{"id":5564,"date":"2023-12-18T14:38:37","date_gmt":"2023-12-18T13:38:37","guid":{"rendered":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=5564"},"modified":"2023-12-18T14:38:37","modified_gmt":"2023-12-18T13:38:37","slug":"les-savoirs-oraux-ancestraux-de-tamazight-et-le-danger-de-leur-extinction-dans-le-rif","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/les-savoirs-oraux-ancestraux-de-tamazight-et-le-danger-de-leur-extinction-dans-le-rif\/","title":{"rendered":"Les savoirs oraux ancestraux de Tamazight et le danger de leur extinction dans le Rif"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_4424\" aria-describedby=\"caption-attachment-4424\" style=\"width: 188px\" class=\"wp-caption alignright\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4424\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?resize=188%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"188\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?resize=188%2C250&amp;ssl=1 188w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?w=450&amp;ssl=1 450w\" sizes=\"auto, (max-width: 188px) 100vw, 188px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4424\" class=\"wp-caption-text\">Dr. Mohamed Chtatou<\/figcaption><\/figure>\n<p>Apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance du Maroc en 1956, le gouvernement a offert \u00e0 la population pauvre du Rif la possibilit\u00e9 d&rsquo;aller travailler en Europe en pleine construction apr\u00e8s la fin de la Seconde Guerre mondiale et qui avait besoin de bras solides pour reconstruire son \u00e9conomie. [i] Les femmes, v\u00e9ritables gardiennes de la culture orale amazighe et des biblioth\u00e8ques ambulantes, sont rest\u00e9es sur place. Malheureusement, comme peu de jeunes Amazighs de la r\u00e9gion allaient \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, la recherche en langue traditionnelle et du savoir coutumier \u00e9tait d&rsquo;une importance secondaire pour eux, car seule une poign\u00e9e d&rsquo;entre eux avaient atteint l&rsquo;enseignement sup\u00e9rieur. Peu \u00e0 peu, ces d\u00e9positaires \u00ab\u00a0vivants\u00a0\u00bb du savoir traditionnel ont commenc\u00e9 \u00e0 mourir de vieillesse et, avec eux, est disparu, pour toujours, un patrimoine oral aussi important autant pour le Rif, en particulier, que pour le Maroc, en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>Les institutions nationales de recherche et les organisations internationales telles que l&rsquo;UNESCO sont donc appel\u00e9es \u00e0 sauver imm\u00e9diatement ce savoir humain immat\u00e9riel en fournissant des fonds pour mettre en place des programmes de recherche afin d&rsquo;encourager les chercheurs en sciences sociales \u00e0 entreprendre des recherches sur le terrain pour enregistrer audio\/vid\u00e9o ce savoir et sauvegarder cet important h\u00e9ritage pour l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n<figure id=\"attachment_5566\" aria-describedby=\"caption-attachment-5566\" style=\"width: 626px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-5566 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Femmes-combattantes-du-Rif.jpg?resize=618%2C338&#038;ssl=1\" alt=\"Femmes combattantes du Rif\" width=\"618\" height=\"338\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Femmes-combattantes-du-Rif.jpg?w=626&amp;ssl=1 626w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Femmes-combattantes-du-Rif.jpg?resize=450%2C246&amp;ssl=1 450w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-5566\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #000080;\">Femmes combattantes du Rif<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>Le pr\u00e9sent travail est le r\u00e9sultat de plus de quarante ans de recherche sur le terrain dans la r\u00e9gion du Rif. Il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 avec des informateurs f\u00e9minins par le biais d&rsquo;entretiens sur le terrain men\u00e9s sur de longues p\u00e9riodes de temps afin de v\u00e9rifier et de rev\u00e9rifier les informations utiles re\u00e7ues. Ces discussions, men\u00e9es en dialecte local tamazight dans la r\u00e9gion du clan Iharrassen de Gzennaya, dans les environs des village d&rsquo;Ajdir, d\u2019Ain Hamra et de Boured, ont port\u00e9 sur des sujets tels que : l&rsquo;histoire orale, la technologie locale, la m\u00e9decine traditionnelle, les connaissances anthropologiques et la litt\u00e9rature orale. [ii]\n<p>Le r\u00e9sultat direct de cet humble travail est que le savoir traditionnel amazigh est illimit\u00e9, instructif, sophistiqu\u00e9 et extr\u00eamement utile, ce qui a \u00e9t\u00e9 fid\u00e8lement refl\u00e9t\u00e9 dans les ouvrages d&rsquo;anthropologues am\u00e9ricains renomm\u00e9s du si\u00e8cle dernier, \u00e0 savoir Carleton S. Coon dans <em>Tribes of the Rif<\/em> (Harvard African Studies, 1931) [iii] et David Hart dans <em>The Aith Waryaghar of the Moroccan Rif : An Ethnography and History<\/em> (University of Arizona Press, 1976). [iv]\n<p>La culture du peuple amazigh au Maroc, avec toutes ses influences m\u00e9diterran\u00e9ennes, arabes, africaines, orientales, europ\u00e9ennes et internationales, est particuli\u00e8rement caract\u00e9ris\u00e9e dans le Royaume par :<\/p>\n<p>&#8211; un lien ind\u00e9fectible avec la terre ;<\/p>\n<p>&#8211; Un lien fort avec le sacr\u00e9 ; [v]\n<p>&#8211; Une grande convivialit\u00e9 et une hospitalit\u00e9 chaleureuse ; et<\/p>\n<p>&#8211; Un sens aigu de la communaut\u00e9&#8230;<\/p>\n<p><strong>La culture amazighe et la reconnaissance officielle<\/strong><\/p>\n<p>Les Amazighs, consid\u00e9r\u00e9s comme les descendants et les anc\u00eatres de la plupart des tribus nomades et s\u00e9dentaires du Maroc, ont une histoire qui fait la fiert\u00e9 du Royaume, caract\u00e9ris\u00e9e cat\u00e9goriquement par la promotion des arts phon\u00e9tiques, la richesse id\u00e9ologique et culturelle de leur communaut\u00e9, l&rsquo;amour inconditionnel de la terre et de ses r\u00e9coltes, et la ma\u00eetrise des outils de transmission et de pr\u00e9servation du patrimoine traditionnel, mat\u00e9riel et immat\u00e9riel, qui perdure et survit depuis des milliers d&rsquo;ann\u00e9es, probablement 8000 ans. [vi]\n<p>La transcendance de la civilisation amazighe au Maroc est \u00e9galement d\u00e9montr\u00e9e par la pratique linguistique quotidienne de cette langue maternelle par de nombreux Marocains aujourd&rsquo;hui, refl\u00e9tant leur attachement id\u00e9ologique et culturel \u00e0 la civilisation amazighe mill\u00e9naire. Du point de vue des citoyens et des usagers, elle reste un attribut primordial de leur valeur identitaire centrale.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pourtant l&rsquo;engagement du Royaume depuis le discours royal d&rsquo;Ajdir du 17 octobre 2001, par lequel l&rsquo;Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM) a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 via le dahir n\u00b01-01-299 [vii] pour promouvoir la d\u00e9mocratisation de l&rsquo;amazighit\u00e9 et la promotion de sa culture dans toutes ses expressions aux niveaux national, r\u00e9gional et local. Cette tendance se traduit par la remise \u00e0 plat des diff\u00e9rentes facettes du d\u00e9veloppement humain du citoyen, qui n&rsquo;est nullement cens\u00e9 ignorer l&rsquo;\u00e9mancipation culturelle et linguistique, laquelle ne peut se r\u00e9aliser sans la mise en place d&rsquo;un arsenal social, juridique et id\u00e9ologique efficace, r\u00e9pondant n\u00e9cessairement aux obstacles culturels auxquels font face, avec r\u00e9silience, les Marocains d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p>Avec l&rsquo;av\u00e8nement du nouveau mill\u00e9naire, la langue amazighe est devenue un \u00e9l\u00e9ment du patrimoine culturel national, car elle concerne tous les Marocains. Le processus d&rsquo;int\u00e9gration de l&rsquo;amazigh dans le patrimoine marocain n\u00e9cessite un ensemble d&rsquo;actions concert\u00e9es pour int\u00e9grer progressivement et pleinement la langue dans le courant linguistique marocain.<\/p>\n<figure id=\"attachment_5567\" aria-describedby=\"caption-attachment-5567\" style=\"width: 626px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-5567 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Femmes-rifaines-de-Gzennaya-chantant-les-izran-en-1934.jpg?resize=618%2C633&#038;ssl=1\" alt=\"Femmes rifaines de Gzennaya chantant les izran en 1934\" width=\"618\" height=\"633\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Femmes-rifaines-de-Gzennaya-chantant-les-izran-en-1934.jpg?w=626&amp;ssl=1 626w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Femmes-rifaines-de-Gzennaya-chantant-les-izran-en-1934.jpg?resize=244%2C250&amp;ssl=1 244w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-5567\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #000080;\">Femmes rifaines de Gzennaya chantant les izran en 1934<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>Cependant, concernant l&rsquo;objectif de citoyennet\u00e9 et d&rsquo;authenticit\u00e9 pour lequel se battent les Amazighs du Maroc, Marguerite Rollinde \u00e9crit : [viii]\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u2018\u2019L\u2019objectif essentiel est la promotion de la langue et de la culture amazighes dans l\u2019espace social marocain, mais il s\u2019agit, \u00e0 travers cela, de transformer le statut des Berb\u00e8res dans l\u2019espace \u00e9tatique, notamment dans l\u2019administration et l\u2019enseignement et de casser le discours arabe qui minorise la berb\u00e9rit\u00e9. A travers le discours sur le pluralisme et la d\u00e9mocratie appara\u00eet une demande de \u00ab\u00a0citoyennet\u00e9\u00a0\u00bb nouvelle qui ne met plus de c\u00f4t\u00e9 les masses au profit de l\u2019\u00e9lite. C\u2019est aussi une recherche d\u2019identit\u00e9 qui met en avant l\u2019africanit\u00e9 du Maghreb, plut\u00f4t que son arabit\u00e9. Derri\u00e8re le droit \u00e0 la reconnaissance du peuple amazighe se cache le droit \u00e0. la d\u00e9mocratie, impossible tant que toute une partie de la soci\u00e9t\u00e9 marocaine reste priv\u00e9e de ses droits. La lutte pour la cause amazighe fait alors partie de la lutte pour les droits de l\u2019Homme.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p>Ce cadre g\u00e9n\u00e9ral a \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9 par le r\u00e9f\u00e9rendum du 1er juillet 2011 approuvant la constitution de la m\u00eame ann\u00e9e, qui stipule dans son 5e article que l&rsquo;amazigh, [ix] apr\u00e8s l&rsquo;arabe, est une langue officielle de l&rsquo;\u00c9tat et le patrimoine commun de tous les Marocains. Cette position confirme la volont\u00e9 du Royaume d&rsquo;ancrer la pr\u00e9\u00e9minence de la culture amazighe pour les g\u00e9n\u00e9rations futures.<\/p>\n<p>Pour acc\u00e9l\u00e9rer le processus d&rsquo;institutionnalisation de l&rsquo;amazigh, deux lois organiques ont \u00e9t\u00e9 promulgu\u00e9es. La premi\u00e8re est la loi 26-16, visant \u00e0 d\u00e9finir le processus de mise en \u0153uvre du caract\u00e8re officiel de l&rsquo;amazigh, ainsi que les modalit\u00e9s de son int\u00e9gration dans l&rsquo;enseignement et dans les domaines prioritaires de la vie publique, rendue publique le 12 septembre 2019 (BO n\u00b07000 du 01 juillet 2021). [x] Le second concerne la cr\u00e9ation du Conseil National des Langues et de la Culture Marocaine via la loi 04-16. [xi] Il est d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la protection et au d\u00e9veloppement des langues arabe et amazighe et des diff\u00e9rentes expressions culturelles et linguistiques marocaines, \u00e0 la coh\u00e9rence de la politique linguistique et culturelle nationale, \u00e0 l&rsquo;enseignement et \u00e0 la ma\u00eetrise des langues \u00e9trang\u00e8res les plus utilis\u00e9es dans le monde.<\/p>\n<p>L&rsquo;entr\u00e9e en vigueur de ces deux lois organiques est primordiale, car elle institutionnalise le bagage culturel et ancestral du peuple amazigh, en incitant tous les acteurs de la sc\u00e8ne sociale, \u00e9ducative et politique \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer la mise en \u0153uvre de ces lois, consacrant ainsi une v\u00e9ritable institutionnalisation de la culture et de la civilisation amazighes.<\/p>\n<p>Sur la question de la citoyennet\u00e9 d\u00e9mocratique et des langues, Ahmed Bououd argumente : [xii]\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u2018\u2019Les citoyens , pour b\u00e9n\u00e9ficier de leurs droits, de leurs libert\u00e9s fondamentales et d&rsquo;une \u00e9galit\u00e9 juridique et politique doivent \u00eatre prot\u00e9g\u00e9s de toute discrimination linguistique, afin de jouir de la libert\u00e9 d&rsquo;expression et de la libert\u00e9 du choix de la langue ; ce qui leur permettra d\u2019avoir le droit de s&rsquo;exprimer, de transmettre leurs informations et d\u2019\u00e9crire dans la langue de leur choix ; toute personne arr\u00eat\u00e9e ou d\u00e9tenue doit n\u00e9cessairement \u00eatre inform\u00e9e \u00ab dans une langue qu&rsquo;elle comprend \u00bb ; aussi ,pour pouvoir participer \u00e0 des associations, des mouvements culturels et des partis politiques et aux d\u00e9bats politiques en mati\u00e8re d&rsquo;enseignement et d&rsquo;apprentissage des langues dans leur pays plurilingue.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p><strong>La trinit\u00e9 culturelle amazighe<\/strong><\/p>\n<p>Quelle que soit la mani\u00e8re dont on explique, ou croit, que les Amazighs d&rsquo;Afrique du Nord sont arriv\u00e9s dans la r\u00e9gion, une chose est s\u00fbre : leur pr\u00e9sence au Maroc est tr\u00e8s ancienne et a eu une influence consid\u00e9rable sur le mode de vie et le sentiment d&rsquo;identit\u00e9 et d&rsquo;appartenance des Marocains contemporains (<strong><em>Tamaghrabit<\/em><\/strong>), [xiii] sans parler de toutes les croyances pa\u00efennes ou monoth\u00e9istes \u00e0 travers les \u00e2ges.<\/p>\n<p>Il existe sp\u00e9cifiquement et exclusivement trois th\u00e8mes principaux dans la culture amazighe qui sont d\u00e9finis comme une <strong>trinit\u00e9 importante et primordiale<\/strong> dans son syst\u00e8me de valeurs et qui sont facilement identifiables dans la culture marocaine et nord-africaine d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Ces th\u00e8mes ont transcend\u00e9 la culture amazighe et ont \u00e9t\u00e9 largement accept\u00e9s comme concepts de base de l&rsquo;identit\u00e9 marocaine.<\/p>\n<p>La trinit\u00e9 amazighe s&rsquo;articule autour des notions suivantes : [xiv]\n<p>&#8211; L&rsquo;importance de la langue en tant que v\u00e9hicule de la culture et principal marqueur de l&rsquo;identit\u00e9 (<strong><em>tamazight\/awal<\/em><\/strong>) tant sur le plan de la communication que sur celui de la perp\u00e9tuation de l&rsquo;histoire et de la culture ;<\/p>\n<p>&#8211; L&rsquo;omnipr\u00e9sence du syst\u00e8me fort et indivisible de la parent\u00e9 et de l&rsquo;appartenance \u00e0 la famille \u00e9largie (<strong><em>tamount\/ddam<\/em><\/strong>) qui s&rsquo;exprime par la solidarit\u00e9 (<strong><em>twiza<\/em><\/strong>) et la coexistence (<strong><em>Ram\u00e2n<\/em><\/strong>), ainsi que ;<\/p>\n<p>&#8211; le lien \u00e9troit avec la terre et l&rsquo;identification \u00e0 ses bienfaits, ainsi que la croyance en son caract\u00e8re sacr\u00e9 (<strong><em>tammourt\/tamazirt\/akkal<\/em><\/strong>), qui est \u00e9galement fort chez d&rsquo;autres peuples du pourtour m\u00e9diterran\u00e9en.<\/p>\n<figure id=\"attachment_5568\" aria-describedby=\"caption-attachment-5568\" style=\"width: 626px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-5568 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Le-Rif.jpg?resize=618%2C401&#038;ssl=1\" alt=\"Le Rif\" width=\"618\" height=\"401\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Le-Rif.jpg?w=626&amp;ssl=1 626w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Le-Rif.jpg?resize=385%2C250&amp;ssl=1 385w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-5568\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #000080;\">Le Rif<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>Dans le Rif, la trinit\u00e9 amazighe a toujours \u00e9t\u00e9 un bouclier contre l&rsquo;arabisation, l&rsquo;europ\u00e9anisation et la mondialisation et elle a pr\u00e9serv\u00e9 non seulement la production mat\u00e9rielle, mais surtout la litt\u00e9rature orale et le mode de vie rifain. Dans les ann\u00e9es 1950 et 1960, des milliers d&rsquo;hommes jeunes et valides ont travers\u00e9 l&rsquo;eau, <strong><em>zw\u00e2n am\u00e2n<\/em><\/strong>, vers l&rsquo;Europe pour aider \u00e0 la reconstruction \u00e9conomique avec les fonds am\u00e9ricains (Plan Marshall) apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, les femmes sont rest\u00e9es sur place pour perp\u00e9tuer la culture amazighe sacr\u00e9e, avec beaucoup de fiert\u00e9, comme l&rsquo;indique ce po\u00e8me du clan Iharassen de la tribu Gzennaya rapport\u00e9 par l\u2019experte de l\u2019histoire orale Nounja n-Abdesram [xv]: [xvi]\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Argazen zw\u00e2n am\u00e2n a yemma \/ Les hommes ont travers\u00e9 l&rsquo;eau O m\u00e8re<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Thimgharin qimend dherrif zeffa \/ Les femmes sont rest\u00e9es en arri\u00e8re<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Nathnin khedmen sambra dhmenna \/ Ils travaillent dur sans attendre de glorification<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Nshin ntegg r<sup>c<\/sup>ezz swawar dher ma<sup>c<\/sup>na \/ Nous, les femmes, nous faisons la gloire avec des mots et un sens profond (culture)<\/em><\/p>\n<p>Ces trois piliers (<strong>trois T culturels<\/strong>) de la culture amazighe originelle, et par extension de la culture marocaine d&rsquo;aujourd&rsquo;hui dans son ensemble, constituent ind\u00e9niablement le socle de la notion tr\u00e8s forte de <strong><em>tamaghrabit<\/em><\/strong> (appartenance \u00e0 un Maroc multiculturel, diversifi\u00e9 et tol\u00e9rant) qui lie les Marocains entre eux. En effet, si les Marocains d&rsquo;aujourd&rsquo;hui ne sont pas d\u00e9chir\u00e9s par des conflits ethniques, religieux, linguistiques et culturels, comme c&rsquo;est le cas au Moyen-Orient depuis l&rsquo;av\u00e8nement du printemps r\u00e9volutionnaire, c&rsquo;est parce que l&rsquo;on retrouve dans leur ADN les traces de cette trinit\u00e9 qui amplifie leur appartenance multiple et indivisible : [xvii]\n<p>&#8211; Appartenance amazighe ; [xviii]\n<p>&#8211; appartenance arabo-musulmane ;<\/p>\n<p>&#8211; appartenance h\u00e9bra\u00efque ;<\/p>\n<p>&#8211; appartenance m\u00e9diterran\u00e9enne\u00a0; et<\/p>\n<p>&#8211; appartenance africaine.<\/p>\n<p>Ceci a \u00e9t\u00e9 fortement refl\u00e9t\u00e9 dans le texte de la constitution de 2011, qui se lit comme suit : [xix]\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u2018\u2019\u00c9tat musulman souverain, attach\u00e9 \u00e0 son unit\u00e9 nationale et \u00e0 son int\u00e9grit\u00e9 territoriale, le Royaume du Maroc entend pr\u00e9server, dans sa pl\u00e9nitude et sa diversit\u00e9, son identit\u00e9 nationale une et indivisible. Son unit\u00e9, forg\u00e9e par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, s&rsquo;est nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou, h\u00e9bra\u00efque et m\u00e9diterran\u00e9en.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, le dialecte arabe (<strong><em>d\u00e2rija<\/em><\/strong>) parl\u00e9 par les Marocains est tr\u00e8s diff\u00e9rent de celui du Machrek, compte tenu de la forte influence de Tamazight sur ses aspects phon\u00e9tiques, phonologiques, syntaxiques et s\u00e9mantiques. [xx]\u00a0 En un mot, lorsque les Amazighs sont entr\u00e9s en contact avec l&rsquo;Arabe, ils l&rsquo;ont amazighis\u00e9 de fond en comble, [xxi] et c&rsquo;est pourquoi les Arabes du Moyen-Orient sont incapables de comprendre la <strong><em>d\u00e2rija<\/em><\/strong>, alors que les Marocains comprennent leur idiome et le parlent avec aisance.<\/p>\n<p>Les Marocains, eux aussi, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;influence de Tamazight, dont le registre phon\u00e9tique est riche en sons divers, parviennent \u00e0 apprendre et \u00e0 parler les langues internationales avec un bon accent et une grande facilit\u00e9. [xxii]\n<p><strong>La tradition litt\u00e9raire amazighe dans le Rif<\/strong><\/p>\n<p>Les femmes rifaines, en particulier celles qui sont pr\u00e9-alphab\u00e9tis\u00e9es, [xxiii] pr\u00e9servent Tamazight en tant que langue vivante, en insufflant une certaine oralit\u00e9 aux formes artistiques traditionnelles afin de transmettre les traditions linguistiques de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. En musique et en po\u00e9sie, les femmes amazighes du Rif utilisent leurs vers pour tenir la communaut\u00e9 inform\u00e9e des mouvements des membres individuels, pour raconter et enregistrer pour l&rsquo;histoire orale les \u00e9v\u00e9nements importants de la communaut\u00e9, pour faire respecter les codes moraux et sociaux, et pour rappeler aux membres de l&rsquo;ensemble de la communaut\u00e9 les liens qui les unissent. [xxiv]\n<p>Cependant, pour Terri Brint Joseph, [xxv] l&rsquo;utilisation de la po\u00e9sie par les femmes de la r\u00e9gion du Rif est une strat\u00e9gie de pouvoir, par laquelle elles montrent \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble qu&rsquo;elles poss\u00e8dent le savoir culturel et qu&rsquo;elles l&rsquo;utilisent adroitement pour informer la communaut\u00e9 et orienter les jeunes sur le bon chemin.<\/p>\n<p>En effet, Terri Brint Joseph, nous apprend par l\u2019entremise de sa recherche sur les femmes dans le Rif entreprise durant les ann\u00e9es 1965-66, que bien que les \u00e9tudes anthropologiques sur le Moyen-Orient reconnaissent g\u00e9n\u00e9ralement le faible statut des femmes islamiques, la \u00ab mosa\u00efque \u00bb complexe d\u2019organisations sociales nationales, ethniques et tribales rend difficile toute d\u00e9claration pr\u00e9cise et significative sur la r\u00e9gion dans son ensemble. M\u00eame lorsqu\u2019ils se concentrent sur un seul pays, les r\u00e9cits anthropologiques aboutissent \u00e0 des conclusions contradictoires sur le r\u00f4le des femmes. [xxvi]\n<p>Les ethnographes du Maroc comme Westermarck, Coon, Hart et Gellner se sont concentr\u00e9s sur l\u2019exercice du pouvoir public formel et ont ainsi soulign\u00e9 l\u2019h\u00e9g\u00e9monie des hommes sur les femmes. Cette notion de domination masculine monolithique et d\u2019asservissement f\u00e9minin a \u00e9t\u00e9 quelque peu modifi\u00e9e par des \u00e9tudes r\u00e9centes de la capacit\u00e9 des femmes \u00e0 influencer les d\u00e9cisions masculines, une th\u00e9orie du \u00ab pouvoir derri\u00e8re le tr\u00f4ne \u00bb. Certains anthropologues ont \u00e9galement soutenu que les femmes exercent un certain pouvoir direct gr\u00e2ce \u00e0 des syst\u00e8mes f\u00e9minins de r\u00e9seaux et d&rsquo;alliances. [xxvii]\n<figure id=\"attachment_5569\" aria-describedby=\"caption-attachment-5569\" style=\"width: 626px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-5569 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Ajdir-Gzennaya.jpg?resize=618%2C365&#038;ssl=1\" alt=\"Ajdir, Gzennaya\" width=\"618\" height=\"365\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Ajdir-Gzennaya.jpg?w=626&amp;ssl=1 626w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Ajdir-Gzennaya.jpg?resize=423%2C250&amp;ssl=1 423w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-5569\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #000080;\">Ajdir, Gzennaya<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Les femmes rifaines et le pouvoir de la po\u00e9sie<\/strong><\/p>\n<p>Les femmes rifaines, dans la soci\u00e9t\u00e9 traditionnelles et coutumi\u00e8res ont toujours eu le pouvoir le \u2018\u2019pouvoir du mot\u2019\u2019 <strong><em>jahdh n-aw\u00e2r<\/em><\/strong>. Un pouvoir certes discret, mais tr\u00e8s pertinent craint par les hommes. Durant les festivit\u00e9s des clans de Gzennaya, les hommes se mettent avec diligence \u00e0 \u00e9couter les chants de <strong><em>Ralla Bouya <\/em><\/strong>pour s\u2019informer sur les diff\u00e9rents clans et tribus.<\/p>\n<p>Au fait, c\u2019est quoi <strong><em>Ralla Bouya\u00a0<\/em><\/strong>? D\u2019apr\u00e8s la po\u00e9tesse Dhamimount n-Siher d\u2019Iharrassen, c\u2019est une grande po\u00e9tesse de la tribu de Temsaman qui \u00e9tait non seulement tr\u00e8s belle mais aussi tr\u00e8s \u00e9loquente et avait une belle voix. Les gens venaient de tout le Rif pour l\u2019\u00e9couter chanter. Elle a v\u00e9cu entre 1807 et 1837. Elle morte jeune lors d\u2019un conflit tribal entre Gzennaya et Temsaman. Depuis, tous les <strong><em>izr\u00e2ns <\/em><\/strong>du Rif portent son nom en hommage \u00e0 sa po\u00e9sie et son chant mielleux. [xxviii]\n<p>Toujours d\u2019apr\u00e8s Dhamimount n-Siher, l\u2019\u00e2me et l\u2019ardeur de cette grande po\u00e9tesse a habit\u00e9 depuis le c\u0153ur de tout aspirant chanteur et po\u00e8te dans le Rif \u00e0 tel point qu\u2019on a appel\u00e9 tout chant rifain <strong><em>Ralla Bouya<\/em><\/strong> et toute festivit\u00e9 qui ne d\u00e9bute pas par ce chant n\u2019a pas de valeur artistique et culturelle. En effet beaucoup d\u2019<strong><em>izr\u00e2n<\/em><\/strong> dans Gzennaya et tout le Rif c\u00e9l\u00e8bre la grande dame <strong><em>Ralla Bouya<\/em><\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Ralla Bouya, Ralla yemma inou i<sup>c<\/sup>azzen\u00a0\/<\/em>Dame Bouya, ma ch\u00e8re dame estim\u00e9e<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Dhjidhaneghd izr\u00e2n dh r<sup>c<\/sup>azz inafdhen\/ <\/em>Tu nous a l\u00e9gu\u00e9 des couplets pleins de vie<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Awar inem igga am dhammand n-raghna\/<\/em>Tes paroles et tes chansons sont mielleuses<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Yawadh snnaj gha dhqichet oujnna\/ <\/em>Elles sont mont\u00e9es en fl\u00e8che au sommet du monde<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Ntrah gha dhimourani gi iba<sup>c<\/sup>dhen\/<\/em>Nous voyageons dans les contr\u00e9es les plus \u00e9loign\u00e9es<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Awarinem a ralla inou yawwedh ghasen\/<\/em>et nous avons trouv\u00e9 que tes paroles leur sont arriv\u00e9es<\/p>\n<p>Toutefois, Terri Brint Joseph, un ethnologue am\u00e9ricain, qui a travaill\u00e9 sur le sujet de\u00a0: \u2018\u2019La po\u00e9sie comme strat\u00e9gie de pouvoir : le cas des femmes berb\u00e8res rifaines \/ Poetry as a Strategy of Power: The Case of Riffian Berber Women\u2019\u2019 [xxix] durant la p\u00e9riode 1965-1966 \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u2018\u2019Extr\u00eamement br\u00e8ve, la chanson berb\u00e8re est constitu\u00e9e d\u2019un seul couplet. Chacune des deux lignes compte environ douze syllabes, bien que certaines n&rsquo;en contiennent que neuf et d&rsquo;autres jusqu&rsquo;\u00e0 quinze. Chaque chanson est introduite par un ch\u0153ur traditionnel qui peut \u00eatre r\u00e9p\u00e9t\u00e9 aussi souvent que les chanteurs souhaitent :<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Ayah-rala boyah-ayah rala boya<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Ayah-rala boyah-ayah rala boya<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Ayah-ra (la) boyah etc.<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>La plupart des Rifains interrog\u00e9s dans le cadre de cette \u00e9tude consid\u00e8rent ce ch\u0153ur comme une s\u00e9rie de sons sans signification. On dit qu&rsquo;on l&rsquo;utilise parce que \u00ab c&rsquo;est la coutume \u00bb. Plusieurs informateurs ont cependant rapport\u00e9 que le \u2018\u2019a\u2019\u2019 initial est un vocatif comme le \u00ab oh \u00bb anglais ; on disait que <strong>yah-rala<\/strong> \u00e9tait une forme de madame ou lady, dans ce cas, la m\u00e8re de la mari\u00e9e ; et <strong>boyah<\/strong> une forme de <strong>baba<\/strong>, p\u00e8re. Un r\u00e9cit anthropologique a traduit le refrain par \u00ab\u00a0Oh regarde, oh regarde la mari\u00e9e.\u00a0\u00bb\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p><strong>Production po\u00e9tique contemporaine<\/strong><\/p>\n<p>Un bon signe aujourd&rsquo;hui est que la production po\u00e9tique emprunte des voies et des approches modernes, comme l&rsquo;a d\u00e9clar\u00e9 Mohamed Daoudi : [xxx]\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u2018\u2019L&rsquo;un des th\u00e8mes r\u00e9currents de la po\u00e9sie contestataire rifaine, comme on peut le constater dans ces po\u00e8mes, est le th\u00e8me de la patrie et de la terre. Ce th\u00e8me est \u00e9galement refl\u00e9t\u00e9 de mani\u00e8re symptomatique dans les trois nouvelles incluses dans les textes rifains, bien que chacune d&rsquo;entre elles ait un point de vue diff\u00e9rent. \u2018\u2019Aliens in their Own Land\u00a0\u00bb d&rsquo;Ayned, l&rsquo;histoire d&rsquo;un jeune homme au ch\u00f4mage (tr\u00e8s probablement un dipl\u00f4m\u00e9 universitaire) qui vit \u00e0 la campagne et visite la ville comme passe-temps, refl\u00e8te la fa\u00e7on dont le ch\u00f4mage et l&rsquo;absence d&rsquo;opportunit\u00e9s exacerbent les tensions sociales au sein d&rsquo;une famille patriarcale. Le sentiment qu&rsquo;il ne se passe jamais rien au village et le d\u00e9sir de voir le monde ext\u00e9rieur anticipent la recherche d&rsquo;alternatives. Dans une atmosph\u00e8re de difficult\u00e9s \u00e9conomiques et de r\u00e9pression politique, l&rsquo;une de ces alternatives pourrait \u00eatre le voyage p\u00e9rilleux vers l&rsquo;Europe \u00e0 travers la M\u00e9diterran\u00e9e, sujet de la nouvelle d&rsquo;El-Oualid Mimoun \u00ab\u00a0La Mouette\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0R\u0263awiyyeth\u00a0\u00bb). Dans \u00ab\u00a0Le b\u00e9ton qui a d\u00e9figur\u00e9 le hameau\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Tsima iccin udem i dcar\u00a0\u00bb), Sa\u00efd Belgharbi d\u00e9plore la transformation progressive du paysage des villages rifains et l&rsquo;urbanisation chaotique qui scelle le destin du syst\u00e8me agricole relativement autonome d&rsquo;autrefois, une id\u00e9e qui est \u00e9galement sous-entendue dans la nouvelle d&rsquo;Ayned \u00e0 travers la charrue en bois cass\u00e9e et l&rsquo;incapacit\u00e9 ou le refus du protagoniste de suivre les traces de son p\u00e8re et de travailler dans les champs. Ironiquement, le b\u00e9ton dans la nouvelle de Belgharbi, une r\u00e9f\u00e9rence aux maisons nouvellement construites, est l&rsquo;un des impacts directs de la nouvelle richesse des familles dont les membres ont \u00e9migr\u00e9 en Europe (Lazzar 1987 ; 2013).\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p>Ces voies modernes emprunt\u00e9es par les Rifains lettr\u00e9s sont un ajout bienvenu \u00e0 la production litt\u00e9raire dans la r\u00e9gion, mais malheureusement, cela ne pr\u00e9serve en rien la tradition orale ancestrale dans le Rif, en g\u00e9n\u00e9ral, et Gzennaya, en particulier. En fait, les Rifains vivant en Europe doivent accorder une grande attention \u00e0 la pr\u00e9servation de la litt\u00e9rature orale par le biais d&rsquo;un travail de collecte sur le terrain, de l&rsquo;\u00e9tude du mat\u00e9riel et de sa publication par la cr\u00e9ation d\u2019un fond pour la recherche sur les savoirs traditionnels.<\/p>\n<p><strong>Production culturelle : Les femmes dans les arts mat\u00e9riels<\/strong><\/p>\n<p>Les femmes amazighes jouent \u00e9galement un r\u00f4le dans la production culturelle de leurs soci\u00e9t\u00e9s, mais elles sont aussi des acteurs cl\u00e9s dans la pr\u00e9servation de la culture et de la vie traditionnelles amazighes, m\u00eame aujourd&rsquo;hui. Leur travail dans les arts mat\u00e9riels est si riche et prolifique que Cynthia Becker, sp\u00e9cialiste des arts africains et de la culture amazighe, affirme sans \u00e9quivoque que \u00ab\u00a0<em>les femmes berb\u00e8res sont des artistes<\/em>\u00ab\u00a0. [xxxi]\u00a0\u00a0 Leurs \u0153uvres refl\u00e8tent non seulement les th\u00e8mes de l&rsquo;identit\u00e9 amazighe, mais aussi ceux de la f\u00e9minit\u00e9 et de la maternit\u00e9, qui rappellent le statut \u00e9lev\u00e9 des femmes dans cette soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<figure id=\"attachment_5570\" aria-describedby=\"caption-attachment-5570\" style=\"width: 626px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-5570 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Tapis-du-Rif.jpg?resize=618%2C312&#038;ssl=1\" alt=\"Tapis du Rif\" width=\"618\" height=\"312\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Tapis-du-Rif.jpg?w=626&amp;ssl=1 626w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Tapis-du-Rif.jpg?resize=450%2C227&amp;ssl=1 450w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-5570\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #000080;\">Tapis du Rif<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>Selon Fadhma n-Azrou Aqch\u00e2, [xxxii] artisane locale, les femmes amazighes du clan Iharrassen tissent souvent des tapis pendant leur grossesse, en utilisant des figures et des motifs qui symbolisent la vie, la fertilit\u00e9 et l&rsquo;enfant dans le ventre de sa m\u00e8re. Ces tapis servent ainsi de calendrier pour tenir compte de la dur\u00e9e de la grossesse. Une fois termin\u00e9s et sortis du m\u00e9tier \u00e0 tisser, ils ne sont pas g\u00e9om\u00e9triquement parfaits : larges en haut pour symboliser la cr\u00e9ation de la vie dans l&rsquo;ut\u00e9rus par la copulation et \u00e9troits en bas pour exprimer la naissance de l&rsquo;enfant. La ma\u00eetrise artistique des femmes d&rsquo;Iharrassen va m\u00eame plus loin en cr\u00e9ant 9 motifs dans le tapis pour exprimer les 9 mois de la grossesse. Ces tapis ne sont donc pas seulement une production artistique, mais aussi un langage artistique ma\u00eetris\u00e9 par ces femmes amazighes pr\u00e9-alphab\u00e9tis\u00e9es et un calendrier pictural. [xxxiii]\n<p>Becker a m\u00eame observ\u00e9 la personnification des textiles amazighs sur le m\u00e9tier \u00e0 tisser pour symboliser le r\u00f4le essentiel des femmes dans la transmission de la vie et la pr\u00e9servation de l&rsquo;identit\u00e9 amazighe : [xxxiv]\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u00ab\u00a0Dans certaines r\u00e9gions du Maroc, les tisserands chevauchent physiquement les fils de cha\u00eene et les ensouples du m\u00e9tier \u00e0 tisser avant de les soulever, symbolisant ainsi la naissance du textile. Les femmes ont le pouvoir de vie sur un textile, et lorsque la tisserande l&rsquo;ach\u00e8ve, elle le coupe sur le m\u00e9tier, et l&rsquo;on dit que le textile meurt. Cette personnification du textile souligne les pouvoirs de reproduction et de cr\u00e9ation des femmes et, en assimilant le textile au passage de l&rsquo;homme dans le cycle de la vie, renforce le r\u00f4le des femmes dans la propagation de l&rsquo;identit\u00e9 amazighe\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p><strong>Les femmes amazighes, v\u00e9ritables gardiennes de la tradition orale<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;oralit\u00e9 des femmes pr\u00e9-alphab\u00e9tis\u00e9es d&rsquo;Iharrassen est un facteur majeur de la survie de Tamazight, car elles utilisent la langue pour la communication domestique, l&rsquo;\u00e9ducation des enfants et la r\u00e9p\u00e9tition des histoires populaires, des po\u00e8mes, des proverbes, des chansons et des r\u00e9cits familiaux et culturels. Comme la langue maternelle, le Tamazight et les langues amazighes apparent\u00e9es, n&rsquo;est pas la langue d&rsquo;enseignement dans l&rsquo;\u00e9ducation formelle, c&rsquo;est aux femmes amazighes qu&rsquo;il incombe de transmettre la connaissance de la langue maternelle aux g\u00e9n\u00e9rations suivantes. En tant que premi\u00e8res responsables des enfants, les femmes sont le premier lien de ces derniers avec Tamazight, ce qui conf\u00e8re \u00e0 la langue son statut de langue maternelle et consolide sa long\u00e9vit\u00e9 en d\u00e9pit de son manque de repr\u00e9sentation dans la sph\u00e8re publique. [xxxv]\n<p>Une autre raison pour laquelle les femmes d&rsquo;Iharrassen peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme des acteurs cl\u00e9s dans la pr\u00e9servation de Tamazight r\u00e9side dans leur r\u00f4le de gardiennes de la culture. En plus de s&rsquo;occuper de leur foyer et d&rsquo;\u00e9lever leurs enfants, les femmes jouent un r\u00f4le essentiel dans la pr\u00e9servation du patrimoine artistique et culturel amazigh gr\u00e2ce \u00e0 leur travail dans des domaines tels que le textile, la musique, la po\u00e9sie et la danse. [xxxvi]\n<p>L\u00e0 encore, les femmes pr\u00e9-alphab\u00e9tis\u00e9es sont particuli\u00e8rement importantes, car elles impr\u00e8gnent ces arts de traditions orales transmises de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration de leur savoir-faire traditionnel. Par exemple, les femmes donnent des noms en Tamazight aux motifs de leurs textiles et les transmettent \u00e0 leurs filles. [xxxvii]\u00a0\u00a0 Les noms varient en fonction de la ressemblance que la tisseuse imagine entre le motif et les objets environnants ou le monde naturel, de sorte qu&rsquo;un m\u00eame motif peut porter une multitude de noms descriptifs en Tamazight pour diff\u00e9rents artistes et familles. [xxxviii]\u00a0 Le chant et la danse sont des traditions bien ancr\u00e9es.<\/p>\n<p>Le chant et la danse ont des traditions orales similaires dans le clan Iharrassen : les mouvements sp\u00e9cifiques ont \u00e9galement des noms amazighs descriptifs en fonction des actions qu&rsquo;ils invoquent, et les paroles des chansons ne sont jamais \u00e9crites mais plut\u00f4t transmises oralement sur plusieurs g\u00e9n\u00e9rations. [xxxix]\n<p>Les recherches de Katherine Hoffman sur la participation des femmes amazighes aux chants et \u00e0 la musique illustrent le fait que le maintien de leurs traditions culturelles sert un objectif plus important que la pr\u00e9servation de la langue. En fait, elles sont le ciment m\u00eame de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 de nombreuses familles amazighes sont s\u00e9par\u00e9es g\u00e9ographiquement. Hoffman utilise l&rsquo;exemple des femmes Ida-ou-Zeddout pour expliquer cet argument. [xl]\n<p>Les femmes rifaines d\u2019Iharrassen utilisent des couplets rim\u00e9s connus sous le nom d&rsquo;<strong><em>izr\u00e2n<\/em><\/strong>. Ces paroles ne sont pas simplement destin\u00e9es \u00e0 divertir, mais \u00e0 informer sur les migrations et les voyages des membres de la famille, ainsi que sur les \u00e9v\u00e9nements sociaux \u00e0 venir, tels que les mariages ou les festivals. Ainsi, m\u00eame lorsqu&rsquo;elles les chantent, les femmes amazighes servent \u00e0 lier les membres disparates de leur communaut\u00e9, en maintenant un sentiment d&rsquo;unit\u00e9 malgr\u00e9 les difficult\u00e9s li\u00e9es \u00e0 la s\u00e9paration g\u00e9ographique (surtout l\u2019immigration en Europe). L&rsquo;importance particuli\u00e8re des couplets pour les communaut\u00e9s locales est illustr\u00e9e par le fait que ce genre n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 commercialis\u00e9 pour une consommation plus large, comme c&rsquo;est le cas pour beaucoup d&rsquo;autres dans les festivals de musique.<\/p>\n<figure id=\"attachment_5571\" aria-describedby=\"caption-attachment-5571\" style=\"width: 626px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-5571 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Poterie-du-Rif.jpg?resize=618%2C381&#038;ssl=1\" alt=\"Poterie du Rif\" width=\"618\" height=\"381\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Poterie-du-Rif.jpg?w=626&amp;ssl=1 626w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Poterie-du-Rif.jpg?resize=405%2C250&amp;ssl=1 405w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-5571\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #000080;\">Poterie du Rif<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>La deuxi\u00e8me fonction des <strong><em>izr\u00e2n<\/em><\/strong> est de raconter et d&rsquo;enregistrer pour l&rsquo;histoire orale les \u00e9v\u00e9nements qui rassemblent la communaut\u00e9. [xli] Tout comme ces vers sont souvent chant\u00e9s pour annoncer l&rsquo;arriv\u00e9e des mari\u00e9s lors des mariages locaux. Les <strong><em>izr\u00e2n<\/em><\/strong> sont entendus chaque jour de ces c\u00e9l\u00e9brations qui durent plusieurs jours, et servent \u00e0 recueillir dans la m\u00e9moire collective de la communaut\u00e9 les marques importantes de ces \u00e9v\u00e9nements festifs.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me impact important des <strong><em>izr\u00e2n<\/em><\/strong> sur la force des communaut\u00e9s amazighes est son r\u00f4le dans la cr\u00e9ation de liens de confraternit\u00e9 et le comblement des foss\u00e9s entre les diff\u00e9rents groupes tribaux, et donc dans la m\u00e9diation des conflits potentiels. L\u00e0 encore, cette fonction, comme les autres, illustre l&rsquo;utilisation particuli\u00e8re des traditions orales et linguistiques des femmes dans le maintien de l&rsquo;unit\u00e9 des communaut\u00e9s amazighes dans la r\u00e9gion du Rif. Les rassemblements publics, tels que les mariages, peuvent prendre d&rsquo;immenses proportions dans la culture amazighe ; les invit\u00e9s aux mariages, par exemple, peuvent \u00eatre plusieurs centaines venues de diff\u00e9rents clans ou m\u00eame diff\u00e9rentes tribus.<\/p>\n<p>Ces \u00e9v\u00e9nements sont l&rsquo;occasion pour les diff\u00e9rents groupes familiaux et tribaux de se r\u00e9unir, les invit\u00e9s devant parcourir de longues distances pour y assister. Les conflits pass\u00e9s ou pr\u00e9sents et les divergences d&rsquo;opinion sont donc susceptibles de donner lieu \u00e0 des discordes lors de ces grands rassemblements. L&rsquo;un des r\u00f4les des <strong><em>izr\u00e2n<\/em><\/strong> est de cr\u00e9er des liens entre les gens en articulant des normes morales et sociales collectives, \u00e9touffant ainsi le conflit dans l&rsquo;\u0153uf avant m\u00eame qu&rsquo;il ne commence en rappelant aux gens leurs points communs et en cr\u00e9ant un sens de l&rsquo;unit\u00e9 de la communaut\u00e9 <strong><em>tamount <\/em><\/strong>(un des aspects de la trinit\u00e9 amazighe mentionn\u00e9e ci-dessus) et de la famille.<\/p>\n<p>En g\u00e9n\u00e9ral, la responsabilit\u00e9 de faire respecter les codes moraux dans les communaut\u00e9s rifaines d\u2019Iharrassen incombe aux femmes mari\u00e9es les plus \u00e2g\u00e9es. Elles encouragent l&rsquo;unit\u00e9 en cas de conflit en jouant le r\u00f4le de m\u00e9diatrices entre les diff\u00e9rentes factions. Leurs chants servent \u00e0 peu pr\u00e8s le m\u00eame objectif, avec des paroles qui parlent de la s\u00e9curit\u00e9 (<strong><em>ram\u00e2n<\/em><\/strong>) mutuellement b\u00e9n\u00e9fique que l&rsquo;on trouve lorsque les villages et les groupes sociaux travaillent et vivent ensemble dans la paix.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Oh, mon doux lait, fille de grande beaut\u00e9<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Souviens-toi de l&rsquo;honneur, du respect et de la tradition<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Fais de la ceinture de la puret\u00e9 et de la saintet\u00e9 ton id\u00e9al<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Et mets-la autour de ta taille d&rsquo;abeille pour toujours<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Souris et sois gentille avec tous ceux qui t&rsquo;entourent<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Mais garde-toi pour toi, toujours propre<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Demain, les habitants du village parleront de toi en bien<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Et p\u00e8re, m\u00e8re, fr\u00e8res et s\u0153urs se r\u00e9jouiront<\/em><\/p>\n<p>Une autre raison pour laquelle les femmes des Iharrassen peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme des acteurs cl\u00e9s dans la pr\u00e9servation de Tamazight r\u00e9side dans leur r\u00f4le de gardiennes de la culture.\u00a0 [xlii]\u00a0 En plus de s&rsquo;occuper de leur foyer et d&rsquo;\u00e9lever leurs enfants, les femmes jouent un r\u00f4le essentiel dans la pr\u00e9servation du patrimoine artistique et culturel amazigh gr\u00e2ce \u00e0 leur travail dans des domaines tels que le textile, la musique, la po\u00e9sie et la danse. [xliii]\u00a0 L\u00e0 encore, les femmes analphab\u00e8tes sont les principales gardiennes de la culture de Tamazight. [xliv]\n<p>L\u00e0 encore, les femmes pr\u00e9-alphab\u00e9tis\u00e9es rifaines d\u2019Iharrassen sont particuli\u00e8rement importantes, car elles impr\u00e8gnent ces arts de traditions orales transmises de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. Par exemple, les femmes donnent des noms en tamazight aux motifs de leurs textiles et les transmettent \u00e0 leurs filles. [xlv]\u00a0 Les noms varient en fonction de la ressemblance que la tisseuse imagine entre le motif et les objets environnants ou le monde naturel, de sorte qu&rsquo;un m\u00eame motif peut porter une multitude de noms descriptifs en tamazight pour diff\u00e9rents artistes et familles. [xlvi]\n<p><strong>La po\u00e9sie de r\u00e9sistance dans le Rif<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>La guerre du Rif<\/em><\/strong><\/p>\n<p>En 1860, le Maroc fut vaincu par l\u2019Espagne \u00e0 T\u00e9touan. C\u2019\u00e9tait le d\u00e9but de la d\u00e9gringolade de l\u2019empire marocain. [xlvii] L\u2019Espagne coloniale avait en vue l\u2019occupation du Rif pour redorer son blason imp\u00e9rial sachant qu\u2019elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente dans les <em>pr\u00e9sidios<\/em> de Ceuta et Melilla depuis des si\u00e8cles (1640).<\/p>\n<p>Pour s\u2019accaparer du Rif elle lan\u00e7a en 1880 une campagne de d\u00e9stabilisation par l\u2019introduction d\u2019armes \u00e0 feu \u00e0 partir de Melilla. Elle encouragea les tribus rifaines \u00e0 s\u2019armer et ainsi commen\u00e7a une p\u00e9riode d\u2019instabilit\u00e9 appel\u00e9e <strong><em>rifublik <\/em><\/strong>ou<strong><em> ripublik <\/em><\/strong>(1898-1921) [xlviii] qui voulait dire \u00e8re d\u2019insurgence et de d\u00e9sordre social. [xlix] Une p\u00e9riode qui s\u2019est caract\u00e9ris\u00e9e par une anarchie aliment\u00e9e par la prolif\u00e9ration des armes \u00e0 feu vendues par des agents europ\u00e9ens et surtout espagnols directement \u00e0 la population locale pour pr\u00e9parer le terrain au colonialisme europ\u00e9en qui allait d\u00e9buter en 1912 avec le partage du Maroc entre la France et l\u2019Espagne et sa colonisation. [l]\n<figure id=\"attachment_5572\" aria-describedby=\"caption-attachment-5572\" style=\"width: 502px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-5572 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Costume-traditionnel-dun-homme-de-Gzennaya.jpg?resize=502%2C567&#038;ssl=1\" alt=\"Costume traditionnel d'un homme de Gzennaya\" width=\"502\" height=\"567\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Costume-traditionnel-dun-homme-de-Gzennaya.jpg?w=502&amp;ssl=1 502w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Costume-traditionnel-dun-homme-de-Gzennaya.jpg?resize=221%2C250&amp;ssl=1 221w\" sizes=\"auto, (max-width: 502px) 100vw, 502px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-5572\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #000080;\">Costume traditionnel d&rsquo;un homme de Gzennaya<\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p>Le Rif a toujours \u00e9t\u00e9 une zone ind\u00e9pendante et autonome malgr\u00e9 une partie occup\u00e9e. Dans cette r\u00e9gion, ils ont r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises et farouchement \u00e0 divers occupants, tels que le Portugal, et l&rsquo;Espagne. Au fil du temps, plusieurs \u00c9tats souverains furent fond\u00e9s par les Rifains, comme l&rsquo;\u00c9tat de Nekkour (710\u20131019) \u2d5c\u2d30\u2d33\u2d4d\u2d37\u2d49\u2d5c \u2d4f \u2d4f\u2d3d\u2d3d\u2d53\u2d54. [li]\n<p>Lorsque l\u2019Espagne tenta d\u2019occuper le Rif au d\u00e9but du si\u00e8cle dernier, elle se heurta \u00e0 une farouche r\u00e9sistance de la part des Rifains. Les Espagnols avaient un certain nombre de d\u00e9faites \u00e0 encaisser, aboutissant \u00e0 la d\u00e9faite finale \u00e0 la bataille d&rsquo;Anoual, qui joua donc un r\u00f4le important dans la cr\u00e9ation de la R\u00e9publique du Rif en 1921. [lii]\n<p>Le 18 septembre 1921, sous la direction de Mohammed Abdelkrim al-Khattabi (1882-1963), [liii] l&rsquo;\u00c9tat du Rif est proclam\u00e9. Un \u00c9tat avec son propre gouvernement, son parlement, son hymne, sa monnaie, son arm\u00e9e, etc. [liv]\n<p>Les puissances coloniales europ\u00e9ennes voyaient dans ce jeune \u00c9tat une menace car la proclamation d&rsquo;un \u00c9tat ind\u00e9pendant par les Rifains pouvait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un exemple par les autres peuples occup\u00e9s et comme une source d&rsquo;inspiration.<\/p>\n<p>C\u2019est pour cette raison que l\u2019Espagne, l\u2019Allemagne et la France ont form\u00e9 une coalition internationale. L&rsquo;Allemagne a fourni des gaz toxiques et la France, avec l&rsquo;Espagne, a envoy\u00e9 environ un demi-million de soldats dans le Rif. [lv]\n<p>Durant cette guerre qui dura de 1921 \u00e0 1927, cette coalition n&rsquo;h\u00e9sita pas \u00e0 utiliser des gaz toxiques contre des civils non arm\u00e9s. Le pr\u00e9sident du Rif, Mohammed AbdelKrim al-Khattabi, s&rsquo;est adress\u00e9 \u00e0 la communaut\u00e9 internationale, mais celle-ci n&rsquo;a pas r\u00e9agi. [lvi]\n<p>C&rsquo;est pourquoi il fut contraint de se rendre \u00e0 la France en 1926, qui le bannit ensuite \u00e0 la R\u00e9union, une \u00eele de l&rsquo;oc\u00e9an Indien. Le Rif tombait en grande partie sous la domination espagnole et en partie sous la domination fran\u00e7aise. [lvii]\n<p>Cette \u00e9pop\u00e9e glorieuse est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e par la po\u00e9sie, la conteuse Fettouch n-ib\u00e2qayen n\u00e9e en 1899 et d\u00e9c\u00e9d\u00e9e en 1980 se rappelle que durant la guerre du Rif alors que les hommes se battaient sur le front les femmes composaient des chants pour les encourager \u00e0 d\u00e9fendre leur pays contre les occupants <strong><em>iroumiyen <\/em><\/strong>(chr\u00e9tiens venus d\u2019Europe). [lviii] Ces chants \u00e9taient des <strong><em>izr\u00e2n<\/em><\/strong> de r\u00e9sistance\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Yamaynou i<sup>c<\/sup>azzen nggya rbaroudha agou spanyou\/Ma ch\u00e8re m\u00e8re, on a fait la guerre aux Espagnols<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Yawthaneghd sb\u00f4qi gi isammem aman nwanou\/Ils nous a bombard\u00e9 avec des armes chimiques qui ont empoisonn\u00e9es nos puits<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Aroumi aspanyou izwad aman ikhis adhyawi dhmoth\/Les chr\u00e9tiens espagnols ont travers\u00e9 les eaux (la M\u00e9diterran\u00e9e) pour spolier nos terres<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Isachmedh dhaddath ywwi aghroum ndinoth\/Ils ont br\u00fbl\u00e9 nos maisons et vol\u00e9 notre pain de four<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Afransis akidhes fous g fous ichathed zi snej\/Avec \u00e0 leur c\u00f4t\u00e9 les Fran\u00e7ais qui nous bombardaient d\u2019en haut<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Nchin njahadh s dhakhmasechth dhou ghnej\/Nous on combattait avec le fusil et les chants de r\u00e9sistance<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Iroumiyen snayen ikad ghansen moulay mohand\/Les deux pays chr\u00e9tiens ont d\u00fb faire face \u00e0 la r\u00e9sistance farouche de Moulay Mohand (Ben Abdelkrim al-Khattabi)<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>S rbaroudh nirifiyen kamren zi taf ndmoth usind\/Les Rifains sont venus de partout r\u00e9sister aux envahisseurs<\/em><\/p>\n<p>Ces chants remarquables de r\u00e9sistance ont les doit pas aux hommes mais aux femmes po\u00e9tesses qui les ont compos\u00e9s durant la guerre du Rif contre les envahisseurs europ\u00e9ens pour encourager leurs hommes au front et qui nous ont \u00e9t\u00e9 transmis par d\u2019autres femmes conteuses comme exemples de l\u2019histoire orale du peuple du Rif. [lix]\n<p>Malheureusement ces femmes, au fil du temps, disparaissent de maladie ou de vieillesse et avec elles disparait la riche histoire orale et le savoir coutumier des Gzennaya, en particulier, et des Imazighen, en g\u00e9n\u00e9ral, sans que les autorit\u00e9s ne se rendent compte que le patrimoine culturel et l\u2019h\u00e9ritage civilisationnel du pays est perdu pour toujours.<\/p>\n<p>Les Imazighen \u00e0 travers le temps ont commis leur savoir coutumier \u00e0 la m\u00e9moire collective de l\u2019homme et cette m\u00e9moire n\u2019est aucunement transf\u00e9rable, \u00e0 travers le temps, de fa\u00e7on infaillible. [lx]\n<p>Il va sans le dire que l\u2019histoire orale du peuple amazigh, aussi grandiose qu\u2019elle soit, est condamn\u00e9 par le temps. \u00a0[lxi] Toutefois, pour Etienne Fran\u00e7ois, l\u2019histoire orale est tr\u00e8s f\u00e9conde, a plus d\u2019un titre\u00a0: [lxii]\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u2018\u2019L&rsquo;histoire orale serait d&rsquo;abord novatrice par ses objets, puisqu&rsquo;elle porte en particulier son attention sur les \u00ab\u00a0domin\u00e9s\u00a0\u00bb, les silencieux et les exclus de l&rsquo;histoire (femmes, prol\u00e9taires, marginaux etc.), sur l&rsquo;histoire du quotidien et de la vie priv\u00e9e (dans une optique se situant aux antipodes de la tradition fran\u00e7aise de l&rsquo;histoire de la vie quotidienne), sur l&rsquo;histoire locale et enracin\u00e9e ; elle serait ensuite novatrice par ses approches, donnant la pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une \u00ab\u00a0histoire vue d&rsquo;en bas\u00a0\u00bb, (\u00ab\u00a0Geschichte von unten\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Geschichte von innen\u00a0\u00bb) attentive aux mani\u00e8res de voir et de sentir, et redonnant face aux structures \u00ab\u00a0objectives\u00a0\u00bb et aux d\u00e9terminations collectives la priorit\u00e9 aux visions subjectives et aux parcours individuels, dans une perspective r\u00e9solument \u00ab\u00a0micro-historique\u00a0\u00bb.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p><strong><em>Les po\u00e8mes de r\u00e9sistance<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Rqsiyath<\/em><\/strong> est une forme po\u00e9tique tr\u00e8s ancienne, souvent de tr\u00e8s longs po\u00e8mes au rythme et \u00e0 la rime r\u00e9guliers, que les Berb\u00e8res ont emprunt\u00e9 aux Arabes. La <strong><em>qas\u00eedah<\/em><\/strong> arabe remonte \u00e0 la p\u00e9riode pr\u00e9islamique. [lxiii] Les Berb\u00e8res ont emprunt\u00e9 cette forme po\u00e9tique aux Arabes mais ils ont r\u00e9ussi d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre \u00e0 lui donner une nouvelle forme, une forme apr\u00e8s tout qui convient \u00e0 la po\u00e9sie berb\u00e8re et \u00e0 l&rsquo;esprit des Berb\u00e8res.<\/p>\n<p>La dur\u00e9e de <strong><em>rqsiyath<\/em><\/strong> peut varier selon le ou les th\u00e8mes qu&rsquo;elle traite. [lxiv] En fait, elle doit souvent traiter d&rsquo;un th\u00e8me particulier et contrairement aux couplets rim\u00e9s <strong><em>izr\u00e2n<\/em><\/strong> qui prennent des libert\u00e9s tant dans le contenu que dans l&rsquo;expression, <strong><em>rqsiyath<\/em><\/strong> est une po\u00e9sie tr\u00e8s s\u00e9rieuse qui exalte des qualit\u00e9s telles que : le courage, la libert\u00e9, la solidarit\u00e9, la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, etc. et aborde en profondeur les probl\u00e8mes philosophiques auxquels sont confront\u00e9s les \u00eatres humains \u00e9tant donn\u00e9 que la plupart des <strong><em>rqsiyath<\/em><\/strong> sont compos\u00e9es par des \u00e9rudits religieux plut\u00f4t que par des po\u00e8tes populaires.<\/p>\n<p>Ces longs po\u00e8mes tentent souvent d&rsquo;avoir une sorte de saveur mystique rappelant le bon vieux temps o\u00f9 le mysticisme atteignait son apog\u00e9e. Dans ces po\u00e8mes, le langage est tr\u00e8s formel dans le sens o\u00f9 les mots sont choisis avec beaucoup de soin, les m\u00e9taphores sont tr\u00e8s abondantes et les images sont tr\u00e8s complexes et magnifiquement construites selon les croyances religieuses et la mythologie locale. Le rythme du po\u00e8me est lui-m\u00eame tr\u00e8s expressif et hautement suggestif.<\/p>\n<p>Dans <strong><em>rqsiyath n-umanghi<\/em><\/strong> (le po\u00e8me de guerre) le po\u00e8te inconnu fait l&rsquo;\u00e9loge d\u2019Iharassen, pour le courage dont ils ont fait preuve sur le champ de bataille en combattant les envahisseurs fran\u00e7ais et espagnols sous la banni\u00e8re de Ben Abdelkrim al-Khattabi pendant la guerre du Rif 1921-26. Selon la conteuse Fadhma imnadhen, [lxv]\u00a0 le long po\u00e8me en question est l\u2019\u0153uvre de la po\u00e9tesse Fettouch Dhachemratch originaire d\u2019Imrabdhen n-Iharassen, elle est n\u00e9e en 185O et d\u00e9c\u00e9d\u00e9e en 1937, tu\u00e9 par les occupants fran\u00e7ais pour son militantisme contre l\u2019occupation fran\u00e7aise. [lxvi]\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Mchehar dhramhayn, mchehar dhra<sup>c<\/sup>dhab<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Ighz\u0101 iharassen dhini qiwqa<sup>c<\/sup> arh\u0101b<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Nous avons souffert d&rsquo;ennuis, nous avons souffert de troubles<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>C\u2019est dans la rivi\u00e8re d&rsquo;Iharassen qu\u2019a eu lieu la guerre <\/em><\/p>\n<p>Ici la po\u00e9tesse semble d\u00e9fier quelqu&rsquo;un, peut-\u00eatre un clan rival, qui doute de ses pr\u00e9tentions et \u00e0 mon avis c&rsquo;est pourquoi elle a recadr\u00e9 tout le po\u00e8me \u00e0 partir de ce couplet, apr\u00e8s avoir d\u00e9fendu avec v\u00e9h\u00e9mence sa communaut\u00e9 et d\u00e9clar\u00e9 clairement son identit\u00e9 clanique.<\/p>\n<p>Elle entre dans le vif du sujet :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Qa nash awar-inu s-rmizan dra<sup>c<\/sup>b\u0101<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Qa Ben <sup>c<\/sup>Abdekrin wa ya<sup>c<\/sup>qib gha dhff\u0101<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Ikafah kh dhmoth-inas amjjirath am nh\u0101<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Nach qagh manaya chkek fham ou fkk\u00e2<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Souviens-toi que tout ce que je dis est significatif et sage<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Je dis que Ben Abdelkrim n\u2019a jamais fait de retraite<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Il s&rsquo;est battu pour son pays jour et nuit<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Moi, je dis cela mais toi r\u00e9fl\u00e9chis et analyse<\/em><\/p>\n<p>Elle, la po\u00e9tesse, bien s\u00fbr, affirme qu\u2019elle ne dit jamais de b\u00eatises, elle est la voix de la sagesse. Ici, indirectement, elle se compare au h\u00e9ros national Ben Abdekrim, l&rsquo;homme qui a vaincu les arm\u00e9es de deux pays coloniaux puissants : la France et l\u2019Espagne, ce qui laisse \u00e9galement penser qu\u2019elle aussi vaincra ses adversaires du clan, mais verbalement.<\/p>\n<p>Elle poursuit en d\u00e9crivant les Rifains comme des guerriers intr\u00e9pides qui ont \u00e9cras\u00e9 les espagnols et les ont jet\u00e9s \u00e0 la mer, mais, par contre, elle estime que les Fran\u00e7ais \u00e9taient plus difficiles \u00e0 vaincre car ils attaquaient par derri\u00e8re quand personne ne les attend. C&rsquo;est un manque flagrant de courage car elle admet qu&rsquo;il faut toujours faire face \u00e0 son ennemi et qu\u2019un Rifain n&rsquo;attaquerait jamais son ennemi par derri\u00e8re.<\/p>\n<p>La po\u00e9tesse atteint un stade o\u00f9 elle rel\u00e8ve elle-m\u00eame le d\u00e9fi avec dignit\u00e9 et fiert\u00e9 et, tout comme dans les temps anciens, ses vers, en plus d&rsquo;\u00eatre des vers, deviennent un fusil et ses mots des balles pour se battre farouchement et mourir en martyr. Mais on peut mourir et \u00eatre glorifi\u00e9 comme martyr non seulement en combattant l\u2019ennemi mais aussi en se sacrifiant pour l\u2019\u00eatre cher. En effet, on meurt, souligne indirectement la po\u00e9tesse, pour deux \u00eatres chers : <strong><em>dham\u00f4th<\/em><\/strong> (son pays) et <strong>ra<sup>c<\/sup>m\u00e2<\/strong> (son amour).<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Qanech tmattigh kha-Rif dh chchek ara<sup>c<\/sup>m\u0101<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Ksi lklata ayuma dh kkadh kh rafj\u00e2<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>ksi aqatas ayuma wari gha wadhr\u0101<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>mara dhakhsadh ataqdhidh kh bnadhm aghdd\u00e2<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Je meurs pour le Rif et toi mon ador\u00e9 <\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>R\u00e9veille-toi mon fr\u00e8re \u00e0 l&rsquo;aube et prends ton arme<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Prends aussi les munitions mon fr\u00e8re et monte \u00e0 la montagne<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Combattre et \u00e9craser l&rsquo;ennemi<\/em><\/p>\n<p>La po\u00e9tesse continue avec son po\u00e8me \u00e9pique passant de la louange \u00e0 la lamentation et de la lamentation \u00e0 la nostalgie. Elle est tr\u00e8s nostalgique, elle se souvient avec tristesse du bon vieux temps, de son village et des siens. Les hommes de sa famille sont tous au front, combattant l&rsquo;ennemi fusil \u00e0 la main tandis qu\u2019elle elle combat avec la plume et les mots pour d\u00e9fendre ses principes et ceux des siens. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un combat sur deux fronts et la po\u00e9tesse accepte le d\u00e9fi avec plaisir et joie et son courage est certainement \u00e0 la hauteur de sa popularit\u00e9 dans le sens o\u00f9 ses comp\u00e9tences en po\u00e9sie sont \u00e9gales \u00e0 ses comp\u00e9tences en guerre sur le front de l\u2019information.<\/p>\n<p>Mais son anxi\u00e9t\u00e9 et sa nostalgie se dissipent soudain et la joie retrouve son c\u0153ur ; l&rsquo;ennemi fran\u00e7ais est vaincu et l&rsquo;ind\u00e9pendance est obtenue gr\u00e2ce aux gens de son pays et la po\u00e9tesse berb\u00e8re fid\u00e8le \u00e0 la tradition termine son <strong><em>qsiyath<\/em><\/strong> sur une note d&rsquo;\u00e9loge et invite les prochaines g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 manifester leur ind\u00e9pendance et \u00e0 vivre libres ou \u00e0 mourir libres. La po\u00e9tesse est tr\u00e8s modeste, contrairement \u00e0 la plupart des po\u00e8tes arabes, le m\u00e9rite revient \u00e0 sa tribu et non \u00e0 elle-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Imchoumen n-irifiyen Kharqan dhi raw<sup>c<\/sup>\u00e2<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Hta cha n-rgans wa rasen izemm\u00e2<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Les Rifains ont \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9s durement<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Aucune nation ne peut les vaincre<\/em><\/p>\n<p>Et ses \u00e9loges envers les membres de sa tribu sont sans aucun doute sp\u00e9ciaux, voire uniques\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Chek inid s-uqamum nech s-zam\u00e2<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Rqsiyath n-umanghi ntath\u00a0 <sup>c<\/sup>adh dhmgh\u00e2<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Dis tes louanges en mots, je dis les miennes en musique<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Le po\u00e8me de la guerre est encore tr\u00e8s long<\/em><\/p>\n<p>Les derniers versets de ce po\u00e8me sont un conseil au go\u00fbt moraliste et sont destin\u00e9s aux g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Ttarix qa dhwa w\u01ddn ixis\u01ddn athyigh\u00e2<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Nachin qa nigya maymi kh nzmm\u00e2<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Ima chek ayuma ima ruxa dbb\u0101<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>bnat\u01ddm ahori uri-n\u01dds adhinw\u00e2<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>C&rsquo;est de l&rsquo;histoire \u00e0 qui veut la lire<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Rappelez-vous que nous avons fait ce que nous pouvions<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>C&rsquo;est \u00e0 toi mon fr\u00e8re de faire ce que tu veux<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Mais souviens-toi que celui qui vit libre vit heureux<\/em><\/p>\n<p><strong><em>Awaren n-rma<sup>c<\/sup>na<\/em><\/strong>\u00a0<strong>: proverbes<\/strong><\/p>\n<p><strong>L&rsquo;organisation structurelle du proverbe<\/strong><\/p>\n<p>Il est vrai que les proverbes sont parmi les formes les plus complexes et les plus compliqu\u00e9es de la tradition populaire. Dans la litt\u00e9rature rifaine d\u2019Iharrassen, ils sont appel\u00e9s <strong><em>awaren n-rma<sup>c<\/sup>na<\/em><\/strong> ; les mots de sens ou les mots pleins de sens, mais la question est de savoir si ces proverbes ont un sens pour tout le monde.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr que oui ; le locuteur non natif, tout comme le locuteur natif dans de nombreux cas, les trouvent significatifs pour deux raisons principales :<\/p>\n<ul>\n<li>Le proverbe tel qu&rsquo;il est et la culture qu&rsquo;il repr\u00e9sente sont deux choses qui vont ensemble, un corps indivisible qui ne peut en aucun cas \u00eatre analys\u00e9 s\u00e9par\u00e9ment\u00a0; et le proverbe lui-m\u00eame est une structure \u00e9nigmatique, si \u00e9nigmatique que m\u00eame une bonne connaissance de la langue dans laquelle il est compos\u00e9 s&rsquo;av\u00e8re inefficace\u00a0; et<\/li>\n<li>Le proverbe est un genre qui transgresse les r\u00e8gles phonologiques, syntaxiques et s\u00e9mantiques de la langue et, bien entendu, cette transgression malheureuse conduit \u00e0 la cr\u00e9ation de nouvelles structures grammaticales qui brouillent compl\u00e8tement le champ de signification des proverbes parfois.<\/li>\n<\/ul>\n<p>D\u2019apr\u00e8s Mina n-imnadhen, [lxvii] conteuse, il semble que la tendance dans l&rsquo;\u00e9laboration des proverbes soit \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie de mots. Les proverbes sont cens\u00e9s transmettre un message de sagesse et, en fait, la sagesse encourage l&rsquo;\u00e9conomie de mots. Dans la soci\u00e9t\u00e9 rifaine, le sage est celui qui parle le moins, mais lorsqu&rsquo;il le fait, il ne dit que des choses sens\u00e9es. Il y a des chances que ses paroles deviennent \u00e0 l&rsquo;avenir des proverbes bien \u00e9tablis.<\/p>\n<p>La litt\u00e9rature rifaine est d&rsquo;ailleurs riche en adages populaires qui font l&rsquo;\u00e9loge de l&rsquo;\u00e9conomie de mots et de ceux qui disent le sens avec le moins de mots possibles.<\/p>\n<p><strong><em>Les proverbes en question<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Voyons un peu ces proverbes\/adages populaires et leurs port\u00e9es culturelles. D\u2019apr\u00e8s la conteuse Mina, les Rifains sont connus au Maroc pour leur courage et t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 \u00e0 tel point qu\u2019ils sont surnomm\u00e9s <strong><em>chlouh al-<sup>c<\/sup>azz<\/em><\/strong>\u00a0: Les Imazighen de la dignit\u00e9. Ce courage se refl\u00e8te sur le langage dans les proverbes adages\u00a0;<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong><em>Dhichthi sou char wala dhawra<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Il faut se battre avec des mottes de terre que de battre en retraite<\/em><\/p>\n<p>Certains proverbes, tout comme les devinettes, utilisent soit des mots onomatop\u00e9iques, soit des \u00e9l\u00e9ments lexicaux qui ont compl\u00e8tement disparu du lexique berb\u00e8re, mais il est parfois tr\u00e8s difficile, lors de l&rsquo;analyse de certains proverbes, de faire la part des choses. En effet, le proverbe suivant pose toutefois cette difficult\u00e9 :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong><em>Mara ysikhth twuh, mara jikhth twuh<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong><em>Ma chas gha ggakh awihwuh<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Si je le soul\u00e8ve, c&rsquo;est un probl\u00e8me (<strong>twuh<\/strong>), Si je le laisse, c&rsquo;est un probl\u00e8me (<strong>twuh<\/strong>)<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Que puis-je faire face \u00e0 ce dilemme (<strong>awihwuh<\/strong>)\u00a0?<\/em><\/p>\n<p>Cette linguistique pose de nombreux probl\u00e8mes dans la mesure o\u00f9 les opinions divergent quant \u00e0 l&rsquo;analyse du sens des mots soulign\u00e9s. Certains insistent sur le fait que ces mots sont sortis de l&rsquo;usage depuis longtemps et que personne n&rsquo;en conna\u00eet leur vrai sens. Bien s\u00fbr la question est de savoir pourquoi utiliser un proverbe que personne ne comprend ; quel est l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de r\u00e9p\u00e9ter quelque chose qui n&rsquo;a pas de sens. Un proverbe n&rsquo;est-il pas cens\u00e9 nous enseigner une le\u00e7on de morale, comment peut-il remplir sa mission dans ce cas\u00a0? La r\u00e9ponse est que dans toutes les langues les po\u00e8tes et les cr\u00e9ateurs de sens on la libert\u00e9 de cr\u00e9ation pour la sauvegarde du rythme et de la rime.<\/p>\n<p>L&rsquo;autre hypoth\u00e8se, aussi logique que la premi\u00e8re en question donn\u00e9 ci-dessus, ne sont pas d\u00e9pourvus de sens ; ce sont des mots onomatop\u00e9iques et, dans ce cas, ils signifient ce que le bruit qu&rsquo;ils repr\u00e9sentent a un sens. Ainsi, selon cette hypoth\u00e8se, ce proverbe signifie ce qui suit :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u2018\u2019La personne \u00e0 laquelle le proverbe fait r\u00e9f\u00e9rence est un tel fardeau que le soulever me demande beaucoup de force et beaucoup de bonne volont\u00e9. Dans ce cas, il s&rsquo;agit du bruit que l&rsquo;on fait lorsqu&rsquo;on accomplit une t\u00e2che qui demande de l&rsquo;\u00e9nergie musculaire. Mais d&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, je ne peux pas le laisser faire le clown et c&rsquo;est aussi difficile que de le soutenir.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p><strong><em>Dhuri\u00a0! dhuri<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Ce proverbe en grande utilisation chez les Rifains s&rsquo;av\u00e8re, toutefois, difficile \u00e0 traduire, voire impossible, car il s&rsquo;agit d&rsquo;une sorte de r\u00e9duplication qui n&rsquo;a pas d&rsquo;\u00e9quivalent en Fran\u00e7ais. En principe la traduction litt\u00e9rale veut dire\u00a0: \u2018\u2019elle est mont\u00e9e\u00a0! elle est mont\u00e9e\u00a0!\u2019\u2019. Lorsqu&rsquo;un Rifain dit <strong><em>turi<\/em><\/strong> ou <strong><em>turyayi<\/em><\/strong>, il veut dire que quelque chose l&rsquo;\u00e9nerve et que cela fait monter inexorablement sa tension.<\/p>\n<p>Dans le Rif central, cette expression est attribu\u00e9e \u00e0 la tribu des Aith Waryaghal. En effet, pendant la p\u00e9riode de la <strong><em>Rifublik <\/em><\/strong>ou<strong><em> Ripublik <\/em><\/strong>(1898-1921), lorsque les tribus du Rif \u00e9taient divis\u00e9es par des guerres de sang internes, tout le Rif \u00e9tait un <strong><em>bl\u00e2d s\u00eeba<\/em><\/strong>, c&rsquo;est-\u00e0-dire que le gouvernement ch\u00e9rifien et le sultan lui-m\u00eame n&rsquo;avaient aucun pouvoir sur cette partie du Maroc. Et bien que le gouvernement central n&rsquo;ait \u00e9pargn\u00e9 aucun effort pour prendre le contr\u00f4le de cette r\u00e9gion, il a toujours \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 \u00e0 une r\u00e9sistance f\u00e9roce de la part des tribus et ses troupes ont toujours \u00e9t\u00e9 \u00e9cras\u00e9es par les forces combin\u00e9es des tribus rifaines qui formaient des <strong><em>liffs<\/em><\/strong> (alliances militaires) pour se d\u00e9fendre. [lxviii]\n<p>La plupart des habitants du Rif \u00e9taient arm\u00e9s pour se d\u00e9fendre de toute attaque externe comme internes. Un Rifain des Aith Waryaghal qui attendait devant sa maison pour repousser toute attaque de ses ennemis a vu quelqu&rsquo;un manger ses figues. Il le regarda avec col\u00e8re et d\u00e9go\u00fbt et dit :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong><em>Dhuri\u00a0! Dhuri !<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong><em>Ach nghagh wakha dhmammi<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Je suis \u00e9nerv\u00e9 et ma tension a mont\u00e9 au maximum<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Je te tuerai m\u00eame<\/em> si <em>tu es mon vrai fils<\/em><\/p>\n<p>Il prit son fusil et se dirigea vers le figuier mais, \u00e0 sa grande d\u00e9ception, le voleur qui se r\u00e9galait de ses figues n&rsquo;\u00e9tait autre que son propre fils et il lui tira dessus et pleura sa mort par la suite. Ainsi, ce fameux dicton est devenu un proverbe et les gens continuent \u00e0 l&rsquo;utiliser m\u00eame de nos jours pour monter leur \u00e9nervement et d\u00e9termination \u00e0 agir quelles que soient les circonstances.<\/p>\n<p><strong>Les contes<\/strong><\/p>\n<p>La narration est universelle et aussi ancienne que l\u2019humanit\u00e9. Avant l\u2019\u00e9criture, il y avait la narration. Cela se produit dans toutes les cultures et \u00e0 tous les \u00e2ges. Il existe (et a exist\u00e9) pour divertir, informer et promulguer les traditions et les valeurs culturelles.<\/p>\n<p>La narration orale <strong><em>dhaj\u00eet<\/em><\/strong> consiste \u00e0 raconter une histoire \u00e0 travers la voix et les gestes (<strong><em>s wawar dhi fassen<\/em><\/strong>). La tradition orale peut prendre de nombreuses formes, notamment des po\u00e8mes \u00e9piques, des chants, des comptines, des chansons, etc. Toutes ces histoires ne sont pas historiquement exactes ni m\u00eame vraies. La v\u00e9rit\u00e9 est moins importante que la coh\u00e9sion culturelle. La narration peut englober des mythes, des l\u00e9gendes, des fables, des religions, des pri\u00e8res, des proverbes et des instructions.<\/p>\n<p>Comme tous les Imazighen de Tamazgha, les Gzennaya ont une tradition de narration orale qui remonte \u00e0 plusieurs g\u00e9n\u00e9rations. Leurs r\u00e9cits \u00e9taient destin\u00e9s \u00e0 pr\u00e9server l\u2019histoire de la tribu et \u00e0 \u00e9duquer les jeunes. De plus, la tradition orale comprend l\u2019histoire ainsi que des le\u00e7ons de vie ou des enseignements moraux. [lxix]\n<p>Concernant l\u2019utilisation de l&rsquo;ostension dans la narration orale, Michelle Scalise Sugiyama \u00e9crit dans <em>Frontiers in Psychology\u00a0<\/em>: [lxx]\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u2018\u2019Pour enseigner, un individu doit signaler une intention p\u00e9dagogique : le comportement de l&rsquo;individu doit \u00eatre marqu\u00e9 comme un acte p\u00e9dagogique afin que le(s) destinataire(s) y pr\u00eatent attention. Cela peut \u00eatre accompli par des moyens visuels, auditifs et\/ou gestuels (Csibra et Gergely, 2006, 2009). Ces trois modes sont utilis\u00e9s dans la narration orale, mais ont \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 l\u2019attention des chercheurs impliqu\u00e9s dans le d\u00e9bat sur la p\u00e9dagogie naturelle. Cela peut \u00eatre d\u00fb \u00e0 l\u2019insularit\u00e9 disciplinaire entre les sp\u00e9cialistes des sciences sociales bas\u00e9s sur la biologie et les ethnolinguistes, aggrav\u00e9e par leur lexique diff\u00e9rent : ce que les psychologues cognitifs appellent communication ostensive est appel\u00e9 les caract\u00e9ristiques paralinguistiques de la communication des ethnolinguistes.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p>Chez les Gzennaya, apr\u00e8s le d\u00eener, la famille se r\u00e9unit autour d&rsquo;un feu central pour \u00e9couter le conteur. Souvent le conteur est une grand-m\u00e8re (<strong><em>yemma hanou<\/em><\/strong>) ou une femme \u00e2g\u00e9e (<strong><em>dhamghath dhamqrand<\/em><\/strong>). Comme dans d\u2019autres cultures, le r\u00f4le du conteur est de divertir et d\u2019\u00e9duquer.<\/p>\n<p>La narration orale est une tradition s\u00e9culaire dans laquelle un conteur raconte une histoire \u00e0 quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre. Cela fait partie d\u2019une histoire traditionnelle et d\u2019un type de narration. Lorsqu\u2019une histoire est racont\u00e9e oralement, elle peut \u00eatre modifi\u00e9e pour l\u2019adapter aux besoins du public ou du lieu. Les auditeurs ont le sentiment de faire partie du processus cr\u00e9atif et c\u2019est attrayant et admirable.<\/p>\n<p>Plusieurs caract\u00e9ristiques uniques diff\u00e9rencient la narration orale <strong><em>dhajit<\/em><\/strong> des autres formes de communication. Certains d&rsquo;entre eux incluent\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Les narrations orales peuvent \u00eatre r\u00e9elles ou imaginaires.<\/li>\n<li>L&rsquo;artiste et le public ont un contact face \u00e0 face. Cela peut aider \u00e0 avoir un impact plus important et \u00e0 en \u00eatre affect\u00e9. Le niveau de connexion qu\u2019ils ont pu atteindre est in\u00e9gal\u00e9 par d\u2019autres formes de communication.<\/li>\n<li>Rythme et r\u00e9p\u00e9tition : L\u2019un des aspects les plus importants de la narration orale est le rythme et la r\u00e9p\u00e9tition. L\u2019utilisation du rythme et de la r\u00e9p\u00e9tition sont des techniques de narration courantes pour cr\u00e9er une impression de fluidit\u00e9, ce qui est important \u00e0 la fois pour le conteur et pour ceux qui \u00e9coutent.<\/li>\n<li>Intimit\u00e9\u00a0: le public peut participer \u00e0 un r\u00e9cit oral en posant des questions, en faisant des commentaires ou en chahutant. Lorsqu\u2019ils participent, les individus apprennent comment les autres per\u00e7oivent diff\u00e9rentes situations, ce qui peut potentiellement stimuler leur savoir culturel.<\/li>\n<li>Engageant\u00a0: lorsque quelqu&rsquo;un raconte une histoire en utilisant uniquement sa voix, cela est engageant \u00e0 la fois pour la personne qui raconte l&rsquo;histoire et pour les personnes qui l&rsquo;\u00e9coutent. La personne qui raconte l\u2019histoire peut utiliser son visage, son corps et sa voix pour rendre l\u2019histoire plus int\u00e9ressante.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La tradition de la narration orale chez Iharrassen consiste \u00e0 transmettre des connaissances, des coutumes culturelles et des histoires de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration par la seule parole. Dans de nombreuses cultures, c&rsquo;est le principal moyen de transmettre des informations sur l&rsquo;histoire, la religion et les valeurs. [lxxi]\n<p><strong>Devinettes \u2013 <em>Dhihija<\/em><em> dhimazyanin<\/em> :<\/strong><\/p>\n<p>Pour Rahma Dhamzyand, conteuse du clan des Ibaq\u00e2yen, [lxxii] les devinettes sont certainement l&rsquo;un des genres litt\u00e9raires les plus populaires et les plus divertissants de la culture populaire, car elles sont omnipr\u00e9sentes dans l&rsquo;\u00e9crasante majorit\u00e9 des litt\u00e9ratures orales. Le berb\u00e8re rifain, comme la plupart des autres litt\u00e9ratures, a son propre lot de devinettes. [lxxiii]\n<p>Pour E.B., D. Azdoud and M. Peyron, la devinette berb\u00e8re est un genre litt\u00e9raire s\u00e9rieux\u00a0: [lxxiv]\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u2018\u2019Loin d\u2019\u00eatre un simple passe-temps, la devinette berb\u00e8re est consid\u00e9r\u00e9e comme un genre litt\u00e9raire \u00e0 part enti\u00e8re. C\u2019est une forme de po\u00e9sie o\u00f9 la rime, le rythme, la musicalit\u00e9 et le caract\u00e8re \u00e9nigmatique aboutissent dans une sorte d\u2019osmose \u00e0 un discours litt\u00e9raire sp\u00e9cifique. Il se diff\u00e9rencie des autres genres par la structure qui le caract\u00e9rise, par les conditions dans lesquelles il na\u00eet et s\u2019\u00e9panouit et par la fonction qu\u2019il occupe dans la litt\u00e9rature et que les usagers lui ont assign\u00e9e. Par ces aspects g\u00e9n\u00e9raux, la devinette berb\u00e8re s\u2019apparente \u00e0 la devinette tel qu\u2019elle est pratiqu\u00e9e dans beaucoup d\u2019autres soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 travers le monde.<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Dans le monde berb\u00e8re, la devinette repose sur une charpente qui est partout et toujours la m\u00eame et qui est constitu\u00e9e d\u2019une question-r\u00e9ponse. La question, qui dans les faits n\u2019en est pas une, est consid\u00e9r\u00e9e dans tous les cas comme un coffre dont le contenu n\u2019est accessible que si on poss\u00e8de la cl\u00e9 \u2013\u00a0tasarutt.\u00a0Le r\u00f4le de la cl\u00e9 est d\u2019\u00e9lucider la probl\u00e9matique pos\u00e9e dans le corps m\u00eame de la devinette.<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>En dehors de la question-r\u00e9ponse, deux types d\u2019\u00e9nonc\u00e9s bordent la devinette de part et d\u2019autre. Un \u00e9nonc\u00e9 introductif, toujours le m\u00eame, permet de prendre la parole et de mettre l\u2019auditoire en situation d\u2019\u00e9veil et un \u00e9nonc\u00e9 qui cl\u00f4t la devinette et qui est \u00e9mis par le protagoniste qui a la parole lorsque personne dans l\u2019assistance n\u2019a pu solutionner l\u2019\u00e9nigme.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p>Dans le Rif, les devinettes sont commun\u00e9ment appel\u00e9es <strong><em>dhihija<\/em><\/strong>, mais cette appellation est quelque peu trompeuse d&rsquo;un point de vue s\u00e9mantique, car elle d\u00e9signe deux genres litt\u00e9raires diff\u00e9rents :<\/p>\n<p>(1) <strong><em>Dhihija\u00a0:<\/em><\/strong> des histoires, des contes, des fables ou des l\u00e9gendes historiques\u00a0; et<\/p>\n<p>(2) <strong><em>Dhihija dhimazyanin\u00a0<\/em><\/strong><strong><em>:<\/em> <\/strong>des devinettes.<\/p>\n<p>Pour \u00e9viter les probl\u00e8mes linguistiques qui pourraient r\u00e9sulter de cette confusion, on distingue les histoires <strong><em>dhihija<\/em><\/strong><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong>des devinettes <strong><em>dhihija<\/em><\/strong> en ajoutant l&rsquo;adjectif <strong><em>dhimzyanin<\/em><\/strong> au second genre. Ainsi, en berb\u00e8re rifain chez les Iharrassen, pour \u00eatre plus pr\u00e9cis, on dira <strong><em>inid dhajit dhamzyand<\/em><\/strong> (pluriel\u00a0: <strong><em>dhihija dhimazyanin<\/em><\/strong>) pour dire donnez-nous une devinette et <strong><em>inid ijan ndhajit,<\/em><\/strong> racontez-nous une histoire, un conte ou une fable.<\/p>\n<p>Tout comme les dialectes, les devinettes respectent les fronti\u00e8res linguistiques des tribus dans le Rif. Par exemple, puisque le Rif est divis\u00e9 en plusieurs tribus, toutes les tribus peuvent avoir la m\u00eame devinette, mais dite de mani\u00e8res diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p>Les \u00e9nigmes \u00e9tant des \u00e9nigmes, elles contiennent dans une certaine mesure beaucoup d&rsquo;informations linguistiques utiles et pertinentes dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;on peut dire que telle personne est de telle tribu gr\u00e2ce \u00e0 la fa\u00e7on dont <strong><em>dhajit <\/em><\/strong>sonne et aussi gr\u00e2ce \u00e0 la fa\u00e7on dont elle est syntaxiquement plac\u00e9e. Mais comme un tel genre litt\u00e9raire est le produit d&rsquo;un milieu donn\u00e9, on rencontre souvent des \u00e9nigmes qui sont propres \u00e0 une tribu ou \u00e0 un clan donn\u00e9 ou m\u00eame, dans certaines circonstances, \u00e0 un sous-clan donn\u00e9.<\/p>\n<p>Dans la soci\u00e9t\u00e9 rifaine, comme dans beaucoup d&rsquo;autres soci\u00e9t\u00e9s berb\u00e8res, la devinette est un genre tellement organis\u00e9 qu&rsquo;il ob\u00e9it g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 certaines r\u00e8gles qui le rendent tr\u00e8s s\u00e9rieux la plupart du temps. Dans certaines r\u00e9gions du Rif, les gens n&rsquo;osent jamais raconter des <strong><em>dhihija <\/em><\/strong>au cours de la journ\u00e9e, il faut attendre l&rsquo;heure apr\u00e8s d\u00eener, de peur d&rsquo;\u00eatre surpris par l&rsquo;ogresse <strong><em>dhamza<\/em><\/strong>, une vieille femme laide et effrayante qui se nourrit de la chair humaine et qui peuple l&rsquo;imagination et les contes populaires de tous les Berb\u00e8res, ou bien de peur de perdre ses cheveux et de devenir une t\u00eate de gale. [lxxv]\n<p>Ainsi, chez les Iharrassen de Gzennaya, bien que la plupart des gens ne croient plus \u00e0 l&rsquo;existence de <strong><em>dhamza<\/em><\/strong>, ils refusent toujours, par fid\u00e9lit\u00e9 et respect des traditions ancestrales, de raconter des histoires ou de dire des devinettes pendant la journ\u00e9e. En outre, ils enseignent toujours \u00e0 leurs enfants de ne pas dire <strong><em>dhihija<\/em><\/strong> avant le coucher du soleil et, s&rsquo;ils transgressent cette r\u00e8gle, le p\u00e8re ou le grand fr\u00e8re se cache derri\u00e8re la porte et commence \u00e0 taper sur le sol et \u00e0 produire des sons effrayants, cens\u00e9s effrayer l&rsquo;enfant et lui donner ainsi une le\u00e7on qu&rsquo;il n&rsquo;oubliera jamais. Et c&rsquo;est ainsi que la tradition est pr\u00e9serv\u00e9e, car m\u00eame lorsque l&rsquo;enfant est devenu adulte et que, par insouciance, il se moque de la r\u00e8gle, il n&rsquo;a pas le droit de dire <strong><em>dhihija<\/em><\/strong> durant la journ\u00e9e, par respect \u00e0 la tradition et \u00e0 la culture orale amazighe.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s Rahma, pour s&rsquo;amuser, les enfants commencent souvent leurs s\u00e9ances de devinettes par la formule suivante:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong><em>Hajit u majit<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong><em>sakhsu kha dhyazit<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong><em>Manach adchegh dhadhmath<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong><em>Chek atchadh dhqouzit<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong><em>Mara dhnach cha na<sup>c<\/sup>rit<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong><em>Qa ntath iginan chit<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Hajit ou majit (formule d\u2019introduction de la session de devinettes)<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Il y a un poulet sur le couscous<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Je mangerai l&rsquo;aile<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Tu mangeras l&rsquo;anus<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Si le poulet rousp\u00e8te insulte-le<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>C&rsquo;est lui qui demand\u00e9 \u00e0 \u00eatre mang\u00e9<\/em><\/p>\n<p>Cette formule magique met l\u2019ambiance n\u00e9cessaire pour la session de devinettes qui peut durer des heures. [lxxvi]\n<p><strong>Conclusion : Pourquoi pr\u00e9server la tradition orale rifaine ?<\/strong><\/p>\n<p>De nombreuses langues indig\u00e8nes du monde sont en danger, et le taux d&rsquo;extinction est estim\u00e9 \u00e0 une toutes les deux semaines. Donc, en d\u2019autres termes deux cultures humaines disparaissent toutes les deux semaines. Ce qui me pousse \u00e0 poser la question l\u00e9gitime que fait l\u2019UNESCO, la m\u00e9moire de l\u2019humanit\u00e9, pour palier \u00e0 cet accident du temps\u00a0? [lxxvii]\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u00ab\u00a0Entre 1950 et 2010, 230 langues se sont \u00e9teintes, selon l&rsquo;Atlas des langues en p\u00e9ril de l&rsquo;UNESCO. Aujourd&rsquo;hui, un tiers des langues du monde comptent moins de 1 000 locuteurs. Toutes les deux semaines, une langue meurt avec son dernier locuteur, et l&rsquo;on pr\u00e9voit que 50 \u00e0 90 % d&rsquo;entre elles dispara\u00eetront d&rsquo;ici le si\u00e8cle prochain\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>[Entre 1950 et 2010, 230 langues se sont \u00e9teintes, selon l&rsquo;Atlas des langues en danger dans le monde de l&rsquo;UNESCO. Aujourd&rsquo;hui, un tiers des langues du monde ont moins de 1 000 locuteurs. Toutes les deux semaines, une langue meurt avec son dernier locuteur, 50 \u00e0 90 % d&rsquo;entre elles devraient dispara\u00eetre d&rsquo;ici le si\u00e8cle prochain. \u00ab\u00a0]\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>La langue est le fondement d&rsquo;une culture. Pour les soci\u00e9t\u00e9s orales indig\u00e8nes, les mots contiennent des connaissances accumul\u00e9es au fil des mill\u00e9naires. Une langue contient \u00e9galement des histoires, des chansons, des danses, des protocoles, des histoires de famille et des liens.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;une langue dispara\u00eet, le lien avec son pass\u00e9 culturel et historique dispara\u00eet \u00e9galement. Sans ce lien crucial avec leur histoire linguistique et culturelle, les gens perdent leur sentiment d&rsquo;identit\u00e9 et d&rsquo;appartenance.<\/p>\n<p>Les peuples autochtones observent et parlent de leur environnement depuis des temps imm\u00e9moriaux. Toutes ces connaissances, conserv\u00e9es dans la langue, constituent une source inestimable d&rsquo;informations sur l&rsquo;histoire du milieu naturel, du climat, des plantes et des animaux. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un ensemble de connaissances irr\u00e9cup\u00e9rables. La science, la m\u00e9decine, les gouvernements et les planificateurs de ressources s&rsquo;appuient tous en partie sur les connaissances traditionnelles autochtones et sont tous affect\u00e9s par la disparition de ce r\u00e9servoir irrempla\u00e7able de connaissances traditionnelles sur l&rsquo;environnement. Chaque langue qui dispara\u00eet \u00e9quivaut \u00e0 la perte d&rsquo;un tr\u00e9sor culturel humain.<\/p>\n<p>Les efforts de pr\u00e9servation et de revitalisation des langues indig\u00e8nes sont une course contre la montre, car les locuteurs qui les parlent couramment s&rsquo;\u00e9teignent. Toutefois, des actions et des d\u00e9veloppements sont en cours pour pr\u00e9server et revitaliser certaines langues indig\u00e8nes. [lxxviii]\n<p>La tradition orale rifaine des Iharrassen et ailleurs est aujourd&rsquo;hui en danger d&rsquo;extinction, les d\u00e9tenteurs pr\u00e9-lettr\u00e9s de ce savoir sont en train de mourir de vieillesse et avec eux dispara\u00eetront des milliers de \u00ab\u00a0biblioth\u00e8ques orales\u00a0\u00bb contenant la tradition orale de la po\u00e9sie, des chants, des fables, des devinettes, des histoires, etc.<\/p>\n<p>Que peut-on faire pour sauver cette richesse culturelle en danger ?<\/p>\n<p>&#8211; L&rsquo;IRCAM devrait charger des chercheurs dans toutes les r\u00e9gions amazighes de collecter l&rsquo;histoire orale, de l&rsquo;analyser et de la publier dans les langues du monde pour la rendre accessible \u00e0 tous. Cela n\u00e9cessitera des fonds pour former des personnes et acheter du mat\u00e9riel, mais aussi la volont\u00e9 de suivre ce travail et de l&rsquo;\u00e9valuer en permanence ;<\/p>\n<p>&#8211; Le gouvernement marocain devrait demander \u00e0 l&rsquo;UNESCO d&rsquo;envisager des travaux dans ce domaine ;<\/p>\n<p>&#8211; Les associations amazighes locales devraient collecter la tradition orale et la mettre \u00e0 la disposition des chercheurs ; et<\/p>\n<p>&#8211; Les universit\u00e9s marocaines devraient lancer des programmes de ma\u00eetrise et de doctorat sur la pr\u00e9servation de la tradition orale amazighe, former des \u00e9tudiants et les envoyer collecter la tradition orale amazighe afin de la pr\u00e9server pour l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 pour toute l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Notes de fin de texte\u00a0:<\/strong><\/p>\n[i] Hart, David M. \u2018\u2019 Le Rif et les Rifains: Probl\u00e8mes De D\u00e9finition\u2019\u2019, <em>Le Monde Amazigh, <\/em>no. 1, 1 juin 2001. <a href=\"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/le-rif-et-les-rifains-problemes-de-definition\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/le-rif-et-les-rifains-problemes-de-definition\/<\/a><\/p>\n[ii] Lafkioui, Mena B.\u2019\u2019 Reconstructing Orality on Amazigh Websites\u2019\u2019, in Mena Lafkioui; Daniela Merolla. <em>Oralit\u00e9 et nouvelles dimensions de l\u2019oralit\u00e9. Intersections th\u00e9oriques et comparaisons des mat\u00e9riaux dans les \u00e9tudes africaines<\/em>. Paris\u00a0: INALCO, Publications Langues\u2019O, 2008, pp.111-125. <a href=\"https:\/\/hal.science\/hal-01111419\/document\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/hal.science\/hal-01111419\/document<\/a><\/p>\n[iii] Coon, S. Carelton.\u00a0<em>The Tribes of the Rif<\/em>. Cambridge, Mass.: Peabody Museum of Harvard University, 1931.<\/p>\n[iv] Hart, Montgomery D.\u00a0<em>The Aith Waryaghar of the Moroccan Rif: An Ethnography and History.<\/em>\u00a0(Viking Fund publications in anthropology # 55); Tucson: Publi\u00e9 pour la Wenner-Gren Foundation for Anthropological Research. Tucson: University of Arizona Press, 1976.<\/p>\n[v] Doutt\u00e9, Edmond. <em>Magie et religion dans l\u2019Afrique du Nord<\/em>. Alger\u00a0: \u00e9dition Adolphe Jourdan, 1909.<\/p>\n[vi] Rollinde, Marguerite.\u00a0\u2018\u2019Le mouvement amazighe au Maroc\u00a0: d\u00e9fense d\u2019une identit\u00e9 culturelle, revendication du droit des minorit\u00e9s ou alternative politique\u00a0?\u2019\u2019,\u00a0<em>Insaniyat<\/em>, 8,\u00a01999. <a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/insaniyat\/8325\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/journals.openedition.org\/insaniyat\/8325<\/a><\/p>\n[vii] Dahir n\u00b0 1-01-299. Dahir portant cr\u00e9ation de l&rsquo;Institut Royal de la culture amazighe (IRCAM). <a href=\"https:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/Dahir_n%C2%B0_1-01-299\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/Dahir_n%C2%B0_1-01-299<\/a><\/p>\n[viii] Rollinde, Marguerite.\u00a0\u2018\u2019Le mouvement amazighe au Maroc\u00a0: d\u00e9fense d\u2019une identit\u00e9 culturelle, revendication du droit des minorit\u00e9s ou alternative politique\u00a0?\u2019\u2019, op. cit.<\/p>\n[ix] Royaume du Maroc. La Constitiution. Edition 2011. Article 5. <a href=\"http:\/\/www.sgg.gov.ma\/Portals\/0\/constitution\/constitution_2011_Fr.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.sgg.gov.ma\/Portals\/0\/constitution\/constitution_2011_Fr.pdf<\/a><\/p>\n<p><strong><em>\u2018\u2019Article 5.<\/em><\/strong><\/p>\n<p><em>L&rsquo;arabe demeure la langue officielle de l&rsquo;\u00c9tat.\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>L&rsquo;Etat \u0153uvre \u00e0 la protection et au d\u00e9veloppement de la langue arabe, ainsi qu&rsquo;\u00e0 la promotion de son utilisation.\u00a0<\/em><\/p>\n<p><em>De m\u00eame, l&rsquo;amazighe constitue une langue officielle de l&rsquo;\u00c9tat, en tant que patrimoine commun \u00e0 tous les Marocains sans exception.<\/em><\/p>\n<p><em>Une loi organique d\u00e9finit le processus de mise en \u0153uvre du caract\u00e8re officiel de cette langue, ainsi que les modalit\u00e9s de son int\u00e9gration dans l&rsquo;enseignement et aux domaines prioritaires de la vie publique, et ce afin de lui permettre de remplir \u00e0 terme sa fonction de langue officielle.<\/em><\/p>\n<p><em>L&rsquo;Etat\u00a0\u0153uvre \u00e0 la pr\u00e9servation du Hassani, en tant que partie int\u00e9grante de l&rsquo;identit\u00e9 culturelle marocaine unie, ainsi qu&rsquo;\u00e0 la protection des expressions culturelles et des parlers pratiqu\u00e9s au Maroc. De m\u00eame, il veille \u00e0 la coh\u00e9rence de la politique linguistique et culturelle nationale et \u00e0 l&rsquo;apprentissage et la ma\u00eetrise des langues \u00e9trang\u00e8res les plus utilis\u00e9es dans le monde, en tant qu&rsquo;outils de communication, d&rsquo;int\u00e9gration et d&rsquo;interaction avec la soci\u00e9t\u00e9 du savoir, et d&rsquo;ouverture sur les diff\u00e9rentes cultures et sur les civilisations contemporaines.<\/em><\/p>\n<p><em>Il est cr\u00e9\u00e9 un Conseil national des langues et de la culture marocaine, charg\u00e9 notamment de la protection et du d\u00e9veloppement des langues arabe et amazighe et des diverses expressions culturelles marocaines, qui constituent un patrimoine authentique et une source d&rsquo;inspiration contemporaine. Il regroupe l&rsquo;ensemble des institutions concern\u00e9es par ces domaines. Une loi organique en d\u00e9termine les attributions, la composition et les modalit\u00e9s de fonctionnement.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n[x] BULLETIN OFFICIEL. N\u00ba 7000 \u2013 20 kaada 1442 (1er-7-2021). Dahir n\u00b0 1-19-121 du 12 moharrem 1441 (12 septembre 2019). <a href=\"http:\/\/www.sgg.gov.ma\/Portals\/0\/BO\/2021\/BO_7000_Fr.pdf?ver=2021-07-16-140932-390\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.sgg.gov.ma\/Portals\/0\/BO\/2021\/BO_7000_Fr.pdf?ver=2021-07-16-140932-390<\/a><\/p>\n[xi] Dahir n\u00b0 1-20-34 du 5 chaabane 1441 (30 mars 2020) portant promulgation de la loi organique n\u00b0 04-16 portant cr\u00e9ation du conseil national des langues et de la culture marocaine. <a href=\"http:\/\/bdj.mmsp.gov.ma\/Fr\/Document\/10417--loi-organique-n-04-16-promulgu%C3%A9-par-le-dahir-n-.aspx?KeyPath=594\/596\/595\/10417\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/bdj.mmsp.gov.ma\/Fr\/Document\/10417&#8211;loi-organique-n-04-16-promulgu%C3%A9-par-le-dahir-n-.aspx?KeyPath=594\/596\/595\/10417<\/a><\/p>\n[xii] Bououd, Ahmed. \u2018\u2019 L\u2019officialisation de la langue amazighe et les droits linguistiques au Maroc\u2018\u2019. Conf\u00e9rence pour L&rsquo;Association des Jeunes D\u00e9mocrates Ind\u00e9pendants -AJDI-, 05 Mars 2012, Casablanca, Maroc. <a href=\"https:\/\/bououd.e-monsite.com\/medias\/files\/amazighe-droits-linguistiques-1.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/bououd.e-monsite.com\/medias\/files\/amazighe-droits-linguistiques-1.pdf<\/a><\/p>\n[xiii] Mahjar-Barducci, Anna. \u2018\u2019Tamaghrabit : le soft power marocain\u2019\u2019, <em>Afric.com<\/em>, 17 juin 2023. <a href=\"https:\/\/www.afrik.com\/tamaghrabit-soft-power-marocain\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.afrik.com\/tamaghrabit-soft-power-marocain<\/a><\/p>\n[xiv] Chtatou, M. \u2018\u2019Amazigh Cultural Trinity\u201d, <em>Article 19. ma, <\/em>09 septembre 2018. <a href=\"https:\/\/article19.ma\/en\/index.php\/2018\/09\/09\/amazigh-cultural-trinity\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/article19.ma\/en\/index.php\/2018\/09\/09\/amazigh-cultural-trinity\/<\/a><\/p>\n[xv] Nounja n-Abdesram est une experte de l\u2019histoire orale de Dhddath n-B\u00e2houn du clan Iherrassen\u00a0; Elle est n\u00e9e en 1904 et es d\u00e9c\u00e9d\u00e9e en 1995.<\/p>\n[xvi] Ceci est une partie d&rsquo;un long po\u00e8me recueilli en ao\u00fbt 1979 dans le village Ajdir de Gzennaya et racont\u00e9 par Dhamimount n-Siher, une po\u00e9tesse \u00e2g\u00e9e alors de 79 ans. Elle est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e en 1999 de vieillesse. C&rsquo;\u00e9tait une femme d&rsquo;une connaissance et d&rsquo;une intelligence incroyables. Elle n&rsquo;est jamais all\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole mais elle a m\u00e9moris\u00e9 des centaines de vers, des \u00e9nigmes et des fables et a connu des centaines d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements historiques par pure m\u00e9moire. Une vraie biblioth\u00e8que ambulante du savoir coutumier.<\/p>\n[xvii] Chtatou, M. 2009. \u2018\u2019La diversit\u00e9 culturelle et linguistique au Maroc\u00a0: pour un multiculturalisme dynamique\u2019\u2019,\u00a0<em>Asinag 2<\/em>, 2009, pp. 149-161.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.ircam.ma\/doc\/revueasing\/mohamed_chtatou_asinag2fr.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.ircam.ma\/doc\/revueasing\/mohamed_chtatou_asinag2fr.pdf<\/a><\/p>\n[xviii] Chtatou, M. \u2018\u2019La notion d\u2019appartenance au groupe chez les Rifains\u2019\u2019,\u00a0<em>Awal\u00a0<\/em>15, MSH, Paris, 2001.<\/p>\n[xix] Royaume du Maroc. La Constitiution. Edition 2011. Pr\u00e9ambule. <a href=\"http:\/\/www.sgg.gov.ma\/Portals\/0\/constitution\/constitution_2011_Fr.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.sgg.gov.ma\/Portals\/0\/constitution\/constitution_2011_Fr.pdf<\/a><\/p>\n[xx] Lahrouchi, M. \u2018\u2019The Amazigh influence on Moroccan Arabic: Phonological and morphological borrowing\u2019\u2019, <em>The International Journal of Arabic Linguistics<\/em> (IJAL) Vol 4, Issue 1 (special), 2018, pp. 39-58. <a href=\"https:\/\/shs.hal.science\/halshs-01798660v2\/document\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/shs.hal.science\/halshs-01798660v2\/document<\/a><\/p>\n[xxi] Chtatou, M. \u2018\u2019The Influence of the Berber Language on Arabic\u2019\u2019,\u00a0<em>International Journal of the Sociology of Language, 123<\/em>, 1997, pp. 101\u2013118.<\/p>\n[xxii] Ibid.<\/p>\n[xxiii] J&rsquo;utilise le mot pr\u00e9-alphab\u00e9tis\u00e9 au lieu du mot analphab\u00e8te utilis\u00e9 dans la litt\u00e9rature parce que je pense qu&rsquo;il est offensant et injuste. Les femmes amazighes ne savent peut-\u00eatre pas \u00e9crire mais elles ont d&rsquo;immenses comp\u00e9tences en litt\u00e9rature : po\u00e9sie, fables, devinettes, etc. et beaucoup de connaissances dans la fabrication de tapis, de moquettes, de poteries et de paniers. Il s\u2019agit l\u00e0 de savoirs traditionnels et coutumiers que beaucoup de personnes instruites et alphab\u00e9tis\u00e9es sont incapables de ma\u00eetriser.<\/p>\n<p>Le Courrier de l&rsquo;UNESCO. \u2018\u2019L&rsquo;Alphab\u00e9tisation \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle des cultures\u2019\u2019. UNESCO: Paris, 1984, pp. 4-34. <a href=\"https:\/\/unesdoc.unesco.org\/ark:\/48223\/pf0000074676_fre\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/unesdoc.unesco.org\/ark:\/48223\/pf0000074676_fre<\/a><\/p>\n[xxiv] Chtatou, Mohamed. \u201cBin \u2013Abd Al-Karim Al-Khattabi in the Rifi Oral Tradition of Gzenneya,\u201d in\u00a0<em>Tribe and State: Essays in Honour of David Montgomery Hart<\/em>, ed. E. G. H. Joffe and C. R.Pennell. Cambridgeshire, U.K.: Middle East and North Africa Studies Press, 1991, pp. 182\u2013212.<\/p>\n[xxv] Joseph, Terri Brint. \u201cPoetry as a Strategy of Power: The Case of Riffian Berber Women\u201d, <em>Signs<\/em>, vol. 5, no. 3, 1980, pp. 418-34. <em>JSTOR<\/em>, <a href=\"http:\/\/www.jstor.org\/stable\/3173583\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.jstor.org\/stable\/3173583<\/a><\/p>\n[xxvi] Koskoff,\u00a0Ellen, ed.\u00a0<em>Women and Music in Cross-Cultural Perspective<\/em>.\u00a0New York:\u00a0Greenwood Press,\u00a01987.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u00a0\u00bb Les quinze derni\u00e8res ann\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 une p\u00e9riode d&rsquo;intense int\u00e9r\u00eat scientifique pour les femmes, entra\u00eenant une explosion de la litt\u00e9rature qui a commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler les effets pr\u00e9dominants du genre sur d&rsquo;autres domaines culturels. Touchant tous les aspects de la culture, les questions de sexualit\u00e9, les questions li\u00e9es au genre Les comportements sexuels et les relations entre les sexes ont \u00e9galement de profondes implications pour la performance musicale. Ce volume repr\u00e9sente une introduction au domaine des femmes, de la musique et de la culture et ne tente en aucun cas d&rsquo;\u00eatre exhaustif dans sa couverture ni concluant dans ses implications. Par exemple, La musique classique occidentale n&rsquo;est pas abord\u00e9e ici, de nombreuses grandes r\u00e9gions du monde ne sont pas couvertes et ce volume ne pr\u00e9sente pas non plus une \u00e9tude compl\u00e8te de tous les d\u00e9veloppements r\u00e9cents de l&rsquo;anthropologie \u00e0 orientation f\u00e9ministe. Ce que ces essais partagent, c&rsquo;est l&rsquo;accent mis sur l&rsquo;identit\u00e9 culturelle et l&rsquo;activit\u00e9 musicale des femmes. soit dans des environnements de repr\u00e9sentation socialement isol\u00e9s, soit dans les ar\u00e8nes publiques partag\u00e9es par leurs homologues masculins.\u00a0\u00bb<\/em> Extrait de la pr\u00e9face<\/p>\n[xxvii] Vitale, Mara. \u00ab\u00a012. Transnationalisation et innovation\u00a0: les guides spirituelles f\u00e9minines dans la Tij\u0101niyya burkinab\u00e9\u00a0\u00bb, Jean Schmitz \u00e9d.,\u00a0<em>Le Sahel musulman entre soufisme et salafisme.\u00a0Subalternit\u00e9, luttes de classement et transnationalisme.\u00a0<\/em>Paris\u00a0: Karthala, 2023, pp. 297-315. <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/le-sahel-musulman-entre-soufisme-et-salafisme--9782811129002-page-297.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.cairn.info\/le-sahel-musulman-entre-soufisme-et-salafisme&#8211;9782811129002-page-297.htm<\/a><\/p>\n[xxviii] <a href=\"https:\/\/cmes.arizona.edu\/sites\/cmes.arizona.edu\/files\/5.%20Berber%20Women.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">La po\u00e9sie comme strat\u00e9gie de pouvoir : le cas des femmes berb\u00e8res riffiennes<\/a>\u00a0, Terri Brint Joseph, <em>Signs<\/em>, Vol.\u00a05, non.\u00a03 (printemps 1980), p.\u00a0418-434.\u00a0Chicago\u00a0: Les Presses de l&rsquo;Universit\u00e9 de Chicago, 1980.<\/p>\n[xxix] Joseph, Terri Brint. \u201cPoetry as a Strategy of Power: The Case of Riffian Berber Women.\u201dOp. cit.<\/p>\n<p>En r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 sa recherche Terri Brint Joseph a \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u2018\u2019 Les donn\u00e9es sur lesquelles se base cette \u00e9tude ont \u00e9t\u00e9 collect\u00e9es au cours de dix-huit mois de terrain en 1965-66 dans les montagnes du Rif au Maroc. L&rsquo;auteur souhaite remercier les Berb\u00e8res pour leur patience, leur int\u00e9r\u00eat et leur hospitalit\u00e9, Roger Joseph pour sa rigueur intellectuelle et son assistance sans faille, Cheryl et David Evans, Katherine Frank Clark, Donald Heiney, James McMichael, John C. Clark,<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Donald Heiney, James McMichael, John C. Rowe, Maria Ruegg, Barbara Herrnstein Smith, Diane Wakoski, et les \u00e9valuateurs anonymes de Signs: Journal of Women in Culture pour leurs commentaires et leurs encouragements. Des parties de cet essai ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9es oralement \u00e0 la California Folklore Society (1974, 1976) et \u00e0 la Modern Language Association (1977).\u2019\u2019<\/em><\/p>\n[xxx] Daoudi, Mohamed. \u2018\u2019 Amazigh Literature of the Rif in Translation\u201d, Riffian Literature, <em>MULOSIGE Translations, <\/em>2017. <a href=\"http:\/\/mulosige.soas.ac.uk\/resources\/translations\/translations-essays\/amazigh-literature-translation\/riffian-literature\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/mulosige.soas.ac.uk\/resources\/translations\/translations-essays\/amazigh-literature-translation\/riffian-literature\/<\/a><\/p>\n[xxxi] Becker, Cynthia.\u00a0<em>Amazigh Arts in Morocco: Women Shaping Berber Identity<\/em>. 1<sup>st<\/sup> ed.<\/p>\n<p>Austin: University of Texas, 2006, p. 42.<\/p>\n[xxxii] Fadhma n\u2019Azrou Aqch\u00e2 est n\u00e9e dans le clan Iharassen en 1910 est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e chez son fils Mouhand Amezyan \u00e0 Den Haag en Hollande en 1990. Elle fut c\u00e9l\u00e9br\u00e9e pour son art de tissage par les Hollandais en 1970.<\/p>\n[xxxiii] Chtatou, Mohamed. \u2018\u2019 \u2018\u2019Le tapis amazigh: identit\u00e9, cr\u00e9ation, art et histoire\u2019\u2019,\u00a0<em>Le Monde Amazigh,\u00a0<\/em>June 18, 2020.\u00a0<a href=\"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/le-tapis-amazigh-identite-creation-art-et-histoire\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/le-tapis-amazigh-identite-creation-art-et-histoire\/<\/a><\/p>\n[xxxiv] Becker, Cynthia.\u00a0<em>Amazigh Arts in Morocco: Women Shaping Berber Identity<\/em>, op. cit., p. 44.<\/p>\n[xxxv] Chtatou, Mohamed. \u2018\u2019Promouvoir, prot\u00e9ger et revitaliser la langue amazighe\u2019\u2019, <em>Le monde Amazigh, <\/em>8 avril 2022. <a href=\"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/promouvoir-proteger-et-revitaliser-la-langue-amazighe\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/promouvoir-proteger-et-revitaliser-la-langue-amazighe\/<\/a><\/p>\n[xxxvi] Chtatou, Mohamed. \u2018\u2019Poetry, Song and Dance as Amazigh Strong Markers of Identity\u2019\u2019, <em>Amazigh World News, <\/em>June 11, 2020. <a href=\"https:\/\/amazighworldnews.com\/poetry-song-and-dance-as-amazigh-strong-markers-of-identity\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/amazighworldnews.com\/poetry-song-and-dance-as-amazigh-strong-markers-of-identity\/<\/a><\/p>\n[xxxvii] Chtatou, Mohamed. \u2018\u2019 \u2018\u2019Le tapis amazigh : identit\u00e9, cr\u00e9ation, art et histoire\u2019\u2019,\u00a0op. cit.<\/p>\n[xxxviii] Ibid.<\/p>\n[xxxix] Chtatou, Mohamed. \u2018\u2019Poetry, Song and Dance as Amazigh Strong Markers of Identity\u2019\u2019, op. cit.<\/p>\n[xl] Hoffman, Katherine E. \u201cGenerational Change in Berber Women\u2019s Song of the Anti-Atlas Mountains, Morocco\u201d,\u00a0<em>Ethnomusicology,\u00a0<\/em>46.3, 2002, pp. 510-540.<\/p>\n[xli] Chtatou, Mohamed. \u201cBin \u2013Abd Al-Karim Al-Khattabi in the Rifi Oral Tradition of Gzenneya,\u201d in\u00a0<em>Tribe and State: Essays in Honour of David Montgomery Hart<\/em>, op. cit.<\/p>\n[xlii] Sadiqi, Fatima. \u201cThe Role of Moroccan Women in Preserving Amazigh Language and Culture\u201d,\u00a0<em>Museum International,<\/em>\u00a059.4, 2007, p. 31.<\/p>\n[xliii] Chtatou, Mohamed. \u2018\u2019Le tapis amazigh : identit\u00e9, cr\u00e9ation, art et histoire\u2019\u2019,\u00a0op. cit.<\/p>\n[xliv] Becker, Cynthia.\u00a0<em>Amazigh arts in Morocco: women shaping Berber identity<\/em>. Austin: University of Texas Press, 2014, p. 120.<\/p>\n[xlv] Ibid., p. 131.<\/p>\n[xlvi] Ibid.<\/p>\n[xlvii] Baudoz,\u00a0Augustun. <em>Histoire de la guerre de l&rsquo;Espagne avec le Maroc.<\/em> Paris\u00a0: Lebigre-Duquesne fr\u00e8res,\u00a01860.<\/p>\n[xlviii] Le terme \u00ab\u00a0<strong><em>Rifublic<\/em><\/strong>\u00a0\u00bb est une corruption du mot \u00ab\u00a0R\u00e9publique\u00a0\u00bb qui signifie \u00e0 la fois que le Rif est devenu, en quelque sorte, ind\u00e9pendant du sultanat marocain et qu\u2019il peut s\u2019occuper de lui-m\u00eame, mais aussi que l\u2019ordre public a cess\u00e9 et que la r\u00e9gion est entr\u00e9e dans une \u00e8re de querelles inter claniques et intertribales. Le quotidien\u00a0<em>El Telegrama del Rif<\/em>, depuis sa cr\u00e9ation en 1902, rend compte quotidiennement de ces querelles intestines.<\/p>\n[xlix] Hart, David M. \u201cMurder in the Market Penal Aspects of Berber Customary Law in the Precolonial Moroccan Rif\u201d, <em>Islamic Law and Society<\/em>, vol. 3, no. 3, 1996, pp. 343-71. <em>JSTOR<\/em>, <a href=\"http:\/\/www.jstor.org\/stable\/3399414\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.jstor.org\/stable\/3399414<\/a><\/p>\n[l] Hart, D.M.\u00a0<em>Banditry in Islam. Case Studies from Morocco, Algeria and the Pakistan North West Frontier<\/em>.<em>\u00a0<\/em>Wisbech (G.-B.): MENAS Press, Studies in Continuity and Change, 1987.<\/p>\n[li] Coon, Carleton S.\u00a0<em>Tribes of the Rif<\/em>. Op. cit.<\/p>\n[lii] S\u00e1nchez P\u00e9rez, Andr\u00e9s.\u00a0<a href=\"https:\/\/publicaciones.defensa.gob.es\/media\/downloadable\/files\/links\/R\/E\/REVISTAS_PDF635_1.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00ab\u00a0Adbelkrim\u00a0\u00bb<\/a>\u00a0(PDF).\u00a0<a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/w\/index.php?title=Revista_de_Historia_Militar&amp;action=edit&amp;redlink=1\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>Revista de Historia Militar<\/em><\/a>. Madrid:\u00a0<a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Ministry_of_Defence_(Spain)\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Ministerio de Defensa<\/a>.\u00a0<strong>XVII<\/strong>\u00a0(34), 1973, pp. 123-158. <a href=\"https:\/\/publicaciones.defensa.gob.es\/media\/downloadable\/files\/links\/R\/E\/REVISTAS_PDF635_1.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/publicaciones.defensa.gob.es\/media\/downloadable\/files\/links\/R\/E\/REVISTAS_PDF635_1.pdf<\/a><\/p>\n[liii] Pennell, C. R. <em>A Country with a Government and a Flag: The Rif War in Morocco, 1921\u20131926<\/em>. Cambridgeshire: MENAS Press, 1986.<\/p>\n[liv] Ibid.<\/p>\n[lv] Maddy-Weitzman, Bruce. \u201cAbdelkrim: Whose Hero Is He? The Politics of Contested Memory in Today\u2019s Morocco\u201d, <em>The Brown Journal of World Affairs<\/em>, vol. 18, no. 2, 2012, pp. 141-49. <em>JSTOR<\/em>, <a href=\"http:\/\/www.jstor.org\/stable\/24590869\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.jstor.org\/stable\/24590869<\/a><\/p>\n[lvi] Woolman, David S.\u00a0<em>Rebels in the Rif: Abd el Krim and the Rif <\/em>Rebellion. Redwood City, California: Stanford University Press, 1968.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref57\" name=\"_edn57\">[l<\/a>v<a href=\"#_ednref57\" name=\"_edn57\">ii]<\/a> Chtatou, Mohamed. \u2018\u2019La glorieuse \u00e9pop\u00e9e de l\u2019\u00e9mir Mohammed Ben Abdelkrim al-Khattabi, cent ans apr\u00e8s\u2019\u2019, <em>Inumiden,<\/em> 23 septembre 2021. <a href=\"http:\/\/www.inumiden.com\/la-glorieuse-epopee-de-lemir-mohammed-ben-abdelkrim-al-khattabi-cent-ans-apres\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">www.inumiden.com\/la-glorieuse-epopee-de-lemir-mohammed-ben-abdelkrim-al-khattabi-cent-ans-apres\/<\/a><\/p>\n[lviii] Chtatou, Mohamed. \u201cBin \u2013Abd Al-Karim Al-Khattabi in the Rifi Oral Tradition of Gzenneya,\u201d in\u00a0<em>Tribe and State: Essays in Honour of David Montgomery Hart<\/em>, op. cit.<\/p>\n[lix] K\u0153rner, Francis. \u201cLa Guerre Du Rif Espagnol Vue Par La Direction Des Affaires Indig\u00e8nes Fran\u00e7aise (1921-1924)\u201d, <em>Revue Historique<\/em>, vol. 287, no. 1 (581), 1992, pp. 141-56. <em>JSTOR<\/em>, <a href=\"http:\/\/www.jstor.org\/stable\/40955175\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.jstor.org\/stable\/40955175<\/a><\/p>\n[lx] Descamps, Florence. \u201cLes limites des archives orales r\u00e9trospectives\u201d, in\u00a0<em>L\u2019historien, l\u2019archiviste et le magn\u00e9tophone\u00a0: De la constitution de la source orale \u00e0 son exploitation, <\/em>Descamps (ed.). Paris\u00a0: Institut de la gestion publique et du d\u00e9veloppement \u00e9conomique, 2005, pp. 485-504. <a href=\"http:\/\/books.openedition.org\/igpde\/596\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/books.openedition.org\/igpde\/596<\/a><\/p>\n[lxi] Rapha\u00ebl, Freddy. \u201cLe Travail de La M\u00e9moire et Les Limites de l\u2019histoire Orale\u201d, <em>Annales. Histoire, Sciences Sociales<\/em>, vol. 35, no. 1, 1980, pp. 127-45. <em>JSTOR<\/em>, <a href=\"http:\/\/www.jstor.org\/stable\/27581008\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/www.jstor.org\/stable\/27581008<\/a><\/p>\n[lxii] Fran\u00e7ois, Etienne. \u2018\u2019 F\u00e9condit\u00e9 de l&rsquo;histoire orale\u2019\u2019, <em>Bulletins de l&rsquo;Institut d&rsquo;Histoire du Temps Pr\u00e9sent,<\/em> 1987, 4, pp. 33-43. <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/ihtp_0769-4504_1987_num_4_1_1973\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.persee.fr\/doc\/ihtp_0769-4504_1987_num_4_1_1973<\/a><\/p>\n[lxiii] Bencheikh, Jamel Eddine.\u00a0<em>Po\u00e8tique arabe<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard,\u00a01989.<\/p>\n[lxiv] A\u00efssani, Djamel. \u00ab\u00a0Les \u00e9crits de langue berb\u00e8re de la collection de manuscrits ulahbib (B\u00e9jaia)\u00a0\u00bb,\u00a0<em>\u00c9tudes et Documents Berb\u00e8res<\/em>, vol. 15-16, no. 1, 1998, pp. 81-99.<\/p>\n[lxv] Fadhma Imnadhen est une conteuse rifaine n\u00e9e en 1889 \u00e0 Tizi Boudriss dans le clan Iharrassen est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e en 1985.<\/p>\n[lxvi] Chtatou, Mohamed. \u201cBin \u2013Abd Al-Karim Al-Khattabi in the Rifi Oral Tradition of Gzenneya,\u201d in\u00a0<em>Tribe and State: Essays in Honour of David Montgomery Hart<\/em>. Op. cit.<\/p>\n[lxvii] Mina n-Imnadhen est une conteuse de la localit\u00e9 de Ain Hamra, Elle est n\u00e9e en 1905 et d\u00e9c\u00e9d\u00e9e en 1984. Elle parle couramment le Fran\u00e7ais parce qu\u2019elle a travaill\u00e9 avec les autorit\u00e9s coloniales fran\u00e7aise de 1935 \u00e0 1955 en tant que <strong><em><sup>c<\/sup>r\u00eefa<\/em><\/strong>, sp\u00e9cialiste des affaires f\u00e9minines.<\/p>\n[lxviii] Hart, David M. \u2018\u2019Conflicting models of a berber tribal structure in the moroccan Rif: the segmentary and alliance system of the Aith Varyaghar\u2019\u2019, <em>Revue des mondes musulmans et de la M\u00e9diterran\u00e9e<\/em>, 7, 1970, pp. 93-99. <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/remmm_0035-1474_1970_num_7_1_1060\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.persee.fr\/doc\/remmm_0035-1474_1970_num_7_1_1060<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref69\" name=\"_edn69\">[<\/a>lxix] Sugiyama, Michelle Scalise. \u2018\u2019Oral Storytelling as Evidence of Pedagogy in Forager Societies\u2019\u2019, <em>Frontiers in Psychology,<\/em> 29 mars 2019. <a href=\"https:\/\/www.frontiersin.org\/articles\/10.3389\/fpsyg.2017.00471\/full\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.frontiersin.org\/articles\/10.3389\/fpsyg.2017.00471\/full<\/a><\/p>\n[lxx] Ibid.<\/p>\n[lxxi] Renate Chancellor, and Shari Lee. \u201cStorytelling, Oral History, and Building the Library Community\u201d, <em>Storytelling, Self, Society<\/em>, vol. 12, no. 1, 2016, pp. 39-54. <em>JSTOR<\/em>, <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.13110\/storselfsoci.12.1.0039\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/doi.org\/10.13110\/storselfsoci.12.1.0039<\/a><\/p>\n[lxxii] Rahma Dhamzyand est n\u00e9e \u00e0 Boured en 1988 et est morte en 1980. Grande conteuse rifaine qui a v\u00e9cu toute sa vie \u00e0 Ajdir n-Iharassen.<\/p>\n[lxxiii] Genevois\u00a0H. \u00ab\u00a0350 \u00e9nigmes kabyles\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Fichier de Docum. berb.,\u00a0<\/em>n\u00b0\u00a078, 1963.<\/p>\n[lxxiv] E.B., D.\u00a0Azdoud\u00a0&amp; M.\u00a0Peyron,\u00a0\u201cDevinettes\u201d,\u00a0<em>Encyclop\u00e9die berb\u00e8re<\/em>, 15,\u00a01995, document D39. <a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/encyclopedieberbere\/2247\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">http:\/\/journals.openedition.org\/encyclopedieberbere\/2247<\/a><\/p>\n[lxxv] Bynon J.\u00a0\u201cRiddle-telling among the Berbers of Central Morocco\u201d,\u00a0<em>African Language Studies,\u00a0<\/em>London, VII\/1966, pp. 80-104; VIII\/1967, pp.\u00a0168-197.<\/p>\n[lxxvi] Skounti A.\u00a0\u00ab\u00a0Devinettes des Ayt Merghad (Tamazight Sud-Est marocain)\u00a0\u00bb,\u00a0<em>\u00c9tudes et Documents Berb\u00e8res,\u00a0<\/em>n\u00b0\u00a010, 1993, pp.\u00a0129-134.<\/p>\n[lxxvii] Strochlic, Nina. \u2018\u2019The Race to Save the World\u2019s Disappearing Languages\u2019\u2019,\u00a0<em>National Geographic<\/em>, avril 2018.\u00a0<a href=\"https:\/\/www.nationalgeographic.com\/culture\/article\/saving-dying-disappearing-languages-wikitongues-culture\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">https:\/\/www.nationalgeographic.com\/culture\/article\/saving-dying-disappearing-languages-wikitongues-culture<\/a><\/p>\n[lxxviii] Walker, Nick. \u2018\u2019Mapping Indigenous languages\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Canadian Geographic<\/em>, d\u00e9cembre 2017.\u00a0\u00a0<a href=\"http:\/\/www.canadiangeographic.ca\/article\/mapping-indigenous-languages-canada\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">www.canadiangeographic.ca\/article\/mapping-indigenous-languages-canada<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance du Maroc en 1956, le gouvernement a offert \u00e0 la population pauvre du Rif la possibilit\u00e9 d&rsquo;aller travailler en Europe en pleine construction apr\u00e8s la fin de la Seconde Guerre mondiale et qui avait besoin de bras solides pour reconstruire son \u00e9conomie. [i] Les femmes, v\u00e9ritables gardiennes de la culture orale amazighe et &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":5566,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[13],"tags":[],"class_list":["post-5564","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","","category-opinions"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Femmes-combattantes-du-Rif.jpg?fit=626%2C342&ssl=1","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9uxE2-1rK","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5564","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5564"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5564\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5573,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5564\/revisions\/5573"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5566"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5564"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5564"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5564"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}