{"id":5624,"date":"2024-01-10T12:05:45","date_gmt":"2024-01-10T11:05:45","guid":{"rendered":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=5624"},"modified":"2024-01-10T12:11:53","modified_gmt":"2024-01-10T11:11:53","slug":"la-celebration-de-nnayer-a-figui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/la-celebration-de-nnayer-a-figui\/","title":{"rendered":"La c\u00e9l\u00e9bration de Nnayer \u00e0 Figuig"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_5627\" aria-describedby=\"caption-attachment-5627\" style=\"width: 358px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-5627\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/assugas.jpg?resize=358%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"358\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/assugas.jpg?resize=358%2C250&amp;ssl=1 358w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/assugas.jpg?w=819&amp;ssl=1 819w\" sizes=\"auto, (max-width: 358px) 100vw, 358px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-5627\" class=\"wp-caption-text\"><strong>Par: Hassane Benamara<\/strong><\/figcaption><\/figure>\n<p>Il s\u2019ait d\u2019une note sur la mani\u00e8re dont on c\u00e9l\u00e8bre Nnayer dans les ksour de Figuig au sud-est du Maroc \u00e0 l\u2019instar de tous Imazighen du monde.<\/p>\n<p>Cette f\u00eate et c\u00e9l\u00e9bration ob\u00e9it au principe de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et du partage. Il faut que la substance vitale, la nourriture, circule avec g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et toute avarice est jug\u00e9e n\u00e9gativement et consid\u00e9r\u00e9e comme nocive \u00e0 la r\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence de la nature et \u00e0 la vie de la communaut\u00e9.<\/p>\n<p>Nnayer est l\u2019occasion de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 absolue pour tous les aliments et pour toutes choses. La pri\u00e8re de bon augure suivante explicite ce fait\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">An ntech al d nilez\u00a0!<br \/>\nNir\u0323d\u0323 al d nilez\u00a0!<br \/>\nNsew al d nilez\u00a0!<br \/>\nNet\u0323t\u0323es\u0323 al d nilez\u00a0!<br \/>\nNaden al d nilez\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Qu\u2019on mange jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il en reste<br \/>\n!Qu\u2019on s\u2019habille jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il en reste\u00a0!<br \/>\nQu\u2019on boive jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il en reste\u00a0!<br \/>\nQu\u2019on dorme jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il en reste\u00a0!<br \/>\nQu\u2019on se couvre jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il en reste\u00a0!<\/p>\n<p>Pendant Nnayer on laisse de la nourriture dans les marmites et on remplit tous les ustensiles disponibles avec cette mati\u00e8re vitale. Ce principe de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 s\u2019\u00e9rige m\u00eame en coutume relative \u00e0 toute prise de repas : en buvant du petit-lait en commun, on s\u2019efforce de ne pas \u00eatre celui qui ach\u00e8ve ce liquide. De celui qui boit la derni\u00e8re gorg\u00e9e, on dit qu\u2019il a \u00e9touff\u00e9 sa m\u00e8re ih\u0323ney yemmas. Mais les buveurs d\u2019alcool disent de celui qui boit la derni\u00e8re gorg\u00e9e d\u2019une bouteille qu\u2019il va se (re)marier. C\u2019est ainsi qu\u2019on vit rituellement les rythmes cosmiques.<\/p>\n<p><strong>Nnayer ou yanayur (le jour de l\u2019an)<\/strong><\/p>\n<p>La c\u00e9l\u00e9bration du nouvel an est consid\u00e9r\u00e9e dans le monde scientifique comme rituel cosmogonique, de r\u00e9novation du Monde et de renaissance de la Vie. En c\u00e9l\u00e9brant le nouvel an, on souhaite annuler l\u2019ann\u00e9e \u00e9coul\u00e9e et expulser ou \u00e9viter les forces mal\u00e9fiques, les maladies et les disettes qui s\u2019y sont manifest\u00e9es.<\/p>\n<p>Nnayer correspond au premier mois de l\u2019ann\u00e9e agraire\/amazighe et c\u2019est le milieu de l\u2019hiver local. Ce jour correspond au 14 janvier gr\u00e9gorien. Sa veille (le 13) est dite igzinen (petit d\u2019un animal comme le chiot, le lionceau&#8230;) ; pendant cette nuit, on fait un couscous de bl\u00e9 aux multiples l\u00e9gumes ut\u0161u n yirden au d\u00eener pendant lequel chaque membre de la famille re\u00e7oit ou prend une boule de beurre d\u2019o\u00f9 le nom igzinen. Apr\u00e8s ce mets, on laisse une boule de couscous dans une louche \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une marmite : c\u2019est le d\u00eener des esprits ou des fant\u00f4mes iz\u0263u\u0263en ou izquqen. Toutes les cr\u00e9atures auront \u00e0 manger. Il faut qu\u2019une partie du repas reste pour que \u2013pr\u00e9sage\u2013 la nourriture soit abondante durant toute l\u2019ann\u00e9e. Cette f\u00eate est fond\u00e9e sur l\u2019abondance et le renouvellement : on laisse une boule de datte sur aylim (peau qui sert d\u2019\u00e9tabli pour la pr\u00e9paration de la farine), du couscous dans une louche, de la sauce dans la marmite et on remplit tous les ustensiles en notre possession de nourriture pour que l\u2019ann\u00e9e soit abondante. Il faut qu\u2019il y ait un reste de nourriture. \u00ab Il ne faut pas que Nnayer arrive et trouve les gens dans la faim car ils risqueront d\u2019y rester, dit la sagesse locale. \u00bb On nettoie la maison, on nettoie les \u00e2tres ou foyers de feu et supprime toutes les cendres qui s\u2019y trouvaient et on se fait beau. On enterre l\u2019ann\u00e9e pass\u00e9e pour c\u00e9l\u00e9brer la suivante dans la propret\u00e9, la sati\u00e9t\u00e9, la gait\u00e9 et l\u2019abondance. On enterre ou an\u00e9antit les restes et les ruines de l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente pour que quelque chose de v\u00e9ritablement nouveau puisse commencer. Le jour de nnayer, on organise un berkoukes (couscous de gros grain) avec tous les l\u00e9gumes disponibles, toutes les viandes et tripes disponibles et vari\u00e9es au d\u00e9jeuner (viandes rouges, viandes blanches, viandes conserv\u00e9es ou non, tripes ass\u00e9ch\u00e9es ou non etc.). Dans ce repas, on enfouit un noyau de datte ; celui qui le trouve au cours de la prise du repas est consid\u00e9r\u00e9 comme le plus chanceux de sa famille mais aussi comme celui qui doit la prendre en charge pendant une ann\u00e9e. Certaines familles utilisent trois \u00e0 sept noyaux de dattes ou m\u00eame une datte enti\u00e8re.<\/p>\n<p>Au sujet du passage du temps, le moment le plus significatif de l&amp;#39;ann\u00e9e est certainement la c\u00e9l\u00e9bration du nouvel an. Mircea Eliade constate \u00ab<em>qu&rsquo;il existe partout une conception de la fin et du d\u00e9but d&amp;#39;une p\u00e9riode temporelle fond\u00e9e sur l&rsquo;observation des rythmes bio cosmiques<\/em> (1)\u00bb En tant que p\u00e9riode de transition, le passage au nouvel an reprend un mod\u00e8le cosmogonique, celui du passage du Chaos au Cosmos : la Cr\u00e9ation. Tout ce qui a eu lieu avant cette nouvelle Cr\u00e9ation est d\u00e9truit \u00e0 l\u2019exemple des p\u00e9ch\u00e9s qui sont annul\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;expulsion d&rsquo;un bouc \u00e9missaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>Source<\/strong> : Benamara Hassane, Une mythologie berb\u00e8re, L\u2019Harmattan, 2021, pp. 170-172.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il s\u2019ait d\u2019une note sur la mani\u00e8re dont on c\u00e9l\u00e8bre Nnayer dans les ksour de Figuig au sud-est du Maroc \u00e0 l\u2019instar de tous Imazighen du monde. 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