{"id":7349,"date":"2025-12-10T15:50:15","date_gmt":"2025-12-10T14:50:15","guid":{"rendered":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=7349"},"modified":"2025-12-10T15:52:31","modified_gmt":"2025-12-10T14:52:31","slug":"entretien-exclusif-avec-le-realisateur-et-scenariste-fdil-abdellatif","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/entretien-exclusif-avec-le-realisateur-et-scenariste-fdil-abdellatif\/","title":{"rendered":"ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC LE REALISATEUR ET SCENARISTE FDIL Abdellatif"},"content":{"rendered":"<p><strong><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-7352 alignleft\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Abdellatif-Fdil.jpg?resize=188%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"188\" height=\"250\" \/> <\/strong><strong>\u00ab L\u2019art amazigh porte en lui une authenticit\u00e9 rare, une po\u00e9sie du geste et du regard, une philosophie du vivant qui transcende les fronti\u00e8res \u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00ab L\u2019enjeu n\u2019est pas seulement de filmer en tamazighte, mais de penser amazighe, de construire une esth\u00e9tique, une narration et une sensibilit\u00e9 qui \u00e9manent de cette culture mill\u00e9naire. \u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00ab Tr\u00e8s peu de films amazighs parviennent \u00e0 \u00eatre produits ou soutenus par les commissions du CCM \u00bb<\/strong><\/p>\n<p><em><strong>TROIS LUNES DERRI\u00c8RE UNE COLLINE\u00a0<\/strong> <\/em><\/p>\n<p>\u00ab Trois lunes derri\u00e8re une colline \u00bb, film-documentaire, peut \u00eatre r\u00e9sum\u00e9 ainsi : au milieu des montagnes du Moyen Atlas Marocain, trois bergers amazighes, issus de trois tribus diff\u00e9rentes, nous embarquent dans un p\u00e9riple \u00e9poustouflant. Ils r\u00e9v\u00e8lent un quotient passionnant d\u2019une vie parall\u00e8le des po\u00e8tes amazighes reconnus qu\u2019ils incarnent. Un voyage dans la m\u00e9moire, au c\u0153ur d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui conjuguent les valeurs de grandeur, d\u2019honneur et de modestie amazighe. Un film-documentaire qui redonne sa dignit\u00e9 au patrimoine po\u00e9tique amazighe et \u00e0 ses d\u00e9positaires. Un espoir certain pour le cin\u00e9ma amazighe.<\/p>\n<p>R\u00e9alisateur et sc\u00e9nariste, FDIL Abdellatif est titulaire d\u2019un doctorat cin\u00e9ma, obtenu \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Toulouse II Jean Jaur\u00e8s et soutenue en novembre 2015. Il a effectu\u00e9 ses travaux de recherches au sein du Laboratoire LARA-SEPPIA autours des regards crois\u00e9s sur l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 et l\u2019identit\u00e9 dans le cin\u00e9ma fran\u00e7ais et marocain des ann\u00e9es 2000. Il est laur\u00e9at de l\u2019\u00c9cole Nationale Sup\u00e9rieur de l\u2019Audiovisuel de Toulouse o\u00f9 il a d\u00e9croch\u00e9 son Master professionnel en r\u00e9alisation cin\u00e9matographique. Il est \u00e9galement titulaire d\u2019une Licence Professionnel en \u00c9tudes Cin\u00e9matographique et Audiovisuel et d\u2019une Licence en Litt\u00e9rature Anglaise \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Cadi Ayyad de Marrakech. FDIL Abdellatif est auteur de plusieurs films courts-m\u00e9trages et documentaires dont \u00ab Fabuleux bergers de l\u2019Atlas \u00bb (doc), La Singerie (CM), Table de Punition (CM), Mon Cheval (CM), Voyage \u00e0 Tokyo (CM)\u2026 Il est aujourd\u2019hui, enseignant-chercheur \u00e0 l\u2019Institut Sup\u00e9rieur des M\u00e9tiers de l\u2019Audiovisuel et de Cin\u00e9ma (ISMAC) de Rabat.<\/p>\n<p><strong>M : Pour commencer notre entretien, je vous demande d\u2019abord : qui est Abdellatif Fdil ?<\/strong><\/p>\n<p>AF : Bonjour Ssi Moha. Je ne sais pas si je parviendrai \u00e0 r\u00e9pondre pleinement \u00e0 cette question, mais je vais tout de m\u00eame essayer\u2026 Je suis un jeune Marocain issu d\u2019une famille modeste, mais profond\u00e9ment ouverte aux cultures du monde. J\u2019ai pass\u00e9 une grande partie de mon enfance dans un petit village \u00e0 l\u2019est de Kh\u00e9nifra, nomm\u00e9 Kaf N\u2019Sour. C\u2019est l\u00e0, au c\u0153ur de ces montagnes rudes et silencieuses, que s\u2019est fa\u00e7onn\u00e9 mon imaginaire et qu\u2019est n\u00e9e en moi une n\u00e9cessit\u00e9 vitale : celle de cr\u00e9er, d\u2019exprimer ce que je portais au fond de moi.<\/p>\n<p>Mes aventures d\u2019enfant m\u2019ont souvent conduit vers les hauteurs, l\u00e0 o\u00f9 j\u2019ai tiss\u00e9 avec les montagnes un lien d\u2019amour et de libert\u00e9. Pourtant, au seuil de mon adolescence, ce m\u00eame village a commenc\u00e9 \u00e0 m\u2019\u00e9touffer. Je r\u00eavais d\u2019un ailleurs, d\u2019une vie moderne et prosp\u00e8re.<\/p>\n<p>Le destin a pris une tournure d\u00e9cisive lorsque ma famille a quitt\u00e9 le village pour s\u2019installer \u00e0 Kh\u00e9nifra. L\u00e0, j\u2019ai int\u00e9gr\u00e9 le lyc\u00e9e Aboul Kacem Zayani, un lieu o\u00f9 j\u2019ai d\u00e9couvert la peinture, l\u2019\u00e9criture de nouvelles, et surtout l\u2019art de r\u00eaver. Quelques ann\u00e9es plus tard, mon parcours m\u2019a conduit \u00e0 Tanger, au centre de formation des professeurs. C\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai rencontr\u00e9 \u00c9ric Rohmer, le grand cin\u00e9aste fran\u00e7ais, et Fran\u00e7oise Etchegaray, sa collaboratrice. Leur regard bienveillant et leurs conseils ont marqu\u00e9 un tournant dans ma vie : ils m\u2019ont encourag\u00e9 \u00e0 faire du cin\u00e9ma.<\/p>\n<p>J\u2019ai vite repris mes \u00e9tudes universitaires en litt\u00e9rature anglaise, avant de poursuivre un cursus en \u00e9tudes cin\u00e9matographiques et audiovisuelles \u00e0 la Facult\u00e9 des Lettres et des Sciences Humaines Cadi Ayyad de Marrakech. Le besoin d\u2019aller plus loin, d\u2019apprendre davantage, m\u2019a pouss\u00e9 \u00e0 quitter mon poste. Je me suis install\u00e9 \u00e0 Toulouse. J\u2019y ai poursuivi un Master en cin\u00e9ma, puis un doctorat, tout en enseignant et en r\u00e9alisant mes premiers films.<\/p>\n<p><strong>MM : Qu\u2019est-ce qui a motiv\u00e9 votre int\u00e9r\u00eat pour le cin\u00e9ma amazighe ?<\/strong><\/p>\n<p>AF : Je ne pr\u00e9f\u00e8re pas parler de \u00ab motivation \u00bb quand il s\u2019agit de cin\u00e9ma amazighe, car notre identit\u00e9 l\u2019est d\u00e9j\u00e0 profond\u00e9ment. C\u2019est une \u00e9vidence, une appartenance naturelle plut\u00f4t qu\u2019un choix. Il est vrai que nos r\u00e9f\u00e9rences locales au sein du cin\u00e9ma marocain s\u2019expriment majoritairement en darija, mais le potentiel immense de notre diversit\u00e9 linguistique et culturelle reste encore largement inexplor\u00e9.<\/p>\n<p>On dit souvent qu\u2019on ne peut pas r\u00eaver dans une langue \u00e9trang\u00e8re. En cin\u00e9ma, c\u2019est la m\u00eame chose : nos langues maternelles, qu\u2019il s\u2019agisse du tamazight ,\u00a0 de la darija ou du hassanya, sont les v\u00e9ritables vecteurs de notre imaginaire collectif. Alors, pourquoi concentrer toute l\u2019industrie cin\u00e9matographique marocaine sur une seule langue ? Pourquoi ne pas puiser dans la richesse po\u00e9tique, la force visionnaire et la profondeur symbolique de l\u2019imaginaire amazigh pour nourrir nos cr\u00e9ations filmiques ?<\/p>\n<p>Je crois profond\u00e9ment que cette d\u00e9marche n\u2019est pas seulement une question de repr\u00e9sentativit\u00e9 linguistique, mais un acte de cr\u00e9ation et d\u2019\u00e9mancipation. Le cin\u00e9ma amazigh ne devrait pas \u00eatre per\u00e7u comme une alternative, mais comme une voie \u00e0 part enti\u00e8re, porteuse d\u2019une sensibilit\u00e9 et d\u2019une esth\u00e9tique propres. Peut-\u00eatre m\u00eame devrions-nous envisager la naissance d\u2019une v\u00e9ritable \u00e9cole cin\u00e9matographique amazighe, capable de renouveler nos r\u00e9cits et nos formes d\u2019expression.<\/p>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-7350 size-large\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/AFFICHE-DU-FILM.png?resize=618%2C874&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"618\" height=\"874\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/AFFICHE-DU-FILM-scaled.png?resize=724%2C1024&amp;ssl=1 724w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/AFFICHE-DU-FILM-scaled.png?resize=177%2C250&amp;ssl=1 177w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/AFFICHE-DU-FILM-scaled.png?resize=1086%2C1536&amp;ssl=1 1086w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/AFFICHE-DU-FILM-scaled.png?resize=1448%2C2048&amp;ssl=1 1448w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/AFFICHE-DU-FILM-scaled.png?w=1810&amp;ssl=1 1810w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/AFFICHE-DU-FILM-scaled.png?w=1236&amp;ssl=1 1236w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><\/p>\n<p><strong>MM : Quelle \u00e9valuation faites-vous de ce mode d\u2019expression amazighe ?<\/strong><\/p>\n<p>AF : Je pense qu\u2019il nous reste encore beaucoup de travail \u00e0 accomplir pour enrichir et affirmer pleinement ce mode d\u2019expression amazighe au Maroc, dans toute sa complexit\u00e9 et sa beaut\u00e9. Ce que r\u00e9alise aujourd\u2019hui l\u2019IRCAM est consid\u00e9rable et essentiel, notamment sur le plan linguistique et culturel, mais il subsiste encore de nombreuses lacunes.<\/p>\n<p>Chaque fois que je d\u00e9couvre une \u0153uvre amazighe, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un film, d\u2019une peinture, d\u2019un tapis, d\u2019un chant ou d\u2019une danse, je ressens une \u00e9motion profonde, presque instinctive. Mon c\u0153ur bat plus fort, comme si ces cr\u00e9ations ravivaient en moi un lien ancien et vital. L\u2019art amazigh porte en lui une authenticit\u00e9 rare, une po\u00e9sie du geste et du regard, une philosophie du vivant qui transcende les fronti\u00e8res. C\u2019est un art qui respire la terre, la montagne, la m\u00e9moire et la lumi\u00e8re\u2026<\/p>\n<p>Le cin\u00e9ma amazigh, en particulier, me semble encore en phase de construction, mais il poss\u00e8de un potentiel immense. Il a la capacit\u00e9 de proposer au monde une autre vision du Maroc : une vision enracin\u00e9e dans la tradition tout en \u00e9tant ouverte \u00e0 la modernit\u00e9. Pour cela, il faut l\u2019encourager \u00e0 s\u2019\u00e9manciper des st\u00e9r\u00e9otypes, des simplifications folkloriques ou des \u00e9critures superficielles qui affaiblissent la force du sens et la fragilit\u00e9 de sa beaut\u00e9. L\u2019enjeu n\u2019est pas seulement de filmer en tamazight, mais de penser amazigh, de construire une esth\u00e9tique, une narration et une sensibilit\u00e9 qui \u00e9manent de cette culture mill\u00e9naire.<\/p>\n<p>Je crois profond\u00e9ment que l\u2019art amazigh, sous toutes ses formes, peut porter le Maroc vers les plus hautes sph\u00e8res de la cr\u00e9ation mondiale. Il suffit de lui donner la place qu\u2019il m\u00e9rite, de le traiter avec respect et exigence, et de l\u2019int\u00e9grer naturellement dans nos productions, non pas comme un symbole identitaire fig\u00e9, mais comme une source vivante d\u2019inspiration.<\/p>\n<p><strong>MM : Quelles th\u00e9matiques ou sujets privil\u00e9giez-vous dans vos travaux ?<\/strong><\/p>\n<p>AF : Dans mes films, je me retrouve profond\u00e9ment dans des th\u00e9matiques li\u00e9es \u00e0 la vie sociale, \u00e0 l\u2019enfance, \u00e0 l\u2019amour, \u00e0 la grandeur humaine, mais aussi \u00e0 la qu\u00eate d\u2019identit\u00e9 et de sens. \u00c0 travers mes r\u00e9cits, j\u2019essaie toujours de saisir l\u2019\u00e9motion qui se cache derri\u00e8re les gestes simples, les silences, les regards, ces moments o\u00f9 l\u2019humain se r\u00e9v\u00e8le dans toute sa fragilit\u00e9 et sa beaut\u00e9.<\/p>\n<p>Dans Ayyis ino (Mon cheval), par exemple, j\u2019ai explor\u00e9 la question de l\u2019animisme chez l\u2019enfant. Le film raconte l\u2019histoire d\u2019un petit gar\u00e7on qui r\u00eave d\u2019avoir un cheval, mais pas celui que son p\u00e8re imagine. Il pr\u00e9f\u00e8re chevaucher un simple roseau, dans lequel il projette son imaginaire, sa joie et sa s\u00e9curit\u00e9. Ce roseau devient pour lui un \u00eatre vivant, sensible, presque complice. C\u2019est une m\u00e9taphore de l\u2019enfance amazighe, celle des montagnes, o\u00f9 les enfants fa\u00e7onnent eux-m\u00eames leurs jouets avec des objets modestes, mais investis d\u2019une \u00e2me.<\/p>\n<p>Avant ce film, j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 \u00ab Table de punition \u00bb, mon premier court-m\u00e9trage, centr\u00e9 sur la scolarisation des enfants, le ch\u00e2timent corporel et l\u2019abandon scolaire. J\u2019y suis deux enfants qui, par peur d\u2019\u00eatre punis pour leur retard, d\u00e9cident de ne pas aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Leur escapade devient alors un moment de libert\u00e9 et de po\u00e9sie, une sorte d\u2019\u00ab \u00e9cole buissonni\u00e8re \u00bb \u00e0 la marocaine, inscrite dans une r\u00e9gion amazighe. \u00c0 travers eux, j\u2019ai voulu questionner la p\u00e9dagogie, la peur, mais aussi la tendresse que peut receler la r\u00e9bellion enfantine.<\/p>\n<p>Mon troisi\u00e8me film, La Singerie, aborde encore l\u2019enfance, mais sous un angle plus audacieux. J\u2019y explore ce que j\u2019appelle le triangle des tabous : la politique, la religion et la sexualit\u00e9.<\/p>\n<p>Enfin, mon dernier film documentaire Trois lunes derri\u00e8re une colline, traite de Tamediyazte (Genre po\u00e9tique amazighe). Il rend hommage au patrimoine oral amazigh, en particulier \u00e0 l\u2019art po\u00e9tique traditionnel. Ce film a voyag\u00e9 dans plusieurs pays et a \u00e9t\u00e9 honor\u00e9 par l\u2019IRCAM, qui m\u2019a d\u00e9cern\u00e9 le Prix National de la Culture Amazighe dans la cat\u00e9gorie du meilleur documentaire. Ce fut pour moi une reconnaissance pr\u00e9cieuse, car \u00e0 travers cette \u0153uvre, j\u2019ai voulu c\u00e9l\u00e9brer la parole amazighe, cette parole qui chante la m\u00e9moire, la dignit\u00e9 et la r\u00e9sistance d\u2019un peuple.<\/p>\n<p><strong>MM : L\u2019IRCAM vous a d\u00e9cern\u00e9 le Prix National de la culture Amazighe dans la cat\u00e9gorie du meilleur documentaire : sur quoi a port\u00e9 votre travail ?<\/strong><\/p>\n<p>AF : Le vendredi 17 octobre 2025, j\u2019ai eu l\u2019immense honneur de recevoir le Prix National de la Culture Amazighe, d\u00e9cern\u00e9 par l\u2019IRCAM, dans la cat\u00e9gorie du meilleur documentaire. Ce prix est venu r\u00e9compenser mon film \u00ab Trois lunes derri\u00e8re une colline, ou Three Moons Behind a Hill \u00bb en anglais, un documentaire que j\u2019ai \u00e9crit et r\u00e9alis\u00e9 autour d\u2019un sujet qui me tient profond\u00e9ment \u00e0 c\u0153ur : les po\u00e8tes amazighs, les \u201cimedyazen\u201d, et plus particuli\u00e8rement ceux qui sont aussi bergers.<\/p>\n<p>Depuis toujours, je suis fascin\u00e9 par la figure du berger, ce personnage solitaire et contemplatif qui incarne \u00e0 la fois la sagesse, la po\u00e9sie et la r\u00e9sistance. Du Rif au d\u00e9sert marocain, en passant par les montagnes du Moyen et du Haut Atlas, j\u2019ai suivi ces hommes qui marchent \u00e0 la cadence du vent et de leurs troupeaux. Leur m\u00e9tier, parmi les plus anciens du monde, exige non seulement un savoir-faire technique, conduire le troupeau, lire la montagne, pr\u00e9server la v\u00e9g\u00e9tation, mais aussi une force int\u00e9rieure et une patience infinie pour affronter l\u2019isolement. Et pourtant, derri\u00e8re cette vie rude, se cache une profonde dimension spirituelle et po\u00e9tique : celle du berger-po\u00e8te, qu\u2019on appelle en amazigh l\u2019amksa-amedyaz, ou parfois \u201caneccad\u201d.<\/p>\n<p>Dans mon film, j\u2019ai choisi de suivre trois bergers-po\u00e8tes. Chacun d\u2019eux porte en lui une m\u00e9moire vivante, une parole qui lie l\u2019homme \u00e0 la nature, le quotidien \u00e0 la transcendance. Ces femmes et hommes jouissent d\u2019un statut singulier dans leurs communaut\u00e9s : ce sont elles\/eux qui inaugurent les c\u00e9r\u00e9monies, animent les f\u00eates et guident les consciences. Leur verbe est respect\u00e9, car il \u00e9claire, il conseille, il met en garde. \u00c0 travers leurs po\u00e8mes, ils disent les joies et les douleurs, l\u2019amour et la perte, mais aussi la justice, la dignit\u00e9 et la sagesse. Ce sont, \u00e0 leur mani\u00e8re, les philosophes et les proph\u00e8tes du monde rural amazigh.<\/p>\n<p>J\u2019ai voulu montrer que la po\u00e9sie amazighe n\u2019est pas un vestige du pass\u00e9, mais une forme d\u2019expression vivante et moderne, une parole qui continue \u00e0 dialoguer avec le monde. Elle appartient \u00e0 cette tradition orale qui fonde l\u2019identit\u00e9. Elle ne s\u2019\u00e9crit pas, elle s\u2019incarne. Elle vit dans la m\u00e9moire, dans le chant, dans la danse, dans le mouvement du corps.<\/p>\n<p>Chaque geste, chaque silence, chaque inflexion de voix participe \u00e0 l\u2019\u0153uvre. L\u2019oralit\u00e9 y est tout : l\u2019a\u00e8de improvise, \u00e9coute, r\u00e9agit, adapte son po\u00e8me \u00e0 l\u2019humeur de l\u2019assembl\u00e9e ou \u00e0 l\u2019\u00e9motion du moment. Sa po\u00e9sie n\u2019est pas fig\u00e9e : elle respire, elle se r\u00e9invente \u00e0 chaque performance. Elle a un auditeur, mais pas de lecteur. Et c\u2019est justement cette relation vivante entre le po\u00e8te et son public que j\u2019ai voulu saisir avec ma cam\u00e9ra.<\/p>\n<p>Sur le plan cin\u00e9matographique, mon intention \u00e9tait de filmer cette parole vivante avec un regard po\u00e9tique et sensoriel. J\u2019ai souhait\u00e9 que le r\u00e9alisme du documentaire laisse parfois place \u00e0 l\u2019onirisme, pour raconter avec d\u00e9licatesse la r\u00e9alit\u00e9 sociale de ces hommes et de leurs territoires. Les paysages de l\u2019Atlas y sont film\u00e9s en plans larges et fixes, presque picturaux, qui \u00e9voquent les tableaux de Van Gogh . J\u2019ai cherch\u00e9 \u00e0 capter les frissons, les gouttes de sueur, les battements du c\u0153ur, la texture du silence.<\/p>\n<p>Mon approche s\u2019inscrit dans une recherche de cin\u00e9ma haptique, un cin\u00e9ma du toucher \u00e0 travers le regard. Le spectateur ne doit pas seulement voir les bergers : il doit ressentir leur solitude, leur souffle, leur vibration int\u00e9rieure. J\u2019ai privil\u00e9gi\u00e9 les sons naturels, le vent, les pas, les b\u00ealements, le murmure du vers r\u00e9cit\u00e9, pour cr\u00e9er une atmosph\u00e8re d\u2019immersion sensorielle.<\/p>\n<p>Mon travail s\u2019est aussi nourri de ma pratique p\u00e9dagogique : depuis quatre ans, j\u2019enseigne le cin\u00e9ma \u00e0 l\u2019ISMAC et j\u2019y forme de jeunes r\u00e9alisateurs. Cette exp\u00e9rience m\u2019a appris l\u2019importance du temps, de l\u2019observation et de l\u2019\u00e9criture. Avant chaque tournage, je prends le temps de rencontrer mes personnages, de marcher \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s, de comprendre leur silence.<\/p>\n<p>La gen\u00e8se d\u2019un po\u00e8me amazigh est en soi une aventure cin\u00e9matographique. Chacun de mes trois bergers-po\u00e8tes compose selon une logique myst\u00e9rieuse, presque alchimique : ils commencent souvent par la fin, modifient les vers en chemin, improvisent \u00e0 partir d\u2019une \u00e9motion ou d\u2019une image. Leur g\u00e9nie ne r\u00e9side pas dans la spontan\u00e9it\u00e9 brute, mais dans l\u2019art du labeur po\u00e9tique\u2026Mon film cherche \u00e0 rendre visible cet art invisible. Elle n\u2019est pas d\u00e9pass\u00e9e ; elle continue de vivre, de s\u2019adapter, d\u2019\u00e9pouser son temps. Tant qu\u2019il y aura un auditeur attentif, la po\u00e9sie amazighe continuera \u00e0 se renouveler.<\/p>\n<p>En redonnant la parole \u00e0 ces bergers-po\u00e8tes, j\u2019ai voulu rendre hommage \u00e0 la profondeur spirituelle et artistique du monde amazigh, souvent r\u00e9duit \u00e0 des clich\u00e9s folkloriques. Loin de ces st\u00e9r\u00e9otypes, mes personnages r\u00e9v\u00e8lent une parole lucide, libre, universelle. \u00c0 travers eux, j\u2019ai voulu dire que l\u2019art amazighe est une \u00e9nergie vivante capable de porter le Maroc vers les sommets de la cr\u00e9ation mondiale.<\/p>\n<p>En somme, Trois lunes derri\u00e8re une colline est bien plus qu\u2019un film sur des po\u00e8tes : c\u2019est, pour moi, un voyage int\u00e9rieur \u00e0 travers la m\u00e9moire, la montagne et la parole.<\/p>\n<p><strong>MM : Vos futurs projets ?<\/strong><\/p>\n<p>AF : En ce moment, je suis en train de finaliser un documentaire que j\u2019ai tourn\u00e9 \u00e0 Marrakech, consacr\u00e9 aux personnes \u00e2g\u00e9es. C\u2019est un projet profond\u00e9ment humain, coproduit avec la chaine 2M, qui me tient particuli\u00e8rement \u00e0 c\u0153ur. J\u2019y explore la condition de ces femmes et de ces hommes qui, apr\u00e8s avoir tant donn\u00e9 \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, se retrouvent souvent confront\u00e9s \u00e0 la solitude, \u00e0 la marginalisation, voire \u00e0 l\u2019oubli. \u00c0 travers leurs visages, leurs gestes et leurs silences, j\u2019ai voulu interroger notre rapport \u00e0 la vieillesse et \u00e0 la dignit\u00e9. Ce film est pour moi un hommage, une mani\u00e8re de tendre un miroir \u00e0 notre soci\u00e9t\u00e9 et d\u2019inviter le public marocain, mais aussi \u00e9tranger, \u00e0 porter un regard nouveau sur cette g\u00e9n\u00e9ration qu\u2019on oublie parfois trop vite.<\/p>\n<p>En parall\u00e8le, je pr\u00e9pare le tournage de mon prochain documentaire qui aura lieu \u00e0 A\u00eft Bouguemmaz, dans le Haut Atlas. Il s\u2019agit du deuxi\u00e8me volet d\u2019une trilogie que je consacre \u00e0 la po\u00e9sie amazighe. Apr\u00e8s avoir explor\u00e9 la figure du berger-po\u00e8te dans Trois lunes derri\u00e8re une colline, je poursuis ici ma r\u00e9flexion autour de la transmission, du rythme, de la disparition des pionniers et de la grandeur de notre culture orale. Ce nouveau film s\u2019attache \u00e0 comprendre comment les imedyazen, continuent, ou peinent, \u00e0 transmettre leur savoir dans un monde en pleine mutation.<\/p>\n<p>J\u2019aime associer cette id\u00e9e \u00e0 une m\u00e9taphore des dinosaures : ces cr\u00e9atures majestueuses qui ont disparu, faute d\u2019avoir su s\u2019adapter \u00e0 un environnement changeant. Mes po\u00e8tes amazighs conna\u00eetront-ils le m\u00eame sort ? R\u00e9sisteront-ils \u00e0 la marginalisation, \u00e0 l\u2019oubli, \u00e0 l\u2019exclusion, mais aussi \u00e0 l\u2019avalanche technologique et \u00e0 l\u2019intelligence artificielle ? Rien n\u2019est certain.<\/p>\n<p>En dehors du documentaire, je travaille actuellement \u00e0 la recherche de financements pour mon premier long-m\u00e9trage de fiction amazighe. Ce film, que j\u2019aimerais tourner dans les r\u00e9gions de Kh\u00e9nifra et du Moyen Atlas, s\u2019inscrit dans la continuit\u00e9 de mon univers : un cin\u00e9ma enracin\u00e9 dans le r\u00e9el, po\u00e9tique, travers\u00e9 par des personnages simples mais porteurs d\u2019une force int\u00e9rieure rare.<\/p>\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de ces projets personnels, je collabore r\u00e9guli\u00e8rement avec d\u2019autres cin\u00e9astes et amis sur des projets d\u2019\u00e9criture, de r\u00e9\u00e9criture ou de montage. Ces \u00e9changes nourrissent ma cr\u00e9ativit\u00e9 et m\u2019aident \u00e0 garder vivante la dimension collective du cin\u00e9ma.<\/p>\n<p>J\u2019aime consacrer tout mon temps \u00e0 l\u2019imaginaire et aux fabuleux voyages que m\u2019offre le septi\u00e8me art. Pour moi, chaque film est une aventure int\u00e9rieure, une rencontre avec l\u2019humain, une mani\u00e8re d\u2019interroger le monde.<\/p>\n<p><strong>MM : Quelle place devrait \u00eatre accord\u00e9e au cin\u00e9ma amazighe au sein du CCM ?<\/strong><\/p>\n<p>AF : Je pr\u00e9f\u00e8re ne pas m\u2019attarder sur les d\u00e9bats \u00e9tymologiques autour du terme cin\u00e9ma amazighe. Ce qui m\u2019importe avant tout, c\u2019est que le cin\u00e9ma marocain soit reconnu dans toute sa diversit\u00e9 culturelle et g\u00e9ographique. Notre pays est travers\u00e9 par une pluralit\u00e9 d\u2019expressions, de langues et de sensibilit\u00e9s artistiques ; c\u2019est cette richesse qui devrait \u00eatre au c\u0153ur de toute politique cin\u00e9matographique nationale.<\/p>\n<p>Pour que le Centre Cin\u00e9matographique Marocain (CCM) remplisse pleinement la mission qui lui a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e, il me semble essentiel qu\u2019il r\u00e9examine sa politique de financement et d\u2019accompagnement des films. Les proc\u00e9dures li\u00e9es aux autorisations de tournage, aux cartes professionnelles ou encore \u00e0 la s\u00e9lection des projets devraient \u00eatre repens\u00e9es afin d\u2019all\u00e9ger le parcours des cr\u00e9ateurs et d\u2019encourager la diversit\u00e9 des propositions artistiques.<\/p>\n<p>Si le public amazigh ressent aujourd\u2019hui une forme de marginalisation, c\u2019est en grande partie \u00e0 cause de son absence quasi totale des grands \u00e9crans. Tr\u00e8s peu de films amazighs parviennent \u00e0 \u00eatre produits ou soutenus par les commissions du CCM, et certains estiment que la qualit\u00e9 des projets pr\u00e9sent\u00e9s reste insuffisante. Mais cette situation est aussi le fruit d\u2019un manque de moyens et de dispositifs d\u2019encouragement adapt\u00e9s.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi je propose que le CCM cr\u00e9e une ligne sp\u00e9cifique de financement d\u00e9di\u00e9e au cin\u00e9ma amazighe, \u00e0 l\u2019image de ce qui existe d\u00e9j\u00e0 pour les films documentaires hassani. Bien s\u00fbr, cette initiative devrait s\u2019accompagner de crit\u00e8res clairs, exigeants et bien \u00e9tudi\u00e9s, afin d\u2019\u00e9viter les erreurs des pr\u00e9c\u00e9dentes exp\u00e9riences et de garantir une v\u00e9ritable mont\u00e9e en qualit\u00e9.<\/p>\n<p>Le cin\u00e9ma amazighe n\u2019est pas un cin\u00e9ma marginal ou p\u00e9riph\u00e9rique : c\u2019est une partie int\u00e9grante du patrimoine national, un espace d\u2019expression profond\u00e9ment ancr\u00e9 dans la m\u00e9moire collective du Maroc. Le CCM doit comprendre que pour atteindre le global, il faut d\u2019abord valoriser le local. Et notre local est d\u2019une richesse exceptionnelle : amazighe, hassani, chleuh, rifain, cherqi, ou encore du centre.<\/p>\n<p><strong>MM : \u00cates-vous optimiste pour l\u2019avenir ?<\/strong><\/p>\n<p>AF : Oui, je suis profond\u00e9ment optimiste, et j\u2019aime partager cet optimisme \u00e0 travers les films que je r\u00e9alise. Mon regard sur l\u2019avenir est empreint d\u2019espoir, non pas d\u2019un espoir na\u00eff, mais d\u2019une confiance r\u00e9elle en la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d\u2019artistes et de cin\u00e9astes marocains.<\/p>\n<p>Je suis optimiste parce qu\u2019aujourd\u2019hui, une g\u00e9n\u00e9ration prodigieuse \u00e9merge, capable de relever les d\u00e9fis, de remettre en question l\u2019identit\u00e9 visuelle de notre pays et d\u2019explorer le Maroc profond pour en extraire un cin\u00e9ma authentique, fort et inspir\u00e9, aussi bien marocain qu\u2019amazighe. Ces jeunes cr\u00e9ateurs portent une vision neuve, audacieuse et profond\u00e9ment enracin\u00e9e dans la r\u00e9alit\u00e9 culturelle du pays.<\/p>\n<p>Je suis \u00e9galement optimiste parce que j\u2019enseigne le cin\u00e9ma, et dans les yeux de mes \u00e9tudiants, je vois briller une r\u00e9elle passion pour la cr\u00e9ation, une soif d\u2019exp\u00e9rimentation et une audace artistique qui me rappellent mes propres d\u00e9buts. Leur curiosit\u00e9 et leur libert\u00e9 d\u2019esprit me rassurent sur l\u2019avenir de notre cin\u00e9ma.<\/p>\n<p>Enfin, mon optimisme s\u2019ancre aussi dans le pr\u00e9sent institutionnel. sous la direction de M. Reda Benjelloune, le Centre Cin\u00e9matographique Marocain (CCM) amorce une nouvelle dynamique prometteuse. Je suis convaincu que cette orientation apportera une avanc\u00e9e significative pour le cin\u00e9ma marocain, et plus particuli\u00e8rement pour le cin\u00e9ma amazighe, qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre pleinement reconnu et soutenu.<\/p>\n<p><strong>MM : Votre dernier mot<\/strong>.<\/p>\n<p>AF : Pour conclure, je tiens avant tout \u00e0 vous remercier sinc\u00e8rement de m\u2019avoir offert cette occasion de m\u2019exprimer, \u00e0 travers le journal Al bayane, et de partager mon regard, mon parcours et mon exp\u00e9rience. C\u2019est toujours un honneur de pouvoir parler de ce qui m\u2019anime profond\u00e9ment : le cin\u00e9ma et la culture amazighe.<\/p>\n<p>Je crois fermement que tout artiste, qu\u2019il soit cin\u00e9aste, peintre, chanteur, acteur, musicien, sculpteur ou sc\u00e9nographe, a une responsabilit\u00e9 envers son pays. Cr\u00e9er, c\u2019est aussi t\u00e9moigner, transmettre et pr\u00e9server. En ce sens, produire des films amazighs n\u2019est pas simplement un choix artistique : c\u2019est un acte culturel et patrimonial, une mani\u00e8re de prot\u00e9ger notre identit\u00e9, nos langues, nos imaginaires et nos valeurs face \u00e0 une mondialisation qui tend \u00e0 uniformiser les diff\u00e9rences et \u00e0 effacer les singularit\u00e9s.<\/p>\n<p>Le cin\u00e9ma, pour moi, reste un espace de r\u00e9sistance et de beaut\u00e9, un lieu o\u00f9 nos voix peuvent continuer \u00e0 exister, \u00e0 r\u00eaver et \u00e0 inspirer.<\/p>\n<p>Alors oui, vive le cin\u00e9ma, vive autrement le cin\u00e9ma, vive le cin\u00e9ma amazighe.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Propos recueillis par : Moha Moukhlis<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab L\u2019art amazigh porte en lui une authenticit\u00e9 rare, une po\u00e9sie du geste et du regard, une philosophie du vivant qui transcende les fronti\u00e8res \u00bb \u00ab L\u2019enjeu n\u2019est pas seulement de filmer en tamazighte, mais de penser amazighe, de construire une esth\u00e9tique, une narration et une sensibilit\u00e9 qui \u00e9manent de cette culture mill\u00e9naire. \u00bb \u00ab &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":7352,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-7349","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","","category-interviews"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Abdellatif-Fdil-rotated-e1765378339447.jpg?fit=1820%2C1433&ssl=1","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9uxE2-1Ux","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7349","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7349"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7349\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7354,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7349\/revisions\/7354"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7352"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7349"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7349"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7349"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}