{"id":7886,"date":"2026-05-26T13:31:01","date_gmt":"2026-05-26T12:31:01","guid":{"rendered":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=7886"},"modified":"2026-05-26T13:31:01","modified_gmt":"2026-05-26T12:31:01","slug":"convivialite-entre-le-maroc-et-la-france-lyautey-architecte-du-maroc-moderne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/convivialite-entre-le-maroc-et-la-france-lyautey-architecte-du-maroc-moderne\/","title":{"rendered":"Convivialit\u00e9 entre le Maroc et la France : Lyautey, architecte du Maroc moderne"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_4424\" aria-describedby=\"caption-attachment-4424\" style=\"width: 188px\" class=\"wp-caption alignright\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4424\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?resize=188%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"188\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?resize=188%2C250&amp;ssl=1 188w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?w=450&amp;ssl=1 450w\" sizes=\"auto, (max-width: 188px) 100vw, 188px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4424\" class=\"wp-caption-text\">Dr. Mohamed Chtatou<\/figcaption><\/figure>\n<p>Le mar\u00e9chal Louis-Hubert Gonzalve Lyautey (1854-1934), premier R\u00e9sident g\u00e9n\u00e9ral de France au Maroc (1912-1925), occupe une place singuli\u00e8re et contest\u00e9e dans l\u2019historiographie du colonialisme. Nomm\u00e9 \u00e0 la suite du trait\u00e9 de F\u00e8s (1912), Lyautey mit en \u0153uvre une \u00ab politique d\u2019association \u00bb qui pr\u00e9serva les institutions marocaines\u2014le Sultanat, la justice bas\u00e9e sur le charia, les r\u00e9seaux maraboutiques et le patrimoine culturel\u2014tout en consolidant l\u2019autorit\u00e9 fran\u00e7aise gr\u00e2ce \u00e0 un appareil sophistiqu\u00e9 de domination indirecte. S\u2019appuyant sur un large \u00e9ventail de sources primaires et secondaires, cet article examine quatre dimensions interli\u00e9es de son mandat : (1) la philosophie de gouvernance et les m\u00e9canismes de la r\u00e8gle indirecte ; (2) l\u2019urbanisme et l\u2019invention de la ville duale ; (3) le m\u00e9c\u00e9nat culturel et l\u2019instrumentalisation de la tradition marocaine ; et (4) la strat\u00e9gie religieuse et ses effets politiques. L\u2019article aborde \u00e9galement la doctrine militaire de Lyautey, ses politiques \u00e9conomiques et l\u2019h\u00e9ritage complexe qu\u2019il laissa au Maroc post-ind\u00e9pendant. Il soutient que ce que les contemporains appelaient \u00ab convivialit\u00e9 \u00bb\u2014une harmonie apparente entre modernisation fran\u00e7aise et tradition marocaine\u2014\u00e9tait structurellement ancr\u00e9e dans un cadre colonial qui perp\u00e9tuait les in\u00e9galit\u00e9s, essentialisait la culture et retardait toute autonomie politique authentique, tout en produisant des formes urbaines et administratives durables qui fa\u00e7onn\u00e8rent l\u2019identit\u00e9 moderne du Maroc (Chtatou, 2026, 22 mai).<\/p>\n<p><strong>I. INTRODUCTION<\/strong><\/p>\n<p>Le concept de convivialit\u00e9\u2014un mode de coexistence fond\u00e9 sur l\u2019accommodation mutuelle plut\u00f4t que sur la domination\u2014est rarement associ\u00e9 \u00e0 la gouvernance coloniale. Pourtant, les treize ann\u00e9es d\u2019administration du mar\u00e9chal Hubert Lyautey au Maroc ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement invoqu\u00e9es, tant par ses contemporains que par des historiens ult\u00e9rieurs, comme un cas o\u00f9 l\u2019autorit\u00e9 coloniale fut exerc\u00e9e avec un degr\u00e9 inhabituel de sensibilit\u00e9 culturelle. Lyautey lui-m\u00eame pr\u00e9sentait son projet comme celui de l\u2019\u00ab association \u00bb plut\u00f4t que de l\u2019assimilation, et les Marocains lui conf\u00e8rent le titre honorifique de \u00ab Sidi \u00bb\u2014ordinairement r\u00e9serv\u00e9 aux notables islamiques\u2014un geste qui, quelle qu\u2019en soit l\u2019ambigu\u00eft\u00e9, t\u00e9moigne d\u2019une relation entre colonisateur et colonis\u00e9 qui d\u00e9fiait certains des mod\u00e8les les plus brutaux de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>Cet article ne cherche pas \u00e0 r\u00e9habiliter Lyautey en tant qu\u2019imp\u00e9rialiste bienveillant. Le Protectorat fran\u00e7ais fut, par toute d\u00e9finition structurelle, une entreprise coloniale : il expropria des terres, extrait des ressources, imposa des asym\u00e9tries administratives et r\u00e9prima en d\u00e9finitive l\u2019agentivit\u00e9 politique marocaine. Ce que l\u2019article entreprend, en revanche, c\u2019est une analyse rigoureuse de la mani\u00e8re dont les politiques sp\u00e9cifiques de Lyautey\u2014sa philosophie de gouvernance, sa planification urbaine, son m\u00e9c\u00e9nat culturel et sa strat\u00e9gie religieuse\u2014ont produit une forme distinctive de modernit\u00e9 coloniale dont les contradictions continuent de fa\u00e7onner la soci\u00e9t\u00e9 et la m\u00e9moire marocaines. L\u2019article s\u2019articule autour de quatre grandes sections analytiques avant de proposer une \u00e9valuation synth\u00e9tique de l\u2019h\u00e9ritage de Lyautey et de sa pertinence pour les d\u00e9bats plus larges sur le colonialisme, l\u2019urbanisation et la politique culturelle.<\/p>\n<p><strong>II. PHILOSOPHIE DE GOUVERNANCE : LA POLITIQUE D\u2019ASSOCIATION<\/strong><\/p>\n<p><strong>2.1 Formation intellectuelle et pr\u00e9c\u00e9dents coloniaux<\/strong><\/p>\n<p>La philosophie administrative de Lyautey ne fut pas forg\u00e9e au Maroc. Elle \u00e9mergea de pr\u00e8s de deux d\u00e9cennies de service colonial en Indochine (1894-1897) sous les ordres de Joseph Gallieni, \u00e0 Madagascar (1897-1902) et dans la r\u00e9gion oranaise d\u2019Alg\u00e9rie avant sa nomination au Maroc. De Gallieni, il absorba la doctrine de la \u00ab pacification par le d\u00e9veloppement \u00bb \u2014la conviction qu\u2019un ordre colonial durable exigeait de rallier les \u00e9lites locales et de satisfaire les besoins mat\u00e9riels plut\u00f4t que de recourir \u00e0 une suppression militaire permanente (Hoisington, 1995). Il approfondit ce pragmatisme empirique par la pens\u00e9e sociale de Fr\u00e9d\u00e9ric Le Play et le conservatisme culturel de Maurice Barr\u00e8s, qui tous deux soulignaient la relation organique entre communaut\u00e9, tradition et autorit\u00e9. La synth\u00e8se ainsi obtenue produisit ce que Lyautey appelait une \u00ab politique des \u00e9gards \u00bb, qui distinguait son approche de l\u2019assimilationnisme r\u00e9publicain dominant dans la France m\u00e9tropolitaine (Chtatou, 2026, 22 mai).<\/p>\n<p><strong>2.2 La domination indirecte en pratique<\/strong><\/p>\n<p>En prenant la t\u00eate de la R\u00e9sidence \u00e0 la suite du trait\u00e9 de F\u00e8s, Lyautey se trouva face \u00e0 un Maroc dont le paysage politique \u00e9tait fractur\u00e9 entre un Sultanat affaibli, de puissantes conf\u00e9d\u00e9rations tribales et des int\u00e9r\u00eats europ\u00e9ens concurrents. Sa r\u00e9ponse fut une administration duale : un secteur moderne dot\u00e9 de fonctionnaires fran\u00e7ais op\u00e9rant via la R\u00e9sidence g\u00e9n\u00e9rale, et un secteur traditionnel dans lequel les notables marocains\u2014le makhzen\u2014conservaient des fonctions administratives formelles sous supervision fran\u00e7aise (Rabinow, 1989). L\u2019autorit\u00e9 symbolique du Sultan ne fut pas seulement pr\u00e9serv\u00e9e, mais activement cultiv\u00e9e. Lyautey tint c\u00e9l\u00e8brement l\u2019\u00e9trier du Sultan lors des processions c\u00e9r\u00e9monielles, geste calcul\u00e9 pour exprimer la d\u00e9f\u00e9rence dans les idiomes marocains de l\u00e9gitimit\u00e9 (Aamimri &amp; Elfalih, 2024). Les tribunaux de la charia continuaient de fonctionner et l\u2019\u00ab \u00c9mirat des croyants \u00bb conservait sa signification c\u00e9r\u00e9monielle.<\/p>\n<p>Burke (1972) caract\u00e9rise cette disposition comme un syst\u00e8me con\u00e7u pour donner au colonialisme \u00ab un visage marocain \u00bb, permettant \u00e0 la France d\u2019exercer le pouvoir r\u00e9el tout en c\u00e9dant le capital symbolique aux institutions indig\u00e8nes. Les \u00e9lites du makhzen qui participaient \u00e0 cet arrangement faisaient face \u00e0 un choix structurellement coercitif : la collaboration offrait la pr\u00e9servation du statut et des privil\u00e8ges, tandis que la r\u00e9sistance risquait la marginalisation ou la r\u00e9pression. Le syst\u00e8me \u00e9tait donc, comme Laroui (1977) le soutient, plus insidieux que la coercition ouverte, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il recrutait l\u2019autorit\u00e9 marocaine dans les m\u00e9canismes de la gouvernance coloniale.<\/p>\n<p><strong>2.3 La question berb\u00e8re et les limites de l\u2019association<\/strong><\/p>\n<p>Les contradictions de la politique d\u2019association furent les plus nettement expos\u00e9es par la question berb\u00e8re. L\u2019administration de Lyautey promut la fiction d\u2019une population berb\u00e8re culturellement distincte du Maroc arabe et plus susceptible d\u2019\u00eatre influenc\u00e9e par la France\u2014une strat\u00e9gie de division visant \u00e0 pr\u00e9venir une r\u00e9sistance nationale unifi\u00e9e. Bien que le c\u00e9l\u00e8bre Dahir berb\u00e8re de 1930 ait \u00e9t\u00e9 promulgu\u00e9 apr\u00e8s le d\u00e9part de Lyautey, il d\u00e9coulait directement des cadres administratifs et ethnographiques que sa R\u00e9sidence avait cultiv\u00e9s (Hart, 1976). Ce dahir, qui soumettait les communaut\u00e9s berb\u00e8res au droit coutumier plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 la charia, \u00e9rodant ainsi l\u2019unit\u00e9 juridique de la communaut\u00e9 musulmane, devint un moment galvanisateur du nationalisme marocain. Il d\u00e9montra que les effets \u00e0 long terme de la politique d\u2019\u00ab association \u00bb pouvaient aller \u00e0 l\u2019encontre de la coh\u00e9sion sociale.<\/p>\n<p><strong>III. URBANISME ET LA VILLE DUALE<\/strong><\/p>\n<p><strong>3.1 Henri Prost et le mod\u00e8le de la ville nouvelle<\/strong><\/p>\n<p>Si la philosophie de gouvernance de Lyautey constituait le noyau intellectuel de son projet, ses interventions urbaines en furent l\u2019expression la plus durable et la plus visible. Travaillant avec l\u2019urbaniste Henri Prost et une \u00e9quipe d\u2019architectes et d\u2019ing\u00e9nieurs, Lyautey d\u00e9veloppa le concept de ville nouvelle\u2014une cit\u00e9 moderne de style europ\u00e9en construite en bordure de, mais spatialement s\u00e9par\u00e9e de, la m\u00e9dina historique. Le mod\u00e8le fut appliqu\u00e9 de fa\u00e7on la plus marquante \u00e0 Rabat, Casablanca et Marrakech, villes que Lyautey transforma en vitrines de ce qu\u2019il appelait une \u00ab mission civilisatrice par la modernit\u00e9 urbaine \u00bb (Rabinow, 1989).<\/p>\n<p>Les plans de Prost int\u00e9graient des motifs architecturaux marocains et maintenaient des corridors visuels entre les quartiers anciens et nouveaux, cr\u00e9ant une esth\u00e9tique de dialogue culturel. \u00c0 Marrakech, l\u2019am\u00e9nagement de l\u2019avenue de France\u2014rebaptis\u00e9e plus tard boulevard Mohammed VI\u2014fut con\u00e7u pour relier les montagnes de l\u2019Atlas, la m\u00e9dina et les jardins de la Menara, inscrivant l\u2019infrastructure fran\u00e7aise dans un paysage rest\u00e9 visuellement et symboliquement marocain (Villa Marrakech, 2019). La tour Hassan \u00e0 Rabat fut restaur\u00e9e plut\u00f4t que laiss\u00e9e \u00e0 l\u2019abandon, et les m\u00e9dinas historiques furent prot\u00e9g\u00e9es par des ordonnances de pr\u00e9servation qui emp\u00eachaient leur d\u00e9molition.<\/p>\n<p><strong>3.2 La s\u00e9gr\u00e9gation spatiale comme logique coloniale<\/strong><\/p>\n<p>Sous cette accommodation esth\u00e9tique se cachait une logique spatiale rigoureuse de s\u00e9gr\u00e9gation. La ville duale s\u00e9parait physiquement les r\u00e9sidents europ\u00e9ens des populations marocaines, orientant les investissements, l\u2019assainissement et les services modernes de mani\u00e8re disproportionn\u00e9e vers les quartiers fran\u00e7ais. Wright (1991) d\u00e9crit cela comme une \u00ab h\u00e9g\u00e9monie architecturale \u00bb : un environnement b\u00e2ti qui reproduisait les hi\u00e9rarchies raciales et sociales dans la pierre et le b\u00e9ton. L\u2019\u00e9tude d\u2019Abu-Lughod (1980) sur Rabat montra comment la s\u00e9paration spatiale de l\u2019\u00ab apartheid urbain \u00bb cr\u00e9ait \u00ab des mondes s\u00e9par\u00e9s qui ne se rencontraient que dans la sujection \u00e9conomique \u00bb, les travailleurs marocains faisant quotidiennement le trajet entre la m\u00e9dina et la ville nouvelle pour servir l\u2019\u00e9conomie coloniale.<\/p>\n<p>Les projets d\u2019infrastructure renfor\u00e7aient ce sch\u00e9ma. L\u2019extension du port de Casablanca, la construction de routes et de voies ferr\u00e9es reliant les villes c\u00f4ti\u00e8res \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, et l\u2019am\u00e9nagement du port Lyautey (l\u2019actuelle K\u00e9nitra) \u00e0 l\u2019embouchure du Sebou visaient tous \u00e0 faciliter l\u2019extraction des ressources et la mobilit\u00e9 militaire plut\u00f4t qu\u2019un d\u00e9veloppement \u00e9quitable (Pennell, 2000). Les exportations de phosphate via Casablanca augment\u00e8rent consid\u00e9rablement entre 1912 et 1925, enrichissant les soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res fran\u00e7aises tandis que les travailleurs marocains percevaient des salaires nettement inf\u00e9rieurs \u00e0 ceux de leurs homologues europ\u00e9ens (Ayache, 1981).<\/p>\n<p><strong>3.3 L\u2019urbanisme comme h\u00e9ritage<\/strong><\/p>\n<p>La ville duale laissa un h\u00e9ritage paradoxal. Les m\u00e9dinas de Rabat, de F\u00e8s et de Marrakech surv\u00e9curent \u00e0 la p\u00e9riode du Protectorat avec leur tissu physique largement intact, un r\u00e9sultat de conservation qui contrastait fortement avec ce qui se passa en Alg\u00e9rie ou dans les villes africaines subsahariennes sous administration directe. L\u2019inscription ult\u00e9rieure de Rabat au patrimoine mondial de l\u2019UNESCO reconnut la coh\u00e9rence de son paysage urbain historique. Pourtant, les in\u00e9galit\u00e9s socio-\u00e9conomiques ancr\u00e9es dans la planification spatiale de Lyautey persist\u00e8rent longtemps apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance : le Maroc post-colonial h\u00e9rita d\u2019un mod\u00e8le urbain bas\u00e9 sur la s\u00e9gr\u00e9gation, et les disparit\u00e9s entre m\u00e9dinas historiques et quartiers modernes restent visibles au Maroc aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p><strong>IV. M\u00c9C\u00c9NAT CULTUREL ET INSTRUMENTALISATION DE LA TRADITION<\/strong><\/p>\n<p><strong>4.1 Le Service des Arts Indig\u00e8nes<\/strong><\/p>\n<p>La politique culturelle de Lyautey fut institutionnalis\u00e9e \u00e0 travers le Service des Arts Indig\u00e8nes, cr\u00e9\u00e9 en 1918 pour collecter, pr\u00e9server et promouvoir ce que la R\u00e9sidence d\u00e9finissait comme l\u2019artisanat et les traditions artistiques \u00ab authentiques \u00bb du Maroc. Le Service finan\u00e7ait des ateliers de c\u00e9ramique, de maroquinerie, de textiles et de zellij, cr\u00e9ant un march\u00e9 pour la production artisanale orient\u00e9 en partie vers les consommateurs et touristes coloniaux. Officiellement pr\u00e9sent\u00e9es comme un acte de respect culturel, les activit\u00e9s du Service \u00e9taient simultan\u00e9ment des actes d\u2019administration culturelle : elles s\u00e9lectionnaient, codifiaient et standardisaient certaines formes de pratique, d\u00e9terminant en fait ce qui allait compter comme l\u00e9gitimement \u00ab marocain \u00bb au sein de l\u2019\u00e9conomie culturelle coloniale (Segalla, 2009).<\/p>\n<p>Cette s\u00e9lectivit\u00e9 op\u00e9rait \u00e0 travers ce que le cadre d\u2019Edward Sa\u00efd sur l\u2019orientalisme aide \u00e0 \u00e9clairer : les institutions culturelles de la R\u00e9sidence reproduisaient une image romanc\u00e9e du Maroc comme soci\u00e9t\u00e9 intemporelle et traditionnelle\u2014stable, pittoresque et l\u00e9gitimement soumise \u00e0 la tutelle fran\u00e7aise\u2014tout en marginalisant les tendances modernisatrices au sein de la soci\u00e9t\u00e9 marocaine elle-m\u00eame. Le Maroc \u00ab authentique \u00bb s\u00e9lectionn\u00e9 par le Service \u00e9tait fig\u00e9 dans une forme propice \u00e0 la gouvernance coloniale, non pas capable de g\u00e9n\u00e9rer des modernit\u00e9s indig\u00e8nes selon ses propres termes.<\/p>\n<p><strong>4.2 L\u2019affection personnelle de Lyautey et sa fonction politique<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019engagement culturel de Lyautey n\u2019\u00e9tait pas enti\u00e8rement instrumental. Selon de multiples t\u00e9moignages, il d\u00e9veloppa une fascination personnelle authentique pour l\u2019esth\u00e9tique et la vie sociale marocaines : il \u00e9tablit sa r\u00e9sidence au palais de la Dar el Bacha \u00e0 Marrakech, assista aux f\u00eates islamiques et exprima \u00e0 maintes reprises son admiration pour les traditions architecturales et artisanales marocaines. Son souhait d\u2019\u00eatre enterr\u00e9 au Maroc\u2014bien qu\u2019en d\u00e9finitive inassouvi, ses d\u00e9pouilles ayant \u00e9t\u00e9 rapatri\u00e9es aux Invalides en 1961\u2014t\u00e9moignait d\u2019un profond attachement personnel au pays qu\u2019il avait gouvern\u00e9 (Jeune Afrique, 2012).<\/p>\n<p>Pourtant, m\u00eame une affection culturelle sinc\u00e8re ne peut \u00eatre d\u00e9m\u00eal\u00e9e de sa fonction politique. L\u2019amour visible de Lyautey pour le Maroc servit \u00e0 l\u00e9gitimer le Protectorat en France m\u00e9tropolitaine, en pr\u00e9sentant le colonialisme comme un partenariat civilisationnel plut\u00f4t qu\u2019une occupation extractive. La description de l\u2019\u00e9mir Chekib Arslan qui qualifiait Lyautey de \u00ab Fran\u00e7ais le plus dangereux \u00bb\u2014dangereux pr\u00e9cis\u00e9ment parce que sa diplomatie culturelle \u00e9tait plus efficace pour supprimer l\u2019ind\u00e9pendance que la coercition ouverte\u2014saisit avec pr\u00e9cision ce double tranchant (Vermeren, 2012).<\/p>\n<p><strong>V. STRAT\u00c9GIE RELIGIEUSE ET EFFETS POLITIQUES<\/strong><\/p>\n<p><strong>5.1 La pr\u00e9servation des institutions islamiques<\/strong><\/p>\n<p>Un pilier central de la gouvernance de Lyautey fut la pr\u00e9servation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e des institutions islamiques et sa d\u00e9f\u00e9rence publique envers l\u2019autorit\u00e9 spirituelle du Sultanat. Contrairement \u00e0 l\u2019orientation agressive la\u00efque de la politique r\u00e9publicaine fran\u00e7aise en m\u00e9tropole et en Alg\u00e9rie, la R\u00e9sidence de Lyautey finan\u00e7ait des restaurations de mosqu\u00e9es, soutenait les \u00e9coles coraniques (madrasas), maintenait la juridiction formelle des tribunaux de la charia en mati\u00e8re de statut personnel et cultivait le prestige religieux du sultan Moulay Youssef (Burke, 1976). Son administration reconnut \u00e9galement les r\u00e9seaux maraboutiques et s\u2019y engagea, pr\u00e9servant les sanctuaires et \u00e9tablissant des relations avec leurs responsables. En prot\u00e9geant les sanctuaires et en cultivant des liens avec les chefs maraboutiques, la R\u00e9sidence cherchait \u00e0 \u00e9tendre sa port\u00e9e dans des communaut\u00e9s que les voies administratives formelles ne pouvaient ais\u00e9ment p\u00e9n\u00e9trer (The Africa Report, 2024).<\/p>\n<p><strong>5.2 La religion comme instrument de contr\u00f4le colonial<\/strong><\/p>\n<p>Les historiens ont r\u00e9guli\u00e8rement observ\u00e9 que cette accommodation islamique \u00e9tait strat\u00e9giquement motiv\u00e9e. En canalisant la vie religieuse vers des institutions qu\u2019elle pouvait surveiller, la R\u00e9sidence cherchait \u00e0 d\u00e9politiser l\u2019islam\u2014\u00e0 l\u2019emp\u00eacher de devenir un vecteur du nationalisme anticolonial ou de la solidarit\u00e9 panislamique. Les oul\u00e9mas qui louaient Lyautey et organisaient des pri\u00e8res pour son r\u00e9tablissement lors de sa maladie de 1920 \u00e9taient, dans bien des cas, des figures dont la coop\u00e9ration avait \u00e9t\u00e9 cultiv\u00e9e par le patronage institutionnel et le soutien financier de la R\u00e9sidence (Hoisington, 1995).<\/p>\n<p>L\u2019apr\u00e8s-Dahir berb\u00e8re d\u00e9montra les limites et les co\u00fbts de cette strat\u00e9gie. Lorsque le d\u00e9cret de 1930 tenta de formaliser la s\u00e9paration des communaut\u00e9s berb\u00e8res de la juridiction de la charia, il fut v\u00e9cu par les nationalistes marocains comme une attaque contre l\u2019unit\u00e9 de l\u2019islam et devint le catalyseur du premier mouvement nationaliste urbain soutenu (Halstead, 1967). Loin de contenir la politique religieuse, la politique culturelle fran\u00e7aise avait involontairement cr\u00e9\u00e9 un cadre dans lequel l\u2019islam\u2014pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9serv\u00e9 comme institution formelle\u2014pouvait servir d\u2019idiome commun \u00e0 la mobilisation nationaliste.<\/p>\n<p><strong>VI. DOCTRINE MILITAIRE ET POLITIQUES \u00c9CONOMIQUES<\/strong><\/p>\n<p><strong>6.1 La tactique de la tache d\u2019huile<\/strong><\/p>\n<p>La strat\u00e9gie militaire de Lyautey au Maroc puisa dans ses travaux doctrinaux ant\u00e9rieurs sur la \u00ab pacification \u00bb. L\u2019approche dite de la \u00ab tache d\u2019huile \u00bb combinait pression militaire et cultivation strat\u00e9gique d\u2019alliances tribales et d\u2019incitations \u00e9conomiques, \u00e9largissant le contr\u00f4le fran\u00e7ais de mani\u00e8re incr\u00e9mentale \u00e0 partir de centres d\u2019influence \u00e9tablis plut\u00f4t que par de grandes campagnes de conqu\u00eate. Cette m\u00e9thode fut efficace durant les premi\u00e8res ann\u00e9es du Protectorat : la d\u00e9faite des forces du Pr\u00e9tendant El Hiba \u00e0 Marrakech en 1912 et la pacification progressive du Moyen Atlas entre 1914 et 1921 d\u00e9montr\u00e8rent l\u2019utilit\u00e9 de combiner unit\u00e9s militaires mobiles et soumissions n\u00e9goci\u00e9es (Porch, 1982).<\/p>\n<p>Les limites de la strat\u00e9gie furent expos\u00e9es par la guerre du Rif (1921-1926), au cours de laquelle les forces d\u2019Abd el-Krim d\u00e9montr\u00e8rent qu\u2019une r\u00e9sistance nationaliste d\u00e9termin\u00e9e pouvait mettre en \u00e9chec l\u2019approche de la tache d\u2019huile. L\u2019insistance de Lyautey sur la n\u00e9gociation politique plut\u00f4t que sur l\u2019escalade militaire l\u2019amena en conflit avec ses sup\u00e9rieurs \u00e0 Paris, contribuant \u00e0 son remplacement par le mar\u00e9chal P\u00e9tain en 1925. La guerre du Rif demeure un contre-r\u00e9cit important face aux id\u00e9alisations de la gouvernance de Lyautey : elle r\u00e9v\u00e8le que m\u00eame ses strat\u00e9gies coloniales les plus sophistiqu\u00e9es reposaient en dernier ressort sur la capacit\u00e9 de coercition militaire.<\/p>\n<p><strong>6.2 Les politiques \u00e9conomiques et leurs m\u00e9contents<\/strong><\/p>\n<p>Le bilan \u00e9conomique de Lyautey fut \u00e9galement ambivalent. Son administration investit massivement dans les infrastructures\u2014ports, routes, voies ferr\u00e9es\u2014qui modernis\u00e8rent r\u00e9ellement le r\u00e9seau de transport du Maroc et jet\u00e8rent les bases du d\u00e9veloppement \u00e9conomique post-ind\u00e9pendant. Il favorisa l\u2019agriculture capitaliste par la redistribution de terres aux colons fran\u00e7ais et l\u2019introduction de cultures d\u2019exportation telles que les agrumes et les olives, des politiques qui devaient contribuer \u00e0 l\u2019int\u00e9gration du Maroc dans les march\u00e9s agricoles m\u00e9diterran\u00e9ens (Swearingen, 1987).<\/p>\n<p>Les co\u00fbts furent cependant substantiels. Les recherches de Swearingen documentent le transfert de plus d\u2019un million d\u2019hectares \u00e0 des colons europ\u00e9ens d\u00e8s 1925, perturbant les syst\u00e8mes fonciers collectifs (bled al-siba) et d\u00e9pla\u00e7ant des communaut\u00e9s rurales marocaines. Les concessions mini\u00e8res, en particulier l\u2019extraction des phosphates \u00e0 Khouribga, g\u00e9n\u00e9raient des revenus qui coulaient principalement vers le capital fran\u00e7ais. Les diff\u00e9rentiels de salaires entre travailleurs marocains et europ\u00e9ens \u00e9taient syst\u00e9miques. Les taux d\u2019alphab\u00e9tisation restaient inf\u00e9rieurs \u00e0 cinq pour cent en 1925, cons\u00e9quence d\u2019une politique \u00e9ducative con\u00e7ue pour produire une classe administrative docile plut\u00f4t qu\u2019une citoyennet\u00e9 largement \u00e9duqu\u00e9e (Halstead, 1967).<\/p>\n<p><strong>VII. SYNTH\u00c8SE ANALYTIQUE<\/strong><\/p>\n<p>Dimensions cl\u00e9s de la gouvernance de Lyautey au Maroc<\/p>\n<p><em><strong>Dimension<\/strong><\/em>: <strong><em>Observations<\/em><\/strong> <em><strong>cl\u00e9s<\/strong><\/em><\/p>\n<p><strong>Mod\u00e8le de gouvernance<\/strong>: Politique d\u2019association : r\u00e8gne indirect via le Sultanat, les \u00e9lites du makhzen et les autorit\u00e9s religieuses, sans assimilation directe.<\/p>\n<p><strong>Urbanisme<\/strong>: Dualisme ville nouvelle \/ m\u00e9dina avec l\u2019architecte Henri Prost ; s\u00e9gr\u00e9gation spatiale comme l\u00e9gitimation coloniale (Rabat, Casablanca, Marrakech).<\/p>\n<p><strong>Politique culturelle<\/strong>: Service des Arts Indig\u00e8nes (1918) : pr\u00e9servation s\u00e9lective et institutionnalisation de l\u2019artisanat \u00ab authentique \u00bb ; cadrage orientaliste.<\/p>\n<p><strong>Strat\u00e9gie religieuse<\/strong>: Maintien des tribunaux charaiques, des r\u00e9seaux maraboutiques et du r\u00f4le c\u00e9r\u00e9moniel du Sultan ; la foi instrumentalis\u00e9e pour endiguer la mobilisation nationaliste.<\/p>\n<p><strong>Doctrine militaire<\/strong>: Tactique de la \u00ab tache d\u2019huile \u00bb : expansion progressive par alliances tribales ; limites expos\u00e9es lors de la guerre du Rif (1921-1926).<\/p>\n<p><strong>Impact \u00e9conomique<\/strong>: Infrastructure (ports, chemins de fer) orient\u00e9e vers l\u2019extraction des ressources ; d\u00e9possession fonci\u00e8re des Marocains ruraux ; modernisation in\u00e9gale.<\/p>\n<p><strong>H\u00e9ritage<\/strong>: Contest\u00e9 : cr\u00e9dit\u00e9 comme \u00ab architecte du Maroc moderne \u00bb, mais critiqu\u00e9 pour avoir ancr\u00e9 les hi\u00e9rarchies coloniales et retard\u00e9 l\u2019autonomie politique.<\/p>\n<p><strong>VIII. H\u00c9RITAGE ET M\u00c9MOIRE CONTEST\u00c9E<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019h\u00e9ritage de Hubert Lyautey au Maroc est, comme l\u2019ont observ\u00e9 de nombreux historiens, profond\u00e9ment paradoxal. L\u2019infrastructure urbaine qu\u2019il commanda\u2014les m\u00e9dinas qu\u2019il pr\u00e9serva, les institutions administratives qu\u2019il construisit, les r\u00e9seaux de transport qu\u2019il \u00e9tablit\u2014survit au Protectorat et fa\u00e7onna le paysage physique et institutionnel du Maroc ind\u00e9pendant. Le roi Mohammed V, qui consolida l\u2019\u00c9tat marocain apr\u00e8s 1956, h\u00e9rita et adapta les cadres administratifs que la R\u00e9sidence de Lyautey avait \u00e9tablis (Waterbury, 1970). En ce sens, sa gouvernance fut fondatrice plut\u00f4t que simplement transitoire (Chtatou, 2026, 22 mai).<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, les in\u00e9galit\u00e9s que ses politiques ancr\u00e8rent se r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent durables. La s\u00e9gr\u00e9gation spatiale des villes marocaines, la d\u00e9possession fonci\u00e8re des communaut\u00e9s rurales, la faiblesse de l\u2019offre \u00e9ducative pour la majorit\u00e9, et la subordination structurelle de l\u2019agentivit\u00e9 politique marocaine aux int\u00e9r\u00eats fran\u00e7ais laiss\u00e8rent toutes des traces que l\u2019ind\u00e9pendance n\u2019effa\u00e7a pas rapidement. L\u2019\u00e9lite nationaliste \u00e9duqu\u00e9e qui mena le mouvement d\u2019ind\u00e9pendance\u2014des hommes form\u00e9s dans des \u00e9coles franco-arabes, bilingues en fran\u00e7ais et en arabe, orient\u00e9s \u00e0 la fois vers la pens\u00e9e politique europ\u00e9enne et islamique\u2014\u00e9tait elle-m\u00eame un produit de l\u2019ordre colonial que Lyautey avait contribu\u00e9 \u00e0 construire.<\/p>\n<p>La m\u00e9moire marocaine de Lyautey reste divis\u00e9e selon des lignes pr\u00e9visibles. Les voix conservatrices et monarchistes ont eu tendance \u00e0 lui attribuer le m\u00e9rite d\u2019avoir pr\u00e9serv\u00e9 la dynastie alaouite et le patrimoine culturel du Maroc ; les historiens nationalistes et de gauche ont mis l\u2019accent sur son r\u00f4le dans l\u2019ancrage des hi\u00e9rarchies coloniales et la suppression de l\u2019autonomie politique. Le titre affectueux de \u00ab Sidi Lyautey \u00bb coexiste dans la m\u00e9moire collective avec des condamnations de son syst\u00e8me comme \u00ab le colonialisme sous sa forme la plus insidieuse \u00bb (Laroui, 1977). Ni la v\u00e9n\u00e9ration ni la condamnation ne sont sans fondement : toutes deux sont des r\u00e9ponses aux contradictions authentiques d\u2019un projet colonial \u00e0 la fois plus culturellement sensible et plus structurellement oppressif que les r\u00e9cits simplistes ne le permettent.<\/p>\n<p><strong>IX. CONCLUSION<\/strong><\/p>\n<p>Le mandat de Lyautey en tant que premier R\u00e9sident g\u00e9n\u00e9ral de France au Maroc offre une \u00e9tude de cas de la modernit\u00e9 coloniale dans ses aspects les plus sophistiqu\u00e9s et les plus contradictoires. Sa politique d\u2019association, ses innovations urbaines, son m\u00e9c\u00e9nat culturel et ses accommodements religieux produisirent tous des effets \u00e0 la fois progressistes dans les termes coloniaux et structurellement oppressifs dans leur logique plus large. La convivialit\u00e9 que ses contemporains et certains historiens ult\u00e9rieurs ont identifi\u00e9e dans sa gouvernance \u00e9tait r\u00e9elle, mais c\u2019\u00e9tait une convivialit\u00e9 b\u00e2tie sur l\u2019asym\u00e9trie : une relation d\u2019engagement mutuel entre des parties qui ne se rencontraient pas en tant qu\u2019\u00e9gaux (Chtatou, 2026, 22 mai).<\/p>\n<p>Ce que l\u2019exemple de Lyautey r\u00e9v\u00e8le, peut-\u00eatre plus clairement que celui d\u2019administrateurs coloniaux moins raffin\u00e9s, c\u2019est que le colonialisme n\u2019a pas besoin du m\u00e9pris explicite envers les colonis\u00e9s pour fonctionner. Le respect culturel, la pr\u00e9servation institutionnelle et l\u2019affection personnelle peuvent tous coexister avec une exploitation syst\u00e9matique. En fait, comme l\u2019observation de l\u2019\u00e9mir Chekib Arslan le sugg\u00e8re, ils peuvent rendre le colonialisme plus durable en rendant ses m\u00e9canismes moins lisibles et ses structures plus difficiles \u00e0 combattre. Le gant de velours, pour emprunter la formulation de Wright (1991), contenait un poing de fer.<\/p>\n<p>Cela ne rend pas la contribution de Lyautey \u00e0 la forme moderne du Maroc historiquement n\u00e9gligeable. Les villes qu\u2019il b\u00e2tit, les institutions qu\u2019il \u00e9tablit et le patrimoine culturel qu\u2019il choisit de pr\u00e9server font tous partie du paysage mat\u00e9riel au sein duquel la soci\u00e9t\u00e9 marocaine continue de vivre et de travailler. Son h\u00e9ritage n\u2019est ni un monument \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer ni un crime \u00e0 condamner, mais un h\u00e9ritage complexe dont les contradictions restent instructives pour toute tentative de r\u00e9fl\u00e9chir s\u00e9rieusement aux rapports entre pouvoir, culture et d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p><strong>R\u00c9F\u00c9RENCES<\/strong><\/p>\n<p>Aamimri, M., &amp; Elfalih, T. (2024). Colonialism and local elites : Lyautey\u2019s colonial experience in Morocco as a case study. British Journal of Philosophy, Sociology and History, 4(2), 31-37. https:\/\/doi.org\/10.32996\/bjpsh.2024.4.2.4<\/p>\n<p>Abu-Lughod, J. (1980). Rabat : Urban apartheid in Morocco. Princeton University Press.<\/p>\n<p>Ayache, G. (1981). Les origines de la guerre du Rif. SMER.<\/p>\n<p>Burke, E. (1972). The ethnographic state : France and the invention of Moroccan Islam. Comparative Studies in Society and History, 14(4), 424-437.<\/p>\n<p>Burke, E. (1976). 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