{"id":7561,"date":"2026-02-17T12:56:28","date_gmt":"2026-02-17T11:56:28","guid":{"rendered":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=7561"},"modified":"2026-02-17T12:56:28","modified_gmt":"2026-02-17T11:56:28","slug":"le-maroc-acteur-pivot-dans-le-sahel-diplomatie-securite-et-developpement-au-coeur-dune-strategie-africaine-renouvelee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/le-maroc-acteur-pivot-dans-le-sahel-diplomatie-securite-et-developpement-au-coeur-dune-strategie-africaine-renouvelee\/","title":{"rendered":"Le Maroc, acteur pivot dans le Sahel : diplomatie, s\u00e9curit\u00e9 et d\u00e9veloppement au c\u0153ur d&rsquo;une strat\u00e9gie africaine renouvel\u00e9e"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_4424\" aria-describedby=\"caption-attachment-4424\" style=\"width: 188px\" class=\"wp-caption alignright\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4424\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?resize=188%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"188\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?resize=188%2C250&amp;ssl=1 188w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?w=450&amp;ssl=1 450w\" sizes=\"auto, (max-width: 188px) 100vw, 188px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4424\" class=\"wp-caption-text\">Dr. Mohamed Chtatou<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Introduction : Un positionnement strat\u00e9gique singulier<\/strong><\/p>\n<p>Dans le paysage g\u00e9opolitique sah\u00e9lien en profonde mutation, le Maroc s&rsquo;impose progressivement comme un acteur incontournable, articulant diplomatie royale, coop\u00e9ration s\u00e9curitaire et partenariats de d\u00e9veloppement. Alors que la r\u00e9gion traverse une crise multidimensionnelle \u2013 instabilit\u00e9 politique, menaces terroristes, d\u00e9fis climatiques et migrations massives \u2013 Rabat d\u00e9ploie une strat\u00e9gie africaine ambitieuse qui transcende les cadres traditionnels de l&rsquo;influence r\u00e9gionale. Ce positionnement n&rsquo;est ni fortuit ni improvis\u00e9 : il s&rsquo;inscrit dans une vision \u00e0 long terme initi\u00e9e d\u00e8s le retour du Royaume au sein de l&rsquo;Union africaine en 2017, apr\u00e8s plus de trois d\u00e9cennies d&rsquo;absence.<\/p>\n<p>Le Sahel, cette bande semi-aride s&rsquo;\u00e9tendant de l&rsquo;Atlantique \u00e0 la mer Rouge, cristallise aujourd&rsquo;hui les enjeux de s\u00e9curit\u00e9 internationale. Mali, Niger, Burkina Faso, Tchad, Mauritanie : ces \u00c9tats confront\u00e9s \u00e0 l&rsquo;hydre djihadiste et aux coups d&rsquo;\u00c9tat \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition cherchent des partenaires fiables, capables d&rsquo;offrir une alternative aux mod\u00e8les occidentaux contest\u00e9s et aux nouvelles puissances \u00e9mergentes comme la Russie. C&rsquo;est dans cette br\u00e8che que le Maroc s&rsquo;engouffre, fort de sa stabilit\u00e9 institutionnelle, de son exp\u00e9rience en mati\u00e8re de lutte antiterroriste et de sa proximit\u00e9 g\u00e9ographique et culturelle avec la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Cette strat\u00e9gie marocaine intervient dans un contexte de recomposition g\u00e9opolitique majeure. Le retrait progressif de la France, ancienne puissance coloniale dont l&rsquo;influence est d\u00e9sormais ouvertement contest\u00e9e par les opinions publiques et les nouveaux dirigeants sah\u00e9liens, cr\u00e9e un vide que plusieurs acteurs tentent de combler. La Russie, via le groupe Wagner puis Africa Corps, propose un mod\u00e8le s\u00e9curitaire brutal mais efficace \u00e0 court terme. La Chine investit massivement dans les infrastructures sans conditionnalit\u00e9 politique. La Turquie multiplie les partenariats commerciaux et religieux. Dans ce grand jeu d&rsquo;influences, le Maroc se distingue par une approche plus nuanc\u00e9e, moins ostentatoire, fond\u00e9e sur une compr\u00e9hension fine des r\u00e9alit\u00e9s locales et une patience strat\u00e9gique h\u00e9rit\u00e9e de si\u00e8cles de diplomatie ch\u00e9rifienne.<\/p>\n<p>L&rsquo;engagement marocain au Sahel s&rsquo;inscrit \u00e9galement dans une ambition plus large : red\u00e9finir la place du Royaume sur l&rsquo;\u00e9chiquier africain et mondial. Longtemps per\u00e7u comme un \u00c9tat maghr\u00e9bin tourn\u00e9 vers l&rsquo;Europe et le monde arabe, le Maroc op\u00e8re depuis deux d\u00e9cennies un \u00ab\u00a0retour \u00e0 l&rsquo;Afrique\u00a0\u00bb qui d\u00e9passe la simple rh\u00e9torique. Les provinces du Sud marocain, jadis p\u00e9riph\u00e9riques, sont d\u00e9sormais pr\u00e9sent\u00e9es comme des portes d&rsquo;entr\u00e9e vers l&rsquo;Afrique subsaharienne. Les investissements \u00e9conomiques marocains sur le continent ont \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9s par dix en quinze ans. Et surtout, le discours officiel ne cesse de r\u00e9affirmer l&rsquo;africanit\u00e9 fondamentale du Maroc, \u00c9tat \u00e0 la fois m\u00e9diterran\u00e9en, atlantique, saharien et subsaharien.<\/p>\n<p><strong>Une diplomatie religieuse au service de la stabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;un des piliers les plus originaux de l&rsquo;engagement marocain dans le Sahel r\u00e9side dans sa diplomatie religieuse, orchestr\u00e9e autour de la formation d&rsquo;imams et de guides religieux. Face \u00e0 la radicalisation croissante et \u00e0 la propagation d&rsquo;id\u00e9ologies extr\u00e9mistes v\u00e9hicul\u00e9es par des groupes comme al-Qa\u00efda au Maghreb islamique (AQMI) ou l&rsquo;\u00c9tat islamique dans le Grand Sahara (EIGS), Rabat propose un contre-narratif th\u00e9ologique fond\u00e9 sur le mal\u00e9kisme et le soufisme, traditions dominantes au Maghreb et en Afrique de l&rsquo;Ouest.<\/p>\n<p>L&rsquo;Institut Mohammed VI de formation des imams, morchidines et morchidates, inaugur\u00e9 en 2015, est devenu le fer de lance de cette strat\u00e9gie. Des centaines d&rsquo;imams maliens, guin\u00e9ens, ivoiriens, nig\u00e9riens ou tchadiens y suivent des cursus alliant th\u00e9ologie, sciences humaines et formation civique. L&rsquo;objectif affich\u00e9 : promouvoir un islam du juste milieu, tol\u00e9rant et compatible avec les valeurs d\u00e9mocratiques, capable de contrer le discours s\u00e9duisant des recruteurs djihadistes aupr\u00e8s des jeunes d\u00e9s\u0153uvr\u00e9s du Sahel.<\/p>\n<p>Le programme de formation, d&rsquo;une dur\u00e9e variant de quelques semaines \u00e0 une ann\u00e9e compl\u00e8te selon les profils, ne se limite pas \u00e0 l&rsquo;enseignement religieux stricto sensu. Il int\u00e8gre des modules sur la gouvernance, les droits humains, le dialogue interreligieux et m\u00eame la communication moderne. Cette approche globale vise \u00e0 former des leaders religieux capables de jouer un r\u00f4le social et civique dans leurs communaut\u00e9s, d\u00e9passant la simple fonction liturgique. Les morchidates, pr\u00e9dicatrices form\u00e9es pour intervenir aupr\u00e8s des femmes et des jeunes filles, constituent une innovation particuli\u00e8rement appr\u00e9ci\u00e9e dans des soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9 les femmes sont souvent cibl\u00e9es par la propagande extr\u00e9miste ou marginalis\u00e9es par les lectures rigoristes de l&rsquo;islam.<\/p>\n<p>Cette approche ne se limite pas \u00e0 la formation. Le Maroc a conclu des accords de coop\u00e9ration religieuse avec plusieurs pays sah\u00e9liens, supervisant la r\u00e9novation de mosqu\u00e9es, l&rsquo;\u00e9dition d&rsquo;ouvrages religieux et l&rsquo;organisation de conf\u00e9rences r\u00e9unissant oul\u00e9mas africains. La Fondation Mohammed VI des oul\u00e9mas africains, cr\u00e9\u00e9e en 2016 \u00e0 F\u00e8s, f\u00e9d\u00e8re ces initiatives et institutionnalise le leadership religieux marocain sur le continent. R\u00e9unissant des savants de plus de trente pays africains, elle se veut une plateforme de dialogue et de coordination face aux d\u00e9fis communs : radicalisation, sectarisme, ignorance religieuse.<\/p>\n<p>L&rsquo;impact de cette diplomatie spirituelle reste difficile \u00e0 quantifier pr\u00e9cis\u00e9ment, mais plusieurs indicateurs sugg\u00e8rent une r\u00e9ception positive. Les autorit\u00e9s maliennes ont multipli\u00e9 les demandes de formation apr\u00e8s les attaques d\u00e9vastatrices de 2015-2016. Le S\u00e9n\u00e9gal, pays de tradition soufie, a d\u00e9velopp\u00e9 un partenariat approfondi avec Rabat pour contrer l&rsquo;influence wahhabite. M\u00eame des pays non francophones comme le Nigeria ont manifest\u00e9 leur int\u00e9r\u00eat pour ce mod\u00e8le marocain d&rsquo;islam mod\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>Si cette diplomatie spirituelle suscite parfois des interrogations sur ses arri\u00e8re-pens\u00e9es politiques, notamment l&rsquo;instrumentalisation de la religion au service d&rsquo;objectifs g\u00e9opolitiques, elle n&rsquo;en demeure pas moins une r\u00e9ponse pragmatique \u00e0 un besoin r\u00e9el : combler le vide id\u00e9ologique que les mouvements terroristes exploitent. Dans des soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9 la religion structure profond\u00e9ment le tissu social, ignorer cette dimension serait une erreur strat\u00e9gique majeure. Le Maroc, commanderie des croyants selon sa Constitution, dispose d&rsquo;une l\u00e9gitimit\u00e9 religieuse que n&rsquo;ont ni les puissances occidentales la\u00efques, ni les \u00c9tats autoritaires du Golfe pratiquant un islam diff\u00e9rent de celui traditionnellement pratiqu\u00e9 en Afrique de l&rsquo;Ouest.<\/p>\n<p><strong>Coop\u00e9ration s\u00e9curitaire : formation et renseignement<\/strong><\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la dimension religieuse, le Maroc d\u00e9veloppe une coop\u00e9ration s\u00e9curitaire substantielle avec les pays du Sahel. Le Bureau central d&rsquo;investigations judiciaires (BCIJ), surnomm\u00e9 le \u00ab\u00a0FBI marocain\u00a0\u00bb, partage son expertise en mati\u00e8re de lutte antiterroriste, fruit d&rsquo;une exp\u00e9rience forg\u00e9e apr\u00e8s les attentats de Casablanca en 2003. Des officiers maliens, burkinab\u00e9s et mauritaniens participent r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 des sessions de formation au Maroc, portant sur le d\u00e9mant\u00e8lement de cellules terroristes, le renseignement pr\u00e9ventif et la cybersurveillance.<\/p>\n<p>Les forces arm\u00e9es royales (FAR) contribuent \u00e9galement \u00e0 cette coop\u00e9ration par des exercices militaires conjoints et le transfert de comp\u00e9tences en mati\u00e8re de guerre asym\u00e9trique. Le Maroc, qui g\u00e8re depuis des d\u00e9cennies une situation complexe dans ses provinces sahariennes, a d\u00e9velopp\u00e9 une expertise reconnue en mati\u00e8re de contr\u00f4le territorial, de pacification et de lutte contre les trafics transfrontaliers \u2013 armes, drogues, \u00eatres humains \u2013 qui alimentent l&rsquo;\u00e9conomie de guerre des groupes arm\u00e9s.<\/p>\n<p>Cette dimension s\u00e9curitaire s&rsquo;accompagne d&rsquo;une discr\u00e9tion remarquable. Contrairement aux interventions militaires directes de puissances occidentales ou aux d\u00e9ploiements de groupes paramilitaires russes, l&rsquo;approche marocaine privil\u00e9gie l&rsquo;accompagnement, le renforcement des capacit\u00e9s locales et la non-ing\u00e9rence dans les affaires int\u00e9rieures. Cette posture \u00ab\u00a0soft power s\u00e9curitaire\u00a0\u00bb contraste avec les mod\u00e8les plus intrusifs et contribue \u00e0 la cr\u00e9dibilit\u00e9 du Royaume aupr\u00e8s d&rsquo;\u00c9tats sah\u00e9liens jaloux de leur souverainet\u00e9, particuli\u00e8rement dans le contexte post-colonial.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9veloppement \u00e9conomique et int\u00e9gration r\u00e9gionale<\/strong><\/p>\n<p>Le volet \u00e9conomique constitue le troisi\u00e8me axe de la strat\u00e9gie marocaine au Sahel. Conscient que la s\u00e9curit\u00e9 ne peut \u00eatre durablement assur\u00e9e sans d\u00e9veloppement, le Maroc multiplie les investissements dans les infrastructures, l&rsquo;agriculture, la banque et les t\u00e9l\u00e9communications. Des groupes comme l&rsquo;Office ch\u00e9rifien des phosphates (OCP), Attijariwafa Bank, Maroc Telecom ou Royal Air Maroc sont \u00e0 l&rsquo;avant-garde de cette offensive \u00e9conomique.<\/p>\n<p>L&rsquo;OCP, leader mondial des phosphates et g\u00e9ant industriel marocain, a lanc\u00e9 plusieurs programmes de fertilisation des sols au Mali, en \u00c9thiopie et au Nigeria, visant \u00e0 am\u00e9liorer les rendements agricoles et la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire. Ces initiatives s&rsquo;inscrivent dans une logique gagnant-gagnant : le Maroc \u00e9largit son march\u00e9 continental tout en contribuant \u00e0 la r\u00e9silience \u00e9conomique de pays o\u00f9 l&rsquo;agriculture demeure le principal secteur d&#8217;emploi. Le programme \u00ab\u00a0Partenariat Afrique\u00a0\u00bb de l&rsquo;OCP, dot\u00e9 de centaines de millions de dollars, va au-del\u00e0 de la simple vente d&rsquo;engrais. Il comprend des formations agronomiques, la cr\u00e9ation de laboratoires d&rsquo;analyse des sols, le transfert de technologies et m\u00eame le financement de startups agricoles. Au Mali notamment, o\u00f9 la d\u00e9sertification menace les zones cultivables, ces programmes ont permis d&rsquo;augmenter significativement les rendements du riz et du mil, cultures vivri\u00e8res essentielles.<\/p>\n<p>Le secteur bancaire illustre \u00e9galement cette p\u00e9n\u00e9tration \u00e9conomique. Attijariwafa Bank, d\u00e9sormais pr\u00e9sente dans une quinzaine de pays africains dont plusieurs \u00c9tats sah\u00e9liens, finance des PME locales, soutient l&rsquo;entrepreneuriat et facilite les \u00e9changes commerciaux intra-africains. Cette pr\u00e9sence bancaire structure les flux \u00e9conomiques et cr\u00e9e une interd\u00e9pendance profitable aux deux parties. La banque a d\u00e9velopp\u00e9 des produits sp\u00e9cifiques pour les march\u00e9s sah\u00e9liens : microcr\u00e9dits agricoles adapt\u00e9s aux cycles de culture, financement de l&rsquo;agrobusiness, services de mobile banking pour atteindre les populations rurales non bancaris\u00e9es. Banque of Africa (BOA), autre groupe bancaire marocain, suit une trajectoire similaire, faisant du Maroc une puissance financi\u00e8re r\u00e9gionale capable de rivaliser avec les \u00e9tablissements europ\u00e9ens traditionnellement dominants.<\/p>\n<p>Les infrastructures ne sont pas en reste. Des entreprises de BTP marocaines remportent des march\u00e9s de construction de routes, ponts, barrages et centrales solaires dans toute la r\u00e9gion. Ces projets, souvent financ\u00e9s par des m\u00e9canismes de coop\u00e9ration Sud-Sud, g\u00e9n\u00e8rent des emplois locaux et renforcent la connectivit\u00e9 r\u00e9gionale, facteur essentiel de d\u00e9veloppement. La construction de l&rsquo;autoroute Dakar-Thi\u00e8s au S\u00e9n\u00e9gal par des entreprises marocaines, l&rsquo;am\u00e9nagement de ports en Guin\u00e9e, ou encore la r\u00e9alisation de barrages hydro\u00e9lectriques en C\u00f4te d&rsquo;Ivoire t\u00e9moignent de cette pr\u00e9sence tous azimuts.<\/p>\n<p>Le secteur des t\u00e9l\u00e9communications conna\u00eet \u00e9galement une expansion remarquable. Maroc Telecom, via ses filiales ouest-africaines, dessert des dizaines de millions d&rsquo;abonn\u00e9s au Mali, Burkina Faso, Gabon, Mauritanie et B\u00e9nin. Cette pr\u00e9sence dans le secteur strat\u00e9gique des t\u00e9l\u00e9coms permet au Maroc de participer \u00e0 la r\u00e9volution num\u00e9rique africaine, cr\u00e9ant les infrastructures de connectivit\u00e9 indispensables \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie moderne. La t\u00e9l\u00e9phonie mobile, qui a boulevers\u00e9 les \u00e9conomies africaines en permettant les paiements d\u00e9mat\u00e9rialis\u00e9s, le commerce \u00e9lectronique et l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;information, constitue un vecteur d&rsquo;influence consid\u00e9rable.<\/p>\n<p>Royal Air Maroc, pour sa part, d\u00e9veloppe son r\u00e9seau africain et se positionne comme hub continental, connectant l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest \u00e0 l&rsquo;Afrique centrale, \u00e0 l&rsquo;Europe et au Moyen-Orient. Casablanca aspire \u00e0 devenir ce que Duba\u00ef est pour le Moyen-Orient : une plateforme de correspondance incontournable. Cette connectivit\u00e9 a\u00e9rienne facilite les \u00e9changes commerciaux, le tourisme et la circulation des \u00e9lites, renfor\u00e7ant l&rsquo;influence culturelle et \u00e9conomique marocaine.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des investissements directs, le Maroc promeut une vision d&rsquo;int\u00e9gration r\u00e9gionale articul\u00e9e autour du gazoduc Afrique atlantique, projet pharaonique visant \u00e0 acheminer le gaz nig\u00e9rian vers l&rsquo;Europe via onze pays d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest. Cette infrastructure \u00e9nerg\u00e9tique, estim\u00e9e \u00e0 plus de 25 milliards de dollars et s&rsquo;\u00e9tendant sur 5 660 kilom\u00e8tres, transformerait radicalement les \u00e9quilibres \u00e9conomiques r\u00e9gionaux et positionnerait le Maroc comme hub \u00e9nerg\u00e9tique continental. Bien que les d\u00e9fis techniques, financiers et g\u00e9opolitiques soient immenses, ce projet illustre l&rsquo;ambition strat\u00e9gique marocaine : devenir un pays-pont entre l&rsquo;Afrique subsaharienne et les march\u00e9s mondiaux.<\/p>\n<p>Cette pr\u00e9sence \u00e9conomique multisectorielle cr\u00e9e des liens d&rsquo;interd\u00e9pendance difficiles \u00e0 d\u00e9faire. Les \u00e9lites sah\u00e9liennes utilisent les banques marocaines, voyagent avec Royal Air Maroc, envoient leurs enfants \u00e9tudier \u00e0 Casablanca ou Rabat. Cette capillarit\u00e9 \u00e9conomique et sociale constitue un soft power redoutable, plus durable que les alliances politiques conjoncturelles.<\/p>\n<p><strong>La dimension diplomatique : entre m\u00e9diation et leadership continental<\/strong><\/p>\n<p>Sur le plan strictement diplomatique, le Maroc cultive son image de m\u00e9diateur cr\u00e9dible. Le Royaume a accueilli plusieurs rounds de n\u00e9gociations entre factions maliennes, facilit\u00e9 des dialogues intercommunautaires et propos\u00e9 sa m\u00e9diation dans divers conflits r\u00e9gionaux. Cette posture de facilitateur s&rsquo;appuie sur sa non-appartenance aux anciennes puissances coloniales, atout majeur dans un contexte de rejet croissant de la Fran\u00e7afrique.<\/p>\n<p>Le retour au sein de l&rsquo;Union africaine en 2017 a constitu\u00e9 un tournant. Apr\u00e8s 33 ans d&rsquo;absence en raison du contentieux sur le Sahara occidental, le Maroc a r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 l&rsquo;organisation panafricaine avec l&rsquo;ambition affich\u00e9e de peser sur les orientations continentales. Cette r\u00e9int\u00e9gration s&rsquo;est accompagn\u00e9e d&rsquo;une offensive diplomatique tous azimuts : multiplication des visites royales, ouverture de nouvelles ambassades, octroi de bourses d&rsquo;\u00e9tudes \u00e0 des milliers d&rsquo;\u00e9tudiants africains.<\/p>\n<p>Le lobbying pour l&rsquo;adh\u00e9sion \u00e0 la Communaut\u00e9 \u00e9conomique des \u00c9tats de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest (CEDEAO) symbolise cette volont\u00e9 d&rsquo;ancrage sah\u00e9lo-ouest-africain. Bien que g\u00e9ographiquement non membre de la sous-r\u00e9gion, le Maroc argue de ses liens \u00e9conomiques, historiques et culturels pour justifier cette candidature, d\u00e9pos\u00e9e en 2017. Si cette demande reste en suspens, elle illustre la d\u00e9termination de Rabat \u00e0 s&rsquo;int\u00e9grer pleinement aux dynamiques r\u00e9gionales.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, le Royaume instrumentalise habilement la question migratoire. En se positionnant comme rempart contre les flux migratoires irr\u00e9guliers vers l&rsquo;Europe, le Maroc n\u00e9gocie des soutiens diplomatiques, notamment sur le dossier saharien. Plusieurs pays africains ont ouvert des consulats \u00e0 La\u00e2youne ou Dakhla, reconnaissant de facto la souverainet\u00e9 marocaine sur ces territoires, en \u00e9change de facilit\u00e9s diverses.<\/p>\n<p><strong>Les limites et contradictions d&rsquo;une strat\u00e9gie ambitieuse<\/strong><\/p>\n<p>Cette strat\u00e9gie multidimensionnelle n&rsquo;est pas exempte de limites. D&rsquo;abord, la question du Sahara occidental demeure un handicap majeur dans les relations avec certains pays. L&rsquo;Alg\u00e9rie, soutien ind\u00e9fectible du Front Polisario, per\u00e7oit l&rsquo;activisme marocain au Sahel comme une man\u0153uvre d&rsquo;encerclement et multiplie les contre-offensives diplomatiques. Cette rivalit\u00e9 structurelle limite la marge de man\u0153uvre marocaine et alimente une comp\u00e9tition d&rsquo;influence co\u00fbteuse et parfois st\u00e9rile.<\/p>\n<p>Ensuite, les capacit\u00e9s financi\u00e8res du Maroc, bien que sup\u00e9rieures \u00e0 celles de nombreux pays africains, restent modestes compar\u00e9es \u00e0 celles de puissances comme la Chine, la Turquie ou les \u00c9tats du Golfe, \u00e9galement tr\u00e8s actives au Sahel. Les investissements marocains, bien que significatifs, ne peuvent rivaliser avec les montants colossaux d\u00e9ploy\u00e9s par P\u00e9kin dans le cadre des \u00ab\u00a0Routes de la soie\u00a0\u00bb ou par Abou Dhabi et Doha.<\/p>\n<p>La question de la r\u00e9ciprocit\u00e9 se pose \u00e9galement. Si le Maroc offre formation, investissements et coop\u00e9ration, les retomb\u00e9es concr\u00e8tes en termes de soutien diplomatique sur le Sahara occidental restent parfois en de\u00e7\u00e0 des esp\u00e9rances. Certains pays africains pratiquent une diplomatie pragmatique, jouant sur plusieurs tableaux et n&rsquo;h\u00e9sitant pas \u00e0 r\u00e9viser leurs positions selon les circonstances.<\/p>\n<p>Enfin, la d\u00e9t\u00e9rioration s\u00e9curitaire au Sahel central, marqu\u00e9e par l&rsquo;expansion des groupes djihadistes et la multiplication des coups d&rsquo;\u00c9tat, fragilise les partenariats \u00e9tablis. Les juntes militaires au pouvoir \u00e0 Bamako, Ouagadougou et Niamey affichent une m\u00e9fiance accrue envers les partenaires traditionnels et se tournent vers de nouveaux alli\u00e9s comme la Russie, compliquant le positionnement marocain.<\/p>\n<p><strong>Perspectives : vers un r\u00f4le accru ou un essoufflement ?<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;avenir du r\u00f4le marocain au Sahel d\u00e9pendra de plusieurs facteurs. D&rsquo;abord, la capacit\u00e9 du Royaume \u00e0 maintenir sa propre stabilit\u00e9 int\u00e9rieure, socle indispensable de toute projection r\u00e9gionale. Les d\u00e9fis \u00e9conomiques postpand\u00e9mie, les tensions sociales et les questions de succession monarchique constituent autant de variables susceptibles d&rsquo;affecter la politique africaine.<\/p>\n<p>Ensuite, l&rsquo;\u00e9volution du contexte g\u00e9opolitique sah\u00e9lien sera d\u00e9terminante. Si les nouvelles juntes militaires consolident leur pouvoir et leurs alliances avec Moscou, l&rsquo;espace pour l&rsquo;influence marocaine pourrait se r\u00e9tr\u00e9cir. \u00c0 l&rsquo;inverse, si ces r\u00e9gimes s&rsquo;av\u00e8rent incapables de contenir l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 et de relancer le d\u00e9veloppement, un retour de balancier vers des partenaires plus diversifi\u00e9s pourrait b\u00e9n\u00e9ficier \u00e0 Rabat.<\/p>\n<p>La normalisation avec l&rsquo;Alg\u00e9rie constituerait un game-changer. Bien qu&rsquo;improbable \u00e0 court terme, un d\u00e9gel des relations entre les deux g\u00e9ants maghr\u00e9bins lib\u00e9rerait des \u00e9nergies consid\u00e9rables et permettrait une approche r\u00e9gionale concert\u00e9e, infiniment plus efficace que les logiques de comp\u00e9tition actuelles.<\/p>\n<p>Enfin, la capacit\u00e9 du Maroc \u00e0 articuler son action avec celle d&rsquo;autres partenaires internationaux \u2013 Union europ\u00e9enne, \u00c9tats-Unis, institutions multilat\u00e9rales \u2013 conditionnera son impact r\u00e9el. Une approche coordonn\u00e9e, \u00e9vitant les duplications et capitalisant sur les avantages comparatifs de chacun, maximiserait les chances de succ\u00e8s.<\/p>\n<p><strong>Conclusion : un acteur africain assum\u00e9, entre pragmatisme et ambition<\/strong><\/p>\n<p>Le Maroc au Sahel incarne une forme renouvel\u00e9e de diplomatie africaine, combinant soft power religieux, coop\u00e9ration s\u00e9curitaire discr\u00e8te, investissements \u00e9conomiques cibl\u00e9s et m\u00e9diation politique. Cette approche holistique, qui refuse la hi\u00e9rarchisation entre s\u00e9curit\u00e9 et d\u00e9veloppement, entre spirituel et mat\u00e9riel, correspond aux aspirations de nombreux pays sah\u00e9liens en qu\u00eate de partenariats \u00e9quilibr\u00e9s.<\/p>\n<p>Loin des postures n\u00e9ocoloniales ou des interventions militaires massives, le mod\u00e8le marocain propose une alternative fond\u00e9e sur l&rsquo;accompagnement, le transfert de comp\u00e9tences et la construction de relations gagnant-gagnant. Cette strat\u00e9gie, port\u00e9e au plus haut niveau par le Roi Mohammed VI et relay\u00e9e par une diplomatie agile, a permis au Royaume de s&rsquo;imposer comme interlocuteur cr\u00e9dible dans une r\u00e9gion en qu\u00eate de stabilit\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;originalit\u00e9 de l&rsquo;approche marocaine r\u00e9side dans sa capacit\u00e9 \u00e0 mobiliser simultan\u00e9ment plusieurs registres d&rsquo;influence. L\u00e0 o\u00f9 d&rsquo;autres puissances privil\u00e9gient un seul levier \u2013 militaire pour la Russie, \u00e9conomique pour la Chine, religieux pour la Turquie ou les pays du Golfe \u2013 le Maroc orchestre une symphonie diplomatique complexe. Cette multipolarit\u00e9 rend la strat\u00e9gie plus r\u00e9siliente : si un axe rencontre des obstacles, les autres peuvent compenser.<\/p>\n<p>De plus, le Maroc b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;un atout psychologique non n\u00e9gligeable : il n&rsquo;est pas per\u00e7u comme une puissance imp\u00e9rialiste. N&rsquo;ayant jamais colonis\u00e9 d&rsquo;autres territoires africains, le Royaume \u00e9chappe au ressentiment postcolonial qui handicape la France. N&rsquo;\u00e9tant pas une superpuissance mondiale, il n&rsquo;inspire pas la m\u00e9fiance que suscitent les \u00c9tats-Unis ou la Chine. Cette position interm\u00e9diaire, entre grande puissance r\u00e9gionale et pays du Sud, lui permet de dialoguer d&rsquo;\u00e9gal \u00e0 \u00e9gal avec les dirigeants sah\u00e9liens.<\/p>\n<p>Toutefois, les obstacles demeurent nombreux : rivalit\u00e9s r\u00e9gionales, contraintes budg\u00e9taires, volatilit\u00e9 politique sah\u00e9lienne, comp\u00e9tition internationale exacerb\u00e9e. Le succ\u00e8s de l&rsquo;entreprise marocaine d\u00e9pendra de sa capacit\u00e9 \u00e0 naviguer entre ces \u00e9cueils, \u00e0 adapter sa strat\u00e9gie aux \u00e9volutions rapides du terrain et \u00e0 d\u00e9montrer que son engagement d\u00e9passe la seule instrumentalisation diplomatique pour s&rsquo;ancrer dans une vision authentiquement panafricaine.<\/p>\n<p>La question de la durabilit\u00e9 financi\u00e8re se pose avec acuit\u00e9. Le Maroc, bien que relativement prosp\u00e8re \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle africaine, n&rsquo;est pas un \u00c9tat riche. Son PIB repr\u00e9sente une fraction de celui de la France ou de l&rsquo;Allemagne. Ses capacit\u00e9s d&rsquo;investissement, quoique significatives, ne peuvent \u00e9galer celles de la Chine ou des monarchies p\u00e9troli\u00e8res. Cette contrainte budg\u00e9taire impose une s\u00e9lectivit\u00e9 strat\u00e9gique : le Maroc ne peut \u00eatre partout, faire tout, pour tous. Il doit identifier les niches o\u00f9 son avantage comparatif est maximal et concentrer ses ressources sur ces segments.<\/p>\n<p>La dimension humaine ne doit pas \u00eatre sous-estim\u00e9e. Le succ\u00e8s de la diplomatie marocaine repose largement sur des relations personnelles tiss\u00e9es entre le Roi Mohammed VI et ses homologues africains, entre diplomates, entre hommes d&rsquo;affaires. Ces r\u00e9seaux, construits patiemment lors de dizaines de tourn\u00e9es royales, constituent un capital social pr\u00e9cieux mais fragile. Les changements de r\u00e9gime, fr\u00e9quents au Sahel, peuvent an\u00e9antir ces relations du jour au lendemain, obligeant Rabat \u00e0 reconstruire ses partenariats avec de nouveaux interlocuteurs pas toujours bien dispos\u00e9s.<\/p>\n<p>L&rsquo;avenir r\u00e9v\u00e9lera \u00e9galement si le mod\u00e8le marocain peut s&rsquo;adapter aux nouvelles r\u00e9alit\u00e9s sah\u00e9liennes. Les juntes militaires au pouvoir \u00e0 Bamako, Ouagadougou et Niamey incarnent une g\u00e9n\u00e9ration de dirigeants plus nationalistes, plus m\u00e9fiants envers les influences ext\u00e9rieures, fussent-elles africaines. Leur rh\u00e9torique anti-occidentale n&rsquo;\u00e9pargne pas toujours le Maroc, parfois per\u00e7u comme trop proche de Paris ou de Washington. Dans ce contexte, maintenir et approfondir les partenariats exigera des ajustements tactiques, peut-\u00eatre m\u00eame id\u00e9ologiques.<\/p>\n<p>Dans un Sahel \u00e0 la crois\u00e9e des chemins, entre chaos durable et possible renaissance, le Maroc parie sur sa capacit\u00e9 \u00e0 \u00eatre non pas un acteur ext\u00e9rieur de plus, mais un partenaire africain \u00e0 part enti\u00e8re, enracin\u00e9 dans un m\u00eame espace civilisationnel et engag\u00e9 dans un destin partag\u00e9. Ce r\u00e9cit d&rsquo;une africanit\u00e9 commune, qui transcende les fronti\u00e8res h\u00e9rit\u00e9es de la colonisation, constitue peut-\u00eatre l&rsquo;atout le plus puissant du Royaume. Dans un continent obs\u00e9d\u00e9 par la qu\u00eate d&rsquo;authenticit\u00e9 et de souverainet\u00e9, \u00eatre per\u00e7u comme un fr\u00e8re africain plut\u00f4t qu&rsquo;un tuteur externe change radicalement la nature de la relation.<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire jugera si ce pari \u00e9tait r\u00e9aliste ou si l&rsquo;ambition aura d\u00e9pass\u00e9 les moyens. Les d\u00e9fis sont immenses : insurrections djihadistes qui semblent incontr\u00f4lables, \u00c9tats faillis incapables d&rsquo;assurer les fonctions r\u00e9galiennes, d\u00e9mographie galopante cr\u00e9ant des bataillons de jeunes sans avenir, changement climatique exacerbant les tensions sur les ressources, trafics en tous genres gangrenant les \u00e9conomies. Face \u00e0 ces fl\u00e9aux, les r\u00e9ponses marocaines \u2013 former des imams, construire des routes, ouvrir des agences bancaires \u2013 peuvent sembler d\u00e9risoires.<\/p>\n<p>Pourtant, l&rsquo;alternative est le statu quo : laisser le Sahel sombrer dans l&rsquo;anomie totale, devenir un sanctuaire djihadiste permanent, une zone grise aux portes de l&rsquo;Europe et du Maghreb. Cette perspective cauchemardesque justifie l&rsquo;engagement marocain, m\u00eame imparfait, m\u00eame insuffisant. Dans un monde o\u00f9 les puissances occidentales se d\u00e9sengagent progressivement d&rsquo;Afrique et o\u00f9 les nouvelles puissances (Russie, Chine, Turquie) poursuivent des agendas purement extractifs, le mod\u00e8le marocain \u2013 avec tous ses d\u00e9fauts \u2013 repr\u00e9sente peut-\u00eatre une des options les moins mauvaises pour un Sahel en d\u00e9tresse.<\/p>\n<p>Pour l&rsquo;heure, le Royaume ch\u00e9rifien poursuit m\u00e9thodiquement sa marche vers le Sud, conscient que son propre avenir se joue aussi dans les sables du Sahel. Car si le Sahel s&#8217;embrase d\u00e9finitivement, si les fronti\u00e8res s&rsquo;effondrent, si des millions de r\u00e9fugi\u00e9s prennent les routes de l&rsquo;exode, le Maroc ne sera pas \u00e9pargn\u00e9. Cette interd\u00e9pendance existentielle, cette communaut\u00e9 de destin, explique pourquoi Rabat investit autant d&rsquo;\u00e9nergie dans une r\u00e9gion dont les retours imm\u00e9diats sont modestes. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un pari sur le long terme, d&rsquo;un investissement dans la stabilit\u00e9 r\u00e9gionale dont les dividendes ne se mesureront que dans une ou deux d\u00e9cennies.<\/p>\n<p>Le Sahel marocain se construit pierre apr\u00e8s pierre, imam apr\u00e8s imam, kilom\u00e8tre de route apr\u00e8s kilom\u00e8tre de route. Loin des effets d&rsquo;annonce spectaculaires, cette diplomatie de l&rsquo;enracinement privil\u00e9gie la dur\u00e9e sur l&rsquo;imm\u00e9diatet\u00e9, la profondeur sur la surface, l&rsquo;influence sur la domination. Reste \u00e0 savoir si cette patience strat\u00e9gique sera r\u00e9compens\u00e9e par l&rsquo;Histoire, ou si les forces centrifuges d\u00e9chirant le Sahel emporteront aussi les espoirs marocains.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction : Un positionnement strat\u00e9gique singulier Dans le paysage g\u00e9opolitique sah\u00e9lien en profonde mutation, le Maroc s&rsquo;impose progressivement comme un acteur incontournable, articulant diplomatie royale, coop\u00e9ration s\u00e9curitaire et partenariats de d\u00e9veloppement. 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