{"id":7808,"date":"2026-04-28T18:06:47","date_gmt":"2026-04-28T17:06:47","guid":{"rendered":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=7808"},"modified":"2026-04-28T18:06:47","modified_gmt":"2026-04-28T17:06:47","slug":"des-pieds-dargile-dans-le-desert-le-mirage-des-petro-monarchies","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/des-pieds-dargile-dans-le-desert-le-mirage-des-petro-monarchies\/","title":{"rendered":"Des pieds d&rsquo;argile dans le d\u00e9sert : le mirage des p\u00e9tro-monarchies"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_7652\" aria-describedby=\"caption-attachment-7652\" style=\"width: 217px\" class=\"wp-caption alignright\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-7652\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/op.jpeg?resize=217%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"217\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/op.jpeg?resize=217%2C250&amp;ssl=1 217w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/op.jpeg?w=369&amp;ssl=1 369w\" sizes=\"auto, (max-width: 217px) 100vw, 217px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-7652\" class=\"wp-caption-text\">Jer\u00f3nimo P\u00e1ez<\/figcaption><\/figure>\n<p>Il existe une image qui r\u00e9sume avec pr\u00e9cision la nature des monarchies du golfe Persique au XXIe si\u00e8cle. Au centre de la p\u00e9ninsule arabique, \u00e0 pr\u00e8s de mille kilom\u00e8tres de la mer et entour\u00e9e par l\u2019un des d\u00e9serts les plus inhospitaliers de la plan\u00e8te, se dresse Riyad, une m\u00e9galopole de sept millions d\u2019habitants dot\u00e9e d\u2019autoroutes \u00e0 huit voies, de centres commerciaux aux dimensions pharaoniques, de gratte-ciel rivalisant en hauteur avec ceux de Manhattan et d\u2019une temp\u00e9rature estivale d\u00e9passant r\u00e9guli\u00e8rement les cinquante degr\u00e9s Celsius. Chaque goutte d\u2019eau potable que boivent ses habitants arrive par canalisation depuis des usines de dessalement c\u00f4ti\u00e8res situ\u00e9es \u00e0 des centaines de kilom\u00e8tres. Chaque kilowatt d\u2019\u00e9nergie qui alimente ses climatiseurs d\u00e9pend d\u2019infrastructures qui n\u2019ont \u00e9t\u00e9 ni con\u00e7ues ni construites par des mains saoudiennes. Chaque voiture, chaque ordinateur, chaque fusil de l\u2019arm\u00e9e a \u00e9t\u00e9 fabriqu\u00e9 ailleurs dans le monde.<\/p>\n<p>Riyad est, \u00e0 bien des \u00e9gards, la m\u00e9taphore parfaite de ce que sont les p\u00e9tro-monarchies du Golfe : des constructions \u00e9blouissantes \u00e9rig\u00e9es sur une fragilit\u00e9 structurelle que leurs dirigeants ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ignorer. Une modernit\u00e9 sans racines propres. Un pouvoir apparent soutenu par la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 du sous-sol et la protection de puissances \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n<p>L&rsquo;irruption du p\u00e9trole dans l&rsquo;\u00e9conomie du Golfe a \u00e9t\u00e9, d&rsquo;un point de vue historique, fulgurante. Le p\u00e9trole a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert \u00e0 des fins commerciales en 1938. Son exploitation \u00e9tait initialement contr\u00f4l\u00e9e par l&rsquo;ARAMCO (Arabian American Oil Company), domin\u00e9e par des soci\u00e9t\u00e9s am\u00e9ricaines telles que Standard Oil. Pendant des d\u00e9cennies, l&rsquo;essentiel des b\u00e9n\u00e9fices a \u00e9t\u00e9 revers\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Occident. Le tournant s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9 progressivement : l&rsquo;Arabie saoudite a acquis des parts dans ARAMCO \u00e0 partir des ann\u00e9es 70, jusqu&rsquo;\u00e0 la nationalisation compl\u00e8te en 1980. Aujourd&rsquo;hui, Saudi Aramco est l&rsquo;une des entreprises les plus rentables au monde. Ce fut un changement positif pour le peuple saoudien, une grande conqu\u00eate qui a chang\u00e9 l&rsquo;histoire de la p\u00e9ninsule arabique. En moins de quatre d\u00e9cennies, le pays est pass\u00e9 du statut de l\u2019une des r\u00e9gions les plus pauvres du monde \u00e0 celui de d\u00e9tenteur de l\u2019une des plus importantes r\u00e9serves de devises de la plan\u00e8te. Les \u00c9mirats arabes unis, f\u00e9d\u00e9ration cr\u00e9\u00e9e \u00e0 peine en 1971, ont construit en cinquante ans une infrastructure urbaine que des nations ayant des si\u00e8cles d\u2019histoire industrielle n\u2019ont pas r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9galer. Le Qatar, avec une population d\u2019\u00e0 peine trois millions d\u2019habitants, g\u00e8re l\u2019un des plus grands fonds souverains du monde.<\/p>\n<p>Mais la rapidit\u00e9 de cette transformation a eu un co\u00fbt silencieux et immense. Le p\u00e9trole g\u00e9n\u00e8re de la richesse sans rien exiger en \u00e9change. Il ne n\u00e9cessite pas d\u2019innovation. Il n\u2019exige pas de formation technique de qualit\u00e9. Il n\u2019a pas besoin d\u2019institutions solides ni d\u2019une culture de l\u2019effort productif. Il suffit de l&rsquo;extraire, de le vendre et de distribuer les revenus. C&rsquo;est ce que les \u00e9conomistes appellent la mal\u00e9diction des ressources naturelles : l&rsquo;abondance soudaine d&rsquo;une richesse facile tend \u00e0 d\u00e9truire les incitations \u00e0 d\u00e9velopper les capacit\u00e9s qui soutiennent le d\u00e9veloppement \u00e0 long terme.<\/p>\n<p>Il en r\u00e9sulte que, malgr\u00e9 des d\u00e9cennies d\u2019investissements colossaux dans les universit\u00e9s, les h\u00f4pitaux et les laboratoires, les p\u00e9tro-monarchies du Golfe n\u2019ont pas r\u00e9ussi \u00e0 cr\u00e9er leur propre base scientifique et technologique de premier plan. Les universit\u00e9s aux noms prestigieux \u2014 l\u2019Institut des sciences et technologies du roi Abdallah en Arabie saoudite, l\u2019Universit\u00e9 de New York \u00e0 Abu Dhabi, l\u2019Universit\u00e9 de Georgetown au Qatar \u2014 sont en grande partie des transplantations d\u2019institutions occidentales, avec un corps enseignant \u00e9tranger, des programmes d\u2019\u00e9tudes import\u00e9s et un tissu industriel local insuffisant pour absorber leurs dipl\u00f4m\u00e9s dans des secteurs productifs de pointe.<\/p>\n<p>L&rsquo;industrie de la d\u00e9fense est peut-\u00eatre l&rsquo;indicateur le plus r\u00e9v\u00e9lateur de cette r\u00e9alit\u00e9. L&rsquo;Arabie saoudite est le troisi\u00e8me plus grand importateur d&rsquo;armes au monde, selon les donn\u00e9es de l&rsquo;Institut international de recherche sur la paix de Stockholm. Elle consacre \u00e0 la d\u00e9fense une part de son PIB qui d\u00e9passe celle de la plupart des pays de l&rsquo;OTAN. Et pourtant, elle ne fabrique pratiquement aucune des armes qu&rsquo;elle ach\u00e8te. Ses chasseurs-bombardiers sont des F-15 am\u00e9ricains. Ses missiles sont des Patriot, \u00e9galement am\u00e9ricains. Ses v\u00e9hicules blind\u00e9s sont britanniques, fran\u00e7ais et allemands. Un pays qui ne peut pas fabriquer ses propres armes n\u2019a pas, au sens le plus profond du terme, d\u2019arm\u00e9e propre : il dispose d\u2019une arm\u00e9e lou\u00e9e, tout comme son \u00e9quipement, dont l\u2019entretien d\u00e9pend de la volont\u00e9 et de la disponibilit\u00e9 des fournisseurs \u00e9trangers.<\/p>\n<p>Mais s\u2019il est un \u00e9l\u00e9ment qui illustre de mani\u00e8re plus dramatique la fragilit\u00e9 structurelle de ces soci\u00e9t\u00e9s, ce ne sont pas les armes, mais l\u2019eau. Dans une r\u00e9gion o\u00f9 la pluviom\u00e9trie annuelle moyenne ne d\u00e9passe pas cent millim\u00e8tres \u2014 et o\u00f9, dans de vastes zones de l\u2019int\u00e9rieur, elle n\u2019atteint m\u00eame pas dix \u2014, l\u2019eau est litt\u00e9ralement la condition sine qua non d\u2019une vie humaine organis\u00e9e \u00e0 grande \u00e9chelle.<\/p>\n<p>L&rsquo;Arabie saoudite compte plus de trente usines de dessalement en service. Les \u00c9mirats abritent la plus grande installation de dessalement au monde, \u00e0 Jebel Ali, capable de produire plus d&rsquo;un million de m\u00e8tres cubes d&rsquo;eau douce par jour. Le Qatar tire de la dessalement la majeure partie de sa consommation urbaine. Ces installations sont sans aucun doute des prodiges d&rsquo;ing\u00e9nierie. Mais elles constituent \u00e9galement une vuln\u00e9rabilit\u00e9 existentielle dont on ne saurait trop exag\u00e9rer l&rsquo;ampleur.<\/p>\n<p>Ce sont des installations c\u00f4ti\u00e8res, fixes, de grandes dimensions, parfaitement identifiables depuis l\u2019espace ou depuis la mer. Elles n\u00e9cessitent une \u00e9nergie \u00e9lectrique constante et abondante pour fonctionner. Elles d\u00e9pendent de pi\u00e8ces de rechange et d\u2019une technologie qui, pour l\u2019essentiel, est fabriqu\u00e9e en dehors de la r\u00e9gion. Et elles concentrent en quelques points g\u00e9ographiques l\u2019ensemble de l\u2019approvisionnement en eau de populations de dizaines de millions de personnes.<\/p>\n<p>En termes militaires, elles constituent un <strong>point faible structurel <\/strong>: leur destruction compromettrait le fonctionnement de l\u2019ensemble du syst\u00e8me. Une guerre conventionnelle de haute intensit\u00e9 dans le Golfe, qui durerait des semaines et toucherait un nombre significatif de ces installations, ne provoquerait pas seulement une crise humanitaire, mais l&rsquo;effondrement des structures urbaines modernes construites gr\u00e2ce aux p\u00e9trodollars. Sans eau, les villes du d\u00e9sert ne sont pas viables. C&rsquo;est aussi simple que cela, et c&rsquo;est aussi terrifiant que cela.<\/p>\n<p>Les dirigeants du Golfe le savent. C\u2019est pourquoi ils ont investi dans des syst\u00e8mes de d\u00e9fense a\u00e9rienne, dans des bunkers, dans des redondances partielles. Mais aucun investissement ne peut \u00e9liminer compl\u00e8tement la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de fond : la d\u00e9pendance absolue \u00e0 une infrastructure critique qui ne peut \u00eatre ni dispers\u00e9e ni camoufl\u00e9e, car son fonctionnement exige la proximit\u00e9 de la mer.<\/p>\n<p>Face \u00e0 cette fragilit\u00e9, les ambitions des dirigeants du Golfe au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies ont suivi une trajectoire oscillant entre le visionnaire et le chim\u00e9rique. Le prince h\u00e9ritier saoudien, Mohammed ben Salmane, a lanc\u00e9 la Vision 2030, un programme de transformation \u00e9conomique visant \u00e0 r\u00e9duire la d\u00e9pendance au p\u00e9trole, \u00e0 diversifier l\u2019\u00e9conomie et \u00e0 cr\u00e9er une industrie du tourisme et du divertissement. Des projets tels que NEOM \u2014 une ville lin\u00e9aire de 170 kilom\u00e8tres dans le d\u00e9sert, con\u00e7ue comme le c\u0153ur d\u2019une nouvelle \u00e9conomie post-p\u00e9troli\u00e8re \u2014 absorbent des dizaines de milliards de dollars.<\/p>\n<p>Les \u00c9mirats ont fait de Duba\u00ef une plaque tournante financi\u00e8re, touristique et logistique d\u2019importance mondiale. Abou Dhabi a construit un ensemble de mus\u00e9es \u2014 le Louvre, le Guggenheim, le Mus\u00e9e national Zayed \u2014 qui vise \u00e0 faire de la ville une capitale culturelle du monde arabe. Le Qatar a organis\u00e9 la Coupe du monde de football de 2022 avec un investissement que certains analystes estiment \u00e0 200 milliards de dollars, le plus co\u00fbteux de l\u2019histoire.<\/p>\n<p>Tout cela est bien r\u00e9el, et ne doit pas \u00eatre \u00e9cart\u00e9 avec condescendance. Il y a une capacit\u00e9 de gestion, il y a une vision \u00e0 long terme sur certains aspects, il y a une g\u00e9n\u00e9ration de jeunes Arabes du Golfe sinc\u00e8rement d\u00e9sireuse de construire quelque chose qui leur appartienne. Mais il y a aussi une contradiction fondamentale qu\u2019aucun de ces projets n\u2019a r\u00e9solue : on peut acheter le nom du Louvre, mais on ne peut pas acheter la civilisation qui l\u2019a engendr\u00e9. On peut construire la ville la plus haute du monde, mais une tour de verre dans le d\u00e9sert n\u2019est pas la m\u00eame chose qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 dot\u00e9e d\u2019une capacit\u00e9 d\u2019innovation autonome et durable.<\/p>\n<p>La grande civilisation islamique n&rsquo;a pas construit l&rsquo;Alhambra en faisant venir des architectes de l&rsquo;ext\u00e9rieur pour apposer leur nom sur le linteau. Elle l&rsquo;a construite parce qu&rsquo;elle comptait en son sein les math\u00e9maticiens, les g\u00e9om\u00e8tres, les philosophes et les artisans qui savaient comment la r\u00e9aliser. C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;expression organique d&rsquo;une culture en pleine maturit\u00e9 cr\u00e9ative. Ce qui se construit aujourd&rsquo;hui dans le Golfe est quelque chose de diff\u00e9rent : une modernit\u00e9 import\u00e9e, brillante en surface et d\u00e9pendante dans son essence.<\/p>\n<p>Y avait-il une autre voie possible ? La question n\u2019est pas nostalgique, mais strat\u00e9gique. Si les ressources p\u00e9troli\u00e8res, au lieu de financer une modernisation de fa\u00e7ade et l\u2019achat d\u2019une protection ext\u00e9rieure, avaient \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9es pendant des d\u00e9cennies \u00e0 la construction d\u2019une base scientifique et technologique propre, \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019institutions \u00e9ducatives v\u00e9ritablement enracin\u00e9es dans la culture et la langue arabes, au d\u00e9veloppement d\u2019une industrie de d\u00e9fense locale, m\u00eame modeste, \u00e0 l\u2019investissement dans une v\u00e9ritable diversification de l\u2019\u00e9conomie avant que le p\u00e9trole n\u2019entame son d\u00e9clin in\u00e9vitable, le r\u00e9sultat aurait pu \u00eatre radicalement diff\u00e9rent.<\/p>\n<p>Il existe dans le monde des exemples de pays qui, partant de situations de d\u00e9pendance et de fragilit\u00e9, ont construit en quelques d\u00e9cennies des capacit\u00e9s propres de premier ordre. La Cor\u00e9e du Sud, qui en 1960 avait un revenu par habitant inf\u00e9rieur \u00e0 celui de nombreux pays africains, est aujourd\u2019hui l\u2019un des grands exportateurs mondiaux de technologie, d\u2019automobiles, d\u2019\u00e9lectronique et d\u2019armement. Isra\u00ebl, entour\u00e9 d\u2019adversaires et d\u00e9pourvu de ressources naturelles significatives, a b\u00e2ti l\u2019une des \u00e9conomies les plus technologiquement avanc\u00e9es au monde. La diff\u00e9rence ne r\u00e9side pas dans les ressources disponibles \u2014 les pays du Golfe en ont eu infiniment plus \u2014 mais dans les d\u00e9cisions prises quant \u00e0 leur utilisation.<\/p>\n<p>Les accords d\u2019Abraham ont \u00e9t\u00e9, dans ce contexte, un sympt\u00f4me plus qu\u2019une cause. Ils refl\u00e9taient la logique d\u2019\u00e9lites qui avaient choisi d\u2019acheter la s\u00e9curit\u00e9 plut\u00f4t que de la construire, de sous-traiter la d\u00e9fense plut\u00f4t que de la d\u00e9velopper, de rechercher le parapluie des grandes puissances plut\u00f4t que de renforcer leur propre capacit\u00e9 de n\u00e9gociation autonome. C&rsquo;\u00e9tait la logique du rentier, transpos\u00e9e \u00e0 la g\u00e9opolitique : je paie pour que d&rsquo;autres me prot\u00e8gent, de la m\u00eame mani\u00e8re que je paie pour que d&rsquo;autres construisent mes b\u00e2timents, g\u00e8rent mes h\u00f4pitaux et entretiennent mes avions de combat.<\/p>\n<p>Le moment actuel marque un tournant. Le p\u00e9trole, qui pendant des d\u00e9cennies a sembl\u00e9 \u00eatre une source de richesse \u00e9ternelle, a un horizon temporel de plus en plus d\u00e9fini. La transition \u00e9nerg\u00e9tique mondiale, bien que plus lente que ne le souhaiteraient ses d\u00e9fenseurs, est irr\u00e9versible. D\u2019ici deux ou trois d\u00e9cennies, la demande de p\u00e9trole brut aura suffisamment diminu\u00e9 pour que les revenus p\u00e9troliers ne puissent plus soutenir les niveaux de d\u00e9penses publiques et les subventions qui ont maintenu la paix sociale dans ces pays.<\/p>\n<p>Le 7 octobre 2023 et ses cons\u00e9quences ont ferm\u00e9, au moins temporairement, la voie de la normalisation avec Isra\u00ebl comme raccourci vers la s\u00e9curit\u00e9. La rue arabe, que les dirigeants du Golfe avaient appris \u00e0 ignorer \u00e0 coups d\u2019argent et de r\u00e9pression, a montr\u00e9 qu\u2019elle avait des limites qui ne peuvent \u00eatre franchies sans co\u00fbt politique.<\/p>\n<p>Et la fragilit\u00e9 structurelle \u2014 hydrique, militaire, industrielle \u2014 est toujours l\u00e0, aussi r\u00e9elle que jamais, attendant qu\u2019une crise suffisamment grave la mette brutalement en \u00e9vidence.<\/p>\n<p>Les p\u00e9tro-monarchies ont encore le temps et les ressources pour changer de cap. Pour investir v\u00e9ritablement dans leurs propres capacit\u00e9s. Pour renouer avec une civilisation qui fut en son temps la plus avanc\u00e9e du monde et qui dispose aujourd\u2019hui de ressources intellectuelles et culturelles d\u2019une richesse extraordinaire. Pour construire une modernit\u00e9 qui leur soit v\u00e9ritablement propre et non un reflet import\u00e9 de l\u2019Occident.<\/p>\n<p>Mais pour cela, elles doivent avant tout cesser de somnoler \u00e0 l\u2019ombre d\u2019une s\u00e9curit\u00e9 rassurante.<\/p>\n<p>Les d\u00e9fis sont nombreux, et loin d\u2019\u00eatre faciles. Mais les pays qui ont r\u00e9ussi \u00e0 passer, en moins d\u2019un si\u00e8cle, du chameau \u00e0 la modernit\u00e9, ont le potentiel et la capacit\u00e9 de changer de cap. Esp\u00e9rons qu\u2019ils y parviennent. Ils ne doivent pas oublier que le monde avance par la cr\u00e9ation destructrice. Ce qui est aujourd\u2019hui richesse peut \u00eatre demain pauvret\u00e9. Les \u00eatres humains s&rsquo;\u00e9panouissent dans leur jeunesse et se fanent dans leur vieillesse. Il en va de m\u00eame pour les institutions internationales et les nations, surtout les plus puissantes.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il existe une image qui r\u00e9sume avec pr\u00e9cision la nature des monarchies du golfe Persique au XXIe si\u00e8cle. 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