{"id":570,"date":"2016-01-13T20:06:16","date_gmt":"2016-01-13T20:06:16","guid":{"rendered":"http:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=570"},"modified":"2016-03-04T20:11:15","modified_gmt":"2016-03-04T20:11:15","slug":"voyage-en-tamazgha-3-comme-un-genocide-culturel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/voyage-en-tamazgha-3-comme-un-genocide-culturel\/","title":{"rendered":"Voyage en Tamazgha (3) \u2013 Comme un g\u00e9nocide culturel"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_467\" aria-describedby=\"caption-attachment-467\" style=\"width: 188px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-467\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/med-bakrim-188x250.jpg?resize=188%2C250\" alt=\"Par: Bakrim Mohamed\" width=\"188\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/med-bakrim.jpg?resize=188%2C250&amp;ssl=1 188w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/med-bakrim.jpg?w=300&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 188px) 100vw, 188px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-467\" class=\"wp-caption-text\"><strong><span style=\"color: #ff0000;\">Par: Bakrim Mohamed<\/span><\/strong><\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">* Et pourtant c\u2019est un beau pays<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les retrouvailles avec cette magnifique terre de mes anc\u00eatres mobilisent mon temps, mes sentiments et ma passion. Je me donne quand m\u00eame des pauses de lecture. Je reviens \u00e0 ce dossier int\u00e9ressant consacr\u00e9 dans un num\u00e9ro d\u2019\u00e9t\u00e9 du Nouvel Obs, aux penseurs arabes. A commencer par Avicenne, cet \u00ab Aristote en turban \u00bb. Il a r\u00e9fl\u00e9chi sur la logique, la m\u00e9taphysique\u2026Un rationnel, un bon vivant\u2026 mais qui croit aux vertus de la religion ; \u00ab elle est m\u00eame, dit-il, n\u00e9cessaire \u00e0 la paix civile \u00bb. Je ne manque pas de penser \u00e0 cette remarque lors de cette vir\u00e9e dans le flanc sud du haut Atlas. Au tournant d\u2019un virage, loin de tout, la petite route d\u00e9bouche sur un village \u00e0 l\u2019horizon perch\u00e9 dans une montagne, ou au fond d\u2019une vall\u00e9e, apais\u00e9 et regroup\u00e9 autour d\u2019un minaret. Oui la religion est autre chose que \u00ab l\u2019opium du peuple \u00bb elle est le ciment d\u2019un corps social en mal de coh\u00e9sion. Facteur d\u2019int\u00e9gration et non d\u2019exclusion ; d\u2019union et non de division sectaire\u2026Le rapport au sacr\u00e9 est justement un autre indicateur du changement subi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans notre enfance, nous avons baign\u00e9 dans un rapport joyeux et quasi-ludique avec la religion. Ma grand-m\u00e8re dont l\u2019arabe se limitait \u00e0 deux ou trois versets du coran \u00e9tait pratiquante. Cela ne l\u2019emp\u00eachait pas d\u2019assister aux f\u00eates, d\u2019entonner une chanson quand elle est emport\u00e9e par le rythme. Les jeunes filles allaient en groupe chercher du bois ou de l\u2019eau \u00e0 la source \u00e0 la tomb\u00e9e du soleil. Elles chantaient et riaient et souvent des groupes de jeunes les taquinaient du haut de la petite colline qui surplombe le source. Et plusieurs destins de couples ont \u00e9t\u00e9 ainsi nou\u00e9s dans l\u2019all\u00e9gresse et la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. Les femmes portaient leur Amlhaf, habit ample qui couvre le corps, retenu par des broches en argent, la fameuse tizerzit, embl\u00e8me de Tamazgha et un l\u00e9ger foulard sur la t\u00eate. Pendant les f\u00eates nationales, les mariages et les moussems\u2026les gens du village constituaient eux-m\u00eames leur groupe d\u2019Ahouach. Une djellaba au blanc immacul\u00e9 et un poignard en argent \u00e9taient ressortis \u00e0 cette occasion. La communion \u00e9tait totale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd\u2019hui le wahhabisme est pass\u00e9 par l\u00e0. Dans les villages de mon enfance, le sourire a disparu. L\u2019habit noir a fait son apparition. L\u2019Afghanistan a fait des \u00e9mules. Le pr\u00e9nom Oussama est l\u00e9gion. Les femmes portent gants et chaussettes (\u00e0 40\u00b0). Pour c\u00e9l\u00e9brer une f\u00eate on va chercher un groupe ou un Dj ou tout simplement on met un CD\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je revisite Tafingoult. Ce chef lieu prestigieux des temps pass\u00e9s, vivote autour de quelques services administratifs ayant perdu son \u00e9clat d\u2019antan. Il y a certes des signes de changement positif dans le sens o\u00f9 l\u2019eau et l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 relient des coins jadis isol\u00e9s. Face au d\u00e9clin de Tafingoult, Oulad Berhil est devenu un centre urbain dynamique ayant tir\u00e9 profit de l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019agro-industrie dans la r\u00e9gion. Les terres fertiles irrigu\u00e9es par l\u2018oued Souss donnent des vari\u00e9t\u00e9s d\u2019agrumes et de l\u00e9gumes d\u2019une qualit\u00e9 exceptionnelle. Le niveau de vie a chang\u00e9. La mis\u00e8re recule c\u00e9dant la place a une autre variante de mis\u00e8re immat\u00e9rielle. Oulad Berhil abrite encore la Kasbah du terrible Ca\u00efd Hida N Mouiss. Cet ancien d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 du Makhzen, pacha de Taroudant ; il avait sem\u00e9 la terreur dans la r\u00e9gion. Il a connu une mort atroce, d\u00e9capit\u00e9 par les hommes d\u2019El Hiba. Le patrimoine folklorique garde encore le souvenir de ce despotisme f\u00e9odal qui avait marqu\u00e9 tout le haut Souss. A sa mort on chantait en effet \u00ab \u00ab Asif n Tighanimin, agh ibbi lmenchar asatour,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nghan igdad lbaz, our soul ksouden iat. C\u2019est dans l\u2019Oued de Tighanimin (sud d\u2019Agadir) que la hache a coup\u00e9 le tronc, les moineaux n\u2019ont plus peur de rien, ils ont mis \u00e0 mort le faucon \u00bb. Admirez la beaut\u00e9 des images po\u00e9tiques que la traduction ne refl\u00e8te que partiellement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Impossible de ne pas faire un saut du c\u00f4t\u00e9 d\u2019Aoulouz. Jeune centre urbain et ancien centre de pouvoir des c\u00e9l\u00e8bres ca\u00efds Dardouri, dont les vestiges historiques sont encore visibles. Aoulouz est connu pour ses produits agricoles, ses moussems de gnaoua. Sa position strat\u00e9gique aupr\u00e8s de Oued Souss lui conf\u00e8re aujourd\u2019hui une autre importance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est le bassin d\u2019eau qui nourrit toute la plaine du Souss notamment la r\u00e9gion de Taroudant. De formidables ouvrages hydrauliques permettent de g\u00e9rer en amont les flux de l\u2019eau. Je fais une tourn\u00e9e du c\u00f4t\u00e9 du barrage Mohktar Soussi, je suis \u00e9bloui par le gigantisme du travail accompli au sein de la montagne. Inaugur\u00e9 par le souverain en 2002, c\u2019est une des fiert\u00e9s du Maroc nouveau. La commune d\u2019Iouziuoua est devenue verdoyante. Je m\u2019y arr\u00eate pour une pause \u00e0 quelques kilom\u00e8tres du barrage. Un silence apaisant et des montagnes tout autour incitant \u00e0 la m\u00e9ditation et au recueillement. Je ne manque pas d\u2019avoir une pens\u00e9e \u00e0 ses instituteurs et institutrices qui affact\u00e9s dans ses r\u00e9gions accomplissent souvent leur devoir avec abn\u00e9gation. De vrais militants de l\u2019ombre. Notre syst\u00e8me \u00e9ducatif devrait trouver une formule pour leur rendre un hommage permanent. Des oasis naissent ici et l\u00e0 b\u00e9n\u00e9ficiant de la retenue d\u2019une eau qui a permis la r\u00e9surgence de sources limpides et fra\u00eeches. Pourvu qu\u2019une bonne gouvernance permette de r\u00e9tablir un \u00e9quilibre entre les zones de l\u2019oued Souss. Les petits paysans en amont du fleuve sont d\u00e9favoris\u00e9s par rapporta aux gros fermiers de la zone de Sebt Elgourdane et Ouleid Taima.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En remontant vers la base du barrage je me rends compte que je ne suis plus qu\u2019\u00e0 une cinquantaine de kilom\u00e8tres du parc national Toubkal. La tentation est forte de d\u00e9couvrir ce site splendide. Mes cousins me conseillent de le programmer plut\u00f4t pour avril. Rendez-vous est pris pour le printemps Inchallah.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En allant vers Taroudant, je fais un d\u00e9tour du c\u00f4t\u00e9 d\u2019une oasis, Tioute, v\u00e9ritable havre de paix. Je prends un repos dans les champs noy\u00e9s dans un oc\u00e9an de verdure. C\u2019est un vieux centre historique qui ne manque pas d\u2019atouts\u2026de l\u2019eau en abondance il y a des piscines mais qui ne sont plus entretenues et une tr\u00e8s belle palmeraie dans la vall\u00e9e. Les palmiers h\u00e9las sont attaqu\u00e9s par des parasites graves. Dommage encore une fois. Le g\u00e9nocide dont j\u2019ai parl\u00e9 semble g\u00e9n\u00e9ral. Je visite l\u2019\u00e9cole coranique, une medersa traditionnelle, la zaou\u00efa tijania. Je d\u00e9couvre \u00e9galement la coop\u00e9rative Ta\u00eftmatine (les s\u0153urs). Des femmes organis\u00e9es gr\u00e2ce au soutien de l\u2019INDH d\u00e9veloppent leurs savoir faire en mati\u00e8re d\u2019argane avec l\u2019apport des nouvelles techniques. Je n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 m\u2019approvisionner ; je raffole de l\u2019argane et de ses d\u00e9riv\u00e9s notamment l\u2019amlou. Un d\u00e9lice qui dit et r\u00e9sume tout le charme et la sp\u00e9cificit\u00e9 de cette r\u00e9gion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Taroudant. La belle capitale de la r\u00e9gion justement. Fille de l\u2019histoire, avec son heure de gloire avec les Saadiens ; fille aujourd\u2019hui de la g\u00e9ographie avec les mutations que conna\u00eet la plaine de Souss et qui influent sur son d\u00e9veloppement. Il y a au moins deux villes en une. Il y a le Taroudant du capitalisme agricole avec ses signes et ses symboles ; et il y a le Taroudant intra muros, celle que j\u2019aime ; l\u2019alter ego de Marrakech, paisible, au rythme adapt\u00e9 \u00e0 la nature et au souvenir. Il y a beaucoup de v\u00e9los notamment avec des femmes ; le centre ville devrait \u00eatre interdit aux voitures. Elle peut postuler \u00e0 \u00eatre la premi\u00e8re ville \u00e9cologique du pays ! Le soir la place Assarag s\u2019anime tranquillement. Je prends un th\u00e9 \u00e0 la place farq Lahba\u2026 car tout ici bas est appel\u00e9 \u00e0 la s\u00e9paration, sur la voie de la rencontre ultime.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Taroudant, ville de la m\u00e9moire refoul\u00e9e m\u00e9rite un meilleur sort. Ville pris\u00e9e par les politiques internationaux gr\u00e2ce au mythique La gazelle d\u2019or mais aussi par les cin\u00e9astes. Jacques Becker y a tourn\u00e9 son Ali Baba (1954) avec Fernandel. Le cin\u00e9aste fran\u00e7ais Andr\u00e9 T\u00e9chin\u00e9 m\u2019a racont\u00e9 une fois qu\u2019il aime venir y \u00e9crire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors pourquoi pas un festival de sc\u00e9nario \u00e0 Taroudant ? Un sc\u00e9nario possible contre l\u2019oubli.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong><span style=\"color: #ff0000;\">* critique de cin\u00e9ma\u00a0et pr\u00e9sident du Forum Culture et Cin\u00e9ma<\/span> <\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>* Et pourtant c\u2019est un beau pays Les retrouvailles avec cette magnifique terre de mes anc\u00eatres mobilisent mon temps, mes sentiments et ma passion. Je me donne quand m\u00eame des pauses de lecture. Je reviens \u00e0 ce dossier int\u00e9ressant consacr\u00e9 dans un num\u00e9ro d\u2019\u00e9t\u00e9 du Nouvel Obs, aux penseurs arabes. 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