{"id":591,"date":"2016-02-13T21:15:17","date_gmt":"2016-02-13T21:15:17","guid":{"rendered":"http:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=591"},"modified":"2016-03-04T21:32:15","modified_gmt":"2016-03-04T21:32:15","slug":"souvenirs-de-sanatorium-de-bensmim","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/souvenirs-de-sanatorium-de-bensmim\/","title":{"rendered":"Souvenirs de sanatorium de Bensmim"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_592\" aria-describedby=\"caption-attachment-592\" style=\"width: 366px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-592 size-medium\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/bensmim-366x250.jpg?resize=366%2C250\" alt=\"bensmim\" width=\"366\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/bensmim.jpg?resize=366%2C250&amp;ssl=1 366w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/bensmim.jpg?resize=110%2C75&amp;ssl=1 110w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/bensmim.jpg?w=815&amp;ssl=1 815w\" sizes=\"auto, (max-width: 366px) 100vw, 366px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-592\" class=\"wp-caption-text\"><strong><span style=\"color: #ff0000;\">Par: AZERGUI Mohamed<\/span><\/strong><\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 l\u2019\u00e2ge ma m\u00e9moire se souvient d\u2019un long s\u00e9jour au sanatorium de Bensmim 1960\/62. Les \u00e9preuves et adversit\u00e9s du pass\u00e9 laissent des cicatrices ind\u00e9l\u00e9biles dans le corps et l\u2019\u00e2me. Venus de l\u2019anti Atlas nous vivions mon p\u00e8re, mon fr\u00e8re, moi dans une mansarde de M\u00e9dina. La mis\u00e8re \u00e9tait toujours l\u00e0, p\u00e8re boutiquier d\u00e9pass\u00e9. Pas d\u2019hygi\u00e8ne ; mal nourris, vuln\u00e9rables promiscuit\u00e9 suffocante, rues peu ensoleill\u00e9es ; pas d\u2019eau, toilettes publiques naus\u00e9abondes. J\u2019\u00e9tais alors en classe de brevet \u00ab bon \u00e9l\u00e8ve malgr\u00e9 sa sant\u00e9 \u00bb disait mon bulletin scolaire. Justement nous avions alors tout un chapitre sur les microbes et les maladies dont la phtisie C\u2019est avec d\u00e9sespoir que je retrouvais toujours en moi ces maudits sympt\u00f4mes \u00e9voqu\u00e9s par les manuels Ainsi je me sentais faiblir, je perdais de poids, je devais me reposer souvent sur le chemin du lyc\u00e9e. De nuit je suais, je toussais ; mais pas de douleurs poussant aux soins. Je sentais un vide et une carence d\u2019\u00e9nergie. Les ado fils riches citadins de mon \u00e2ge, mes pairs au lyc\u00e9e d\u00e9couvraient la sexualit\u00e9, draguaient les coll\u00e9giennes ; pratiquaient l\u2019onanisme. Moi j\u2019avais une jeune RBATIE en t\u00eate et en r\u00eaves. M\u00e9lancolique, triste et angoiss\u00e9 je priais. Dieu de me gu\u00e9rir dans toutes les grandes mosqu\u00e9es mais en vain. Le p\u00e8re homme de labeur, non pratiquant, \u00e9tait d\u00e9sarm\u00e9 il me d\u00e9clara tout en larmes\u00ab je voudrais \u00eatre malade \u00e0 ta place \u00bb. La famille inqui\u00e8te, connaissant d\u00e9j\u00e0 la phtisie, pr\u00e9voyait mon d\u00e9c\u00e8s \u00e0 TAMAZIRT, comme ce fut le cas d\u2019une tante morte en 1958 laissant trois orphelins. Mais le destin en d\u00e9cida tout autrement. Mes profs alert\u00e8rent l\u2019administration de mon \u00e9tat, je fus d\u00e9pist\u00e9 par le service sanitaire et vite renvoy\u00e9 du lyc\u00e9e My Youssef et envoy\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital My Youssef. Pour les habitants de Rabat le littoral signifie malheurs. Il y l\u00e0 un lugubre p\u00e9nitencier ; un insatiable cimeti\u00e8re, trois casernes et deux vieux h\u00f4pitaux (Marie Feuillet, et My Youssef). Ce dernier se trouve dans un quartier populaire, il est vaste, triste m\u00eame avec son jardin. Il est form\u00e9 de plusieurs pavillons de malades, des blocs administratifs, op\u00e9ratoires et radios. Craintif d\u00e8s l\u2019entr\u00e9e j\u2019esp\u00e9rais en repartir vite sans me douter que j\u2019\u00e9tais pris pour longtemps. D\u00e8s le d\u00e9but je fus capt\u00e9 en proie par une arm\u00e9e de blouses blanches insensibles \u00e0 mon sort. Apr\u00e8s une demi-journ\u00e9e de radiologie et de paperasses je fus admis et le p\u00e8re inform\u00e9 partit. Une infirmi\u00e8re fran\u00e7aise, riante et ferme me conduisit vers une salle pleine de malades alit\u00e9s. Pour la premi\u00e8re fois de ma vie j\u2019avais un pyjama, une robe de chambre et un bon lit. Mais d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 de ne pouvoir reprendre mes \u00e9tudes je me voyais en prisonnier. Je pensais \u00e0 mes copains. Je les imaginais en cours de maths avec Mr J Meyer juif marocain aim\u00e9 de tous. Le lendemain le m\u00e9decin chef passait pour sa visite de routine escort\u00e9 de notre infirmi\u00e8re. Il \u00e9tait en blouse, grand, blond, autoritaire, terreur du personnel soignant et g\u00e9rant. Arriv\u00e9 pr\u00e8s de mon lit il scruta mes clich\u00e9s et me dit \u00ab Tu nous viens du lyc\u00e9e, mon grand. Ton poumon gauche est tr\u00e8s malade, tu vas gu\u00e9rir avec des m\u00e9dicaments et la patience\u00bb. Moi j\u2019\u00e9clatai en sanglots en criant \u00ab je veux retourner au lyc\u00e9e\u00bb. Il se f\u00e2cha et me r\u00e9pondit d\u2019un ton sec \u00ab impossible tu resteras jusqu\u2019\u00e0 ce que tu sois compl\u00e8tement gu\u00e9ri point c\u2019est tout \u00bb. Quelques jours apr\u00e8s je fus transf\u00e9r\u00e9 par la CTM via Azrou au sanatorium de Bensmim.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Arriv\u00e9 au soir \u00e0 Azrou, j\u2019\u00e9tais fatigu\u00e9, sujet aux vertiges et naus\u00e9es d\u00e8s que je suis en voiture. Un v\u00e9hicule de service du sana attendait les nouveaux arrivants. Moi je grelottais de froid. Nous \u00e9tions trois ou quatre patients venus par le m\u00eame bus. Nous fumes vite pris en charge. Je me souviens encore de cette premi\u00e8re nuit. Un infirmier de service me donna le pyjama et la robe de chambre et m\u2019accompagna vers l\u2019ascenseur et ensuite \u00e0 travers un long couloir tr\u00e8s propre et brillant avec une multitude de portes ferm\u00e9es. Le silence \u00e9tait de rigueur, pas de voix et pourtant ce n\u2019\u00e9tait que le d\u00e9but de la nuit. Il m\u2019introduisit dans une chambre o\u00f9 il y avait 4 malades ; mon lit pr\u00e8s de la porte m\u2019attendait. Je fis les salutations et politesses d\u2019usage. Ils me paraissaient jeunes et en bonne sant\u00e9. Ils \u00e9taient l\u00e0 depuis des mois, pas encore gu\u00e9ris. Je devais moi aussi rester pour 18 moi au sanatorium de Bensmim.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au Maroc, depuis les ann\u00e9es 40 il y avait deux sanas, un pour femmes \u00e0 Ben Ahmed et celui de Bensmim. La France avait \u00e0 l\u2019\u00e9poque plusieurs dizaines de sanas en m\u00e9tropole dans les montages et au littoral pour faire face \u00e0 l\u2019expansion de la phtisie (tuberculose pulmonaire). Mais celui qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait construit au Maroc(1945) \u00e0 Bensmim, pour ses patients fran\u00e7ais et notables du pays \u00e9tait de loin le meilleur. Il \u00e9tait international par sa grandeur et son site. Il se trouve dans les monts de l\u2019Atlas piliers qui soutiennent le ciel dans la mythologie grecque. Il est au milieu d\u2019une cuvette de nulle part entour\u00e9e de collines, de verdure et de grands arbres (ch\u00eanes ; c\u00e8dres, pins). L\u00e0 les pollutions qui nous empoisonnent dans nos bidonvilles \u00e9taient et demeurent inconnues dans ces cimes de bonheur et de paix pour le corps, l\u2019esprit (Pas de poussi\u00e8res, fum\u00e9es, gaz CO, CO2. Pas de particules, virus, et bact\u00e9ries. Pas de bruits, voitures, vacarmes. Pas de promiscuit\u00e9 d\u00e9l\u00e9t\u00e8re, et regards hostiles). L\u2018air inspir\u00e9 est pur, les poumons et tous les organes se trouvent vivifi\u00e9s en continu. L\u2019immunit\u00e9 renforc\u00e9e dans sa lutte anti microbienne et autres antig\u00e8nes. L\u2019homme a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 pour vivre l\u00e0 dans la Nature. Les rares visiteurs citadins qui venaient \u00e9taient \u00e9merveill\u00e9s de se trouver l\u00e0 dans la Nature. Ils avaient la conviction que l\u00e0 les malades pouvaient gu\u00e9rir l\u00e0 dans ce contexte. Naturel quasiment sans traitements avec peu de soins et une bonne nourriture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le sanatorium de Bensmim est un \u00e9tablissement imposant, beau, magnifique et rassurant Vu de loin il ressemble par sa masse \u00e9tendue \u00e0 deux collines rectangulaires de (6\/7\u00e9tages) Aile Est et aile Ouest disait-on. Elles sont s\u00e9par\u00e9es par un grand bloc m\u00e9dical et administratif B\u00e2tisse superbe, surgie de la terre par le g\u00e9nie des architectes du pass\u00e9 qui imaginaient ; planifiaient et construisaient en grand pour la dur\u00e9e. \u0152uvre de ( J Sage et ouvriers amazighs). C\u2019est un \u00e9difice patrimonial, laiss\u00e9 \u00e0 l\u2019abandon, comme Volubilis, car non arabo-musulman. Vu d\u2019en haut on dirait un aigle g\u00e9ant de l\u2019Atlas aux ailes d\u00e9ploy\u00e9es se faisant place dans une petite vall\u00e9e \u00e9cartant les arbres et m\u00eame les collines pour \u00eatre bien et respirer \u00e0 son aise. Le sana est \u00e9vent\u00e9 d\u2019air pur et bien ensoleill\u00e9 de partout et de tous les angles la journ\u00e9e durant. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 toute une fa\u00e7ade de grands balcons communicants, donnant sur un beau paysage. Chacune des chambres des malades avaient une fa\u00e7ade vitr\u00e9e qui s\u2019ouvrait sur ces balcons. La lumi\u00e8re et le soleil \u00e9purateurs y avaient acc\u00e8s toute la journ\u00e9e de l\u2019aube au cr\u00e9puscule. En hiver nous assistions \u00e9merveill\u00e9s et bien chauff\u00e9s aux chutes de neige devant nous sur les balcons et au loin sur les arbres et les collines. Au printemps nous recevions les senteurs des fleurs, en \u00e9t\u00e9 nous avions la fraicheur et en automne l\u2019odeur de la terre mouill\u00e9e de pluie. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du b\u00e2timent il y a de petites chambres exigu\u00ebs individuelles avec lavabos miroir, armoire et fen\u00eatre. L\u00e0 c\u2019\u00e9tait notre coin d\u2019intimit\u00e9 avec nos affaires et provisions personnelles. Moi j\u2019avais l\u00e0 une petite radio \u00e0 piles, mes v\u00eatements ; les manuels scolaires ; des livres, serviettes du savon. Ce petit coin \u00e0 moi je le nettoyais tous les jours ; j\u2019avais acquis une peur obsessionnelle des microbes. De fait la propret\u00e9 et l\u2019asepsie r\u00e9gnaient partout au sanatorium, au parterre, dans les couloirs, toilettes, douches, et chambres. Il \u00e9tait interdit aux microbes utiles ou pathog\u00e8nes de vivre l\u00e0 et s\u2019y d\u00e9velopper. Ils \u00e9taient d\u00e9truits en continu par une belle \u00e9quipe de m\u00e9nag\u00e8res locales, gaies, qui jasaient en amazigh.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s 7 heures nous entendions dans les couloirs le personnel qui se parlait en amazigh. (Moi j\u2019avais vite fini par saisir cette variante de la langue amazighe proche de celle de l\u2019anti Atlas) Vers 8 heures un petit d\u00e9jeuner (lait, pain, beurre) nous \u00e9tait servi au lit sur tables adapt\u00e9es. Ensuite les soins m\u00e9dicaux personnels et quotidiens. Ici je me souviens de l\u2019infirmi\u00e8re de notre \u00e9tage, une bont\u00e9 toute fran\u00e7aise, la cinquantaine, un peu forte (grosse) sur-maquill\u00e9e d\u00e9gageant des parfums forts. La prise temp\u00e9rature quotidienne nous faisait rigoler en m\u00e2les (thermom\u00e8tre dans l\u2019anus pour un moment, nous y prenions go\u00fbt en pervertis disions-nous). Pour moi durant des mois ce fut un traitement intensif (s\u00e9rum, streptomycine, Rimifon, PAS). Ainsi je restais des matin\u00e9es enti\u00e8res sous perfusion c\u2019\u00e9tait ennuyeux et je lisais si possible. De temps en temps nous avions la visite de l\u2019\u00e9quipe m\u00e9dicale avec nos dossiers en main. C\u2019\u00e9tait pour chacun un \u00e9v\u00e8nement. Le m\u00e9decin consultait d\u2019abord le graphe de temp\u00e9rature, nous saluait et nous tranquillisait avec des sourires et donnait des instructions \u00e0 l\u2019infirmi\u00e8re. Chacun vivait sa maladie \u00e0 sa mani\u00e8re, nous en discutions peu. Certains priaient Dieu seuls. A midi nous nous d\u00e9barrassions de nos pyjamas nous habillons de notre mieux et nous, tous descendions au rez-de-chauss\u00e9e o\u00f9 il y a un resto (pour moi la nourriture tait bonne). Il y avait des patients venant de toutes les r\u00e9gions la plupart jeunes. Nous nous baladions ensuite dans la for\u00eat, nous faisions des achats dans la boutique. Vers 14h c\u2019est le retour au lit pour une longue sieste suivie d\u2019un gouter vers 16h au lit. Le soir le souper au resto vers 19heure. Retour aux lit et vers 20h30 extinction des grosses lumi\u00e8res ; mais les veilleuses et lectures \u00e9taient autoris\u00e9es et discussions voix basses tol\u00e9r\u00e9es. A l\u2019\u00e9poque pas de t\u00e9l\u00e9, heureusement. L\u2019essentiel de notre temps se passait dans le silence et l\u2019espoir dans les monts de l\u2019Atlas Nous avions des contr\u00f4les m\u00e9dicaux r\u00e9guliers de fond \u00e0 faire et que nous attendions. Il s\u2019agissait de radiographies, d\u2019analyses m\u00e9dicales diverses. Le tout \u00e9tait suivi d\u2019un entretien individualis\u00e9 avec l\u2019\u00e9quipe m\u00e9dicale (le m\u00e9decin chef, celui de service et notre infirmi\u00e8re). Je me souviens encore de cette salle \u00e0 demi obscure que j\u2019appr\u00e9hendais car je voulais sortir vite et \u00e9tudier. J\u2019avais l\u2019impression d\u2019\u00eatre en conseil de famille ils \u00e9taient sinc\u00e8res. Je sortais de ces visites renforc\u00e9 et convaincu de la n\u00e9cessit\u00e9 de patienter, rester le temps qu\u2019il faudra. La t\u00e9nacit\u00e9 m\u00e9thodique des m\u00e9decins et leur sens d\u00e9ontologique m\u2019avaient sauv\u00e9 de la phtisie mortelle, de la bilharziose r\u00e9nale, des vestiges d\u2019amibes, d\u2019un vieux t\u00e9nia et ses fils. Peut-\u00eatre que mon syst\u00e8me immunitaire ainsi renforc\u00e9 m\u2019avait d\u00e9barrass\u00e9 d\u2019autres parasites.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par ailleurs cette longue cure profitable pour mon corps l\u2019avait \u00e9t\u00e9 aussi pour mon esprit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 18 mois j\u2019avais eu deux sorties de trois jours pour les f\u00eates religieuses et aucune visite. Nous \u00e9tions 5 dans la chambre ; nous nous \u00e9tions vite tout dit ; le silence et l\u2019ennui \u00e9taient l\u00e0. Les fran\u00e7ais avaient laiss\u00e9 au sanatorium une bonne biblioth\u00e8que riche de livres et romans. Alors je passais l\u2019essentiel du temps \u00e0 faire des exercices de maths, \u00e9crire surtout \u00e0 lire. J\u2019avais lu des livres entiers qui me d\u00e9passaient de loin, ils \u00e9taient l\u00e0 pour adultes cultiv\u00e9s. Il y avait quelques gros livres en arabe, je les avais lus avec avidit\u00e9 sans bien les comprendre (\u0627\u0644\u0627\u0633\u062a\u0633\u0642\u0627\u0621 \u0627\u0644\u0646\u0627\u0635\u0631\u064a ) (\u0645\u0642\u062f\u0645\u0629 \u0628\u0646 \u062e\u0644\u062f\u0648\u0646 ) (\u0627\u0644\u0639\u0642\u062f \u0627\u0644\u0641\u0631\u064a\u062f ; \u0628\u0646 \u0639\u0628\u062f \u0631\u0628\u0647 )(\u0643\u0644\u064a\u0644\u0629 \u0648\u062f\u0645\u0646\u0629 ; \u0627\u0644\u0628\u062e\u0644\u0627\u0621 ; \u0628\u0646 \u0627\u0644\u0645\u0642\u0641\u0639) et autres je m\u2019\u00e9tais plong\u00e9 et oubli dans les \u00e9crits et romans en fran\u00e7ais disponibles en quantit\u00e9 (Chateaubriand ; de Maupassant ; Daudet, Balzac, Zola, Musset, V Hugo, H Bosco, Bazin). Tout y passait, \u00e0 l\u2019encontre de Montaigne je m\u2019\u00e9tais d\u2019abord fait une t\u00eate pleine, mal faite. Depuis cette \u00e9poque l\u2019habitude de lire est rest\u00e9e en moi une n\u00e9cessit\u00e9 vitale , une obsession.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par ailleurs une main inconnue et g\u00e9n\u00e9reuse m\u2019avait inscrit aux cours par correspondance gratuits d\u2019AUXILIA en fran\u00e7ais et math, cours qui correspondaient \u00e0 mon niveau et le suivant. Ainsi je pouvais esp\u00e9rer revenir un jour au lyc\u00e9e. Ma prof de fran\u00e7ais par correspondance m\u2019avait orient\u00e9 sur le XVI si\u00e8cle et j\u2019avais go\u00fbt\u00e9 Ronsard, Du Bellay et copains de la Pl\u00e9iade malgr\u00e9 les difficult\u00e9s d\u2019\u00e9criture du vieux fran\u00e7ais . Je m\u2019\u00e9tais tr\u00e8s bien amus\u00e9 avec Rabelais Mon prof de maths par correspondance enseignait dans une \u00e9cole d\u2019ing\u00e9nieur en Alg\u00e9rie. Lui aussi (A de Seyssel) avait \u00e9t\u00e9 pour moi durant deux ann\u00e9es un compagnon, inconnu, fid\u00e8le. Ses cours et ses corrections envoy\u00e9s par les soins d\u2019AUXILLIA*m\u2019\u00e9taient de grande utilit\u00e9 Je passais de heures avec ses cours et exercices **<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans mon \u00e9tage j\u2019\u00e9tais le \u00ab seul instruit \u00bb car j\u2019\u00e9tais toujours dans mes bouquins, hors des discussions et palabres. J\u2019\u00e9tais ainsi \u00ab \u00e9crivain public \u00bb de tous, donc au courant des soucis et probl\u00e8mes de tout un chacun. Mais comme j\u2019\u00e9tais et je suis toujours timide, r\u00e9serv\u00e9 ils m\u2019avaient fait confiance. Ils m\u2019ont peut-\u00eatre oubli\u00e9 mais pas moi. Leurs noms ont quitt\u00e9 ma m\u00e9moire pas leurs visages. Il y avait un homme, menuisier, assez \u00e2g\u00e9 dans la cinquantaine. Il avait tenu \u00e0 ce que je lui apprenne \u00e0 lire, \u00e9crire, cela a dur\u00e9 des mois il en \u00e9tait tr\u00e8s content. A l\u2019\u00e9poque nous avions de temps en temps des projections de films ou m\u00eame des groupes amazighs de chants et danses. C\u2019est l\u00e0 que je fis la connaissance de deux jeunes \u00e9tudiants, r\u00e9fugi\u00e9s mauritaniens. L\u2019un \u00e9tait du sud (r\u00e9gion du Fleuve, un noir) l\u2019autre \u00e9tait un ZENNAGUI (un amazigh de TAGANT). Ils \u00e9taient maigres, instruits ; curieux et politis\u00e9s. J\u2019esp\u00e8re de tout c\u0153ur qu\u2019ils sont encore vivants et en bonne sant\u00e9 et qu\u2019ils gardent comme moi de bons souvenirs de notre long s\u00e9jour forc\u00e9 mais salutaire au sanatorium de Bensmim.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">*AUXILIA organisme d\u2019aide scolaire b\u00e9n\u00e9vole \u00e0 distance aux personnes d\u00e9munies (1928)<br \/>\n** (De retour au lyc\u00e9e on m\u2019avait mis dans la classe pr\u00e9 bac, \u00e7a avait march\u00e9. j\u2019obtins le bac l\u2019ann\u00e9e d\u2019apr\u00e8s)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Malgr\u00e9 l\u2019\u00e2ge ma m\u00e9moire se souvient d\u2019un long s\u00e9jour au sanatorium de Bensmim 1960\/62. Les \u00e9preuves et adversit\u00e9s du pass\u00e9 laissent des cicatrices ind\u00e9l\u00e9biles dans le corps et l\u2019\u00e2me. Venus de l\u2019anti Atlas nous vivions mon p\u00e8re, mon fr\u00e8re, moi dans une mansarde de M\u00e9dina. La mis\u00e8re \u00e9tait toujours l\u00e0, p\u00e8re boutiquier d\u00e9pass\u00e9. Pas d\u2019hygi\u00e8ne &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":592,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[13],"tags":[],"class_list":["post-591","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","","category-opinions"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/bensmim.jpg?fit=815%2C556&ssl=1","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9uxE2-9x","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/591","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=591"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/591\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":593,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/591\/revisions\/593"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/592"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=591"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=591"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=591"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}