{"id":7618,"date":"2026-03-05T23:09:48","date_gmt":"2026-03-05T22:09:48","guid":{"rendered":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=7618"},"modified":"2026-03-05T23:09:48","modified_gmt":"2026-03-05T22:09:48","slug":"le-moyen-orient-en-flammes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/le-moyen-orient-en-flammes\/","title":{"rendered":"LE MOYEN-ORIENT EN FLAMMES"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000080;\"><strong><em>Anatomie d&rsquo;un d\u00e9sastre imm\u00e9diat : les cons\u00e9quences humaines, \u00e9conomiques et g\u00e9opolitiques des guerres contemporaines<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<figure id=\"attachment_4424\" aria-describedby=\"caption-attachment-4424\" style=\"width: 188px\" class=\"wp-caption alignright\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4424\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?resize=188%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"188\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?resize=188%2C250&amp;ssl=1 188w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?w=450&amp;ssl=1 450w\" sizes=\"auto, (max-width: 188px) 100vw, 188px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4424\" class=\"wp-caption-text\">Dr. Mohamed Chtatou<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>1. Le feu et les cendres : une g\u00e9ographie de la destruction<\/strong><\/p>\n<p><strong>L<\/strong>e Moyen-Orient br\u00fble. Non pas d&rsquo;un feu unique, mais d&rsquo;une constellation d&rsquo;incendies simultan\u00e9s qui se r\u00e9pondent, s&rsquo;alimentent et se propagent avec une logique propre, indiff\u00e9rente aux fronti\u00e8res trac\u00e9es par des puissances coloniales disparues depuis longtemps. Gaza, le Liban, le Y\u00e9men, la Syrie, l&rsquo;Irak \u2014 autant de th\u00e9\u00e2tres d&rsquo;une violence qui, depuis l&rsquo;automne 2023, a franchi plusieurs seuils successifs d&rsquo;intensit\u00e9, redessinant en temps r\u00e9el la cartographie de la souffrance humaine.<\/p>\n<p>Les chiffres, aussi froids qu&rsquo;ils soient, imposent d&rsquo;abord leur brutalit\u00e9. \u00c0 Gaza, la campagne militaire isra\u00e9lienne lanc\u00e9e en r\u00e9ponse aux attaques du Hamas du 7 octobre 2023 a produit, en l&rsquo;espace de quelques mois, l&rsquo;une des destructions urbaines les plus rapides et les plus totales de l&rsquo;histoire contemporaine. Les estimations convergentes des organisations humanitaires font \u00e9tat de plus de 60 % du b\u00e2ti de la bande de Gaza r\u00e9duit \u00e0 n\u00e9ant ou gravement endommag\u00e9. Des quartiers entiers \u2014 Jabaliya, Beit Hanoun, Khan Youn\u00e8s \u2014 ont cess\u00e9 d&rsquo;exister en tant qu&rsquo;entit\u00e9s habitables. Ce n&rsquo;est pas une m\u00e9taphore journalistique ; c&rsquo;est une r\u00e9alit\u00e9 g\u00e9ographique, v\u00e9rifiable par satellite, document\u00e9e par des ing\u00e9nieurs, des m\u00e9decins, des humanitaires qui, lorsqu&rsquo;ils parviennent \u00e0 entrer, reviennent avec des t\u00e9moignages d&rsquo;apocalypse ordinaire.<\/p>\n<p>Au nord, le Liban a subi \u00e0 l&rsquo;automne 2024 une campagne a\u00e9rienne isra\u00e9lienne contre le Hezbollah d&rsquo;une intensit\u00e9 sans pr\u00e9c\u00e9dent depuis la guerre de 2006. Les frappes ont touch\u00e9 des bastions de la banlieue sud de Beyrouth, mais aussi des villages du Sud-Liban transform\u00e9s en champs de ruines. Un pays d\u00e9j\u00e0 \u00e0 genoux \u2014 ravag\u00e9 depuis 2019 par une crise \u00e9conomique catastrophique, traumatis\u00e9 par l&rsquo;explosion du port de Beyrouth en 2020 \u2014 a absorb\u00e9 un nouveau choc dont les effets structurels ne se mesureront pleinement que dans les ann\u00e9es \u00e0 venir. Plus \u00e0 l&rsquo;est, la Syrie post-Assad traverse une transition chaotique ; au Y\u00e9men, les Houthis tiennent face \u00e0 une coalition arabe soutenue par l&rsquo;Occident depuis une d\u00e9cennie, pendant que les civils y\u00e9m\u00e9nites affrontent simultan\u00e9ment les bombes, la famine et le chol\u00e9ra.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong><em>\u00ab\u00a0Ce n&rsquo;est pas une crise parmi d&rsquo;autres : c&rsquo;est la red\u00e9finition violente d&rsquo;un ordre r\u00e9gional entier, en direct, sous nos yeux.\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Ce tableau d&rsquo;ensemble n&rsquo;est pas une accumulation de malheurs distincts. Il r\u00e9v\u00e8le une interd\u00e9pendance syst\u00e9mique : la guerre \u00e0 Gaza a rallum\u00e9 les tensions au Liban ; les frappes isra\u00e9liennes contre le Hezbollah ont modifi\u00e9 l&rsquo;\u00e9quilibre de forces en Syrie ; la chute de Bachar al-Assad a redistribu\u00e9 les cartes de l&rsquo;influence iranienne ; les Houthis ont \u00e9largi leur p\u00e9rim\u00e8tre d&rsquo;action en tirant des missiles vers Isra\u00ebl et en attaquant la navigation commerciale en mer Rouge. Chaque front nourrit les autres. Le Moyen-Orient ne vit pas plusieurs guerres parall\u00e8les \u2014 il vit une seule guerre fragment\u00e9e en plusieurs th\u00e9\u00e2tres.<\/p>\n<p><strong>2. Le corps des victimes : crise humanitaire imm\u00e9diate<\/strong><\/p>\n<p>Derri\u00e8re les analyses g\u00e9opolitiques, il y a des corps. Des corps d&rsquo;enfants extraits des d\u00e9combres, film\u00e9s par des t\u00e9l\u00e9phones dont la batterie tient encore. Des corps de vieillards dans des couloirs d&rsquo;h\u00f4pitaux d\u00e9bord\u00e9s. Des corps de femmes mortes en accouchant faute de personnel m\u00e9dical et d&rsquo;anesth\u00e9siants. C&rsquo;est cela, la cons\u00e9quence imm\u00e9diate la plus certaine de toute guerre : la transformation de l&rsquo;\u00eatre humain en statistique, en dommage collat\u00e9ral, en variable d&rsquo;un calcul strat\u00e9gique.<\/p>\n<p>\u00c0 Gaza, le syst\u00e8me de sant\u00e9 s&rsquo;est effondr\u00e9 dans les premi\u00e8res semaines du conflit. Les h\u00f4pitaux Al-Shifa, Al-Ahli, Nasser ont \u00e9t\u00e9 tour \u00e0 tour cibl\u00e9s, endommag\u00e9s ou \u00e9vacu\u00e9s sous la pression militaire. L&rsquo;OMS a document\u00e9 des dizaines d&rsquo;attaques contre des structures m\u00e9dicales. Les m\u00e9decins Sans Fronti\u00e8res ont rapport\u00e9 des chirurgiens op\u00e9rant sans anesth\u00e9sie, des amputations pratiqu\u00e9es au scalpel \u00e0 la lumi\u00e8re d&rsquo;un t\u00e9l\u00e9phone, des nourrissons en hypothermie dans des unit\u00e9s n\u00e9onatales sans \u00e9lectricit\u00e9. Ces t\u00e9moignages ne sont pas des exag\u00e9rations propagandistes ; ils ont \u00e9t\u00e9 v\u00e9rifi\u00e9s, recoup\u00e9s, confirm\u00e9s par des sources ind\u00e9pendantes et par des professionnels de sant\u00e9 de nationalit\u00e9s diverses.<\/p>\n<p>La question de la famine est devenue, \u00e0 partir du premier semestre 2024, une urgence document\u00e9e et non plus seulement redout\u00e9e. L&rsquo;IPC \u2014 le Cadre int\u00e9gr\u00e9 de classification de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire, qui fait r\u00e9f\u00e9rence en mati\u00e8re d&rsquo;analyse nutritionnelle \u2014 a classifi\u00e9 des portions du nord de Gaza au stade 5, soit la catastrophe alimentaire, le niveau le plus \u00e9lev\u00e9 de l&rsquo;\u00e9chelle. Des enfants de moins de cinq ans mourant de malnutrition aigu\u00eb dans une r\u00e9gion m\u00e9diterran\u00e9enne connect\u00e9e au monde moderne : voil\u00e0 le paradoxe insupportable que la guerre produit avec une efficacit\u00e9 m\u00e9canique.<\/p>\n<p>Au Y\u00e9men, o\u00f9 le conflit dure depuis 2015, les cons\u00e9quences humanitaires ont atteint des proportions que l&rsquo;on peine \u00e0 conceptualiser. Plus de 21 millions de personnes \u2014 sur une population de 34 millions \u2014 d\u00e9pendent de l&rsquo;aide humanitaire pour survivre. Les Nations unies qualifient r\u00e9guli\u00e8rement ce conflit de pire crise humanitaire mondiale, avant m\u00eame l&rsquo;aggravation r\u00e9gionale post-2023. Le chol\u00e9ra y est end\u00e9mique. La mortalit\u00e9 infantile y a bondi \u00e0 des niveaux dignes des pays les plus pauvres du monde. Et la couverture m\u00e9diatique internationale de cette catastrophe reste inversement proportionnelle \u00e0 son ampleur.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong><em>\u00ab\u00a0La famine n&rsquo;est pas une cons\u00e9quence accidentelle de la guerre ; elle en est souvent l&rsquo;instrument d\u00e9lib\u00e9r\u00e9.\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Le d\u00e9placement forc\u00e9 constitue une autre dimension imm\u00e9diate et massive. \u00c0 Gaza, la quasi-totalit\u00e9 de la population \u2014 soit environ 2,3 millions de personnes \u2014 a \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9e au moins une fois, souvent plusieurs fois, dans une enclave de 365 km\u00b2 sans issue possible. Le concept m\u00eame de zone s\u00fbre s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 illusoire : Rafah, d\u00e9sign\u00e9e comme refuge, a elle-m\u00eame \u00e9t\u00e9 investie militairement. Au Liban, l&rsquo;offensive de l&rsquo;automne 2024 a provoqu\u00e9 le d\u00e9placement d&rsquo;un million de personnes en quelques jours, dans un pays qui accueillait d\u00e9j\u00e0 1,5 million de r\u00e9fugi\u00e9s syriens. La Jordanie, la Turquie et l&rsquo;\u00c9gypte absorbent des flux migratoires croissants, aggravant des tensions sociales et \u00e9conomiques pr\u00e9existantes dans des pays eux-m\u00eames fragilis\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>3. L&rsquo;\u00e9conomie d\u00e9vast\u00e9e : des co\u00fbts qui d\u00e9passent les combattants<\/strong><\/p>\n<p>La guerre d\u00e9truit des vies. Elle d\u00e9truit aussi des \u00e9conomies, avec une pr\u00e9cision parfois sup\u00e9rieure \u00e0 celle des armes. Les cons\u00e9quences \u00e9conomiques imm\u00e9diates des conflits moyen-orientaux actuels s&rsquo;inscrivent \u00e0 plusieurs niveaux : national, r\u00e9gional et mondial.<\/p>\n<p>\u00c0 Gaza, le PIB s&rsquo;est contract\u00e9 de plus de 80 % en l&rsquo;espace d&rsquo;un an, selon les estimations de la Banque mondiale. C&rsquo;est un effondrement sans \u00e9quivalent dans l&rsquo;histoire \u00e9conomique r\u00e9cente pour une entit\u00e9 de cette taille. Les infrastructures productives \u2014 usines, exploitations agricoles, zones industrielles \u2014 ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truites ou rendues inaccessibles. Le port de Gaza, les r\u00e9seaux d&rsquo;eau et d&rsquo;assainissement, les centrales \u00e9lectriques : tout le tissu qui permet \u00e0 une \u00e9conomie de fonctionner a \u00e9t\u00e9 an\u00e9anti. La reconstruction, quand elle interviendra, se chiffrera en dizaines de milliards de dollars et demandera des d\u00e9cennies \u2014 non pas en raison d&rsquo;une incapacit\u00e9 technique, mais parce que construire sur des ruines actives est une contradiction dans les termes.<\/p>\n<p>Le Liban, pour sa part, entrait dans le conflit de 2024 avec un bilan \u00e9conomique d\u00e9j\u00e0 catastrophique : hyperinflation, effondrement de la livre libanaise, fuite des capitaux, paralysie du syst\u00e8me bancaire. La guerre n&rsquo;a pas cr\u00e9\u00e9 une crise \u00e9conomique au Liban \u2014 elle en a aggrav\u00e9 une qui existait d\u00e9j\u00e0. Les zones du Liban-Sud, traditionnellement agricoles et productrices d&rsquo;huile d&rsquo;olive, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9vast\u00e9es. Des dizaines de milliers de propri\u00e9taires et d&rsquo;agriculteurs ont fui leurs terres. La saison agricole 2024 a \u00e9t\u00e9 perdue. Dans un pays o\u00f9 l&rsquo;agriculture de subsistance repr\u00e9sente une part significative de l&rsquo;\u00e9conomie informelle, ces pertes ne sont pas simplement chiffrables en euros ou en dollars : elles se traduisent en familles sans revenu, en enfants sans nourriture, en anciens sans soins.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9chelle r\u00e9gionale, l&rsquo;un des effets \u00e9conomiques les plus imm\u00e9diatement palpables pour le reste du monde est la perturbation des routes maritimes en mer Rouge. Depuis fin 2023, les attaques des Houthis contre des navires commerciaux ont contraint de nombreux armateurs \u00e0 contourner l&rsquo;Afrique par le cap de Bonne-Esp\u00e9rance plut\u00f4t que de transiter par le canal de Suez. Ce d\u00e9tour ajoute entre dix et quinze jours \u00e0 la dur\u00e9e des travers\u00e9es et augmente significativement les co\u00fbts de fret. Les effets se sont r\u00e9percut\u00e9s sur les prix des biens de consommation en Europe et en Asie, r\u00e9veillant un spectre inflationniste que les banques centrales croyaient avoir ma\u00eetris\u00e9.<\/p>\n<p>Le canal de Suez, par lequel transitent normalement environ 12 \u00e0 15 % du commerce maritime mondial, a vu son trafic chuter de mani\u00e8re drastique. Pour l&rsquo;\u00c9gypte, dont les revenus du canal repr\u00e9sentent une source vitale de devises \u00e9trang\u00e8res, les pertes se chiffrent en milliards de dollars. Un pays qui comptait sur ces revenus pour financer sa dette ext\u00e9rieure consid\u00e9rable se retrouve dans une situation de fragilit\u00e9 accrue, pr\u00e9cis\u00e9ment au moment o\u00f9 la r\u00e9gion voisine plonge dans le chaos.<\/p>\n<p><strong>4. Le choc g\u00e9opolitique : recompositions et instabilit\u00e9s en cascade<\/strong><\/p>\n<p>Les guerres produisent non seulement des destructions, mais des reconfigurations. L&rsquo;ordre r\u00e9gional moyen-oriental qui pr\u00e9valait avant octobre 2023 \u2014 fragile, n\u00e9goci\u00e9, travers\u00e9 de tensions mais relativement stable \u2014 a \u00e9t\u00e9 boulevers\u00e9 avec une brutalit\u00e9 et une vitesse que peu d&rsquo;analystes avaient anticip\u00e9es.<\/p>\n<p>La chute de Bachar al-Assad en d\u00e9cembre 2024, pr\u00e9cipit\u00e9e par une offensive surprise des factions rebelles dont Hayat Tahrir al-Sham, a constitu\u00e9 le premier effondrement de domino. Priv\u00e9 du soutien du Hezbollah \u2014 affaibli par les frappes isra\u00e9liennes \u2014 et de celui de l&rsquo;Iran \u2014 lui-m\u00eame sous pression \u2014, le r\u00e9gime syrien a implos\u00e9 avec une rapidit\u00e9 stup\u00e9fiante apr\u00e8s avoir r\u00e9sist\u00e9 treize ans de guerre civile. La Syrie post-Assad est d\u00e9sormais un terrain d&rsquo;incertitude radicale : qui gouverne quoi, selon quelles r\u00e8gles, avec quelles intentions ? La question syrienne, que la communaut\u00e9 internationale avait appris \u00e0 g\u00e9rer comme un probl\u00e8me chronique sans solution, est soudain redevenue aigu\u00eb et imm\u00e9diate.<\/p>\n<p>L&rsquo;Iran, pivot de l&rsquo;axe dit de la r\u00e9sistance \u2014 Hezbollah, Hamas, Houthis, milices irakiennes \u2014 a subi un affaiblissement significatif de son influence r\u00e9gionale. Deux de ses mandataires principaux ont \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9s de mani\u00e8re d\u00e9cisive : le Hezbollah a perdu plusieurs de ses commandants les plus importants, dont Hassan Nasrallah lui-m\u00eame, \u00e9limin\u00e9 en septembre 2024 ; le Hamas a vu sa direction politique d\u00e9cim\u00e9e. T\u00e9h\u00e9ran se retrouve dans la position d\u00e9licate d&rsquo;un acteur dont les instruments de projection de puissance ont \u00e9t\u00e9 \u00e9rod\u00e9s sans que le r\u00e9gime lui-m\u00eame ait \u00e9t\u00e9 directement attaqu\u00e9. La doctrine de dissuasion par procuration, sur laquelle reposait la strat\u00e9gie iranienne depuis des d\u00e9cennies, est mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve comme jamais.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong><em>\u00ab\u00a0Quand les \u00e9quilibres r\u00e9gionaux s&rsquo;effondrent, ce sont toujours les populations civiles qui paient le prix de la recomposition.\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Isra\u00ebl, de son c\u00f4t\u00e9, a d\u00e9montr\u00e9 une capacit\u00e9 militaire consid\u00e9rable mais s&rsquo;est trouv\u00e9 confront\u00e9 \u00e0 des co\u00fbts politiques et diplomatiques croissants. L&rsquo;isolement international s&rsquo;est accentu\u00e9 : d\u00e9cisions de la Cour internationale de Justice, mandats d&rsquo;arr\u00eat de la Cour p\u00e9nale internationale visant des dirigeants isra\u00e9liens, reconnaissance d&rsquo;un \u00c9tat palestinien par un nombre croissant de pays europ\u00e9ens. La relation avec les \u00c9tats-Unis \u2014 garante centrale de la s\u00e9curit\u00e9 isra\u00e9lienne \u2014 a connu des tensions in\u00e9dites sous l&rsquo;administration Biden, m\u00eame si les livraisons d&rsquo;armes ont continu\u00e9. La question de la durabilit\u00e9 politique d&rsquo;une campagne militaire sans horizon politique clairement d\u00e9fini hante les cercles de r\u00e9flexion strat\u00e9gique.<\/p>\n<p>Les monarchies du Golfe, qui avaient amorc\u00e9 une normalisation avec Isra\u00ebl dans le cadre des Accords d&rsquo;Abraham, se trouvent dans une position d&rsquo;inconfort croissant. L&rsquo;Arabie saoudite, dont la normalisation avec Isra\u00ebl \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9e comme la prochaine \u00e9tape majeure, a suspendu ce processus. Les opinions publiques arabes \u2014 que les dirigeants du Golfe ne peuvent ignorer ind\u00e9finiment \u2014 exprimaient une solidarit\u00e9 massive avec les Palestiniens. Le calcul g\u00e9opolitique qui rendait la normalisation attrayante \u2014 s\u00e9curit\u00e9 am\u00e9ricaine contre reconnaissance d&rsquo;Isra\u00ebl \u2014 s&rsquo;est complexifi\u00e9 dans un contexte o\u00f9 les \u00c9tats-Unis semblent moins fiables et o\u00f9 Isra\u00ebl est per\u00e7u comme un acteur d\u00e9stabilisateur.<\/p>\n<p><strong>5. La fracture informationnelle : guerres de perception<\/strong><\/p>\n<p>Toute guerre contemporaine est aussi une guerre de l&rsquo;information, et celle-ci ne fait pas exception. Ce qui distingue les conflits au Moyen-Orient depuis 2023, c&rsquo;est l&rsquo;intensit\u00e9 sans pr\u00e9c\u00e9dent de la bataille narrative, amplifi\u00e9e par les r\u00e9seaux sociaux, et les fractures qu&rsquo;elle produit dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales elles-m\u00eames.<\/p>\n<p>Les images en provenance de Gaza ont satur\u00e9 les \u00e9crans du monde entier avec une imm\u00e9diatet\u00e9 que les guerres pr\u00e9c\u00e9dentes ne permettaient pas. Des journalistes palestiniens, au p\u00e9ril de leur vie \u2014 plusieurs dizaines ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s, constituant l&rsquo;un des bilans les plus lourds pour la profession dans un conflit r\u00e9cent \u2014, ont document\u00e9 en temps r\u00e9el la destruction. Cette visibilit\u00e9 massive a produit des effets politiques tangibles : mobilisations \u00e9tudiantes dans les universit\u00e9s am\u00e9ricaines et europ\u00e9ennes, pressions sur des gouvernements, d\u00e9bats parlementaires sur les livraisons d&rsquo;armes, tensions diplomatiques in\u00e9dites entre alli\u00e9s.<\/p>\n<p>Mais la m\u00eame saturation informationnelle a aussi produit ses d\u00e9rives : d\u00e9sinformation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e des deux c\u00f4t\u00e9s, manipulation d&rsquo;images, diffusion de contenus non v\u00e9rifi\u00e9s, instrumentalisation de la souffrance \u00e0 des fins de propagande. Dans cet environnement, la v\u00e9rification journalistique est devenue \u00e0 la fois plus n\u00e9cessaire et plus difficile. Les r\u00e9dactions internationales, confront\u00e9es \u00e0 l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;acc\u00e9der librement \u00e0 Gaza, ont d\u00fb composer avec des sources partielles et des contraintes d&rsquo;acc\u00e8s sans pr\u00e9c\u00e9dent. Le journalisme de guerre s&rsquo;est fragment\u00e9 entre le travail de professionnels travaillant sous des contraintes extr\u00eames et la masse de contenus produits par des t\u00e9moins civils dont la sinc\u00e9rit\u00e9 n&rsquo;exclut pas les erreurs.<\/p>\n<p>Cette fracture informationnelle a des cons\u00e9quences politiques imm\u00e9diates dans les d\u00e9mocraties occidentales. Les communaut\u00e9s juives et arabes, les diasporas palestinienne et libanaise, les militants pro-isra\u00e9liens et pro-palestiniens se parlent de moins en moins et s&rsquo;affrontent de plus en plus, y compris dans les espaces publics et universitaires. Le d\u00e9bat sur le conflit a contamin\u00e9 d&rsquo;autres d\u00e9bats \u2014 sur l&rsquo;immigration, sur l&rsquo;identit\u00e9 nationale, sur les limites de la libert\u00e9 d&rsquo;expression. Dans plusieurs pays europ\u00e9ens, des tensions communautaires directement li\u00e9es au conflit ont d\u00e9bouch\u00e9 sur des incidents, des menaces, des actes antis\u00e9mites et islamophobes en hausse simultan\u00e9e. La guerre au Moyen-Orient exporte ainsi une partie de sa violence symbolique dans les soci\u00e9t\u00e9s qui l&rsquo;observent.<\/p>\n<p><strong>6. L&rsquo;environnement sacrifi\u00e9 : les dommages invisibles<\/strong><\/p>\n<p>Rarement \u00e9voqu\u00e9e dans l&rsquo;urgence des bilans humains et strat\u00e9giques, la destruction environnementale constitue pourtant une cons\u00e9quence imm\u00e9diate et durable des guerres moyen-orientales. Elle m\u00e9rite qu&rsquo;on s&rsquo;y attarde, ne serait-ce que parce qu&rsquo;elle aggrave toutes les autres crises.<\/p>\n<p>\u00c0 Gaza, la destruction des infrastructures d&rsquo;assainissement a provoqu\u00e9 une contamination massive des nappes phr\u00e9atiques et des sols. Les eaux us\u00e9es non trait\u00e9es se d\u00e9versent directement dans la mer M\u00e9diterran\u00e9e et dans ce qui reste du r\u00e9seau hydrologique local. Les mat\u00e9riaux de construction \u2014 b\u00e9ton, acier, amiante \u2014 pulv\u00e9ris\u00e9s par les bombardements ont produit des nuages de poussi\u00e8res toxiques dont les effets sur la sant\u00e9 respiratoire de la population seront mesur\u00e9s dans les ann\u00e9es \u00e0 venir. La pollution due aux munitions, aux carburants militaires et aux d\u00e9chets de guerre a impr\u00e9gn\u00e9 les sols d&rsquo;une r\u00e9gion d\u00e9j\u00e0 soumise au stress hydrique chronique.<\/p>\n<p>Au Liban, les frappes ont touch\u00e9 des zones foresti\u00e8res dans le Sud, provoquant des incendies qui ont ravag\u00e9 des \u00e9cosyst\u00e8mes fragiles dans un pays dont le couvert forestier est l&rsquo;un des plus r\u00e9duits de la r\u00e9gion. Au Y\u00e9men, une d\u00e9cennie de guerre a d\u00e9vast\u00e9 les syst\u00e8mes agricoles traditionnels \u2014 les terrasses cultiv\u00e9es des hauts plateaux, h\u00e9ritages d&rsquo;une ing\u00e9nierie hydraulique mill\u00e9naire \u2014 dont la restauration requerra des investissements consid\u00e9rables sur plusieurs g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n<p>Ces destructions environnementales ne sont pas seulement des dommages collat\u00e9raux regrettables : elles constituent des facteurs multiplicateurs de crise. Un sol contamin\u00e9, c&rsquo;est une agriculture impossible. Une nappe phr\u00e9atique pollu\u00e9e, c&rsquo;est une eau non potable pour des d\u00e9cennies. Un \u00e9cosyst\u00e8me c\u00f4tier d\u00e9truit, c&rsquo;est une p\u00eache compromise pour des g\u00e9n\u00e9rations. La guerre, en d\u00e9truisant les conditions environnementales de la vie, ne produit pas seulement des morts imm\u00e9diats \u2014 elle hypoth\u00e8que la vie de ceux qui survivront.<\/p>\n<p><strong>7. L&rsquo;enfance vol\u00e9e : une g\u00e9n\u00e9ration sacrifi\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p>Si l&rsquo;on cherche la cons\u00e9quence la plus inacceptable et la plus durable des guerres au Moyen-Orient, c&rsquo;est peut-\u00eatre l\u00e0 qu&rsquo;il faut regarder : une g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;enfants marqu\u00e9s \u00e0 vie par des exp\u00e9riences que l&rsquo;esprit humain adulte peine \u00e0 absorber, et que le psychisme enfantin int\u00e8gre de mani\u00e8re irr\u00e9versible.<\/p>\n<p>L&rsquo;UNICEF a publi\u00e9 des donn\u00e9es qui donnent le vertige. \u00c0 Gaza, plus d&rsquo;un million d&rsquo;enfants ont besoin d&rsquo;une aide psychosociale d&rsquo;urgence. Les p\u00e9diatres et psychologues qui ont pu acc\u00e9der \u00e0 la population d\u00e9crivent des enfants mutiques, des enfants qui ne jouent plus, des enfants qui dessinent des bombes et des maisons effondr\u00e9es avec la m\u00eame neutralit\u00e9 qu&rsquo;ils repr\u00e9sentaient autrefois des arbres et des animaux. Des enfants amput\u00e9s. Des enfants orphelins qui errent dans des camps de d\u00e9plac\u00e9s. Des enfants qui n&rsquo;ont pas connu d&rsquo;autre r\u00e9alit\u00e9 que celle de la guerre.<\/p>\n<p>Le droit \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation, inscrit dans la Convention internationale des droits de l&rsquo;enfant, est devenu une abstraction dans les zones de conflit. Au Liban, des centaines d&rsquo;\u00e9coles ont \u00e9t\u00e9 transform\u00e9es en centres d&rsquo;h\u00e9bergement pour d\u00e9plac\u00e9s. \u00c0 Gaza, le syst\u00e8me \u00e9ducatif a cess\u00e9 de fonctionner. Des \u00e9l\u00e8ves qui \u00e9taient en terminale en octobre 2023 approchent d\u00e9sormais de leurs dix-neuf ans sans avoir pass\u00e9 un seul examen, sans avoir obtenu de dipl\u00f4me, sans avoir pu envisager une orientation professionnelle. Ce sont des ann\u00e9es que nul ne leur rendra.<\/p>\n<p>Les cons\u00e9quences psychologiques de l&rsquo;exposition prolong\u00e9e \u00e0 la violence de guerre sur les enfants sont document\u00e9es depuis des d\u00e9cennies : troubles post-traumatiques, difficult\u00e9s d&rsquo;apprentissage, violence int\u00e9rioris\u00e9e ou ext\u00e9rioris\u00e9e, incapacit\u00e9 \u00e0 construire des relations de confiance. Une g\u00e9n\u00e9ration traumatis\u00e9e est une g\u00e9n\u00e9ration qui aura, dans vingt ou trente ans, plus de difficult\u00e9s \u00e0 construire une paix durable. La guerre d&rsquo;aujourd&rsquo;hui plante les graines des conflits de demain dans les cerveaux mall\u00e9ables de ceux qui en sont les premi\u00e8res victimes.<\/p>\n<p><strong>Conclusion : l&rsquo;urgence d&rsquo;un regard lucide<\/strong><\/p>\n<p>Il ne s&rsquo;agit pas ici de d\u00e9signer des coupables \u2014 les processus judiciaires internationaux, imparfaits et lents, ont leur r\u00f4le \u00e0 jouer en ce domaine. Il s&rsquo;agit de regarder en face ce que la guerre produit, ici et maintenant, dans des d\u00e9lais imm\u00e9diats, sur des corps r\u00e9els, dans des \u00e9conomies concr\u00e8tes, dans des esprits d&rsquo;enfants qui n&rsquo;ont rien demand\u00e9.<\/p>\n<p>Le Moyen-Orient de 2026 n&rsquo;est pas le Moyen-Orient de 2023. Il a \u00e9t\u00e9 reconfigur\u00e9 \u00e0 une vitesse vertigineuse par une s\u00e9rie de conflits dont les cons\u00e9quences imm\u00e9diates \u2014 mort, d\u00e9placement, destruction \u00e9conomique, effondrement sanitaire, traumatisme g\u00e9n\u00e9rationnel, d\u00e9gradation environnementale, instabilit\u00e9 g\u00e9opolitique \u2014 s&rsquo;accumulent sans que les processus de r\u00e9cup\u00e9ration aient pu commencer nulle part. C&rsquo;est la d\u00e9finition m\u00eame d&rsquo;une spirale : chaque effet aggrave les conditions qui pourraient permettre de sortir du cycle.<\/p>\n<p>La tentation, face \u00e0 une telle complexit\u00e9, est soit de se r\u00e9fugier dans le simplisme partisan \u2014 d\u00e9signer un seul responsable, une seule victime, une seule v\u00e9rit\u00e9 \u2014 soit de se noyer dans le relativisme paralysant \u2014 tout se vaut, on ne peut rien dire, la r\u00e9alit\u00e9 est trop compliqu\u00e9e. Ni l&rsquo;une ni l&rsquo;autre de ces positions n&rsquo;est acceptable pour qui prend au s\u00e9rieux la fonction du journalisme et de l&rsquo;analyse : rendre intelligible ce qui se passe, pour permettre \u00e0 ceux qui ont le pouvoir d&rsquo;agir d&rsquo;agir moins mal, et \u00e0 ceux qui n&rsquo;ont que leur regard de comprendre.<\/p>\n<p>Ce qui se passe au Moyen-Orient aujourd&rsquo;hui n&rsquo;est pas in\u00e9vitable au sens fataliste du terme. Ce sont des d\u00e9cisions humaines \u2014 militaires, politiques, diplomatiques \u2014 qui ont produit ces cons\u00e9quences. D&rsquo;autres d\u00e9cisions humaines pourraient en limiter la port\u00e9e, acc\u00e9l\u00e9rer les cessez-le-feu, ouvrir des corridors humanitaires, financer la reconstruction, poursuivre les responsables de crimes de guerre. L&rsquo;impuissance n&rsquo;est pas un fait brut de la r\u00e9alit\u00e9 internationale \u2014 c&rsquo;est souvent un choix d\u00e9guis\u00e9 en constat.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong><em>\u00ab\u00a0Le monde n&rsquo;est pas condamn\u00e9 \u00e0 regarder : il est capable de choisir de voir, et voir est toujours le premier pas vers l&rsquo;action.\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Il faudra des ann\u00e9es pour mesurer l&rsquo;ampleur r\u00e9elle de ce qui s&rsquo;est jou\u00e9 dans cette r\u00e9gion entre 2023 et aujourd&rsquo;hui. Les historiens, les \u00e9pid\u00e9miologues, les \u00e9conomistes, les psychologues et les d\u00e9mographes auront beaucoup \u00e0 faire. Mais l&rsquo;histoire ne s&rsquo;\u00e9crit pas seulement apr\u00e8s coup : elle s&rsquo;\u00e9crit aussi dans l&rsquo;instant, par ceux qui refusent de regarder ailleurs pendant qu&rsquo;elle se fait.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Anatomie d&rsquo;un d\u00e9sastre imm\u00e9diat : les cons\u00e9quences humaines, \u00e9conomiques et g\u00e9opolitiques des guerres contemporaines 1. Le feu et les cendres : une g\u00e9ographie de la destruction Le Moyen-Orient br\u00fble. Non pas d&rsquo;un feu unique, mais d&rsquo;une constellation d&rsquo;incendies simultan\u00e9s qui se r\u00e9pondent, s&rsquo;alimentent et se propagent avec une logique propre, indiff\u00e9rente aux fronti\u00e8res trac\u00e9es par &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":7619,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[13],"tags":[],"class_list":["post-7618","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","","category-opinions"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/IRAN.jpg?fit=752%2C425&ssl=1","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9uxE2-1YS","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7618","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7618"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7618\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7620,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7618\/revisions\/7620"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7619"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7618"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7618"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7618"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}