{"id":7139,"date":"2025-10-14T12:31:34","date_gmt":"2025-10-14T11:31:34","guid":{"rendered":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=7139"},"modified":"2025-10-15T15:13:16","modified_gmt":"2025-10-15T14:13:16","slug":"lalgerie-des-crises-sans-issue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/lalgerie-des-crises-sans-issue\/","title":{"rendered":"L\u2019Alg\u00e9rie, des crises sans issue"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_4424\" aria-describedby=\"caption-attachment-4424\" style=\"width: 188px\" class=\"wp-caption alignright\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4424\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?resize=188%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"188\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?resize=188%2C250&amp;ssl=1 188w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?w=450&amp;ssl=1 450w\" sizes=\"auto, (max-width: 188px) 100vw, 188px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4424\" class=\"wp-caption-text\">Dr. Mohamed Chtatou<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Introduction<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019Alg\u00e9rie occupe une place paradoxale dans l\u2019imaginaire collectif du monde arabe, de l\u2019Afrique et de la M\u00e9diterran\u00e9e. Riche en ressources naturelles, dot\u00e9e d\u2019un territoire vaste et strat\u00e9gique, et h\u00e9riti\u00e8re d\u2019une histoire marqu\u00e9e par un combat h\u00e9ro\u00efque pour l\u2019ind\u00e9pendance, elle demeure n\u00e9anmoins travers\u00e9e par des crises structurelles profondes. Le pays semble perp\u00e9tuellement en tension entre son immense potentiel et ses fragilit\u00e9s internes : crise politique, instabilit\u00e9 sociale, d\u00e9pendance \u00e9conomique, tensions identitaires et pressions g\u00e9opolitiques. Cette contradiction fait de l\u2019Alg\u00e9rie un laboratoire complexe de la modernit\u00e9 postcoloniale, o\u00f9 se rencontrent m\u00e9moire historique, autoritarisme politique, revendications d\u00e9mocratiques et influences r\u00e9gionales contradictoires. Comme le souligne Martinez (2010, septembre), \u00ab <em>Trente ans apr\u00e8s la nationalisation des hydrocarbures, la richesse p\u00e9troli\u00e8re accumul\u00e9e semble avoir disparu tant elle est absente des indicateurs d\u2019\u00e9valuation du bien-\u00eatre. En Alg\u00e9rie, elle a fait le bonheur d\u2019une minorit\u00e9 et la tristesse de la majorit\u00e9. L\u2019absence de contr\u00f4le exerc\u00e9 sur la rente p\u00e9troli\u00e8re a conduit \u00e0 sa dilapidation<\/em> \u00bb (p. 2).<\/p>\n<p>Cet essai propose une analyse dense et critique des crises qui traversent l\u2019Alg\u00e9rie contemporaine (Chtatou, 2018). Il s\u2019agit non seulement de d\u00e9crire les dimensions politiques, \u00e9conomiques, sociales et identitaires de ces crises, mais aussi de comprendre leurs origines historiques et leurs implications r\u00e9gionales. L\u2019approche sera \u00e0 la fois historique, anthropologique et g\u00e9opolitique, afin de mettre en lumi\u00e8re la complexit\u00e9 d\u2019un pays o\u00f9 le pass\u00e9 colonial, la rente p\u00e9troli\u00e8re et la qu\u00eate d\u00e9mocratique s\u2019entrelacent sans cesse.<\/p>\n<p><strong>H\u00e9ritage colonial et blessures de m\u00e9moire<\/strong><\/p>\n<p>La crise alg\u00e9rienne ne peut \u00eatre comprise sans revenir \u00e0 son pass\u00e9 colonial. La colonisation fran\u00e7aise, commenc\u00e9e en 1830, fut l\u2019une des plus brutales de l\u2019histoire moderne : spoliations fonci\u00e8res massives, destructions culturelles et marginalisation syst\u00e9matique des populations autochtones. Comme l\u2019\u00e9crit Stora (2021), \u00ab <em>l\u2019Alg\u00e9rie fut le laboratoire d\u2019une colonisation de peuplement o\u00f9 les colons entendaient s\u2019installer durablement, au prix de la n\u00e9gation de la soci\u00e9t\u00e9 indig\u00e8ne<\/em> \u00bb (p. 58). Cette d\u00e9possession a laiss\u00e9 des blessures m\u00e9morielles profondes, qui irriguent encore les d\u00e9bats politiques et identitaires.<\/p>\n<p>La guerre d\u2019ind\u00e9pendance (1954-1962) fut l\u2019apog\u00e9e de ce long traumatisme. Elle se solda par une victoire des ind\u00e9pendantistes, au prix de centaines de milliers de morts, mais aussi par l\u2019installation d\u2019un pouvoir militaire qui se l\u00e9gitima dans la continuit\u00e9 de la lutte de lib\u00e9ration. Comme l\u2019explique Harbi (2004), <em>\u00ab le FLN victorieux s\u2019est transform\u00e9 en appareil d\u2019\u00c9tat, verrouillant la m\u00e9moire nationale autour du mythe de la r\u00e9volution, excluant toute diversit\u00e9 m\u00e9morielle<\/em> \u00bb (p. 112). Cette sacralisation de l\u2019histoire nationale a nourri un nationalisme exclusif, qui sert encore de socle id\u00e9ologique au pouvoir, mais qui emp\u00eache l\u2019\u00e9mergence d\u2019un pluralisme politique et m\u00e9moriel.<\/p>\n<p>La m\u00e9moire coloniale est donc une premi\u00e8re matrice de crise : elle nourrit \u00e0 la fois un sentiment d\u2019identit\u00e9 forte et une incapacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9passer les logiques de domination. En ce sens, l\u2019Alg\u00e9rie reste \u00ab <em>hant\u00e9e par son pass\u00e9<\/em> \u00bb, selon l\u2019expression de Benjamin Stora (2021, p. 64), un pass\u00e9 instrumentalis\u00e9 autant par le r\u00e9gime que par les mouvements contestataires.<\/p>\n<p><strong>Autoritarisme et blocage politique<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019une des crises majeures qui caract\u00e9risent l\u2019Alg\u00e9rie est le verrouillage de son syst\u00e8me politique. Depuis l\u2019ind\u00e9pendance, le pouvoir est largement domin\u00e9 par l\u2019arm\u00e9e et par un r\u00e9seau politico-militaire, souvent d\u00e9sign\u00e9 comme \u00ab le syst\u00e8me \u00bb. Ce dernier a construit sa l\u00e9gitimit\u00e9 sur le sacrifice de la guerre de lib\u00e9ration et sur la d\u00e9fense de la souverainet\u00e9 nationale. Toutefois, ce syst\u00e8me a progressivement d\u00e9riv\u00e9 vers un autoritarisme rigide. Comme le souligne Addi (2010), \u00ab <em>l\u2019arm\u00e9e demeure l\u2019arbitre ultime du champ politique, neutralisant toute tentative de d\u00e9mocratisation<\/em> \u00bb (p. 41).<\/p>\n<p>Le multipartisme, instaur\u00e9 apr\u00e8s les \u00e9meutes d\u2019octobre 1988, fut une ouverture relative, vite referm\u00e9e apr\u00e8s la victoire \u00e9lectorale du Front islamique du salut (FIS) en 1991, qui d\u00e9clencha l\u2019interruption du processus \u00e9lectoral et la guerre civile des ann\u00e9es 1990. Cette \u00ab <em>d\u00e9cennie noire<\/em> \u00bb fit plus de 200 000 morts et laissa une soci\u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment traumatis\u00e9e (Martinez, 2000). Elle permit aussi au r\u00e9gime de justifier son autoritarisme par la n\u00e9cessit\u00e9 de pr\u00e9server la stabilit\u00e9 et d\u2019\u00e9viter le retour de la violence.<\/p>\n<p>La crise politique alg\u00e9rienne est donc celle d\u2019une transition avort\u00e9e. Le mouvement du Hirak, n\u00e9 en 2019, a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l\u2019ampleur du rejet populaire du syst\u00e8me. Des millions d\u2019Alg\u00e9riens sont descendus dans la rue pour r\u00e9clamer un changement radical, refusant le cinqui\u00e8me mandat du pr\u00e9sident Abdelaziz Bouteflika. Ce soul\u00e8vement pacifique fut salu\u00e9 comme un moment historique, mais il fut rapidement \u00e9touff\u00e9 par la r\u00e9pression et la pand\u00e9mie de Covid-19 (Amarouche, 2020). Le Hirak a montr\u00e9 que la demande de d\u00e9mocratie est vivante, mais il a aussi r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la r\u00e9silience d\u2019un syst\u00e8me qui sait se r\u00e9inventer pour se maintenir.<\/p>\n<p><strong>Crises \u00e9conomiques et d\u00e9pendance \u00e0 la rente p\u00e9troli\u00e8re<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9conomie alg\u00e9rienne illustre l\u2019un des paradoxes les plus frappants des pays rentiers. Dot\u00e9e de vastes ressources en hydrocarbures \u2013 p\u00e9trole et gaz naturel \u2013, l\u2019Alg\u00e9rie d\u00e9pend presque exclusivement de cette rente pour financer son budget national. Selon le Fonds mon\u00e9taire international (2023), plus de 90 % des recettes d\u2019exportation et environ 60 % des revenus de l\u2019\u00c9tat proviennent des hydrocarbures. Cette d\u00e9pendance structurelle constitue \u00e0 la fois une force et une fragilit\u00e9 : elle assure une manne financi\u00e8re mais rend le pays extr\u00eamement vuln\u00e9rable aux fluctuations des march\u00e9s mondiaux.<\/p>\n<figure id=\"attachment_7141\" aria-describedby=\"caption-attachment-7141\" style=\"width: 698px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-7141 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/2.jpg?resize=618%2C425&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"618\" height=\"425\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/2.jpg?w=698&amp;ssl=1 698w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/2.jpg?resize=364%2C250&amp;ssl=1 364w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/2.jpg?resize=110%2C75&amp;ssl=1 110w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-7141\" class=\"wp-caption-text\">Diagramme con\u00e7u par Chtatou (2025)<\/figcaption><\/figure>\n<p>Depuis les ann\u00e9es 1970, le mod\u00e8le de d\u00e9veloppement alg\u00e9rien repose sur la redistribution de la rente. Les revenus p\u00e9troliers servent \u00e0 financer des subventions massives, \u00e0 maintenir un secteur public hypertrophi\u00e9 et \u00e0 acheter la paix sociale. Comme le souligne A\u00efssaoui (2016, p. 2). Or, ce contrat est aujourd\u2019hui fragilis\u00e9 par la baisse des cours du p\u00e9trole, la croissance d\u00e9mographique et la mauvaise gouvernance\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u00ab\u00a0Une raison plus urgente de s&rsquo;inqui\u00e9ter est le fait que la baisse des volumes d&rsquo;exportation d&rsquo;hydrocarbures, combin\u00e9e \u00e0 la chute des prix internationaux du p\u00e9trole et du gaz, a consid\u00e9rablement r\u00e9duit les recettes publiques disponibles pour le soutien social et le d\u00e9veloppement \u00e9conomique. Comme on le sait et comme on le r\u00e9p\u00e8te souvent dans de telles circonstances, l&rsquo;\u00e9conomie alg\u00e9rienne reste extr\u00eamement d\u00e9pendante d&rsquo;une seule source de revenus provenant des exportations d&rsquo;hydrocarbures. En cons\u00e9quence, le pays est extr\u00eamement vuln\u00e9rable \u00e0 l&rsquo;instabilit\u00e9 et au caract\u00e8re cyclique des march\u00e9s mondiaux. Il n&rsquo;est donc pas surprenant que les pr\u00e9occupations du gouvernement concernant les perspectives du gaz aient suivi de pr\u00e8s les inqui\u00e9tudes beaucoup plus profondes caus\u00e9es par la chute spectaculaire des prix du p\u00e9trole et son impact \u00e9conomique et social d\u00e9j\u00e0 perceptible, sans parler du risque d&rsquo;aggraver consid\u00e9rablement une transition politique d\u00e9j\u00e0 difficile vers un r\u00e9gime post-Bouteflika.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Les p\u00e9riodes de crise p\u00e9troli\u00e8re r\u00e9v\u00e8lent brutalement les limites de ce mod\u00e8le. La chute des prix du baril en 1986 plongea l\u2019Alg\u00e9rie dans une grave r\u00e9cession, qui fut l\u2019une des causes directes des \u00e9meutes de 1988. Plus r\u00e9cemment, la baisse des cours en 2014 a provoqu\u00e9 une nouvelle crise budg\u00e9taire, obligeant l\u2019\u00c9tat \u00e0 puiser dans ses r\u00e9serves de change et \u00e0 r\u00e9duire ses d\u00e9penses. La pand\u00e9mie de Covid-19, en r\u00e9duisant la demande mondiale d\u2019\u00e9nergie, a accentu\u00e9 cette vuln\u00e9rabilit\u00e9.<\/p>\n<p>La d\u00e9pendance \u00e0 la rente explique \u00e9galement le faible dynamisme du secteur productif hors hydrocarbures. L\u2019industrie est peu diversifi\u00e9e, l\u2019agriculture reste sous-d\u00e9velopp\u00e9e et le secteur priv\u00e9 est entrav\u00e9 par la bureaucratie et la corruption. Le ch\u00f4mage des jeunes, qui touche pr\u00e8s de 30 % des 16-24 ans selon la Banque mondiale (2021), est une bombe sociale \u00e0 retardement. Comme le note Lowi (2009), \u00ab <em>l\u2019\u00e9conomie renti\u00e8re alg\u00e9rienne produit un cercle vicieux : elle distribue sans cr\u00e9er, elle assiste sans transformer<\/em> \u00bb (p. 102).<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me n\u2019est donc pas seulement \u00e9conomique mais politique : la rente est un instrument de pouvoir. Elle alimente un client\u00e9lisme massif, o\u00f9 les ressources servent \u00e0 consolider le r\u00e9gime en place plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 d\u00e9velopper le pays. Ce que certains chercheurs appellent \u00ab <em>la mal\u00e9diction des ressources<\/em> \u00bb (Auty, 1993) trouve en Alg\u00e9rie une illustration exemplaire : l\u2019abondance des hydrocarbures emp\u00eache la diversification, entretient la d\u00e9pendance et bloque la d\u00e9mocratisation.<\/p>\n<p><strong>Crises sociales et g\u00e9n\u00e9rationnelles<\/strong><\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne vit une tension permanente entre aspiration au changement et sentiment d\u2019enfermement. Plus de 70 % de la population a moins de 35 ans (Office national des statistiques, 2021), mais cette jeunesse est confront\u00e9e au ch\u00f4mage, au manque de perspectives et \u00e0 une crise de confiance envers les institutions. Beaucoup voient dans l\u2019\u00e9migration \u2013 la <em>harga<\/em>, fuite clandestine vers l\u2019Europe \u2013 la seule issue possible. Comme le d\u00e9crit Sayad (1999), \u00ab <em>l\u2019\u00e9migration est \u00e0 la fois un sympt\u00f4me et une solution imaginaire aux blocages de la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne<\/em> \u00bb (p. 84).<\/p>\n<p>Le malaise social s\u2019exprime aussi dans la contestation r\u00e9currente. Le Hirak de 2019 n\u2019a pas surgi ex nihilo : il est l\u2019aboutissement de d\u00e9cennies de frustrations accumul\u00e9es. D\u00e9j\u00e0 en 2001, les \u00e9meutes en Kabylie, connues comme le \u00ab Printemps noir \u00bb, avaient montr\u00e9 l\u2019ampleur de la col\u00e8re populaire contre l\u2019injustice, la corruption et le m\u00e9pris de l\u2019\u00c9tat. Plus r\u00e9cemment, des mouvements sectoriels (enseignants, m\u00e9decins, ch\u00f4meurs du Sud) ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la diversit\u00e9 des revendications sociales.<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne vit \u00e9galement une crise de confiance institutionnelle. Les \u00e9lections sont largement per\u00e7ues comme truqu\u00e9es, les partis politiques comme discr\u00e9dit\u00e9s et les syndicats comme instrumentalis\u00e9s. Cette d\u00e9saffection nourrit une apathie citoyenne mais aussi une contestation radicale : \u00ab <strong><em>Yetnahaw ga\u00e2<\/em> \u00a0<\/strong><strong><em>\u064a\u062a\u0646\u062d\u0627\u0648 \u0643\u0627\u0639<\/em> <\/strong>\u00bb (\u00ab qu\u2019ils d\u00e9gagent tous \u00bb), slogan phare du Hirak, exprime ce rejet global du syst\u00e8me.<\/p>\n<p>\u00c0 cette crise sociale s\u2019ajoute une fracture g\u00e9n\u00e9rationnelle. La g\u00e9n\u00e9ration de la guerre de lib\u00e9ration, longtemps au pouvoir, peine \u00e0 c\u00e9der la place. La jeunesse, connect\u00e9e aux r\u00e9seaux sociaux et ouverte sur le monde, aspire \u00e0 une autre modernit\u00e9. Comme le soulignent Dris-A\u00eft Hamadouche, Bensa\u00e2d, &amp; Rahal (2020) le Hirak s\u2019est manifest\u00e9 de mani\u00e8re globale en Alg\u00e9rie\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u00a0\u00ab Le vendredi 22 f\u00e9vrier 2019 avaient lieu, sur l\u2019ensemble du territoire alg\u00e9rien, des manifestations \u2014\u00a0des marches\u00a0\u2014 impressionnantes. Pendant plusieurs mois, tous les vendredis, elles furent suivies par d\u2019autres, avec, en alternance, des marches \u00e9tudiantes les mardis. Ce pays qui avait sembl\u00e9 regarder en spectateur les \u00ab\u00a0printemps arabes\u00a0\u00bb de 2011, marqu\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait par la violence civile de la \u00ab\u00a0D\u00e9cennie noire\u00a0\u00bb des ann\u00e9es 1990, rattrapait les pays voisins par le caract\u00e8re collectif, heureux et festif des marches. La crainte d\u2019un retour de la violence, instrumentalis\u00e9e ou r\u00e9elle, avait longtemps contribu\u00e9 \u00e0 disqualifier partis politiques et initiatives citoyennes autonomes et nourri la peur de l\u2019instabilit\u00e9. Inhibitrice \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, cette violence avait aussi agi comme repoussoir \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, dans la r\u00e9gion arabe et notamment dans la proximit\u00e9 maghr\u00e9bine o\u00f9 elle avait servi comme argument aux autoritarismes pour mettre fin aux vell\u00e9it\u00e9s d\u2019ouverture qui avaient \u00e9t\u00e9 conc\u00e9d\u00e9es au Maroc et en Tunisie.\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p><strong>La question du pouvoir : entre continuit\u00e9 autoritaire et blocage politique<\/strong><\/p>\n<p>Depuis son ind\u00e9pendance en 1962, l\u2019Alg\u00e9rie est marqu\u00e9e par une centralisation extr\u00eame du pouvoir, contr\u00f4l\u00e9 par une \u00e9lite politico-militaire. La guerre de lib\u00e9ration, tout en apportant la libert\u00e9 nationale, a l\u00e9gitim\u00e9 une structure politique ferm\u00e9e o\u00f9 l\u2019arm\u00e9e occupe une place centrale. Cette \u00ab l\u00e9gitimit\u00e9 r\u00e9volutionnaire \u00bb s\u2019est transform\u00e9e en une logique d\u2019accaparement du pouvoir par le Front de lib\u00e9ration nationale (FLN), qui s\u2019est impos\u00e9 comme parti unique durant plusieurs d\u00e9cennies (Addi, 1994).<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me alg\u00e9rien repose sur un \u00e9quilibre fragile entre le pouvoir civil, formel, et le pouvoir militaire, r\u00e9el. Comme le note Entelis (2016), \u00ab <em>l\u2019arm\u00e9e demeure le v\u00e9ritable arbitre de la vie politique, intervenant directement ou indirectement dans le choix des dirigeants<\/em> \u00bb. Cette dualit\u00e9 cr\u00e9e un climat de d\u00e9fiance chez les citoyens, qui per\u00e7oivent l\u2019\u00c9tat comme opaque et d\u00e9connect\u00e9 des aspirations populaires.<\/p>\n<p>Entelis qualifie ainsi l\u2019Alg\u00e9rie d\u2019un hybrid system o\u00f9 les autorit\u00e9s civiles, entendues comme la Pr\u00e9sidence et le gouvernement, sont conditionn\u00e9es par le pouvoir militaire qui reprend la forme d\u2019un \u00c9tat profond. Cette dualit\u00e9 contribue \u00e0 une crise de l\u00e9gitimit\u00e9 o\u00f9 les citoyens jugent l\u2019\u00c9tat comme obscur et \u00e9tranger \u00e0 leurs mobilisations : on peut citer les \u00e9lections contest\u00e9es de 2019, boycott\u00e9es \u00e0 plus de 60 %, et les demandes du Hirak en 2019 de <em>Dawla madania<\/em>. \u00c0 l\u2019appui d\u2019analyses historiques, de donn\u00e9es \u00e9lectorales et de nombreuses observations directes, Entelis montre comment l\u2019arm\u00e9e accomplit son maintien en puissance tout en la d\u00e9l\u00e9guant et la tol\u00e9rant.<\/p>\n<p>La crise politique atteint un tournant en 1988, lorsque des \u00e9meutes massives secouent le pays, conduisant \u00e0 une ouverture politique momentan\u00e9e et \u00e0 l\u2019autorisation du multipartisme. Mais cette transition, loin d\u2019apporter une r\u00e9elle d\u00e9mocratisation, a d\u00e9bouch\u00e9 sur une trag\u00e9die nationale : la guerre civile des ann\u00e9es 1990. Le processus \u00e9lectoral ayant permis au Front islamique du salut (FIS) de remporter les \u00e9lections l\u00e9gislatives fut interrompu par l\u2019arm\u00e9e, d\u00e9clenchant une d\u00e9cennie sanglante qui fit pr\u00e8s de 200 000 morts (Martinez, 2000).<\/p>\n<p>Depuis, l\u2019Alg\u00e9rie vit dans une logique de \u00ab r\u00e9conciliation nationale \u00bb partielle, orchestr\u00e9e par Abdelaziz Bouteflika dans les ann\u00e9es 2000, mais sans v\u00e9ritable remise en question des structures de pouvoir. Cette stabilit\u00e9 relative repose moins sur une adh\u00e9sion citoyenne que sur une politique d\u2019achat de la paix sociale gr\u00e2ce \u00e0 la rente p\u00e9troli\u00e8re. Lorsque cette rente se r\u00e9duit, les contradictions internes ressurgissent avec force. Le mouvement du <strong>Hirak<\/strong> en 2019 illustre cette impasse : une mobilisation populaire massive, pacifique, r\u00e9clamant la fin du \u00ab <em>syst\u00e8me<\/em> \u00bb et la naissance d\u2019un v\u00e9ritable \u00c9tat de droit (L\u00f3pez Garc\u00eda, 2020). Mais les \u00e9lites en place ont r\u00e9pondu par une strat\u00e9gie d\u2019usure et de r\u00e9cup\u00e9ration, \u00e9touffant peu \u00e0 peu cette dynamique d\u00e9mocratique (Chtatou, 2O22, 27 novembre).<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, l\u2019Alg\u00e9rie est pi\u00e9g\u00e9e dans un cercle vicieux o\u00f9 l\u2019autoritarisme perp\u00e9tue les blocages institutionnels, et o\u00f9 l\u2019absence de perspectives politiques nourrit la frustration sociale.<\/p>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-7142 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/3.jpg?resize=618%2C364&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"618\" height=\"364\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/3.jpg?w=698&amp;ssl=1 698w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/3.jpg?resize=425%2C250&amp;ssl=1 425w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><\/p>\n<p><strong>Une \u00e9conomie de rente en d\u00e9clin : d\u00e9pendance et vuln\u00e9rabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9conomie alg\u00e9rienne constitue l\u2019un des n\u0153uds centraux des crises successives. H\u00e9riti\u00e8re d\u2019un mod\u00e8le de d\u00e9veloppement bas\u00e9 sur la rente des hydrocarbures, elle souffre d\u2019une d\u00e9pendance structurelle au p\u00e9trole et au gaz, qui repr\u00e9sentent encore pr\u00e8s de 95 % des exportations et plus de 60 % du budget national (International Monetary Fund, 2022). Cette d\u00e9pendance rend le pays extr\u00eamement vuln\u00e9rable aux fluctuations des prix internationaux de l\u2019\u00e9nergie.<\/p>\n<p>La chute des prix du p\u00e9trole en 2014 a mis en lumi\u00e8re cette fragilit\u00e9. Le gouvernement, incapable de diversifier ses revenus, a puis\u00e9 dans les r\u00e9serves de change, pass\u00e9es de 194 milliards de dollars en 2014 \u00e0 moins de 50 milliards en 2021 (World Bank, 2021). Ce tarissement progressif de la rente a r\u00e9duit la capacit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat \u00e0 financer ses politiques sociales et ses subventions, accentuant les tensions sociales.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9conomie alg\u00e9rienne est \u00e9galement marqu\u00e9e par une bureaucratie lourde, des rigidit\u00e9s r\u00e9glementaires et une corruption syst\u00e9mique. Selon Transparency International (2023), l\u2019Alg\u00e9rie se classe parmi les pays les plus corrompus de la r\u00e9gion MENA, un facteur qui d\u00e9courage l\u2019investissement \u00e9tranger et freine l\u2019innovation.<\/p>\n<p>Le ch\u00f4mage des jeunes reste l\u2019une des plaies les plus profondes : plus de 30 % des moins de 30 ans sont sans emploi, alors que cette cat\u00e9gorie repr\u00e9sente plus de la moiti\u00e9 de la population (Bessaoud, 2019). Face \u00e0 ce blocage, beaucoup aspirent \u00e0 l\u2019\u00e9migration, l\u00e9gale ou clandestine, donnant naissance au ph\u00e9nom\u00e8ne des \u00ab harraga \u00bb, ces jeunes qui risquent leur vie en mer pour rejoindre l\u2019Europe.<\/p>\n<p>En somme, l\u2019Alg\u00e9rie illustre les limites d\u2019un mod\u00e8le \u00e9conomique rentier incapable de se r\u00e9inventer. Comme le r\u00e9sume Henry et Springborg (2010, p. 140), \u00ab <em>la d\u00e9pendance \u00e0 la rente est non seulement un facteur de stagnation \u00e9conomique, mais aussi un instrument de reproduction autoritaire<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Une soci\u00e9t\u00e9 fractur\u00e9e : crise sociale et culturelle<\/strong><\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des dimensions politiques et \u00e9conomiques, l\u2019Alg\u00e9rie conna\u00eet une profonde crise sociale qui mine son tissu national. L\u2019aspiration \u00e0 la dignit\u00e9 et \u00e0 la justice, exprim\u00e9e massivement par le mouvement du <strong>Hirak<\/strong>, r\u00e9v\u00e8le une soci\u00e9t\u00e9 en qu\u00eate de renouveau mais en butte \u00e0 de multiples blocages.<\/p>\n<p><strong><em>La jeunesse en qu\u00eate d\u2019avenir<\/em><\/strong><\/p>\n<p>L\u2019Alg\u00e9rie est un pays jeune : plus de 70 % de la population a moins de 35 ans (Office national des statistiques, 2022). Pourtant, cette jeunesse, cens\u00e9e \u00eatre un moteur de d\u00e9veloppement, se trouve marginalis\u00e9e. Le ch\u00f4mage massif, la raret\u00e9 des perspectives professionnelles et la fermeture politique cr\u00e9ent un sentiment d\u2019\u00e9touffement. Comme l\u2019a d\u00e9clar\u00e9 Bessaoud (2023, juin 23) en disant que la jeunesse alg\u00e9rienne est : \u00ab <em>instruite et connect\u00e9e, mais sans perspective d\u2019avenir, revendicative mais confront\u00e9e \u00e0 la r\u00e9pression.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-7143 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/4.jpg?resize=618%2C425&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"618\" height=\"425\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/4.jpg?w=698&amp;ssl=1 698w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/4.jpg?resize=364%2C250&amp;ssl=1 364w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/4.jpg?resize=110%2C75&amp;ssl=1 110w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><\/p>\n<p>Ce d\u00e9calage nourrit une profonde d\u00e9sillusion et une tentation de d\u00e9part. Les jeunes ne se reconnaissent ni dans les institutions politiques, jug\u00e9es corrompues, ni dans les mod\u00e8les sociaux traditionnels, per\u00e7us comme contraignants. Leur r\u00e9volte silencieuse s\u2019exprime par des formes de r\u00e9sistance informelles : art urbain, musique ra\u00ef et rap, usage massif des r\u00e9seaux sociaux, autant d\u2019espaces o\u00f9 s\u2019invente une contre-culture critique du syst\u00e8me.<\/p>\n<p><strong><em>Les fractures identitaires et linguistiques<\/em><\/strong><\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne est \u00e9galement travaill\u00e9e par des tensions identitaires. La question amazighe, longtemps marginalis\u00e9e, a \u00e9t\u00e9 un sujet central de contestation. Ce n\u2019est qu\u2019en 2002 que le tamazight a \u00e9t\u00e9 reconnu langue nationale, puis langue officielle en 2016. Mais, comme le rappelle Chaker (2017), cette reconnaissance symbolique peine \u00e0 se traduire par une v\u00e9ritable \u00e9galit\u00e9 linguistique et culturelle.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u00ab Toute mise en \u0153uvre dilatoire ou restrictive du principe d\u2019officialit\u00e9 sera immanquablement per\u00e7ue par les Berb\u00e9rophones comme un d\u00e9ni de justice, une violation d\u2019un engagement constitutionnel, avec toutes les cons\u00e9quences politiques que l\u2019on peut imaginer. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>De plus, le rapport \u00e0 l\u2019arabit\u00e9 et \u00e0 l\u2019islamit\u00e9, h\u00e9rit\u00e9s des politiques d\u2019arabisation postind\u00e9pendance, reste conflictuel. Une partie de la population revendique une identit\u00e9 plurielle, ouverte sur la M\u00e9diterran\u00e9e et l\u2019Afrique, tandis qu\u2019une autre, influenc\u00e9e par les courants islamistes, insiste sur une homog\u00e9n\u00e9isation culturelle et religieuse. Cette tension identitaire fragilise la coh\u00e9sion sociale et alimente les discours de m\u00e9fiance mutuelle.<\/p>\n<p><strong><em>La crise de confiance et la d\u00e9sagr\u00e9gation du lien social<\/em><\/strong><\/p>\n<p>L\u2019un des sympt\u00f4mes majeurs de la crise sociale alg\u00e9rienne est la perte de confiance : confiance envers les institutions, envers les \u00e9lites, mais aussi envers les solidarit\u00e9s traditionnelles. L\u2019urbanisation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e et la crise \u00e9conomique ont affaibli les structures familiales et communautaires, cr\u00e9ant un climat d\u2019individualisme contraint et de pr\u00e9carit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e (Chtatou, 2019).<\/p>\n<p>Le Hirak, par sa dimension pacifique et inclusive, a toutefois r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l\u2019existence d\u2019un d\u00e9sir profond de refondation collective. Comme l\u2019\u00e9crit L\u00f3pez Garc\u00eda (2020), \u00ab <em>la soci\u00e9t\u00e9 alg\u00e9rienne a montr\u00e9 une remarquable maturit\u00e9 en privil\u00e9giant la non-violence, en affirmant une conscience civique et en esquissant les contours d\u2019une citoyennet\u00e9 active<\/em> \u00bb. Mais face \u00e0 la r\u00e9pression, cette dynamique peine \u00e0 se maintenir, et la d\u00e9mobilisation risque de laisser place \u00e0 un sentiment d\u2019impuissance g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9.<\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, la crise sociale alg\u00e9rienne est le reflet d\u2019une tension permanente entre <strong>d\u00e9sespoir et espoir<\/strong>, entre <strong>d\u00e9litement et r\u00e9sistance cr\u00e9ative<\/strong>. Elle montre que, malgr\u00e9 les blocages, une vitalit\u00e9 sociale existe, pr\u00eate \u00e0 se d\u00e9ployer si l\u2019espace politique venait \u00e0 s\u2019ouvrir.<\/p>\n<p><strong>Les crises g\u00e9opolitiques et r\u00e9gionales<\/strong><\/p>\n<p>La fragilit\u00e9 interne de l\u2019Alg\u00e9rie ne peut \u00eatre comprise ind\u00e9pendamment de son environnement r\u00e9gional. L\u2019\u00c9tat alg\u00e9rien, fort de sa position g\u00e9ographique au carrefour de la M\u00e9diterran\u00e9e, du Maghreb et du Sahel, est directement expos\u00e9 aux instabilit\u00e9s r\u00e9gionales. Mais loin de s\u2019affirmer comme un acteur stabilisateur, il se retrouve lui-m\u00eame pris dans des dynamiques de crise qui accentuent ses vuln\u00e9rabilit\u00e9s internes.<\/p>\n<p><strong><em>Le conflit du Sahara occidental : une impasse strat\u00e9gique<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Depuis 1975, l\u2019Alg\u00e9rie est le principal soutien politique, militaire et diplomatique du <strong>Front Polisario<\/strong> dans son combat pour l\u2019ind\u00e9pendance du Sahara occidental, au d\u00e9triment de ses relations avec le Maroc. Cette position, qui se veut de principe au nom du droit des peuples \u00e0 disposer d\u2019eux-m\u00eames, est en r\u00e9alit\u00e9 une source d\u2019isolement r\u00e9gional.<\/p>\n<p>Comme le souligne Zoubir (2020, p.10), \u00ab <em>l\u2019obsession sahraouie constitue l\u2019un des principaux handicaps de la politique \u00e9trang\u00e8re alg\u00e9rienne, mobilisant des ressources consid\u00e9rables sans offrir de perspectives de r\u00e8glement<\/em> \u00bb. Le blocage du dossier sahraoui nourrit une hostilit\u00e9 chronique avec le Maroc, emp\u00eachant la construction d\u2019un <strong>Maghreb uni<\/strong>, pourtant indispensable \u00e0 l\u2019int\u00e9gration \u00e9conomique et politique r\u00e9gionale.<\/p>\n<p><strong><em>La rivalit\u00e9 alg\u00e9ro-marocaine<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Les tensions avec le Maroc, exacerb\u00e9es par la fermeture des fronti\u00e8res depuis 1994, symbolisent la faillite du r\u00eave d\u2019un Maghreb int\u00e9gr\u00e9. Cette rivalit\u00e9 se nourrit d\u2019un double paradoxe : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, une proximit\u00e9 culturelle et historique \u00e9vidente ; de l\u2019autre, une m\u00e9fiance politique ancr\u00e9e dans les logiques de puissance et de leadership r\u00e9gional.<\/p>\n<p>L\u2019Alg\u00e9rie consid\u00e8re son r\u00f4le comme celui de \u00ab <em>puissance r\u00e9volutionnaire<\/em> \u00bb h\u00e9rit\u00e9e de sa guerre d\u2019ind\u00e9pendance, tandis que le Maroc s\u2019appuie sur sa monarchie stable et ses partenariats internationaux pour s\u2019imposer. Cette comp\u00e9tition nourrit une diplomatie de blocage, o\u00f9 chaque pays tente de contrer l\u2019autre sur les sc\u00e8nes africaine et internationale.<\/p>\n<p><strong><em>La dimension sah\u00e9lienne et s\u00e9curitaire<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Au sud, l\u2019Alg\u00e9rie est directement expos\u00e9e \u00e0 l\u2019instabilit\u00e9 chronique du Sahel, notamment au Mali, au Niger et en Libye. Ces zones sont devenues des foyers de terrorisme, de trafic de drogues et de migration clandestine. Officiellement, l\u2019Alg\u00e9rie se veut un acteur incontournable de la m\u00e9diation r\u00e9gionale, comme en t\u00e9moigne son r\u00f4le dans les accords de paix d\u2019Alger au Mali en 2015.<\/p>\n<p>Cependant, sa capacit\u00e9 d\u2019action est limit\u00e9e par ses propres fragilit\u00e9s internes et par une m\u00e9fiance croissante de ses voisins, qui voient dans sa diplomatie un m\u00e9lange d\u2019ing\u00e9rence et d\u2019inefficacit\u00e9. En outre, l\u2019arm\u00e9e alg\u00e9rienne, bien que puissante, peine \u00e0 assurer une strat\u00e9gie r\u00e9gionale coh\u00e9rente, oscillant entre une logique d\u00e9fensive et des ambitions h\u00e9g\u00e9moniques mal assum\u00e9es (Sur, 2016).<\/p>\n<p><strong><em>L\u2019enjeu m\u00e9diterran\u00e9en et les rapports avec l\u2019Europe<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Au nord, la M\u00e9diterran\u00e9e constitue \u00e0 la fois une ouverture et une source de d\u00e9pendance. L\u2019Alg\u00e9rie est l\u2019un des principaux fournisseurs de gaz de l\u2019Europe du Sud, en particulier de l\u2019Espagne et de l\u2019Italie. Cette rente \u00e9nerg\u00e9tique, longtemps per\u00e7ue comme un levier de puissance, est devenue une vuln\u00e9rabilit\u00e9 avec la transition \u00e9nerg\u00e9tique europ\u00e9enne et la concurrence accrue d\u2019autres fournisseurs.<\/p>\n<p>De plus, les relations avec l\u2019Union europ\u00e9enne oscillent entre partenariat et crispation. L\u2019UE critique le manque de r\u00e9formes d\u00e9mocratiques et la mauvaise gouvernance en Alg\u00e9rie, tandis qu\u2019Alger accuse l\u2019Europe d\u2019ing\u00e9rence et de n\u00e9ocolonialisme. Cette ambivalence illustre la difficult\u00e9 de l\u2019Alg\u00e9rie \u00e0 d\u00e9finir une strat\u00e9gie claire vis-\u00e0-vis de son voisinage nord-m\u00e9diterran\u00e9en.<\/p>\n<p><strong><em>La crise de l\u00e9gitimit\u00e9 internationale<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Enfin, l\u2019Alg\u00e9rie souffre d\u2019une image brouill\u00e9e sur la sc\u00e8ne internationale. Malgr\u00e9 son pass\u00e9 prestigieux de leader du tiers-monde et du mouvement des non-align\u00e9s, elle est aujourd\u2019hui per\u00e7ue comme un acteur paralys\u00e9, enferm\u00e9 dans des postures id\u00e9ologiques d\u00e9pass\u00e9es. Sa diplomatie, jadis flamboyante, appara\u00eet en retrait face \u00e0 l\u2019activisme de puissances \u00e9mergentes comme le Maroc, la Turquie ou encore le Qatar.<\/p>\n<p>En somme, la dimension g\u00e9opolitique des crises alg\u00e9riennes montre un pays prisonnier de ses contradictions : puissance r\u00e9gionale sur le papier, mais marginalis\u00e9e par ses blocages internes et ses choix strat\u00e9giques rigides.<\/p>\n<figure id=\"attachment_7144\" aria-describedby=\"caption-attachment-7144\" style=\"width: 698px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-7144 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/5.jpg?resize=618%2C259&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"618\" height=\"259\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/5.jpg?w=698&amp;ssl=1 698w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/5.jpg?resize=450%2C189&amp;ssl=1 450w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-7144\" class=\"wp-caption-text\">Dessin de Carole H\u00e9naff<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>La crise institutionnelle et militaire<\/strong><\/p>\n<p>La crise institutionnelle en Alg\u00e9rie constitue l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments structurants de l\u2019instabilit\u00e9 chronique du pays. Depuis l\u2019ind\u00e9pendance en 1962, le syst\u00e8me politique s\u2019est organis\u00e9 autour d\u2019un <strong>\u00e9quilibre fragile entre pouvoir civil et pouvoir militaire<\/strong>, o\u00f9 l\u2019arm\u00e9e joue un r\u00f4le central, parfois m\u00eame h\u00e9g\u00e9monique, dans la r\u00e9gulation de la vie politique. Cette r\u00e9alit\u00e9, souvent qualifi\u00e9e de \u00ab <em>pouvoir r\u00e9el<\/em> \u00bb (Institut de Gouvernance et d\u2019H\u00e9g\u00e9monie (IGH), 2025), a engendr\u00e9 une crise de l\u00e9gitimit\u00e9 durable des institutions civiles.<\/p>\n<p>L\u2019histoire r\u00e9cente illustre cette dynamique. La pr\u00e9sidence de Houari Boum\u00e9di\u00e8ne (1965-1978) avait d\u00e9j\u00e0 consacr\u00e9 la supr\u00e9matie de l\u2019arm\u00e9e sur le politique, avec un mod\u00e8le autoritaire reposant sur le parti unique et la centralisation. Apr\u00e8s sa mort, Chadli Bendjedid tenta d\u2019introduire un d\u00e9but de lib\u00e9ralisation politique \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980, notamment apr\u00e8s les \u00e9meutes d\u2019octobre 1988. Mais l\u2019interruption du processus \u00e9lectoral de 1991, suite \u00e0 la victoire annonc\u00e9e du Front islamique du salut (FIS), marqua le retour en force de l\u2019arm\u00e9e sur la sc\u00e8ne politique. Ce coup d\u2019arr\u00eat \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience d\u00e9mocratique plongea le pays dans une d\u00e9cennie sanglante, connue sous le nom de <strong>\u00ab d\u00e9cennie noire \u00bb<\/strong>, o\u00f9 l\u2019arm\u00e9e se posa comme garante de la survie de l\u2019\u00c9tat, au prix d\u2019une guerre civile meurtri\u00e8re.<\/p>\n<p>Ce traumatisme collectif continue d\u2019influencer les dynamiques institutionnelles actuelles. L\u2019arm\u00e9e demeure l\u2019acteur d\u00e9cisif de toute succession pr\u00e9sidentielle. Les transitions de Chadli Bendjedid \u00e0 Liamine Z\u00e9roual, puis d\u2019Abdelaziz Bouteflika \u00e0 Abdelmadjid Tebboune, ont toutes \u00e9t\u00e9 n\u00e9goci\u00e9es et encadr\u00e9es par les \u00e9lites militaires. Comme l\u2019affirme Martinez (2000, p. 45), \u00ab <em>en Alg\u00e9rie, le vote des urnes p\u00e8se moins que celui des casernes<\/em> \u00bb. Cette omnipr\u00e9sence, per\u00e7ue comme une confiscation du pouvoir politique, alimente une profonde <strong>crise de confiance entre le peuple et ses institutions<\/strong>.<\/p>\n<p>Le mouvement du Hirak (2019-2020) a mis en lumi\u00e8re ce foss\u00e9. En exigeant un v\u00e9ritable \u00c9tat civil et non militaire, les manifestants d\u00e9non\u00e7aient la tutelle de l\u2019arm\u00e9e sur la vie politique et r\u00e9clamaient une refondation constitutionnelle. Si les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles de 2019 ont port\u00e9 Abdelmadjid Tebboune au pouvoir, elles ont \u00e9t\u00e9 largement contest\u00e9es comme une reconduction du syst\u00e8me, orchestr\u00e9e par l\u2019arm\u00e9e. Cette perception contribue \u00e0 nourrir une <strong>l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e9rod\u00e9e<\/strong> du r\u00e9gime, incapable de se r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer en profondeur.<\/p>\n<p>De plus, l\u2019arm\u00e9e, tout en exer\u00e7ant son influence politique, conserve un r\u00f4le central dans l\u2019\u00e9conomie. Par ses entreprises parapubliques, ses participations dans les hydrocarbures et les infrastructures, elle constitue un acteur \u00e9conomique incontournable, renfor\u00e7ant son poids dans le jeu institutionnel. Cette imbrication entre <strong>pouvoir militaire, int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques et institutions civiles<\/strong> bloque l\u2019\u00e9mergence d\u2019un \u00c9tat de droit transparent et fonctionnel).<\/p>\n<p>En somme, la crise institutionnelle et militaire alg\u00e9rienne ne se limite pas \u00e0 une simple rivalit\u00e9 de pouvoir entre civils et militaires ; elle refl\u00e8te une incapacit\u00e9 chronique \u00e0 construire un syst\u00e8me politique \u00e9quilibr\u00e9, d\u00e9mocratique et autonome. L\u2019arm\u00e9e, garante de la stabilit\u00e9, est \u00e9galement paradoxalement l\u2019un des principaux freins \u00e0 la d\u00e9mocratisation. Tant que ce <strong>paradoxe structurel<\/strong> persistera, l\u2019Alg\u00e9rie demeurera prisonni\u00e8re d\u2019une instabilit\u00e9 institutionnelle, minant ses perspectives de r\u00e9forme et de d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p><strong>La crise institutionnelle et militaire \u00e0 l\u2019\u00e8re post-Hirak (2021-2023)<\/strong><\/p>\n<p>Depuis l\u2019essoufflement du mouvement du Hirak en 2020, en raison de la pand\u00e9mie de COVID-19 et d\u2019une r\u00e9pression accrue, l\u2019Alg\u00e9rie est entr\u00e9e dans une nouvelle phase de consolidation autoritaire o\u00f9 <strong>l\u2019arm\u00e9e continue de jouer un r\u00f4le pivot<\/strong>. L\u2019\u00e9lection d\u2019Abdelmadjid Tebboune en d\u00e9cembre 2019 n\u2019a pas suffi \u00e0 restaurer la confiance populaire. Au contraire, de larges segments de la soci\u00e9t\u00e9 consid\u00e8rent encore cette transition comme une <strong>man\u0153uvre institutionnelle orchestr\u00e9e par l\u2019appareil militaire<\/strong> pour perp\u00e9tuer l\u2019ordre existant (Benchikh, 2021).<\/p>\n<p>En 2021 et 2022, les manifestations du Hirak ont repris sporadiquement dans plusieurs villes, mais elles ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9es \u00e0 une <strong>strat\u00e9gie s\u00e9curitaire renforc\u00e9e<\/strong> : arrestations massives, lois restrictives sur les associations et la presse, et surveillance accrue des r\u00e9seaux sociaux. L\u2019arm\u00e9e, en coordination avec les forces de s\u00e9curit\u00e9, a jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant dans le maintien de cet ordre coercitif. Cette approche a consolid\u00e9 l\u2019image d\u2019un pouvoir militaire m\u00e9fiant vis-\u00e0-vis de toute contestation populaire, pr\u00e9f\u00e9rant la r\u00e9pression \u00e0 l\u2019ouverture politique.<\/p>\n<p>Par ailleurs, sur le plan r\u00e9gional, le r\u00f4le militaire alg\u00e9rien s\u2019est accentu\u00e9 \u00e0 travers la <strong>r\u00e9forme constitutionnelle de 2020<\/strong>, qui autorise d\u00e9sormais l\u2019arm\u00e9e \u00e0 intervenir au-del\u00e0 des fronti\u00e8res nationales. Cette \u00e9volution traduit une volont\u00e9 d\u2019affirmer le poids g\u00e9opolitique de l\u2019Alg\u00e9rie dans un contexte instable, marqu\u00e9 par la guerre en Libye, les tensions au Sahel et le regain de tensions avec le Maroc au sujet du Sahara occidental. Toutefois, cette extension de mission met \u00e9galement en lumi\u00e8re la <strong>priorit\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 l\u2019appareil militaire au d\u00e9triment du renforcement des institutions civiles<\/strong>.<\/p>\n<p>En 2022-2023, l\u2019arm\u00e9e est rest\u00e9e un acteur incontournable dans la gestion de la crise \u00e9nerg\u00e9tique li\u00e9e \u00e0 la guerre en Ukraine. L\u2019Alg\u00e9rie, en tant que fournisseur cl\u00e9 de gaz pour l\u2019Europe, a vu sa position internationale renforc\u00e9e. Mais cette manne \u00e9nerg\u00e9tique, g\u00e9r\u00e9e en grande partie par un <strong>syst\u00e8me o\u00f9 l\u2019arm\u00e9e et les \u00e9lites politico-\u00e9conomiques restent imbriqu\u00e9es<\/strong>, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 traduite en r\u00e9formes structurelles profondes. Cela accentue le sentiment d\u2019une <strong>captation des ressources par le sommet<\/strong> et d\u2019une absence de redistribution \u00e9quitable, alimentant la d\u00e9fiance populaire.<\/p>\n<p>Enfin, la crise institutionnelle alg\u00e9rienne se manifeste aussi par l\u2019absence d\u2019une <strong>opposition politique structur\u00e9e et autonome<\/strong>. Les partis sont marginalis\u00e9s, les figures de la soci\u00e9t\u00e9 civile criminalis\u00e9es, et les \u00e9lections, tant l\u00e9gislatives que locales (2021-2022), se sont tenues dans un climat d\u2019abstention record. Ce vide politique est combl\u00e9 par l\u2019omnipr\u00e9sence de l\u2019arm\u00e9e, qui reste l\u2019ultime arbitre des grandes orientations nationales.<\/p>\n<p>Ainsi, l\u2019Alg\u00e9rie de l\u2019\u00e8re post-Hirak illustre un paradoxe : malgr\u00e9 une volont\u00e9 affich\u00e9e de r\u00e9formes constitutionnelles et institutionnelles, la <strong>centralit\u00e9 de l\u2019arm\u00e9e dans la vie politique et \u00e9conomique<\/strong> perdure, limitant l\u2019\u00e9mergence d\u2019un \u00c9tat civil cr\u00e9dible et accentuant une crise de l\u00e9gitimit\u00e9 structurelle. Comme le r\u00e9sume Addi (2016)\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>\u00a0\u00ab Pour comprendre cette situation, il faut rappeler que les militaires se consid\u00e8rent comme d\u00e9positaires du nationalisme, se posant comme les plus nationalistes parmi la population, toutes cat\u00e9gories confondues. Ceux d&rsquo;entre eux qui auront \u00e9t\u00e9 \u00e9prouv\u00e9s dans le temps, graviront les \u00e9chelons hi\u00e9rarchiques et se rapprocheront de la norme id\u00e9ale de l&rsquo;individu nationaliste. La pr\u00e9tention de l&rsquo;officier sup\u00e9rieur \u00e0 d\u00e9tenir la l\u00e9gitimit\u00e9 politique se fonde sur cette croyance selon laquelle il est le plus pr\u00e8s de la norme de l&rsquo;individu national. \u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong>La crise d\u00e9mographique et sociale : jeunesse, ch\u00f4mage et d\u00e9sespoir migratoire<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019une des dimensions les plus aigu\u00ebs de la crise alg\u00e9rienne r\u00e9side dans le <strong>d\u00e9s\u00e9quilibre d\u00e9mographique et social<\/strong>. Avec une population de plus de 45 millions d\u2019habitants, dont pr\u00e8s de 70 % ont moins de 35 ans, l\u2019Alg\u00e9rie est confront\u00e9e \u00e0 une <strong>jeunesse nombreuse, \u00e9duqu\u00e9e mais d\u00e9sabus\u00e9e<\/strong> (Boubekeur, 2021). Ce potentiel d\u00e9mographique, qui aurait pu constituer un atout pour le d\u00e9veloppement, se transforme en facteur d\u2019instabilit\u00e9 face \u00e0 l\u2019incapacit\u00e9 du syst\u00e8me politique et \u00e9conomique \u00e0 offrir des perspectives cr\u00e9dibles.<\/p>\n<p>Le ch\u00f4mage des jeunes d\u00e9passe officiellement 30 % dans certaines r\u00e9gions, un taux qui masque une r\u00e9alit\u00e9 encore plus sombre si l\u2019on prend en compte le sous-emploi et l\u2019\u00e9conomie informelle. Les dipl\u00f4m\u00e9s de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur sont particuli\u00e8rement touch\u00e9s, ce qui alimente un profond sentiment d\u2019injustice sociale. La <strong>dissonance entre les aspirations d\u2019une jeunesse connect\u00e9e au monde via les r\u00e9seaux sociaux et la rigidit\u00e9 d\u2019un syst\u00e8me politique verrouill\u00e9<\/strong> engendre frustration et radicalisation des positions (Fondation Friedrich Ebert (FES), 2023).<\/p>\n<p>Ce malaise social s\u2019exprime aussi \u00e0 travers le ph\u00e9nom\u00e8ne massif du <strong>harga<\/strong> \u2014 l\u2019\u00e9migration clandestine. Des milliers de jeunes Alg\u00e9riens risquent leur vie chaque ann\u00e9e en traversant la M\u00e9diterran\u00e9e pour rejoindre l\u2019Europe. Cette fuite illustre non seulement l\u2019absence de confiance envers les institutions nationales, mais aussi la conviction que <strong>l\u2019avenir est ailleurs<\/strong>. La harga est devenue, pour une partie de la jeunesse, un acte de contestation silencieuse contre un \u00c9tat per\u00e7u comme incapable d\u2019assurer dignit\u00e9 et opportunit\u00e9s.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la d\u00e9gradation des services publics \u2014 sant\u00e9, \u00e9ducation, logement \u2014 alimente le ressentiment. Les h\u00f4pitaux souffrent de p\u00e9nuries chroniques, r\u00e9v\u00e9l\u00e9es de fa\u00e7on dramatique durant la pand\u00e9mie de COVID-19. Le syst\u00e8me \u00e9ducatif, longtemps consid\u00e9r\u00e9 comme un pilier de l\u2019\u00c9tat-nation, est accus\u00e9 de reproduire des in\u00e9galit\u00e9s et de ne pas r\u00e9pondre aux exigences du march\u00e9 du travail. Quant \u00e0 la crise du logement, elle continue de nourrir tensions et frustrations dans les grandes agglom\u00e9rations.<\/p>\n<figure id=\"attachment_7145\" aria-describedby=\"caption-attachment-7145\" style=\"width: 698px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-7145 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/6.jpg?resize=618%2C360&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"618\" height=\"360\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/6.jpg?w=698&amp;ssl=1 698w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/6.jpg?resize=429%2C250&amp;ssl=1 429w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-7145\" class=\"wp-caption-text\">Hirak (2019-2021)<\/figcaption><\/figure>\n<p>Le rapport entre l\u2019\u00c9tat et la jeunesse est marqu\u00e9 par une <strong>rupture g\u00e9n\u00e9rationnelle<\/strong>. Alors que les \u00e9lites politiques se r\u00e9f\u00e8rent encore au r\u00e9cit fondateur de la guerre de lib\u00e9ration, une majorit\u00e9 de jeunes n\u00e9s apr\u00e8s les ann\u00e9es 1990 ne s\u2019identifient plus \u00e0 cet h\u00e9ritage. Ils demandent un r\u00e9cit national renouvel\u00e9, fond\u00e9 sur des droits, des libert\u00e9s et une participation citoyenne r\u00e9elle. Or, le refus du pouvoir de repenser ce pacte social contribue \u00e0 accentuer le foss\u00e9.<\/p>\n<p>En somme, la crise d\u00e9mographique et sociale en Alg\u00e9rie traduit un paradoxe douloureux : un pays riche en ressources naturelles et humaines, mais incapable de transformer ce potentiel en moteur de d\u00e9veloppement. Cette <strong>fracture entre un \u00c9tat verrouill\u00e9 et une jeunesse en qu\u00eate d\u2019avenir<\/strong> constitue l\u2019une des menaces les plus s\u00e9rieuses pour la stabilit\u00e9 \u00e0 moyen terme.<\/p>\n<p><strong>Les fractures sociales et culturelles : identit\u00e9s et revendications<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019Alg\u00e9rie est un pays pluriel, marqu\u00e9 par une diversit\u00e9 identitaire et linguistique qui fait sa richesse mais aussi sa fragilit\u00e9. La question amazighe en constitue un r\u00e9v\u00e9lateur essentiel. Longtemps ni\u00e9e par le pouvoir central, l\u2019identit\u00e9 berb\u00e8re a trouv\u00e9, au prix d\u2019\u00e2pres luttes, une reconnaissance progressive, notamment avec la constitutionnalisation du tamazight comme langue nationale et officielle (Bektache, 2018). Toutefois, cette reconnaissance reste en grande partie symbolique, tant les politiques publiques peinent \u00e0 promouvoir une v\u00e9ritable \u00e9galit\u00e9 linguistique et culturelle. Cette fracture nourrit une d\u00e9fiance persistante envers l\u2019\u00c9tat, notamment en Kabylie.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la jeunesse alg\u00e9rienne, qui repr\u00e9sente plus de la moiti\u00e9 de la population, vit une situation paradoxale : \u00e9duqu\u00e9e, connect\u00e9e, mais confront\u00e9e au ch\u00f4mage et \u00e0 la pr\u00e9carit\u00e9 (Meraihi, 2018). Son aspiration \u00e0 la dignit\u00e9, \u00e0 la mobilit\u00e9 et \u00e0 la libert\u00e9 se heurte \u00e0 un syst\u00e8me verrouill\u00e9, ce qui alimente des vagues migratoires massives, qualifi\u00e9es de <em>harga<\/em>. Cette fuite des \u00e9nergies jeunes traduit la crise d\u2019un contrat social incapable de retenir ses propres forces vives.<\/p>\n<p><strong>La crise environnementale et climatique : une menace silencieuse mais existentielle<\/strong><\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des crises politiques, \u00e9conomiques et sociales, l\u2019Alg\u00e9rie fait face \u00e0 une <strong>crise environnementale et climatique<\/strong> qui constitue un d\u00e9fi structurel majeur. Situ\u00e9 en grande partie dans une zone aride et semi-aride, le pays est particuli\u00e8rement expos\u00e9 aux effets du changement climatique. La rar\u00e9faction des ressources en eau, la d\u00e9sertification, la pollution urbaine et industrielle, ainsi que la d\u00e9forestation mettent en p\u00e9ril non seulement la durabilit\u00e9 du d\u00e9veloppement, mais aussi la <strong>s\u00e9curit\u00e9 nationale<\/strong> (Benjaminsen &amp; Hiernaux, 2019).<\/p>\n<p>La <strong>crise hydrique<\/strong> est sans doute la plus pressante. Les barrages peinent \u00e0 couvrir les besoins croissants d\u2019une population en forte augmentation, tandis que les nappes phr\u00e9atiques sont surexploit\u00e9es. Les s\u00e9cheresses r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, aggrav\u00e9es par le d\u00e9r\u00e8glement climatique, entra\u00eenent une baisse dramatique de la disponibilit\u00e9 de l\u2019eau potable. Dans certaines wilayas, les coupures d\u2019eau quotidiennes sont devenues un probl\u00e8me chronique, alimentant le m\u00e9contentement populaire et renfor\u00e7ant la perception d\u2019un \u00c9tat incapable d\u2019assurer un bien aussi vital.<\/p>\n<p>La <strong>d\u00e9sertification<\/strong> progresse rapidement dans les Hauts Plateaux et menace directement l\u2019agriculture, secteur d\u00e9j\u00e0 fragilis\u00e9 par des politiques publiques incoh\u00e9rentes. La d\u00e9pendance croissante aux importations alimentaires, combin\u00e9e aux impacts du climat, accentue la <strong>vuln\u00e9rabilit\u00e9 alimentaire<\/strong> du pays. Par ailleurs, la pollution atmosph\u00e9rique dans les grandes villes comme Alger, Oran ou Annaba atteint des niveaux pr\u00e9occupants, cons\u00e9quence d\u2019une industrialisation mal ma\u00eetris\u00e9e et d\u2019un parc automobile v\u00e9tuste.<\/p>\n<p>Les incendies de for\u00eats de l\u2019\u00e9t\u00e9 2021 et 2022, particuli\u00e8rement meurtriers en Kabylie, ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l\u2019ampleur de la <strong>fragilit\u00e9 \u00e9cologique<\/strong> du pays. Au-del\u00e0 des pertes humaines et \u00e9conomiques, ces catastrophes ont mis en lumi\u00e8re les d\u00e9ficits en mati\u00e8re de pr\u00e9vention, de coordination et de gestion des risques. Beaucoup d\u2019Alg\u00e9riens ont vu dans ces drames la preuve d\u2019un <strong>\u00c9tat d\u00e9faillant<\/strong>, incapable de prot\u00e9ger ses citoyens face \u00e0 des menaces pr\u00e9visibles.<\/p>\n<p>La dimension climatique a aussi une forte <strong>dimension g\u00e9opolitique<\/strong>. L\u2019Alg\u00e9rie, d\u00e9pendante de ses exportations d\u2019hydrocarbures, se trouve face \u00e0 un dilemme : comment concilier une transition \u00e9nerg\u00e9tique indispensable avec un mod\u00e8le \u00e9conomique fond\u00e9 sur le p\u00e9trole et le gaz ? Le retard accumul\u00e9 dans le d\u00e9veloppement des \u00e9nergies renouvelables contraste avec le potentiel solaire exceptionnel du Sahara, qui pourrait faire du pays un acteur r\u00e9gional majeur dans la production d\u2019\u00e9nergie verte.<\/p>\n<p>Enfin, la crise environnementale nourrit un sentiment d\u2019injustice sociale : les populations les plus pauvres sont celles qui subissent le plus directement les cons\u00e9quences de la d\u00e9gradation \u00e9cologique, tandis que les \u00e9lites politiques et \u00e9conomiques parviennent \u00e0 se prot\u00e9ger. Cette <strong>in\u00e9galit\u00e9 environnementale<\/strong> accentue encore le foss\u00e9 entre gouvernants et gouvern\u00e9s.<\/p>\n<p>Ainsi, la crise \u00e9cologique en Alg\u00e9rie n\u2019est pas seulement un enjeu technique ou environnemental. Elle constitue une <strong>menace existentielle<\/strong> pour le pays, susceptible de d\u00e9clencher de nouvelles vagues de contestation sociale si elle n\u2019est pas int\u00e9gr\u00e9e dans une strat\u00e9gie nationale de d\u00e9veloppement durable et \u00e9quitable.<\/p>\n<p><strong>Les enjeux environnementaux et climatiques<\/strong><\/p>\n<p>La crise alg\u00e9rienne n\u2019est pas seulement politique, sociale ou g\u00e9opolitique : elle est \u00e9galement \u00e9cologique. Le pays, largement aride, est expos\u00e9 \u00e0 des s\u00e9cheresses chroniques, \u00e0 l\u2019avanc\u00e9e du d\u00e9sert et \u00e0 une gestion pr\u00e9caire de l\u2019eau (Benmessaoud, 2020). Le d\u00e9r\u00e8glement climatique aggrave les vuln\u00e9rabilit\u00e9s agricoles et menace la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire. \u00c0 cela s\u2019<\/p>\n<p>ajoutent des incendies de for\u00eats r\u00e9currents, dont la gestion inefficace a accentu\u00e9 le ressentiment populaire envers l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-7146 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/7.jpg?resize=618%2C400&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"618\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/7.jpg?w=698&amp;ssl=1 698w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/7.jpg?resize=386%2C250&amp;ssl=1 386w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><\/p>\n<p>Le d\u00e9fi environnemental met en lumi\u00e8re la faiblesse de la gouvernance et l\u2019absence de strat\u00e9gies durables. Alors que les pays voisins d\u00e9veloppent des politiques \u00e9nerg\u00e9tiques diversifi\u00e9es, l\u2019Alg\u00e9rie reste prisonni\u00e8re de son mod\u00e8le extra-activiste bas\u00e9 sur les hydrocarbures. Cette d\u00e9pendance renforce la fragilit\u00e9 structurelle du pays, incapable de pr\u00e9parer un avenir post-p\u00e9trolier.<\/p>\n<p><strong>Conclusion <\/strong><\/p>\n<p>L\u2019Alg\u00e9rie, \u00ab pays de toutes les crises \u00bb, appara\u00eet comme un paradoxe permanent : riche en ressources mais appauvrie dans sa gouvernance, peupl\u00e9e d\u2019une jeunesse dynamique mais exil\u00e9e, h\u00e9riti\u00e8re d\u2019une histoire glorieuse mais emp\u00eatr\u00e9e dans les blocages du pr\u00e9sent. Les crises politiques, sociales, \u00e9conomiques et g\u00e9opolitiques s\u2019entrelacent pour former une toile complexe, o\u00f9 chaque tentative de r\u00e9forme se heurte \u00e0 la r\u00e9silience d\u2019un syst\u00e8me ancr\u00e9 dans l\u2019immobilisme.<\/p>\n<p>Cependant, le pays n\u2019est pas condamn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chec. Le mouvement du Hirak a montr\u00e9 qu\u2019il existe, au sein de la soci\u00e9t\u00e9, une capacit\u00e9 d\u2019auto-organisation, une conscience politique et une exigence d\u00e9mocratique capables de bousculer les certitudes du pouvoir. De m\u00eame, la richesse culturelle et identitaire de l\u2019Alg\u00e9rie peut constituer une force d\u2019unit\u00e9 si elle est assum\u00e9e et valoris\u00e9e plut\u00f4t que ni\u00e9e.<\/p>\n<p>Le d\u00e9fi est immense : inventer un mod\u00e8le politique fond\u00e9 sur la transparence, un mod\u00e8le \u00e9conomique tourn\u00e9 vers l\u2019innovation et la diversification, et une diplomatie capable de d\u00e9passer les antagonismes st\u00e9riles. L\u2019avenir de l\u2019Alg\u00e9rie d\u00e9pendra de sa capacit\u00e9 \u00e0 transformer ses crises en opportunit\u00e9s, \u00e0 renouer avec l\u2019id\u00e9al \u00e9mancipateur de son ind\u00e9pendance et \u00e0 donner \u00e0 sa jeunesse les moyens d\u2019esp\u00e9rer et de b\u00e2tir.<\/p>\n<p>L\u2019Alg\u00e9rie se pr\u00e9sente aujourd\u2019hui comme un pays pris dans un <strong>enchev\u00eatrement complexe de crises structurelles<\/strong>. La crise politique est marqu\u00e9e par la domination persistante de l\u2019arm\u00e9e, l\u2019\u00e9rosion des institutions et l\u2019incapacit\u00e9 des \u00e9lites \u00e0 offrir une vision d\u00e9mocratique partag\u00e9e. La crise \u00e9conomique r\u00e9sulte d\u2019une d\u00e9pendance excessive aux hydrocarbures et d\u2019une absence de diversification, ce qui expose le pays aux fluctuations du march\u00e9 mondial et emp\u00eache la cr\u00e9ation d\u2019un d\u00e9veloppement durable. Sur le plan social, les in\u00e9galit\u00e9s, le ch\u00f4mage massif des jeunes et la marginalisation de certaines r\u00e9gions, notamment la Kabylie et le Sud, entretiennent un sentiment de frustration et d\u2019exclusion qui alimente la contestation.<\/p>\n<p>\u00c0 cela s\u2019ajoutent les crises g\u00e9opolitiques, notamment la rivalit\u00e9 avec le Maroc, le dossier du Sahara occidental, ainsi que les instabilit\u00e9s r\u00e9gionales au Sahel, qui placent l\u2019Alg\u00e9rie dans une position d\u00e9fensive permanente. L\u2019environnement, quant \u00e0 lui, constitue une <strong>menace silencieuse<\/strong> mais non moins pr\u00e9occupante, car la rar\u00e9faction des ressources en eau, la d\u00e9sertification et la d\u00e9pendance aux hydrocarbures compromettent \u00e0 terme la s\u00e9curit\u00e9 et la souverainet\u00e9 nationale. Enfin, la crise institutionnelle, fruit de la mainmise de l\u2019arm\u00e9e sur la vie politique, emp\u00eache l\u2019\u00e9mergence d\u2019un v\u00e9ritable contrat social.<\/p>\n<p>Ces multiples crises r\u00e9v\u00e8lent une v\u00e9rit\u00e9 profonde : l\u2019Alg\u00e9rie souffre d\u2019un <strong>blocage syst\u00e9mique<\/strong> o\u00f9 chaque tentative de r\u00e9forme est frein\u00e9e par la crainte d\u2019un effondrement de l\u2019ordre \u00e9tabli. Pourtant, le pays poss\u00e8de d\u2019\u00e9normes ressources humaines, naturelles et culturelles qui pourraient en faire un acteur r\u00e9gional majeur. La jeunesse, en particulier, incarne une force de renouvellement et d\u2019innovation, mais elle reste prisonni\u00e8re d\u2019un syst\u00e8me verrouill\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019avenir de l\u2019Alg\u00e9rie d\u00e9pendra de sa capacit\u00e9 \u00e0 rompre avec ce cycle de crises r\u00e9p\u00e9titives et \u00e0 <strong>construire un mod\u00e8le de gouvernance inclusif, durable et participatif<\/strong>. Cela n\u00e9cessitera une r\u00e9forme en profondeur des institutions, une diversification \u00e9conomique tourn\u00e9e vers les \u00e9nergies renouvelables et l\u2019\u00e9conomie de la connaissance, ainsi qu\u2019une reconnaissance effective des diversit\u00e9s culturelles et r\u00e9gionales. Sans un tel sursaut, l\u2019Alg\u00e9rie risque de rester prisonni\u00e8re de ses contradictions internes et de ses blocages historiques.<\/p>\n<p>Ainsi, l\u2019Alg\u00e9rie appara\u00eet bien comme le <strong>\u00ab pays de toutes les crises \u00bb<\/strong>, mais aussi comme celui de <strong>toutes les potentialit\u00e9s<\/strong>, si ses ressources sont mises au service d\u2019un projet collectif capable de rallier ses citoyens et de r\u00e9concilier le pays avec lui-m\u00eame (Chtatou, 2021, 30 ao\u00fbt).<\/p>\n<p><strong>Bibliographie\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>Addi, L. (1994). <em>L\u2019Alg\u00e9rie et la d\u00e9mocratie : Pouvoir et crise du politique dans l\u2019Alg\u00e9rie contemporaine.<\/em> La D\u00e9couverte.<\/p>\n<p>Addi, L. (1998, f\u00e9vrier). L&rsquo;arm\u00e9e alg\u00e9rienne \u00e0 la conqu\u00eate du pouvoir. <em>Le Monde diplomatique<\/em>.<\/p>\n<p>Addi, L. (1999). 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(1993). <em>Sustaining development in mineral economies: The resource curse thesis<\/em>. Routledge. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.4324\/9780203422595\">https:\/\/doi.org\/10.4324\/9780203422595<\/a><\/p>\n<p>Bektache, M. (2018). Officialisation de la langue amazighe en Alg\u00e9rie : impact sur les attitudes et repr\u00e9sentations sociolinguistiques de quelques locuteurs alg\u00e9riens.\u00a0<em>Multilinguales<\/em>.\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/multilinguales\/3764\"><strong>https:\/\/journals.openedition.org\/multilinguales\/3764<\/strong><\/a><\/p>\n<p>Benchikh, M. (2021). Le syst\u00e8me politique au c\u0153ur de la crise en Alg\u00e9rie.\u00a0<em>Pouvoirs<\/em>, (176), 27-40.\u00a0<a href=\"https:\/\/revue-pouvoirs.fr\/le-systeme-politique-au-coeur-de\/\">https:\/\/revue-pouvoirs.fr\/le-systeme-politique-au-coeur-de\/<\/a><\/p>\n<p>Benjaminsen, T. A., &amp; Hiernaux, P. (2019). <em>The Sahel: Ecology and politics<\/em>. 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Cambridge University Press.<\/p>\n<p>Institut de Gouvernance et d\u2019H\u00e9g\u00e9monie (IGH). (2025).\u00a0<em>Alg\u00e9rie : Pistes de sortie de crise par stabilisation institutionnelle<\/em>\u00a0[Note d\u2019orientation strat\u00e9gique]. <em>Horizons<\/em>.\u00a0<a href=\"https:\/\/horizons.ma\/note-dorientation-strategique-algerie-pistes-de-sortie-de-crise\/\">https:\/\/horizons.ma\/note-dorientation-strategique-algerie-pistes-de-sortie-de-crise\/<\/a><\/p>\n<p>International Crisis Group. (2024).\u00a0<em>Managing tensions between Algeria and Morocco<\/em>. Middle East and North Africa Report No. 247.\u00a0<a href=\"https:\/\/www.crisisgroup.org\/sites\/default\/files\/2024-12\/247-managing-algeria-morocco.pdf\">https:\/\/www.crisisgroup.org\/sites\/default\/files\/2024-12\/247-managing-algeria-morocco.pdf<\/a><\/p>\n<p>International Monetary Fund. (2023). Algeria: 2022 Article IV consultation\u2014Press release; staff report; and statement by the Executive Director for Algeria (IMF Country Report No. 2023\/068). <a href=\"https:\/\/www.imf.org\/en\/Publications\/CR\/Issues\/2023\/02\/02\/Algeria-2022-Article-IV-Consultation-Press-Release-and-Staff-Report-529078\">https:\/\/www.imf.org\/en\/Publications\/CR\/Issues\/2023\/02\/02\/Algeria-2022-Article-IV-Consultation-Press-Release-and-Staff-Report-529078<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u00f3pez Garc\u00eda, P. (2020). Imagining a new political space: The power of youth and peaceful protest in Algeria.\u00a0<em>Mediterranean Politics<\/em>.\u00a0<a href=\"https:\/\/revistaidees.cat\/en\/imagining-a-new-political-space-the-power-of-youth-and-peaceful-protest-in-algeria\/\">https:\/\/revistaidees.cat\/en\/imagining-a-new-political-space-the-power-of-youth-and-peaceful-protest-in-algeria\/<\/a><\/p>\n<p>Lowi, M. R. (2009). <em>Oil wealth and the poverty of politics: Algeria compared<\/em>. Cambridge University Press. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1017\/CBO9780511691621\">https:\/\/doi.org\/10.1017\/CBO9780511691621<\/a><\/p>\n<p>Martinez, L. (2000).<em> La guerre civile en Alg\u00e9rie, 1990-1998. <\/em>Karthala.<\/p>\n<p>Martinez, L. (2000). <em>The Algerian civil war, 1990\u20131998<\/em>. Hurst.<\/p>\n<p>Martinez, L. (2010). <em>Violence de la rente :<\/em> <em>Alg\u00e9rie &#8211; Libye &#8211; Irak<\/em>. Presses de Sciences Po.<\/p>\n<p>Martinez, L. (2010, septembre). Alg\u00e9rie : les illusions de la richesse p\u00e9troli\u00e8re. <em>Les \u00c9tudes du CERI N\u00b0 168<\/em>. <a href=\"https:\/\/www.sciencespo.fr\/ceri\/sites\/sciencespo.fr.ceri\/files\/Etude168_francais.pdf\">https:\/\/www.sciencespo.fr\/ceri\/sites\/sciencespo.fr.ceri\/files\/Etude168_francais.pdf<\/a><\/p>\n<p>Meraihi, H. (2018). La jeunesse alg\u00e9rienne entre la volont\u00e9 d\u2019int\u00e9gration et l\u2019emploi informel. <em>Revue des Sciences Humaines<\/em>, (59), 35\u201352. <a href=\"https:\/\/revue.umc.edu.dz\/index.php\/h\/article\/view\/1403\">https:\/\/revue.umc.edu.dz\/index.php\/h\/article\/view\/1403<\/a><\/p>\n<p>Office national des statistiques [ONS]. (2022).\u00a0<em>D\u00e9mographie alg\u00e9rienne 2020-2022<\/em>.\u00a0<a href=\"https:\/\/www.ons.dz\/IMG\/pdf\/Demographie_Alg2020_2023.pdf\">https:\/\/www.ons.dz\/IMG\/pdf\/Demographie_Alg2020_2023.pdf<\/a><\/p>\n<p>Roberts, H. (2014). <em>The Battlefield: Algeria, 1988\u20132002. Studies in a Broken Polity<\/em>. Verso.<\/p>\n<p>Sayad, A. (1999). <em>La double absence : Des illusions de l\u2019\u00e9migr\u00e9 aux souffrances de l\u2019immigr\u00e9<\/em>. Seuil.<\/p>\n<p>Souiah, S. (2021). Hirak and the crisis of legitimacy in Algeria. <em>Journal of North African Studies, 26<\/em>(4), 567\u2013589. https:\/\/doi.org\/10.1080\/13629387.2021.1900743<\/p>\n<p>Stora, B. (2020). <em>Histoire de l\u2019Alg\u00e9rie coloniale (1830\u20131954)<\/em>. La D\u00e9couverte.<\/p>\n<p>Stora, B. (2021). France-Alg\u00e9rie, les passions douloureuses. Robert Laffont.<\/p>\n<p>Sur, S. (Dir.). (2016).\u00a0<em>L\u2019Alg\u00e9rie, puissance r\u00e9gionale<\/em>\u00a0(n\u00b0 81). Questions internationales. <em>La Documentation fran\u00e7aise.<\/em><\/p>\n<p>Toumi, H. (2021). Renewable energy and Algeria\u2019s sustainable future. <em>Energy Policy, 149<\/em>, 112052. https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.enpol.2020.112052<\/p>\n<p>Transparency International. (2024).\u00a0<em>Indice de perception de la corruption 2023<\/em>. Transparency International.\u00a0<a href=\"https:\/\/www.transparency.org\/en\/cpi\/2023\">https:\/\/www.transparency.org\/en\/cpi\/2023<\/a><\/p>\n<p>Willis, M. (2014). <em>Politics and power in the Maghreb: Algeria, Tunisia and Morocco from independence to the Arab Spring<\/em>. Hurst.<\/p>\n<p>World Bank. (2021). <em>Unemployment, youth total (% of total labor force ages 15-24) (modeled ILO estimate) &#8211; Algeria.<\/em> <a href=\"https:\/\/data.worldbank.org\/indicator\/SL.UEM.1524.ZS?locations=DZ\">https:\/\/data.worldbank.org\/indicator\/SL.UEM.1524.ZS?locations=DZ<\/a><\/p>\n<p>World Bank. (2021).\u00a0<em>Algeria Economic Update &#8211; Fall 2021: Restoring the Algerian Economy after the Pandemic<\/em>. <a href=\"https:\/\/hdl.handle.net\/10986\/37048\">https:\/\/hdl.handle.net\/10986\/37048<\/a><\/p>\n<p>Zoubir, Y. (2019, mai 21). The Algerian Crisis: Origins and Prospects for a \u201cSecond Republic.\u201d <em>Aljazeera Centre for Studies<\/em>.\u00a0<a href=\"https:\/\/studies.aljazeera.net\/en\/reports\/2019\/05\/algerian-crisis-origins-prospects-republic-190520100257161.html\">https:\/\/studies.aljazeera.net\/en\/reports\/2019\/05\/algerian-crisis-origins-prospects-republic-190520100257161.html<\/a><\/p>\n<p>Zoubir, Y. H. (2020). Algeria\u2019s foreign policy in the post-Hirak era: Challenges and perspectives.\u00a0<em>Middle East Council on Global Affairs<\/em>, Issue Brief, 7, 1-15.\u00a0<a href=\"https:\/\/mecouncil.org\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/MECGA_Issue-Brief-7_Zoubir_Final-Web-1.pdf\">https:\/\/mecouncil.org\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/MECGA_Issue-Brief-7_Zoubir_Final-Web-1.pdf<\/a><\/p>\n<p>Zoubir, Y. H., &amp; Aghrout, A. (2016). <em>Algeria and the Arab Spring<\/em>. Routledge.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction L\u2019Alg\u00e9rie occupe une place paradoxale dans l\u2019imaginaire collectif du monde arabe, de l\u2019Afrique et de la M\u00e9diterran\u00e9e. Riche en ressources naturelles, dot\u00e9e d\u2019un territoire vaste et strat\u00e9gique, et h\u00e9riti\u00e8re d\u2019une histoire marqu\u00e9e par un combat h\u00e9ro\u00efque pour l\u2019ind\u00e9pendance, elle demeure n\u00e9anmoins travers\u00e9e par des crises structurelles profondes. 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