{"id":6181,"date":"2024-07-21T20:28:32","date_gmt":"2024-07-21T19:28:32","guid":{"rendered":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=6181"},"modified":"2024-07-21T20:28:32","modified_gmt":"2024-07-21T19:28:32","slug":"la-glorieuse-bataille-danoual-sonne-le-debut-de-la-decolonisation-dans-le-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/la-glorieuse-bataille-danoual-sonne-le-debut-de-la-decolonisation-dans-le-monde\/","title":{"rendered":"La glorieuse bataille d\u2019Anoual sonne le d\u00e9but de la d\u00e9colonisation dans le monde"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_4424\" aria-describedby=\"caption-attachment-4424\" style=\"width: 188px\" class=\"wp-caption alignright\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4424\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?resize=188%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"188\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?resize=188%2C250&amp;ssl=1 188w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?w=450&amp;ssl=1 450w\" sizes=\"auto, (max-width: 188px) 100vw, 188px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4424\" class=\"wp-caption-text\">Dr. Mohamed Chtatou<\/figcaption><\/figure>\n<p>La bataille d&rsquo;Anoual [i] est un important d\u00e9sastre militaire pour l&rsquo;arm\u00e9e espagnole en 1921 pendant la guerre du Rif au Maroc. Elle a entra\u00een\u00e9 la mort de milliers de soldats espagnols et la perte de territoires dans le nord du Maroc. La d\u00e9faite d&rsquo;Anoual a eu de graves cons\u00e9quences sur la politique espagnole, entra\u00eenant la chute du gouvernement et l&rsquo;effondrement de la monarchie.<\/p>\n<p><strong>Le contexte colonial au Maroc<\/strong><\/p>\n<p>Il y a environ 100 ans, un conflit colonial de grande ampleur a d\u00e9but\u00e9 sur la rive sud de la M\u00e9diterran\u00e9e. [ii] D&rsquo;abord consid\u00e9r\u00e9 comme une r\u00e9bellion \u00ab\u00a0indig\u00e8ne\u00a0\u00bb, le conflit s&rsquo;est transform\u00e9 en une guerre intense, dont la phase finale a impliqu\u00e9 l&rsquo;intervention de deux grandes puissances coloniales (la France et l&rsquo;Espagne). [iii]\n<p>\u00c9valu\u00e9e \u00e0 la lumi\u00e8re de son co\u00fbt humain, largement oubli\u00e9 aujourd&rsquo;hui, la guerre du Rif [iv] peut alimenter les d\u00e9bats par une n\u00e9cessaire r\u00e9flexion historique autour de l&rsquo;action humanitaire et du r\u00f4le du Comit\u00e9 international de la Croix-Rouge. Elle permettra \u00e9galement d&rsquo;examiner les liens complexes entre la v\u00e9rit\u00e9 historique, la m\u00e9moire collective et les difficult\u00e9s politiques inh\u00e9rentes \u00e0 la r\u00e9conciliation.<\/p>\n<p>Le Rif, r\u00e9gion du nord de l&rsquo;actuel Maroc, est une r\u00e9gion montagneuse, relativement s\u00e8che et tr\u00e8s difficile d&rsquo;acc\u00e8s. Situ\u00e9 entre la mer M\u00e9diterran\u00e9e et le fleuve Ouergha au sud, le Rif est bord\u00e9 \u00e0 l&rsquo;est par la Moulouya et \u00e0 l&rsquo;ouest par l&rsquo;oc\u00e9an Atlantique. Il est principalement peupl\u00e9 de communaut\u00e9s amazighes (ou berb\u00e8res), de confession musulmane sunnite. [v]\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-6183 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/1.jpg?resize=618%2C494&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"618\" height=\"494\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/1.jpg?w=628&amp;ssl=1 628w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/1.jpg?resize=313%2C250&amp;ssl=1 313w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><\/p>\n<p>En 1905, la France et l&rsquo;Espagne ont le plus d&rsquo;influence sur le sultanat du Maroc, mais celui-ci est toujours convoit\u00e9 par l&rsquo;Allemagne, retardataire avec son \u00ab\u00a0<em>Drang nach Afrika<\/em>\u00a0\u00bb (pouss\u00e9e vers l&rsquo;Afrique), qui revendique la r\u00e9gion de Tanger. En 1911, Berlin envoie une canonni\u00e8re <em>SMS Panther<\/em> dans la baie d&rsquo;Agadir, [vi] sous le pr\u00e9texte habituel que ses ressortissants sont menac\u00e9s. [vii]\n<p>Cette d\u00e9monstration de force cr\u00e9e de graves tensions en Europe, et l&rsquo;Allemagne se voit ensuite offrir des territoires suppl\u00e9mentaires en Afrique \u00e9quatoriale et au Congo en \u00e9change de l&rsquo;abandon de ses pr\u00e9tentions sur le Maroc. En 1912, le trait\u00e9 de F\u00e8s entre la France et le sultan du Maroc cr\u00e9e officiellement le protectorat fran\u00e7ais au Maroc, tout en accordant \u00e0 l&rsquo;Espagne une certaine souverainet\u00e9 dans le nord, \u00e9tablie par un trait\u00e9 s\u00e9par\u00e9 entre la France et l&rsquo;Espagne. [viii]\n<p>Ce trait\u00e9 de 1912 \u00e9tablit une zone fran\u00e7aise au sud du Rif (connue sous le nom de \u00ab\u00a0Maroc utile\u00a0\u00bb), une zone espagnole au nord avec T\u00e9touan comme capitale, [ix] la zone internationale de Tanger et un territoire saharien au sud de la zone fran\u00e7aise, \u00e9galement attribu\u00e9 aux Espagnols. Le trait\u00e9 de Versailles (1919) a confirm\u00e9 que le Maroc resterait sous la protection de la France et de l&rsquo;Espagne, mettant ainsi un terme d\u00e9finitif \u00e0 toute revendication allemande sur le pays.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9tablissement du protectorat fran\u00e7ais au Maroc en mars 1912 r\u00e9sulte de l&rsquo;implosion de l&rsquo;\u00c9tat marocain apr\u00e8s des d\u00e9cennies d&rsquo;ing\u00e9rence europ\u00e9enne dans les affaires marocaines. [x] En novembre 1912, les Britanniques ayant insist\u00e9 pour qu&rsquo;un tampon soit cr\u00e9\u00e9 entre l&rsquo;Afrique du Nord fran\u00e7aise et la base strat\u00e9gique britannique de Gibraltar, les Fran\u00e7ais ont accord\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Espagne une \u00ab\u00a0sous-location\u00a0\u00bb de protectorat de 20 000 km\u00b2 le long de la c\u00f4te m\u00e9diterran\u00e9enne du Maroc. Ce territoire \u00e9tait contigu aux enclaves espagnoles de Melilla et Ceuta, \u00e9tablies de longue date, et refl\u00e9tait le d\u00e9sir de l&rsquo;Espagne de r\u00e9tablir une pr\u00e9sence coloniale apr\u00e8s les pertes humiliantes de la guerre hispano-am\u00e9ricaine (1898). [xi]\n<p>La cession de Ceuta et Melilla fut discut\u00e9e maintes fois au Cortes d\u2019apr\u00e8s Bernarb\u00e9 L\u00f3pez-Garc\u00eda en 1811\u00a0: [xii]\n<p><em>\u2018\u2019<\/em> <em>La question des rochers fut discut\u00e9e entre f\u00e9vrier et mars 1811 aux Cort\u00e8s r\u00e9unies \u00e0 Cadix. Sur proposition de la R\u00e9gence, on parla du bien-fond\u00e9 de leur ali\u00e9nation, deux positions s&rsquo;affrontant : celle des opposants \u00e0 toute atteinte \u00e0 l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 du territoire de la Monarchie, et celle de ceux qui \u00e9taient convaincus \u00ab de la n\u00e9cessit\u00e9 pressante dans laquelle nous nous trouvons d&rsquo;adopter cette mesure pour obtenir des vivres pour les provinces et les arm\u00e9es \u00bb. Ces derniers furent d\u00e9faits par 84 voix contre 49, mais, quelques mois plus tard, en septembre, la question fut \u00e0 nouveau discut\u00e9e en raison du manque pressant d&rsquo;argent, et l&rsquo;on aboutit \u00e0 une d\u00e9cision favorable \u00e0 la cession, par 65 voix contre 63. La n\u00e9gociation avec le Sultan ne devait jamais \u00eatre men\u00e9e \u00e0 terme, mais son opportunit\u00e9 devait r\u00e9appara\u00eetre plusieurs fois dans des contextes bien diff\u00e9rents.\u2019\u2019 <\/em><\/p>\n<p>Et de continuer\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u2018\u2019<\/em> <em>Diego Sevilla Andr\u00e9s, qui a \u00e9tudi\u00e9 le sujet, ne voit pas d&rsquo;arri\u00e8re-plan partisan dans les deux positions qui s&rsquo;affront\u00e8rent aux Cort\u00e8s de Cadix \u00e0 propos du destin des Pr\u00e9sides. Cependant, c&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;une nouvelle p\u00e9riode lib\u00e9rale que devait resurgir le probl\u00e8me, aux Cort\u00e8s de 1820, sur proposition d&rsquo;un ancien ressortissant, Martinez de la Rosa. On en vint m\u00eame alors \u00e0 consid\u00e9rer l&rsquo;attitude partisane de la conservation des places comme \u00ab un reste du fanatisme religieux qui motiva les conqu\u00eates de l&rsquo;Afrique \u00bb. Finalement, le 13 juin 1821 furent autoris\u00e9es les cessions de Melilla, V\u00ealez de la Gomera et Alhucemas, mais la crise par laquelle se termina le r\u00e8gne de Muley Sliman (avec la r\u00e9volte des confr\u00e9ries et l&rsquo;intronisation de Muley Abderrahman) parall\u00e8lement \u00e0 la chute du r\u00e9gime constitutionnel en Espagne en 1823, laiss\u00e8rent une fois de plus le projet en suspens.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p>Malheureusement pour l&rsquo;Espagne, la majeure partie du protectorat \u00e9tait un arri\u00e8re-pays rural inaccessible, constitu\u00e9 d&rsquo;un terrain montagneux difficile habit\u00e9 par des dizaines de groupes amazighes, connus collectivement sous le nom de Rifains. [xiii] Bien que ces groupes soient nominalement soumis \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 du sultan marocain, la plupart d&rsquo;entre eux conservent une autonomie locale consid\u00e9rable et sont absolument oppos\u00e9s \u00e0 \u00eatre gouvern\u00e9s par des chr\u00e9tiens espagnols. [xiv] Le gouvernement espagnol confie l&rsquo;administration et la \u00ab\u00a0pacification\u00a0\u00bb du protectorat \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e espagnole. Il n&rsquo;est pas certain que cette force de conscription dispose des ressources, de l&rsquo;encadrement, de l&rsquo;entra\u00eenement et du moral n\u00e9cessaires pour mener \u00e0 bien cette mission. En effet, apr\u00e8s six ans d&rsquo;efforts militaires, les trois quarts du protectorat n&rsquo;\u00e9taient toujours pas \u00ab\u00a0pacifi\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Frustr\u00e9 par la situation, le gouvernement espagnol autorise en 1919 le haut-commissaire du protectorat, le g\u00e9n\u00e9ral D\u00e1maso Berenguer, \u00e0 redoubler d&rsquo;efforts pour placer une plus grande partie du protectorat sous le contr\u00f4le de l&rsquo;Espagne. Berenguer, bas\u00e9 dans la capitale du protectorat, T\u00e9touan, dans la partie occidentale de la zone, est assist\u00e9 \u00e0 l&rsquo;est par son subordonn\u00e9 plus agressif, le g\u00e9n\u00e9ral Manuel Fern\u00e1ndez Silvestre. L&rsquo;objectif principal de Berenguer \u00e9tait d&rsquo;avancer prudemment dans la r\u00e9gion montagneuse de Jbala et d&rsquo;occuper la ville sainte de Chefchaouene. L&rsquo;objectif principal de Fern\u00e1ndez Silvestre est de s\u00e9curiser le plus rapidement possible la baie strat\u00e9gique d&rsquo;Alhoceima, dans le centre du Rif, et de pacifier les Ait Ouriaghel \u2d30\u2d62\u2d5c \u2d61\u2d30\u2d54\u2d62\u2d30\u2d56\u2d3b\u2d54, le groupe le plus important, le plus belliqueux et le plus ind\u00e9pendant du Rif. [xv]\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-6184 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/2.jpg?resize=618%2C756&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"618\" height=\"756\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/2.jpg?w=619&amp;ssl=1 619w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/2.jpg?resize=204%2C250&amp;ssl=1 204w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><\/p>\n<p>Les Abdelkrims \u00e9taient l&rsquo;une des principales familles des Ait Ouriaghel [xvi] et avaient collabor\u00e9 pendant de nombreuses ann\u00e9es avec les autorit\u00e9s espagnoles \u00e0 Melilla. Cette relation s&rsquo;est brusquement termin\u00e9e en 1919 lorsque les Abdelkrims se sont rendu compte que les Espagnols avaient l&rsquo;intention d&rsquo;occuper militairement leur groupe et de le dominer. Apr\u00e8s la mort de son p\u00e8re en 1920, Mohammed Abdelkrim, un homme aux qualit\u00e9s de dirigeant et d&rsquo;organisateur consid\u00e9rables, a entrepris, avec son fr\u00e8re et d&rsquo;autres membres de sa famille \u00e9largie, de galvaniser son groupe et les peuples voisins contre les avanc\u00e9es espagnoles. [xvii]\n<p>Les <em>Aftricanistas <\/em>de l\u2019Espagne coloniale [xviii] avait une grande fascination pour les Imazighen du Rif,\u00a0: pour leur machisme, leur t\u00e9nacit\u00e9 et leur courage. Ce sentiment est discut\u00e9 par Sebastian Balfour et Pablo La Porte dans ce qui suit\u00a0: [xix]\n<p><em>\u2018\u2019 Les africanistes partageaient \u00e9galement une curiosit\u00e9, voire une fascination, pour la culture arabe, en particulier celle de leur principal ennemi et parfois alli\u00e9, les Berb\u00e8res du Rif. Le mythe espagnol de l'\u00a0\u00bbautre\u00a0\u00bb marocain, cens\u00e9 se caract\u00e9riser par le fatalisme, l&rsquo;incoh\u00e9rence et la tromperie. D&rsquo;autre part, l&rsquo;attrait de la culture berb\u00e8re pour les africanistes r\u00e9sidait dans le machisme per\u00e7u de ses guerriers, sa religiosit\u00e9 et son sens du destin, autant d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments qui sugg\u00e9raient un h\u00e9ritage historique commun et une affinit\u00e9 avec le mythe de la droite de la race espagnole. Ces caract\u00e9ristiques mythifi\u00e9es de l'\u00a0\u00bbautre\u00a0\u00bb marocain ont contribu\u00e9 \u00e0 fa\u00e7onner le sens de l&rsquo;identit\u00e9 africaniste, tandis que les paysages aust\u00e8res et le climat extr\u00eame du Rif ont servi de toile de fond \u00e0 une culture commune de la duret\u00e9 physique.<\/em><\/p>\n<p><em>Le contact avec les habitants et la terre du Maroc a donc profond\u00e9ment influenc\u00e9 la culture des africanistes et renforc\u00e9 leur sentiment d&rsquo;ali\u00e9nation par rapport \u00e0 la vie en Espagne. Franco \u00e9crira plus tard : \u00ab\u00a0Mes ann\u00e9es en Afrique vivent en moi avec une force indescriptible [&#8230;] sans l&rsquo;Afrique, je ne peux gu\u00e8re m&rsquo;expliquer \u00e0 moi-m\u00eame, ni m&rsquo;expliquer \u00e0 moi-m\u00eame, ni \u00e0 mes compagnons d&rsquo;armes \u00ab\u00a0.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p><strong>L&rsquo;arm\u00e9e espagnole a refl\u00e9t\u00e9 le d\u00e9clin national<\/strong><\/p>\n<p>Sur le papier, les Espagnols disposaient d\u2019un avantage militaire \u00e9crasant. Ils disposaient de milliers d\u2019hommes sur le terrain et \u00e9taient \u00e9quip\u00e9s de tous les instruments de guerre moderne : mitrailleuses, artillerie et avions. A l&rsquo;\u00e9poque d&rsquo;Anoual, Abdelkrim comptait peut-\u00eatre 3 000 combattants dans ses rangs, arm\u00e9s de vieux fusils et v\u00eatus de longues djellabas de laine et de sandales. [xx]\n<p>La r\u00e9alit\u00e9 \u00e9tait quelque peu diff\u00e9rente. L&rsquo;arm\u00e9e espagnole a refl\u00e9t\u00e9 le d\u00e9clin national. Depuis l\u2019armada de 1588, l\u2019Espagne avait subi une cascade de d\u00e9faites militaires, culminant avec la ruineuse occupation fran\u00e7aise pendant les guerres napol\u00e9oniennes, un \u00e9v\u00e9nement qui allait d\u00e9clencher des r\u00e9bellions dans son empire latino-am\u00e9ricain et la perte de ces colonies. L\u2019assaut final et brutal contre la fiert\u00e9 nationale fut la calamiteuse guerre hispano-am\u00e9ricaine (1898), qui r\u00e9v\u00e9la au monde entier le cas d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 qu\u2019\u00e9tait devenue l\u2019Espagne. [xxi]\n<p>\u00c0 l\u2019instar du pays, avec son syst\u00e8me politique dysfonctionnel et son \u00e9conomie en d\u00e9clin, l\u2019arm\u00e9e s\u2019est d\u00e9grad\u00e9e au fil des ann\u00e9es jusqu\u2019au statut de troisi\u00e8me ordre. L\u2019un des probl\u00e8mes centraux \u00e9tait une classe d\u2019officiers pl\u00e9thorique qui consommait la majeure partie du maigre budget de la d\u00e9fense. Par exemple, de 1900 \u00e0 1910, la moiti\u00e9 du budget militaire espagnol \u00e9tait consacr\u00e9e \u00e0 la paie, alors que la masse salariale fran\u00e7aise repr\u00e9sentait moins de 20 pour cent du budget militaire. \u00c0 cette \u00e9poque, l&rsquo;arm\u00e9e comptait 60 g\u00e9n\u00e9raux de division pour commander 111 435 hommes. [xxii]\n<p>\u00c0 titre de comparaison, l\u2019arm\u00e9e britannique comptait 24 g\u00e9n\u00e9raux de division pour 374\u00a0000 hommes. La marine espagnole \u00e9tait \u00e9galement tr\u00e8s lourde. M\u00eame apr\u00e8s 1898, alors que la marine ne disposait plus que de peu de navires capitaux, une centaine d&rsquo;amiraux rest\u00e8rent en service actif. Avec autant d\u2019argent consacr\u00e9 \u00e0 la masse salariale, l\u2019\u00e9tat de pr\u00e9paration militaire en a souffert. L\u2019Espagne ne pouvait pas se permettre d\u2019acqu\u00e9rir suffisamment d\u2019armes modernes, dont la plupart devaient \u00eatre import\u00e9es. [xxiii] L&rsquo;artillerie en est un exemple. En 1909, l&rsquo;Espagne avait un ratio de 3,9 pi\u00e8ces d&rsquo;artillerie pour 1 000 hommes, ce qui \u00e9tait inf\u00e9rieur aux arm\u00e9es de Gr\u00e8ce, du Portugal et de Bulgarie 4,6. [xxiv]\n<p>Malgr\u00e9 des d\u00e9penses apparemment somptueuses, la classe d&rsquo;officier \u00e9tait, dans l&rsquo;ensemble, un sort d\u00e9solant. M\u00eame si l&rsquo;Espagne poss\u00e9dait ses acad\u00e9mies militaires, la situation financi\u00e8re \u00e9tait telle que les officiers ne pouvaient pas entra\u00eener leurs unit\u00e9s \u00e0 une certaine fr\u00e9quence. De plus, comme l\u2019Espagne \u00e9tait rest\u00e9e en dehors de la Grande Guerre, ses officiers manquaient d\u2019exp\u00e9rience pratique dans les techniques modernes de guerre interarmes. La culture \u00e9tait un probl\u00e8me plus s\u00e9rieux. S&rsquo;il y avait certainement des officiers consciencieux dans l&rsquo;arm\u00e9e espagnole, trop nombreux \u00e9taient ceux qui consid\u00e9raient l&rsquo;\u00c9tat comme un simple employeur et le corps des officiers comme un groupe d&rsquo;int\u00e9r\u00eat particulier dont les pr\u00e9rogatives devaient \u00eatre vigoureusement d\u00e9fendues. [xxv]\n<p>Les bas salaires de tous, \u00e0 l&rsquo;exception des officiers les plus hauts grad\u00e9s, signifiaient que de nombreux officiers travaillaient dans des emplois secondaires, d\u00e9tournaient des fonds ou volaient des fournitures pour les revendre sur le march\u00e9 noir. C&rsquo;\u00e9taient des tire-au-flanc qui passaient le plus de temps possible loin de leur poste, laissant les affaires quotidiennes \u00e0 leurs sous-officiers. Le plus accablant de tout, c&rsquo;est que l&rsquo;officier espagnol avait tendance \u00e0 \u00eatre totalement ignorant et insouciant \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des soldats qu&rsquo;il commandait. Ces hommes \u00e9gocentriques se souciaient peu de leurs subordonn\u00e9s, en tout cas des inf\u00e9rieurs sociaux. Il s\u2019ensuit que la solde et les conditions de vie des hommes enr\u00f4l\u00e9s, pour la plupart des conscrits, sont \u00e9pouvantables. Pas \u00e9tonnant que l\u2019esprit combatif du soldat espagnol soit m\u00e9diocre.<\/p>\n<p>En revanche, le combattant du Jbala et du Rif \u00e9tait coriace, tr\u00e8s motiv\u00e9 et ma\u00eetrisait les terrains difficiles. Pechkoff a \u00e9crit dans ce sens : [xxvi]\n<p>\u2018\u2019<em>Nous n&rsquo;\u00e9tions pas rest\u00e9s \u00e0 ce poste plus d&rsquo;une demi-heure<\/em>\u2019\u2019, s&rsquo;est-il \u00e9merveill\u00e9, \u2018\u2019<em>lorsque nous avons \u00e9t\u00e9 lourdement attaqu\u00e9s de tous c\u00f4t\u00e9s. Nous ne pouvions pas croire que quelqu&rsquo;un se cachait, que quelqu&rsquo;un puisse se cacher derri\u00e8re ces rochers abrupts. Pourtant, de tous c\u00f4t\u00e9s, nous voyions des burnous blancs et gris [une cape de laine] rampant prudemment d&rsquo;une pierre \u00e0 l&rsquo;autre<\/em>.\u2019\u2019<\/p>\n<p>Mais ces v\u00e9rit\u00e9s n\u2019\u00e9taient pas encore manifestes au printemps 1921, lorsque le haut commandement espagnol cherchait avec optimisme \u00e0 atteindre son objectif strat\u00e9gique de longue date : un pont terrestre entre Melilla et Ceuta le long de la c\u00f4te nord. C\u2019est exactement ce que Silvestre \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 faire. Il avait avanc\u00e9 la ligne de front sur une distance de pr\u00e8s de 100 kilom\u00e8tres \u00e0 l&rsquo;ouest de Melilla, avec des positions avanc\u00e9es allant de Sidi Driss, au sud de la M\u00e9diterran\u00e9e, \u00e0 travers les montagnes jusqu&rsquo;\u00e0 Zoco el Telata (Souk Tlat) de Metalsa. Seule une colonne de montagnes s\u00e9parait ses forces de la baie d&rsquo;Alhociema.<\/p>\n<p><strong>De la procession militaire \u00e0 l&rsquo;usure<\/strong><\/p>\n<p>En 1912, le protectorat espagnol au Maroc se r\u00e9sume \u00e0 quelques petites villes de la c\u00f4te atlantique, Asilah, Larache (1911) et Ksar al-Kebir, ainsi qu&rsquo;\u00e0 une \u00e9troite bande de part et d&rsquo;autre de la route Ceuta-T\u00e9touan. Les deux enclaves de Ceuta et Melilla, rattach\u00e9es \u00e0 l&rsquo;Espagne depuis le XVIe si\u00e8cle, servent en 1912 de t\u00eates de pont \u00e0 la p\u00e9n\u00e9tration espagnole. [xxvii]\n<p>L&rsquo;Espagne, qui avait perdu Cuba et les Philippines en 1898, r\u00eavait d&rsquo;acqu\u00e9rir de nouvelles possessions assurant une continuit\u00e9 territoriale avec la p\u00e9ninsule ib\u00e9rique et de r\u00e9aliser d&rsquo;ambitieux projets coloniaux au-del\u00e0 de l&rsquo;\u00e9troite bande c\u00f4ti\u00e8re qu&rsquo;elle contr\u00f4lait d\u00e9j\u00e0. Le Maroc est la cible id\u00e9ale pour une nouvelle expansion en Afrique du Nord.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en 1920 que l&rsquo;effort d&rsquo;expansion de l&rsquo;Espagne se traduit par une activit\u00e9 militaire, notamment dans la r\u00e9gion de Chefchaouen. L&rsquo;objectif est de contr\u00f4ler les territoires occup\u00e9s par les tribus berb\u00e8res qui r\u00e9sistent \u00e0 l&rsquo;exploration mini\u00e8re et \u00e0 la colonisation espagnole en g\u00e9n\u00e9ral. Pour cette op\u00e9ration, l&rsquo;Espagne avait cr\u00e9\u00e9 en 1920 le <em>Tercio de Marruecos<\/em>, [xxviii] plus connu sous le nom de L\u00e9gion espagnole, qui fut ensuite plac\u00e9 sous la direction du commandant Francisco Franco. [xxix]\n<p>Si l&rsquo;arm\u00e9e espagnole remporta au d\u00e9but un certain nombre de victoires assez faciles, sa progression dans le Rif suscita la mobilisation progressive des tribus berb\u00e8res, qui se soumirent et se ralli\u00e8rent peu \u00e0 peu \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9mir Abdelkrim al-Khattabi, [xxx] originaire du Rif et chef de la tribu des Ait Waryaghal. Abdelkrim \u00e9tait un juge islamique, un journaliste et un enseignant.<\/p>\n<p>Il croit d&rsquo;abord que l&rsquo;Espagne va moderniser le protectorat et qu&rsquo;il peut y jouer un r\u00f4le. Il s&rsquo;est progressivement rendu compte que la colonisation avait d&rsquo;autres objectifs que le d\u00e9veloppement du pays. Il se retourne alors contre Madrid et prend la t\u00eate du soul\u00e8vement. Abdelkrim \u00e9tait un chef de tribu local, mais il s&rsquo;identifiait \u00e0 la lutte anticoloniale au sens large, comme celle de l&rsquo;\u00e9mir Abdelkader (1808-1883) en Alg\u00e9rie. [xxxi]\n<p>En effet, un petit nombre de ses troupes \u00e9taient des d\u00e9serteurs alg\u00e9riens de la L\u00e9gion fran\u00e7aise, dont certains ont probablement \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9s par la r\u00e9volte d&rsquo;Abdelkader. Les interpr\u00e9tations divergent quant \u00e0 ses objectifs politiques, mais tous les historiens s&rsquo;accordent \u00e0 dire qu&rsquo;il souhaitait une large autonomie pour son peuple, m\u00eame s&rsquo;il restait flou sur le concept d&rsquo;ind\u00e9pendance et sur le degr\u00e9 de modernit\u00e9 de l&rsquo;\u00c9tat qu&rsquo;il souhaitait cr\u00e9er.<\/p>\n<p><strong>Tout au d\u00e9but<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;approche des ann\u00e9es 1920, le projet colonial de l&rsquo;Europe en Afrique s&rsquo;est pratiquement essouffl\u00e9. Les populations ne souhaitent plus &#8211; si tant est qu\u2019elles ne l\u2019aient jamais fait &#8211; \u00eatre dirig\u00e9es depuis les capitales europ\u00e9ennes par des rois, des dictateurs ou des ministres qu&rsquo;elles n&rsquo;ont jamais rencontr\u00e9s et qui ne connaissent ni ne s&rsquo;int\u00e9ressent \u00e0 leurs terres ou \u00e0 leur culture.<\/p>\n<p>L&rsquo;Afrique du Nord, en particulier, est en pleine mutation. Sous l&rsquo;effet du cataclysme de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, [xxxii] la domination coloniale conna\u00eet un d\u00e9nouement douloureux. L&rsquo;Espagne et la France ont longtemps d\u00e9tenu des territoires dans la nation que nous appelons aujourd&rsquo;hui le Maroc, mais ses peuples disparates se d\u00e9fendent.<\/p>\n<p>La guerre entre les Espagnols et les tribus amazighes des montagnes du Rif a \u00e9clat\u00e9 en 1921 et, pour les premiers, elle a marqu\u00e9 un tournant non seulement dans leurs ambitions ind\u00e9pendantistes, mais aussi dans l&rsquo;avenir de leur nation tout enti\u00e8re.<\/p>\n<p>Une lourde d\u00e9faite face aux \u00c9tats-Unis lors de la guerre hispano-am\u00e9ricaine de 1898 [xxxiii] avait entra\u00een\u00e9 la fin de la domination espagnole dans les Am\u00e9riques et la perte de territoires &#8211; notamment les Philippines &#8211; dans le Pacifique occidental. Humili\u00e9 et d\u00e9pendant du soutien militaire fran\u00e7ais au Maroc, Alphonse XIII (1886-1941 ; roi d&rsquo;Espagne) cherche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e0 sauver la face.<\/p>\n<figure id=\"attachment_6185\" aria-describedby=\"caption-attachment-6185\" style=\"width: 619px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-6185 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/3.jpg?resize=618%2C756&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"618\" height=\"756\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/3.jpg?w=619&amp;ssl=1 619w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/3.jpg?resize=204%2C250&amp;ssl=1 204w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-6185\" class=\"wp-caption-text\">Dans le c\u00e9l\u00e8bre film de Julien Duvivier, La Bandera (1935), un peloton de l\u00e9gionnaires espagnols se retrouve isol\u00e9 sur un piton rocheux, sous le feu de tribus rifaines rebelles<\/figcaption><\/figure>\n<p>Dans son pays, confront\u00e9 \u00e0 la mont\u00e9e du r\u00e9publicanisme, \u00e0 une \u00e9conomie en chute libre et \u00e0 des manifestations aliment\u00e9es par la pauvret\u00e9 et le ch\u00f4mage, Alphonse XIII verra se succ\u00e9der 33 gouvernements diff\u00e9rents entre 1902 et 1923, mais son ing\u00e9rence constante dans les affaires parlementaires ne fait qu&rsquo;exacerber la d\u00e9gradation de sa r\u00e9putation. [xxxiv]\n<p>Le roi a d\u00e9cid\u00e9 que seule une victoire militaire exceptionnelle d\u00e9tournerait l&rsquo;attention de ses malheurs int\u00e9rieurs et de ses embarras internationaux, et il \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 s&rsquo;opposer \u00e0 son parlement, les Cortes, pour l&rsquo;obtenir.<\/p>\n<p>La f\u00eate de Saint-Jacques &#8211; le saint patron de l&rsquo;Espagne &#8211; tombe le 25 juillet. Apr\u00e8s le d\u00e9clenchement du conflit du Rif, Alphonse XIII envoie un t\u00e9l\u00e9gramme au g\u00e9n\u00e9ral Manuel Fern\u00e1ndez Silvestre, qui commande une division pr\u00e8s d&rsquo;Anoual, dans la vall\u00e9e de Beni Oulichek, au nord-est du Maroc.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re ligne du t\u00e9l\u00e9gramme disait \u00ab\u00a0<em>Hourra pour les vrais hommes<\/em>\u00a0\u00bb [xxxv] et demandait \u00e0 Silvestre de lancer une attaque contre les bastions de la gu\u00e9rilla amazighe rifaine. La victoire serait annonc\u00e9e le jour de la f\u00eate.<\/p>\n<p><strong>Resistance rifaine<\/strong><\/p>\n<p>Abdelkrim [xxxvi] a r\u00e9ussi \u00e0 organiser la r\u00e9sistance indig\u00e8ne aux avanc\u00e9es espagnoles dans le Rif central en juin-ao\u00fbt 1921, et ces affrontements ont marqu\u00e9 le d\u00e9but de la guerre du Rif. [xxxvii] L&rsquo;arm\u00e9e espagnole de conscrits, mal organis\u00e9e, entra\u00een\u00e9e, approvisionn\u00e9e et command\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral Manuel Fern\u00e1ndez Silvestre, a \u00e9t\u00e9 mise en d\u00e9route par les combattants d&rsquo;Abdelkrim lors d&rsquo;une retraite \u00e9pique depuis leur campement d&rsquo;Anoual le 22 juillet 1921. Entre 8 000 et 10 000 soldats espagnols ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s, une grande partie de l&rsquo;armement espagnol a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9e, plus de 300 prisonniers ont \u00e9t\u00e9 captur\u00e9s et tout le territoire de la partie orientale du protectorat que l&rsquo;Espagne occupait depuis 1909 a \u00e9t\u00e9 perdu. [xxxviii]\n<p>La d\u00e9faite \u00e9crasante d&rsquo;Abdelkrim [xxxix] contre les Espagnols \u00e0 Anoual le propulse, lui et son mouvement, sur la sc\u00e8ne internationale. Il est consid\u00e9r\u00e9 comme une figure h\u00e9ro\u00efque dans le monde islamique et comme un exemple de combattant courageux se dressant contre le colonialisme europ\u00e9en par la gauche internationale. Le soutien \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du pays s&rsquo;est toutefois av\u00e9r\u00e9 plus compliqu\u00e9. Abdelkrim a d\u00fb faire appel \u00e0 tous ses talents de persuasion et \u00e0 la force pour inciter les diff\u00e9rents groupes rifains \u00e0 soutenir sa campagne.<\/p>\n<p>Ces efforts ont finalement abouti \u00e0 la cr\u00e9ation de <strong><em>Jamh\u016briyyat ar-R\u012bf <\/em><\/strong><strong><em>\u2d5c\u2d30\u2d33\u2d37\u2d53\u2d37\u2d30 <\/em><\/strong><strong><em>\u2d4f <\/em><\/strong><strong><em>\u2d30\u2d54\u2d54\u2d49\u2d3c Tagduda n-\u00c2rif)<\/em><\/strong> (R\u00e9publique du Rif) en f\u00e9vrier 1923. [xl] Conform\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;esprit de l&rsquo;\u00e9poque, il s&rsquo;est autoproclam\u00e9 \u00ab\u00a0pr\u00e9sident\u00a0\u00bb du \u00ab\u00a0cabinet\u00a0\u00bb de la R\u00e9publique du Rif, qui \u00e9tait compos\u00e9 principalement de ses parents et de ses proches alli\u00e9s. Ses partisans, en revanche, le d\u00e9signent par le terme plus traditionnel de <strong><em>muj\u0101hid<\/em><\/strong> (\u00ab\u00a0chef de guerre\u00a0\u00bb). [xli]\n<p>En 1922, les Espagnols avaient repris la quasi-totalit\u00e9 du territoire qu&rsquo;ils avaient perdu en 1921, mais compte tenu du co\u00fbt et de l&rsquo;impopularit\u00e9 de la guerre en Espagne, la plupart des op\u00e9rations offensives furent suspendues. En cons\u00e9quence, la guerre est rest\u00e9e dans l&rsquo;impasse jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de 1924, lorsque le g\u00e9n\u00e9ral Miguel Primo de Rivera, qui avait pris le contr\u00f4le du gouvernement espagnol par un coup d&rsquo;\u00c9tat militaire en septembre 1923, [xlii] a d\u00e9cid\u00e9 de poursuivre les n\u00e9gociations de paix avec Abdelkrim tout en retirant les forces espagnoles de la partie occidentale du protectorat. Aucune de ces initiatives n&rsquo;aboutit, Abdelkrim rejetant tout accord qui ne reconna\u00eetrait pas la pleine souverainet\u00e9 du Rif et pr\u00e9cipitant tr\u00e8s vite ses forces dans le vide cr\u00e9\u00e9 par le retrait. \u00c0 l&rsquo;apog\u00e9e de son pouvoir, au d\u00e9but de 1925, Abdelkrim contr\u00f4lait pr\u00e8s des trois quarts du protectorat espagnol. Au cours de ce processus, il a remplac\u00e9 une soci\u00e9t\u00e9 hi\u00e9rarchique par une bureaucratie et une force de combat centralis\u00e9es, un code juridique musulman, des accords commerciaux internationaux et un r\u00e9seau naissant de routes et de t\u00e9l\u00e9communications. [xliii]\n<p>L&rsquo;\u00e9tape suivante d&rsquo;Abdelkrim consistait \u00e0 d\u00e9placer ses forces au-del\u00e0 de la fronti\u00e8re, dans le protectorat fran\u00e7ais, afin de prot\u00e9ger ses lignes de ravitaillement et ses importantes sources de denr\u00e9es alimentaires. Dans ce cas, ses combattants rifains remport\u00e8rent autant de succ\u00e8s contre les Fran\u00e7ais qu&rsquo;ils en avaient eu contre les Espagnols, d\u00e9passant des dizaines de positions sur la ligne de front, faisant quelque 6 200 victimes fran\u00e7aises et mettant en danger les importants centres urbains de F\u00e8s et de Taza. Ce succ\u00e8s, cependant, a finalement condamn\u00e9 la cause des Rifains, car il a amen\u00e9 les deux puissances coloniales \u00e0 s&rsquo;allier pour r\u00e9primer le soul\u00e8vement. Apr\u00e8s une pr\u00e9paration et une coordination minutieuse, une offensive conjointe a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e en septembre 1925, les Espagnols d\u00e9barquant quelque 18 000 soldats dans la baie d&rsquo;Alhoceima et les Fran\u00e7ais ins\u00e9rant quelque 20 000 soldats dans le protectorat espagnol par le sud. Les forces d&rsquo;Abdelkrim comptent tout au plus 13 000 hommes. [xliv]\n<p>Au sujet de l\u2019implication de la France dans la guerre du Rif, Alain Ruscio \u00e9crit dans <em>Orient XXI<\/em>\u00a0: [xlv]\n<p><em>\u2018\u2019<\/em> <em>Mohamed Ben Abdelkrim El-Khattabi dit \u00ab\u00a0Abdekrim\u00a0\u00bb, vivant dans la partie du Maroc sous contr\u00f4le de Madrid, l\u00e8ve l\u2019\u00e9tendard de la r\u00e9volte contre l\u2019occupant espagnol en 1921. Il lui inflige une cuisante d\u00e9faite \u00e0 Anoual (juillet\u00a01921). En Espagne, le g\u00e9n\u00e9ral Miguel Primo de Rivera prend le pouvoir en septembre\u00a01923, installant une des premi\u00e8res dictatures d\u2019extr\u00eame droite d\u2019Europe. Rageusement, Madrid va r\u00e9pliquer par une guerre d\u2019une cruaut\u00e9 inou\u00efe, utilisant massivement l\u2019arme chimique (d\u2019ailleurs fournie alternativement par les deux anciens ennemis, la France et l\u2019Allemagne). En avril\u00a01925, les troupes d\u2019Abdelkrim empi\u00e8tent sur le territoire du Haut-Ouergha, dans le Maroc fran\u00e7ais. Occasion r\u00eav\u00e9e pour le colonialisme fran\u00e7ais de mater ce dissident devenu mena\u00e7ant. La France est alors dirig\u00e9e par un gouvernement de gauche, dit \u00ab\u00a0du Cartel\u00a0\u00bb (Paul Painlev\u00e9 est pr\u00e9sident du Conseil), dirig\u00e9 par le Parti radical, soutenu par la Section fran\u00e7aise de l\u2019internationale socialiste (SFIO). Nationalistes \u00e0 Madrid, hommes d\u2019une certaine gauche \u00e0 Paris\u00a0: il n\u2019y a pas de barri\u00e8res id\u00e9ologiques quand il s\u2019agit de d\u00e9fendre la civilisation occidentale.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p><strong>Erreur catastrophique<\/strong><\/p>\n<p>Ce fut une erreur catastrophique. Bien que les arguments pour et contre aient \u00e9t\u00e9 d\u00e9battus \u00e0 maintes reprises au sujet d&rsquo;une bataille dont tr\u00e8s peu de gens, en dehors de l&rsquo;Espagne et du Maroc, ont entendu parler, on peut affirmer que, par le biais des vicissitudes du destin politique, les \u00e9v\u00e9nements de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1921 ont conduit directement \u00e0 la guerre civile espagnole 15 ans plus tard et au totalitarisme de Franco. [xlvi]\n<p>La bataille d&rsquo;Anoual, qui a d\u00e9but\u00e9 le 21 juillet, a \u00e9t\u00e9 un d\u00e9sastre total &#8211; un m\u00e9lange d&rsquo;incomp\u00e9tence et de d\u00e9mesure vaniteuse. \u00ab\u00a0<em>Un exemple classique d&rsquo;incomp\u00e9tence militaire<\/em>\u00ab\u00a0, \u00e9crit l&rsquo;historien Antony Beevor. [xlvii]\n<p>Les Rifains, sous le commandement de Mohammed Ben Abdelkrim al-Khattabi, ancien fonctionnaire du r\u00e9gime colonial, ont mis les envahisseurs en d\u00e9route.<\/p>\n<p>Les Espagnols se trouvaient \u00e0 plus de 100 km de leur base c\u00f4ti\u00e8re de Melilla, sans lignes de ravitaillement ni communications, mais Silvestre \u00e9tait pugnace et d\u00e9sireux de plaire au roi.<\/p>\n<p>Il est \u00e9galement all\u00e9 \u00e0 l&rsquo;encontre des ordres de son commandant et des avertissements d&rsquo;AbdelKrim concernant les repr\u00e9sailles. Selon l&rsquo;estimation la plus \u00e9lev\u00e9e, l&rsquo;Espagne a perdu entre 19 000 et 22 000 soldats [xlviii] \u00e0 Anoual et dans les combats qui ont suivi, alors qu&rsquo;elle battait en retraite vers Melilla, la plupart des victimes \u00e9tant des conscrits \u00e0 peine alphab\u00e9tis\u00e9s, [xlix] mal entra\u00een\u00e9s et mal \u00e9quip\u00e9s, atteints du typhus ou de la malaria. \u00c9puis\u00e9s et le moral \u00e9teint, leur retraite s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9e dans le chaos. [l]\n<p>En comparaison, seuls 800 gu\u00e9rilleros du Rif ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s. D\u00e9shonor\u00e9, Silvestre s&rsquo;est certainement suicid\u00e9, bien que ses restes n&rsquo;aient jamais \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9s.<\/p>\n<p>En tant qu&rsquo;acte antonyme d&rsquo;autoglorification nationale, Anoual n&rsquo;a probablement pas d&rsquo;\u00e9gal dans l&rsquo;histoire. Au Congr\u00e8s des d\u00e9put\u00e9s, l&rsquo;\u00e9minent socialiste Indalecio Prieto a d\u00e9clar\u00e9 : \u00ab\u00a0<em>La campagne en Afrique est un \u00e9chec absolu de l&rsquo;arm\u00e9e espagnole, sans aucune justification<\/em>\u00ab\u00a0. [li]\n<p>Alfonso XIII a \u00e9t\u00e9 surnomm\u00e9 par ses d\u00e9tracteurs \u00ab\u00a0l&rsquo;abruti africain\u00a0\u00bb, qui n&rsquo;a fait qu&rsquo;attiser l&rsquo;indignation en d\u00e9clarant au lendemain de la bataille que \u00ab\u00a0<em>la viande de poulet n&rsquo;est pas ch\u00e8re<\/em>\u00ab\u00a0. En vacances en France, il n&rsquo;est pas revenu rencontrer les familles des personnes tu\u00e9es et n&rsquo;a pas propos\u00e9 de payer une ran\u00e7on pour les personnes captur\u00e9es.<\/p>\n<p>Dans toute l&rsquo;Espagne, la col\u00e8re contre Alfonso XIII et les g\u00e9n\u00e9raux torpides menant un style de vie colonial confortable est \u00e9crasante, tout comme la sympathie pour les conscrits infect\u00e9s de poux et mal nourris.<\/p>\n<p>Au fur et \u00e0 mesure que la guerre du Rif se poursuit et que les pertes espagnoles s&rsquo;accumulent, l&rsquo;opinion publique bascule. L&rsquo;ann\u00e9e suivante, les Cortes entament une enqu\u00eate sur ce que les Espagnols appellent aujourd&rsquo;hui le D\u00e9sastre d\u2019Anoual. [lii]\n<p>Alfonso XIII est mis en cause, mais avant la publication du rapport en 1923, des soldats embarquant pour le Maroc se mutinent tandis qu&rsquo;\u00e0 Barcelone et ailleurs, des manifestants agitent simultan\u00e9ment des drapeaux rifains et catalans et br\u00fblent des drapeaux espagnols.<\/p>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-6186 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/4.jpg?resize=618%2C476&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"618\" height=\"476\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/4.jpg?w=634&amp;ssl=1 634w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/4.jpg?resize=325%2C250&amp;ssl=1 325w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><\/p>\n<p><strong>Le contre-coup<\/strong><\/p>\n<p>Le 13 septembre, le capitaine g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;Alfonso XIII en Catalogne, le g\u00e9n\u00e9ral Miguel Primo de Rivera, prend le pouvoir. Le roi est d\u00e9bord\u00e9 mais, croyant que le coup d&rsquo;\u00c9tat d\u00e9tournerait l&rsquo;attention du public du rapport accablant, il offre son soutien. [liii]\n<p>Cela lui permet de s&rsquo;accrocher \u00e0 sa position de chef d&rsquo;\u00c9tat, car Primo de Rivera devient un dictateur de facto, suspendant la constitution et instaurant la loi martiale. [liv]\n<p>\u00c0 bien des \u00e9gards, Primo de Rivera a eu de la chance. La monarchie et les administrations pr\u00e9c\u00e9dentes s&rsquo;\u00e9taient montr\u00e9es si incomp\u00e9tentes que son arriv\u00e9e au pouvoir a \u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralement accept\u00e9e par la classe moyenne lib\u00e9rale qui estimait que rien ne pouvait \u00eatre pire que le d\u00e9sordre de ces derni\u00e8res ann\u00e9es. [lv] Ils acceptent \u00e9galement les r\u00e9formes militaires de Primo de Rivera destin\u00e9es \u00e0 gagner la guerre au Maroc et \u00e0 consolider la position de l&rsquo;arm\u00e9e dans la soci\u00e9t\u00e9 espagnole.<\/p>\n<p>L&rsquo;un des b\u00e9n\u00e9ficiaires imm\u00e9diats de ces r\u00e9formes est un jeune officier originaire de Galice. Il \u00e9tait commandant en second de la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re espagnole et responsable de la lib\u00e9ration de Melilla, sur la c\u00f4te nord-africaine, assi\u00e9g\u00e9e par les forces rifaines apr\u00e8s la d\u00e9route d&rsquo;Anoual, Francisco Franco. [lvi]\n<p>Sergio Barua, un soldat de sa force, a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 propos de Melilla : \u00ab\u00a0<em>Mon souvenir est l&rsquo;odeur, les cadavres, \u00e0 chaque pas un cadavre, chaque pas plus horrible<\/em>\u00ab\u00a0. Mais Abdelkrim n&rsquo;a pas r\u00e9ussi \u00e0 faire valoir son avantage, r\u00e9alisant que d&rsquo;autres nations avaient des citoyens \u00e0 Melilla.<\/p>\n<p>Son h\u00e9sitation a permis \u00e0 Franco de sauver efficacement des milliers de civils terrifi\u00e9s et affam\u00e9s, ainsi que 1800 soldats ravag\u00e9s par la maladie. Il est promu \u00e0 la t\u00eate de la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re, puis g\u00e9n\u00e9ral, le plus jeune d&rsquo;Espagne. Sa cote de popularit\u00e9 augmente, tout comme la r\u00e9putation brutale de sa L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n<p>Surnomm\u00e9e fac\u00e9tieusement \u00ab\u00a0les fianc\u00e9s de la mort\u00a0\u00bb, elle se consid\u00e8re comme le sauveur de l&rsquo;Espagne r\u00e9elle, notamment aupr\u00e8s des colonialistes et des monarchistes. \u00c0 l&rsquo;inverse, elle repr\u00e9sente un nationalisme qui d\u00e9pla\u00eet de plus en plus aux progressistes espagnols. [lvii]\n<p>Le r\u00e9gime de De Rivera, d&rsquo;abord couronn\u00e9 de succ\u00e8s, stagne au fur et \u00e0 mesure que l&rsquo;opinion publique continue de s&rsquo;opposer aux campagnes d&rsquo;outre-mer. En cons\u00e9quence, le soutien du gouvernement \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e africaniste au Maroc, en particulier \u00e0 la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re, s&rsquo;est affaibli.<\/p>\n<p>Cependant, le r\u00f4le de Franco dans la victoire finale sur les Rifains &#8211; au prix de 43 000 soldats espagnols aux c\u00f4t\u00e9s de leurs homologues fran\u00e7ais &#8211; obtenue gr\u00e2ce \u00e0 la pratique moralement douteuse du bombardement et du gazage des villages rifains \u00e0 l&rsquo;aide de munitions allemandes, [lviii] l&rsquo;a propuls\u00e9 sur le devant de la sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>De retour dans son pays, confront\u00e9 au ch\u00f4mage, \u00e0 l&rsquo;agitation agraire et syndicale, \u00e0 des all\u00e9gations de corruption, \u00e0 la mont\u00e9e de la gauche r\u00e9publicaine et des nationalismes basque et catalan, le gouvernement de Rivera s&rsquo;est effondr\u00e9 en janvier 1930 &#8211; il est mort deux mois plus tard.<\/p>\n<p>Pour beaucoup d\u2019Espagnols, la colonisation du Maroc \u00e9tait une catastrophe financi\u00e8re, Jean-Louis Mi\u00e8ge \u00e9crit dans ce sens\u00a0: [lix]\n<p>\u2018\u2019 <em>L&rsquo;Espagne traversait une des crises les plus graves de ses institutions. De 1917 \u00e0 1923, en sept ans elle connut treize crises minist\u00e9rielles totales et 30 crises partielles. Dans la confusion politique l&rsquo;autorit\u00e9 de la minorit\u00e9 dirigeante se perd. Syndicalisme, catalanisme, la\u00efcisme, militarisme s&rsquo;affrontent. Dans ce d\u00e9bat, une grande partie de l&rsquo;opinion se d\u00e9sint\u00e9resse du Maroc ou d\u00e9nonce le gouffre que repr\u00e9sente pour les finances de l&rsquo;Etat une entreprise st\u00e9rile qui, apr\u00e8s les trois milliards de pesetas qu&rsquo;avait co\u00fbt\u00e9 la vaine d\u00e9fense de Cuba avait absorb\u00e9 plus de un milliard et demi, de 1908 \u00e0 1915, et plus de un milliard de 1916 \u00e0 1921. Certains milieux avaient envisag\u00e9 en 1919 une vente \u00e0 la France. Miguel Primo de Rivera n&rsquo;avait-il pas, lui-m\u00eame, dans un c\u00e9l\u00e8bre discours prononc\u00e9 \u00e0 Cadix propos\u00e9, d\u00e8s 1917, l&rsquo;abandon de la zone espagnole.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p><strong>Anoual n\u2019est pas une place facile \u00e0 d\u00e9fendre<\/strong><\/p>\n<p>Pour cette offensive, Silvestre dispose de 25 700 hommes (20 600 soldats espagnols et 5 100 soldats indig\u00e8nes, appel\u00e9s <em>Fuezzas Regulares Ind\u00edgenas<\/em>, ou simplement \u00a0\u00bb <em>Regulares<\/em> \u00ab\u00a0), mais en r\u00e9alit\u00e9, seuls 12 000 hommes sont disponibles pour les op\u00e9rations de combat. Les autres, qui n&rsquo;\u00e9taient pas malades, en cong\u00e9 ou \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re, \u00e9taient r\u00e9partis dans les 144 avant-postes et blockhaus qui assuraient la s\u00e9curit\u00e9 du front et des points cl\u00e9s le long des lignes de ravitaillement. Ces positions \u00e9taient principalement de petits bastions de 15 \u00e0 20 hommes, mais des centres tels que Batel, Dar Drius, Buy Meyem et Anoual disposaient de garnisons de 800 hommes ou plus. Le ravitaillement de ces positions, en particulier en eau potable (la plupart des sites n&rsquo;avaient pas de source naturelle \u00e0 proximit\u00e9), constituait un d\u00e9fi majeur. [lx]\n<p>Dans le meilleur des cas, Anoual n&rsquo;est pas une place facile \u00e0 d\u00e9fendre et les Espagnols n&rsquo;ont pas consacr\u00e9 suffisamment d&rsquo;efforts \u00e0 leurs ouvrages d\u00e9fensifs. Un petit affluent de l&rsquo;Amekran, l&rsquo;el Hayar, traversait la position, la divisant en une s\u00e9rie de collines sur lesquelles les Espagnols avaient construit trois camps. Au centre se trouve le camp g\u00e9n\u00e9ral, d\u00e9fendu par un parapet, une triple rang\u00e9e de barbel\u00e9s et une redoute d&rsquo;artillerie ; sur une autre colline, \u00e0 droite de la piste menant au camp, se trouve le camp tentaculaire des <em>Regulares<\/em> ; cette position n&rsquo;a qu&rsquo;une seule cl\u00f4ture de barbel\u00e9s. De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la piste se trouvait un troisi\u00e8me camp, celui du r\u00e9giment d&rsquo;Afrique, d\u00e9pourvu de parapet et peu grillag\u00e9 ; les hauteurs de cette position \u00e9taient occup\u00e9es par une batterie d&rsquo;artillerie et une compagnie d&rsquo;infanterie. Ces trois camps sont reli\u00e9s par une s\u00e9rie de lunettes, [lxi] des redans en forme de demi-lune, qui sont occup\u00e9s la nuit. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une d\u00e9fense bien int\u00e9gr\u00e9e, et un attaquant peut enrouler chaque camp en d\u00e9tail. [lxii]\n<p>\u00c0 0h30 le 22 juillet, Silvestre convoque un conseil de guerre compos\u00e9 de ses officiers sup\u00e9rieurs, dont le colonel Gabriel Morales, chef de l&rsquo;\u00e9tat-major de la direction des troupes et de la police indig\u00e8nes, et les chefs de ses principales formations de man\u0153uvre, le colonel Corrales, le colonel Manella, le lieutenant-colonel Ortiz et le lieutenant-colonel Marina, ainsi que le major \u00c9cija, commandant de l&rsquo;artillerie, le major Alzugaray, commandant du g\u00e9nie, et le chef d&rsquo;\u00e9tat-major, le capitaine Sabat\u00e9. Alzugaray, l&rsquo;un des quatre survivants du groupe, a fait le r\u00e9cit de cette r\u00e9union. Selon lui, le g\u00e9n\u00e9ral est all\u00e9 droit au but\u00a0: [lxiii]\n<p><em>\u00ab\u00a0Messieurs, commen\u00e7a Silvestre, nous sommes assi\u00e9g\u00e9s \u00e0 Anoual ; nous [probablement en r\u00e9f\u00e9rence aux unit\u00e9s de Melilla] n&rsquo;avons pas d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments pour former une colonne de secours ; par cons\u00e9quent, nous n&rsquo;avons pas d&rsquo;autre solution que de nous contenter de ce que nous avons aujourd&rsquo;hui. Dans une situation aussi grave, je souhaite que vous m&rsquo;aidiez \u00e0 d\u00e9cider du maintien ou de l&rsquo;abandon d&rsquo;Annual.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p>Le colonel Morales est le premier \u00e0 prendre la parole et estime qu&rsquo;il est trop tard pour \u00e9vacuer. Il doute que l&rsquo;arm\u00e9e puisse atteindre la position d\u00e9fendable la plus proche, Ben Taieb, distante de 15 kilom\u00e8tres. Les autres officiers se prononcent en faveur d&rsquo;une \u00e9vacuation. Ils n&rsquo;ont pas le choix, car il ne reste que quatre jours de rations, peu d&rsquo;eau, et leurs r\u00e9serves de cartouches et d&rsquo;obus d&rsquo;artillerie sont insuffisantes pour un combat prolong\u00e9. Face \u00e0 ce front uni, Morales finit par reculer et se rallie \u00e0 leur point de vue. Apparemment satisfait de ce conseil, Silvestre ordonne que les pr\u00e9paratifs commencent \u00e0 6 h du matin pour un retrait vers Ben Taieb. Le g\u00e9n\u00e9ral demande \u00e0 ses officiers de garder le secret jusqu&rsquo;\u00e0 cette heure, et il ordonne que les hommes voyagent l\u00e9g\u00e8rement, comme s&rsquo;ils allaient au combat. La r\u00e9union se termine \u00e0 2 h 30 et les officiers retournent \u00e0 leur commandement pour le reste d&rsquo;une nuit sans sommeil. [lxiv] Silvestre a probablement r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 sa d\u00e9cision, car ce n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 4 h 55 qu&rsquo;il envoie un t\u00e9l\u00e9gramme au minist\u00e8re de la Guerre et \u00e0 Berenguer pour l&rsquo;informer de sa d\u00e9cision. Parce qu&rsquo;il est \u00a0\u00bb constamment harcel\u00e9 \u00ab\u00a0, [lxv] que ses lignes de ravitaillement sont coup\u00e9es et qu&rsquo;il n&rsquo;a pas assez de munitions pour un combat prolong\u00e9, il est oblig\u00e9 de se retirer \u00e0 Ben Taieb.<\/p>\n<p>Les forces espagnoles pr\u00e9sentes \u00e0 Anoual se composaient de trois r\u00e9giments d&rsquo;infanterie, le 45e Ceri\u00f1ola (cinq compagnies de fusils et une compagnie de mitrailleuses) ; le 68e Africa (cinq compagnies de fusils et deux compagnies de mitrailleuses) ; le 11e San Fernando (quatre compagnies de fusils et une compagnie de mitrailleuses renforc\u00e9e), la force mixte du Melilla Regulares No. 2 (deux tabors d&rsquo;infanterie et deux escadrons de cavalerie), et un r\u00e9giment de cavalerie, le 14e Alcantara (cinq escadrons). En outre, il y avait une brigade disciplinaire (qui n&rsquo;avait de brigade que le nom, puisqu&rsquo;elle comptait entre 250 et 500 hommes), deux r\u00e9giments mixtes d&rsquo;artillerie, une section d&rsquo;artillerie de montagne, trois compagnies d&rsquo;intendance, six compagnies du g\u00e9nie, deux compagnies de signalisation, deux d\u00e9tachements sanitaires et 14 compagnies de police indig\u00e8ne, soit un total de 6 500 hommes. Un millier de soldats stationn\u00e9s dans les positions adjacentes et \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re, notamment \u00e0 Buimeyan, Talilit et Izumar, se joindront \u00e0 la retraite, soit un total de 7 600 hommes [lxvi] (5 100 Espagnols et 2 500 soldats et policiers indig\u00e8nes).<\/p>\n<p>Pour atteindre Ben Taieb, l&rsquo;arm\u00e9e ne disposait que d&rsquo;un seul itin\u00e9raire pour sortir des montagnes, une piste sinueuse actuellement d\u00e9limit\u00e9e par une \u00e9troite route asphalt\u00e9e, la route 610. Elle commen\u00e7ait par une pente descendante \u00e0 partir du camp qui, apr\u00e8s 4 kilom\u00e8tres, se transformait en une piste sinueuse aux pentes abruptes, avec des terrains \u00e9lev\u00e9s au nord et un profond ravin au sud, un tron\u00e7on de terrain que les Espagnols surnommaient \u00ab\u00a0le Toboggan\u00a0\u00bb. Au point m\u00e9dian, Izumar, la piste se transforme en un goulot d&rsquo;\u00e9tranglement entre deux pics avant de d\u00e9boucher sur la plaine \u00e0 Ben Taieb, o\u00f9 les Espagnols disposaient d&rsquo;un d\u00e9p\u00f4t de munitions. [lxvii] Silvestre esp\u00e8re s&rsquo;y regrouper et attendre des renforts.<\/p>\n<p><strong>La Bataille d\u2019Anoual<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 la veille de la bataille, la garnison espagnole qui occupait le campement avanc\u00e9 d&rsquo;Anoual comptait 5 000 hommes. Il s&rsquo;agit principalement de conscrits de la p\u00e9ninsule issus des r\u00e9giments Ceri\u00f1ola, Africa, Alcantara et San Fernando. [lxviii] En outre, il y avait quatre batteries d&rsquo;artillerie et environ deux mille soldats indig\u00e8nes (<em>Regulares<\/em>) sous les ordres d&rsquo;officiers espagnols. [lxix]\n<p>Le 22 juillet, apr\u00e8s cinq jours d&rsquo;escarmouches, [lxx] la force espagnole est attaqu\u00e9e par 3 000 combattants du Rif. Les munitions \u00e9tant \u00e9puis\u00e9es et la base de soutien d&rsquo;Ighriben d\u00e9j\u00e0 envahie, le g\u00e9n\u00e9ral Silvestre, [lxxi] qui n&rsquo;est arriv\u00e9 \u00e0 Anoual que la veille, d\u00e9cide de se retirer en suivant la ligne de l&rsquo;avanc\u00e9e espagnole pr\u00e9c\u00e9dente. Peu avant 5 h du matin, un dernier message radio est envoy\u00e9, signalant l&rsquo;intention de Silvestre d&rsquo;\u00e9vacuer Anoual plus tard dans la matin\u00e9e.<\/p>\n<p>Vers 10 h du matin, la garnison commence \u00e0 marcher en colonne [lxxii] depuis le campement en direction de Melilla, mais une mauvaise direction et une pr\u00e9paration inad\u00e9quate signifient que tout espoir d&rsquo;un retrait disciplin\u00e9 d\u00e9g\u00e9n\u00e8re rapidement en une d\u00e9route d\u00e9sorganis\u00e9e. [lxxiii] Les <em>Regulares <\/em>marocains, la police indig\u00e8ne et les alli\u00e9s tribaux, jusqu&rsquo;alors fiables, d\u00e9sertent au profit des forces rifaines, privant la colonne espagnole de flancs et d&rsquo;arri\u00e8re-garde. Les conscrits espagnols, [lxxiv] sous un feu nourri et \u00e9puis\u00e9s par la chaleur intense, se dispersent dans une foule confuse et sont abattus ou poignard\u00e9s par les membres des tribus. Seule une unit\u00e9 de cavalerie, les Cazadores de Alc\u00e1ntara, [lxxv] reste en formation et parvient \u00e0 battre en retraite, [lxxvi] tout en subissant de lourdes pertes.<\/p>\n<p>Manuel P. Villatoro a \u00e9crit au sujet de la d\u00e9bandade espagnole dans <em>Diario ABC <\/em>en 2016, ce qui suit\u00a0: [lxxvii]\n<p><em>\u2018\u2019 Apr\u00e8s le d\u00e9sastre d&rsquo;Anoual, les Rifains ont poursuivi leur progression sans rel\u00e2che vers Melilla, \u00e9gorgeant tous les Espagnols qu&rsquo;ils trouvaient sur leur chemin. Leur cruel p\u00e9riple les a conduits jusqu&rsquo;au mont Gurug\u00fa, une position cl\u00e9 pour l&rsquo;arm\u00e9e espagnole en raison de sa proximit\u00e9 avec Melilla (\u00e0 peine trois kilom\u00e8tres). Sur cette colline de 900 m\u00e8tres, v\u00e9ritable point d&rsquo;observation pour contr\u00f4ler la ville et qui aurait d\u00fb \u00eatre d\u00e9fendue par un important contingent en raison de son importance strat\u00e9gique, il n&rsquo;y avait que quelques hommes. Quelques combattants d\u00e9fendant l&rsquo;un des \u00ab\u00a0blockhaus\u00a0\u00bb qui avait fait le plus de victimes en raison de sa situation privil\u00e9gi\u00e9e : celui de Dar Ahmed.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Le blockhaus de Dar Ahmed, situ\u00e9 entre la \u00ab\u00a0Segunda caseta\u00a0\u00bb et la position de Sidi Ahmed el Hadj (avec pour mission de surveiller la sortie des ravins pr\u00e8s de Sidi Musa), fut d\u00e8s le premier jour l&rsquo;un des objectifs pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s des Maures rebelles\u00a0\u00bb, explique Vicente Pedro Colomar-Cerrada dans son ouvrage \u00ab\u00a0El infierno de Axdir : prisioneros espa\u00f1oles en el Rif, 1921-1923\u00a0\u00bb (L&rsquo;enfer d&rsquo;Axdir : prisonniers espagnols dans le Rif, 1921-1923). La v\u00e9rit\u00e9 est qu&rsquo;appeler cette position d\u00e9fensive pr\u00e9caire \u00ab\u00a0blockhaus\u00a0\u00bb \u00e9tait plut\u00f4t g\u00e9n\u00e9reux, car les chroniques d\u00e9finissent ce \u00ab\u00a0blockhaus\u00a0\u00bb comme un ensemble de pierres, de sacs de terre avec plusieurs meurtri\u00e8res (ou meurtri\u00e8res) couronn\u00e9es de quelques tristes planches et entour\u00e9es de fil de fer barbel\u00e9.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p>Le dispositif militaire espagnol surcharg\u00e9 dans le Protectorat espagnol oriental au Maroc s&rsquo;effondre. Apr\u00e8s la bataille, les Rifains avancent vers l&rsquo;est et envahissent plus de 130 blockhaus espagnols. [lxxviii] Les garnisons espagnoles sont d\u00e9truites sans qu&rsquo;une r\u00e9ponse coordonn\u00e9e aux attaques ne soit mise en place. \u00c0 la fin du mois d&rsquo;ao\u00fbt, l&rsquo;Espagne avait perdu tous les territoires qu&rsquo;elle avait gagn\u00e9s dans la r\u00e9gion depuis 1909. Le g\u00e9n\u00e9ral Silvestre disparut [lxxix] et sa d\u00e9pouille ne fut jamais retrouv\u00e9e. Selon un rapport, le sergent espagnol Francisco Basallo Becerra de la garnison de Kandussi, un avant-poste \u00e0 l&rsquo;est d&rsquo;Anoual, [lxxx] identifia la d\u00e9pouille de Silvestre gr\u00e2ce \u00e0 son \u00e9charpe de g\u00e9n\u00e9ral. [lxxxi] Un courrier maure de Kaddour Namar a d\u00e9clar\u00e9 que huit jours apr\u00e8s la bataille, il avait vu le cadavre du g\u00e9n\u00e9ral \u00e9tendu face contre terre sur le champ de bataille et toujours reconnaissable [lxxxii] \u00e0 sa ceinture et \u00e0 ses \u00e9paulettes.<\/p>\n<p><strong>La d\u00e9bandade<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 Afraou, sur la c\u00f4te, les navires de guerre espagnols \u00e9vacuent la garnison. \u00c0 Zoco el Telata (Souk Tlata) de Mtalsa, au sud, les troupes espagnoles et les civils se replient dans la zone fran\u00e7aise. Les survivants espagnols de la bataille se sont repli\u00e9s sur 80 kilom\u00e8tres jusqu&rsquo;\u00e0 la base fortifi\u00e9e de Monte Arruit, construite entre 1912 et 1916 et situ\u00e9e au sud de Melilla. La position \u00e9tant encercl\u00e9e et priv\u00e9e d&rsquo;eau et de ravitaillement, le g\u00e9n\u00e9ral Berenguer autorisa sa reddition le 9 ao\u00fbt. Les Rifains ne respectent pas les conditions de la reddition et tuent 3 000 soldats espagnols ; [lxxxiii] le g\u00e9n\u00e9ral Navarro est fait prisonnier, ainsi que 534 militaires et 53 civils ; ils seront ran\u00e7onn\u00e9s quelques ann\u00e9es plus tard. [lxxxiv]\n<p>Melilla n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 une quarantaine de kilom\u00e8tres, mais la garnison qui s&rsquo;y trouve n&rsquo;est pas en mesure de l&rsquo;aider, car la ville est presque sans d\u00e9fense et manque de troupes bien entra\u00een\u00e9es. Les survivants d&rsquo;Anoual qui ont atteint Melilla, \u00e9puis\u00e9s et d\u00e9moralis\u00e9s, n&rsquo;\u00e9taient pas en mesure de renforcer efficacement la garnison existante. Cependant, les forces rifaines s&rsquo;\u00e9taient largement dispers\u00e9es apr\u00e8s la prise de Monte Arruit, laissant Abdelkrim avec un nombre insuffisant d&rsquo;hommes pour assi\u00e9ger Melilla. En outre, des citoyens d&rsquo;autres nations europ\u00e9ennes vivaient \u00e0 Melilla, et il ne souhaitait pas risquer une intervention internationale. [lxxxv] Abdelkrim d\u00e9clara plus tard que cela avait \u00e9t\u00e9 sa plus grande erreur. [lxxxvi]\n<p>L&rsquo;Espagne rassemble rapidement environ 14 000 renforts \u00e0 partir d&rsquo;unit\u00e9s d&rsquo;\u00e9lite de l&rsquo;Arm\u00e9e d&rsquo;Afrique, [lxxxvii] qui op\u00e8re au sud de T\u00e9touan dans la zone occidentale. Il s&rsquo;agit principalement d&rsquo;unit\u00e9s de la L\u00e9gion espagnole, nouvellement lev\u00e9es en 1920, et de <em>Regulares<\/em> marocains. Transf\u00e9r\u00e9s \u00e0 Melilla par voie maritime, les renforts permettent de tenir la ville et de reprendre Monte Arruit \u00e0 la fin du mois de novembre.<\/p>\n<p>Les Espagnols auraient perdu jusqu&rsquo;\u00e0 22 000 soldats \u00e0 Anoual [lxxxviii] et dans les combats qui ont suivi L&rsquo;historien allemand Werner Brockdorff affirme que seuls 1 200 des 20 000 soldats espagnols s&rsquo;en sont sortis vivants, mais cette estimation des pertes est contredite par l&rsquo;enqu\u00eate officielle espagnole. [lxxxix] Les pertes rifaines n&rsquo;auraient \u00e9t\u00e9 que de 800. Les chiffres officiels d\u00e9finitifs des pertes espagnoles, tant \u00e0 Anoual qu&rsquo;au cours de la d\u00e9route qui a suivi et qui a conduit les forces rifaines jusqu&rsquo;aux abords de Melilla, ont \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9s aux <em>Cortes Generales<\/em> comme \u00e9tant de 13 192 tu\u00e9s, y compris les forces coloniales marocaines. [xc]\n<p>Le mat\u00e9riel perdu par les Espagnols, au cours de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1921 et en particulier lors de la bataille d&rsquo;Anoual, comprenait 11 000 fusils, 3 000 carabines, 1 000 mousquets, 60 mitrailleuses, 2 000 chevaux, 1 500 mules, 100 canons et une grande quantit\u00e9 de munitions. Abdelkrim a fait remarquer plus tard : \u00ab\u00a0<em>En une seule nuit, l&rsquo;Espagne nous a fourni tout l&rsquo;\u00e9quipement dont nous avions besoin pour mener une grande guerre<\/em>\u00ab\u00a0. [xci] D&rsquo;autres sources indiquent que le butin saisi par les Rifains s&rsquo;\u00e9levait \u00e0 20 000 fusils Mauser, 400 mitrailleuses Hotchkiss et 120 \u00e0 150 pi\u00e8ces d&rsquo;artillerie Schneider. [xcii]\n<p><strong>Le d\u00e9sastre d&rsquo;Anoual<\/strong><\/p>\n<p>A Rabat, Lyautey [xciii] a re\u00e7u un appel t\u00e9l\u00e9phonique l&rsquo;informant des nouvelles d&rsquo;Anoual. Selon lui, cette humiliation \u00e9tait imputable \u00e0 une multitude de facteurs : l\u2019ineptie des autorit\u00e9s coloniales espagnoles, des politiques malavis\u00e9es, des dirigeants incomp\u00e9tents et une corruption end\u00e9mique. Il sympathisait cependant avec le simple soldat. <em>\u2018\u2019Le soldat espagnol, remarqua-t-il, qui est aussi courageux que patient, peut, sous un autre commandement, conna\u00eetre des jours meilleurs<\/em>.\u2019\u2019 [xciv]\n<p>Au lendemain d\u2019Anoual, ces jours meilleurs \u00e9taient difficiles \u00e0 imaginer. Aussi terribles qu&rsquo;aient \u00e9t\u00e9 les \u00e9v\u00e9nements du 22 juillet, le d\u00e9sastre ne faisait que commencer. Au cours des deux semaines suivantes, la mar\u00e9e rifaine continue. Chacun des 144 avant-postes serait envahi, la plupart des d\u00e9fenseurs massacr\u00e9s. Le 25 juillet, le commandant espagnol de Kebani-Kandoussi rendit ses 700 soldats sans combat. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9sarm\u00e9s, les membres de la tribu les ont massacr\u00e9s. [xcv] Il en fut ainsi \u00e0 Dar Kebdani et ailleurs, soit d\u00e9connect\u00e9s des \u00e9v\u00e9nements ailleurs, soit pouss\u00e9s \u00e0 se jeter \u00e0 la merci de l&rsquo;ennemi. Ils n\u2019en ont trouv\u00e9 aucun. Les plus chanceux ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s au combat ou envoy\u00e9s rapidement apr\u00e8s leur capture, d&rsquo;autres ont \u00e9t\u00e9 tortur\u00e9s, coup\u00e9s en morceaux ou br\u00fbl\u00e9s vifs. Beaucoup de morts ont \u00e9t\u00e9 horriblement mutil\u00e9s. Quelques \u00e9vasions ont \u00e9t\u00e9 tent\u00e9es\u00a0; tr\u00e8s peu ont surv\u00e9cu. Les soldats de Timayant, Sidi Abdallah, Tisingar, entre autres endroits, ont tent\u00e9 de s&rsquo;\u00e9chapper, mais tr\u00e8s peu ont r\u00e9ussi \u00e0 se mettre en s\u00e9curit\u00e9. [xcvi] Par exemple, \u00e0 Dar Drius, seuls 37 des 604 d\u00e9fenseurs ont surv\u00e9cu. [xcvii] A Sidi Driss, la garnison de 500 hommes s&rsquo;est \u00e9lanc\u00e9e vers la plage et vers la s\u00e9curit\u00e9 des navires de guerre en attente, mais les Rifains les ont abattus comme des lapins. Cinq hommes ont \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9s. [xcviii] La ligne de front bris\u00e9e, les Rifains traversent la rivi\u00e8re Kert et avancent vers Melilla. Ils prirent Nador puis Selouan o\u00f9 plus de 500 Espagnols furent sauvagement assassin\u00e9s. [xcix] Le 3 ao\u00fbt, il ne restait qu&rsquo;une seule position espagnole \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur de Melilla, le Mont Arruit, o\u00f9 le g\u00e9n\u00e9ral Filipe Navarro et environ 3 000 soldats, dont beaucoup de survivants d&rsquo;Anoual, s&rsquo;\u00e9taient r\u00e9fugi\u00e9s.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les instances de Madrid, Berenguer refusa de monter une op\u00e9ration de secours. Il \u00e9tait d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 s&rsquo;accrocher \u00e0 Melilla. Le 9 ao\u00fbt, Navarro, assur\u00e9 d&rsquo;un sauf-conduit vers les lignes espagnoles \u00e0 Melilla, se rendit. Que ce soit par trahison ou par r\u00e9action spontan\u00e9e de membres de tribus indisciplin\u00e9s, une fois les officiers retir\u00e9s du camp, le reste de la garnison, soit environ 2\u00a0400 soldats, fut massacr\u00e9. Les 570 survivants, dont Navarro et plusieurs de ses officiers, furent mis en captivit\u00e9. Ils croupiraient de faim et de maladie pendant plus de 16 mois, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que le gouvernement espagnol c\u00e8de finalement \u00e0 la pression publique pour les ran\u00e7onner. \u00c0 ce moment-l\u00e0, seuls 326 personnes, dont Navarro, \u00e9taient encore en vie.<\/p>\n<p>Ainsi, l\u2019effondrement qui avait commenc\u00e9 \u00e0 Abarran \u00e9tait termin\u00e9. Dans les 18 jours qui ont suivi Anoual, l&rsquo;Espagne a perdu la plupart de ses conqu\u00eates au Maroc, quelque 5 000 kilom\u00e8tres carr\u00e9s de territoire, des zones dans lesquelles elle avait investi d&rsquo;\u00e9normes sommes d&rsquo;argent dans des fortifications, des mines, des exploitations agricoles, des routes, des voies ferr\u00e9es, des ponts, des ports et plus. [c] Les pertes en vies humaines n\u2019\u00e9taient pas moins stup\u00e9fiantes. La liste des morts espagnols \u00e9tait initialement \u00e9tablie \u00e0 13\u00a0192, mais ce chiffre \u00e9tait largement consid\u00e9r\u00e9 comme faible.<\/p>\n<p>Dans un rapport ult\u00e9rieur adress\u00e9 aux Cortes, les autorit\u00e9s militaires ont estim\u00e9 le nombre de tu\u00e9s entre 19 000 et 20 000. [ci] (Les pertes marocaines n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9es, mais se comptent probablement par centaines.) Et, comme on l\u2019a not\u00e9, l\u2019arm\u00e9e a perdu une \u00e9norme quantit\u00e9 de mat\u00e9riel de guerre, qui promettait de faire de toute reconqu\u00eate une longue et sanglante campagne. Enfin, le gouvernement, d\u00e9j\u00e0 confront\u00e9 \u00e0 une crise politique int\u00e9rieure, a \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 \u00e0 la perspective humiliante de devoir n\u00e9gocier la ran\u00e7on de centaines de captifs \u2013 un argent qui repr\u00e9senterait un formidable tr\u00e9sor de guerre pour l\u2019ennemi.<\/p>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-6187 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/5.jpg?resize=618%2C391&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"618\" height=\"391\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/5.jpg?w=634&amp;ssl=1 634w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/5.jpg?resize=395%2C250&amp;ssl=1 395w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><\/p>\n<p>Le d\u00e9sastre d\u2019Anoual a \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re salve de ce qui est devenu une guerre de six ans pour l&rsquo;ind\u00e9pendance du Rif, la soi-disant guerre du Rif. [cii] Mohammed Abdelkrim y r\u00e9ussit avec brio. Il organisa une r\u00e9publique rudimentaire avec lui-m\u00eame comme \u00e9mir ; il a construit des r\u00e9seaux routiers et t\u00e9l\u00e9phoniques ; il organisa des imp\u00f4ts et un tr\u00e9sor ; et il cultivait les liens et le commerce avec l\u2019\u00e9tranger. Son fr\u00e8re, Mhammad, en tant que chef de l&rsquo;arm\u00e9e, a fa\u00e7onn\u00e9 une arm\u00e9e nationale bas\u00e9e sur un noyau de soldats professionnels, dot\u00e9s d&rsquo;un code de conduite, form\u00e9s \u00e0 l&rsquo;utilisation des mitrailleuses et de l&rsquo;artillerie captur\u00e9es et compl\u00e9t\u00e9s par des r\u00e9serves tribales. \u00c0 la fin de 1924, l\u2019arm\u00e9e rifaine avait contraint les Espagnols \u00e0 une retraite strat\u00e9gique. Les r\u00e9criminations sur la responsabilit\u00e9 d&rsquo;Anoual ont contribu\u00e9 \u00e0 faire tomber le gouvernement parlementaire et le roi a nomm\u00e9 le g\u00e9n\u00e9ral Miguel Primo de Rivera \u00e0 la t\u00eate d&rsquo;un directoire militaire charg\u00e9 de redresser le navire de l&rsquo;\u00c9tat. Primo \u00e9tait un <em>abandonista<\/em> discret, l&rsquo;un des nombreux Espagnols favorables \u00e0 l&rsquo;abandon du protectorat. Il a admis \u00e0 un ami journaliste : \u2018<em>\u2019Abdelkrim nous a vaincus<\/em>\u2019\u2019. [ciii] Et il aurait pu laisser le projet mourir sur la vigne, malgr\u00e9 les vues oppos\u00e9es d\u2019imp\u00e9rialistes v\u00e9h\u00e9ments comme Mill\u00e1n Astray et Francisco Franco.<\/p>\n<p>Les Fran\u00e7ais, cependant, n\u2019\u00e9taient pas pr\u00eats \u00e0 accepter la cr\u00e9ation d\u2019un \u00c9tat musulman ind\u00e9pendant dans leur empire nord-africain. Cela pourrait servir d\u2019exemple malsain aux nationalistes du Maroc et, plus important encore, au joyau de sa couronne coloniale, l\u2019Alg\u00e9rie. Ainsi, en 1925, Lyautey poussa Abdelkrim \u00e0 attaquer la zone fran\u00e7aise. L\u2019\u00e9mir \u00e9tait alors convaincu de l\u2019hostilit\u00e9 fran\u00e7aise envers son gouvernement. Si la guerre \u00e9tait in\u00e9vitable, il valait mieux qu\u2019il frappe le premier. Peut-\u00eatre pourrait-il d\u00e9clencher une r\u00e9bellion en zone fran\u00e7aise. En outre, les sympathisants de gauche et anticoloniaux en Europe ont exhort\u00e9 les Rifains \u00e0 se battre, ce qui, selon eux, ferait tomber le gouvernement imp\u00e9rialiste fran\u00e7ais et conduirait \u00e0 une m\u00e9diation anglaise. [civ]\n<p>Pendant un certain temps, il semblait que les Rifains pourraient r\u00e9ussir. Une fois de plus, au d\u00e9but, ils ont fait peu de cas de leurs ennemis chr\u00e9tiens, bien qu\u2019ils soient en inf\u00e9riorit\u00e9 num\u00e9rique et en armes. D\u00e9but juillet 1925, 43 des 66 avant-postes fran\u00e7ais le long de la fronti\u00e8re sud du Ri avaient \u00e9t\u00e9 perdus ou \u00e9vacu\u00e9s et les Rifains se trouvaient \u00e0 moins de 40 kilom\u00e8tres de F\u00e8s ; les Fran\u00e7ais avaient subi quelque 6 200 pertes, dont 1 000 disparus au combat. [cv] \u00c0 ce moment-l\u00e0, la notori\u00e9t\u00e9 de Mohammed Abdelkrim en tant que leader islamique progressiste, nationaliste et combattant de la libert\u00e9 a atteint son apog\u00e9e dans le monde musulman. Le vaillant outsider, l\u2019\u00e9mir et sa cause ont \u00e9galement suscit\u00e9 la sympathie dans de nombreuses capitales occidentales, notamment \u00e0 Londres ; et il \u00e9tait le chouchou des partis socialiste et communiste d\u2019Europe. Des correspondants \u00e9trangers ont parcouru un chemin trac\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 la capitale rifaine d&rsquo;Adjir, pr\u00e8s d&rsquo;Alhociema, pour documenter ce curieux mouvement et son obscur leader. L\u2019apparition d\u2019Abdelkrim en couverture du magazine <em>Time<\/em>, le 17 ao\u00fbt 1925, est embl\u00e9matique de cette notori\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-6190 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/6.jpg?resize=448%2C555&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"448\" height=\"555\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/6.jpg?w=448&amp;ssl=1 448w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/6.jpg?resize=202%2C250&amp;ssl=1 202w\" sizes=\"auto, (max-width: 448px) 100vw, 448px\" \/><\/p>\n<p>Ce pari serait pourtant rat\u00e9. En attaquant les Fran\u00e7ais, Abdelkrim a donn\u00e9 l\u2019impulsion \u00e0 une coop\u00e9ration militaire franco-espagnole qui faisait jusqu\u2019alors d\u00e9faut. L\u2019ann\u00e9e suivante, les alli\u00e9s coordonnent une contre-offensive massive dont la pi\u00e8ce ma\u00eetresse est le d\u00e9barquement amphibie d\u2019Alhoceima. Confront\u00e9e \u00e0 une guerre sur deux fronts contre 275 000 soldats europ\u00e9ens bien arm\u00e9s et soutenus par tous les instruments de guerre moderne, notamment des chars, des bombardiers et des obus \u00e0 gaz toxique, leurs villages incendi\u00e9s et leurs r\u00e9coltes d\u00e9truites, la r\u00e9sistance rifaine a finalement \u00e9clat\u00e9. [cvi] Le 27 mai 1926, Mohammed Abdelkrim, son fr\u00e8re et ses ministres se rendent aux Fran\u00e7ais. [cvii] La plupart d&rsquo;entre eux accompagneront leur chef en exil au large de La R\u00e9union, dans l&rsquo;oc\u00e9an Indien. La guerre du Rif [cviii] \u00e9tait effectivement termin\u00e9e, m\u00eame si des bandes isol\u00e9es de combattants poursuivraient leur insurrection pendant encore un an.<\/p>\n<p>Anoual avait \u00e9t\u00e9 veng\u00e9 ; l&rsquo;honneur de l&rsquo;Espagne \u00e9tait rachet\u00e9. Si l\u2019arm\u00e9e espagnole n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 transform\u00e9e, au moins un \u00e9l\u00e9ment avait \u00e9t\u00e9 transform\u00e9 en une force combattante efficace, l\u2019Arm\u00e9e d\u2019Afrique (la L\u00e9gion et les <em>Regulares<\/em>). Comme l\u2019a observ\u00e9 le philosophe et essayiste espagnol Jos\u00e9 Ortega y Gasset, \u2018\u2019<em>le Maroc a transform\u00e9 l\u2019\u00e2me fragment\u00e9e de notre arm\u00e9e en un poing ferm\u00e9, moralement pr\u00eat \u00e0 attaquer<\/em>.\u2019\u2019 [cix] Ce poing, brandi par l\u2019impitoyable Francisco Franco, allait \u00e9craser l\u2019Espagne en 1936 et d\u00e9clencherait une guerre civile cataclysmique qui r\u00e9duirait une grande partie du pays en ruines et soumettrait ce malheureux pays \u00e0 quatre d\u00e9cennies d\u2019autoritarisme et de r\u00e9pression.<\/p>\n<p>Les Fran\u00e7ais avaient voulu que Mohammad Abdelkrim soit, selon les mots de Th\u00e9odore Steeg, le successeur de Lyautey comme r\u00e9sident g\u00e9n\u00e9ral, <em>\u00ab ni exalt\u00e9 ni humili\u00e9, mais avec le temps oubli\u00e9<\/em> \u00bb. [cx] Ils devaient \u00eatre d\u00e9\u00e7us. [cxi] Dans sa d\u00e9faite, il est devenu une sorte de figure chim\u00e9rique et un symbole h\u00e9ro\u00efque, non seulement du nationalisme islamique, mais aussi une source d\u2019inspiration pour les combattants de la libert\u00e9 du monde entier. Au fil des ann\u00e9es, son exemple a \u00e9mu de nombreux chefs de gu\u00e9rilla \u00e9minents, notamment Mao Zedong, Ho Chi Mihn et Ernesto (Che) Guevara. Abdelkrim est mort au Caire en 1963 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 80 ans. (Il avait fui son exil tropical des ann\u00e9es plus t\u00f4t.) Son r\u00eave d&rsquo;un Rif ind\u00e9pendant n&rsquo;\u00e9tait que cela, mais il avait v\u00e9cu assez longtemps pour voir les Fran\u00e7ais chass\u00e9s de leur bien-aim\u00e9e Alg\u00e9rie, ce qui lui a donn\u00e9 beaucoup de satisfaction. Alors que dans le monde postcolonial, son nom a perdu un peu de son \u00e9clat, Mohammed Abdelkrim continue d&rsquo;inspirer ses compatriotes rifains dans leur d\u00e9sir de plus d&rsquo;autonomie et d&rsquo;opportunit\u00e9s \u00e9conomiques et les Imazighen marocains dans leur ensemble dans leur qu\u00eate de plus d&rsquo;inclusion en soci\u00e9t\u00e9. En cela, l\u2019homme a de la r\u00e9sistance. Selon les mots de l&rsquo;historien Zakya Daoud\u00a0: [cxii]\n<p>\u2018<em>\u2019Ce ph\u00e9nix rena\u00eet sans cesse de ses cendres, car il est un \u00e9l\u00e9ment essentiel de la r\u00e9volte consciente du peuple marocain : on ne voit qu&rsquo;en lui celui qui, avec sa R\u00e9publique, jette la pierre sautante dans l\u2019\u00e9tang autoritaire. Mais il est bien plus que cela en r\u00e9alit\u00e9. Et c\u2019est pourquoi son ombre flotte encore sur Ajdir\u2019\u2019<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Cons\u00e9quences du D\u00e9sastre d\u2019Anoual<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;ann\u00e9e suivante, des \u00e9lections d\u00e9mocratiques ont vu triompher les socialistes et les r\u00e9publicains. La Seconde R\u00e9publique espagnole est proclam\u00e9e, l&rsquo;arm\u00e9e espagnole retire son soutien \u00e0 la monarchie &#8211; ce qui la met en conflit direct avec ses homologues coloniaux en Afrique &#8211; et Alphonse XIII s&rsquo;enfuit en Italie.<\/p>\n<p>L&rsquo;Espagne est alors profond\u00e9ment divis\u00e9e. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, les africanistes, les monarchistes, les fascistes, les propri\u00e9taires terriens et les r\u00e9gions rurales du nord et du nord-ouest de l&rsquo;Espagne (y compris la Galice, r\u00e9gion d&rsquo;origine de Franco) qui adh\u00e8rent aux valeurs traditionnelles de l&rsquo;\u00c9glise catholique. La nostalgie de la Reconquista du XVe si\u00e8cle, lorsque l&rsquo;Espagne fut reconquise sur l&rsquo;occupation islamique nord-africaine, \u00e9tait profonde. De l&rsquo;autre, les socialistes, les communistes, les anarchistes, les sans-terres, les syndicats et les d\u00e9mocrates d\u00e9fendaient la l\u00e9gitimit\u00e9 de la Seconde R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Il fallait bien que quelque chose change. Cinq ans apr\u00e8s le d\u00e9part d&rsquo;Alphonse XIII, enhardis par la mont\u00e9e du fascisme ailleurs en Europe et perturb\u00e9s par la formation de la coalition de gauche du Front populaire aux Cortes qui, sous la direction du premier ministre Manuel Aza\u00f1a, r\u00e9duisait l&rsquo;influence des forces arm\u00e9es, les militaires marocains ont tent\u00e9 de renverser les r\u00e9sultats d\u00e9mocratiques de 1931.<\/p>\n<p>Convaincus de l&rsquo;imminence d&rsquo;une prise de pouvoir par les communistes, les <em>Africanistas<\/em> se sont mutin\u00e9s. Franco, d&rsquo;abord incertain mais surtout opportuniste, diffuse une d\u00e9claration de r\u00e9bellion depuis les \u00eeles Canaries, d&rsquo;o\u00f9 il avait \u00e9t\u00e9 banni par un gouvernement qui esp\u00e9rait lui couper les ailes. Les chefs militaires passent du Maroc \u00e0 l&rsquo;Espagne continentale.<\/p>\n<p>Au cours des trois ann\u00e9es suivantes, la nation devient le champ de bataille d&rsquo;id\u00e9ologies concurrentes, la guerre civile s&rsquo;\u00e9ternisant jusqu&rsquo;en 1939, souvent par le biais de l&rsquo;antagonisme entre les nazis d&rsquo;Hitler en Allemagne, qui soutiennent Franco, et l&rsquo;Union sovi\u00e9tique de Staline, qui soutient la R\u00e9publique. \u00ab\u00a0<em>Ce fut la premi\u00e8re bataille de la Seconde Guerre mondiale<\/em>\u00ab\u00a0, a \u00e9crit l&rsquo;historien Adam Hochschild. Elle a touch\u00e9 la vie de tous les Espagnols, tuant peut-\u00eatre un demi-million d&rsquo;entre eux et en mutilant ou en exilant beaucoup d&rsquo;autres. Bien entendu, Franco a finalement remport\u00e9 la victoire et a r\u00e9gn\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort en 1975, 54 ans apr\u00e8s Anoual.<\/p>\n<p>Le fil qui m\u00e8ne d&rsquo;Anoual \u00e0 la guerre civile espagnole est, bien entendu, truff\u00e9 de \u00ab\u00a0si\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0mais\u00a0\u00bb. L&rsquo;histoire aurait pu prendre n&rsquo;importe quelle direction au cours des ann\u00e9es qui se sont \u00e9coul\u00e9es et Franco a \u00e9t\u00e9 autant un acteur involontaire qu&rsquo;un auteur de premier plan.<\/p>\n<p>Toute guerre a des causes et des cons\u00e9quences, et beaucoup d&rsquo;entre elles ont conduit au d\u00e9clenchement de la guerre civile espagnole. N\u00e9anmoins, si Alphonse XIII n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 si d\u00e9sireux de parader devant ses sujets et n&rsquo;avait pas \u00e9chou\u00e9 si spectaculairement dans l&rsquo;ex\u00e9cution, Francisco Franco aurait pu rester une note de bas de page dans l&rsquo;histoire militaire de l&rsquo;Espagne.<\/p>\n<p>Au niveau de l\u2019arm\u00e9e, le d\u00e9sastre d\u2019Anoual suscita un sentiment de vengeance. Pour les <em>Africanistas, <\/em>le d\u00e9shonneur de la gifle des Rifains d\u2019Abdelkrim ne pouvait \u00eatre lav\u00e9 que dans le sang. Ce sentiment est confirm\u00e9 par Sebastian Balfour et Pablo La Porte dans les termes suivants\u00a0: [cxiii]\n<p><em>\u2018\u2019 Les effets d\u00e9shumanisants de la guerre coloniale ne se limitent pas \u00e0 la L\u00e9gion. Le massacre de milliers de soldats espagnols lors de la d\u00e9b\u00e2cle de 1921 a conduit \u00e0 une culture de la vengeance qui a sanctionn\u00e9 la guerre. Des bombes ont \u00e9t\u00e9 largu\u00e9es sur des march\u00e9s et des villages. Les bombes incendiaires mettent le feu aux champs cultiv\u00e9s. Des bombes \u00e0 gaz toxiques fabriqu\u00e9es \u00e0 partir de produits chimiques provenant d&rsquo;Allemagne ont \u00e9t\u00e9 introduites en 1924 et largu\u00e9es sur des civils et des militaires. Les plans d&rsquo;invasion maritime de la zone d&rsquo;Alhoceima, porte d&rsquo;entr\u00e9e du centre de la r\u00e9bellion du Rif, est celui de l&rsquo;officier responsable de l&rsquo;op\u00e9ration, le g\u00e9n\u00e9ral Ignacio Despujols. Dans son rapport, il pr\u00e9conise l&rsquo;utilisation de gaz toxiques sur l&rsquo;ensemble de la zone, en utilisant dix fois la quantit\u00e9 recommand\u00e9e par l&rsquo;arm\u00e9e allemande sur la base de son exp\u00e9rience de la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Bien que le gaz toxique ait \u00e9t\u00e9 une m\u00e9thode utilis\u00e9e par toutes les parties dans cette guerre, il n&rsquo;\u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme adapt\u00e9 qu&rsquo;aux cibles militaires, et non, comme dans le cas des campagnes marocaines, contre les civils. Le fait que les autorit\u00e9s militaires marocaines et les gouvernements espagnols successifs ont tol\u00e9r\u00e9 l&rsquo;utilisation de la guerre chimique contre des cibles civiles, ainsi que les atrocit\u00e9s commises par le Tercio et d&rsquo;autres unit\u00e9s militaires illustre l&rsquo;\u00e9chec de la strat\u00e9gie de l&rsquo;\u00c9tat restaurateur au Maroc.\u2019\u2019<\/em><\/p>\n<p><strong>L&rsquo;importance de la bataille d&rsquo;Anoual<\/strong><\/p>\n<p>La bataille d&rsquo;Anoual a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;une des plus grandes d\u00e9faites d&rsquo;une arm\u00e9e coloniale en Afrique. Elle a fait d&rsquo;Abdelkrim une ic\u00f4ne anti-imp\u00e9riale ; ses tactiques de gu\u00e9rilla ont \u00e9t\u00e9 cit\u00e9es par Mao Zedong et Ho Chi Minh. En 1925, il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9 par le magazine <em>Time<\/em> comme la personne de l&rsquo;ann\u00e9e.<\/p>\n<p>Le Maroc pr\u00e9colonial pouvait \u00eatre divis\u00e9 grossi\u00e8rement entre les plaines, que l&rsquo;\u00c9tat gouvernait \u00e9troitement, et les montagnes, comme le Rif, qu&rsquo;il ne gouvernait pas. Celles-ci correspondent aux r\u00e9gions arabes et amazighes. Le sultan du Maroc n&rsquo;\u00e9tait pas d\u00e9pourvu de pouvoir dans le Rif &#8211; il nommait, par exemple, des gouverneurs dans la r\u00e9gion &#8211; mais les tribus du Rif se gouvernaient pour la plupart elles-m\u00eames. Elles payaient des imp\u00f4ts, m\u00eame si c&rsquo;\u00e9tait de mani\u00e8re un peu irr\u00e9guli\u00e8re.<\/p>\n<p>Selon C.R. Pennell, historien de la r\u00e9gion, l&rsquo;autonomie du Rif a servi les deux parties. Le sultan n&rsquo;avait pas \u00e0 supporter les frais d&rsquo;un gouvernement direct tout en conservant sa souverainet\u00e9 et un certain niveau d&rsquo;ordre et d&rsquo;imposition. Pendant ce temps, les tribus rifaines pouvaient faire appel au sultan pour la m\u00e9diation en cas de litige et pour la l\u00e9gitimation des chefs locaux.<\/p>\n<p>Les Fran\u00e7ais et les Espagnols ont compliqu\u00e9 cet arrangement en divisant le Maroc en deux protectorats en 1912. En principe, le sultan reste en charge de l&rsquo;ensemble du pays. Mais ce sont les autorit\u00e9s coloniales qui d\u00e9tiennent le v\u00e9ritable pouvoir et, dans le Rif, les Espagnols s&#8217;emploient \u00e0 coopter les \u00e9lites locales. Cela signifiait que le plus grand nombre possible d&rsquo;entre eux devaient \u00eatre employ\u00e9s par les autorit\u00e9s coloniales. Dans certains cas, il s&rsquo;agissait \u00e9galement de prendre les fils des chefs de tribus et de les \u00e9duquer dans les villes espagnoles, comme des sortes d&rsquo;otages privil\u00e9gi\u00e9s.<\/p>\n<p>Abdelkrim \u00e9tait l&rsquo;un d&rsquo;entre eux. Il \u00e9tait originaire des Ait Waryaghal, la plus grande tribu du Rif, et a v\u00e9cu \u00e0 Melilla pendant plus de dix ans en tant qu&rsquo;enseignant, journaliste et finalement secr\u00e9taire-interpr\u00e8te \u00e0 l&rsquo;Office central des affaires indig\u00e8nes. Il \u00e9tait tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9 par l&rsquo;administration et, de l&rsquo;avis g\u00e9n\u00e9ral, aimait la vie \u00e0 Melilla. \u00c0 un moment donn\u00e9, son p\u00e8re et lui ont m\u00eame demand\u00e9 la nationalit\u00e9 espagnole, mais ils n&rsquo;ont pas re\u00e7u de r\u00e9ponse.<\/p>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-6189 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/7.jpg?resize=618%2C397&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"618\" height=\"397\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/7.jpg?w=624&amp;ssl=1 624w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/07\/7.jpg?resize=389%2C250&amp;ssl=1 389w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><\/p>\n<p>Les relations entre les Ait Waryaghal et les Espagnols commenc\u00e8rent \u00e0 se d\u00e9t\u00e9riorer pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale. L&rsquo;Espagne \u00e9tait neutre, mais Abdelkrim \u00e9tait connu, en partie gr\u00e2ce \u00e0 son journalisme, pour ses critiques \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du colonialisme fran\u00e7ais. De plus, son p\u00e8re soutenait discr\u00e8tement des agents allemands dans le Rif. En septembre 1915, les autorit\u00e9s espagnoles ont emprisonn\u00e9 Abdelkrim.<\/p>\n<p>Un peu moins d&rsquo;un an plus tard, il est lib\u00e9r\u00e9. Il quitte Melilla et rejoint son p\u00e8re \u00e0 Ajdir, au fin fond du Rif. Les autorit\u00e9s espagnoles font revenir son jeune fr\u00e8re de Madrid. En 1920, la famille avait effectivement rompu les liens avec les Espagnols et organisait la r\u00e9sistance. Lorsque son p\u00e8re meurt subitement cette ann\u00e9e-l\u00e0, Abdelkrim prend le contr\u00f4le.<\/p>\n<p>Les pr\u00e9paratifs de la bataille d&rsquo;Anoual ont \u00e9t\u00e9 complexes, mais sous le commandement du g\u00e9n\u00e9ral Manuel Fern\u00e1ndez Silvestre, les Espagnols empi\u00e9taient de plus en plus sur le centre du Rif. Cette situation exasp\u00e8re les tribus et met \u00e0 rude \u00e9preuve l&rsquo;arm\u00e9e coloniale. Des \u00e9v\u00e9nements particuliers, tels que le bombardement non provoqu\u00e9 par les Espagnols, en avril 1921, d&rsquo;un march\u00e9 \u00e0 Boukidan, une ville proche d&rsquo;Ajdir, ont suscit\u00e9 la fureur. L&rsquo;occasion se pr\u00e9sentait d&rsquo;unir les tribus fissur\u00e9es, Abdelkrim la saisit.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la victoire d&rsquo;Anoual, Abdelkrim a combattu l&rsquo;Espagne jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;impasse. En 1923, la R\u00e9publique du Rif est officiellement fond\u00e9e. Elle cherche \u00e0 se faire reconna\u00eetre par la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations et trouve des poches de soutien international. En France, la gauche milite pour la cause rifaine. En Grande-Bretagne, un comit\u00e9 de soutien est cr\u00e9\u00e9 pour faire pression sur le gouvernement afin qu&rsquo;il reconnaisse l&rsquo;\u00c9tat rifain. Les musulmans indiens envoient des dons.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, le gouvernement d&rsquo;Abdelkrim d\u00e9veloppe l&rsquo;appareil d&rsquo;\u00c9tat. Il met en place une bureaucratie centralis\u00e9e et construit des routes, un syst\u00e8me t\u00e9l\u00e9phonique et un r\u00e9seau de postes de commandement militaires. Il cr\u00e9e une arm\u00e9e permanente dans laquelle les d\u00e9serteurs des R\u00e9guliers, les troupes majoritairement rifaines de l&rsquo;arm\u00e9e coloniale espagnole, jouent un r\u00f4le important. Il cr\u00e9e sa propre monnaie, la Riffiya, qui est imprim\u00e9e mais ne circule jamais. Elle a \u00e9galement adopt\u00e9 un drapeau. Le croissant de lune vert \u00e9tait une d\u00e9claration religieuse claire.<\/p>\n<p>Il y a eu quelques tentatives pour mettre en place des services d&rsquo;\u00e9ducation et de sant\u00e9, mais elles ont finalement \u00e9t\u00e9 frein\u00e9es par le manque de personnel qualifi\u00e9 et, surtout, par la guerre en cours, qui a tout englouti.<\/p>\n<p>Mais la guerre a \u00e9t\u00e9 perdue d\u00e8s qu&rsquo;Abdelkrim a attaqu\u00e9 les Fran\u00e7ais, les entra\u00eenant dans le conflit. En 1926, les arm\u00e9es espagnoles et fran\u00e7aises r\u00e9unies contre la R\u00e9publique du Rif d\u00e9passaient les 250 000 hommes.<\/p>\n<p>Abdelkrim se rendit et fut exil\u00e9 \u00e0 La Reuni\u00f3n, l&rsquo;\u00eele fran\u00e7aise au large de Madagascar. (Vingt et un ans plus tard, alors qu&rsquo;il \u00e9tait transport\u00e9 en France, il s&rsquo;\u00e9chappa au Caire). Le Rif se dissout dans son organisation tribale traditionnelle. L&rsquo;Espagne r\u00e9tablit le contr\u00f4le du protectorat, qui dura jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance du Maroc en 1956.<\/p>\n<p><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n<p>La guerre du Rif, [cxiv] dans le nord du Maroc, est connue pour ses films romantiques et ses romans sur la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re fran\u00e7aise, comme <em>Beau Geste<\/em>. En r\u00e9alit\u00e9, l\u2019intervention fran\u00e7aise, bien que tr\u00e8s importante, fut tardive et secondaire par rapport \u00e0 celle des Espagnols.<\/p>\n<p>L&rsquo;Espagne combattait en Afrique du Nord depuis 1909 afin de s&#8217;emparer de nouvelles possessions coloniales, au moins en partie pour compenser la r\u00e9cente perte de Cuba et des Philippines au profit des \u00c9tats-Unis. Ce n&rsquo;\u00e9tait cependant pas une route facile et l&rsquo;Espagne a subi des catastrophes telles que Barranco del Lobo et des victoires comme la charge de cavalerie \u00e0 Taxdirt en 1913, et il a d\u00fb affronter des ennemis comme Mezzian, El Roghi ou le c\u00e9l\u00e8bre El Raisouni. La r\u00e9volte d&rsquo;Abdelkrim causa la mort de milliers d\u2019Espagnols \u00e0 Anoual en 1921, au cours de laquelle une grande partie de la nouvelle colonie fut perdue, au moins temporairement.<\/p>\n<p>La guerre a \u00e9galement vu l&rsquo;arm\u00e9e espagnole compl\u00e8tement r\u00e9form\u00e9e, atteignant de nouveaux niveaux d&rsquo;efficacit\u00e9 avec la fondation de la L\u00e9gion espagnole et le recrutement de soldats marocains des <em>Regulares<\/em>. Ces troupes, ainsi qu&rsquo;une multitude de commandants qui ont fait leurs d\u00e9buts au combat dans le Rif, tels que Franco, Mola, Queipo de Llano et Kindel\u00e1n, combattront plus tard dans la guerre civile espagnole. Ces commandants seront appel\u00e9s les \u00ab <em>Africanistas<\/em> \u00bb et constitueront le noyau dur des militaires qui se soul\u00e8veront contre le gouvernement en 1936.<\/p>\n<p><strong>Notes de fin de texte\u00a0:<\/strong><\/p>\n[i] Bouaziz, M. (2021). Anoual, l\u2019\u00e9pop\u00e9e d\u2019Al Khattabi.\u00a0<em>NAQD<\/em>, <em>5<\/em>, 9-13.\u00a0R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/naqd.hs5.0009\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/naqd.hs5.0009<\/a><\/p>\n[ii] Droz, B. (2010). Courcelle-Labrousse Vincent et Marmi\u00e9 Nicolas, La guerre du Rif-Maroc (1921-1926).\u00a0<em>Outre-Mers. Revue d&rsquo;histoire<\/em>,\u00a0<em>97<\/em>(368), 455-456.<\/p>\n[iii] Garcia de Gabiola, Javier. (2022). <em>Rif War. Volume 1: From Taxdirt to the Disaster of Annual 1909-1921<\/em>. Warwick, UK: Helion &amp; Company.<\/p>\n[iv] Pennell, C. R. (1982). Ideology and Practical Politics: A Case Study of the Rif War in Morocco, 1921-1926. <em>International Journal of Middle East Studies<\/em>, <em>14<\/em>(1), 19-33. <a href=\"http:\/\/www.jstor.org\/stable\/163332\">http:\/\/www.jstor.org\/stable\/163332<\/a><\/p>\n[v] Gabert, P. (1970). G. Maurer, Les montagnes du Rif marocain. Etude g\u00e9omorphologique.\u00a0<em>M\u00e9diterran\u00e9e<\/em>,\u00a0<em>1<\/em>(1), 89-91.<\/p>\n[vi] Allain, Jean-Claude. (1976). <em>Agadir 1911 : Une crise imp\u00e9rialiste en Europe pour la conqu\u00eate du Maroc<\/em>. Paris\u00a0: Universit\u00e9 de Paris I Panth\u00e9on-Sorbonne.<\/p>\n[vii] Ibid.<\/p>\n[viii] Trait\u00e9 conclu entre la France et le Maroc le 30 mars 1912 \u00e0 F\u00e8s, pour l&rsquo;organisation du protectorat fran\u00e7ais dans l&#8217;empire ch\u00e9rifien.<\/p>\n[ix] Mateo Dieste, Josep Liu\u00eds, &amp; Villanova, Jos\u00e9 Luis. (2013). Les interventores du protectorat espagnol au Maroc : Contextes de production d&rsquo;une connaissance politique des cabilas<em>. Cahiers d\u2019\u00e9tudes africaines, 211<\/em> (3)<em>, 2013.<\/em><\/p>\n[x] Gilles Lapouge, Gilles. (1955). Le statut juridique du Maghreb &#8211; Maroc : le r\u00e9gime international de l\u2019empire ch\u00e9rifien depuis la fin du xixe si\u00e8cle. <em>Le Monde diplomatique<\/em>, <em>6-7<\/em>. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de <a href=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/1955\/11\/LAPOUGE\/21601\">https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/1955\/11\/LAPOUGE\/21601<\/a><\/p>\n[xi] L\u00f3pez -Garc\u00eda, Bernarb\u00e9. (1991). Entre Europe et Orient Ceuta et Melilla. <em>Revue des mondes musulmans et de la M\u00e9diterran\u00e9e, 59-60<\/em>, 164-180. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/remmm_0997-1327_1991_num_59_1_2679\">https:\/\/www.persee.fr\/doc\/remmm_0997-1327_1991_num_59_1_2679<\/a><\/p>\n[xii] Ibid.<\/p>\n[xiii] Lafkioui, M.B. (2007).\u00a0<em>Atlas linguistique des vari\u00e9t\u00e9s berb\u00e8res du Rif<\/em>. K\u00f6ln\u00a0: R\u00fcdiger K\u00f6ppe Verlag.<\/p>\n[xiv]\u00a0Nahhass, Badiha. (2022). \u00a0Les lieux de m\u00e9moire dans le Rif et la fabrique d\u2019une nouvelle identit\u00e9 du territoire.\u00a0<em>Les Cahiers d\u2019EMAM, 34<\/em>.\u00a0R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de http:\/\/journals.openedition.org\/emam\/4522;\u00a0DOI: <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/emam.4522\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/emam.4522<\/a><\/p>\n[xv] Pennell, Charles Edmund Richard. (1979).\u00a0A critical investigation of the opposition of the Rifi confederation led by Muhammed bin &lsquo;Abd al-Karim al-Khattabi to Spanish colonial expansion in northern Morocco, 1920-1925, and its political and social background.\u00a0University of Leeds: Etheses.whiterose.ac.uk.<\/p>\n[xvi] Hart, David M. (1976). <em>The Aith Waryaghar of the Moroccan Rif: An Ethnography and History<\/em>. Tucson, Arizona: University of Arizona Press.<\/p>\n[xvii] Surhone, Lambert M., Timpledon, Miriam T., &amp; Marseken, Susan F. (Eds.) (2010). <em>Rif War (1920): Interwar Period, Rif War (1893\u20131894), Rif War (1909), Abd el-Krim, Ajdir<\/em>. Beau Bassin, Mauritius: Betascript Publishing.<\/p>\n[xviii] Ricard, Robert. (1946). Contribution \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude du mouvement africaniste en Espagne de 1860 \u00e0 1912. <em>Bulletin hispanique, 48<\/em>(3), 247-261. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/hispa_0007-4640_1946_num_48_3_3054#:~:text=Le%20mouvement%20africaniste%20en%20Espagne%2C%20par%20suite%20d'une%20%C3%A9mulation,Sociedad%20de%20Africanistas%20y%20Colonistas\">https:\/\/www.persee.fr\/doc\/hispa_0007-4640_1946_num_48_3_3054#:~:text=Le%20mouvement%20africaniste%20en%20Espagne%2C%20par%20suite%20d&rsquo;une%20%C3%A9mulation,Sociedad%20de%20Africanistas%20y%20Colonistas<\/a>.<\/p>\n[xix] Balfour, Sebastian, &amp; La Porte, Pablo. (2000). Spanish Military Cultures and the Moroccan<\/p>\n<p>Wars, 1909-36. <em>European History Quarterly<\/em>, <em>30<\/em>(3), 307\u2013332, p. 307. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de <a href=\"https:\/\/library.fes.de\/libalt\/journals\/swetsfulltext\/8338101.pdf\">https:\/\/library.fes.de\/libalt\/journals\/swetsfulltext\/8338101.pdf<\/a><\/p>\n[xx] Fontaine, Pierre. (1958).\u00a0<em>Abd-el-Krim: origine de la r\u00e9bellion nord-<\/em>africaine (p. 28). Paris: Le Sept Couleurs.<\/p>\n[xxi] Patrice\u00a0Amarger,\u00a0Patrice. (2014). <em>Une splendide petite guerre\u00a0: Cuba 1898\u00a0: r\u00e9cit d&rsquo;histoire<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9d. de la Bisquine,\u00a0coll.\u00a0\u00ab\u00a0Vies en miroir\u00a0\u00bb.<\/p>\n[xxii] Balfour, Sebastian. (2002).\u00a0<em>Deadly Embrace: Morocco and the Road to the Spanish Civil War<\/em> (p. 10). Oxford: Oxford University.<\/p>\n[xxiii] Carr, Raymond. (1966).\u00a0<em>Spain, 1808-1939 <\/em>(p. 379). Oxford: Clarendon Press.<\/p>\n[xxiv] P\u00e9rez, Jos\u00e9 Vicente Herrero. (2017).\u00a0<em>The Spanish Military and Warfare from 1899 to the Civil War: The Uncertain Path to Victory<\/em>. London: Palgrave Macmillan.<\/p>\n[xxv] Carr, Raymond. (1966).\u00a0Op. cit.<\/p>\n[xxvi] Pechkoff, Zinovi. (2009).\u00a0<em>The Bugle Sounds: Life in the Foreign Legion <\/em>(p. 249). Uckfield: Naval and Military Press.<\/p>\n[xxvii] Merry del Val, Alfonso. (1920). The Spanish Zones in Morocco (Continued).\u00a0<em>The Geographical Journal<\/em>, <em>55<\/em>(6),\u00a0409-419. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de <a href=\"http:\/\/links.jstor.org\/sici?sici=0016-7398%28192006%2955%3A6%3C409%3ATSZIM%28%3E2.0.CO%3B2-D\">http:\/\/links.jstor.org\/sici?sici=0016-7398%28192006%2955%3A6%3C409%3ATSZIM%28%3E2.0.CO%3B2-D<\/a><\/p>\n[xxviii] Maroto, Alfonso Jos\u00e9 Jim\u00e9nez. (2020). El Tercio de Extranjeros, la reminiscencia de los m\u00edticos Tercios de Flandes. <em>El Faro de Ceuta<\/em>. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de <a href=\"https:\/\/elfarodeceuta.es\/el-tercio-de-extranjeros-la-reminiscencia-de-los-miticos-tercios-de-flandes\/\">https:\/\/elfarodeceuta.es\/el-tercio-de-extranjeros-la-reminiscencia-de-los-miticos-tercios-de-flandes\/<\/a><\/p>\n[xxix] Jim\u00e9nez, Carlos Rodr\u00edguez. (2006). Una unidad en los or\u00edgenes del fascismo en Espa\u00f1a: la Legi\u00f3n.\u00a0<em>Pasado y memoria. Revista de Historia Contempor\u00e1nea<\/em>, <em>5<\/em>,\u00a0219-240. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de <a href=\"https:\/\/rua.ua.es\/dspace\/bitstream\/10045\/5925\/1\/PYM_05_11.pdf\">https:\/\/rua.ua.es\/dspace\/bitstream\/10045\/5925\/1\/PYM_05_11.pdf<\/a><\/p>\n[xxx] de Madariaga, M. R. (2021). La figure d\u2019Abdelkrim Al Khattabi \u00e0 la hauteur de notre temps.\u00a0<em>NAQD<\/em>, <em>1<\/em>, 15-24.<\/p>\n[xxxi] \u00c9tienne, B. (2008). Abdelkader (1807-1882) notre f \u2234 l\u2019\u00e9mir.\u00a0<em>La cha\u00eene d&rsquo;union<\/em>, <em>44<\/em>, 58-67.\u00a0R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/cdu.044.0058\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/cdu.044.0058<\/a><\/p>\n[xxxii] Mi\u00e8ge, J. (1993). Chapitre VI. La premi\u00e8re guerre mondiale et le probl\u00e8me colonial. Dans :\u00a0 J.\u00a0Mi\u00e8ge,\u00a0<em>Expansion europ\u00e9enne et d\u00e9colonisation: De 1870 \u00e0 nos jours<\/em>\u00a0(pp. 281-296). Paris cedex 14: Presses Universitaires de France.<\/p>\n[xxxiii]\u00a0Amarger, Patrice. (2014).\u00a0<em>Une splendide petite guerre\u00a0: Cuba 1898\u00a0: r\u00e9cit d&rsquo;histoire<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9d. de la Bisquine,\u00a0coll.\u00a0\u00ab\u00a0Vies en miroir\u00a0\u00bb.<\/p>\n[xxxiv] \u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Carolyn_P._Boyd\"> Boyd<\/a>, Carolyn P. (2003).\u00a0<em>Alfonso XIII\u00a0: Un pol\u00edtico en el trono<\/em>. Madrid:\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Marcial_Pons\">Marcial Pons<\/a>.<\/p>\n[xxxv] Ibid.<\/p>\n[xxxvi] Maddy-Weitzman, B. (2012). Abdelkrim: Whose hero is he? The politics of contested memory in Today&rsquo;s Morocco.\u00a0<em>The Brown Journal of World Affairs<\/em>,\u00a0<em>18<\/em>(2), 141-149.<\/p>\n[xxxvii] Daudin, Pascal. (2022). The Rif War: A forgotten war? <em>International Review of the Red Cross, 105<\/em>(923),1-33<\/p>\n<p>DOI: 10.1017\/S1816383122001023<\/p>\n[xxxviii] La Porte Fern\u00e1ndez-Alfaro,\u00a0Pablo. (2001).<em> La atracci\u00f3n del Im\u00e1n. El desastre de Annual y sus repercusiones en la pol\u00edtica europea (1921-1923)<\/em>. Madrid\u00a0: Biblioteca Nueva.<\/p>\n[xxxix] Charki, Mimoun. (2003). <em>L&#8217;emir guerillero. My. Mohamed Abdelkrim El Khattabi<\/em>. Casablanca\u00a0: Collection Histoire et Lectures politiques<\/p>\n[xl] Bessac-Vaure, S. (2016). La R\u00e9publique du Rif: Un \u00c9tat ind\u00e9pendant dans le Maghreb colonial\u00a0?. Dans : Afifa Bererhi (\u00e9d.),\u00a0<em>D\u00e9fis d\u00e9mocratiques et affirmation nationale: Alg\u00e9rie. 1900-1962<\/em>\u00a0(pp. 330-341). Alger: Chihab \u00c9ditions.\u00a0<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/chihab.berer.2016.01.0330\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/chihab.berer.2016.01.0330<\/a><\/p>\n[xli] Chtatou, Mohamed.<\/p>\n[xlii] \u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/w\/index.php?title=Francisco_Al%C3%ADa_Miranda&amp;action=edit&amp;redlink=1\"> Miranda<\/a>, Francisco\u00a0Al\u00eda. (2023).\u00a0<em>La dictadura de Primo de Rivera (1923-1930). Paradojas y contradicciones del nuevo r\u00e9gimen<\/em>. Madrid: Los Libros de la Catarata.<\/p>\n[xliii] Jowett, Philip, &amp; Windrow, Martin. (2024). <em>The Rif War 1921\u201326. Morocco&rsquo;s Berber Uprising<\/em>. London, UK: Bloomsbury Publishing.<\/p>\n[xliv] Dusserre, A. &amp;\u00a0Marly, M. (2023). La guerre du Rif: Histoire connect\u00e9e, m\u00e9moires divergentes (1921-2021).\u00a0<em>20 &amp; 21. Revue d&rsquo;histoire<\/em>, 158, 3-20.\u00a0<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3917\/vin.158.0003\">https:\/\/doi.org\/10.3917\/vin.158.0003<\/a><\/p>\n[xlv] Ruscio, Alain. (2020). 1925, guerre du Rif. L\u2019alliance entre P\u00e9tain et Franco contre les insurg\u00e9s marocains. Orient XXI. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de <a href=\"https:\/\/orientxxi.info\/magazine\/1925-guerre-du-rif-l-alliance-entre-petain-et-franco-contre-les-insurges,4388\">https:\/\/orientxxi.info\/magazine\/1925-guerre-du-rif-l-alliance-entre-petain-et-franco-contre-les-insurges,4388<\/a><\/p>\n[xlvi] Chotzen, Anna. (2014). Beyond Bounds: Morocco&rsquo;s Rif War and the Limits of International Law. <em>Humanity Journal, 5<\/em>(1).<\/p>\n[xlvii] Beevor, Antony. (1982). <em>The Spanish civil War<\/em>. Londres: Orbis.<\/p>\n<p>Antony Beevor, Antony. (2006). La Guerre d&rsquo;Espagne [\u00ab The Battle for Spain \u00bb] (trad. de l&rsquo;anglais par Jean-Fran\u00e7ois Sen\u00e9). Paris\u00a0: Calmann-L\u00e9vy.<\/p>\n[xlviii] Hart, David M. (1976).\u00a0Op. cit. p. 374.<\/p>\n[xlix] Kozlowski, Nina. (2023). L\u2019Espagne a perdu 22 000 soldats \u00e0 Anoual et dans les combats qui ont suivi. Jeune Afrique. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de <a href=\"https:\/\/www.jeuneafrique.com\/1457515\/culture\/a-la-bataille-danoual-le-maroc-inflige-une-cuisante-defaite-a-lespagne\/\">https:\/\/www.jeuneafrique.com\/1457515\/culture\/a-la-bataille-danoual-le-maroc-inflige-une-cuisante-defaite-a-lespagne\/<\/a><\/p>\n[l] Gallissot, Andr\u00e9 (Ed.). (1973). <em>Abd el-Krim et la R\u00e9publique du Rif.\u00a0<\/em>Ouvrage collectif, Actes du Colloque international d&rsquo;Etudes historiques et sociologiques, 18-20 janvier 1973. Paris\u00a0: Fran\u00e7ois Masp\u00e9ro.<\/p>\n[li] Fern\u00e1ndez, Daniel Mac\u00edas. (2021).\u00a0<em>A cien a\u00f1os de Annual\u00a0: La guerra de Marruecos<\/em>. Madrid\u00a0: Desperta Ferro,\u00a0coll.\u00a0\u00ab\u00a0Historia de Espa\u00f1a\u00a0\u00bb.<\/p>\n[lii] Lorente, Gerardo Mu\u00f1oz. (2021).\u00a0<em>El desastre de Annual\u00a0: Los espa\u00f1oles que lucharon en \u00c1frica<\/em>. Cordoue\u00a0: Almuzara.<\/p>\n[liii] Mi\u00e8ge, Jean-Louis. (1973). L&rsquo;arri\u00e8re-plan diplomatique de la guerre du Rif. <em>Revue des mondes musulmans et de la M\u00e9diterran\u00e9e, 15-16<\/em>, 219-230. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/remmm_0035-1474_1973_num_15_1_1242\">https:\/\/www.persee.fr\/doc\/remmm_0035-1474_1973_num_15_1_1242<\/a><\/p>\n[liv] <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/w\/index.php?title=Francisco_Al%C3%ADa_Miranda&amp;action=edit&amp;redlink=1\">\u00a0Miranda<\/a>, Francisco\u00a0Al\u00eda. (2023). \u00a0<em>La dictadura de Primo de Rivera (1923-1930). Paradojas y contradicciones del nuevo r\u00e9gimen<\/em>. Madrid\u00a0: Los Libros de la Catarata.<\/p>\n[lv] G\u00f3mez-Navarro, Jos\u00e9 Luis. (2003). El rey en la dictadura. Dans Javier Moreno Luz\u00f3n (Ed.), <em>Alfonso XIII. <\/em><em>Un pol\u00edtico en el trono<\/em> (pp. 337-371). Madrid: Marcial Pons.<\/p>\n[lvi] Morales, Gustavo, &amp; Luis Togores, Luis. (2020).\u00a0<em>Cien a\u00f1os de la Legi\u00f3n espa\u00f1ola<\/em>. Madrid\u00a0: La esfera de los libros.<\/p>\n[lvii] Jim\u00e9nez, Carlos Rodr\u00edguez. (2006). Una unidad en los or\u00edgenes del fascismo en Espa\u00f1a: la Legi\u00f3n.\u00a0<em>Pasado y memoria. Revista de Historia Contempor\u00e1nea<\/em>, <em>5<\/em>,\u200e 219-240. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de <a href=\"https:\/\/rua.ua.es\/dspace\/bitstream\/10045\/5925\/1\/PYM_05_11.pdf\">https:\/\/rua.ua.es\/dspace\/bitstream\/10045\/5925\/1\/PYM_05_11.pdf<\/a><\/p>\n[lviii]\u00a0Messari,\u00a0Nizar. (2014). L\u2019utilisation des armes chimiques pendant la guerre du Rif (1921-1926) ou de l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 des fronti\u00e8res et des s\u00e9parations en politique.\u00a0<em>Cultures &amp; Conflits<\/em>. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de http:\/\/journals.openedition.org\/conflits\/18827;\u00a0DOI: <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/conflits.18827\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/conflits.18827<\/a><\/p>\n[lix]Mi\u00e8ge, Jean-Louis. (1973). Op. cit., p. 225.<\/p>\n[lx] Pennell, C. R. (1986). <em>A country with a government and a flag: the Rif War in Morocco, 1921-1926<\/em>. Outwell, Wisbech, Cambridgeshire, England: Middle East &amp; North African Studies Press Ltd.<\/p>\n[lxi] Moreno, Juan Palma. (2001).\u00a0<em>Annual 1921: 80 A\u00f1os del Desastre <\/em>(p. 74). Madrid: Almena Ediciones.<\/p>\n[lxii] Cabrera, Mercedes. (2021). La sombra marroqu\u00ed: Consecuencias pol\u00edticas de las campa\u00f1as norteafricanas. Dans Daniel Mac\u00edas Fern\u00e1ndez (Ed.), <em>A cien a\u00f1os de Annual. <\/em><em>La guerra de Marruecos<\/em>. Madrid: Desperta Ferro Ediciones.<\/p>\n[lxiii] Plummer, Comer. (2024). The Bogeyman Cometh: The Annual Disaster. <em>Military History Online. <\/em>R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de <a href=\"https:\/\/www.militaryhistoryonline.com\/Modern\/BattleOfAnnual\">https:\/\/www.militaryhistoryonline.com\/Modern\/BattleOfAnnual<\/a><\/p>\n[lxiv] Ibid.<\/p>\n[lxv] Albi de la Cuesta, Julio. (2016).\u202f<em>En torno a Annual<\/em> (p. 303). Madrid:\u202fMinisterio de Defensa.<\/p>\n<p>Moreno, Juan Palma. (2001).\u00a0Op. cit., p. 77.<\/p>\n[lxvi] Le nombre de soldats varie selon les r\u00e9cits. Voir Albi de La Cuesta, Julio. (2016). Op. cit., pp. 295-97 ; Moreno, Juan Palma. (2001).\u00a0Op. cit., pp. 74-75.<\/p>\n[lxvii] Albi de La Cuesta, Julio. (2016). Op. cit., p. 318.<\/p>\n[lxviii] Garcia de Gabiola, Javier. (2022).\u00a0 Op. cit., p. 66.<\/p>\n[lxix] Caballero Poveda, Fernando. (1983).\u00a0<a href=\"https:\/\/web.archive.org\/web\/20210810123240\/http:\/www.bibliotecavirtualdefensa.es\/BVMDefensa\/es\/catalogo_imagenes\/grupo.do?path=74653\">Marruecos. La campa\u00f1a de 1921. Cifras reales<\/a>.\u00a0<em>Revista Ej\u00e9rcito: Revista de las armas y servicios<\/em>, <em>XLIV<\/em>(522), 81-94.<\/p>\n[lxx] \u00a0Raymond Carr. (1966).\u00a0Op. cit., p. 379.<\/p>\n[lxxi] V\u00e9lez, Manuel Serrano. (2018).\u00a0<em>Silvestre o el sue\u00f1o de un imperio<\/em>.\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cordoue\">Cordoue<\/a>: Almuzara,\u00a0coll.\u00a0\u00ab\u00a0Memorias y Biograf\u00edas\u00a0\u00bb.<\/p>\n[lxxii] Moreno, Juan Palma. (2001).\u00a0Op. cit., p. 78\u00a0; Albi de la Cuesta, Julio. (2016). Op. cit., pp. 302-04\u00a0; &amp;<\/p>\n<p>Courcelle-Labrousse, Vincent, &amp; Nicolas Marmi\u00e9.\u00a0(2008). <em>La Guerre du Rif <\/em>(pp. 64-65). Paris: Editions Tallandier,<\/p>\n[lxxiii] Carr, Raymond. (1966). \u00a0<em>Spain, 1808-1939<\/em>\u00a0(p. 379). Oxford: Clarendon Press.<\/p>\n[lxxiv] Moreno, Juan Palma. (2001).\u00a0Op. cit., p. 74.<\/p>\n[lxxv] Albi de la Cuesta, Julio. (2016).\u00a0<em>El Alcantara 1921. La Caballeria en el desastre de Annual<\/em>\u00a0(p.\u00a062).\u00a0<a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Madrid\">Madrid<\/a>, Spain: Almena Ediciones.<\/p>\n[lxxvi] Ibid, p.\u00a0 303 &amp; Moreno, Juan Palma. (2001).\u00a0Op. cit., p. 77.<\/p>\n[lxxvii] Villatoro, Manuel P. (2016, 10 August). Los 16 h\u00e9roes de la Legi\u00f3n que defendieron el \u00ab\u00a0Blocao de la muerte\u00a0\u00bb contra cientos de rife\u00f1os. <em>Diario ABC<\/em>. Madrid, Spain: Diario ABC, S.L. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de <a href=\"https:\/\/web.archive.org\/web\/20160813040734\/https:\/www.abc.es\/historia\/abci-16-heroes-legion-defendieron-blocao-muerte-contra-cientos-rifenos-201608100146_noticia.html\">https:\/\/web.archive.org\/web\/20160813040734\/https:\/\/www.abc.es\/historia\/abci-16-heroes-legion-defendieron-blocao-muerte-contra-cientos-rifenos-201608100146_noticia.html<\/a><\/p>\n[lxxviii] Le nombre de soldats varie selon les r\u00e9cits. Voir Albi de La Cuesta, Julio. (2016). Op. cit., pp. 295-97 &amp; Moreno, Juan Palma. (2001).\u00a0Op. cit., pp. 74-75.<\/p>\n[lxxix] Pechkoff, Zinovi. (2009).\u00a0Op. cti., pp. 83-84.<\/p>\n[lxxx] Albi de la Cuesta, Julio. (2016). Op. cit., p.\u00a0 318.<\/p>\n[lxxxi] Courcelle-Labrousse, Vincent, &amp; Marmi\u00e9, Nicolas. (2008).\u00a0<em>La Guerre du Rif <\/em>(65-66). Paris: Editions Tallandier.<\/p>\n[lxxxii] Ortega Y Gasset, Eduardo. (2016).\u00a0<em>Annual <\/em>(p. 39). Madrid: Ediciones del Viento.<\/p>\n[lxxxiii] Moreno, Juan Palma. (2001).\u00a0Op. cit., pp., 80-82.<\/p>\n[lxxxiv] Ibid.<\/p>\n[lxxxv] Woolman, David S. (1968). <em>Rebels in the Riff <\/em>(p. 92). Stanford: Stanford University Press.<\/p>\n[lxxxvi] Ortega Y Gasset, Eduardo. (2016).\u00a0Op. cit., p. 41.<\/p>\n[lxxxvii] Woolman, David S. (1968). Op. cit., p. 92.<\/p>\n[lxxxviii] Eduardo y Ortega Y. \u00a0Gasset, Eduardo. (2016). <em>Annual<\/em> (p. 36). (Madrid : Ediciones del Viento. Selon Gasset, 16 Espagnols sont revenus \u00e0 Anoual, mais tous ont succomb\u00e9 \u00e0 un coup de chaleur ou \u00e0 l&rsquo;\u00e9puisement. Moreno, Juan Palma. (2001). <em>Annuel 1921 : 80 A\u00f1os del Desastre<\/em> (p. 73).Madrid: Almena Ediciones. Selon Moreno, un sergent et 10 soldats atteignent les lignes espagnoles ; parmi les autres, un lieutenant et 22 soldats sont captur\u00e9s. Woolman, David S. (1968). Rebels in the Riff (p. 90). Stanford : Stanford University Press,. Woolman affirme que 25 d&rsquo;entre eux sont parvenus \u00e0 se mettre \u00e0 l&rsquo;abri et que 16 sont morts par la suite.<\/p>\n[lxxxix] Pechkoff, Zinovi. (2009).\u00a0Op. cti., pp. 83-84.<\/p>\n[xc] Ibid.<\/p>\n[xci]\u00a0Albi de la Cuesta, Julio. (2016). Op. cit., p. 318.<\/p>\n[xcii] Ortega Y Gasset, Eduardo. (2016).\u00a0Op. cit., pp. 44-45, 47-48 &amp; Courcelle-Labrousse, Vincent, &amp; Nicolas Marmi\u00e9.\u00a0(2008). <em>La Guerre du Rif<\/em>. Op. cit., pp. 66-67.<\/p>\n[xciii] Teyssier, Arnaud. (2004).\u00a0<em>Lyautey<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions Perrin.<\/p>\n[xciv] Woolman, David S. (1968). Op. cit., p. 101.<\/p>\n[xcv] Albi de la Cuesta, , Julio. (2016). Op. Cit., p. 277.<\/p>\n[xcvi] Woolman, David S. (1968). Op. cit., p. 92.<\/p>\n[xcvii] Balfour, Sebastian, &amp; La Porte, Pablo. (2000). Op. cit., p. 74.<\/p>\n[xcviii] Woolman, David S. (1968). Op. cit., p. 93 &amp; Perry, James. (2005).\u00a0<em>Arrogant Armies Great Military Disasters and the Generals Behind Them <\/em>(p. 282). Edison: Castle Books.<\/p>\n[xcix] Woolman, David S. (1968). Op. cit., p. 93.<\/p>\n[c] Harris, Walter B. (2014). Op. cit., p. 72.<\/p>\n[ci] Daoud Zakya.\u00a0(1999). <em>Abdelkrim: Une \u00e9pop\u00e9e d\u2019or et de sang <\/em>(p.108). Biarritz: S\u00e9guier &amp; Woolman, David S. (1968). Op. cit., p. 96.<\/p>\n[cii] Pennell, C. R. (2017). How and why to remember the Rif War (1921\u20132021).\u00a0<em>The Journal of North African Studies<\/em>,\u00a0<em>22<\/em>(5), 798\u2013820. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/13629387.2017.1361826\">https:\/\/doi.org\/10.1080\/13629387.2017.1361826<\/a><\/p>\n[ciii] Miller, Webb. (2011).\u00a0<em>I Found No Peace: A Journey Through the Age of Extremes <\/em>(p. 135). London: deCourberin Books.<\/p>\n[civ] Harris, Walter B. (2014).\u00a0 Op. cit. pp. 290-91.<\/p>\n[cv] C.R. Pennell. (1986). Op. ct., p. 19<\/p>\n[cvi] Victor Barracand, Victor. (1927).\u00a0<em>La Guerre du Rif <\/em>(p. 29). Paris: Larochet et Dawant.<\/p>\n[cvii] Haymante, Isaulde. (2019). 27 mai 1926 Abdelkrim se rend aux Fran\u00e7ais. <em>Herodote.net<\/em>. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de <a href=\"https:\/\/www.herodote.net\/27_mai_1926-evenement-19260527.php\">https:\/\/www.herodote.net\/27_mai_1926-evenement-19260527.php<\/a><\/p>\n[cviii] Mart\u00ednez, F. J. (2020). Portuguese soldiers in Morocco\u2019s Rif War (1921-27): participation, prisoners and the intervention of the Portuguese Red Cross. In F. J. Mart\u00ednez (Ed.),\u00a0<em>Entangled peripheries. New contributions to the history of Portugal and Morocco<\/em>\u00a0(1\u2011). Publica\u00e7\u00f5es do Cidehus. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4000\/books.cidehus.12748\">https:\/\/doi.org\/10.4000\/books.cidehus.12748<\/a><\/p>\n[cix] Harris, Walter B. (2014).\u00a0<em>France, Spain and the Rif<\/em>. Uckfield, UK: The Naval and Military Press.<\/p>\n[cx] Ibid., pp. 324-25.<\/p>\n[cxi] Ibid.<\/p>\n[cxii] Daoud Zakya.\u00a0(1999). <em>Abdelkrim: Une \u00e9pop\u00e9e d\u2019or et de sang <\/em>(p. 408). Biarritz: S\u00e9guier.<\/p>\n[cxiii] Balfour, Sebastian, &amp; La Porte, Pablo. (2000). Op. cit., p. 316.<\/p>\n[cxiv] Bennis, Samir. (2012). The Rif War: Spain Haunted by Its Inglorious Occupation of Morocco.<\/p>\n<p><em>Morocco World News. <\/em>R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de <a href=\"https:\/\/www.moroccoworldnews.com\/2012\/07\/48219\/the-rif-war-spain-haunted-by-its-inglorious-occupation-of-morocco\">https:\/\/www.moroccoworldnews.com\/2012\/07\/48219\/the-rif-war-spain-haunted-by-its-inglorious-occupation-of-morocco<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La bataille d&rsquo;Anoual [i] est un important d\u00e9sastre militaire pour l&rsquo;arm\u00e9e espagnole en 1921 pendant la guerre du Rif au Maroc. 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