{"id":7901,"date":"2026-06-01T11:35:39","date_gmt":"2026-06-01T10:35:39","guid":{"rendered":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=7901"},"modified":"2026-06-01T11:35:39","modified_gmt":"2026-06-01T10:35:39","slug":"comment-les-royaumes-du-maroc-du-portugal-et-de-lespagne-ont-change-le-cours-de-lhistoire-mondiale-aux-xive-xve-et-xvie-siecles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/comment-les-royaumes-du-maroc-du-portugal-et-de-lespagne-ont-change-le-cours-de-lhistoire-mondiale-aux-xive-xve-et-xvie-siecles\/","title":{"rendered":"Comment les royaumes du Maroc, du Portugal et de l&rsquo;Espagne ont chang\u00e9 le cours de l&rsquo;histoire mondiale aux XIVe, XVe et XVIe si\u00e8cles"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_7652\" aria-describedby=\"caption-attachment-7652\" style=\"width: 217px\" class=\"wp-caption alignright\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-7652\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/op.jpeg?resize=217%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"217\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/op.jpeg?resize=217%2C250&amp;ssl=1 217w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/op.jpeg?w=369&amp;ssl=1 369w\" sizes=\"auto, (max-width: 217px) 100vw, 217px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-7652\" class=\"wp-caption-text\">Jer\u00f3nimo P\u00e1ez<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Le pouvoir oubli\u00e9 du d\u00e9sert<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;histoire est souvent injuste envers les Almoravides. On se souvient d&rsquo;eux, quand on se souvient d&rsquo;eux, comme d&rsquo;une dynastie de guerriers fanatiques, aust\u00e8res et illettr\u00e9s, une parenth\u00e8se sombre entre la splendeur du califat de Cordoue et la culture raffin\u00e9e du royaume nasride. C&rsquo;est un oubli qui en dit plus long sur nous que sur eux. Car ces Berb\u00e8res venus des confins du Sahara ont chang\u00e9 \u00e0 jamais l&rsquo;histoire de l&rsquo;Espagne, bien plus que les Almohades ou les M\u00e9rinides qui leur ont succ\u00e9d\u00e9. Ils ont en effet \u00e9t\u00e9 les protagonistes d&rsquo;un exploit sans pareil : la seule fois dans l&rsquo;histoire o\u00f9 une puissance n\u00e9e au c\u0153ur de l&rsquo;Afrique a gouvern\u00e9, pendant pr\u00e8s d&rsquo;un si\u00e8cle, un vaste territoire europ\u00e9en.<\/p>\n<p>Ils ont domin\u00e9 du S\u00e9n\u00e9gal jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00c8bre. Ils ont unifi\u00e9 le Maroc, fond\u00e9 Marrakech en 1070 et sont devenus l\u2019empire le plus \u00e9tendu de leur \u00e9poque sur les deux rives du d\u00e9troit. Ils ont par ailleurs paralys\u00e9 la Reconquista, ce qui fut tr\u00e8s positif pour l\u2019Andalousie, car s\u2019ils ne l\u2019avaient pas fait, le royaume nasride de Grenade n\u2019aurait jamais vu le jour et l\u2019Alhambra n\u2019existerait pas. En ce sens, on peut ajouter qu\u2019\u00e0 la suite de cette conqu\u00eate, le royaume du Maroc a \u00e9t\u00e9 la nation qui a le plus influenc\u00e9 l\u2019histoire de l\u2019Espagne, et vice versa. Il convient de garder \u00e0 l\u2019esprit que la red\u00e9couverte de cette histoire et de ces relations \u2013 m\u00eame si elles ont souvent \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es par des alliances et parfois par des affrontements \u2013 est tr\u00e8s importante pour les deux nations.<\/p>\n<p>Permets-moi, cher lecteur, une petite parenth\u00e8se : en 2005, \u00e0 la demande de Sa Majest\u00e9 le roi Juan Carlos, ce grand diplomate qu\u2019est Alfonso Sanz m\u2019a demand\u00e9 que la Fondation du Legado Andalus\u00ed, bas\u00e9e \u00e0 Grenade et que je dirigeais alors, con\u00e7oive et r\u00e9alise une exposition sur l\u2019histoire commune des deux pays, \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019inauguration du Grand Th\u00e9\u00e2tre de Marrakech. L&rsquo;exposition a \u00e9t\u00e9 inaugur\u00e9e et, pendant une heure et demie, j&rsquo;ai eu l&rsquo;honneur de la pr\u00e9senter \u00e0 Leurs Majest\u00e9s les Rois d&rsquo;Espagne et du Maroc. \u00c0 la fin de la visite, avant de prendre cong\u00e9, je leur ai dit : \u00ab Comme vous pouvez le constater, je pense qu&rsquo;il \u00e9tait tr\u00e8s important de parler de l&rsquo;histoire commune de nos deux pays. \u00bb Leurs Majest\u00e9s Juan Carlos et Sofia ont acquiesc\u00e9 avec un sourire aimable et le Roi Mohammed VI a fait la d\u00e9claration suivante : \u00ab J\u2019\u00e9tais tr\u00e8s reconnaissant envers l\u2019exposition que l\u2019Espagne avait pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 Marrakech \u00bb et il a ajout\u00e9 que les Marocains connaissent bien cette histoire commune et en sont fiers, et qu\u2019il aimait savoir que de nombreux Espagnols, et surtout de nombreux Andalous, \u00e9taient d\u2019accord avec l\u2019 e de mettre en valeur cette histoire commune qui pouvait servir \u00e0 resserrer les liens entre les deux grandes nations : le Royaume du Maroc et celui d\u2019Espagne.<\/p>\n<p>Pour revenir au fil conducteur de cet article, il est bon de savoir que le pouvoir et la force de la dynastie almoravide ne sont pas sortis de nulle part. Ils venaient du d\u00e9sert, et plus exactement de l\u2019or. Les grandes routes caravani\u00e8res qui traversaient le Sahara comme des navires voguant sur un oc\u00e9an de sable reliaient les mines du Soudan, du Mali, du Ghana, les terres de l\u2019or, et des villes comme Awlil, Awdagust, Siyilmasa et F\u00e8s, \u00e0 Ceuta et \u00e0 al-Andalus. Par ces routes montaient l\u2019or, le sel, l\u2019ivoire et les esclaves ; en descendaient les tissus, les chevaux et les livres de Cordoue et du Caire. C\u2019est sur ce flux de m\u00e9tal pr\u00e9cieux que s\u2019est \u00e9difi\u00e9 le pouvoir almoravide, et c\u2019est avec cet or africain qu\u2019a \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9e une monnaie qui allait inonder l\u2019Europe m\u00e9di\u00e9vale. Peu de gens se souviennent aujourd\u2019hui que la fortune du sud de l\u2019Europe s\u2019est forg\u00e9e, en grande partie, dans des villes perdues du d\u00e9sert dont les noms figurent \u00e0 peine sur les cartes.<\/p>\n<p>Le 23 octobre 1086, dans les plaines de Sagrajas, pr\u00e8s de Badajoz, l&rsquo;\u00e9mir Yusuf Ibn Tashfin, un homme du d\u00e9sert qui, selon la tradition, v\u00e9cut pr\u00e8s d&rsquo;un si\u00e8cle, infligea \u00e0 Alphonse VI de Le\u00f3n et de Castille l&rsquo;une des d\u00e9faites les plus sanglantes de la Reconquista. Le roi qui, un an plus t\u00f4t, avait pris Tol\u00e8de, le monarque qui se faisait appeler empereur des trois religions, vit son arm\u00e9e an\u00e9antie. Le champ de bataille fut tellement impr\u00e9gn\u00e9 de sang que les Arabes l&rsquo;appel\u00e8rent al-Zallaqa, le sol glissant. Cette bataille stoppa l&rsquo;avanc\u00e9e chr\u00e9tienne pendant des g\u00e9n\u00e9rations et permit la naissance du royaume de Grenade ainsi que la construction de l&rsquo;Alhambra.<\/p>\n<p>Mais sa cons\u00e9quence la plus durable se produisit loin du champ de bataille, \u00e0 l\u2019autre bout de la p\u00e9ninsule. La crainte des Almoravides obligea Alphonse VI \u00e0 repenser enti\u00e8rement sa fronti\u00e8re occidentale. Pour la d\u00e9fendre, il fit appel \u00e0 la noblesse franque li\u00e9e \u00e0 Cluny, le grand moteur religieux de l\u2019Europe des croisades, et scella des alliances matrimoniales avec la maison de Bourgogne. Il maria sa fille l\u00e9gitime, Urraca, \u00e0 Raymond de Bourgogne, qui re\u00e7ut la Galice. Il maria sa fille naturelle, Th\u00e9r\u00e8se, \u00e0 Henri de Bourgogne, et lui donna en dot une marche frontali\u00e8re nouvellement cr\u00e9\u00e9e : le comt\u00e9 de Portucale.<\/p>\n<p>C&rsquo;est de ce comt\u00e9, et d&rsquo;aucun autre endroit, que naquit le Portugal. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une relation de cause \u00e0 effet, subtile et discutable, mais d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique : sans la pr\u00e9sence almoravide, cette marque n&rsquo;aurait pas exist\u00e9, et sans cette marque, le royaume ind\u00e9pendant du Portugal n&rsquo;aurait pas vu le jour. Le fils de Teresa et d\u2019Henri, Afonso Henriques, a d\u00e9plac\u00e9 son \u00e9lan de la fronti\u00e8re nord vers le sud, aux d\u00e9pens d\u2019al-Andalus, et y a forg\u00e9 sa propre couronne, reconnue par l\u2019empereur en 1143 et par la papaut\u00e9 en 1179. Les meilleurs historiens portugais, Ant\u00f3nio Resende de Oliveira et Jo\u00e3o Gouveia Monteiro, l\u2019ont \u00e9crit sans d\u00e9tours : \u00ab Le Portugal \u00e9tait n\u00e9 de la peur des Almoravides \u00bb. N\u00e9. Pas influenc\u00e9 ni favoris\u00e9. Le Maroc, \u00e0 travers ces guerriers du d\u00e9sert, figure sur l\u2019acte de naissance m\u00eame de la nation portugaise.<\/p>\n<p>Cette graine du XIe si\u00e8cle mettra quatre cents ans \u00e0 porter ses fruits. Et lorsqu\u2019elle le fit, elle changea le monde. Le Portugal, premier \u00c9tat-nation ind\u00e9pendant d\u2019Europe, d\u00e9tach\u00e9 de la Galice et de Le\u00f3n, se tourna vers le seul horizon qui s\u2019offrait \u00e0 lui : l\u2019Atlantique. Tandis que la Castille se tournait vers l\u2019int\u00e9rieur, vers la longue guerre contre Grenade, les Portugais regardaient vers l\u2019ext\u00e9rieur, vers un oc\u00e9an que personne n\u2019avait os\u00e9 dompter. Ils descendirent le long de la c\u00f4te africaine, doubl\u00e8rent le cap de Bonne-Esp\u00e9rance et ouvrirent, enfin, la route maritime vers les richesses de l\u2019Orient qui, pendant des si\u00e8cles, avaient voyag\u00e9 par voie terrestre \u00e0 dos de caravane.<\/p>\n<p>Vasco de Gama atteignit l\u2019Inde. Alfonso de Albuquerque, conqu\u00e9rant cruel et visionnaire, tissa un r\u00e9seau de forteresses s\u2019\u00e9tendant de l\u2019Afrique orientale \u00e0 Malacca, et planta le drapeau portugais dans le d\u00e9troit d\u2019Ormuz, la cl\u00e9 du golfe Persique, le goulet d\u2019\u00e9tranglement par lequel devait passer tout le commerce entre l\u2019Orient et l\u2019Occident. En \u00e0 peine deux g\u00e9n\u00e9rations, un petit royaume pauvre du Finist\u00e8re europ\u00e9en \u00e9tait devenu le plus grand empire naval que le monde ait connu.<\/p>\n<p>Le paradoxe est vertigineux. Le Portugal, n\u00e9 de la crainte du Maroc, s\u2019\u00e9tait retourn\u00e9 contre son g\u00e9niteur : il conquit Ceuta en 1415, s\u2019\u00e9tendit le long du littoral atlantique marocain et ferma au royaume du Maroc la porte de sa propre expansion oc\u00e9anique. L\u2019\u00e9l\u00e8ve avait surpass\u00e9, et emprisonn\u00e9, le ma\u00eetre qui l\u2019avait engendr\u00e9. Et pendant ce temps, \u00e0 l\u2019autre bout de la p\u00e9ninsule, la Castille se lan\u00e7ait dans sa propre aventure atlantique : les Canaries, le voyage de Colomb, et ce partage de la plan\u00e8te entre les deux couronnes ib\u00e9riques qu\u2019\u00e9tait le trait\u00e9 de Tordesillas. Pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire, deux petits royaumes du sud de l\u2019Europe se permettaient de tracer une ligne sur la carte du monde et de se le partager.<\/p>\n<p>La boucle se referma l\u00e0 o\u00f9 elle s\u2019\u00e9tait ouverte : au Maroc. En 1578, le jeune roi S\u00e9bastien de Portugal, r\u00eaveur et t\u00e9m\u00e9raire, d\u00e9cida d\u2019envahir le pays d\u2019o\u00f9 provenait sa propre couronne. Le 4 ao\u00fbt, \u00e0 Alcazarquivir, lors de la bataille dite des Trois Rois, son arm\u00e9e fut an\u00e9antie. Le roi mourut sans laisser d\u2019h\u00e9ritier, la cr\u00e8me de la cr\u00e8me de l\u2019aristocratie portugaise p\u00e9rit, et les soldats des tercios que Philippe II, son parent, lui avait envoy\u00e9s malgr\u00e9 son d\u00e9saccord avec cette folie, trouv\u00e8rent \u00e9galement la mort. Le Portugal, n\u00e9 d\u2019une d\u00e9faite marocaine d\u2019 e en 1086, perdait son ind\u00e9pendance \u00e0 cause d\u2019une autre t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 sur le sol marocain pr\u00e8s de cinq si\u00e8cles plus tard.<\/p>\n<p>E.W. Bovill, dans \u00ab The Battle of Alcazar \u00bb, nous dit que trois rois p\u00e9rirent, dont le roi S\u00e9bastien du Portugal. Et parmi d\u2019autres nobles, le duc d\u2019Aveiro, Crist\u00f3v\u00e3o de T\u00e1vora, les \u00e9v\u00eaques de Porto et de Coimbra, et bien d\u2019autres encore. Et parmi les milliers de prisonniers se trouvaient Juan de Silva, l\u2019ambassadeur espagnol, et le duc de Barcelos, etc.<\/p>\n<p>Les cons\u00e9quences furent impressionnantes. Philippe II revendiqua l\u2019h\u00e9ritage et, en 1580, il porta les deux couronnes ib\u00e9riques. L&rsquo;Espagne et le Portugal, ainsi que leurs deux empires, furent unis sous un seul sceptre. C&rsquo;est ainsi que naquit le plus grand empire que le monde ait jamais connu, un empire sur lequel, \u00e0 juste titre, le soleil ne se couchait jamais, quoi qu&rsquo;en disent les Britanniques, qui n&rsquo;arriveraient que bien plus tard et \u00e0 une \u00e9chelle bien moindre. Gr\u00e2ce \u00e0 cette union, le d\u00e9troit d\u2019Ormuz passa \u00e9galement aux mains des Espagnols, et la monarchie espagnole se retrouva \u00e0 d\u00e9tenir les deux cl\u00e9s du commerce mondial, celle de l\u2019Atlantique et celle de l\u2019oc\u00e9an Indien.<\/p>\n<p>Mais Ormuz fut \u00e0 la fois une cl\u00e9 et une mal\u00e9diction. Ce d\u00e9troit isol\u00e9, difficile \u00e0 approvisionner et encore plus difficile \u00e0 d\u00e9fendre, s\u2019est rapidement r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00eatre une plaie ouverte dans le flanc de l\u2019empire. Madrid, absorb\u00e9e par l\u2019Atlantique et par son bras de fer avec les Ottomans, ne l\u2019a jamais consid\u00e9r\u00e9 comme une priorit\u00e9 ; et lorsqu\u2019une alliance entre Perses et Britanniques s\u2019est abattue sur lui, la monarchie l\u2019a laiss\u00e9 tomber plut\u00f4t que de d\u00e9tourner des forces du c\u0153ur de son monde. La cl\u00e9 du Golfe a \u00e9chapp\u00e9 aux mains ib\u00e9riques.<\/p>\n<p>Avec elle s\u2019\u00e9chappa aussi un r\u00eave plus grand. Car au-del\u00e0 d\u2019Ormuz et des Philippines s\u2019\u00e9tendait l\u2019horizon ultime de l\u2019ambition imp\u00e9riale : la Chine, l\u2019empire le plus peupl\u00e9 et le plus riche de la terre, le but ultime de tous ceux qui avaient mis les voiles vers l\u2019Orient depuis que le Portugal avait ouvert la route. L&rsquo;Espagne en vint \u00e0 r\u00eaver de l&rsquo;atteindre, voire de la conqu\u00e9rir. C&rsquo;\u00e9tait une chim\u00e8re, bien s\u00fbr, impossible \u00e0 soutenir \u00e0 une telle distance et avec de tels moyens. Mais le r\u00eave exista, et son \u00e9vanouissement marque la limite exacte o\u00f9 la formidable \u00e9nergie n\u00e9e dans le d\u00e9sert saharien cinq si\u00e8cles plus t\u00f4t trouva, enfin, sa fronti\u00e8re. L&rsquo;\u00e9lan qui avait commenc\u00e9 avec l&rsquo;or du Ghana s&rsquo;\u00e9puisa aux portes de la Chine.<\/p>\n<p>Il y a dans toute cette histoire une le\u00e7on qu\u2019il convient de ne pas oublier. Ces puissances, les \u00e9mirs du d\u00e9sert, les navigateurs portugais, les chroniqueurs espagnols qui parcoururent l\u2019Afrique et l\u2019Orient, agissaient sur un monde qu\u2019ils connaissaient. Ils l\u2019avaient foul\u00e9, explor\u00e9 et endur\u00e9. Plus tard, lorsque l\u2019Occident s\u2019est \u00e0 nouveau enfonc\u00e9 dans le monde musulman et en Asie, il l\u2019a fait encore une fois gr\u00e2ce \u00e0 des hommes et des femmes qui le comprenaient : les Lawrence d\u2019 -Arabie, les Richard Burton, les grands voyageurs et voyageuses arabistes. Ils \u00e9taient aussi, ne l\u2019oublions pas, des agents de la domination ; mais derri\u00e8re chaque d\u00e9cision se cachait un savoir humain, incarn\u00e9, fruit de l\u2019exp\u00e9rience et de l\u2019\u00e9tude. Le pouvoir s\u2019exer\u00e7ait en ayant compris.<\/p>\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cela qui semble aujourd\u2019hui avoir disparu. Les dirigeants occidentaux, et pas seulement eux : ceux de Chine, de Russie et, au rythme o\u00f9 vont les choses, ceux de l\u2019Inde, semblent avoir oubli\u00e9 l\u2019histoire, comme si elle n\u2019avait plus aucun sens. Le monde ne se d\u00e9shumanise pas seulement : il commence \u00e0 \u00eatre gouvern\u00e9 par des algorithmes qui ne ressentent rien, qui calculent sans comprendre et d\u00e9cident sans avoir mis les pieds sur le terrain. Et alors on se demande ce qui est arriv\u00e9 aux \u00c9tats-Unis pour que ces jeunes scientifiques de la Silicon Valley qui allaient changer le monde se soient transform\u00e9s en empires d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 le dominer, \u00e0 le contr\u00f4ler et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, \u00e0 le d\u00e9truire. Nous sommes en train de cr\u00e9er un chaos absurde et le plus inqui\u00e9tant, c\u2019est que nous ne savons pas comment y rem\u00e9dier. Peut-\u00eatre parce que nous avons oubli\u00e9 ce qu\u2019une poign\u00e9e de guerriers du d\u00e9sert avaient compris il y a mille ans : que l\u2019histoire, lorsqu\u2019on l\u2019ignore, ne pardonne pas et finit toujours par faire payer le prix.<\/p>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-7905 size-large\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG-20260601-WA0000.jpg?resize=618%2C488&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"618\" height=\"488\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG-20260601-WA0000.jpg?resize=1024%2C808&amp;ssl=1 1024w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG-20260601-WA0000.jpg?resize=317%2C250&amp;ssl=1 317w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG-20260601-WA0000.jpg?w=1080&amp;ssl=1 1080w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><\/p>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-7903 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/8-b-Mapas-Imperiales-Imperio-Almohade1.jpg?resize=618%2C383&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"618\" height=\"383\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/8-b-Mapas-Imperiales-Imperio-Almohade1.jpg?w=800&amp;ssl=1 800w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/8-b-Mapas-Imperiales-Imperio-Almohade1.jpg?resize=403%2C250&amp;ssl=1 403w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><\/p>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-7904 size-full\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/8-a-Mapas-Imperiales-Imperio-Almoravide1.jpg?resize=519%2C600&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"519\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/8-a-Mapas-Imperiales-Imperio-Almoravide1.jpg?w=519&amp;ssl=1 519w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/8-a-Mapas-Imperiales-Imperio-Almoravide1.jpg?resize=216%2C250&amp;ssl=1 216w\" sizes=\"auto, (max-width: 519px) 100vw, 519px\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le pouvoir oubli\u00e9 du d\u00e9sert L&rsquo;histoire est souvent injuste envers les Almoravides. On se souvient d&rsquo;eux, quand on se souvient d&rsquo;eux, comme d&rsquo;une dynastie de guerriers fanatiques, aust\u00e8res et illettr\u00e9s, une parenth\u00e8se sombre entre la splendeur du califat de Cordoue et la culture raffin\u00e9e du royaume nasride. 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