{"id":4887,"date":"2023-02-02T16:38:40","date_gmt":"2023-02-02T15:38:40","guid":{"rendered":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=4887"},"modified":"2023-02-02T16:38:40","modified_gmt":"2023-02-02T15:38:40","slug":"les-berberes-et-leur-contribution-a-lelaboration-des-cultures-mediterraneennes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/les-berberes-et-leur-contribution-a-lelaboration-des-cultures-mediterraneennes\/","title":{"rendered":"Les Berb\u00e8res et leur contribution \u00e0 l\u2019\u00e9laboration des cultures m\u00e9diterran\u00e9ennes"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_4888\" aria-describedby=\"caption-attachment-4888\" style=\"width: 388px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4888\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/med-chafik.jpg?resize=388%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"Par: Mohamed CHAFIK*\" width=\"388\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/med-chafik.jpg?resize=388%2C250&amp;ssl=1 388w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/med-chafik.jpg?w=591&amp;ssl=1 591w\" sizes=\"auto, (max-width: 388px) 100vw, 388px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4888\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #000080;\"><strong>Par: Mohamed CHAFIK*<\/strong><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p><em>Les Berb\u00e8res<\/em>, ne se sont jamais d\u00e9sign\u00e9s eux-m\u00eames par ce nom. Jusqu&rsquo;au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle les Europ\u00e9ens, en g\u00e9n\u00e9ral, utilisaient, pour parler de l&rsquo;Afrique du Nord, le vocable <em>Barbaria<\/em>, h\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;\u00c9glise catholique dont on conna\u00eet le conservatisme langagier. En fran\u00e7ais, la forme <em>Berb\u00e8re<\/em> avait d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 se substituer \u00e0 la forme <em>Barbare<\/em> vers la fin du XXIIe si\u00e8cle, sous l&rsquo;influence de l&rsquo;arabe nord-africain. En cette derni\u00e8re langue on pronon\u00e7ait en effet Braber. C&rsquo;est de l\u00e0 aussi que semble venir la forme <strong>Berbero<\/strong>, commune \u00e0 l&rsquo;espagnol et \u00e0 l&rsquo;italien.<\/p>\n<p>Mais que s&rsquo;est-il pass\u00e9 pour que, de tous les peuples anciens, du nord et du sud du bassin m\u00e9diterran\u00e9en, seuls les Nord-Africains ont continu\u00e9 \u00e0 \u00eatre, en quelque sorte, consid\u00e9r\u00e9s comme barbares ?&#8230; Il s&rsquo;est pass\u00e9 qu&rsquo;au VIe si\u00e8cle de l&rsquo;\u00e8re chr\u00e9tienne les envahisseurs arabes de ce qu&rsquo;on nomme actuellement le Maghreb ont emprunt\u00e9 le terme Barbarus aux Byzantins, lesquels Byzantins nous regardaient comme \u00e9tant leurs ennemis du double point de vue politique et religieux. Aucun Berb\u00e8re, pourtant, n&rsquo;a jamais senti vivre en lui la moindre once de barbarie, puisque chacun de nous s&rsquo;est toujours vu comme \u00e9tant un <strong>Amazighe<\/strong>, c&rsquo;est-\u00e0-dire, \u00e9tymologiquement, un homme libre et noble \u00e0 la fois. Ensemble, nous autres vos invit\u00e9s, nous sommes des <strong>Imazighen<\/strong>. Notre langue est <strong>tamazight<\/strong>. Ce sont les anciens Grecs qui ont cr\u00e9\u00e9 dans leur langue le mot <em>barbaros<\/em> pour d\u00e9signer tous les autres peuples, y compris les Romains, o\u00f9 ils ne voyaient que des \u00eatres frustes et mal d\u00e9grossis. Mais les Grecs n&rsquo;auraient pas imagin\u00e9 que ce qualificatif put \u00e9choir en h\u00e9ritage non revendiqu\u00e9 aux descendants d&rsquo;un peuple \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard duquel les animait, comme nous le verrons, une sorte de pi\u00e9t\u00e9 presque filiale. Et, ainsi, ce sera de mani\u00e8re indiff\u00e9rente que j&rsquo;utiliserai dans mon expos\u00e9 comme nom ou comme adjectif, tant\u00f4t le mot amazighe, ou son pluriel Imazighen, tant\u00f4t le mot berb\u00e8re, dont le pluriel ne diff\u00e8re du singulier que par l&rsquo;orthographe.<\/p>\n<p>Mais, avant de parler des Berb\u00e8res des temps anciens, peut-\u00eatre conviendrait-il de situer d&rsquo;abord dans l&rsquo;espace ceux du temps pr\u00e9sent, ceux qui sont en principe repr\u00e9sent\u00e9s ici, aujourd&rsquo;hui. Et l\u00e0, disons-le tout de suite, on ne peut que reconna\u00eetre la douloureuse r\u00e9alit\u00e9 du fractionnement g\u00e9ographique du monde amazighe. La principale cause de ce fractionnement est d&rsquo;ordre historique: agissant sur les \u00e2mes au plus profond, L&rsquo;islam a entra\u00een\u00e9 l&rsquo;arabisation de pans entiers de la soci\u00e9t\u00e9 berb\u00e8re, et amen\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations successives d&rsquo;Amazighs \u00e0 se sentir, \u00e0 se dire, et souvent \u00e0 se vouloir arabes contre vents et mar\u00e9es. Ce fractionnement est d\u00fb ensuite au fait que le colonialisme fran\u00e7ais a trac\u00e9 au cordeau la plupart des fronti\u00e8res des \u00c9tats africains riverains du Sahara, sans le moindre \u00e9gard pour les diff\u00e9rences ethniques. De cela, il a r\u00e9sult\u00e9 que les berb\u00e9rophones sont de plusieurs nationalit\u00e9s. Ils sont principalement Marocains et Alg\u00e9riens, mais aussi Libyens, Tunisiens, Mauritaniens, Maliens, Nig\u00e9riens, Burkinab\u00e9s, ou m\u00eame Tchadiens. (Abrous et Claudot-Hawad). Et, comme l\u2019\u00e9migration vers d&rsquo;autres continents a jou\u00e9 son r\u00f4le, il existe actuellement une importante diaspora amazighe num\u00e9riquement bien implant\u00e9e, en Espagne, en France, aux Pays-Bas, en Allemagne, et en Belgique, et de plus en plus attir\u00e9e par le Canada et les \u00c9tats-Unis d&rsquo;Am\u00e9rique. A l&rsquo;int\u00e9rieur m\u00eame de chacun des pays d&rsquo;origine, la berb\u00e9rit\u00e9, en tant que fait linguistique, ne fait pas forc\u00e9ment un bloc du point de vue de l&rsquo;\u00e9tendue g\u00e9ographique, sauf au Maroc o\u00f9 elle barre la quasi-totalit\u00e9 du territoire national, du Nord-Est au Sud-Ouest, en une diagonale plus ou moins large selon les r\u00e9gions, puis en Alg\u00e9rie, au Mali et au Niger o\u00f9 elle occupe des zones s\u00e9par\u00e9es certes les unes des autres, naturellement ou artificiellement, mais suffisamment vastes pour se sentir aptes \u00e0 pleinement s&rsquo;affirmer en tant qu&rsquo;identit\u00e9 ethnique. Il s&rsquo;ajoute \u00e0 cela qu&rsquo;en Alg\u00e9rie et au Maroc, de nombreuses villes se berb\u00e9risent insensiblement d&rsquo;ann\u00e9e en ann\u00e9e au plan d\u00e9mographique, sous l&rsquo;effet de l&rsquo;exode rural. D\u00e9j\u00e0 ville kabyle \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque des Fran\u00e7ais, Alger l&rsquo;est devenue davantage depuis 1962. \u00c0 cette derni\u00e8re date pr\u00e9cis\u00e9ment, la population berb\u00e9rophone de Casablanca a \u00e9t\u00e9 estim\u00e9e par un chercheur \u00e0 pr\u00e8s de 23% (Adam, I, p.273). Ce pourcentage n&rsquo;a pu que cro\u00eetre. Mais, pour des raisons politiques faciles \u00e0 deviner, au Maroc tout au moins, les nombreux recensements qui se sont succ\u00e9d\u00e9 depuis 1960 passent syst\u00e9matiquement sous silence les chiffres concernant les langues pratiqu\u00e9es par les recens\u00e9s. Ce qui n&#8217;emp\u00eache pas un ph\u00e9nom\u00e8ne, int\u00e9ressant par sa nouveaut\u00e9, de se produire de mani\u00e8re spectaculaire en zones rurales arabophones, o\u00f9 les \u00e9l\u00e9ments les mieux instruits de la population commencent \u00e0 se r\u00e9clamer d&rsquo;origines amazighes, en s&rsquo;appuyant sur des constatations d&rsquo;ordre historique, linguistique, anthropologique et toponymique. C&rsquo;est le cas des Ghiata de Tazaet des Jebala de Taounate, \u00e0 titre d&rsquo;exemple. Un pacte a m\u00eame fait de cette question l&rsquo;objet d&rsquo;un recueil de vers o\u00f9 il exprime la joie d&rsquo;avoir retrouv\u00e9 ses racines (El-M\u00e9liani). Il est \u00e0 noter que si cette prise de conscience a d&rsquo;abord concern\u00e9 des groupements berb\u00e8res d&rsquo;arabisation plus ou moins r\u00e9cente, elle n&rsquo;a pas manqu\u00e9 de s&rsquo;imposer assez rapidement \u00e0 de petits \u00e9chantillons de populations habitu\u00e9es, depuis longtemps, \u00e0 s&rsquo;enorgueillir et \u00e0 toujours se pr\u00e9valoir d&rsquo;une ascendance cens\u00e9e \u00eatre hors du commun. C&rsquo;est peut-\u00eatre l\u00e0 un effet du militantisme culturel amazigh.<\/p>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-4892 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/1-A-c-origines-des-amazighs.jpg?resize=618%2C352&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"618\" height=\"352\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/1-A-c-origines-des-amazighs.jpg?w=1056&amp;ssl=1 1056w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/1-A-c-origines-des-amazighs.jpg?resize=439%2C250&amp;ssl=1 439w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/1-A-c-origines-des-amazighs.jpg?resize=1024%2C584&amp;ssl=1 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><\/p>\n<p>Toujours est-il qu&rsquo;en l&rsquo;\u00e9tat actuel des choses, le morcellement g\u00e9ographique de l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment berb\u00e9rophone \u00e0 travers l&rsquo;immensit\u00e9 aux trois quarts d\u00e9sertiques du nord de l&rsquo;Afrique, sugg\u00e8re \u00e0 l&rsquo;observateur non averti l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;amazighit\u00e9 ne peut \u00eatre, ou m\u00eame n&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9, que minoritaire, \u00e0 telle enseigne qu&rsquo;un universitaire moyen-oriental ne s\u2019aper\u00e7oit pas de la b\u00e9vue qu&rsquo;il commet ainsi : balayant du revers de la main, sur une carte, une large zone d\u00e9sertique et totalement inhabit\u00e9e, autour d&rsquo;une oasis amazighophone marqu\u00e9e en jaune, il lance \u00e0 la cantonade : \u201cMais voyez comme c&rsquo;est vaste le domaine de la langue arabe !\u201d Aussi est-il utile de signaler que c&rsquo;est la toponymie qui rend le mieux compte de la vastitude du domaine historique amazigh et qui en indique les limites de fa\u00e7on suffisamment pr\u00e9cise. Que ce soit au Maroc, en Alg\u00e9rie, en Mauritanie, au Mali et \u00e0 une moindre \u00e9chelle, en Libye, au Niger et en Tunisie, c&rsquo;est gr\u00e2ce au berb\u00e8re que les toponymistes proc\u00e8dent au d\u00e9cryptage \u00e9tymologique de la majorit\u00e9 des noms de lieux, de r\u00e9gions, de fleuves, de signes d&rsquo;une d\u00e9sertification rampante, partie du centre du Sahara actuel avant m\u00eame l&rsquo;\u00e9poque historique, et progressant irr\u00e9sistiblement en direction du Nord. Il s&rsquo;ajoute \u00e0 cela un syst\u00e8me orographique cloisonn\u00e9.<\/p>\n<p>Ce sont ces caract\u00e9ristiques g\u00e9ographiques de la \u00ab\u00a0Libye\u00a0\u00bb qui ont fa\u00e7onn\u00e9 et le temp\u00e9rament et l&rsquo;histoire amazighs, et ont fait que, dans l&rsquo;antiquit\u00e9, il y a eu des Berb\u00e8res des zones c\u00f4ti\u00e8res et de leurs arri\u00e8re-pays imm\u00e9diats, et des Berb\u00e8res de l&rsquo;int\u00e9rieur des terres, habitants s\u00e9dentaires en minorit\u00e9, seminomades ou nomades en majorit\u00e9, \u00e9voluant dans les zones montagneuses, les plateaux semi-arides ou, dans le d\u00e9sert autour d&rsquo;oasis enclav\u00e9es. Pour des raisons \u00e9videntes, seuls les Imazighen des r\u00e9gions voisines ou relativement proches de la mer sont entr\u00e9s en contact avec les peuples m\u00e9diterran\u00e9ens de l&rsquo;Antiquit\u00e9, les Grecs, les Ph\u00e9niciens, les Romains et les H\u00e9breux, en plus de leurs voisins, les \u00c9gyptiens, \u00e9videmment ; et seules leurs \u00e9lites ont pu s&rsquo;acculturer s\u00e9rieusement. Les autres sont rest\u00e9s en r\u00e9serve, si je puis dire, et ont ainsi pu sauvegarder la culture amazighe proprement dite. Cependant, les premiers partenaires historiques des Imazighen ont bien \u00e9t\u00e9 leurs voisins les plus proches, c&rsquo;est-\u00e0-dire les \u00c9gyptiens. Mais nous en parlerons en dernier, parce que les deux peuples semblent avoir eu beaucoup plus que de simples rapports de voisinage. Ce sont des Grecs qu&rsquo;il sera d&rsquo;abord question.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s des frictions, ou m\u00eame de courtes guerres dues au fait que des colons hell\u00e8nes sont venus s&rsquo;installer sur les c\u00f4tes libyques, face \u00e0 la Gr\u00e8ce, au IXe si\u00e8cle av. J.C., il semble bien qu&rsquo;un modus vivendi ait \u00e9t\u00e9 assez vite trouv\u00e9 entre les nouveaux venus et leurs h\u00f4tes berb\u00e8res, dans l&rsquo;ensemble des cinq cit\u00e9s, les fameuses Pentapolis, appel\u00e9es \u00e0 prosp\u00e9rer sur la rive sud de la M\u00e9diterran\u00e9e pendant plus de quinze si\u00e8cles, du IXe si\u00e8cle av. J.C., jusqu&rsquo;au VIe si\u00e8cle de l&rsquo;\u00e8re chr\u00e9tienne. \u00c9coutons le grand po\u00e8te grec Callimaque (315-240 av. J.C.) chanter le bonheur de vivre dans la principale de ces cit\u00e9s, Cyr\u00e8ne (Kur\u00ean\u00ea), au IIIe si\u00e8cle av. J.C. :<\/p>\n<p><em>Grande fut la joie au c\u0153ur de Phoibos, <\/em><br \/>\n<em>Quand venu le temps des f\u00eates Carnaiennes, <\/em><br \/>\n<em>Les hommes d\u2019Eny\u00f4, les porte-ceinturons,<\/em><br \/>\n<em>Firent un ch\u0153ur de danse parmi les blondes Libyennes. <\/em><br \/>\n<em>Jamais Apollon ne vit ch\u0153ur plus vraiment divin ! <\/em><br \/>\n<em>Jamais le dieu n&rsquo;accorda tant \u00e0 nulle cit\u00e9 qu&rsquo;il fit \u00e0 Cyr\u00e8ne !<\/em><br \/>\n(Callimaque, p. 228).<\/p>\n<p>Et c\u2019est ainsi que nous apprenons, au passage. Que les anciens Berb\u00e8res \u00e9taient plut\u00f4t blonds, ceux du moins qui cohabitaient avec les Grecs de Cyr\u00e9na\u00efque, au troisi\u00e8me si\u00e8cles avant J.CH.<\/p>\n<p>Mais ce qu&rsquo;il y a de vraiment \u00e9tonnant, et de paradoxal en apparence, c&rsquo;est que les Grecs nourrissaient \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des Berb\u00e8res une profonde v\u00e9n\u00e9ration. L&rsquo;historien H\u00e9rodote (484-425 av. J.C.) les consid\u00e9rait comme le peuple du monde qui \u00ab\u00a0<em>jouit du meilleur \u00e9tat de sant\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb,\u00a0 surclassant en ce domaine les \u00c9gyptiens et les Grecs eux-m\u00eames (H\u00e9rodote, L. II parag. 77 p. 199). <em>\u00ab\u00a0Le costume et l&rsquo;\u00e9gide qu&rsquo;on voit en Gr\u00e8ce aux statues d&rsquo;Ath\u00e9na, ajoute-t-il, sont inspir\u00e9s des v\u00eatements des Libyennes. Atteler quatre chevaux est encore un usage pass\u00e9 des Libyens \u00e0 la Gr\u00e8ce<\/em>\u00a0\u00bb (H\u00e9robote, L. IV, parag. 189, p. 444). L&rsquo;\u00e9crivain latin, Pline l&rsquo;Ancien (23 &#8211; 79) nous signale que les Grecs attribuaient la fondation de Tanger (Tingi) au g\u00e9ant de leur mythologie Antaios (Ant\u00e9e) (Pline, L. V, parag. 2, p. 45), et que Grecs et Libyens de Cyr\u00e8ne allaient ensemble en p\u00e8lerinage au temple d&rsquo;A\u00efnoun \u00e0 Siwa (Pline, L.V, parag. 31, p.60 et commentaire p. 351). Athena la vierge, Athena la d\u00e9esse guerri\u00e8re protectrice d&rsquo;Ath\u00e8nes, Athena la d\u00e9esse de l&rsquo;intelligence, est elle-m\u00eame n\u00e9e en Libye au bord du lac Triton (Rossi, p. 82). Les Berb\u00e8res Garamantes \u00e9taient des descendants du dieu Apollon lui-m\u00eame, aux yeux des Hell\u00e8nes (Gaffmt, p. 703). Platon, le philosophe, n&rsquo;aurait jamais pu fonder son Academica, s&rsquo;il n&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 rachet\u00e9 et lib\u00e9r\u00e9 par un Libyen, quand il a \u00e9t\u00e9 fait prisonnier et vendu comme esclave (Rossi, p. 119). I1 est de notori\u00e9t\u00e9 historique, enfin, qu&rsquo;Alexandre le Grand a d\u00fb parcourir 600 km de d\u00e9sert, avec toute son arm\u00e9e et sa suite, pour se faire sacrer roi d&rsquo;\u00c9gypte par les pr\u00eatres d&rsquo;Amon, en son temple de Siwa. Les habitants de Siwa continuent jusqu&rsquo;au jour d&rsquo;aujourd&rsquo;hui \u00e0 parler <strong>tamazight<\/strong>. Il y a lieu de penser, \u00e0 partir de ces donn\u00e9es, que les Grecs savaient pertinemment que leur civilisation \u00e9tait la fille de celle de l&rsquo;\u00c9gypte et de la Libye. Les historiens fran\u00e7ais Jean Servier et Piene Rossi ont d\u00e9velopp\u00e9 ce sujet, le premier en ce qui concerne les Berb\u00e8res, et le second en ce qui a trait \u00e0 l&rsquo;influence de l&rsquo;\u00c9gypte sur la Gr\u00e8ce. Je reviendrai tout \u00e0 l\u2019heure sur la question des liens entre Amazighes et Egyptiens, comme je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 annonc\u00e9.<\/p>\n<p>C&rsquo;est aussi sur la rive libyenne de la M\u00e9diterran\u00e9 que les Berb\u00e8res ont cohabit\u00e9, ou simplement voisin\u00e9 avec ces autres marins commer\u00e7ants qu&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 les Ph\u00e9niciens. Avec le consentement mielleusement extorqu\u00e9 aux autochtones, ces derniers sont parvenus \u00e0 fonder de nombreux comptoirs sur les c\u00f4tes nord-africaines, dont quelques unit\u00e9s sur les c\u00f4tes atlantiques du Maroc. L&rsquo;un de ces comptoirs, fond\u00e9 en 814 av. J. C., est devenu au fil des si\u00e8cles une riche et puissante cit\u00e9 marchande : Carthage, dont l&rsquo;influence culturelle s&rsquo;est exerc\u00e9e sur les Imazighen, jusqu&rsquo;en 146 av. J. C., ann\u00e9e de sa destruction par les Romains, et m\u00eame au-del\u00e0 de cette date. Tout un chacun sait par ailleurs que les Romains, ma\u00eetres de tout le bassin m\u00e9diterran\u00e9en, ont colonis\u00e9 progressivement les zones c\u00f4ti\u00e8res de l&rsquo;Afrique du Nord et une partie de leur arri\u00e8re-pays, entre 146 av. J. C. et 430 ap. J. C. Les Byzantins, qui leur ont succ\u00e9d\u00e9, apr\u00e8s un interm\u00e8de d&rsquo;un si\u00e8cle environ durent se cantonner dans un petit nombre de ports m\u00e9diterran\u00e9ens. Puis vient l&rsquo;invasion arabe, dot\u00e9e d&rsquo;une id\u00e9ologie combative et fortement mouvante tant du point de vue eschatologique que du point de vue \u00e9conomique ; et c&rsquo;est l&rsquo;islamisation des Berb\u00e8res, une islamisation qui a connu bien des p\u00e9rip\u00e9ties, mais qui a pu malgr\u00e9 tout agir en profondeur, sur le long terme. De toutes ces vicissitudes de l&rsquo;histoire, il a r\u00e9sult\u00e9 que les \u00e9lites amazighes se sont diversement accultur\u00e9es, et ont richement contribu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration des grandes cultures m\u00e9diterran\u00e9ennes.<\/p>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-4890 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/1-A-Mapas-Imperiales-Imperio-Almohade1.jpg?resize=618%2C383&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"618\" height=\"383\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/1-A-Mapas-Imperiales-Imperio-Almohade1.jpg?w=800&amp;ssl=1 800w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/1-A-Mapas-Imperiales-Imperio-Almohade1.jpg?resize=403%2C250&amp;ssl=1 403w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><\/p>\n<p>Le premier ph\u00e9nom\u00e8ne qui a r\u00e9sult\u00e9 de la cohabitation des Berb\u00e8res avec d&rsquo;autres peuples m\u00e9diterran\u00e9ens, c&rsquo;est le bilinguisme, voire le trilinguisme. Il est permis de dire qu&rsquo;en toute p\u00e9riode historique, l&rsquo;\u00e9lite amazighe des zones p\u00e9n\u00e9tr\u00e9es par les cultures \u00e9trang\u00e8res a \u00e9t\u00e9 au moins bilingue, avec les avantages, mais aussi les inconv\u00e9nients que cela suppose. Le bilinguisme des meilleurs n&rsquo;a-t-il pas \u00e9t\u00e9 la cause directe d&rsquo;une certaine stagnation de la langue amazighe?<\/p>\n<p>En revanche, les Berb\u00e8res peuvent s&rsquo;attribuer le m\u00e9rite d&rsquo;avoir influenc\u00e9 la culture punique, puisque la d\u00e9esse protectrice de Carthage, Tinnit, appartenait au panth\u00e9on amazighe. \u00c0 en juger par ce que nous rapporte Silius Italicus (p. 8) sur la visite du jeune Hannibal \u00e0 un temple carthaginois, les pr\u00eatresses de Tinnit \u00e9taient surtout des amazighes qui s&rsquo;imposaient par leur fougue et leur verve. Pline (parag. 24, p. 5 6) et d&rsquo;autres historiens anciens nous disent que les habitants de la r\u00e9gion de Carthage, le Byzacium, et des villes c\u00f4ti\u00e8res de Numidie \u00e9taient nomm\u00e9s Libyph\u00e9niciens. Ce sont justement ces <strong>Libyph\u00e9nicien<\/strong>s qui ont fourni l&rsquo;essentiel de l&rsquo;\u00e9quipage du fameux p\u00e9riple d&rsquo;Hannon (Gsell, T.I, p. 478).<\/p>\n<p>Signalons, pour finir, que l&rsquo;historien Georges Marcy, dans l&rsquo;introduction \u00e0 sa th\u00e8se, invite les chercheurs \u00e0 utiliser le berb\u00e8re, langue vivante, pour d\u00e9crypter le punique, langue morte, plut\u00f4t que de proc\u00e9der inversement (Marcy, p. 16). Et, si nous n&rsquo;avons aucune trace de productions amazighes en punique, c&rsquo;est que \u201c<em>la civilisation punique n&rsquo;a produit ni savants, ni po\u00e8tes, ni penseurs\u00a0; du moins l&rsquo;histoire n&rsquo;en conna\u00eet pas<\/em>\u201d (Gsell, t. IV, p. 125). Des productions intellectuelles individuelles dues \u00e0 l&rsquo;esprit amazigh, en langue grecque, il nous reste les traces d&rsquo;un ouvrage \u00e9crit par Juba II, en trois Iivres, intitul\u00e9 \u201cLibyca, dont la perte nous cause beaucoup de regrets\u201d (Gsell, VIII, p. 262).<\/p>\n<p>Mais c&rsquo;est dans la production de T\u00e9rence (v. 190-159 av. J. C) que le g\u00e9nie inventif amazigh en mati\u00e8re de cr\u00e9ativit\u00e9 th\u00e9\u00e2trale se r\u00e9v\u00e9la le mieux. L&rsquo;influence de T\u00e9rence s&rsquo;est exerc\u00e9e sur la production des dramaturges europ\u00e9ens jusqu&rsquo;au XVIe si\u00e8cle (Brunel et Jouanny, p. 238). \u00c0 cet \u00e9crivain f\u00e9ru d&rsquo;hell\u00e9nisme, mort \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de trente ans, nous devons la fameuse sentence : \u201c<em>Je suis un homme; de ce qui est humain rien ne m&rsquo;est donc \u00e9tranger\u201d<\/em>. Il voulait dire par l\u00e0, lui le jeune Africain fait prisonnier de guerre \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de cinq ans et r\u00e9duit en esclavage, que tous les hommes se valent. Mais bien avant Juba II et bien avant T\u00e9rence, la simple litt\u00e9rature orale amazighe avait d\u00e9j\u00e0 produit des effets sur la pens\u00e9e grecque. Aristote (384-322 av. J. C.) cite les fables libyennes comme \u00e9tant un genre litt\u00e9raire. Lisant cela, on apprend au passage que le po\u00e8te tragique Eschyle (525-456 av. J. C.) s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 inspir\u00e9 de ces fables libyennes (Aristote, L II, p. l 04). On peut dire, en r\u00e9sum\u00e9, que l&rsquo;intercompr\u00e9hension entre Grecs et Berb\u00e8res semble avoir \u00e9t\u00e9 totale. Citons, entre autres preuves, le fait que le roi Massinissa \u00e9tait hell\u00e9nisant et qu&rsquo;il a tenu \u00e0 s&rsquo;entourer dans sa cour d&rsquo;artistes et de musiciens hell\u00e8nes. Les Ath\u00e9niens de leur c\u00f4t\u00e9 ont \u00e9rig\u00e9 une statue du roi \u00e9crivain Juba II, aupr\u00e8s d&rsquo;une biblioth\u00e8que, au c\u0153ur m\u00eame de leur cit\u00e9. (Gsell, VIII, 251).<\/p>\n<p>Il est difficile, par contre, de d\u00e9terminer de fa\u00e7on pr\u00e9cise les p\u00e9riodes antiques ou Berb\u00e8re et Juifs ont commenc\u00e9 \u00e0 cohabiter et \u00e0 s\u2019influencer les uns les autres. Traitant le sujet, S. Gsell a \u00e9crit ceci: \u201c<em>Nous devons mentionner encore d&rsquo;autres \u00e9trangers, dont l&rsquo;\u00e9tablissement en Berb\u00e9rie n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 la cons\u00e9quence d&rsquo;une conqu\u00eate. &#8230; Ils [les juifs] \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 assez nombreux \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque romaine, et il est \u00e0 croire que la plupart d&rsquo;entre eux \u00e9taient de v\u00e9ritables l\u00e9preux<\/em>\u201d (Gsell, I, pp. 280,281). H. Zafrani, lui, nous informe que \u00ab\u00a0<em>le\u00a0 juda\u00efsme maghr\u00e9bin (le juda\u00efsme historique s&rsquo;entend)&#8230; est aussi le produit du terroir maghr\u00e9bin o\u00f9 il est n\u00e9, o\u00f9 il s&rsquo;est f\u00e9cond\u00e9, et o\u00f9 il a v\u00e9cu durant pr\u00e8s de deux mill\u00e9naires, cultivant avec l&rsquo;environnement, dans l&rsquo;intimit\u00e9 du langage et l&rsquo;analogie des structures mentales, une solidarit\u00e9 active, et une dose non n\u00e9gligeable de symbiotisme&#8230;<\/em>.\u00bb (Zafrani, Mille ans\u2026, pp. 9 et 10). C&rsquo;est dire qu&rsquo;au fil des si\u00e8cles la jud\u00e9it\u00e9 s&rsquo;est acclimat\u00e9e en Afrique du Nord, sans dommage pour personne. L&rsquo;existence d&rsquo;une version berb\u00e8re de la <strong>Haggada de Pesah<\/strong> (Zaffani,Litt) semble prouver que, sans pros\u00e9lytisme actif, les petites colonies h\u00e9bra\u00efques de Berb\u00e9rie ont servi de foyers \u00e0 une assez importante juda\u00efsation des autochtones ; on s&rsquo;en convainc par l&rsquo;observation, par-ci par-l\u00e0, d&rsquo;un certain nombre d&rsquo;indices relevant de l&rsquo;anthropologie culturelle, telle la tendance \u00e0 faire souvent usage de pr\u00e9noms d&rsquo;origine juive, ou \u00e0 consid\u00e9rer le samedi comme \u00e9tant jour de repos. Il est cependant impossible de d\u00e9montrer que des Imazighen de souche ont contribu\u00e9 \u00e0 enrichir la pens\u00e9e ou la litt\u00e9rature h\u00e9bra\u00efque.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, c&rsquo;est par pl\u00e9iades que l&rsquo;on peut citer des noms numides, libyens ou africains, c&rsquo;est-\u00e0-dire berb\u00e8res, ayant donn\u00e9 un \u00e9clat tout \u00e0 fait particulier aux lettres latines. D\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 plus haut en tant que dramaturge, T\u00e9rence \u00ab\u00a0<em>a laiss\u00e9 six com\u00e9dies&#8230; jou\u00e9es entre 166 et 160 av. J. C<\/em>\u00a0\u00bb, nous disent ses biographes. Sa \u201c<em>com\u00e9die [a \u00e9t\u00e9] caract\u00e9ris\u00e9e par le souci d&rsquo;adapter la finesse et l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance du g\u00e9nie grec au go\u00fbt d&rsquo;un public romain lettr\u00e9\u2019\u2019<\/em> (Le Robert 2, Terence)\u201d.<\/p>\n<p>\u201c<em>Le plus c\u00e9l\u00e8bre des \u00e9crivains africains (d&rsquo;avant la christianisation) fut Apul\u00e9e<\/em>\u201d \u00e9crit l&rsquo;historien fran\u00e7ais Charles-Andr\u00e9 Julien, qui se h\u00e2te d&rsquo;ajouter que le personnage a \u00e9t\u00e9 \u00e0 la fois \u201c<em>insupportable et s\u00e9duisant<\/em>\u201d (Julien, p. 182). Apul\u00e9e, (125-170), a \u00e9crit \u00ab\u00a0<strong><em>L\u2019\u00e2ne d&rsquo;or<\/em><\/strong>\u00a0\u00bb, esp\u00e8ce de roman, qui\u00a0 \u201c<em>constitue un des rares livres latins qui se lisent encore sans ennui<\/em>\u201d, nous avertit Ch.-A. Julien (p. 183). L&rsquo;\u00e9crivain italien Pietro Citati, lui ne marchande pas son \u00e9loge :\u00a0 \u00ab\u00a0l\u2019\u00c2ne d&rsquo;or , \u00e9crit-il, \u201cest probablement le roman le plus original jamais \u00e9crit\u201d&#8230; Et dire que des familles amazighes marocaines et libyennes portent encore le patronyme \u201cApul\u00e9e\u201d, sous sa forme authentique : \u201cAfulay\u201d. \u201c&#8230;<em>Trois g\u00e9ants dominent la pens\u00e9e chr\u00e9tienne de l&rsquo;Afrique romaine : Tertullien, Cyprien et Augustin. Ces trois Africains qui, avec leurs personnalit\u00e9s diff\u00e9rentes, contribu\u00e8rent \u00e0 l&rsquo;\u00e9tablissement du dogme, sont \u00e0 juste titre, consid\u00e9r\u00e9s comme des p\u00e8res de l&rsquo;\u00c9glise<\/em>\u201d (Camps, p. 251). C&rsquo;est Tertullien (155-225) qui fit du christianisme une arme de r\u00e9sistance contre l&rsquo;occupation romaine, car, tout chr\u00e9tien qu&rsquo;il \u00e9tait devenu, il avait gard\u00e9 \u201c<em>toutes les passions, toute l&rsquo;intransigeance, toute l&rsquo;indiscipline du Berb\u00e8re<\/em>\u201d. Il d\u00e9fendit \u00e0 ses coreligionnaires le service militaire et incita les soldats \u00e0 la d\u00e9sertion. Son ouvrage principal a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;Apolog\u00e9tique (Apologeticum). Saint Cyprien, lui, recherche et finit par subir le martyre. Il a \u00e9crit, entre autres livres: <strong>Ad Demitrianum, Ad Fortunatum, De Mortalitate&#8230;<\/strong> (Ch- A. Julien, p. 206, 207). Quant \u00e0 Saint-Augustin (354-430), il ne me semble pas n\u00e9cessaire de donner les d\u00e9tails de sa vie et de son \u0153uvre, car, en principe, les Europ\u00e9ens, en tant que chr\u00e9tiens, le connaissent mieux que quiconque. Je me permets n\u00e9anmoins de rappeler que m\u00eame du point de vue de sa filiation, Augustin, a \u00e9t\u00e9 le produit des relations symbiotiques entre peuples m\u00e9diterran\u00e9ens ; il \u00e9tait de m\u00e8re romaine et de p\u00e8re amazigh. Ainsi donc, autant les rapports entre Romains et Berb\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 conflictuels sur les deux plans politique et militaire, autant ils ont \u00e9t\u00e9 fructueux sur le plan culturel. Le ph\u00e9nom\u00e8ne est courant dans l&rsquo;histoire: les Alg\u00e9riens ont combattu la France, mais ont enrichi sa litt\u00e9rature.<\/p>\n<p>La p\u00e9riode islamique de l&rsquo;histoire des Berb\u00e8res, sans \u00eatre vraiment la plus longue, est la mieux connue, parce elle est la plus r\u00e9cente et la mieux \u00e9tudi\u00e9e. Il serait donc fastidieux d&rsquo;\u00e9num\u00e9rer les centaines de penseurs, d&rsquo;\u00e9crivains, ou de savants amazighs qui ont contribu\u00e9 \u00e0 la constitution du patrimoine culturel arabo-islamique. Mais, \u00e0 titre indicatif, citrons-en quelques figures de proue. Ce sont les <strong>Jazouli<\/strong> (mort en 1210), <strong>Ibn Mu\u00e2t\u00e9<\/strong> (1169-1231) et <strong>Ajerrum<\/strong> (mort en\u00a0 1323), qui ont initi\u00e9 la mise en forme de la grammaire arabe. Le livre d&rsquo;Ajerrum a \u00e9t\u00e9 en usage dans l&rsquo;ensemble du monde musulman pendant plus de six si\u00e8cles, sans \u00eatre vraiment d\u00e9mod\u00e9 m\u00eame \u00e0 nos jours. Si les Iraniens ont \u00e9t\u00e9 les meilleurs philologues de la langue arabe, les Amazighs en ont \u00e9t\u00e9 les meilleurs p\u00e9dagogues. <strong>Ibn Battouta<\/strong> (1304-1377), l\u2019intr\u00e9pide explorateur universellement connu, \u00e9tait un Berb\u00e8re de la grande tribu des Lawata. Le lexicographe <strong>Ibn Mandhor<\/strong> (1232-1311), dont l\u2019ouvrage Lis\u00e2n al-Aarab reste une r\u00e9f\u00e9rence incontournable, est n\u00e9 en \u00c9gypte d&rsquo;une famille amazighe de Djerba. Le th\u00e9ologien et essayiste Lyoussi (1630-1691), a eu le courage de tenir t\u00eate, seul, au sultan despotique marocain de son \u00e9poque. Et, pour que les Berb\u00e8res d\u2019Espagne m\u00e9di\u00e9vale ne soient pas en reste, citons-en au moins deux : le premier \u00e9tant <strong>Abbas Ibn Firn\u00e2s<\/strong> (mort en 887), \u00e0 qui l\u2019on \u201c<em>attribue l&rsquo;invention de la fabrication du cristal<\/em>\u201d, la fabrication d\u2019une horloge (manqana), et qui \u201c<em>fut m\u00eame un lointain pr\u00e9curseur de l\u2019aviation<\/em>\u201d (Ency. Isl., I. p. 11), et le second \u00e9tant Abu Hayy\u00e2n al Gharn\u00e2t\u00e9 (1256-1344), le polyglotte comparatiste en mati\u00e8re de langues.<\/p>\n<p>Ceci dit, il faut signaler que l\u2019adh\u00e9sion des Imazighen \u00e0 la culture arabo-islamique n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 des plus rapides ni des plus spontan\u00e9es. Ibn Khaldun nous dit que les Berb\u00e8res ont apostasi\u00e9 une douzaine de fois, en quelques d\u00e9cennies. Les m\u00e9thodes brutales de ceux qui leur proposaient la nouvelle foi les ont dress\u00e9s contre elle. Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre lib\u00e9r\u00e9s de la tyrannie arabe, gr\u00e2ce \u00e0 deux cuisantes d\u00e9faites qu\u2019ils ont inflig\u00e9es aux arm\u00e9es omeyyades en 741, ils ont essay\u00e9 de trouver une parade culturelle \u00e0 l\u2019islamisation.<\/p>\n<p>Deux tentatives dans ce sens ont \u00e9t\u00e9 entreprises, I\u2019une par la f\u00e9d\u00e9ration tribale des Berghwata, et l\u2019autre par celle des Ghumara. Ce sont les premiers qui sont all\u00e9 le plus loin dans leur entreprise: ils s\u2019organis\u00e8rent en \u00c9tat, se dot\u00e8rent d\u2019une arm\u00e9e puissante, d\u2019un livre sacr\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 en tamazight, et caricatur\u00e8rent, comme \u00e0 dessein, quelques pratiques du culte musulman. Quatre si\u00e8cles plus tard, ce sont les Almohades, une autre f\u00e9d\u00e9ration de tribus, qui enfin battirent les Berghwata et les firent totalement dispara\u00eetre de la sc\u00e8ne politique. Endoctrin\u00e9s par un th\u00e9ologien du terroir, form\u00e9 en Orient, les Almohades, eux, s\u2019\u00e9taient assign\u00e9 comme objectif de r\u00e9aliser l\u2019union de l&rsquo;ensemble du peuple amazigh, mais sous la banni\u00e8re d\u2019un islam rigoriste. Ils y r\u00e9ussirent largement, et sans qu&rsquo;ils l\u2019aient vraiment cherch\u00e9, ils ouvrirent la voie \u00e0 une arabisation lente mais continue.<\/p>\n<p>Ils n&rsquo;avaient pourtant pas h\u00e9sit\u00e9, \u00e0 un moment de leur r\u00e8gne, \u00e0 exiger que les muezzins et les imams fussent berb\u00e9rophones. Apr\u00e8s eux, ce fut une autre f\u00e9d\u00e9ration de tribus amazighes, les M\u00e9rinides, qui prit le pouvoir et pratiqua une politique d&rsquo;arabisation intensive de l&rsquo;enseignement (Document n\u00b0 III). J\u2019ajouterai simplement qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, I\u2019irr\u00e9ductible opposition confessionnelle entre les deux rives, Nord et Sud, de la M\u00e9diterran\u00e9e, engageait les hommes politiques et les gens d\u2019\u00c9glise des deux bords \u00e0 toujours rench\u00e9rir les uns sur les autres dans les foires de l&rsquo;intol\u00e9rance et du fanatisme. Le monoth\u00e9isme a-t-il \u00e9t\u00e9 vraiment un facteur de paix ? Vaste question qui me d\u00e9passe, mais que je ne pouvais pas \u00e9viter de poser.<\/p>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-4891 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/1-A-Mapas-Imperiales-Imperio-Almoravide1.jpg?resize=519%2C600&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"519\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/1-A-Mapas-Imperiales-Imperio-Almoravide1.jpg?w=519&amp;ssl=1 519w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/1-A-Mapas-Imperiales-Imperio-Almoravide1.jpg?resize=216%2C250&amp;ssl=1 216w\" sizes=\"auto, (max-width: 519px) 100vw, 519px\" \/><\/p>\n<p>Nous en arriverons sous peu \u00e0 parler de l&rsquo;apport proprement amazigh \u00e0 la civilisation, mais pas avant d&rsquo;\u00e9voquer la lancinante curiosit\u00e9 qui a taraud\u00e9 bien des esprits, parmi les historiens, tant arabes qu\u2019europ\u00e9ens, \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;origine des Berb\u00e8res. Au Moyen \u00c2ge, les g\u00e9n\u00e9alogistes arabes se sont convaincus, en des d\u00e9monstrations acrobatiques, du fait que les Imazighen \u00e9taient des leurs, et qu&rsquo;ils avaient \u00e9migr\u00e9 au Maghreb en des temps recul\u00e9s. Cette opinion continue \u00e0 \u00eatre la seule admise dans le monde arabe. D\u00e8s leur installation en Alg\u00e9rie, les Fran\u00e7ais \u00e0 leur tour arrivent \u00e0 se persuader que les Numides, les Maures et autres Berb\u00e8res, \u00e9taient d&rsquo;origine gallo-romaine, celte, ou carr\u00e9ment nordique (Camps, 19 \u00e0 34). Or, il semble bien que la g\u00e9n\u00e9tique a maintenant tranch\u00e9: <strong>le plus ancien berceau connu de la civilisation berb\u00e8re, en l&rsquo;\u00e9tat actuel de la science a \u00e9t\u00e9 le centre du d\u00e9sert saharien, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 il \u00e9tait bien arros\u00e9 et couvert de v\u00e9g\u00e9tation<\/strong>. Le m\u00e9rite de l&rsquo;avoir d\u00e9montr\u00e9 revient \u00e0 une \u00e9quipe de g\u00e9n\u00e9ticiens et d&rsquo;arch\u00e9ologues en majorit\u00e9 espagnols, dans l&rsquo;ouvrage intitul\u00e9: \u00ab\u00a0Prehistoric Iberia, genetics, anthropology and linguistics\u00a0\u00bb,sous la direction d\u2019Antonio Arnaiz-Villena, paru en anglais \u00e0 New York en 2000 (Doc. n\u00b0 IV). Les Imazighen ne sont pas seuIement les voisins des \u00c9gyptiens, ils sont leurs cousins. Il se trouve que j&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 moi-m\u00eame \u00e9mis une hypoth\u00e8se allant dans le m\u00eame sens, \u00e0 partir de l&rsquo;examen de quelques \u00e9l\u00e9ments de lexicographie amazighe. Cette hypoth\u00e8se a fait l&rsquo;objet d&rsquo;un expos\u00e9 en langue arabe \u00e0 l&rsquo;acad\u00e9mie du Royaume du Maroc, le 08-06-1995, puis d&rsquo;un article publi\u00e9, en fran\u00e7ais, dans la revue marocaine \u00ab\u00a0<strong>Tifinagh\u00a0\u00bb<\/strong>, en son num\u00e9ro double 11-12 d\u2019ao\u00fbt 1997 (Doc. n\u00b0 V). Comment se fait-il, dirait-on, que les \u00c9gyptiens se sont vite et totalement arabis\u00e9s, alors que les Berb\u00e8res s&rsquo;accrochent encore \u00e0 leur identit\u00e9 ? Et quelles sont les sp\u00e9cificit\u00e9s marqu\u00e9es de cette identit\u00e9 ? L\u00e0, je renvoie \u00e0 ce qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 dit sur le r\u00f4le du facteur g\u00e9ographique. Mais essayons de voir tout cela d&rsquo;un peu plus pr\u00e8s. Au septi\u00e8me si\u00e8cle, I&rsquo;\u00c9gypte a c\u00e9d\u00e9 \u00e0 l&rsquo;invasion arabe en quelques mois. L&rsquo;Afrique du Nord, elle, a r\u00e9sist\u00e9 un si\u00e8cle entier, de 640 \u00e0 741, puis a fini par r\u00e9duire \u00e0 n\u00e9ant la puissance militaire de l&rsquo;envahisseur. C&rsquo;est, \u00e0 mon avis, par inadvertance que l&rsquo;historien fran\u00e7ais G. Camps a p\u00e9remptoirement affirm\u00e9 que les Berb\u00e8res \u201c<em>n&rsquo;ont jamais pu longtemps tenir t\u00eate \u00e0 l&rsquo;envahisseur<\/em>\u201d. A-t-il voulu dire qu&rsquo;ils \u201c<em>n\u2019ont jamais tenu longtemps devant les premiers coups de boutoir de leurs assaillants<\/em>\u201d ? En tout \u00e9tat de cause, ses deux confr\u00e8res et compatriotes, Ch.-A Julien et D. Rivet, traitant de deux p\u00e9riodes pourtant tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9es l&rsquo;une de l&rsquo;autre, expriment un avis aux antipodes du sien. \u201c<em>Si la civilisation romaine conquit en apparence les cit\u00e9s du plat pays, elle ne mordit m\u00eame pas sur les \u00eelots montagneux..<\/em>.\u201d, puis \u201c<em>vint le moment o\u00f9 craqua I&rsquo;armature romaine. Alors il apparut combien la romanisation \u00e9tait superficielle et pour les Berb\u00e8res leur contribution \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration des cultures m\u00e9diterran\u00e9ennes prouve son extension limit\u00e9e<\/em>\u201d, a \u00e9crit le premier (Julien, p. 194). L&rsquo;historienne belge, Marguerite Rachet, nous renvoyant elle aussi au r\u00f4le de la g\u00e9ographie, tire la conclusion suivante: \u201c<em>Rome r\u00eavait de dominer une Berb\u00e9rie agricole et prosp\u00e8re. Cette ambition supposait un total bouleversement des habitudes sociales des indig\u00e8nes, fond\u00e9es le plus souvent sur le semi-nomadisme<\/em>\u201d. (Rachet, p. 259). D. Rivet pour sa part, parlant des Fran\u00e7ais pacifiant le Maroc au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, dans un chapitre intitul\u00e9 <em>Une guerre de trente ans<\/em>, n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 \u00e9crire que \u00ab\u00a0 <em>la r\u00e9sistance fut le fait essentiellement des montagnards berb\u00e9rophones. Elle confirme le postulat que les Berb\u00e8res se d\u00e9finissent d&rsquo;abord par leur \u00e9ternelle insoumission au pouvoir central, lorsqu&rsquo;il vient d&rsquo;ailleurs, et par une irr\u00e9ductibilit\u00e9 des profondeurs<\/em>&#8230;\u201d (Rivet, pp. 49 et 50). Camps lui-m\u00eame revient sur son opinion, pour ainsi c\u00e9l\u00e9brer les Amazighs: \u201c<em>ces peuples fiers ont toutefois toujours pu exprimer une irr\u00e9ductible et vibrante identit\u00e9 et une conception exigeante de l&rsquo;honneur<\/em>\u201d. Cette irr\u00e9ductibilit\u00e9 des profondeurs a ses soubassements dans la nature du sol et dans les organisations politique et militaire qui en ont d\u00e9coul\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019art de la guerre d\u00e9velopp\u00e9 par les Imazighen au cours des trois mille ans connus de leur histoire, est rest\u00e9 constamment identique \u00e0 lui-m\u00eame. Essentiellement d\u00e9fensif, il met en \u0153uvre la principale qualit\u00e9 humaine que cultive une lutte incessante contre l&rsquo;indigence de la terre nord-africaine : I\u2019endurance. Puis, selon les \u00e9poques, il a su utiliser comme <em>b\u00eate de guerre<\/em> tel ou tel animal sauvage, dress\u00e9 chaque fois que le besoin s&rsquo;en fait sentir. Jugurtha (104-160 av. J.C.) aurait utilis\u00e9 contre les Romains, entre 105 et 112\u00a0 av. J.C., un animal myst\u00e9rieux, la gorgone, qui tuait l&rsquo;ennemi de son seul regard, par la grande frayeur qu&rsquo;il lui causait sans doute (Gsell, I, p. 124). \u201c<em>Les \u00e9l\u00e9phants que Juba ler mit en ligne \u00e0 la bataille de Thapsus [contre les troupes de Jules C\u00e9sar, sortaient \u00e0 peine de for\u00eat<\/em>\u2019\u2019 (Gsell, I, p.76). Au Moyen-\u00c2ge, les Almoravides ont fait bon usage du dromadaire. Mais le compagnon d&rsquo;armes qui est rest\u00e9 le plus longtemps fid\u00e8le \u00e0 l&rsquo;homme amazigh, depuis la plus haute antiquit\u00e9 jusqu&rsquo;au XXe si\u00e8cle, c&rsquo;est le cheval dit <em>barbe<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire berb\u00e8re (berbero). C&rsquo;est lui qui a battu le cheval arabe dans les deux batailles d\u00e9cisives de 741, celle de Chellef en Alg\u00e9rie, et celle de Sebou au Maroc. C&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 la cavalerie berb\u00e8re qu&rsquo;Hannibal, le Carthaginois, a litt\u00e9ralement \u00e9cras\u00e9 les arm\u00e9es romaines en Italie (216 av. J.C). Quatorze ans plus tard (202 av. J.C), c&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 la m\u00eame cavalerie berb\u00e8re que les Romains vainquirent Hannibal \u00e0 Zama (document n\u00b0 VI), car Rome avait su se rallier les Imazighen qui \u00e9taient, nous dit un historien romain, les combattants qu&rsquo;elle redoutait le plus (Tite-Live, Livres XXI \u00e0 XXV, pp. 207, 208, 209 et 485). En plus du cheval barbe, les Imazighen ont eu deux alli\u00e9s naturels, la montagne et, en arri\u00e8re-plan, les zones semi-arides, et m\u00eame le d\u00e9sert, qui leur permettaient d&rsquo;avoir recours \u00e0 des guerres d&rsquo;usure, courtes mais tr\u00e8s efficaces \u00e0 la longue.<\/p>\n<p>Cet art de la guerre \u00e9tait le produit normal d&rsquo;une organisation politique n\u00e9e elle-m\u00eame d&rsquo;une nature g\u00e9ographique bien d\u00e9termin\u00e9e, laquelle a constitu\u00e9 un obstacle infranchissable emp\u00eachant la berb\u00e9rit\u00e9 de s&rsquo;\u00e9riger en nation. En effet, il ne pouvait na\u00eetre du vaste terroir nord-africain, tel que nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 d\u00e9crit, une organisation politique de la soci\u00e9t\u00e9 amazighe autre que tribale. D\u00e9fiant le temps, le concept de tribu a \u00e9t\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9 par l&rsquo;esprit berb\u00e8re jusqu&rsquo;au milieu du si\u00e8cle dernier. Et l\u00e0, il me semble n\u00e9cessaire d&rsquo;ouvrir une parenth\u00e8se pour d\u00e9barrasser le mot tribu des connotations p\u00e9joratives qu&rsquo;il charrie, en langue fran\u00e7aise tout au moins. Des pays europ\u00e9ens, et non des moindres, ont gard\u00e9 trace de l&rsquo;ordre tribal d&rsquo;antan dans leurs modes d&rsquo;organisation administrative, jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours, comme en t\u00e9moigne le fonctionnement des lander allemands.<\/p>\n<p>Il est historiquement significatif \u00e0 ce sujet, que l&rsquo;acte de |a fondation de <strong>l&rsquo;Empire allemand<\/strong>, sign\u00e9 le 18 janvier 1871, ait d\u00e9fini le Deutsche Reich comme \u00e9tant une \u201c<em>alliance des princes des tribus allemandes<\/em>\u201d (Schrader, le Monde du 02.06.2000, p. 12). Je ferme la parenth\u00e8se. Il n&rsquo;est donc pas \u00e9tonnant que la Berb\u00e9rie ait \u00e9t\u00e9 en permanence, et jusqu&rsquo;\u00e0 une \u00e9poque r\u00e9cente, une suite d&rsquo; \u201c<em>anarchies \u00e9quilibr\u00e9es<\/em>\u201d, selon l&rsquo;heureuse formule de G. Camps (Camps, p. 326). L&rsquo;organisation tribale a toujours fini par se trouver en opposition avec tout pouvoir centralis\u00e9, m\u00eame s&rsquo;il en a \u00e9t\u00e9 |&rsquo;\u00e9manation. De toute \u00e9vidence, elle a eu pour doctrine politique, non explicit\u00e9e, la n\u00e9cessit\u00e9 de toujours barrer le chemin aux vell\u00e9it\u00e9s dictatoriales, et d&rsquo;exposer \u00e0 une pr\u00e9carit\u00e9 structurelle toute autorit\u00e9 \u00e0 vis\u00e9es tyranniques. Il n&rsquo;y a jamais eu ni des Pharaons, ni des C\u00e9sars, ni des Chosro\u00eas amazighes. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;a r\u00e9sid\u00e9 en permanence la force des Berb\u00e8res, dans le pass\u00e9, mais c&rsquo;est l\u00e0 que se trouvait aussi, en germe, leur faiblesse des temps modernes. La greffe d\u00e9mographique arabe qui leur a \u00e9t\u00e9 fournie par l&rsquo;Islam ne leur a pas \u00e9t\u00e9 d&rsquo;un grand secours, parce qu&rsquo;elle n&rsquo;a jamais cess\u00e9 elle-m\u00eame d&rsquo;\u00eatre tribale par essence, les m\u00eames causes engendrant les m\u00eames effets. C&rsquo;est le colonialisme europ\u00e9en qui, au XIXe puis au XXe si\u00e8cle, viendra signifier aux Berb\u00e8res et aux Arabes que leur doctrine politique a depuis longtemps atteint ses limites. Mais le colonialisme europ\u00e9en a surgi, lui, de I\u2019horizon nord. Par-del\u00e0 cet horizon, r\u00e8gne une nature g\u00e9n\u00e9reuse. Des flancs des montagnes aux neiges \u00e9ternelles naissent de grands fleuves. Des for\u00eats aux arbres gigantesques voisinent avec d&rsquo;immenses prairies servant d&rsquo;\u00e9crins \u00e0 des cit\u00e9s, des villages et des hameaux o\u00f9 prosp\u00e8rent depuis des si\u00e8cles, commerces et industries, et o\u00f9 l&rsquo;on a le temps de penser.<\/p>\n<p>L&rsquo;indigence des sols et l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 des paysages nord-africains n&rsquo;ont cependant pas dess\u00e9ch\u00e9 les c\u0153urs au point de les rendre incapables de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Bien au contraire, ils y ont engendr\u00e9 le sentiment que l&rsquo;hospitalit\u00e9 et le sens du partage doivent rendre supportable l&rsquo;incl\u00e9mence des cieux et des saisons. Il s\u2019y ajoute que l&rsquo;esprit amazigh, longtemps form\u00e9 \u00e0 r\u00e9pondre aux exigences \u00e9galitaristes de la vie tribale, a acquis un sens aigu de la justice.<\/p>\n<p>De ce point de vue, il devient possible de proc\u00e9der \u00e0 une analyse objective de I&rsquo;attachement des Berb\u00e8res \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une gestion d\u00e9mocratique de leurs affaires. Cet attachement est si fort qu&rsquo;il engendre une conception unanimiste du pouvoir d\u00e9cisionnel, et rend souvent inop\u00e9rante la volont\u00e9 de la majorit\u00e9. De saint-Augustin (354-430) \u00e0 Lyoussi (1630-1691), les Imazighen ont la m\u00eame soif de justice. \u201c<em>Si l&rsquo;on \u00e9carte la justice, que sont les royaumes, sinon de grands brigandages !<\/em>\u201d a d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 le premier dans sa <strong>Cit\u00e9 de Dieu<\/strong>. \u201cLa justice prime l\u2019observance religieuse !\u201d ass\u00e8ne d\u2019une certaine mani\u00e8re le second au th\u00e9ocrate intransigeant Moulay Isma\u00efl. C&rsquo;est, en partie, cette qu\u00eate \u00e9perdue d&rsquo;\u00e9galit\u00e9, de d\u00e9mocratie et de justice qui, par ses exc\u00e8s, a rendu politiquement vuln\u00e9rable la soci\u00e9t\u00e9 berb\u00e8re, I&rsquo;a fragilis\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;\u00e9tranger, et l&rsquo;a emp\u00each\u00e9e de s&rsquo;assumer elle-m\u00eame en tant que nation organis\u00e9e. Il a bien \u00e9merg\u00e9 des royaumes berb\u00e8res dans l&rsquo;antiquit\u00e9, mais ils n&rsquo;ont dur\u00e9 que quatre si\u00e8cles environ (doc. n\u00b0VII). Leur existence du reste n&rsquo;avait pas aboli le syst\u00e8me tribal ; elle s&rsquo;en \u00e9tait servie, en s&rsquo;en accommodant. \u00c0 Thugga, en Numidie, il y avait bien un Conseil des Citoyens en 138 av. J. C., \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque du roi Micipsa (Camps, p. 311). Le califat almohade lui-m\u00eame, au Moyen \u00c2ge, avait son Conseil des Dix, et son Assembl\u00e9e des Cinquante, dont quarante d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s des tribus (Terrasse, Tome I, p. 276). C\u2019est donc \u201c<em>l\u2019affirmation d &lsquo;un pouvoir collectif\u201d <\/em>o\u00f9 l&rsquo;on trouve<em> \u201cles pr\u00e9mices de la d\u00e9mocratie<\/em>\u201d (Camps, p. 310) qui a emp\u00each\u00e9 l&rsquo;\u00e9mergence de monarchies vraiment s\u00fbres d&rsquo;elles et appel\u00e9es \u00e0 durer.<\/p>\n<p>Cette soci\u00e9t\u00e9 berb\u00e8re, r\u00e9gie par des pouvoirs collectifs locaux ou r\u00e9gionaux, a s\u00e9cr\u00e9t\u00e9, \u00e0 la longue, un humanisme de bon aloi, comme en t\u00e9moigne les dispositions juridiques de l&rsquo;azerf. En raison du fait qu&rsquo;il est le produit de mille petits consensus ayant modifi\u00e9 les uns les autres \u00e0 travers les si\u00e8cles, et non celui d&rsquo;un d\u00e9cret d&rsquo;autocrate, \u00e0 l&rsquo;image du <strong>Code de Hammourabi, l&rsquo;azerf<\/strong>, le droit coutumier amazighe, est en effet un droit humain, positif et \u00e9volutif. Des sanctions judiciaires, il bannit totalement les ch\u00e2timents corporels, y compris la peine de mort. Quand il y a meurtre, I&rsquo;assassin est condamn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;exil. En de\u00e7\u00e0, les peines encourues sont toutes d&rsquo;ordre \u00e9conomique : dommages et int\u00e9r\u00eats pay\u00e9s \u00e0 la partie civile ; amendes vers\u00e9es \u00e0 la communaut\u00e9. Seules des sanctions morales \u00e0 caract\u00e8re \u00e9ducatif sont appliqu\u00e9es aux mineurs. Le statut de la femme b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;interpr\u00e9tations qui adoucissent certaines rigueurs de la <strong>charia\u00e2<\/strong>, ou am\u00e9liore son dispositif des compensations. C&rsquo;est ainsi, par exemple, que I&rsquo;indemnit\u00e9 accord\u00e9e \u00e0 une divorc\u00e9e (<em>tamazzalt<\/em>) est calcul\u00e9e au prorata des ann\u00e9es de mariage, et n&rsquo;est pas laiss\u00e9e \u00e0 la discr\u00e9tion du juge. Mais le statut dont la femme a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 avant l&rsquo;islam a d\u00fb lui \u00eatre beaucoup plus favorable, la soci\u00e9t\u00e9 berb\u00e8re ayant \u00e9t\u00e9 r\u00e9gie par le matriarcat des mill\u00e9naires durant (Abrous et Claudot-Hawad, Annuaire ; Ousgan, th\u00e8se). Dans beaucoup de tribus, les hommes continuent \u00e0 dire les lionnes (tisednan) quand ils parlent de la gent f\u00e9minine, par r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un conte d\u00e9j\u00e0 connu \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de Juba II. Ajoutons \u00e0 ceci que le droit de la guerre intertribale interdit le rapt des femmes et des enfants. Par ailleurs, c&rsquo;est avec horreur que tout Amazigh entend parler de cette pratique barbare qu&rsquo;est l&rsquo;excision des jeunes filles.<\/p>\n<p>Enfin, comme en t\u00e9moigne un membre de l&rsquo;intelligentsia isra\u00e9lienne : \u201c<em>La soci\u00e9t\u00e9 berb\u00e8re semble avoir \u00e9t\u00e9 I\u2019une des rares \u00e0 n&rsquo;avoir pas connu I&rsquo;antis\u00e9mitisme. Le droit berb\u00e8re, azerf contrairement au droit musulman (et au droit juif soit dit en passant), est tout \u00e0 fait ind\u00e9pendant de la sph\u00e8re religieuse. Il serait, par essence, la\u00efque et \u00e9galitaire, et n&rsquo;impose aucun statut particulier au juif\u2026<\/em>\u201d (Elbaz, p. 84).<\/p>\n<p>Cela suppose l\u2019existence d&rsquo;une philosophie amazighe du droit. Or, cette philosophie existe bel et bien. Elle aurait \u00e9t\u00e9 explicit\u00e9e, en des temps tr\u00e8s anciens, dans un jugement rendu par un tribunal coutumier, \u00e0 propos d&rsquo;un litige foncier. L&rsquo;une des parties ayant affirm\u00e9 que le terrain faisant l\u2019objet du proc\u00e8s \u201c<em>appartenait \u00e0 sa famille depuis qu&rsquo;elle \u00e9tait descendue du ciel<\/em>\u201d, les juges donn\u00e8rent gain de cause \u00e0 l&rsquo;autre partie, laquelle avait affirm\u00e9, elle, que le terrain \u201c<em>appartenait aux siens, depuis qu&rsquo;ils avaient germ\u00e9 dans son sol\u201d&#8230; \u201cAttendu que rien ne descend du ciel, et que tout monte de la terre\u2026 !\u201d<\/em> proclama haut et fort le tribunal&#8230; Et c&rsquo;est de cette m\u00eame philosophie que participe la valorisation du travail dans la culture berb\u00e8re: <em>\u201cSi tu ne te fais pas de cloques, \u00f4 ma main, c&rsquo;est mon c\u0153ur qui en aura !\u201d<\/em> dit le po\u00e8te.<\/p>\n<p>Ce patrimoine immat\u00e9riel, qui est l&rsquo;\u00e2me m\u00eame de la berb\u00e9rit\u00e9, est toujours standing by et ne demande qu&rsquo;\u00e0 \u00eatre recycl\u00e9 et r\u00e9investi dans la vie moderne ; sa plasticit\u00e9 le lui permet, lui qui se r\u00e9clame de la seule humanit\u00e9. Mais il attend que le support linguistique dont il est le produit soit lib\u00e9r\u00e9 de l&rsquo;imp\u00e9rialisme culturel dont il est victime. Lisons sur la question ce qu&rsquo;a \u00e9crit, il y a plus de vingt ans, I&rsquo;un des meilleurs sp\u00e9cialistes <strong>des langages de l&rsquo;humanit\u00e9<\/strong>: <em>\u201c&#8230; Ie fait berb\u00e8re n&rsquo;est reconnu ni en AIg\u00e9rie ni au Maroc, o\u00f9, de fa\u00e7on diff\u00e9rente mais avec la m\u00eame vigueur, s&rsquo;exerce la m\u00eame pression tendant \u00e0 les [les Berb\u00e8res] arabiser&#8230; Cependant, la volont\u00e9 de survivre se d\u00e9veloppe et pose m\u00eame un probl\u00e8me politique qui n&rsquo;existerait vraisemblablement pas sans l&rsquo;affirmation de l&rsquo;imp\u00e9rialisme culturel arabe\u201d<\/em> (M. Malherbe, p. 204). Cet imp\u00e9rialisme s&rsquo;exer\u00e7ait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque au nom du panarabisme, dont l&rsquo;arabo-islamisme a d\u00e9sormais pris la rel\u00e8ve. Pourvu que l&rsquo;amazighit\u00e9 ne soit pas anath\u00e9mis\u00e9e par quelque fatwa du genre \u201c<em>Hors de I\u2019arabit\u00e9, point d\u2019islam<\/em> !\u201d.<\/p>\n<p>Puissent nos coreligionnaires arabes comprendre que les non-arabes ont aussi le droit d&rsquo;\u00eatre fiers de ce qu&rsquo;ils sont ! Les Berb\u00e8res veulent simplement \u00eatre des Berb\u00e8res, comme les Chinois sont des Chinois, les Japonais des Japonais, et les Arabes des Arabes. Ils veulent pour cela cultiver ce qu&rsquo;ils ont de fonci\u00e8rement sp\u00e9cifique : leur langue. Ils veulent la d\u00e9velopper, la moderniser, et la transmettre \u00e0 leurs enfants ; c&rsquo;est en elle qu&rsquo;ils communient avec l&rsquo;\u00eatre. Et qu&rsquo;on ne s&rsquo;y trompe pas ! Leur langue a une valeur intrins\u00e8que ind\u00e9niable ; aussi est-elle encore en vie, et nulle autre qu&rsquo;elle ne conna\u00eet mieux <strong>Tamazgha<\/strong>, son berceau. Elle a son alphabet, <strong>tifinagh<\/strong>, dont la \u201c<em>survivance&#8230; est d\u2019autant plus \u00e9mouvante qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une \u00e9criture fort ancienne, et dont les origines plongent dans la protohistoire<\/em>\u201d (Camps, p. 276). Totalement modernis\u00e9, cet alphabet n&rsquo;a rien \u00e0 envier \u00e0 l&rsquo;alphabet latin lui-m\u00eame (Document n\u00b0 VIII). Il mat\u00e9rialise admirablement l\u2019identit\u00e9 culturelle des Imazighen, et refl\u00e8te quelque part leur temp\u00e9rament. C&rsquo;est la volont\u00e9 de d\u00e9fendre jusqu&rsquo;au bout cet h\u00e9ritage, conjugu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;indignation provoqu\u00e9e par de grossi\u00e8res falsifications de l\u2019histoire, qui explique la vigueur du sursaut identitaire berb\u00e8re. En aucune mani\u00e8re les Berb\u00e8res ne se dressent contre les Arabes parce qu&rsquo;ils sont arabes; mais ils se refusent \u00e0 un enr\u00f4lement forc\u00e9 dans une certaine arabit\u00e9, celle de la jactance, de l\u2019ostentation, et des vell\u00e9it\u00e9s h\u00e9g\u00e9monistes. En aucune mani\u00e8re les Berb\u00e8res ne se dressent non plus contre l\u2019islam en tant qu\u2019islam : ils sont musulmans et se solidarisent avec le monde musulman tant qu\u2019il pr\u00f4ne la justice, la tol\u00e9rance, la mod\u00e9ration et le respect de la dignit\u00e9 humaine. Le Mouvement culturel amazigh (MCA) milite, bien s\u00fbr, en faveur de la s\u00e9cularisation de l\u2019\u00c9tat et de la la\u00efcit\u00e9 de l\u2019enseignement public, et ne s\u2019en cache pas. Mais il n\u2019est pas la\u00efciste. Il agit dans le respect le plus total de l\u2019un des enseignements les mieux occult\u00e9s par le clerg\u00e9 de fait qu&rsquo;est le corps des docteurs de la loi islamique, \u00e0 savoir qu\u2019il \u201c<em>ne doit pas y avoir de contrainte en mati\u00e8re de religion !\u201d<\/em> (Coran, sourate II, verset 256). L\u2019histoire a justement d\u00e9montr\u00e9 que la valeur de la foi en Dieu r\u00e9side dans sa sinc\u00e9rit\u00e9, et que toute adh\u00e9sion forc\u00e9e n&rsquo;engendre que mensonges et hypocrisie. Il est certain que la la\u00efcisation des \u00c9tats et de I\u2019enseignement public permettra \u00e0 l&rsquo;islam de se r\u00e9v\u00e9ler sous son vrai jour, en tant que <em>religion du savoir et de la raison<\/em>, et de n\u2019\u00eatre plus un alibi dont on se sert pour justifier bien des ignominies.<\/p>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-4889\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/1-A-d-lebous.jpg?resize=417%2C287&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"417\" height=\"287\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/1-A-d-lebous.jpg?w=308&amp;ssl=1 308w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/1-A-d-lebous.jpg?resize=110%2C75&amp;ssl=1 110w\" sizes=\"auto, (max-width: 417px) 100vw, 417px\" \/><\/p>\n<p>Le christianisme aussi a connu sa p\u00e9riode d&rsquo;\u00e9garement : celle de l\u2019ordalie, de l\u2019autodaf\u00e9, de l\u2019inquisition et du b\u00fbcher. Et les guerres de religion ?! Les guerres de religion interchr\u00e9tiennes, les guerres de religion intermusulmanes et les guerres de religion entre chr\u00e9tiens et musulmans ! Des si\u00e8cles de g\u00e2chis, de haines et d\u2019horreurs. Il n&rsquo;est pire maladie pour un esprit humain que celle qui l\u2019am\u00e8ne \u00e0 croire qu&rsquo;il est le seul d\u00e9tenteur de la v\u00e9rit\u00e9 absolue. \u00c0 cet \u00e9gard, il est permis de croire que le concept m\u00eame de la\u00efcit\u00e9 est en soi, depuis deux si\u00e8cles, un vaccin salutaire qui a assez bien immunis\u00e9 l\u2019esprit occidental, et pouss\u00e9 du m\u00eame coup la foi chr\u00e9tienne \u00e0 se soumettre \u00e0 un r\u00e9el examen de conscience, o\u00f9 elle a gagn\u00e9 en profondeur, en sinc\u00e9rit\u00e9, en humilit\u00e9 et en humanit\u00e9. Aussi les tartufes de tous bords s&rsquo;ing\u00e9nient-ils \u00e0 faire accroire que tout la\u00efc est ath\u00e9e, et aussi recherchent-ils l\u2019affrontement. La violence physique et verbale \u00e9tant leur arme de pr\u00e9dilection, ils refusent tout d\u00e9bat calme et serein.<\/p>\n<p>Pour sa part, \u00e0 l&rsquo;inverse, le MCA a banni de son esprit la moindre id\u00e9e du recours \u00e0 la brutalit\u00e9. Il se veut pacifique, pacifiste m\u00eame, jusqu&rsquo;\u00e0 la derni\u00e8re limite, pour peu que les aspirations l\u00e9gitimes des Berb\u00e8res auraient \u00e9t\u00e9 prises en consid\u00e9ration. C&rsquo;est de paix que le monde a besoin, et, comme dit le proverbe arabe : \u201c<em>Par la souplesse et la douceur, on obtient plus que par la force !\u201d<\/em>. Le MCA Iuttera donc pour que la patrie des Imazighen, <strong>Tamazgha<\/strong>, soit une terre de prosp\u00e9rit\u00e9, de fraternit\u00e9 humaine, de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, et d\u2019ouverture d\u2019esprit. Mais les Berb\u00e8res lutteront aussi pour qu\u2019ils se sentent chez eux, en <strong>Tamazgha<\/strong>, leur seule patrie, celle que leur ont l\u00e9gu\u00e9e leurs anc\u00eatres, celle dont ils n\u2019ont spoli\u00e9 personne, et pour laquelle, depuis trois mille, quatre mille, cinq mille ans, ou beaucoup plus, des centaines de g\u00e9n\u00e9rations ont vers\u00e9 leur sang \u00e0 des fins d\u00e9fensives. Les Berb\u00e8res offrent en partage ce qu&rsquo;il y a de meilleur dans leur h\u00e9ritage culturel \u00e0 l&rsquo;ensemble de l\u2019humanit\u00e9. \u00c0 leurs compatriotes non berb\u00e9rophones des \u00c9tats nord-africains, ils disent simplement : <em>\u201cL\u2019humanisme amazigh s\u2019est infiltr\u00e9 jusqu\u2019au fin fond de vos consciences, \u00e0 votre insu, et il y vit toujours. Ne I\u2019y comprimez pas, et vous aurez tout compris! \u00ab\u00a0.<\/em> \u00c0 tous les autres peuples m\u00e9diterran\u00e9ens, nos partenaires culturels de tous les temps historiques connus, nous offrons notre collaboration pour I \u2018accomplissement, en commun, d\u2019une longue et lourde t\u00e2che, celle de combattre m\u00e9thodiquement l\u2019ignorance et le faux savoir. Ce sont ces deux fl\u00e9aux de l\u2019esprit humain qui empoisonnent les relations interethniques, intercommunautaires, et internationales souvent.\u00a0 La culture m\u00e9diterran\u00e9enne, dont nous sommes tous impr\u00e9gn\u00e9s, et \u00e0 laquelle chacun de nos peuples a apport\u00e9 sa pierre d\u2019\u00e9difice, ou pour le moins mis sa touche, se doit de ne pas abandonner son r\u00f4le dans <strong>le travail d&rsquo;humanisation<\/strong> qu&rsquo;elle a initi\u00e9 il y a des milliers d\u2019ann\u00e9es. Cultivons <strong>l\u2019homme<\/strong>, cet extraordinaire produit de la terre !<\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #000080;\">*Publi\u00e9 in Le Monde Amazigh N\u00b067, d\u00e9cembre 2005, Rabat.\u00a0\u00a0<\/span><\/strong><\/p>\n<p>** Conf\u00e9rence inaugurale offerte \u00e0 l&rsquo;occasion de symposium international sur les Berb\u00e8res de l&rsquo;Institut Europ\u00e9en de la M\u00e9diterran\u00e9e \u00e0 Barcelone, 27-30 Juin 2005.<\/p>\n<p><strong>Auteurs cit\u00e9s :<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>ABROUS Dahbia, Universit\u00e9 de B\u00e9ja\u00efa et CLAU- DOT-HAWAD H\u00e9l\u00e8ne, CNRS-IREMAM, Article dans l&rsquo;Annuaire de l&rsquo;Afrique du Nord, 1999, 91-113 (Paris CNRS Editions) sous le titre : \u00ab Imazighen du nord au sud&#8230; &gt;&gt;.<\/li>\n<li>ADAM Andr\u00e9, CASABLANCA, th\u00e8se de doctorat, 2 volumes, Editions du CNRS, Paris, 1968.<\/li>\n<li>ARISTOTE, en grec: Aristotel\u00eas, RHETORIQE, 2 volumes, Ed. Les Belles Lettres, Paris, 1991.<\/li>\n<li>BAILLY M.A., dictionnaire grec-fran\u00e7ais, 11\u00e8me \u00e9dition, Edit. Hachette, Paris, 1894 (Bailly cite ses sources).<\/li>\n<li>BRUNNEL Pierre et JOUANNY Robert, les Grands Ecrivains du monde, Edit. F. Nathan, Paris,1976.<\/li>\n<li>CALLIMAQUE, en grec: KALLIMAKHOS, Ep- igrammes Hymmes, Edit. les Belles Lettres, Paris, 1972.<\/li>\n<li>ELBAZ Shlomo, article dans \u00abARIEL &gt;&gt; revue isra\u00e9lienne des Arts et des Lettres, n\u00b0 105, J\u00e9rusalem,1998.<\/li>\n<li>ELMELIANI Idriss, Recueil de po\u00e8mes \u00abTannirt&gt;&gt; en arabe classique, Edit. IRCAM, Rabat, 2004.<\/li>\n<li>ENCYCLOP\u00c9DIE de L&rsquo;ISLAM, version fran\u00e7aise, Nouvelle Edition, Edit. Maisonneuve, 1960 (TomeI).<\/li>\n<li>GAFFIOT F\u00e9lix, Dictionnaire latin-fran\u00e7ais, Edit. Hachette, Paris, 1934 (Gaffiot cite ses sources).<\/li>\n<li>GSELL St\u00e9phane, Histoire Ancienne de l&rsquo;Afrique du Nord, 8 tomes, Edit. Hachette, Paris, 1920.<\/li>\n<li>HERODOTE, en grec: Herodotos, l&rsquo;Enqu\u00eate, 2 volumes, Livres I \u00e0 IV et Livres V \u00e0 IX, Edit. Galli- mard, collection \u00ab Folio Classique \u00bb, Paris, 1964, 1985.<\/li>\n<li>JULIEN Charles-Andr\u00e9, Histoire de l&rsquo;Afrique du Nord, 2 volumes, Edit. Payot, Paris, 1986. *MALHERBE Michel, Les Langages de l&rsquo;Humanit\u00e9, Edit. Seghers, Paris, 1983. * MARCY Georges, Les Inscriptions Libyques Bilingues de l&rsquo;Afrique du Nord, Imprimerie Nationale, Paris, 1936.<\/li>\n<li>OUSGANE Elhoussain, th\u00e8se de doctorat soutenue \u00e0 F\u00e8s en 2001, sous presse; article dans le p\u00e9riodique \u00ab&lt;Amadal Amazigh\u00bb, mai 2005, page 7. (Le tout en arabe)<\/li>\n<li>PLINE L&rsquo;ANCIEN, en latin: Caius Plinius Secundus, Histoire Naturelle, Livre V, 1-46, 1\u00e8re partie (l&rsquo;Afrique du Nord), Edition Les Belles Lettres, Paris, 1980.<\/li>\n<li>RACHET Marguerite, Rome et Les Berb\u00e8res,Edit. Latomus, Revue d&rsquo;Etudes Latines, Bruxelles,1970.<\/li>\n<li>RIVET Daniel, Le Maroc de Lyautey \u00e0 Mohammed V, Edit. Porte d&rsquo;Anfa, Nouvelles Editions Latines, Paris, 2004.<\/li>\n<li>ROSSI Pierre, La Cit\u00e9 d&rsquo;Isis, Nouvelles Editions Latines, Paris, 1976.<\/li>\n<li>SCHRADER Fred E., professeur d&rsquo;histoire et d&rsquo;\u00e9tudes germaniques \u00e0 Paris, article publi\u00e9 dans le journal le Monde, p. 12, le 02.06.2000.<\/li>\n<li>SERVIER Jean, Tradition et Civilisation Berb\u00e8res, Editions du Rocher, Monaco, 1985.<\/li>\n<li>SILIUS ITALICUS Tiberius Catius, La Guerre Punique, Livres I \u00e0 IV, Edit. Les Belles Lettres, Paris 1979.<\/li>\n<li>TERRASSE Henri, Histoire du Maroc, 2 volumes, Editions Atlantides, Casablanca, 1949.<\/li>\n<li>TITE-LIVE, en latin Titus Livius, Histoire Romaine, 2 volumes, Livres XXI \u00e0 XXV, et Livre XXVI \u00e0 XXX, Edit. GF Flammarion, Paris, 1993,94.<\/li>\n<li>ZAFRANI Ha\u00efm, Mille ans de vie juive au Maroc Edit Maisonneuve et Larose, Paris 1998<\/li>\n<li>ZAFRANI Haim, Mille ans de vie juive au Maroc, Edit. Maisonneuve et Larose, Paris, 1998.<\/li>\n<li>ZAFRANI Ha\u00efm, Litt\u00e9ratures Dialectales et Populaires Juives en Occident Musulman, Geuthner.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Nota Bene<\/strong>: Les \u00e9crivains berb\u00e8res qui ont produit en latin portaient des noms latins. Dans le texte de la conf\u00e9rence, ils ont \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9s tels qu&rsquo;ils sont connus en fran\u00e7ais. Veuillez trouver ci-dessous les correspondances:<\/p>\n<ul>\n<li>Apuleius Lucius Theseus, Apul\u00e9e (125-170)<\/li>\n<li>Augustinus Aurelus, Saint-Augustin (354-430)<\/li>\n<li>Cyprianus Thascius Caecilius, St Cyprien (200-258)<\/li>\n<li>Terentius Publius Afer, T\u00e9rence (185-159 av.J.C)<\/li>\n<li>Tertullianus Septimius Florens, Tertullien (155-225)<\/li>\n<\/ul>\n<p>Signalons aussi que le nom grec du po\u00e8te tragique Eschyle (525-456 avant J.Ch.) \u00e9tait Aiskhulos.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Berb\u00e8res, ne se sont jamais d\u00e9sign\u00e9s eux-m\u00eames par ce nom. Jusqu&rsquo;au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle les Europ\u00e9ens, en g\u00e9n\u00e9ral, utilisaient, pour parler de l&rsquo;Afrique du Nord, le vocable Barbaria, h\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;\u00c9glise catholique dont on conna\u00eet le conservatisme langagier. En fran\u00e7ais, la forme Berb\u00e8re avait d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 se substituer \u00e0 la forme Barbare &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":4888,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[19,13],"tags":[],"class_list":["post-4887","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","","category-monde-amazigh","category-opinions"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/02\/med-chafik.jpg?fit=591%2C381&ssl=1","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9uxE2-1gP","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4887","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4887"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4887\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4893,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4887\/revisions\/4893"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4888"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4887"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4887"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4887"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}