<\/em><\/strong>)\u00a0\u00bb assimil\u00e9e au courage et connue chez les Rifains sous le nom de : <strong><em>thuri<\/em><\/strong>, <strong><em>thuri<\/em><\/strong> ; et<\/li>\n<\/ol>\n<p>5-La notion de prise de risques des Rifains exprim\u00e9e dans les deux livres de fiction (histoires locales des Rifains) que Coon a \u00e9crit : \u00a0\u00bb <em>The Riffian<\/em> \u00a0\u00bb [xvii] \u00a0et \u00a0\u00bb <em>Flesh of the Wild Ox<\/em>\u2019\u2019, une chronique rifaine des hautes vall\u00e9es et des longs fusils.\u00a0[xviii]\n<p>En effet, lorsque Coon \u00e9tait dans le Rif, il a racont\u00e9 l&rsquo;histoire d&rsquo;une querelle entre deux clans de la tribu Gzennaya. Pendant le combat, deux hommes d\u2019un clan ont rep\u00e9r\u00e9 un guerrier du c\u00f4t\u00e9 ennemi avec une t\u00eate oblongue (<strong><em>bou-shaq\u00f4r<\/em><\/strong>) et l&rsquo;un des deux voulait savoir ce qu&rsquo;il y avait \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de son gros cr\u00e2ne, alors il a tir\u00e9 sur lui et l&rsquo;a tu\u00e9 et puis il a ramp\u00e9 jusqu&rsquo;au trou du mort, coupa sa t\u00eate et l\u2019apporta \u00e0 son ami pour satisfaire leur curiosit\u00e9. Par la suite, ils ont plong\u00e9 leurs doigts dans son cerveau et ont go\u00fbt\u00e9 son contenu.<\/p>\n<figure id=\"attachment_4798\" aria-describedby=\"caption-attachment-4798\" style=\"width: 636px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4798 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Carleton-S.-Coon-1904-1981.jpg?resize=618%2C486&#038;ssl=1\" alt=\"Carleton S.  Coon (1904-1981)\" width=\"618\" height=\"486\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Carleton-S.-Coon-1904-1981.jpg?w=636&amp;ssl=1 636w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Carleton-S.-Coon-1904-1981.jpg?resize=318%2C250&amp;ssl=1 318w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4798\" class=\"wp-caption-text\">Carleton S. Coon (1904-1981)<\/figcaption><\/figure>\n<p>Magn\u00e9tiquement attir\u00e9 par le Rif, Coon a fait un voyage dans la r\u00e9gion en 1925 en direction du village de Tizi n-Dighza (connu sous le nom d&rsquo;Ajdir aujourd\u2019hui), dans le territoire du clan Iharrassen de Gzennaya. Il voyaga sur une mule accompagn\u00e9e d&rsquo;un guide local et d&rsquo;un garde du corps. Sur un col \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur du village d&rsquo;Aknoul, des guerriers de la tribu de Gzennaya l&rsquo;ont arr\u00eat\u00e9, pensant qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un espion espagnol. Alors qu&rsquo;ils s&rsquo;appr\u00eataient \u00e0 l\u2019ex\u00e9cuter, il r\u00e9cita le verset d\u2019al-Fatiha du Coran et ils ont interpr\u00e9t\u00e9 son geste comme un symbole de paix et de bonnes intentions et une profession d&rsquo;<strong><em>am\u00e2n<\/em><\/strong> (bonne foi, paix et s\u00e9curit\u00e9 chez les Imazighen). Ils l&rsquo;ont emmen\u00e9 \u00e0 Aknoul chez mon grand-p\u00e8re Caid Abdeslam Aharras, initialement nomm\u00e9 par Ben Abdelkrim et, apr\u00e8s la guerre du Rif, confirm\u00e9 dans sa position officielle par le Protectorat fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Mon grand-p\u00e8re a bien trait\u00e9 Coon : il l&rsquo;a nourri et lui a donn\u00e9 des v\u00eatements amazighs pour qu&rsquo;il ait l&rsquo;air autochtone. Apr\u00e8s quelques semaines chez lui et apr\u00e8s de longues discussions sur ce qu&rsquo;il voulait faire dans la r\u00e9gion : les deux hommes se sont mis d&rsquo;accord. Coon devait retourner aux Etats-Unis pour obtenir une bourse de son universit\u00e9 \u00e0 Boston, se marier (en effet, il a \u00e9pous\u00e9 Mary Goodale, juste apr\u00e8s) et revenir au Rif en 1926 avec sa femme avec l&rsquo;intention d\u2019y r\u00e9sider pendant plusieurs ann\u00e9es pour mener une recherche doctorale en anthropologie physique sur les tribus du Rif. Mon grand-p\u00e8re accepta de le placer chez un de ses amis dans un clan de la tribu des Gzennaya, qui lui construira une maison, garantira sa s\u00e9curit\u00e9 et sera son guide. Ainsi, \u00e0 son retour d&rsquo;Am\u00e9rique, mon p\u00e8re l&rsquo;a plac\u00e9 chez la famille Limnbhy. Ainsi, Limnbhy est devenu son principal informateur, protecteur, guide, ami et r\u00e9f\u00e9rence locale entre 1926 et 1927. Il lui rendra visite aux Etats-Unis durant la p\u00e9riode 1928-1929 et reviendra chez lui en 1929.<\/p>\n<p>En 1928, Coon a obtenu son dipl\u00f4me avec mention <em>magna cum laude<\/em>, en fait six mois avant ses camarades de classe. Sa th\u00e8se sur l&rsquo;anthropologie physique des tribus du Rif a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e en 1931. [xix] L&rsquo;ouvrage \u00e9tudie les Amazighs\/Berb\u00e8res du Rif et couvre dans sa premi\u00e8re partie leur histoire, leur croyance, et leurs pratiques culturelles, puis se concentre, dans sa partie principale, sur leurs propri\u00e9t\u00e9s physiques : forme de la t\u00eate, yeux, nez, bouche, etc.<\/p>\n<p>Dans une revue savante, Melville J. Herskovit \u00e9crit sur cet ouvrage : [xx]\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u00a0\u00bb\u00a0Apr\u00e8s une section d&rsquo;introduction d\u00e9crivant l&rsquo;habitat et donnant les traditions d&rsquo;origine et un r\u00e9sum\u00e9 de ce que l&rsquo;histoire enregistr\u00e9e nous dit, l&rsquo;auteur discute de la culture mat\u00e9rielle, d\u00e9taillant la mani\u00e8re de gagner sa vie et d\u00e9crivant l&rsquo;artisanat et les techniques &#8211; allant du travail du m\u00e9tal, du cuir et du bois \u00e0 la m\u00e9thode du tatouage. Un bref expos\u00e9 de l&rsquo;organisation sociale est suivi d&rsquo;une description un peu plus compl\u00e8te du syst\u00e8me politique et de la guerre, d&rsquo;un examen des march\u00e9s, des b\u00e2timents publics et des types d&rsquo;instruction publique, des officiers charg\u00e9s de l&rsquo;application des lois et des r\u00e8gles d&rsquo;h\u00e9ritage. Un chapitre consacr\u00e9 aux \u00ab\u00a0crises\u00a0\u00bb de la vie suit, et ici il faut rendre hommage au travail de Mme Coon, qui a accompagn\u00e9 son mari sur le terrain, et qui, on l&rsquo;imagine, est responsable du mat\u00e9riel sur les coutumes de naissance et la vie des enfants. La description de la culture se termine par une discussion sur la religion et la magie, et les donn\u00e9es de toute la section sont ensuite soumises \u00e0 une analyse dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat des reconstitutions historiques.\u00a0\u00ab\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Sur la partie anthropologie physique, il poursuit :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u00a0\u00bb\u00a0La pr\u00e9sentation de l&rsquo;anthropologie physique est plus compl\u00e8te, et on sent que le Dr Coon est plus \u00e0 l&rsquo;aise dans cette section. Il convient de souligner le travail consid\u00e9rable qui a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9 \u00e0 cette \u00e9tude &#8211; aux mesures et observations initiales, et au traitement statistique des donn\u00e9es. Les mesures du corps et de la t\u00eate ont \u00e9t\u00e9 recueillies, les indices calcul\u00e9s et les observations faites sur la pigmentation des cheveux, des yeux et de la peau, ainsi que sur des traits morphologiques tels que la forme et la texture des cheveux, l&rsquo;\u00e9paisseur des poils du corps et du visage, la musculature et les proportions du nez, de la bouche et des oreilles. Des donn\u00e9es pathologiques ont m\u00eame \u00e9t\u00e9 recueillies. Enfin, il y a plus de trente planches d&rsquo;excellentes photographies de sujets, de face et de profil.\u00a0\u00ab\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Les derniers paragraphes du livre de Carleton S. Coon r\u00e9sument magnifiquement son travail et lui ouvrent les portes de ses futurs travaux sur la race, pour ne pas dire, bien s\u00fbr, une sorte d&rsquo;obsession scientifique qui fr\u00f4la indirectement une sorte de racisme : la sup\u00e9riorit\u00e9 de la race blanche sur les autres races en raison d&rsquo;une intelligence et de capacit\u00e9s intellectuelles quasi inn\u00e9es :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u00a0\u00bb\u00a0L&rsquo;histoire de l&rsquo;Afrique du Nord a \u00e9t\u00e9 une succession de blanchiments culturels et raciaux par le sud et l&rsquo;est. Un peuple hamitique ou saharien, appelez-le comme vous voulez, l&rsquo;a balay\u00e9 \u00e0 une p\u00e9riode pr\u00e9coce et a apport\u00e9 le langage berb\u00e8re, la culture du d\u00e9sert et un type racial brun raffin\u00e9. Les Arabes l&rsquo;ont envahie, apportant l&rsquo;islam et le m\u00eame type de culture. Les peuples sahariens ont poursuivi leur progression vers le nord jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;actuelle Mekn\u00e8s ; les Zenata en sont une branche relativement tardive. Des Noirs sont venus ou ont \u00e9t\u00e9 amen\u00e9s, \u00e9largissant les nez, assombrissant les peaux, forgeant le fer et brutalisant les sectes religieuses inf\u00e9rieures du peuple. Enfin, les Fran\u00e7ais et les Espagnols sont entr\u00e9s, apportant la civilisation moderne qui va in\u00e9vitablement remuer et fermenter les ordres raciaux et culturels, provoquant des changements, la destruction, la croissance, la rupture de l&rsquo;isolement r\u00e9gional, et une homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 finale si grande que les faits curieux enregistr\u00e9s dans ce volume deviendront des l\u00e9gendes, et s&rsquo;attarderont finalement dans le grenier des souvenirs humains d\u00e9form\u00e9s.<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>En cherchant sous les couvertures berb\u00e8res et arabes, sous les infiltrations n\u00e9gro\u00efdes et les \u00e9chaudures europ\u00e9ennes, il est encore possible de discerner les reliques d&rsquo;une \u00e9poque r\u00e9volue, une \u00e9poque o\u00f9 le nord du Maroc \u00e9tait plus proche de l&rsquo;Europe sur le plan culturel, et une \u00e9poque encore plus sombre o\u00f9 les races d&rsquo;Afrique du Nord et d&rsquo;Europe \u00e9taient les m\u00eames. Les \u00e9l\u00e9ments anciens, un nordique, un brachyc\u00e9phale pr\u00e9-alpin pr\u00e9coce, et un n\u00e9gro\u00efde d8us\u00e9 qui a \u00e9volu\u00e9 vers la M\u00e9diterran\u00e9e, des m\u00e9langes disharmoniques de plusieurs d&rsquo;entre eux ; le fichier des anciennes races nord-africaines rappelle l&rsquo;Europe de la fin du Pal\u00e9olithique et du d\u00e9but du N\u00e9olithique, et surtout des p\u00e9riodes interm\u00e9diaires. Si l&rsquo;on avait laiss\u00e9 cet amas de types pr\u00e9coces suivre son cours sans \u00eatre d\u00e9rang\u00e9, notre travail aurait \u00e9t\u00e9 plus facile ; mais il faut maintenant disposer de squelettes nord-africains pr\u00e9coces pour r\u00e9soudre notre probl\u00e8me.\u00a0\u00ab\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Apr\u00e8s ses travaux sur le Rif, Coon a voyag\u00e9 dans le monde entier et a produit un certain nombre d&rsquo;ouvrages [xxi] et <em>The Origin of Races<\/em> (1962) est, sans aucun doute, son opus.<\/p>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-4799 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/the-riffian.jpg?resize=618%2C731&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"618\" height=\"731\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/the-riffian.jpg?w=623&amp;ssl=1 623w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/the-riffian.jpg?resize=211%2C250&amp;ssl=1 211w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><\/p>\n<p>En 1974, alors que j&rsquo;\u00e9tais \u00e9tudiant au d\u00e9partement d&rsquo;anglais de la facult\u00e9 des sciences humaines de l&rsquo;universit\u00e9 Mohammed V \u00e0 Rabat, je donnais des cours particuliers \u00e0 des volontaires am\u00e9ricains du Corps de la Paix, pour gagner un peu d&rsquo;argent. Un de mes \u00e9tudiants, Danny Kolker, qui \u00e9tait ami avec le chef de mission adjoint de l&rsquo;ambassade am\u00e9ricaine m&rsquo;a dit un jour que ce diplomate am\u00e9ricain voulait m&rsquo;inviter \u00e0 d\u00eener, il s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de Carleton S. Coon, Jr., le fils du c\u00e9l\u00e8bre anthropologue, ami de mon grand-p\u00e8re.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une premi\u00e8re rencontre, nous sommes devenus amis et je suis souvent all\u00e9 chez lui pour lire les livres de son p\u00e8re sur le Rif, les \u0153uvres fictives et scientifiques. Au cours de ces visites, j&rsquo;ai rencontr\u00e9 sa fille Catherine Coon et nous sommes devenus de bons amis. Le Coon Jr. \u00e9tait tr\u00e8s fier de ses \u00a0\u00bb origines \u00a0\u00bb rifaines et de la culture avec laquelle il vivait \u00e0 la maison ; il se souvient que son p\u00e8re s&rsquo;adressait \u00e0 lui et \u00e0 sa famille en dialecte rifain de la langue Tamazight et leur criait quand ils \u00e9taient trop bruyants : <strong><em>stoussem<\/em><\/strong> \u00a0\u00bb taisez-vous \u00ab\u00a0. Avec beaucoup de fiert\u00e9, il utilisait le m\u00eame mot et le m\u00eame ordre avec ses enfants, en ricanant.<\/p>\n<p>En 1976, il a voulu se rendre dans le clan o\u00f9 vivait son p\u00e8re \u00e0 Gzennaya pour reprendre contact avec la famille Limnibhy. J&rsquo;en ai parl\u00e9 \u00e0 mon p\u00e8re et il accepta cette visite. Il nous a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s \u00e0 Taza et un jour d&rsquo;avril, j&rsquo;ai quitt\u00e9 Rabat avec Coon Jr., sa femme et ses deux enfants dans une voiture Chevrolet quatre roues motrices. Nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 Taza vers midi, nous avons rencontr\u00e9 mon p\u00e8re, et nous avons d\u00e9jeun\u00e9 chez un membre de la famille et nous sommes partis pour Ajdir dans la tribu Gzennaya. Il avait beaucoup plu dans la matin\u00e9e. Apr\u00e8s vingt kilom\u00e8tres de voyage, nous sommes arriv\u00e9s dans un petit souk d&rsquo;un village situ\u00e9 \u00e0 la fronti\u00e8re linguistique du Rif amazigh et de Taza arabophone. La rivi\u00e8re \u00e9tait en crue et les voitures et camions attendaient que l&rsquo;eau se retire ; Coon Jr. ne voulait pas attendre sous pr\u00e9texte que sa voiture est une quatre roues motrices et qu&rsquo;elle a assez de puissance pour atteindre l&rsquo;autre rive en toute s\u00e9curit\u00e9. Mon p\u00e8re \u00e9tait contre l&rsquo;id\u00e9e, mais Coon Jr. a refus\u00e9 de c\u00e9der et mon p\u00e8re a dit : <em>\u00a0\u00bb Ok bien, fais-le mais laisse la femme et les enfants descendre et rester du c\u00f4t\u00e9 s\u00fbr<\/em>.\u2019\u2019 Coon Jr., t\u00eatu comme il l&rsquo;\u00e9tait, se mit \u00e0 traverser les eaux furieuses, et au milieu de la rivi\u00e8re, la voiture commen\u00e7a \u00e0 d\u00e9river et \u00e0 c\u00e9der \u00e0 la force indomptable de l&rsquo;eau. R\u00e9alisant que les eaux allaient emporter la voiture et son chauffeur, mon p\u00e8re ordonna \u00e0 quelques jeunes hommes robustes de nager jusqu&rsquo;\u00e0 la voiture avec des cordes attach\u00e9es autour de leurs tailles, et d&rsquo;attacher des c\u00e2bles \u00e0 la voiture et de revenir \u00e0 la nage. En un rien de temps, ils ont fait ce qu&rsquo;il leur avait demand\u00e9 et tout le monde sur la rive a commenc\u00e9 \u00e0 tirer sur les c\u00e2bles et la voiture fut ramen\u00e9e sur la terre ferme en s\u00e9curit\u00e9. Coon Jr. \u00e9tait reconnaissant envers mon p\u00e8re et tous ceux qui lui ont sauv\u00e9 la vie.<\/p>\n<p>Les habitants du village, soulag\u00e9s, ont apport\u00e9 du th\u00e9 et des biscuits \u00e0 tout le monde, pour f\u00eater cette r\u00e9ussite. Apr\u00e8s quelques heures, les eaux se sont calm\u00e9es et nous sommes partis pour Ajdir o\u00f9 nous sommes arriv\u00e9s dans la soir\u00e9e et avons pass\u00e9 la nuit chez mon oncle. La pluie est tomb\u00e9e toute la nuit f\u00e9rocement, le lendemain matin il y avait un beau soleil mais le sol \u00e9tait extr\u00eamement boueux. Coon Jr. voulait se rendre au clan o\u00f9 son p\u00e8re vivait et travaillait, mon p\u00e8re \u00e9tait \u00e0 nouveau contre l&rsquo;id\u00e9e car la route vers le village montagneux \u00e9tait impraticable. Encore une fois, Coon Jr pensait que sa voiture arriverait jusqu&rsquo;au village, mais quelques minutes plus tard, la voiture \u00e9tait incapable de bouger, elle \u00e9tait compl\u00e9tement embourb\u00e9e : et c&rsquo;\u00e9tait la fin du r\u00eave pour Junior.<\/p>\n<p>En 1979, je pr\u00e9parais ma th\u00e8se de doctorat sur la culture amazighe \u00e0 la School of Oriental and African Studies -SOAS- de l&rsquo;Universit\u00e9 de Londres. \u00c0 la m\u00eame \u00e9poque, Catherine Coon, la fille de Coon Jr, vivait \u00e0 Londres et nous nous rencontrions assez souvent pour d\u00eener. Un soir, elle m&rsquo;a inform\u00e9 que son grand-p\u00e8re serait ravi et honor\u00e9 de me recevoir dans sa maison du Massachusetts.\u00a0 J&rsquo;ai accept\u00e9 l&rsquo;invitation, et nous nous sommes envol\u00e9s pour Washington DC o\u00f9 nous sommes rest\u00e9s dans la maison de son p\u00e8re, puis nous avons pris l&rsquo;avion pour Boston et nous nous sommes rendus en voiture \u00e0 West Gloucester o\u00f9 son grand-p\u00e8re poss\u00e9dait une grande propri\u00e9t\u00e9 dans la for\u00eat au bord d&rsquo;un petit lac. Coon Senior nous a accueillis \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e ; il \u00e9tait tout sourire. Il m&rsquo;a dit : \u00a0\u00bb <em>Apr\u00e8s t\u2019avoir rencontr\u00e9 aujourd&rsquo;hui, je peux mourir en paix demain. Je suis toujours reconnaissant \u00e0 ton grand-p\u00e8re Caid Abdesslam Aharras pour tout ce qu&rsquo;il a fait pour moi. Sans son soutien, ses conseils et son aide, je n&rsquo;aurais jamais pu entreprendre mon travail avec succ\u00e8s<\/em> \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Il me fit visiter son domaine : il avait deux grandes maisons, l&rsquo;une pr\u00e8s du lac, appel\u00e9e : <strong><em>thaddath n-wadday<\/em><\/strong>, \u2018\u2019la maison d\u2019en bas\u2019\u2019 o\u00f9 il gardait sa grande biblioth\u00e8que et <strong><em>thaddath n-sennej<\/em><\/strong> \u2018\u2019la maison d\u2019en haut\u2019\u2019 o\u00f9 il vivait. Il m&rsquo;a parl\u00e9 toute la soir\u00e9e en Rifain et a partag\u00e9 avec moi des dizaines d&rsquo;histoires et d&rsquo;aventures de la p\u00e9riode quand il vivait dans le Rif. En 1981, Carleton S. Coon s\u2019est \u00e9teint et avec lui s&rsquo;en est all\u00e9e, pour toujours, une \u00e8re de travail acharn\u00e9, de recherche sur le terrain et beaucoup d&rsquo;aventures.<\/p>\n<p>Du 8 au 16 novembre 1942 a eu lieu l&rsquo;op\u00e9ration <strong>Torch<\/strong>, [xxii] une invasion anglo-am\u00e9ricaine de l&rsquo;Afrique du Nord, afin de soulager la pression sur les Sovi\u00e9tiques sur le front oriental, enrayer l&rsquo;avanc\u00e9e de l&rsquo;Afrika Corps de Rommel dans l&rsquo;est de l&rsquo;Afrique du Nord et recueillir des informations sur les forces nazies en Europe en vue du d\u00e9barquement du D-Day. Coon, qui coop\u00e9rait activement avec les services de renseignements am\u00e9ricains depuis un certain temps, a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 au Maroc pour \u2018\u2019\u00e9couter\u2019\u2019 les \u00e9changes en les forces allemandes et r\u00e9diger des notes sur leurs effectifs et leurs mouvements. Coon et d&rsquo;autres espions am\u00e9ricains et europ\u00e9ens \u00e9taient log\u00e9s dans la L\u00e9gation am\u00e9ricaine situ\u00e9e dans la m\u00e9dina de Tanger et utilis\u00e8rent la salle secr\u00e8te (Secret Room) au dernier \u00e9tage pour mener \u00e0 bien leur travail d&rsquo;espionnage.<\/p>\n<p>En r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cette p\u00e9riode, Coon m&rsquo;avait dit lorsque je lui ai rendu visite qu&rsquo;il s\u2019est senti dynamis\u00e9 par son travail d&rsquo;espionnage pour deux raisons. Premi\u00e8rement, il rendait un grand service \u00e0 son pays qui est le leader de la d\u00e9mocratie dans le monde. Deuxi\u00e8mement, il \u00e9tait un admirateur des romans d&rsquo;espionnage et de leurs h\u00e9ros, un genre de litt\u00e9rature qu&rsquo;il trouve \u00ab\u00a0romantique\u00a0\u00bb et assez rocambolesque.<\/p>\n<p>\u00c0 la suite de cet \u00e9pisode int\u00e9ressant de sa vie, Coon a \u00e9crit en 1980 un livre intitul\u00e9 : <em>A North Africa Story : Story of an Anthropologist as OSS Agent<\/em>. [xxiii] Cet ouvrage a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 par Gaddis Smith dans <em>Foreign Affairs<\/em> dans les termes suivants : [xxiv]\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u00a0\u00bb\u00a0Carleton Coon, l&rsquo;anthropologue de Harvard, \u00e9tait un homme de cape et d&rsquo;\u00e9p\u00e9e de l&rsquo;OSS en Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale. Imm\u00e9diatement apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements, il a dict\u00e9 ses souvenirs, ici imprim\u00e9s. Le mat\u00e9riel est rude, parfois confus, et pourtant int\u00e9ressant comme image du caract\u00e8re romantique et non conventionnel de l&rsquo;OSS.\u00a0\u00ab\u00a0<\/em><\/p>\n<p><strong>Rencontre avec David Hart<\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s ma rencontre avec Carleton S. Coon dans son \u00a0\u00bb American Rifi estate \u00a0\u00bb <strong><em>dhamorth narif dhi mirikan<\/em><\/strong> comme il l&rsquo;appelait, avec beaucoup de plaisir, il a \u00e9crit une lettre \u00e0 son disciple David Hart dans les termes suivants :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u00a0\u00bb\u00a0Ma derni\u00e8re rencontre avec un rifain fut avec mon cher ami, guide et informateur Limnibhy en 1928 ici aux USA, apr\u00e8s quoi il est rentr\u00e9 chez lui pour mourir et depuis j&rsquo;ai rencontr\u00e9 plusieurs marocains dont aucun n&rsquo;\u00e9tait int\u00e9ressant pour mon amour \u00e9ternel pour le Rif. R\u00e9cemment, mon fils Coon Jr. en poste \u00e0 l&rsquo;ambassade de Rabat, au Maroc, a fait la connaissance d&rsquo;un rifain de Gzennaya et il s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9, \u00e0 ma grande joie, qu&rsquo;il \u00e9tait le fils du Caid Abdeslam Aharras qui m&rsquo;avait initialement aid\u00e9 \u00e0 m&rsquo;installer dans une famille \u00e0 Gzennaya et m&rsquo;avait offert la protection dont j&rsquo;avais tant besoin. Son petit-fils Mohamed Chtatou m&rsquo;a rendu visite r\u00e9cemment \u00e0 West Gloucester avec ma petite-fille, ma ch\u00e8re Catherine, et nous avons eu des discussions intellectuelles tr\u00e8s agr\u00e9ables. Il pr\u00e9pare un doctorat \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Londres sur la langue et la culture amazighes. Je vous conseille vivement de le rencontrer et je suis s\u00fbr qu&rsquo;il vous sera d&rsquo;une grande aide dans votre travail sur le Rif et les Ait Atta du sud du Maroc.\u00a0\u00ab\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Ainsi au d\u00e9but de 1979, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 contact\u00e9, par l&rsquo;interm\u00e9diaire de mon d\u00e9partement d&rsquo;\u00e9tudes berb\u00e8res \u00e0 l&rsquo;\u00c9cole d&rsquo;\u00e9tudes orientales et africaines -SOAS-, par George Joff\u00e9, qui se trouvait \u00eatre un professeur au sein de mon \u00e9cole et un ami proche de David Hart. Lorsque nous nous sommes rencontr\u00e9s, il m&rsquo;a dit que David Hart voulait faire ma connaissance lors de sa prochaine visite en Angleterre. Deux mois plus tard, Hart est venu avec sa femme et nous avons d\u00een\u00e9 chez George Joff\u00e9. Il \u00e9tait jovial, amical et bruyant. Il avait une personnalit\u00e9 merveilleuse et un rire incroyable qui r\u00e9sonnait dans toute la maison. Quelques mois plus tard, George Joff\u00e9 m&rsquo;a propos\u00e9 de l&rsquo;aider dans l&rsquo;\u00e9dition de plusieurs de ses livres de Hart que sa soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9dition MENAS PRESS (Middle East and North Africa Studies) s&rsquo;appr\u00eatait \u00e0 publier, dont le principal ouvrage \u00e9tait : <em>Dadda &lsquo;Atta and his forty grandsons : The socio-political organisation of the Ait &lsquo;Atta of Southern Morocco<\/em>. [xxv]\n<figure id=\"attachment_4800\" aria-describedby=\"caption-attachment-4800\" style=\"width: 621px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4800 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/David-M.-Hart-1927-2001.jpg?resize=618%2C328&#038;ssl=1\" alt=\"David M. Hart (1927-2001)\" width=\"618\" height=\"328\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/David-M.-Hart-1927-2001.jpg?w=621&amp;ssl=1 621w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/David-M.-Hart-1927-2001.jpg?resize=450%2C239&amp;ssl=1 450w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/David-M.-Hart-1927-2001.jpg?resize=310%2C165&amp;ssl=1 310w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4800\" class=\"wp-caption-text\">David M. Hart (1927-2001)<\/figcaption><\/figure>\n<p>Depuis lors, David Hart et moi nous sommes rest\u00e9s en contact par correspondance, et on se voyaient lors de conf\u00e9rences et de r\u00e9unions au Maroc. Lors d&rsquo;une de ses visites \u00e0 Rabat, je l&rsquo;ai invit\u00e9 pour un couscous chez moi et lui ai pr\u00e9sent\u00e9 le jeune aspirant anthropologue rifain et activiste amazigh Rachid Raha. Rachid et lui sont devenus de bons amis, ils avaient en commun l&rsquo;amour de l&rsquo;anthropologie, la connaissance de la langue espagnole et la r\u00e9sidence en Espagne. En 2000, Rachid Raha a organis\u00e9 une conf\u00e9rence \u00e0 Alhoceima en l&rsquo;honneur de David Hart qui a \u00e9t\u00e9 un \u00e9norme succ\u00e8s et ce fut la derni\u00e8re visite de ce dernier au Maroc. Le 22 mai 2001, Hart est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 Garrucha, en Espagne.<\/p>\n<p>M\u00eame avec son teint et sa carrure de Nord-Am\u00e9ricain, David Montgomery Hart reste un rifain inn\u00e9 dans son rire saccad\u00e9, ses gestes g\u00e9n\u00e9reux et son sens du devoir. C&rsquo;est un homme aussi courageux et t\u00e9m\u00e9raire, et parfois aussi fou que la majorit\u00e9 des Rifains avec lesquels il a v\u00e9cus, qu&rsquo;il a \u00e9tudi\u00e9s et qu&rsquo;il a aim\u00e9s.<\/p>\n<p>Il reste une l\u00e9gende vivante dans cette terre rebelle et oubli\u00e9e des dieux, surtout depuis son opus de toujours : <em>The Aith Waryaghar of the Moroccan Rif<\/em>. [xxvi] Cet ouvrage, publi\u00e9 en anglais aux Etats-Unis en 1976, [xxvii] a \u00e9t\u00e9 brillamment traduit en arabe par un groupe de traducteurs professionnels rifains, anim\u00e9s par le sentiment grandiose du nationalisme remontant \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de Ben Abdelkrim. [xxviii]\n<p>J&rsquo;esp\u00e8re sinc\u00e8rement que cet ouvrage, scientifiquement rigoureux dans les contextes anthropologique et ethnographique, et m\u00e9ticuleux dans ses r\u00e9cits culturels et historiques, ouvrira la porte grande aux arabophones pour qu&rsquo;ils puissent en savoir plus sur l&rsquo;anthropologie amazighe sous un angle scientifique am\u00e9ricain et s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 la conduite d&rsquo;\u00e9tudes dans ce domaine de recherche riche et prometteur.<\/p>\n<p>David Hart, nous a quitt\u00e9 le 22 mai 2001 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 74 ans dans la localit\u00e9 andalouse de Garrucha pr\u00e8s d&rsquo;Almeria, o\u00f9 il vivait pour \u00eatre proche du Rif, et qui est situ\u00e9e de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la M\u00e9diterran\u00e9e. Il habitait l\u00e0 afin de mieux \u00a0\u00bb <em>sentir le parfum atypique et attachant de son romarin rifain<\/em> \u00ab\u00a0, comme il disait toujours en expression de son admiration pour le Rif, avec un rire enfantin et tr\u00e8s sinc\u00e8re.<\/p>\n<p>De son vivant, David Hart \u00e9tait un passionn\u00e9 des peuples amazighs et de leurs cultures et lors de son long s\u00e9jour parmi les fiers guerriers de la mythique tribu de Ben Abdelkrim : Aith Waryaghar. Il aimait se rendre au souk de l&rsquo;Arba\u2019 n-Ait Wrir v\u00eatu d&rsquo;une Djellaba Rifaine et mont\u00e9 sur un \u00e2ne. Les gens, en le voyant, disaient toujours affectueusement en Tarifit : <em>aqach arifi u marik\u00e2n yousid gha suq nh\u00e2ra khou ghyouriness,<\/em> \u00a0\u00bb Voici le Rifain d&rsquo;Am\u00e9rique qui vient aujourd&rsquo;hui au souk sur son \u00e2ne \u00ab\u00a0.\u00a0En son temps, David Hart \u00e9tait une l\u00e9gende vivante, connue et appr\u00e9ci\u00e9e par tous les Rifains, m\u00eame ceux qui ne l&rsquo;ont jamais rencontr\u00e9 en personne.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait connu pour son rire, sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et le fait qu&rsquo;il \u00e9tait cong\u00e9nitalement maladroit. George Joff\u00e9 a \u00e9t\u00e9 heureux de r\u00e9p\u00e9ter l&rsquo;histoire que David lui-m\u00eame lui a racont\u00e9e, en personne, \u00e0 propos de son fameux accident d&rsquo;\u00e2ne. Apparemment, Hart serait un jour tomb\u00e9 par terre et se serait cass\u00e9 une jambe alors que l&rsquo;\u00e2ne \u00e9tait stationnaire.<\/p>\n<p>David Hart \u00e9tait un \u00e9crivain abondant. Il a publi\u00e9 des dizaines d&rsquo;ouvrages savants sur les Amazighs et a m\u00eame esquiss\u00e9 un travail comparatif sur les Rifains et les Pachtounes du Pakistan, une sorte de comparaison, [xxix] avec le grand anthropologue pakistanais Akbar Ahmad et a \u00e9crit, \u00e9galement, sur les syst\u00e8mes tribaux du Moyen-Orient. [xxx]\n<p>Apr\u00e8s avoir achev\u00e9 son ouvrage monumental sur le Rif, David Hart s&rsquo;est int\u00e9ress\u00e9 aux Amazighs du Sud, entre autres \u00e0 la grande tribu des Ait Atta, situ\u00e9e dans le sud-est du Maroc et dont les chefs <strong><em>imgh\u00e2ren,<\/em><\/strong> des diff\u00e9rents clans, descendent apparemment d&rsquo;un m\u00eame anc\u00eatre connu sous le nom de Dadda Atta, qui a bien s\u00fbr donn\u00e9 son nom \u00e0 la tribu. Hart s&rsquo;est int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 l&rsquo;histoire et \u00e0 l&rsquo;ethnographie de cette importante tribu [xxxi] qu&rsquo;il a diss\u00e9qu\u00e9e avec amour et passion, comme il a l&rsquo;habitude de le faire dans la plupart de ses recherches acad\u00e9miques.<\/p>\n<p>Pour Sarah Barringer Gordon, professeur de droit et d&rsquo;histoire \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Pennsylvanie aux Etats-Unis, qui a \u00e9crit un article en hommage \u00e0 ce grand anthropologue am\u00e9ricain, vantant ses grandes qualit\u00e9s de chercheur, Hart \u00e9tait un chercheur traditionnel ; il partageait la vie des gens qu&rsquo;il \u00e9tudiait : leur quotidien, leurs passions et leurs soucis.\u00a0 Il \u00e9tait, sans aucun doute, un anthropologue de la vieille \u00e9cole. Il se fiait beaucoup \u00e0 sa vue et \u00e0 son ou\u00efe pour saisir les moindres d\u00e9tails de la soci\u00e9t\u00e9 qu&rsquo;il \u00e9tudiait avec grand int\u00e9r\u00eat. Le lecteur sent les parfums naturels du village et entend ses diff\u00e9rents sons et bruits\u00a0: [xxxii]\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u00a0\u00bb David Hart \u00e9tait un anthropologue de la vieille \u00e9cole, vivant la vie quotidienne des peuples qu&rsquo;il \u00e9tudiait et s&rsquo;appuyant sur des observations de terrain et des entretiens exhaustifs pour parvenir \u00e0 ses conclusions. Un autre anthropologue et \u00e9rudit islamique de renom, Akbar S. Ahmed, a \u00e9crit : \u00ab\u00a0L&rsquo;anthropologie de Hart refl\u00e8te l&rsquo;ancienne tradition, lorsque l&rsquo;anthropologue se fiait \u00e0 ses oreilles et \u00e0 ses yeux pour ses notes &#8211; le lecteur sentait le village et entendait ses bruits &#8211; et que l&rsquo;anthropologie \u00e9tait encore une description g\u00e9n\u00e9rale et exhaustive d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8re. C&rsquo;est une perspective qui est en train de mourir, et la discipline sera la plus pauvre pour sa disparition\u00a0\u00bb. Gr\u00e2ce \u00e0 ses nombreuses ann\u00e9es de vie parmi les Berb\u00e8res ruraux, Hart \u00e9tait \u00e9minemment qualifi\u00e9 pour d\u00e9crire la soci\u00e9t\u00e9, la culture et l&rsquo;histoire de ces peuples. L&rsquo;anthropologue am\u00e9ricain le plus \u00e9minent, Clifford Geertz, de l&rsquo;Institute for Advanced Study de Princeton, a d\u00e9clar\u00e9 que la d\u00e9votion de Hart pour son sujet \u00e9tait une source d&rsquo;inspiration pour les autres anthropologues : \u00ab\u00a0chaque cohorte qui travaille au Maroc a son image romantique de l&rsquo;endroit&#8230; dans mon image, David Hart, l&rsquo;ethnographe exalt\u00e9, est au centre\u00a0\u00bb. Hart a \u00e9galement effectu\u00e9 des travaux de terrain au Pakistan et des recherches archivistiques dans plusieurs pays europ\u00e9ens. Il parlait couramment deux langues berb\u00e8res, ainsi que l&rsquo;arabe, l&rsquo;allemand, le fran\u00e7ais et l&rsquo;espagnol.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Il est int\u00e9ressant de mentionner que sa femme, qui a \u00e9t\u00e9 contrainte de s\u00e9journer plusieurs fois avec des femmes amazighes, dans leur monde priv\u00e9 et secret, tradition oblige, a d\u00e9crit cette exp\u00e9rience exclusive dans un ouvrage tr\u00e8s int\u00e9ressant. [xxxiii]\n<figure id=\"attachment_4801\" aria-describedby=\"caption-attachment-4801\" style=\"width: 621px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4801 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Ouvrage-de-Hart-sur-les-Aith-Waryaghar-traduit-en-Arabe-par-des-Rifains.jpg?resize=618%2C473&#038;ssl=1\" alt=\"Ouvrage de Hart sur les Aith Waryaghar traduit en Arabe par des Rifains\" width=\"618\" height=\"473\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Ouvrage-de-Hart-sur-les-Aith-Waryaghar-traduit-en-Arabe-par-des-Rifains.jpg?w=621&amp;ssl=1 621w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Ouvrage-de-Hart-sur-les-Aith-Waryaghar-traduit-en-Arabe-par-des-Rifains.jpg?resize=327%2C250&amp;ssl=1 327w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4801\" class=\"wp-caption-text\">Ouvrage de Hart sur les Aith Waryaghar traduit en Arabe par des Rifains<\/figcaption><\/figure>\n<p>Hart a beaucoup appris de son professeur et ma\u00eetre \u00e0 penser, au sens soufi du terme, Carleton S. Coon. De 1935 \u00e0 1938, Coon, professeur \u00e0 Harvard, fut le ma\u00eetre et l&rsquo;inspirateur d&rsquo;un brillant \u00e9tudiant nomm\u00e9 David Hart qui d\u00e9vora f\u00e9rocement tous ses travaux en anthropologie et le for\u00e7a ainsi \u00e0 devenir son futur gourou en sciences sociales. Apr\u00e8s avoir termin\u00e9 ses \u00e9tudes, David, sur les conseils de son professeur et ma\u00eetre, d\u00e9cida d&rsquo;\u00e9tudier une autre grande tribu du Rif : les Aith Waryaghar. Il utilisa la m\u00eame recette scientifique que son ma\u00eetre : vivre avec les autochtones pour \u00e9tudier leur culture et leur mode de vie. Le r\u00e9sultat final fut un livre colossal et un succ\u00e8s scientifique, comme ce fut le cas pour Coon auparavant.<\/p>\n<p>L&rsquo;ouvrage monumental de David Hart sur le Rif : <em>The Aith Waryaghar of the Moroccan Rif : An Ethnography and History <\/em>(1977), est un ouvrage encyclop\u00e9dique sur la grande et mythique tribu des Aith Waryaghar. Il comprend les principales sections suivantes :<\/p>\n<p><strong>Introduction : la tribu au Maroc<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;auteur a d\u00e9fini la tribu dans les contextes g\u00e9n\u00e9ral et marocain du terme, puis il s&rsquo;est attach\u00e9 \u00e0 \u00e9tudier les bases de la sociologie marocaine tout en mettant en lumi\u00e8re la segmentation dans le contexte tribal. Ensuite, il s&rsquo;est int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la tribu marocaine pendant la phase de protectorat et la p\u00e9riode d&rsquo;ind\u00e9pendance et, ensuite, il a \u00e9tudi\u00e9 les concepts de la tribu et celui de la nation.<\/p>\n<p><strong><em>La terre et l&rsquo;agriculture<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Dans cette section, Hart parle de d\u00e9mographie, de g\u00e9ographie et de topographie sans oublier la faune et la flore, puis il traite de l&rsquo;agriculture, de l&rsquo;architecture, de l&rsquo;habillement, de la nourriture, des ustensiles et du mobilier. De l\u00e0, il poursuit en \u00e9tudiant la division du travail par sexe, le cycle agricole annuel et les relations contractuelles dans le domaine de l&rsquo;agriculture et de l&rsquo;\u00e9levage. Il aborde ensuite les activit\u00e9s annexes telles que la chasse et la p\u00eache et enfin les sp\u00e9cialisations \u00e9conomiques.<\/p>\n<p><strong><em>March\u00e9s et migrations<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Il commence cette section en \u00e9tudiant les souks tribaux et leurs diverses activit\u00e9s \u00e9conomiques et les diff\u00e9rentes professions exerc\u00e9es par les musulmans et les juifs, qui ont disparu depuis, puis il \u00e9voque les souks f\u00e9minins, qui n&rsquo;existent que dans cette partie du Maroc. Ensuite, il \u00e9tudie les ph\u00e9nom\u00e8nes migratoires pr\u00e9 et postind\u00e9pendance vers l&rsquo;Alg\u00e9rie (<strong><em>ash\u00e2req<\/em><\/strong>) et l&rsquo;Europe (<strong><em>zwa<\/em><\/strong> <strong><em>am\u00e2n<\/em><\/strong>).<\/p>\n<p><strong><em>La terre, la tenure, la succession et l&rsquo;irrigation<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Dans cette section, l&rsquo;auteur examine de pr\u00e8s l&rsquo;importance de la terre <strong><em>dham\u00f4th<\/em><\/strong> dans la conscience des Rifains, ainsi que le syst\u00e8me de succession et d&rsquo;h\u00e9ritage, et les droits d&rsquo;utilisation de l&rsquo;eau de la terre pour l&rsquo;irrigation des champs agricoles.<\/p>\n<p><strong><em>Les rituels p\u00e9riodiques : le cycle de la vie<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Le cycle de vie des Rifains s&rsquo;articule autour de la naissance, du bapt\u00eame, de la circoncision, du sevrage, de la garde des enfants et de la s\u00e9paration des sexes. L\u2019ouvrage met en lumi\u00e8re la stricte s\u00e9gr\u00e9gation des sexes et l&rsquo;attitude envers le sexe en g\u00e9n\u00e9ral. Ensuite, il examine la dot, la c\u00e9l\u00e9bration du mariage et tous les rituels qui l&rsquo;accompagnent, le divorce, le veuvage, le remariage, la mort et l&rsquo;enterrement.<\/p>\n<p><strong><em>Croyances populaires, chants et musique<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Comme partout au Maroc, la croyance en la sorcellerie et la magie (<strong><em>shour<\/em><\/strong>) est tr\u00e8s r\u00e9pandue parmi la population, ainsi que son utilisation comme forme de m\u00e9decine et\/ou moyen de protection contre le mal (<strong><em>jnoun<\/em><\/strong>), et autres. Le chercheur s&rsquo;est \u00e9galement int\u00e9ress\u00e9 aux l\u00e9gendes locales et aux contes de f\u00e9es, sans oublier la litt\u00e9rature orale dans ses diff\u00e9rentes variantes : proverbes, axiomes, dictons, devinettes ; puis il a \u00e9tudi\u00e9 les chants typiquement rifains connus sous le nom de <strong><em>ralla bouya<\/em><\/strong> ainsi que la po\u00e9sie chant\u00e9e (<strong><em>izr\u00e2n<\/em><\/strong>), la musique et l&rsquo;art de la danse.<\/p>\n<p><strong><em>L&rsquo;Islam chez les Aith Waryaghar<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Hart a diligemment enqu\u00eat\u00e9 sur l&rsquo;importance de l&rsquo;Islam dans cette tribu ainsi que sur les concepts de pi\u00e9t\u00e9, de d\u00e9votion et d&rsquo;orthodoxie, puis son int\u00e9r\u00eat s&rsquo;est port\u00e9 sur l&rsquo;importance des mosqu\u00e9es et de l&rsquo;\u00e9ducation coranique, d&rsquo;une part, et sur la croyance aux saints et les rites de leur v\u00e9n\u00e9ration ainsi que les multiples ordres religieux qui en d\u00e9coulent, d&rsquo;autre part.<\/p>\n<p><strong><em>Le syst\u00e8me de parent\u00e9<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Cette section traite du syst\u00e8me de parent\u00e9 pr\u00e9sent dans la r\u00e9gion, ainsi que de la terminologie utilis\u00e9e par la population pour en parler, puis l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de l&rsquo;anthropologue se tourne vers l&rsquo;analyse du syst\u00e8me dans le contexte tribal et son importance dans la continuit\u00e9.<\/p>\n<figure id=\"attachment_4802\" aria-describedby=\"caption-attachment-4802\" style=\"width: 634px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4802 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Le-Rif.jpg?resize=618%2C427&#038;ssl=1\" alt=\"Le Rif\" width=\"618\" height=\"427\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Le-Rif.jpg?w=634&amp;ssl=1 634w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Le-Rif.jpg?resize=362%2C250&amp;ssl=1 362w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Le-Rif.jpg?resize=110%2C75&amp;ssl=1 110w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4802\" class=\"wp-caption-text\">Le Rif<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong><em>Mod\u00e8les de mariage, de famille et de m\u00e9nage<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Cette section se concentre sur les diff\u00e9rentes variations du mod\u00e8le de mariage, le r\u00f4le de la femme ainsi que les mod\u00e8les de mariages suppl\u00e9mentaires et de mariages de membres de la m\u00eame lign\u00e9e, les filiations compl\u00e9mentaires, les typologies de m\u00e9nages ainsi que le sujet de la descendance et de la r\u00e9sidence.<\/p>\n<p><strong><em>Segmentarit\u00e9 et syst\u00e8mes territoriaux : tribu, khams, clan, sous-clan, lignage et communaut\u00e9 locale<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Hart s&rsquo;est int\u00e9ress\u00e9 aux lignages locaux et \u00e9trangers et \u00e0 leur tradition tribale ainsi qu&rsquo;\u00e0 la tribu en tant qu&rsquo;entit\u00e9 sociale et politique, puis au syst\u00e8me segmentaire et au facteur onomastique : dominance et r\u00e9cession des noms de segments. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat du chercheur s\u2019est port\u00e9 ensuite sur le syst\u00e8me des <strong><em>khams khm\u00e2s<\/em><\/strong>, ainsi que sur les sous-entit\u00e9s tribales telles que le clan et le sous-clan et la communaut\u00e9 locale.<\/p>\n<p><strong><em>Les syst\u00e8mes politiques et juridiques<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Dans cette section, l&rsquo;anthropologue a \u00e9tudi\u00e9 la stratification sociale et le droit dans ses aspects coutumiers (<strong><em>azref<\/em><\/strong>) ou autres et son efficacit\u00e9 et sa dissuasion pour mettre fin aux fr\u00e9quents crimes de sang et aux conflits tribaux. [xxxiv] Il a jet\u00e9 \u00e9galement la lumi\u00e8re sur l&rsquo;arsenal juridique des amendes, telles que celles appliqu\u00e9es aux tribus ou \u00e0 la fr\u00e9quentation du march\u00e9 hebdomadaire, ainsi que sur les syst\u00e8mes de protection, les pactes tribaux et les serments collectifs utilis\u00e9s par les Amazighs.<\/p>\n<p><strong><em>Alliances et vendettas en tant qu&rsquo;institutions politiques<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Le chercheur s&rsquo;est concentr\u00e9 dans cette section sur le syst\u00e8me rifain du <strong><em>leff<\/em><\/strong>, ou alliance conjoncturelle de nature politique et militaire et, \u00e9galement, sur les vendettas, tr\u00e8s fr\u00e9quentes pendant la p\u00e9riode de la <strong><em>Rifublik<\/em><\/strong> [xxxv] avant la guerre du Rif, entre les tribus de la r\u00e9gion.<\/p>\n<p><strong><em>Linguistique et origines avant 1898<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Hart a \u00e9tudi\u00e9 les langues amazighes et le dialecte rifain, sans oublier la question pertinente et centrale de l&rsquo;origine des Imazighen. Il aborde \u00e9galement l&rsquo;arriv\u00e9e de l&rsquo;Islam dans le Rif et l&rsquo;histoire du royaume de la vall\u00e9e du Nekkour (\u2d5c\u2d30\u2d33\u2d4d\u2d37\u2d49\u2d5c \u2d4f \u2d4f\u2d3d\u2d3d\u2d53\u2d54 <strong><em>Tageldit n-Nekkor<\/em><\/strong>) [xxxvi] et a trait\u00e9 bri\u00e8vement des dynasties amazighes des Almoravides, des Almohades, des M\u00e9rinides et des Wattassides et a conclu avec la dynastie arabe actuelle des Alaouites.<\/p>\n<p><strong><em>La politique au sens large et l&rsquo;\u00e8re du \u00ab\u00a0Rifublik\u00a0\u00bb (1898-1921)<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Les recherches de cette section ont port\u00e9 sur la piraterie des Ibouqouyen et la r\u00e9pression de leurs actes par le Makhzen (1890-1898), ainsi que sur les traits saillants internes et externes de la \u00ab\u00a0<strong><em>Rifublik<\/em><\/strong>\u00a0\u00bb et l&rsquo;interm\u00e8de de la r\u00e9volte de Bou Hmara contre le pouvoir central.<\/p>\n<p><strong><em>La guerre du Rif 1921-1926<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Hart s&rsquo;est int\u00e9ress\u00e9 de pr\u00e8s \u00e0 cette guerre qui a secou\u00e9 l&rsquo;Europe coloniale et attir\u00e9 la sympathie du monde libre et d\u00e9mocratique sur Ben Abdelkrim et sa r\u00e9publique \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Le chercheur a bross\u00e9 un tableau optimiste des r\u00e9formes politiques et sociales de Ben Abdelkrim et de ses victoires sur l&rsquo;Espagne, puis il \u00e9voque la R\u00e9publique du Rif et ses diff\u00e9rentes structures politiques et militaires ainsi que la fin de la guerre et la capitulation du h\u00e9ros rifain connu sous le nom de Moulay Mohand aupr\u00e8s de la population. [xxxvii]\n<p><strong><em>Le Protectorat fran\u00e7ais (1912-1956) et l&rsquo;ind\u00e9pendance<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Le chercheur a \u00e9tudi\u00e9 les diff\u00e9rentes \u00e9tapes du r\u00e9gime colonial fran\u00e7ais et ses vicissitudes ainsi que l&rsquo;\u00e9mergence de l&rsquo;Arm\u00e9e de lib\u00e9ration et le r\u00f4le primordial de la tribu de Gzennaya dans la guerre d&rsquo;ind\u00e9pendance. Il a ensuite abord\u00e9 la mont\u00e9e du parti de l&rsquo;Istiqlal et son programme panarabe, puis le soul\u00e8vement des Aith Waryaghar (1956-1959) contre ce parti et le Makhzen. [xxxviii]\n<p><strong><em>L&rsquo;individu Ait Waryaghal et son histoire<\/em><\/strong><\/p>\n<p>En guise de conclusion, l&rsquo;anthropologue met en lumi\u00e8re l&rsquo;image ext\u00e9rieure de cette tribu, sa conception interne de la d\u00e9mocratie et les vents du changement social ainsi que les perspectives d&rsquo;avenir.<\/p>\n<p>Cet ouvrage encyclop\u00e9dique sur les Aith Waryaghar, en particulier, et le Rif, en g\u00e9n\u00e9ral, outre les informations scientifiques qu&rsquo;il offre au chercheur et au lecteur, comporte des cartes, des illustrations, des tableaux et une multitude de photos qui en font un ouvrage in\u00e9gal\u00e9 dans les annales de l&rsquo;anthropologie moderne sur le Maroc.<\/p>\n<p>L&rsquo;ouvrage monumental de Hart sur le Rif a \u00e9t\u00e9 salu\u00e9 comme un formidable apport scientifique \u00e0 l&rsquo;anthropologie, et ce \u00e0 juste titre, par de nombreux chercheurs et sp\u00e9cialistes en anthropologie et en ethnographie, y compris ceux qui sont contre l&rsquo;approche segmentaire. [xxxix]\n<p>L&rsquo;opus de Carleton Coon sur les Gzennaya et celui de Hart sur les Aith Waryaghar n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 traduit en fran\u00e7ais car, en quelque sorte, la tradition anthropologique et ethnographique semble \u00eatre beaucoup plus forte chez les Anglo-Saxons que chez les Fran\u00e7ais et les francophones.<\/p>\n<p>De plus, il existe un fort niveau de critique de ces recherches parmi les scientifiques fran\u00e7ais et francophones. En effet, les travaux sur la segmentarit\u00e9, en g\u00e9n\u00e9ral, ont soulev\u00e9 beaucoup de critiques, \u00e0 juste titre, sur la port\u00e9e humaine et scientifique de cette approche, qui est presque abandonn\u00e9e aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p>Paul Pascon, sociologue marocain d&rsquo;origine fran\u00e7aise, formule une critique frontale de la segmentarit\u00e9 : [xl]\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u00a0\u00bb Quelle que soit l&rsquo;universalit\u00e9 de la notion de segmentarit\u00e9 &#8211; en effet on peut toujours diviser un groupe humain et celui-ci trouve toujours \u00e0 s&rsquo;organiser d&rsquo;une certaine mani\u00e8re pour assurer les principales fonctions de survie &#8211; il y a des limites inf\u00e9rieures et sup\u00e9rieures ind\u00e9passables. On ne peut pas fractionner, ou voir se fractionner ind\u00e9finiment une soci\u00e9t\u00e9 : il y a des cellules \u00e9tymologiquement atomiques et telles que leur partage emp\u00eacherait une existence viable. Il y a des ensembles ou des soci\u00e9t\u00e9s humaines telles que le pouvoir politique ne peut y demeurer diffus sans cr\u00e9er de graves conditions d&rsquo;anomie. Or l&rsquo;anomie m\u00eame est une preuve par l&rsquo;absurde, un \u00e9tat transitoire suppos\u00e9 de l&rsquo;absence d&rsquo;organisation, une situation fictive. \u00ab\u00a0<\/em><\/p>\n<p>De nombreux autres chercheurs ont, en effet, exprim\u00e9 leur rejet de cette approche sur deux fronts distincts : <strong>le front empirique<\/strong> repr\u00e9sent\u00e9 par les travaux de l&rsquo;anthropologue marocain Hammoudi [xli] sur les th\u00e8ses de Gellner et indirectement, bien s\u00fbr, par ricochet, sur les travaux d&rsquo;un des gourous de la segmentarit\u00e9, Evans Richard [xlii] et <strong>l&rsquo;aspect logique<\/strong> soutenu, bien s\u00fbr, par Paul Pascon lui-m\u00eame, dont l&rsquo;approche a un parfum marxiste, en quelque sorte.<\/p>\n<p>Mais bien que Paul Pascon critique l&rsquo;approche anthropologique segmentaire, il est conscient de l&rsquo;existence de relations segmentaires dans la soci\u00e9t\u00e9 marocaine qui continueront \u00e0 exister malgr\u00e9 l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie du syst\u00e8me capitaliste dans le Maroc d&rsquo;aujourd&rsquo;hui : [xliii]\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u00a0\u00bb Au Maroc, si on peut montrer la disparition probablement irr\u00e9versible de certains rapports sociaux forts anciens (esclavage, corv\u00e9e&#8230;), si on peut se demander encore si la domination du mode de production capitaliste est en passe de devenir h\u00e9g\u00e9monique, on ne peut pas parler de liquidation de l&rsquo;ordre segmentaire. Celui-ci reste latent et ressurgit parfois violemment sur le devant de la sc\u00e8ne au moment o\u00f9 on l&rsquo;attend le moins &#8211; l&rsquo;\u00e9preuve \u00e9lectorale est un test remarquable de ce point de vue. \u00ab\u00a0<\/em><\/p>\n<figure id=\"attachment_4803\" aria-describedby=\"caption-attachment-4803\" style=\"width: 634px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4803 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Carte-linguistique-du-Rif.jpg?resize=618%2C409&#038;ssl=1\" alt=\"Carte linguistique du Rif\" width=\"618\" height=\"409\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Carte-linguistique-du-Rif.jpg?w=634&amp;ssl=1 634w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Carte-linguistique-du-Rif.jpg?resize=377%2C250&amp;ssl=1 377w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Carte-linguistique-du-Rif.jpg?resize=310%2C205&amp;ssl=1 310w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4803\" class=\"wp-caption-text\">Carte linguistique du Rif<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n<p>Toutes mes rencontres avec des anthropologues aussi \u00e9minents que Clifford Geertz, Hildred Geertz, Rosen Lawrence, Carleton Coon et David Hart n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 faites \u00e0 dessein mais surtout par destin. C&rsquo;est probablement l&rsquo;une de ces choses o\u00f9 l&rsquo;on se trouve au bon endroit au bon moment, si je puisse dire.<\/p>\n<p>Ces rencontres ont chang\u00e9 ma vie pour toujours. En vieillissant et en m\u00fbrissant, lire leurs \u0153uvres encore et encore est devenu presque une obsession car je d\u00e9couvre les subtilit\u00e9s de ma culture d&rsquo;origine, surtout dans un environnement politique marocain ridiculement pan-arabiste de 1956 \u00e0 1985. Durant cette p\u00e9riode, la seule r\u00e9f\u00e9rence aux Amazighs dans les programmes scolaires officiels \u00e9tait : \u00a0\u00bb <strong><em>al bar\u00e2bera hom suk\u00e2n al-maghreb al-awal\u00fbn<\/em><\/strong> \u00a0\u00bb (les Berb\u00e8res sont la population autochtone du Maroc.) et la seule c\u00e9l\u00e9bration officielle de la riche culture amazighe \u00e9tait dans le cadre du Festival des Arts Populaires de Marrakech, une sorte de carte postale pour attirer les touristes \u00e9trangers dans cette ville mythique.<\/p>\n<p>Honn\u00eatement, ces rencontres m&rsquo;ont fait jeter un regard diff\u00e9rent sur ma culture amazighe, en particulier et la culture marocaine, en g\u00e9n\u00e9ral et sur le concept fort de <strong><em>tamaghrabit<\/em><\/strong>. C&rsquo;\u00e9tait une sorte de retour aux sources qui m&rsquo;a pouss\u00e9 \u00e0 \u00e9tudier et \u00e9crire sur ces cultures depuis avec beaucoup de v\u00e9h\u00e9mence et de respect et m&rsquo;a fait croire que je suis, avant tout, amazigh et fier de l&rsquo;\u00eatre, en d\u00e9pit de l\u2019adversit\u00e9.<\/p>\n<p>H\u00e9las, la plupart de ces \u0153uvres monumentales n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 traduites en amazigh, en arabe ou en fran\u00e7ais, les langues de travail du Maroc, \u00e0 l&rsquo;exception de l&rsquo;\u0153uvre de Hart traduite en arabe par une association de Marocains de Hollande. Par ailleurs, les universit\u00e9s marocaines ne proposent, malheureusement, aucun dipl\u00f4me en anthropologie, ce qui fait que les quelques travaux r\u00e9alis\u00e9s sur ce sujet ont \u00e9t\u00e9 entrepris par quelques marocains influenc\u00e9s par la tradition anglo-saxonne en la mati\u00e8re lors de leurs \u00e9tudes en Angleterre, en Allemagne ou aux USA.<\/p>\n<p>La culture amazighe du Maroc, riche sur le plan sociologique, ethnographique et anthropologique, reste un monde sublime \u00e0 explorer par les Marocains en premier lieu. Verra-t-on un jour un int\u00e9r\u00eat politique et acad\u00e9mique pour cela, <em>that is the question\u00a0<\/em>?<\/p>\n<p><strong>Notes de fin de texte :<\/strong><\/p>\n[i] Chtatou, M. \u2018\u2019Emigration of Moroccan Jews to Israel in the 20th Century\u2019\u2019, <em>Eurasia Review, <\/em>5 mars 2018.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.eurasiareview.com\/05032018-emigration-of-jews-of-morocco-to-israel-in-20th-century-analysis\/\">https:\/\/www.eurasiareview.com\/05032018-emigration-of-jews-of-morocco-to-israel-in-20th-century-analysis\/<\/a><\/p>\n[ii] Chtatou, Mohamed. \u2018\u2019 Sefrou, havre marocain de paix, de tol\u00e9rance et de coexistence\u2019\u2019, <em>Le Monde Amazigh, <\/em>31 mars 2020. <a href=\"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/sefrou-havre-marocain-de-paix-de-tolerance-et-de-coexistence\/\">https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/sefrou-havre-marocain-de-paix-de-tolerance-et-de-coexistence\/<\/a><\/p>\n[iii] <strong><em>Azettat<\/em><\/strong> trouve son origine dans le terme amazigh <strong><em>aztta<\/em><\/strong> qui veut dire \u2018\u2019\u00e9toffe\u2019\u2019. Au Maroc, chaque tribu amazighe avait son propre tapis dans lequel figurait ses couleurs et motifs qui servent d\u2019embl\u00e8me et d\u2019identit\u00e9 visuelle. Le guide des caravanes qui faisaient le commerce avec l\u2019Afrique noire \u00e9taient tous des juifs choisis pour leur droiture et sens de la responsabilit\u00e9, on les appelait les <strong><em>azettats<\/em><\/strong>. Le guide en entrant le territoire d\u2019une tribu amazighe donn\u00e9, il exhibait sur un long b\u00e2ton l\u2019\u00e9toffe <strong><em>aztta<\/em><\/strong> de la tribu pour demander l\u2019<strong><em>am\u00e2n<\/em><\/strong> (paix et s\u00e9curit\u00e9) en contrepartie d\u2019une somme d\u2019argent. De nos jours le terme <strong><em>zattat<\/em><\/strong> existe dans l\u2019Arabe marocain pour dire\u00a0: \u2019\u2019se d\u00e9brouiller dans une situation quitte \u00e0 payer une somme d\u2019argent\u2019\u2019.<\/p>\n<p>Cf. Chtatou, Mohamed. \u2018\u2019Le tapis amazigh: identit\u00e9, cr\u00e9ation, art et histoire\u2019\u2019, <em>Le Monde Amazigh, <\/em>18 juin 2020. <a href=\"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/le-tapis-amazigh-identite-creation-art-et-histoire\/\">https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/le-tapis-amazigh-identite-creation-art-et-histoire\/<\/a><\/p>\n[iv]\u00a0 Geertz, C. <em>Islam Observed: Religious Development in Morocco and Indonesia<\/em>. Chicago: University of Chicago Press, 1968.<\/p>\n[v] Rosen, L. <em>Bargaining for Reality: The Construction of Social Relations in a Muslim Community.<\/em> Chicago: University of Chicago Press, 1984.<\/p>\n[vi] Lebel, Roland. <em>L&rsquo;imp\u00f4t agricole au Maroc : le tertib<\/em>. Th\u00e8se compl\u00e9mentaire pour le Doctorat \u00e8s-lettres, Facult\u00e9 des Lettres de l\u2019Universit\u00e9 de Paris. Paris\u00a0: Emile Larose, 1925. <a href=\"https:\/\/excerpts.numilog.com\/books\/9782307445395.pdf\">https:\/\/excerpts.numilog.com\/books\/9782307445395.pdf<\/a><\/p>\n[vii] Geertz, C; Geertz, H. &amp; Rosen, L. <em>Meaning and Order in Moroccan Society: three essays in cultural analysis<\/em>. Cambridge: Cambridge University Press, 1979.<\/p>\n[viii] Bourdieu, P. <em>Travail et travailleurs en Alg\u00e9rie<\/em>. Paris, La Haye : Mouton &amp; Co, 1964.<\/p>\n[ix] Berque, J. <em>Structures sociales du Haut-Atlas<\/em>. Paris : PUF, 1955.<\/p>\n<p>Les six ann\u00e9es pass\u00e9es par Jacques Berque dans le Haut Atlas ont co\u00efncid\u00e9 avec la fin d&rsquo;une \u00e9poque.<\/p>\n<p>Remettant en cause \u00e0 bien des \u00e9gards l&rsquo;apport de l&rsquo;ethnographie coloniale, son \u00e9tude retrouvait spontan\u00e9ment sur le terrain certains des th\u00e8mes qui annon\u00e7aient, alors, un renouveau des sciences sociales en France. Attach\u00e9 au pays, il contestait l&rsquo;isolement suppos\u00e9 des populations qu&rsquo;il \u00e9tudiait. Il tentait de r\u00e9int\u00e9grer un peuple mill\u00e9naire dans le dynamisme de l&rsquo;Islam m\u00e9diterran\u00e9en. L&rsquo;histoire lui semblait seule capable d&rsquo;alimenter le syst\u00e8me en mati\u00e8re et en mouvement. Un quart de si\u00e8cle apr\u00e8s un s\u00e9jour qui a tant compt\u00e9 dans sa vie, Jacques Berque a demand\u00e9 \u00e0 un sociologue marocain, Paul Pascon, de relire le livre sur place et de rendre compte des \u00e9volutions de cette soci\u00e9t\u00e9 depuis l&rsquo;ind\u00e9pendance. Lui-m\u00eame, \u00e0 la lumi\u00e8re d&rsquo;une exp\u00e9rience plus large, inscrit sa propre contribution dans de nouvelles perspectives.<\/p>\n[x] Gellner, E. <em>Saints of the Atlas<\/em>. Chicago: University of Chicago Press, 1969.<\/p>\n<p>Une discussion sur l&rsquo;organisation sociale et politique des tribus berb\u00e8res au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0[Ernest Gellner] a commenc\u00e9 l&rsquo;association avec le Maroc et les Berb\u00e8res du Haut Atlas central qui a abouti aux Saints de l&rsquo;Atlas. C&rsquo;\u00e9tait une \u00e9tude de la fa\u00e7on dont les hommes saints maintenaient une paix fragile et bris\u00e9e parmi les bergers qui se d\u00e9pla\u00e7aient chaque printemps des plaines. de l&rsquo;Anti-Atlas dans les hauts p\u00e2turages, et retour chaque automne : une centaine de milliers de personnes, un million environ de moutons traversant deux fois par an les goulots d&rsquo;\u00e9tranglement des cols&#8230; C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;occasion id\u00e9ale pour le vol et le vol, et les saints \u00e9taient l\u00e0 pour maintenir la paix sans \u00e9tablir aucune pr\u00e9tention acceptable au contr\u00f4le politique. Son livre, critiqu\u00e9 par les savants qui ont travaill\u00e9 sur les archives marocaines, reste une lecture importante car il analyse si clairement les mani\u00e8res dont les peuples pasteurs, qui avaient \u00e9t\u00e9 en contacts avec les \u00c9tats pendant quelques mill\u00e9naires, ont entretenu une id\u00e9ologie de rejet total de l&rsquo;\u00c9tat marocain et une d\u00e9termination \u00e0 ne rien faire de tel eux-m\u00eames.\u00a0\u00bb<\/em> \u00a0<a href=\"http:\/\/www.lse.ac.uk\/collections\/gellner\/JDavisObit.html\">http:\/\/www.lse.ac.uk\/collections\/gellner\/JDavisObit.html<\/a> (23 f\u00e9vrier 2011.)<\/p>\n[xi] Paul Pascon a enseign\u00e9 \u00e0 ses \u00e9tudiants que c&rsquo;est au mod\u00e8le de se plier \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 et non l&rsquo;inverse.<\/p>\n<p>Mais combien l&rsquo;ont \u00e9cout\u00e9 \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les vulgates marxistes et gellneriennes \u00e9taient des explications scientifiques ?<\/p>\n[xii] Geertz a publi\u00e9 un essai tr\u00e8s critique de <em>Saints of the Atlas<\/em> de Gellner dans <em>The\u00a0New York Review of Books<\/em> (22 avril 1971). Ce dernier a r\u00e9pliqu\u00e9 en attaquant le \u00ab\u00a0marabout Geertz \u00a0\u00bb \u00e0 travers la critique du livre de Paul Rabinow, <em>Symbolic Domination<\/em>. Chicago, Londres : Chicago University Press, 1977, Cf. Gellner, E. <em>Muslim Society<\/em>. Cambridge, Cambridge University Press, pp. 108 et suivantes. Gellner reviendra plus tard sur la critique de l&rsquo;anthropologie interpr\u00e9tative, assimil\u00e9e \u00e0 une manifestation postmoderniste, dans <em>Post-Modernism, Reason and Religion.<\/em> London : Routledge, 1992.<\/p>\n[xiii] Geertz, C. <em>The Interpretation of Cultures<\/em>. New York: Basic Books, 1973, p. 5.<\/p>\n[xiv] Geertz, C. <em>Islam Observed: Religious Development in Morocco and Indonesia<\/em>, op. cit.<\/p>\n[xv] Carleton Stevens Coon (23 juin 1904 &#8211; 3 juin 1981) \u00e9tait un anthropologue physique am\u00e9ricain, professeur d&rsquo;anthropologie \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Pennsylvanie, conf\u00e9rencier et professeur \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Harvard, et pr\u00e9sident de l&rsquo;Association am\u00e9ricaine des anthropologues physiques.\u00a0Les th\u00e9ories de Coon sur la race sont largement rejet\u00e9es par les anthropologues modernes pour leurs affirmations non fond\u00e9es de la sup\u00e9riorit\u00e9 des Europ\u00e9ens sur toutes les autres races. Carleton Coon est n\u00e9 \u00e0 Wakefield, dans le Massachusetts, dans une famille am\u00e9ricaine de Cornouailles.\u00a0Il s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 la pr\u00e9histoire et fr\u00e9quente la Phillips Academy d&rsquo;Andover. Coon s&rsquo;inscrit \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Harvard, o\u00f9 il est attir\u00e9 par le domaine relativement nouveau de l&rsquo;anthropologie par Earnest Hooton et obtient un dipl\u00f4me avec mention en 1925. Il devient conservateur d&rsquo;ethnologie au mus\u00e9e universitaire de Philadelphie.\u00a0Coon poursuit ses \u00e9tudes \u00e0 Harvard. En 1925, il effectue des travaux de terrain dans la r\u00e9gion du Rif au Maroc, qui \u00e9tait politiquement instable depuis une r\u00e9bellion de la population locale contre les Espagnols. Il obtient son doctorat en 1928 et retourne \u00e0 Harvard en tant que charg\u00e9 de cours, puis professeur. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat de Coon \u00e9tait de tenter d&rsquo;utiliser la th\u00e9orie de la s\u00e9lection naturelle de Darwin pour expliquer les diff\u00e9rentes caract\u00e9ristiques physiques des races. Coon \u00e9tudie les Albanais de 1920 \u00e0 1930 ; il se rend en \u00c9thiopie en 1933 ; et en Arabie, en Afrique du Nord et dans les Balkans, il travaille sur des sites de 1925 \u00e0 1939, o\u00f9 il d\u00e9couvre un N\u00e9andertalien en 1939. Coon a re\u00e9crit <em>The Races of Europe<\/em> de William Z. Ripley (1899) en 1939. Coon a \u00e9crit beaucoup pour le grand public, comme son mentor Earnest Hooton. Coon a publi\u00e9 <em>The Riffian<\/em>, <em>Flesh of the Wild Ox<\/em>, <em>Measuring Ethiopia<\/em>, et A <em>North Africa Story: The Anthropologist as OSS Agent<\/em>.\u00a0<em>A North Africa Story<\/em> est un r\u00e9cit de son travail en Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale, qui consistait \u00e0 espionner et \u00e0 faire passer des armes aux groupes de r\u00e9sistance fran\u00e7ais dans le Maroc occup\u00e9 par les Allemands, sous couvert de travaux anthropologiques sur le terrain. \u00c0 cette \u00e9poque, Coon \u00e9tait affili\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Office of Strategic Services des \u00c9tats-Unis, l&rsquo;anc\u00eatre de la Central Intelligence Agency.<\/p>\n[xvi] Chtatou, Mohamed. \u2018\u2019La glorieuse Bataille d\u2019Anoual et la Guerre du Rif, cent ans apr\u00e8s\u2019\u2019, <em>Le Monde Amazigh, <\/em>23 juillet 2021. <a href=\"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/la-glorieuse-bataille-danoaul-et-la-guerre-du-rif-cent-ans-apres\/\">https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/la-glorieuse-bataille-danoaul-et-la-guerre-du-rif-cent-ans-apres\/<\/a><\/p>\n[xvii] Coon, C.S. <em>The Riffian<\/em>. Boston: Little, Brown. and Company, 1933, (Reprint 1968).<\/p>\n[xviii] Coon, C.S. <em>Flesh of the Wild Ox. A Riffian Chronicle of High Valleys and Long Rifles<\/em><strong>. <\/strong>New York : William Morrow &amp; Company, 1932. Avec un avant-propos d&rsquo;Earnest Albert Hooton et illustrations par Ruth Reeves.<\/p>\n<p><em>\u00a0\u00bb\u00a0En 1926-27 et \u00e0 nouveau en 1928, le Dr Coon a visit\u00e9 les indig\u00e8nes berb\u00e8res du Rif marocain dans le but d&rsquo;\u00e9tudier leur anthropologie physique et leurs coutumes. Les r\u00e9sultats sont consign\u00e9s dans le volume IX des <strong>Harvard African Studies<\/strong> (examin\u00e9 aux pages 373-377 de ce num\u00e9ro). Le pr\u00e9sent ouvrage est d\u00e9crit par le professeur Hooton comme \u00ab\u00a0un sous-produit litt\u00e9raire de la connaissance intime que le Dr Coon a de ces magnifiques barbares\u00a0\u00bb. Bas\u00e9 sur la tradition orale de l&rsquo;histoire rifaine, il doit \u00eatre lu comme une description essentiellement authentique de l&rsquo;usage aborig\u00e8ne, des libert\u00e9s mineures ayant \u00e9t\u00e9 prises avec les noms des personnages &#8211; probablement dans le but de concentrer l&rsquo;attention sur les fortunes d&rsquo;une seule famille ou lign\u00e9e depuis son \u00e9tablissement dans le pays jusqu&rsquo;\u00e0 la d\u00e9sorganisation de la vie rifaine par la conqu\u00eate europ\u00e9enne. Le Dr Coon a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l&rsquo;avantage d&rsquo;un sujet nouveau et a produit un livre tr\u00e8s attrayant. Les Rifains diff\u00e8rent de la plupart des peuples primitifs qui ont re\u00e7u un traitement litt\u00e9raire en raison de leur longue exposition \u00e0 une civilisation lettr\u00e9e, celle du mahom\u00e9tanisme. Leur attitude, cependant, n&rsquo;est que mod\u00e9r\u00e9ment teint\u00e9e des sophistications d&rsquo;une culture sup\u00e9rieure. Leurs querelles, leur code d&rsquo;honneur, leur t\u00e9nacit\u00e9 rappellent les traits de nombreux groupes guerriers plus simples du monde entier. In\u00e9vitablement, les premi\u00e8res parties de l&rsquo;histoire sont plus attrayantes que le r\u00e9cit final de la soumission pr\u00e9destin\u00e9e \u00e0 la sup\u00e9riorit\u00e9 caucasienne en mati\u00e8re de moyens de guerre m\u00e9caniques. Mais l&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour les personnages est maintenu jusqu&rsquo;au bout et, en cours de route, le lecteur en apprend beaucoup sur l&rsquo;ethnographie rifaine.<\/em>\u00a0\u00a0\u00bb Robert H. Lowie<\/p>\n[xix] Coon, C.S. <em>Tribes of the Rif<\/em>. Cambridge: Harvard African Studies (Vol. IX), Peabody Museum of Harvard University, 1st Ed., 1931, pp. 417 + xviii, 67 plates.<\/p>\n[xx] <a href=\"https:\/\/anthrosource.onlinelibrary.wiley.com\/doi\/pdf\/10.1525\/aa.1933.35.2.02a00260\">https:\/\/anthrosource.onlinelibrary.wiley.com\/doi\/pdf\/10.1525\/aa.1933.35.2.02a00260<\/a><\/p>\n[xxi] Publications de Carleton S. Coon:<\/p>\n<p><strong>Science:<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><em>The Origin of Races<\/em> (1962)<\/li>\n<li><em>The Story of Man<\/em> (1954)<\/li>\n<li><em>The Races of Europe<\/em> (1939)<\/li>\n<li><em>Caravan: the Story of the Middle East<\/em> (1958)<\/li>\n<li><em>Races: A Study of the Problems of Race Formation in Man<\/em><\/li>\n<li><em>The Hunting Peoples<\/em><\/li>\n<li><em>Anthropology A to Z<\/em> (1963)<\/li>\n<li><em>Living Races of Man<\/em> (1965)<\/li>\n<li><em>Seven Caves: Archaeological Exploration in the Middle East<\/em><\/li>\n<li><em>Mountains of Giants: A Racial and Cultural Study of the North Albanian Mountain Ghegs<\/em><\/li>\n<li><em>Yengema Cave Report<\/em> (son travail au Sierra Leone)<\/li>\n<li><em>Racial Adaptations<\/em> (1982)<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Fiction et m\u00e9moires :<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li><em>Flesh of the Wild Ox<\/em> (1932)<\/li>\n<li><em>The Riffian<\/em> (1933)<\/li>\n<li><em>A North Africa Story: Story of an Anthropologist as OSS Agent<\/em> (1980)<\/li>\n<li><em>Measuring Ethiopia<\/em><\/li>\n<li><em>Adventures and Discoveries: The Autobiography of Carleton S. Coon<\/em> (1981)<\/li>\n<\/ul>\n[xxii] Funck,\u00a0Arthur L. <em>The politics of Torch<\/em>. <strong>\u00a0<\/strong>Lawrence, Kansas, \u00c9tats-Unis: University Press of Kansas, 1974.<\/p>\n[xxiii] Coon, C. S. 1980. <em>A North Africa Story: Story of an Anthropologist as OSS Agent<\/em>. Ipswich, Mass.: Gambit Press.<\/p>\n[xxiv] <a href=\"https:\/\/www.foreignaffairs.com\/reviews\/capsule-review\/1981-12-01\/north-africa-story-anthropologist-oss-agent-1941-1943\">https:\/\/www.foreignaffairs.com\/reviews\/capsule-review\/1981-12-01\/north-africa-story-anthropologist-oss-agent-1941-1943<\/a><\/p>\n[xxv] Hart, David M. <em>Dadda \u2018Atta and his forty grandsons: the socio-political organisation of the Ait \u2018Atta of southern Morocco. <\/em>Cambridge, England: Middle East &amp; North African Studies Press; Boulder, Colo., U.S.A.: Distributed by Westview Press, 1981.<\/p>\n[xxvi] Hart, David M. <em>The Aith Waryaghar of the Moroccan Rif: An Ethnography and History<\/em>. (Viking Fund Publications in Anthropology No. 55). Tucson: University of Arizona Press, for Wenner-Gren Foundation for Anthropological Research, 1976.<\/p>\n[xxvii] Joff\u00e9, E. G. H. \u201cThe Moroccan Rif.\u201d <em>The Journal of African History<\/em>, vol. 18, no. 4, 1977, pp. 626\u201328. <em>JSTOR<\/em>, <a href=\"http:\/\/www.jstor.org\/stable\/180838\">http:\/\/www.jstor.org\/stable\/180838<\/a><\/p>\n[xxviii] Hart, D. M. <em>Aith waryaghar, Qabila mena Rif al-Maghribi: Dirasa ithnoghrafiya wa Tarikhiya<\/em>. Den Haag : Stem van Marokkaans Democraten-Nederland. Volume 1. Traduit par : M. Ouniba, A. Azouzi et A. Rais, 2007.<\/p>\n[xxix] Akbar, S. Ahmed &amp; David M. Hart (ed.). <em>Islam in tribal societies: from the Atlas to the Indus<\/em>.<\/p>\n<p>London : Routledge &amp; Kegan Paul, 1984.<\/p>\n[xxx] Hart David Montgomery.\u00a0 \u2018\u2019Faulty models of North African and Middle Eastern tribal structures\u2019\u2019, in <em>Revue du monde musulman et de la M\u00e9diterran\u00e9e<\/em><strong>, <\/strong>n\u00b068-69, 1993, <em>Etats modernes, nationalismes et islamismes<\/em>, sous la direction de Pierre Robert Baduel. pp. 225-238.<\/p>\n[xxxi] Hart, D. M. <em>Dadda \u2018Atta and his forty grandsons: the socio-political organisation of the Ait \u2018Atta of southern Morocco<\/em><strong>,<\/strong> op. cit.<\/p>\n[xxxii] <a href=\"http:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/pdf\/10.1080\/13629380108718431\">http:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/pdf\/10.1080\/13629380108718431<\/a><\/p>\n[xxxiii] \u00a0Hart, Ursula Kingsmill. <em>Behind the Courtyard Door: The Daily Life of Tribeswomen in Northern Morocco. <\/em>Ipswitch Pr, 1994.<\/p>\n<p><strong>Description<\/strong>\u00a0: Ce r\u00e9cit d\u00e9taill\u00e9 d&rsquo;un voyage effectu\u00e9 en 1959 dans le Rif, la cha\u00eene de montagnes du nord du Maroc, est le fruit des nombreux voyages effectu\u00e9s par le mari de Hart, David Hart, un anthropologue am\u00e9ricain. Pour l&rsquo;auteur, n\u00e9e en Inde de parents britanniques et ayant grandi au Maroc, accompagner son mari lors de ces voyages \u00e9tait la r\u00e9alisation de ses fantasmes d&rsquo;adolescente. Bien que la vie quotidienne dans un village isol\u00e9 soit tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9e de ses r\u00eaves de jeunesse de romance et d&rsquo;aventure, la fascination de Hart pour cette terre exotique n&rsquo;\u00e9tait en rien att\u00e9nu\u00e9e par les d\u00e9sagr\u00e9ments physiques des conditions primitives. Le fait central de son s\u00e9jour dans cette soci\u00e9t\u00e9 musulmane \u00e9tait la r\u00e9clusion des femmes, dont le domaine prot\u00e9g\u00e9 \u00e9tait la cour centrale situ\u00e9e dans chaque foyer rifain. Comme David Hart n&rsquo;avait pas acc\u00e8s \u00e0 ce monde f\u00e9minin pour son travail de terrain, il esp\u00e9rait qu&rsquo;Ursula serait accept\u00e9e par les femmes de la tribu et qu&rsquo;elle pourrait apprendre leurs rituels prot\u00e9g\u00e9s. C&rsquo;est ce qu&rsquo;elle a fait, et dans ces souvenirs, elle d\u00e9crit soigneusement cette vie circonscrite de travaux m\u00e9nagers, de cuisine et d&rsquo;\u00e9ducation des enfants, une vie compliqu\u00e9e par les in\u00e9vitables jalousies de la polygamie. Malgr\u00e9 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat du sujet, ce livre souffre de l&rsquo;attitude condescendante de l&rsquo;auteur \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la vie dans le tiers monde, ainsi que de passages maladroits qui nuisent au d\u00e9roulement de la narration.<\/p>\n[xxxiv]\u00a0\u2018\u2019The role and the modalities of trial by collective oath in the Berber\u2010speaking highlands of Morocco\u2019\u2019,\u00a0<em>The Journal of North African Studies<\/em>,\u00a04:2,\u00a01999, pp. 48-83.<\/p>\n[xxxv] Tahtah, M. <em>Entre Pragmatisme R\u00e9formisme et Modernisme<\/em>. Bruxelles\u00a0: Peeters, 2000.<\/p>\n[xxxvi] Picard, Christophe.\u00a0<em>Sea of the Caliphs: The Mediterranean in the Medieval Islamic World<\/em>. Cambridge, MA, USA: Harvard University Press,\u00a02018,\u00a0p.\u00a0247.<\/p>\n[xxxvii] Ayache, Germain.\u00a0<em>Les Origines de la guerre du Rif<\/em>, Paris: Publications de la Sorbonne, Rabat: Soci\u00e9t\u00e9 marocaine des \u00e9diteurs r\u00e9unis, 1981\u00a0;\u00a0<em>La Guerre du Rif<\/em>, L&rsquo;Harmattan, 1996.<\/p>\n[xxxviii] Bouyaala, Khalid. \u2018\u2019Rif: la r\u00e9pression de 1958-59. Contexte et enjeux politiques\u2019\u2019, Encyclop\u00e9die Berb\u00e8re, 2017. <a href=\"https:\/\/hal.archives-ouvertes.fr\/hal-03527488\/document\">https:\/\/hal.archives-ouvertes.fr\/hal-03527488\/document<\/a><\/p>\n[xxxix] Montgomery, Hart David. \u2018\u2019Segmentary systems and the role of \u00ab\u00a0five fifths\u00a0\u00bb in tribal Morocco\u2019\u2019, <em>Revue de l&rsquo;Occident musulman et de la M\u00e9diterran\u00e9e<\/em><strong>, <\/strong>n\u00b03, 1967, pp. 65-95.<\/p>\n[xl] <a href=\"https:\/\/sociologies.revues.org\/4326?lang=en\">https:\/\/sociologies.revues.org\/4326?lang=en<\/a><\/p>\n[xli] Hammoudi, Abdallah. \u2018\u2019Segmentarit\u00e9, stratification sociale, pouvoir politique et saintet\u00e9, R\u00e9flexions sur les th\u00e8ses de Gellner\u2019\u2019, <em>Hesp\u00e9ris-Tamuda<\/em><strong>, <\/strong>vol. XV. fasc. unique, 1974, pp. 147 \u00e0 180.<\/p>\n[xlii] Evans-Pridtchard, E. E. <em>Les Nuer<\/em>. Traduction fran\u00e7aise par Louis Evrard. Paris\u00a0: Gallimard, 1968.<\/p>\n[xliii] <a href=\"https:\/\/sociologies.revues.org\/4326?lang=en\">https:\/\/sociologies.revues.org\/4326?lang=en<\/a>, op. cit.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rencontre avec Geertz sa femme Hildred et Rosen Lawrence Sefrou est situ\u00e9 au pied des montagnes du Moyen Atlas, \u00e0 22 km au sud de F\u00e8s. Elle est travers\u00e9e par l&rsquo;Oued Aggay (signifiant en Amazigh\/Berb\u00e8re \u00ab\u00a0joues\u00a0\u00bb) qui prend le nom d&rsquo;Oued Lihoudi lorsqu&rsquo;il arrive au niveau du Mellah de la ville. 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