{"id":7566,"date":"2026-02-21T23:55:28","date_gmt":"2026-02-21T22:55:28","guid":{"rendered":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=7566"},"modified":"2026-02-21T23:55:28","modified_gmt":"2026-02-21T22:55:28","slug":"algerie-quand-letat-sarme-contre-sa-propre-pauvrete","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/algerie-quand-letat-sarme-contre-sa-propre-pauvrete\/","title":{"rendered":"Alg\u00e9rie : Quand l\u2019\u00c9tat s\u2019arme contre sa propre pauvret\u00e9"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_6349\" aria-describedby=\"caption-attachment-6349\" style=\"width: 447px\" class=\"wp-caption alignright\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-6349\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/hicham-aboud.jpg?resize=447%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"447\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/hicham-aboud.jpg?resize=447%2C250&amp;ssl=1 447w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/hicham-aboud.jpg?resize=1024%2C572&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/hicham-aboud.jpg?resize=1536%2C858&amp;ssl=1 1536w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/hicham-aboud.jpg?w=1917&amp;ssl=1 1917w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/hicham-aboud.jpg?w=1236&amp;ssl=1 1236w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/hicham-aboud.jpg?w=1854&amp;ssl=1 1854w\" sizes=\"auto, (max-width: 447px) 100vw, 447px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-6349\" class=\"wp-caption-text\">Par Hichem Aboud<\/figcaption><\/figure>\n<p>L\u2019Alg\u00e9rie figure d\u00e9sormais parmi les cas les plus singuliers du monde contemporain : elle n\u2019est pas en guerre, ne subit ni invasion, ni blocus, ni bombardement\u2026 et pourtant elle consacre \u00e0 son appareil militaire une part de richesse nationale sup\u00e9rieure \u00e0 celle de nombreux pays plong\u00e9s dans des conflits ouverts.<\/p>\n<p>Pour l\u2019exercice 2026, les d\u00e9penses militaires alg\u00e9riennes atteignent 8,67 % du PIB. Un seul pays la devance : l\u2019Ukraine (29,56 %), engag\u00e9e dans une guerre totale sur son propre territoire.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re l\u2019Alg\u00e9rie viennent pourtant :<\/p>\n<p>la Russie (6,26 %) &#8211; puissance bellig\u00e9rante majeure, Isra\u00ebl (5,19 %) &#8211; en confrontation arm\u00e9e permanente, le Maroc (3,75 %) &#8211; un pays en contentieux territorial actif depuis un demi-si\u00e8cle- menac\u00e9 en continu par le Polisario, Ta\u00efwan (3,22 %) &#8211; menac\u00e9 d\u2019invasion, la Turquie (2,98 %), la Cor\u00e9e du Sud (2,84 %), les \u00c9tats-Unis (2,81 %), l\u2019Iran (2,46 %), l\u2019\u00c9gypte (1,13 %).<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es concordent avec les classements internationaux du SIPRI : d\u00e9j\u00e0 en 2024, l\u2019Alg\u00e9rie occupait le podium mondial du \u00ab fardeau militaire \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire la part de richesse nationale absorb\u00e9e par la d\u00e9fense.<\/p>\n<p><strong>Une exception mondiale Prenons la mesure du paradoxe<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019Ukraine arme sa population pour survivre. Isra\u00ebl mobilise pour \u00e9viter l\u2019an\u00e9antissement. Ta\u00efwan se pr\u00e9pare \u00e0 une invasion annonc\u00e9e. La Cor\u00e9e du Sud vit sous la menace nucl\u00e9aire de son voisin.<\/p>\n<p>Mais l\u2019Alg\u00e9rie ?<\/p>\n<p>Aucun ennemi n\u2019avance vers ses fronti\u00e8res. Aucune coalition internationale ne la vise. Aucune guerre n\u2019est en cours sur son territoire. Et pourtant, elle consacre davantage de richesse \u00e0 l\u2019arm\u00e9e que des \u00c9tats directement menac\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans la science politique, ce type de situation poss\u00e8de une lecture presque automatique : quand un r\u00e9gime d\u00e9pense massivement pour son arm\u00e9e sans menace ext\u00e9rieure identifiable, l\u2019ennemi n\u2019est g\u00e9n\u00e9ralement pas ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Le budget de la peur 8,67 % du PIB n\u2019est pas une politique de d\u00e9fense. C\u2019est une politique de stabilisation interne. Un \u00c9tat s\u00fbr de lui investit dans l\u2019\u00e9conomie, l\u2019\u00e9ducation et la production. Un \u00c9tat inquiet investit dans les structures de coercition.<\/p>\n<p>Dans ce mod\u00e8le, l\u2019arm\u00e9e ne prot\u00e8ge plus le pays : elle prot\u00e8ge l\u2019\u00e9quilibre du pouvoir. Elle garantit la loyaut\u00e9 des cercles dirigeants, absorbe des flux financiers opaques et redistribue des contrats d\u2019armement gigantesques \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un syst\u00e8me ferm\u00e9. Le contr\u00f4le parlementaire y est quasi inexistant, les audits ind\u00e9pendants inexistants et la transparence budg\u00e9taire th\u00e9orique.<\/p>\n<p>Ainsi, l\u2019argent p\u00e9trolier devient moins un levier de d\u00e9veloppement qu\u2019un m\u00e9canisme de consolidation politique.<\/p>\n<p><strong>La pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique, autre trou noir budg\u00e9taire<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 ce poids militaire s\u2019ajoute un autre ph\u00e9nom\u00e8ne : l\u2019expansion vertigineuse du budget de la pr\u00e9sidence. En 2020 pour la premi\u00e8re ann\u00e9e du mandat de Tebboune, il \u00e9tait de 116 millions de dollars. Pas loin de celui de son pr\u00e9d\u00e9cesseur, Abdelaziz Bouteflika. Six ans plus tard, en 2026 il atteint 831 millions de dollars. Une multiplication par sept en moins de six ans.<\/p>\n<p>Officiellement, ce budget couvre : les salaires et conseillers, la s\u00e9curit\u00e9 -qui rel\u00e8ve en r\u00e9alit\u00e9 du minist\u00e8re de la D\u00e9fense nationale-, l\u2019entretien des palais, les d\u00e9placements, les frais m\u00e9dicaux et protocolaires.<\/p>\n<p>Mais la comparaison internationale r\u00e9v\u00e8le l\u2019ampleur de l\u2019\u00e9cart. Palais de l\u2019\u00c9lys\u00e9e (France) : environ 138 millions de dollars. Le Palais royal marocain : environ 275 millions de Dollars.\u00a0 La pr\u00e9sidence alg\u00e9rienne d\u00e9passe donc largement deux institutions autrement plus actives diplomatiquement et institutionnellement r\u00e9unies.<\/p>\n<p>Le Parlement alg\u00e9rien adopte ces chiffres sans enqu\u00eate, sans rapport d\u00e9taill\u00e9, sans d\u00e9bat r\u00e9el. Le contr\u00f4le budg\u00e9taire devient une formalit\u00e9 administrative. Qui oserait au d\u00e9bat le budget militaire ou celui de la Pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique ?<\/p>\n<p><strong>L\u2019\u00e9conomie de la p\u00e9nurie<\/strong><\/p>\n<p>Pendant que l\u2019\u00c9tat d\u00e9pense comme une puissance assi\u00e9g\u00e9e, la soci\u00e9t\u00e9 vit comme une \u00e9conomie rationn\u00e9e.<\/p>\n<p>Files d\u2019attente pour le pain, l\u2019huile, la semoule. Crises d\u2019eau r\u00e9currentes malgr\u00e9 les promesses de dessalement. Dans certaines villes, les robinets restent secs pendant des semaines. \u00c0 Oran, l\u2019eau n\u2019arrive parfois que deux heures tous les deux jours.<\/p>\n<p>Le pays qui supporte l\u2019un des plus lourds budgets militaires du monde peine \u00e0 assurer les besoins \u00e9l\u00e9mentaires de sa population. C\u2019est la logique d\u2019un syst\u00e8me<\/p>\n<p><strong>Un \u00c9tat r\u00e9v\u00e8le ses priorit\u00e9s par ses chiffres.<\/strong><\/p>\n<p>Lorsqu\u2019un pays sans guerre consacre davantage de ressources \u00e0 la coercition qu\u2019au d\u00e9veloppement, il ne pr\u00e9pare pas un conflit : il g\u00e8re une inqui\u00e9tude politique permanente.<\/p>\n<p>L\u2019arm\u00e9e devient alors une assurance-vie institutionnelle, et le budget, un barom\u00e8tre de la peur.<\/p>\n<p>Ainsi se dessine un mod\u00e8le paradoxal : une puissance militaire int\u00e9rieure dans une \u00e9conomie fragile ext\u00e9rieure. Le citoyen finance la stabilit\u00e9 du r\u00e9gime, mais le r\u00e9gime ne garantit plus la stabilit\u00e9 de sa vie quotidienne.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019Alg\u00e9rie figure d\u00e9sormais parmi les cas les plus singuliers du monde contemporain : elle n\u2019est pas en guerre, ne subit ni invasion, ni blocus, ni bombardement\u2026 et pourtant elle consacre \u00e0 son appareil militaire une part de richesse nationale sup\u00e9rieure \u00e0 celle de nombreux pays plong\u00e9s dans des conflits ouverts. 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