{"id":7134,"date":"2025-10-12T23:24:13","date_gmt":"2025-10-12T22:24:13","guid":{"rendered":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=7134"},"modified":"2025-10-12T23:25:05","modified_gmt":"2025-10-12T22:25:05","slug":"soulitte-la-voix-du-rif-sest-tue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/soulitte-la-voix-du-rif-sest-tue\/","title":{"rendered":"Soulitte, la voix du Rif s\u2019est tue"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_7135\" aria-describedby=\"caption-attachment-7135\" style=\"width: 375px\" class=\"wp-caption alignright\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-7135 size-medium\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/FB_IMG_1760307619762.jpg?resize=375%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"375\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/FB_IMG_1760307619762.jpg?resize=375%2C250&amp;ssl=1 375w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/FB_IMG_1760307619762.jpg?w=960&amp;ssl=1 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 375px) 100vw, 375px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-7135\" class=\"wp-caption-text\"><em><strong>Par: Mhamed Lachkar<\/strong><\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p>Je partage ici ces lignes \u00e9crites dans la tristesse, \u00e0 la m\u00e9moire de Soulitte, mon voisin et ami durant plus de vingt-cinq ans. Il fut la voix du Rif, une voix libre et fraternelle que la violence a voulu \u00e9teindre. Cet hommage est aussi celui d\u2019un m\u00e9decin qui, jusqu\u2019au dernier moment, n\u2019avait pas perdu espoir de le voir revenir \u00e0 la vie.<\/p>\n<p>Cinq jours apr\u00e8s l\u2019attentat ignoble qui l\u2019a br\u00fbl\u00e9 vif, Soulitte, de son vrai nom Mostapha Oumoussa, s\u2019est \u00e9teint. Les m\u00e9decins ont lutt\u00e9, lui aussi. Mais le feu, cette fois, a eu raison de sa voix. Cette voix profonde, \u00e2pre et belle, qui portait les blessures du Rif et l\u2019esp\u00e9rance d\u2019un peuple.<br \/>\nC\u2019est tout un pays qui pleure. Justice pour celui qui chantait sans haine, avec la seule force de la parole et de la dignit\u00e9. L\u2019assassin a voulu faire taire la voix des humili\u00e9s, br\u00fbler les cordes vocales de la libert\u00e9.<\/p>\n<p>Mais rien n\u2019\u00e9teindra Soulitte. Il chantait comme on r\u00e9siste. Sa musique naissait de la poussi\u00e8re et de la mis\u00e8re des rues d\u2019Alhoceima. Il n\u2019avait pas appris \u00e0 chanter. Il avait appris \u00e0 survivre, \u00e0 parler pour ceux qu\u2019on n\u2019\u00e9coute pas. Ses chansons, en rifain, \u00e9taient des cris clairs, sans artifices. Elles disaient la fiert\u00e9, la douleur, et l\u2019injustice, mais aussi cette obstination \u00e0 ne pas plier.<br \/>\nAvec sa guitare et son harmonica, il avait su m\u00ealer la m\u00e9moire du Rif \u00e0 l\u2019\u00e9cho du monde. Son art, \u00e0 la fois ancr\u00e9 et universel, liait les rives, rappelait que la dignit\u00e9 ne se n\u00e9gocie pas. Pour les jeunes du Rif, il n\u2019\u00e9tait pas qu\u2019un chanteur. Il \u00e9tait un fr\u00e8re, un rep\u00e8re, une boussole.<\/p>\n<p>Je l\u2019ai connu autrement. Il \u00e9tait mon voisin durant vingt-cinq ans. Chaque soir, derri\u00e8re nos murs, j\u2019entendais ses accords s\u2019\u00e9lever, h\u00e9sitants, puis pleins et vibrants. Il s\u2019excusait souvent du bruit, ce bruit qui, pour moi et pour mes enfants, \u00e9tait une respiration, une m\u00e9ditation. Courtois, discret, d\u2019une douceur presque timide, il avait cette mani\u00e8re rare de saluer avec le regard souriant avant les mots.<\/p>\n<p>Un jour, quand on \u00e9crira l\u2019histoire du Rif, on dira qu\u2019il fut la voix d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration, celle des jeunes sans emploi, des exil\u00e9s, des oubli\u00e9s. Il chantait leur silence, et leur redonnait une langue.<br \/>\nEt moi, qui fus \u00e0 la fois son voisin et parfois son m\u00e9decin, je garde en m\u00e9moire le silence profond o\u00f9 il se reposait, la derni\u00e8re fois o\u00f9 je l\u2019ai vu sur son lit de r\u00e9animation : calme, presque apais\u00e9, comme s\u2019il me disait que la vie valait encore d\u2019\u00eatre chant\u00e9e, m\u00eame dans la br\u00fblure. J\u2019ai cru jusqu\u2019au bout qu\u2019il s\u2019en sortirait, qu\u2019il reprendrait sa guitare, qu\u2019il reviendrait nous chanter la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>Cette fois, la voix s\u2019est tue. Mais son chant lointain, mais vivant, demeure, demeurera pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n<p>Adieu, mon ami. Que la terre du Rif, que tu as tant aim\u00e9e, te soit douce.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je partage ici ces lignes \u00e9crites dans la tristesse, \u00e0 la m\u00e9moire de Soulitte, mon voisin et ami durant plus de vingt-cinq ans. Il fut la voix du Rif, une voix libre et fraternelle que la violence a voulu \u00e9teindre. 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