{"id":7907,"date":"2026-06-01T11:46:50","date_gmt":"2026-06-01T10:46:50","guid":{"rendered":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=7907"},"modified":"2026-06-01T11:46:50","modified_gmt":"2026-06-01T10:46:50","slug":"le-monde-amazigh-2001-2026-vingt-cinq-ans-de-presse-militante-au-service-de-lidentite-amazighe-au-maroc-et-dans-tamazgha","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/le-monde-amazigh-2001-2026-vingt-cinq-ans-de-presse-militante-au-service-de-lidentite-amazighe-au-maroc-et-dans-tamazgha\/","title":{"rendered":"Le Monde Amazigh (2001\u20132026) : Vingt-cinq ans de presse militante au service de l&rsquo;identit\u00e9 amazighe au Maroc et dans Tamazgha"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_4424\" aria-describedby=\"caption-attachment-4424\" style=\"width: 188px\" class=\"wp-caption alignright\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4424\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?resize=188%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"188\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?resize=188%2C250&amp;ssl=1 188w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1.jpg?w=450&amp;ssl=1 450w\" sizes=\"auto, (max-width: 188px) 100vw, 188px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4424\" class=\"wp-caption-text\">Dr. Mohamed Chtatou<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Fond\u00e9 en 2001 \u00e0 Rabat, le journal Le Monde Amazigh s&rsquo;impose, \u00e0 l&rsquo;occasion de son vingt-cinqui\u00e8me anniversaire, comme un acteur central de la cause amazighe au Maroc et dans Tamazgha. Le pr\u00e9sent essai examine les conditions de son \u00e9mergence, son positionnement \u00e9ditorial entre militantisme et professionnalisme journalistique, ainsi que son r\u00f4le dans les grandes mutations institutionnelles de l&rsquo;amazighit\u00e9 (cr\u00e9ation de l&rsquo;IRCAM en 2001, officialisation constitutionnelle de 2011). Il explore \u00e9galement les d\u00e9fis structurels auxquels ce titre est confront\u00e9 dans un paysage m\u00e9diatique en pleine transformation num\u00e9rique, et interroge la durabilit\u00e9 d&rsquo;une presse engag\u00e9e port\u00e9e par des logiques associatives et civiques plut\u00f4t que commerciales.<\/p>\n<p><strong>1. Introduction<\/strong><\/p>\n<p>La fondation du journal Le Monde Amazigh en 2001 par les militants amazighs Rachid Raha et son \u00e9pouse Amina Ibnou-Cheikh s&rsquo;inscrit dans un contexte de recomposition des rapports entre l&rsquo;\u00c9tat marocain et le mouvement culturel amazigh. Depuis les ann\u00e9es 1960, ce mouvement avait d\u00e9velopp\u00e9 des strat\u00e9gies d&rsquo;autolimitation sous le r\u00e9gime de Hassan II, \u00e9vitant d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment l&rsquo;espace public pour \u00e9chapper \u00e0 la r\u00e9pression (Pouessel, 2012). Les arrestations de militants berb\u00e8res lors du d\u00e9fil\u00e9 du 1er mai 1994 \u00e0 Errachidia avaient cependant contraint la monarchie \u00e0 r\u00e9orienter son discours : le roi Hassan II avait alors reconnu la l\u00e9gitimit\u00e9 des \u00ab dialectes \u00bb comme composante de l&rsquo;authenticit\u00e9 nationale (Bettahar, 2012). \u00c0 partir de 1994, les associations amazighes commenc\u00e8rent \u00e0 investir de mani\u00e8re plus r\u00e9guli\u00e8re et revendicative la sc\u00e8ne m\u00e9diatique (Mouvement culturel amazigh, Wikipedia, 2025). C&rsquo;est dans ce sillage que na\u00eet Le Monde Amazigh, l&rsquo;ann\u00e9e m\u00eame o\u00f9 le Roi Mohammed VI cr\u00e9e l&rsquo;Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM) par dahir royal du 17 octobre 2001, signalant une reconnaissance institutionnelle in\u00e9dite de l&rsquo;amazighit\u00e9 (Institut royal de la culture amazighe, Wikipedia, 2025).<\/p>\n<p>La co\u00efncidence chronologique entre la naissance du journal et celle de l&rsquo;IRCAM n&rsquo;est pas fortuite : elle t\u00e9moigne d&rsquo;un moment charni\u00e8re o\u00f9 la soci\u00e9t\u00e9 civile amazighe et l&rsquo;\u00c9tat marocain engagent, bien qu&rsquo;\u00e0 partir de logiques diff\u00e9rentes, une revalorisation simultan\u00e9e de l&rsquo;h\u00e9ritage berb\u00e8re. Cet essai se propose d&rsquo;analyser, \u00e0 travers le prisme de Le Monde Amazigh, les ressorts d&rsquo;une presse militante qui a travers\u00e9 un quart de si\u00e8cle d&rsquo;histoire politique et culturelle complexe, en combinant engagement identitaire, pluralisme \u00e9ditorial et professionnalisation progressive.<\/p>\n<p><strong>2. Gen\u00e8se et contexte : une presse n\u00e9e de l&rsquo;urgence militante<\/strong><\/p>\n<p>La cr\u00e9ation de Le Monde Amazigh intervient dans une fen\u00eatre d&rsquo;opportunit\u00e9 politique ouverte par la lib\u00e9ralisation relative du champ m\u00e9diatique marocain au tournant des ann\u00e9es 2000 et par la mont\u00e9e en puissance des revendications linguistiques amazighes. Le mouvement culturel amazigh au Maroc, initi\u00e9 d\u00e8s 1967 par l&rsquo;Association marocaine de recherche et d&rsquo;\u00e9changes culturels (AMREC) \u00e0 Rabat, avait progressivement \u00e9labor\u00e9 un r\u00e9pertoire d&rsquo;action collective fond\u00e9 sur la recherche, l&rsquo;\u00e9dition et la sensibilisation (Mouvement culturel amazigh, Wikipedia, 2025). Les ann\u00e9es 1990 marquent un tournant : face \u00e0 la mondialisation et \u00e0 l&rsquo;affirmation des droits des minorit\u00e9s dans les forums internationaux, les associations amazighes articulent d\u00e9sormais leurs revendications en termes de droits culturels et linguistiques dans le cadre d&rsquo;une citoyennet\u00e9 d\u00e9mocratique (Bettahar, 2012).<\/p>\n<p>Dans ce contexte, l&rsquo;absence d&rsquo;un organe de presse sp\u00e9cifiquement consacr\u00e9 \u00e0 la cause amazighe repr\u00e9sentait un manque strat\u00e9gique. Le Monde Amazigh est con\u00e7u pour combler ce vide : informer en fran\u00e7ais, arabe et amazigh sur les revendications amazighes, tout en \u00e9tant accessible aux intellectuels, chercheurs, \u00e9tudiants et d\u00e9cideurs non amazighophones. D\u00e8s ses premi\u00e8res parutions, le journal se distingue par son ind\u00e9pendance revendiqu\u00e9e, son pluralisme et son ouverture aux d\u00e9bats d\u00e9mocratiques (Le Monde Amazigh, 2026). Il se positionne \u00e0 l&rsquo;intersection du militantisme culturel et d&rsquo;une certaine conception lib\u00e9rale de l&rsquo;espace public, proche en cela des mod\u00e8les de presse alternative d\u00e9velopp\u00e9s par d&rsquo;autres minorit\u00e9s linguistiques dans le monde (Fishman, 1991).<\/p>\n<p>Il est notable que le journal \u00e9merge la m\u00eame ann\u00e9e que l&rsquo;IRCAM, mais selon une logique fondamentalement distincte. L\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;IRCAM est une institution d&rsquo;\u00c9tat \u2014 dot\u00e9e d&rsquo;une autonomie administrative et financi\u00e8re, mais plac\u00e9e sous le haut patronage royal (IRCAM, 2001) \u2014 Le Monde Amazigh incarne la soci\u00e9t\u00e9 civile autonome, non inf\u00e9od\u00e9e aux orientations gouvernementales. Cette dualit\u00e9 entre institutionnalisation par le haut et mobilisation par le bas constitue l&rsquo;une des tensions structurantes du paysage amazighe contemporain.<\/p>\n<p><strong>3. Entre militantisme et professionnalisme : le mod\u00e8le \u00e9ditorial du journal<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;une des caract\u00e9ristiques les plus remarquables du journal Le Monde Amazigh r\u00e9side dans sa capacit\u00e9 \u00e0 conjuguer des imp\u00e9ratifs apparemment contradictoires : le militantisme identitaire et les exigences du journalisme professionnel. Cette tension, loin d&rsquo;\u00eatre paralysante, constitue le c\u0153ur de son identit\u00e9 \u00e9ditoriale. Comme l&rsquo;ont analys\u00e9 diverses \u00e9tudes sur les m\u00e9dias des minorit\u00e9s, la cr\u00e9dibilit\u00e9 d&rsquo;une presse engag\u00e9e repose pr\u00e9cis\u00e9ment sur sa capacit\u00e9 \u00e0 transcender la propagande pour produire une information v\u00e9rifiable et pluraliste (Riggins, 1992).<\/p>\n<p>Sur le plan th\u00e9matique, le journal couvre un spectre large : histoire et arch\u00e9ologie amazighes, linguistique et standardisation de tamazight, arts et litt\u00e9rature berb\u00e8res, actualit\u00e9 politique des droits culturels, analyses compar\u00e9es des situations amazighes en Alg\u00e9rie, au Mali, en Libye et dans la diaspora. Cette amplitude g\u00e9ographique est significative : elle manifeste une conscience pan-amazighe qui d\u00e9passe les fronti\u00e8res nationales pour embrasser l&rsquo;ensemble de Tamazgha, cet espace conceptuel qui, selon le Congr\u00e8s Mondial Amazigh, s&rsquo;\u00e9tend de Siwa en \u00c9gypte jusqu&rsquo;aux \u00eeles Canaries et de la M\u00e9diterran\u00e9e au fleuve Niger (Shs.cairn.info, 2024).<\/p>\n<p>Sur le plan des sources et des contributeurs, Le Monde Amazigh a su constituer un r\u00e9seau de collaborateurs compos\u00e9 d&rsquo;universitaires, d&rsquo;\u00e9crivains, de militants associatifs et de journalistes professionnels. Cette pluralit\u00e9 de voix conf\u00e8re au journal une richesse analytique et \u00e9vite l&rsquo;enfermement dans un discours monolithique. Le journal s&rsquo;est ainsi impos\u00e9 comme une r\u00e9f\u00e9rence bibliographique cit\u00e9e dans les travaux acad\u00e9miques consacr\u00e9s \u00e0 la question amazighe (Amazighnews, 2013). En constituant une archive documentaire de la vie politique et culturelle amazighe sur vingt-cinq ans, il remplit une fonction m\u00e9morielle qui transcende celle d&rsquo;un simple titre de presse.<\/p>\n<p><strong>4. Le journal face aux grandes ruptures institutionnelles (2001\u20132011)<\/strong><\/p>\n<p>La premi\u00e8re d\u00e9cennie du journal est marqu\u00e9e par deux \u00e9v\u00e9nements institutionnels majeurs qui transforment profond\u00e9ment le cadre dans lequel s&rsquo;inscrit son action.<\/p>\n<p>Le premier est la cr\u00e9ation de l&rsquo;IRCAM le 17 octobre 2001. Institu\u00e9 par le dahir n\u00b0 1-01-299, cet organisme public \u00e0 autonomie administrative et financi\u00e8re re\u00e7oit pour mission de contribuer \u00e0 la pr\u00e9servation et \u00e0 la promotion de la culture amazighe dans les domaines de l&rsquo;\u00e9ducation, de l&rsquo;information et de la vie publique (Cairn.info, 2003 ; IRCAM, 2001). Pour Le Monde Amazigh, la cr\u00e9ation de l&rsquo;IRCAM repr\u00e9sente \u00e0 la fois une victoire symbolique du mouvement amazigh et un d\u00e9fi \u00e9ditorial : comment maintenir une posture critique face \u00e0 une institution royale qui revendique d\u00e9sormais la m\u00eame mission de valorisation culturelle ? Le journal navigue d\u00e8s lors entre la reconnaissance de cette avanc\u00e9e et la vigilance face \u00e0 ce que certains militants per\u00e7oivent comme une tentative de neutralisation du mouvement par son institutionnalisation (Pouessel, 2012).<\/p>\n<p>Le second tournant est la Constitution de 2011. Dans le contexte du Printemps arabe et des manifestations du Mouvement du 20 f\u00e9vrier, le Roi Mohammed VI proc\u00e8de \u00e0 une r\u00e9forme constitutionnelle qui inclut, dans son article 5, la reconnaissance de l&rsquo;amazighe comme langue officielle de l&rsquo;\u00c9tat, d\u00e9finie comme \u00ab un patrimoine commun \u00e0 tous les Marocains sans exception \u00bb (Constitution du Royaume du Maroc, 2011). Cette cons\u00e9cration historique est le fruit de d\u00e9cennies de revendications que Le Monde Amazigh a contribu\u00e9 \u00e0 relayer et \u00e0 amplifier. Comme le soulignent des acteurs associatifs amazighs, cette constitutionnalisation est une \u00ab d\u00e9cision historique \u00bb porteuse d&rsquo;une forte charge symbolique qui refl\u00e8te la pluralit\u00e9 du Maroc (CCME, 2013).<\/p>\n<p>Toutefois, la constitutionnalisation de l&rsquo;amazighe ouvre une nouvelle phase, plus complexe : celle de la mise en \u0153uvre effective du statut officiel de la langue. La loi organique pr\u00e9vue par l&rsquo;article 5 tarde \u00e0 \u00eatre adopt\u00e9e, suscitant une impatience croissante dans les milieux militants (Yabiladi, 2013). Le Monde Amazigh devient alors un espace de veille critique, documentant les avanc\u00e9es et les retards de cette mise en application dans les secteurs de l&rsquo;enseignement, de l&rsquo;administration et des m\u00e9dias.<\/p>\n<p><strong>5. D\u00e9fis structurels : financement, audience et transition num\u00e9rique<\/strong><\/p>\n<p>La p\u00e9rennit\u00e9 de Le Monde Amazigh sur vingt-cinq ans constitue en soi une performance dans un contexte m\u00e9diatique marocain marqu\u00e9 par la pr\u00e9carit\u00e9 \u00e9conomique de la presse ind\u00e9pendante. Comme la majorit\u00e9 des titres militants ou minoritaires, le journal est confront\u00e9 \u00e0 des difficult\u00e9s chroniques de financement. La publicit\u00e9 commerciale demeure insuffisante pour assurer l&rsquo;\u00e9quilibre \u00e9conomique d&rsquo;un titre dont l&rsquo;audience, bien que fid\u00e8le et qualifi\u00e9e, reste quantitativement limit\u00e9e par rapport aux grands quotidiens g\u00e9n\u00e9ralistes (Aujourd&rsquo;hui le Maroc, 2021).<\/p>\n<p>La question du mod\u00e8le \u00e9conomique est d&rsquo;autant plus pr\u00e9gnante que le paysage m\u00e9diatique mondial traverse une crise structurelle li\u00e9e \u00e0 la num\u00e9risation des pratiques informationnelles. La presse papier perd des lecteurs au profit des plateformes num\u00e9riques, des r\u00e9seaux sociaux et des blogs. Pour Le Monde Amazigh, ce d\u00e9fi est double : il faut non seulement adapter les formats \u00e9ditoriaux aux nouveaux modes de consommation de l&rsquo;information, mais aussi accompagner la production de contenus amazighs num\u00e9riques dans un \u00e9cosyst\u00e8me encore domin\u00e9 par l&rsquo;arabe et le fran\u00e7ais. Le d\u00e9veloppement d&rsquo;une pr\u00e9sence en ligne via le site amadalamazigh.press.ma illustre cette transition, mais la viabilit\u00e9 \u00e9conomique du mod\u00e8le num\u00e9rique reste incertaine (Le Monde Amazigh, 2026).<\/p>\n<p>Par ailleurs, la question de l&rsquo;audience soul\u00e8ve des enjeux plus profonds li\u00e9s \u00e0 la situation sociolinguistique de l&rsquo;amazighe au Maroc. Si la langue amazighe b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;une reconnaissance constitutionnelle, sa pratique \u00e0 l&rsquo;\u00e9crit demeure minoritaire, notamment en raison du faible taux d&rsquo;alphab\u00e9tisation en tifinagh. Un journal en fran\u00e7ais et arabe sur la cause amazighe atteint davantage les \u00e9lites intellectuelles et la diaspora que les locuteurs quotidiens de tamazight, ce qui cr\u00e9e une forme de paradoxe dans la mission de popularisation culturelle du titre.<\/p>\n<p><strong>6. Fonction m\u00e9morielle et contribution \u00e0 la renaissance culturelle amazighe<\/strong><\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de sa fonction informative et militante, Le Monde Amazigh remplit une mission m\u00e9morielle d&rsquo;une importance capitale. En documentant syst\u00e9matiquement les \u00e9v\u00e9nements, les d\u00e9bats, les cr\u00e9ations et les mobilisations du mouvement amazigh marocain depuis 2001, le journal constitue une archive unique de la m\u00e9moire collective d&rsquo;une communaut\u00e9 culturelle qui a longtemps souffert d&rsquo;effacement historiographique. Cette fonction rejoint ce que l&rsquo;historienne Mona Ozouf nomme la \u00ab conscience m\u00e9morielle \u00bb d&rsquo;une communaut\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire sa capacit\u00e9 \u00e0 se raconter \u00e0 elle-m\u00eame \u00e0 travers des supports m\u00e9diatiques (Ozouf, 1992).<\/p>\n<p>La contribution du journal \u00e0 la renaissance culturelle amazighe se manifeste \u00e9galement dans sa couverture des arts, de la litt\u00e9rature et de la musique amazighes. En donnant une tribune aux po\u00e8tes, romanciers, cin\u00e9astes et musiciens qui s&rsquo;expriment en tamazight ou sur des th\u00e8mes amazighs, Le Monde Amazigh participe \u00e0 la construction d&rsquo;un march\u00e9 culturel amazighe embryonnaire et \u00e0 la l\u00e9gitimation d&rsquo;une production artistique longtemps cantonn\u00e9e \u00e0 la sph\u00e8re domestique. La valorisation de la langue amazighe, notamment \u00e0 travers la musique et la litt\u00e9rature, repr\u00e9sente en effet l&rsquo;un des leviers les plus puissants de transmission identitaire, comme l&rsquo;illustre la trajectoire d&rsquo;artistes tels qu&rsquo;Idir en Kabylie ou les groupes Imazighene et Izenzarene au Maroc (Le Monde Amazigh \/ amadalamazigh.press.ma, 2025).<\/p>\n<p>En 2026, alors que l&rsquo;Assembl\u00e9e Mondiale Amazighe interpelle encore le parlement marocain sur les obstacles \u00e0 la mise en \u0153uvre du statut officiel de la langue (Le Monde Amazigh, 2026), le journal demeure un observatoire irrempla\u00e7able des tensions entre les promesses constitutionnelles et les r\u00e9alit\u00e9s institutionnelles. Cette persistance vigilante est peut-\u00eatre la d\u00e9finition la plus juste d&rsquo;un journalisme engag\u00e9 qui dure.<\/p>\n<p><strong>7. Conclusion<\/strong><\/p>\n<p>Au terme de cet examen, Le Monde Amazigh appara\u00eet comme bien plus qu&rsquo;un organe de presse : il est le sympt\u00f4me et l&rsquo;instrument d&rsquo;une transformation profonde de la place de l&rsquo;amazighit\u00e9 dans la vie publique marocaine. En vingt-cinq ans, il a accompagn\u00e9, document\u00e9 et parfois anticip\u00e9 les grandes mutations d&rsquo;un mouvement qui est pass\u00e9 de la clandestinit\u00e9 militante \u00e0 la reconnaissance constitutionnelle, sans pour autant renoncer \u00e0 sa vigilance critique face aux pouvoirs publics.<\/p>\n<p>Sa long\u00e9vit\u00e9 dans un environnement m\u00e9diatique hostile \u2014 marqu\u00e9 par la pr\u00e9carit\u00e9 financi\u00e8re, la concurrence des grands titres g\u00e9n\u00e9ralistes et la r\u00e9volution num\u00e9rique \u2014 t\u00e9moigne de la force d&rsquo;une demande sociale pour une information ancr\u00e9e dans les sp\u00e9cificit\u00e9s culturelles et politiques amazighes. Elle atteste \u00e9galement de la capacit\u00e9 du mouvement civil amazighe \u00e0 produire et \u00e0 entretenir ses propres espaces d&rsquo;expression autonome, condition n\u00e9cessaire de toute d\u00e9mocratie culturelle authentique (Riggins, 1992 ; Fishman, 1991).<\/p>\n<p>Les d\u00e9fis qui attendent le journal au tournant de son deuxi\u00e8me quart de si\u00e8cle sont consid\u00e9rables : consolider la transition num\u00e9rique, \u00e9largir son lectorat au-del\u00e0 des cercles militants, et maintenir une ind\u00e9pendance \u00e9ditoriale dans un contexte o\u00f9 l&rsquo;institutionnalisation progressive de l&rsquo;amazighit\u00e9 risque de brouiller les fronti\u00e8res entre la parole officielle et la parole civique. C&rsquo;est \u00e0 cette condition que Le Monde Amazigh pourra continuer d&rsquo;\u00eatre, comme l&rsquo;\u00e9nonce son propre sous-titre programmatique, \u00ab un monde de libert\u00e9, de pluralisme et de d\u00e9mocratie \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Bibliographie<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>Assembl\u00e9e Mondiale Amazighe. (2026, mai). L&rsquo;Assembl\u00e9e Mondiale Amazighe demande au parlement marocain la r\u00e9activation du dossier amazigh. Le Monde Amazigh. https:\/\/amadalamazigh.press.ma<\/li>\n<li>Aujourd&rsquo;hui le Maroc. (2021). Une premi\u00e8re pour \u00ab Le Monde Amazigh \u00bb. https:\/\/aujourdhui.ma\/?p=12048<\/li>\n<li>Bettahar, Y. (2012). Le mouvement amazigh au Maroc : D\u00e9fense d&rsquo;une identit\u00e9 culturelle, revendication du droit des minorit\u00e9s ou alternative politique ? Insaniyat, 55\u201356, 23\u201348. https:\/\/journals.openedition.org\/insaniyat\/8325<\/li>\n<li>Cairn.info. (2003). Pr\u00e9sentation de l&rsquo;Institut Royal de la Culture Amazighe. \u00c9tudes et documents berb\u00e8res, 21, 213\u2013220. https:\/\/shs.cairn.info\/revue-etudes-et-documents-berberes-2003-1-page-213<\/li>\n<li>Conseil consultatif des Marocains de l&rsquo;\u00e9tranger (CCME). (2013, janvier). La constitutionnalisation de la langue amazighe : des acteurs associatifs amazighs soulignent une \u00ab d\u00e9cision historique \u00bb. https:\/\/www.ccme.org.ma\/fr\/medias-et-migration\/13620<\/li>\n<li>Constitution du Royaume du Maroc. (2011, juillet 1). Bulletin officiel n\u00b0 5964 bis. https:\/\/mjp.univ-perp.fr\/constit\/ma2011.htm<\/li>\n<li>Fishman, J. A. (1991). Reversing language shift: Theoretical and empirical foundations of assistance to threatened languages. Multilingual Matters.<\/li>\n<li>Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM). (2001). Pr\u00e9sentation de l&rsquo;IRCAM. https:\/\/www.ircam.ma\/fr\/ircam\/presentation-de-ircam<\/li>\n<li>Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM). (2011). Constitution du Royaume : L&rsquo;article 5 et la langue amazighe. https:\/\/www.ircam.ma\/fr\/textes-fondateurs\/constitution-du-royaume<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9sum\u00e9 Fond\u00e9 en 2001 \u00e0 Rabat, le journal Le Monde Amazigh s&rsquo;impose, \u00e0 l&rsquo;occasion de son vingt-cinqui\u00e8me anniversaire, comme un acteur central de la cause amazighe au Maroc et dans Tamazgha. 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