{"id":6988,"date":"2025-07-25T20:46:37","date_gmt":"2025-07-25T19:46:37","guid":{"rendered":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=6988"},"modified":"2025-07-25T20:46:37","modified_gmt":"2025-07-25T19:46:37","slug":"sahel-central-aes-azawad-vers-une-dangereuse-escalade-regionale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/sahel-central-aes-azawad-vers-une-dangereuse-escalade-regionale\/","title":{"rendered":"Sahel central : AES-AZAWAD Vers une dangereuse escalade r\u00e9gionale"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_2333\" aria-describedby=\"caption-attachment-2333\" style=\"width: 250px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-2333\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/FB_IMG_1578659088627.jpg?resize=250%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"Abdoulah ATTAYOUB\" width=\"250\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/FB_IMG_1578659088627.jpg?resize=250%2C250&amp;ssl=1 250w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/FB_IMG_1578659088627.jpg?w=720&amp;ssl=1 720w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2333\" class=\"wp-caption-text\">Abdoulah ATTAYOUB*<\/figcaption><\/figure>\n<p>Le conflit entre l\u2019\u00c9tat central malien et le territoire de l\u2019Azawad, qui dure depuis plus de soixante ans, semble entrer dans une phase critique. Les mois \u00e0 venir pourraient marquer un tournant d\u00e9cisif dans cette crise persistante, qui fragilise la stabilit\u00e9 du Sahel central depuis les premi\u00e8res ann\u00e9es postind\u00e9pendance.<\/p>\n<p>Les revendications de l\u2019Azawad, ant\u00e9rieures \u00e0 la cr\u00e9ation du Mali moderne, demeurent l\u2019un des n\u0153uds fondamentaux \u00e0 r\u00e9soudre pour esp\u00e9rer une paix durable dans la r\u00e9gion. Or, les dynamiques actuelles sur le terrain indiquent une inqui\u00e9tante tendance \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ralisation du conflit, ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9mergence de nouveaux foyers de tensions longtemps rest\u00e9s contenus.<\/p>\n<p>Dans les pays de l\u2019Alliance des \u00c9tats du Sahel (AES), la lutte contre le terrorisme sert trop souvent de pr\u00e9texte \u00e0 des op\u00e9rations ciblant certaines communaut\u00e9s de mani\u00e8re transfrontali\u00e8re. Cette d\u00e9rive r\u00e9v\u00e8le non seulement des agendas cach\u00e9s, mais aussi l\u2019\u00e9volution de certaines arm\u00e9es nationales vers des comportements de milices communautaires. Ce glissement traduit une conception r\u00e9ductrice de la nation, o\u00f9 la s\u00e9curit\u00e9 devient un alibi pour stigmatiser des groupes entiers, qui, au lieu de b\u00e9n\u00e9ficier de la protection de l\u2019\u00c9tat, subissent des exactions r\u00e9currentes.<\/p>\n<p>Dans la pratique, les priorit\u00e9s s\u00e9curitaires semblent orient\u00e9es non vers la neutralisation des menaces r\u00e9elles, mais contre des populations per\u00e7ues comme hostiles ou simplement marginalis\u00e9es par les r\u00e9gimes issus de l\u2019ind\u00e9pendance. L\u2019implication croissante du Burkina Faso et du Niger dans le conflit malien, notamment face \u00e0 la question de l\u2019Azawad, fait planer le spectre d\u2019un embrasement r\u00e9gional aux cons\u00e9quences incontr\u00f4lables.<\/p>\n<p>Cette tentative d\u2019\u00e9largissement du conflit au niveau de l\u2019AES, dans une logique de solidarit\u00e9 militaire, pourrait d\u00e9passer rapidement les fronti\u00e8res nationales et exacerber des tensions interethniques d\u00e9j\u00e0 vives. L\u2019instrumentalisation de l\u2019information, souvent relay\u00e9e par des acteurs ext\u00e9rieurs peu ancr\u00e9s dans la r\u00e9alit\u00e9 sah\u00e9lienne, ne suffit plus \u00e0 masquer la nature profonde de la crise. Les r\u00e9cits guerriers, identitaires et exclusifs n\u2019ont jusqu\u2019ici apport\u00e9 aucune r\u00e9ponse aux d\u00e9fis structurels des pays concern\u00e9s.<\/p>\n<p>De plus en plus isol\u00e9s, certains r\u00e9gimes de l\u2019AES tentent d\u00e9sormais d\u2019\u00e9largir leur discours belliqueux \u00e0 l\u2019ensemble des communaut\u00e9s dites \u00ab nomades \u00bb, dans une fuite en avant p\u00e9rilleuse. Le discours port\u00e9 par certains id\u00e9ologues, relay\u00e9 par une frange extr\u00eame d\u2019un pseudo-panafricanisme, alimente un patriotisme ferm\u00e9, fond\u00e9 sur l\u2019exclusion, \u00e0 rebours d\u2019un v\u00e9ritable projet d\u2019unit\u00e9 sah\u00e9lienne.<\/p>\n<p>L\u2019obsession autour de l\u2019Azawad et la r\u00e9pression brutale contre certaines communaut\u00e9s traduisent une lecture biais\u00e9e et dangereuse de la r\u00e9alit\u00e9 g\u00e9opolitique de la r\u00e9gion. Le recours croissant \u00e0 des milices communautaires ou \u00e0 des mercenaires \u00e9trangers, sous couvert de lutte contre l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, ne fait qu\u2019aggraver les fractures sociales, alors que l\u2019\u00c9tat devrait incarner l\u2019unit\u00e9, la justice et la coh\u00e9sion.<\/p>\n<p>Un tournant est proche. La communaut\u00e9 internationale doit le reconna\u00eetre et s\u2019y pr\u00e9parer, en se r\u00e9engageant de mani\u00e8re responsable, notamment en renouant avec l\u2019esprit des Accords d\u2019Alger. Depuis les ann\u00e9es 1990, l\u2019arm\u00e9e malienne n\u2019a jamais pu contr\u00f4ler durablement la r\u00e9gion de l\u2019Azawad sans un appui ext\u00e9rieur. Aujourd\u2019hui encore, elle n\u2019y op\u00e8re qu\u2019\u00e0 travers l\u2019appui de forces partenaires, devenues de facto cobellig\u00e9rantes.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 le constat largement partag\u00e9 de l\u2019impasse militaire, les partenaires du Mali peinent \u00e0 favoriser une v\u00e9ritable solution politique. Il devient urgent que les institutions internationales, tout comme les puissances engag\u00e9es dans la r\u00e9gion, y compris la Russie et la Turquie, adoptent une lecture lucide de la crise et soutiennent une sortie r\u00e9aliste, fond\u00e9e sur la justice, l\u2019inclusion et la repr\u00e9sentativit\u00e9.<\/p>\n<p>La racine du mal ne r\u00e9side pas dans une quelconque id\u00e9ologie import\u00e9e, mais dans le refus persistant des \u00c9tats postcoloniaux de b\u00e2tir des nations v\u00e9ritablement inclusives. Tant que ces syst\u00e8mes chercheront \u00e0 maintenir des d\u00e9s\u00e9quilibres h\u00e9rit\u00e9s de l\u2019ordre colonial, toute solution durable demeurera illusoire.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, le Burkina Faso et le Niger risquent, chacun \u00e0 leur mani\u00e8re, de raviver des tensions intercommunautaires s\u2019ils poursuivent leur soutien inconditionnel \u00e0 la strat\u00e9gie militaire de la junte malienne contre l\u2019Azawad. L\u2019instrumentalisation des clivages ethniques \u00e0 des fins de survie politique ne fait que complexifier la crise. Dans certaines zones de l\u2019AES, des dynamiques de nettoyage ethnique sont d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u0153uvre, posant une question fondamentale sur la nature m\u00eame de ces \u00c9tats et leur capacit\u00e9 \u00e0 garantir la paix et le vivre-ensemble.<\/p>\n<p>Face \u00e0 ce constat, la communaut\u00e9 internationale ne peut plus se permettre de rester passive ou complaisante. Elle doit favoriser un nouveau pacte de gouvernance, fond\u00e9 sur le libre choix des peuples et une v\u00e9ritable inclusion politique. Il en va de la stabilit\u00e9 du Sahel, mais aussi de la cr\u00e9dibilit\u00e9 des partenaires ext\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>L\u2019Europe, en particulier, doit rompre avec les logiques de coop\u00e9ration anciennes, qui ont souvent marginalis\u00e9 les communaut\u00e9s pastorales. Elle ne peut continuer \u00e0 soutenir des approches discriminatoires qui ignorent la complexit\u00e9 humaine du Sahel, un espace fa\u00e7onn\u00e9 par une mosa\u00efque de peuples aux identit\u00e9s riches et \u00e0 l\u2019histoire profonde. Le d\u00e9calage entre la politique europ\u00e9enne et cette r\u00e9alit\u00e9 explique en grande partie les \u00e9checs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s et l\u2019\u00e9rosion des acquis de l\u2019apr\u00e8s-ind\u00e9pendance.<\/p>\n<p>Le statu quo est intenable. Seuls un projet politique commun, juste et \u00e9quitable, port\u00e9 par l\u2019ensemble des composantes sociales sah\u00e9liennes, pourra offrir une issue durable. C\u2019est \u00e0 cette condition que le d\u00e9veloppement et la paix pourront enfin s\u2019enraciner.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Abdoulahi ATTAYOUB <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Consultant Pr\u00e9sident de l\u2019Organisation de la Diaspora Touar\u00e8gue en Europe (ODTE) <\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le conflit entre l\u2019\u00c9tat central malien et le territoire de l\u2019Azawad, qui dure depuis plus de soixante ans, semble entrer dans une phase critique. Les mois \u00e0 venir pourraient marquer un tournant d\u00e9cisif dans cette crise persistante, qui fragilise la stabilit\u00e9 du Sahel central depuis les premi\u00e8res ann\u00e9es postind\u00e9pendance. 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