{"id":8221,"date":"2026-07-03T20:24:13","date_gmt":"2026-07-03T19:24:13","guid":{"rendered":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=8221"},"modified":"2026-07-03T20:24:13","modified_gmt":"2026-07-03T19:24:13","slug":"maroc-etats-unis-250-ans-damitie-de-respect-et-de-cooperation-1777-2027","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/maroc-etats-unis-250-ans-damitie-de-respect-et-de-cooperation-1777-2027\/","title":{"rendered":"Maroc\u2013\u00c9tats-Unis : 250 ans d&rsquo;amiti\u00e9, de respect et de coop\u00e9ration (1777\u20132027)"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_4424\" aria-describedby=\"caption-attachment-4424\" style=\"width: 405px\" class=\"wp-caption alignright\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4424\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1-e1782134465743-405x250.jpg?resize=405%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"405\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1-e1782134465743.jpg?resize=405%2C250&amp;ssl=1 405w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1-e1782134465743.jpg?w=450&amp;ssl=1 450w\" sizes=\"auto, (max-width: 405px) 100vw, 405px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4424\" class=\"wp-caption-text\"><span style=\"color: #000080;\"><strong>Dr. Mohamed Chtatou<\/strong><\/span><\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Introduction<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;ann\u00e9e 2027 marquera les deux cent cinquanti\u00e8mes anniversaires de l&rsquo;un des partenariats diplomatiques les plus remarquables de l&rsquo;histoire moderne : celui qui unit le Royaume du Maroc et les \u00c9tats-Unis d&rsquo;Am\u00e9rique. Peu de relations bilat\u00e9rales peuvent se pr\u00e9valoir d&rsquo;une telle long\u00e9vit\u00e9, d&rsquo;une telle continuit\u00e9 et d&rsquo;une telle capacit\u00e9 d&rsquo;adaptation aux bouleversements du syst\u00e8me international. Depuis que le Sultan Sidi Mohammed Ben Abdallah (Mohammed III) d\u00e9cida, en d\u00e9cembre 1777, d&rsquo;ouvrir les ports marocains aux navires battant pavillon am\u00e9ricain, le Maroc est devenu le premier \u00c9tat au monde \u00e0 reconna\u00eetre de facto l&rsquo;ind\u00e9pendance des \u00c9tats-Unis, alors m\u00eame que la guerre d&rsquo;ind\u00e9pendance contre la Grande-Bretagne \u00e9tait encore en cours (Miller, 2013 ; Parker, 1983).<\/p>\n<p>Cet acte fondateur ne relevait ni du hasard ni d&rsquo;une simple opportunit\u00e9 commerciale. Il s&rsquo;inscrivait dans une vision strat\u00e9gique de long terme. Le souverain alaouite, profond\u00e9ment conscient de l&rsquo;\u00e9volution des rapports de force dans l&rsquo;espace atlantique, comprit tr\u00e8s t\u00f4t que la naissance d&rsquo;une nouvelle puissance maritime offrait au Maroc la possibilit\u00e9 de diversifier ses partenaires \u00e9conomiques et diplomatiques, tout en affirmant sa souverainet\u00e9 face aux ambitions concurrentes des puissances europ\u00e9ennes (Pennell, 2000).<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 am\u00e9ricain, cette reconnaissance rev\u00eatait une importance consid\u00e9rable. La jeune R\u00e9publique, isol\u00e9e sur le plan diplomatique, cherchait \u00e0 obtenir la reconnaissance internationale indispensable \u00e0 sa survie politique et \u00e9conomique. Le geste marocain fut accueilli avec gratitude par les dirigeants am\u00e9ricains, inaugurant une relation fond\u00e9e sur le respect mutuel plut\u00f4t que sur la domination ou la d\u00e9pendance. Comme le souligne le D\u00e9partement d&rsquo;\u00c9tat am\u00e9ricain, <strong>le trait\u00e9 conclu avec le Maroc demeure aujourd&rsquo;hui le plus ancien trait\u00e9 international des \u00c9tats-Unis encore en vigueur<\/strong>, symbole exceptionnel de la permanence des liens entre les deux pays (U.S. Department of State, Office of the Historian, n.d.).<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 nombre d&rsquo;alliances forg\u00e9es dans les circonstances exceptionnelles d&rsquo;un conflit ou d&rsquo;un \u00e9quilibre de puissance \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, les relations maroco-am\u00e9ricaines se sont d\u00e9velopp\u00e9es progressivement autour d&rsquo;int\u00e9r\u00eats convergents qui n&rsquo;ont cess\u00e9 d&rsquo;\u00e9voluer. Au XVIII\u1d49 si\u00e8cle, il s&rsquo;agissait essentiellement de garantir la s\u00e9curit\u00e9 de la navigation commerciale dans l&rsquo;Atlantique et en M\u00e9diterran\u00e9e. Au XIX\u1d49 si\u00e8cle, les \u00e9changes commerciaux et diplomatiques se consolid\u00e8rent. Au XX\u1d49 si\u00e8cle, les deux pays se retrouv\u00e8rent alli\u00e9s pendant la Seconde Guerre mondiale avant de d\u00e9velopper une coop\u00e9ration strat\u00e9gique durant la Guerre froide. Au XXI\u1d49 si\u00e8cle enfin, cette relation s&rsquo;est \u00e9largie aux domaines de la s\u00e9curit\u00e9 r\u00e9gionale, de la lutte contre le terrorisme, du commerce, des investissements, de l&rsquo;\u00e9nergie, de l&rsquo;enseignement sup\u00e9rieur, de la transition \u00e9nerg\u00e9tique, de la stabilit\u00e9 du Sahel et de la coop\u00e9ration en Afrique.<\/p>\n<p>Cette remarquable continuit\u00e9 distingue les relations maroco-am\u00e9ricaines de nombreuses autres relations internationales. Alors que les alliances changent au gr\u00e9 des crises g\u00e9opolitiques, le partenariat entre Rabat et Washington repose sur un h\u00e9ritage historique solidement enracin\u00e9, r\u00e9guli\u00e8rement renouvel\u00e9 par les dirigeants des deux pays.<\/p>\n<p>Comme l&rsquo;observe Susan Gilson Miller (2013), le Maroc a toujours privil\u00e9gi\u00e9 une diplomatie pragmatique, fond\u00e9e sur la recherche d&rsquo;un \u00e9quilibre entre ouverture internationale et pr\u00e9servation de sa souverainet\u00e9. Cette constante explique largement pourquoi les relations avec les \u00c9tats-Unis ont travers\u00e9 sans rupture les changements de r\u00e9gimes politiques am\u00e9ricains, les transformations de l&rsquo;ordre international et les mutations profondes de la politique mondiale.<\/p>\n<p>Cette permanence est \u00e9galement le reflet de la remarquable stabilit\u00e9 institutionnelle du Royaume. Depuis plus de trois si\u00e8cles, la monarchie alaouite assure une continuit\u00e9 de l&rsquo;\u00c9tat qui constitue l&rsquo;un des principaux facteurs explicatifs de la politique \u00e9trang\u00e8re marocaine. De Mohammed III \u00e0 Sa Majest\u00e9 le Roi Mohammed VI, chaque souverain a entretenu les liens avec Washington en les adaptant aux enjeux de son \u00e9poque, sans jamais remettre en cause les fondements du partenariat.<\/p>\n<p>Au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, cette relation s&rsquo;est enrichie d&rsquo;une nouvelle dimension africaine. Les \u00c9tats-Unis consid\u00e8rent d\u00e9sormais le Maroc comme un partenaire essentiel dans la stabilit\u00e9 du continent africain, notamment en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9, de lutte contre l&rsquo;extr\u00e9misme violent, de d\u00e9veloppement \u00e9conomique et de coop\u00e9ration religieuse. Les initiatives marocaines en Afrique de l&rsquo;Ouest et au Sahel \u2014 formation des imams, coop\u00e9ration Sud-Sud, Initiative Atlantique africaine et soutien au d\u00e9veloppement des \u00c9tats sah\u00e9liens \u2014 illustrent cette \u00e9volution (Chtatou, 2019, 2023).<\/p>\n<p>Dans cette perspective, le partenariat maroco-am\u00e9ricain d\u00e9passe aujourd&rsquo;hui le cadre strictement bilat\u00e9ral. Il constitue un v\u00e9ritable levier g\u00e9ostrat\u00e9gique reliant l&rsquo;Europe, l&rsquo;Afrique et l&rsquo;espace atlantique, tout en contribuant \u00e0 la stabilit\u00e9 de l&rsquo;ensemble de la r\u00e9gion euro-africaine.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sent article entend montrer que les deux cent cinquante ann\u00e9es d&rsquo;amiti\u00e9 entre le Maroc et les \u00c9tats-Unis ne rel\u00e8vent pas d&rsquo;une simple continuit\u00e9 diplomatique. Elles t\u00e9moignent de la capacit\u00e9 de deux \u00c9tats, profond\u00e9ment diff\u00e9rents par leur histoire, leur culture et leur syst\u00e8me politique, \u00e0 construire une relation fond\u00e9e sur la confiance, le respect mutuel et la convergence d&rsquo;int\u00e9r\u00eats strat\u00e9giques. De la reconnaissance de l&rsquo;ind\u00e9pendance am\u00e9ricaine en 1777 \u00e0 la coop\u00e9ration multidimensionnelle du XXI\u1d49 si\u00e8cle, cette relation illustre l&rsquo;une des plus remarquables r\u00e9ussites de la diplomatie internationale moderne.<\/p>\n<ol>\n<li><strong> Le Maroc, premier \u00c9tat \u00e0 reconna\u00eetre les \u00c9tats-Unis : la vision g\u00e9opolitique de Sidi Mohammed Ben Abdallah<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>L&rsquo;histoire des relations maroco-am\u00e9ricaines trouve son origine dans un acte diplomatique d&rsquo;une port\u00e9e exceptionnelle qui continue, pr\u00e8s de deux si\u00e8cles et demi plus tard, \u00e0 distinguer le Royaume du Maroc dans l&rsquo;histoire des \u00c9tats-Unis. Le 20 d\u00e9cembre 1777, alors que la guerre d&rsquo;Ind\u00e9pendance am\u00e9ricaine (1775-1783) faisait encore rage et que l&rsquo;issue du conflit demeurait incertaine, le Sultan alaouite <strong>Sidi Mohammed Ben Abdallah (Mohammed III)<\/strong> prit la d\u00e9cision d&rsquo;autoriser les navires battant pavillon am\u00e9ricain \u00e0 acc\u00e9der librement aux ports marocains et \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier de la protection de son royaume. Cette mesure constituait la premi\u00e8re reconnaissance souveraine de la jeune R\u00e9publique am\u00e9ricaine par un chef d&rsquo;\u00c9tat \u00e9tranger, pr\u00e9c\u00e9dant de plusieurs semaines la reconnaissance officielle fran\u00e7aise issue des trait\u00e9s de 1778.<\/p>\n<p>Cette initiative ne r\u00e9sultait nullement d&rsquo;un simple geste de sympathie envers les insurg\u00e9s am\u00e9ricains. Elle traduisait la remarquable capacit\u00e9 du souverain marocain \u00e0 anticiper les transformations de l&rsquo;ordre international. D\u00e8s le milieu du XVIII\u1d49 si\u00e8cle, Mohammed III avait entrepris un vaste programme de modernisation \u00e9conomique et diplomatique destin\u00e9 \u00e0 renforcer la position du Maroc dans le commerce atlantique. La fondation du port d&rsquo;Essaouira (Mogador), la r\u00e9organisation des \u00e9changes commerciaux et l&rsquo;ouverture vers de nouveaux partenaires t\u00e9moignaient d\u00e9j\u00e0 d&rsquo;une politique \u00e9trang\u00e8re fond\u00e9e sur le pragmatisme \u00e9conomique plut\u00f4t que sur les rivalit\u00e9s confessionnelles ou id\u00e9ologiques (Pennell, 2000 ; Miller, 2013).<\/p>\n<p>Comme l&rsquo;observe Susan Gilson Miller (2013), Mohammed III fut l&rsquo;un des souverains les plus r\u00e9formateurs de la dynastie alaouite. Son objectif consistait \u00e0 pr\u00e9server l&rsquo;ind\u00e9pendance du Maroc face aux ambitions coloniales europ\u00e9ennes tout en int\u00e9grant davantage le royaume dans les circuits commerciaux internationaux. Dans cette perspective, la naissance des \u00c9tats-Unis repr\u00e9sentait moins une r\u00e9volution politique qu&rsquo;une opportunit\u00e9 strat\u00e9gique de diversification des partenaires commerciaux.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin du XVIII\u1d49 si\u00e8cle, l&rsquo;espace atlantique connaissait une profonde recomposition. La puissance britannique demeurait dominante, mais l&rsquo;\u00e9mergence des \u00c9tats-Unis annon\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 une redistribution progressive des \u00e9quilibres \u00e9conomiques. En reconnaissant les nouveaux \u00c9tats-Unis avant m\u00eame la signature du trait\u00e9 de Paris de 1783, le Sultan marocain d\u00e9montrait une compr\u00e9hension remarquable des \u00e9volutions g\u00e9opolitiques de son temps. Son initiative illustrait \u00e9galement une constante de la diplomatie marocaine : privil\u00e9gier les int\u00e9r\u00eats permanents de l&rsquo;\u00c9tat plut\u00f4t que les alliances circonstancielles.<\/p>\n<p>Les motivations marocaines \u00e9taient \u00e9galement commerciales. Depuis plusieurs d\u00e9cennies, le Maroc entretenait d&rsquo;importants \u00e9changes avec les puissances maritimes europ\u00e9ennes. Or l&rsquo;ind\u00e9pendance am\u00e9ricaine faisait appara\u00eetre un nouveau partenaire potentiel, susceptible de contribuer au d\u00e9veloppement des ports marocains tout en r\u00e9duisant la d\u00e9pendance \u00e9conomique du Royaume vis-\u00e0-vis de l&rsquo;Europe. L&rsquo;ouverture des ports marocains aux navires am\u00e9ricains r\u00e9pondait ainsi \u00e0 une logique \u00e9conomique autant que diplomatique (Irwin, 1931 ; Parker, 1983).<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 am\u00e9ricain, la situation \u00e9tait particuli\u00e8rement d\u00e9licate. La jeune R\u00e9publique ne disposait ni d&rsquo;une marine de guerre capable d&rsquo;assurer la s\u00e9curit\u00e9 de son commerce international ni d&rsquo;un r\u00e9seau diplomatique suffisamment d\u00e9velopp\u00e9 pour prot\u00e9ger ses int\u00e9r\u00eats outre-mer. Les marchands am\u00e9ricains recherchaient donc activement des accords avec les puissances m\u00e9diterran\u00e9ennes afin de garantir la libre circulation de leurs navires.<\/p>\n<p>La d\u00e9cision du Sultan rev\u00eatait, dans ce contexte, une importance consid\u00e9rable. En autorisant officiellement les navires am\u00e9ricains \u00e0 fr\u00e9quenter les ports marocains et en leur accordant la protection du souverain, le Maroc offrait aux \u00c9tats-Unis une premi\u00e8re forme de l\u00e9gitimit\u00e9 internationale. Cette reconnaissance contribua \u00e0 renforcer la cr\u00e9dibilit\u00e9 diplomatique de la nouvelle R\u00e9publique \u00e0 un moment o\u00f9 celle-ci cherchait encore \u00e0 consolider son existence sur la sc\u00e8ne internationale.<\/p>\n<p>Cette politique d&rsquo;ouverture s&rsquo;inscrivait \u00e9galement dans une longue tradition diplomatique marocaine. Depuis plusieurs si\u00e8cles, le Maroc entretenait des relations avec les principales puissances maritimes europ\u00e9ennes \u00e0 travers des trait\u00e9s garantissant la s\u00e9curit\u00e9 des \u00e9changes commerciaux. Mohammed III choisit d&rsquo;\u00e9tendre cette politique aux \u00c9tats-Unis naissants, consid\u00e9rant ceux-ci comme un partenaire commercial appel\u00e9 \u00e0 jouer un r\u00f4le croissant dans l&rsquo;\u00e9conomie atlantique.<\/p>\n<p>L&rsquo;ouverture des ports marocains fut bient\u00f4t suivie par des n\u00e9gociations destin\u00e9es \u00e0 formaliser les relations entre les deux pays. Apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es d&rsquo;\u00e9changes diplomatiques, le diplomate am\u00e9ricain <strong>Thomas Barclay<\/strong> fut charg\u00e9 de n\u00e9gocier avec le Sultan un trait\u00e9 de paix et de commerce. Ces n\u00e9gociations aboutirent, le 23 juin 1786, \u00e0 la signature du <strong>Trait\u00e9 de paix et d&rsquo;amiti\u00e9 entre le Maroc et les \u00c9tats-Unis<\/strong>, auquel furent associ\u00e9s <strong>Thomas Jefferson<\/strong> et <strong>John Adams<\/strong>, alors ministres am\u00e9ricains en Europe. Ratifi\u00e9 par le Congr\u00e8s am\u00e9ricain en 1787, ce trait\u00e9 demeure aujourd&rsquo;hui le plus ancien trait\u00e9 international des \u00c9tats-Unis toujours en vigueur.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de sa port\u00e9e juridique, ce trait\u00e9 constitue un document fondateur de la diplomatie am\u00e9ricaine. Il fut le premier trait\u00e9 conclu par les \u00c9tats-Unis avec un \u00c9tat musulman et africain, inaugurant une tradition de dialogue qui a travers\u00e9 les si\u00e8cles. Il garantissait la libert\u00e9 de navigation, la protection r\u00e9ciproque des ressortissants, les modalit\u00e9s de r\u00e8glement des diff\u00e9rends commerciaux ainsi que la s\u00e9curit\u00e9 des navires des deux nations. Dans un monde marqu\u00e9 par les conflits maritimes et la concurrence imp\u00e9riale, ces dispositions traduisaient une volont\u00e9 commune de privil\u00e9gier la stabilit\u00e9, le commerce et la confiance mutuelle.<\/p>\n<p>Cette relation naissante se distinguait d\u00e9j\u00e0 par son caract\u00e8re \u00e9galitaire. Contrairement aux rapports souvent asym\u00e9triques que les puissances europ\u00e9ennes entretenaient avec les \u00c9tats d&rsquo;Afrique du Nord, les relations entre Rabat et les \u00c9tats-Unis reposaient sur la reconnaissance r\u00e9ciproque de la souverainet\u00e9 des deux partenaires. Cette \u00e9galit\u00e9 diplomatique explique en grande partie la remarquable long\u00e9vit\u00e9 du partenariat.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui encore, les autorit\u00e9s am\u00e9ricaines soulignent le caract\u00e8re exceptionnel de cette relation. L&rsquo;<strong>Office of the Historian<\/strong> du D\u00e9partement d&rsquo;\u00c9tat rappelle que le trait\u00e9 sign\u00e9 avec le Maroc est <strong>\u00ab the longest unbroken treaty relationship in United States history \u00bb<\/strong>, une affirmation reprise r\u00e9guli\u00e8rement dans les comm\u00e9morations officielles des relations bilat\u00e9rales.<\/p>\n<p>Comme je l&rsquo;ai montr\u00e9 dans mes travaux consacr\u00e9s \u00e0 la diplomatie marocaine en Afrique, la politique \u00e9trang\u00e8re du Royaume se caract\u00e9rise par une remarquable continuit\u00e9 historique fond\u00e9e sur le dialogue, la stabilit\u00e9 et la recherche de partenariats durables (Chtatou, 2019, 2023). Cette constante, d\u00e9j\u00e0 perceptible sous Mohammed III, demeure aujourd&rsquo;hui l&rsquo;un des traits distinctifs de la diplomatie marocaine. L&rsquo;amiti\u00e9 maroco-am\u00e9ricaine, n\u00e9e au XVIII\u1d49 si\u00e8cle dans le contexte de l&rsquo;Atlantique des Lumi\u00e8res, s&rsquo;est progressivement transform\u00e9e en un partenariat strat\u00e9gique couvrant les domaines politique, \u00e9conomique, s\u00e9curitaire, culturel et africain, sans jamais perdre de vue les principes de respect mutuel et de confiance qui en ont constitu\u00e9 les fondements.<\/p>\n<ol>\n<li><strong> Le Trait\u00e9 de paix et d&rsquo;amiti\u00e9 de 1786\u20131787 : fondement juridique d&rsquo;une relation exceptionnelle<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>Si la reconnaissance de facto des \u00c9tats-Unis par le Sultan Sidi Mohammed Ben Abdallah en d\u00e9cembre 1777 constitue l&rsquo;acte fondateur des relations maroco-am\u00e9ricaines, c&rsquo;est la signature du <strong>Trait\u00e9 de paix et d&rsquo;amiti\u00e9<\/strong> (<em>Treaty of Peace and Friendship<\/em>) en 1786, ratifi\u00e9 par le Congr\u00e8s des \u00c9tats-Unis en juillet 1787, qui transforma une initiative diplomatique en une alliance durable fond\u00e9e sur le droit international. Ce trait\u00e9 demeure aujourd&rsquo;hui le plus ancien accord international des \u00c9tats-Unis encore en vigueur, fait unique dans l&rsquo;histoire diplomatique am\u00e9ricaine (U.S. Department of State, Office of the Historian, n.d.).<\/p>\n<p><strong>Une diplomatie de la confiance<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 la fin de la guerre d&rsquo;Ind\u00e9pendance, les \u00c9tats-Unis se trouvaient confront\u00e9s \u00e0 un d\u00e9fi majeur : assurer la s\u00e9curit\u00e9 de leur commerce maritime. D\u00e9sormais priv\u00e9s de la protection de la Royal Navy britannique, les navires am\u00e9ricains devaient n\u00e9gocier directement avec les puissances riveraines de la M\u00e9diterran\u00e9e. Pour les dirigeants am\u00e9ricains, le Maroc repr\u00e9sentait un partenaire privil\u00e9gi\u00e9 en raison de sa stabilit\u00e9 politique, de sa position g\u00e9ographique au d\u00e9troit de Gibraltar et de la volont\u00e9 clairement exprim\u00e9e par Mohammed III d&rsquo;\u00e9tablir des relations fond\u00e9es sur la r\u00e9ciprocit\u00e9.<\/p>\n<p>Le choix du diplomate <strong>Thomas Barclay<\/strong> pour conduire les n\u00e9gociations fut d\u00e9terminant. Homme d&rsquo;affaires exp\u00e9riment\u00e9 et proche des principaux dirigeants am\u00e9ricains, Barclay arriva au Maroc en 1786 muni d&rsquo;instructions r\u00e9dig\u00e9es par <strong>Thomas Jefferson<\/strong>, alors ministre des \u00c9tats-Unis en France, et <strong>John Adams<\/strong>, ministre \u00e0 Londres. Les n\u00e9gociations progress\u00e8rent rapidement gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;attitude conciliante du souverain marocain, qui souhaitait institutionnaliser une relation d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9e depuis plusieurs ann\u00e9es (Parker, 1983 ; Miller, 2013).<\/p>\n<p>Contrairement aux pratiques diplomatiques de l&rsquo;\u00e9poque, souvent marqu\u00e9es par des rapports de force asym\u00e9triques, les discussions se d\u00e9roul\u00e8rent dans un climat de respect mutuel. Les deux parties poursuivaient un objectif commun : garantir la libert\u00e9 du commerce, la s\u00e9curit\u00e9 de la navigation et la protection r\u00e9ciproque de leurs ressortissants.<\/p>\n<p><strong>Un trait\u00e9 en avance sur son temps<\/strong><\/p>\n<p>Le trait\u00e9 sign\u00e9 le 23 juin 1786 comprenait vingt-cinq articles qui r\u00e9gissaient les principales dimensions des relations bilat\u00e9rales. Il garantissait notamment :<\/p>\n<ul>\n<li>La libert\u00e9 de navigation pour les navires des deux pays ;<\/li>\n<li>La protection des \u00e9quipages en cas de naufrage ;<\/li>\n<li>Le traitement \u00e9quitable des marchands ;<\/li>\n<li>Des proc\u00e9dures d&rsquo;arbitrage en cas de litige ;<\/li>\n<li>Le respect des personnes et des biens ;<\/li>\n<li>La coop\u00e9ration contre les actes de piraterie.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces dispositions apparaissent aujourd&rsquo;hui comme remarquablement modernes. Elles traduisaient une conception des relations internationales fond\u00e9e sur la s\u00e9curit\u00e9 juridique, la libert\u00e9 des \u00e9changes et la confiance r\u00e9ciproque plut\u00f4t que sur la coercition.<\/p>\n<p>Comme le souligne Richard B. Parker (1983), le trait\u00e9 maroco-am\u00e9ricain constitue l&rsquo;un des premiers exemples d&rsquo;un accord bilat\u00e9ral moderne entre un \u00c9tat musulman et une puissance occidentale \u00e9mergente, n\u00e9goci\u00e9 sur la base d&rsquo;une stricte \u00e9galit\u00e9 souveraine.<\/p>\n<p><strong>La vision strat\u00e9gique de Mohammed III<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;importance du trait\u00e9 ne saurait \u00eatre comprise sans prendre en consid\u00e9ration la personnalit\u00e9 de Mohammed III. Le souverain alaouite ne consid\u00e9rait pas les relations ext\u00e9rieures comme une simple succession d&rsquo;accords commerciaux. Elles participaient d&rsquo;un projet plus vaste visant \u00e0 consolider l&rsquo;ind\u00e9pendance du Royaume dans un environnement domin\u00e9 par les ambitions imp\u00e9riales europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p>En diversifiant les partenaires du Maroc, il limitait l&rsquo;influence de chacune des grandes puissances tout en renfor\u00e7ant la marge de man\u0153uvre diplomatique du Royaume. Cette politique d&rsquo;\u00e9quilibre, que l&rsquo;on retrouve encore aujourd&rsquo;hui dans la diplomatie marocaine, constitue l&rsquo;une des constantes de l&rsquo;action ext\u00e9rieure de la monarchie alaouite.<\/p>\n<p>\u00c0 cet \u00e9gard, le trait\u00e9 avec les \u00c9tats-Unis peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme l&rsquo;expression pr\u00e9coce d&rsquo;une diplomatie multipolaire avant la lettre. Loin de s&rsquo;inscrire dans une logique d&rsquo;alignement, il t\u00e9moignait de la volont\u00e9 marocaine d&rsquo;entretenir des relations \u00e9quilibr\u00e9es avec des partenaires diversifi\u00e9s, en fonction des int\u00e9r\u00eats sup\u00e9rieurs de l&rsquo;\u00c9tat.<\/p>\n<p><strong>Jefferson, Adams et la perception am\u00e9ricaine du Maroc<\/strong><\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 am\u00e9ricain, le trait\u00e9 contribua \u00e9galement \u00e0 fa\u00e7onner une image particuli\u00e8rement positive du Maroc parmi les dirigeants de la jeune R\u00e9publique. Thomas Jefferson et John Adams voyaient dans le Royaume un interlocuteur fiable, capable de respecter les engagements internationaux dans une p\u00e9riode o\u00f9 la stabilit\u00e9 diplomatique demeurait rare.<\/p>\n<p>Cette confiance se traduisit rapidement par l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;une repr\u00e9sentation diplomatique permanente \u00e0 Tanger, premi\u00e8re propri\u00e9t\u00e9 diplomatique acquise par les \u00c9tats-Unis \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger. Aujourd&rsquo;hui encore, l&rsquo;ancienne L\u00e9gation am\u00e9ricaine de Tanger constitue un symbole vivant de cette histoire commune et un t\u00e9moignage mat\u00e9riel de l&rsquo;anciennet\u00e9 des relations bilat\u00e9rales.<\/p>\n<p><strong>Une continuit\u00e9 remarquable<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9l\u00e9ment le plus remarquable demeure sans doute la long\u00e9vit\u00e9 du trait\u00e9 lui-m\u00eame. Alors que la plupart des alliances conclues \u00e0 la fin du XVIII\u1d49 si\u00e8cle ont disparu ou ont \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment remani\u00e9es, le Trait\u00e9 de paix et d&rsquo;amiti\u00e9 entre le Maroc et les \u00c9tats-Unis demeure juridiquement en vigueur. Cette permanence refl\u00e8te non seulement la solidit\u00e9 des institutions des deux pays, mais aussi la capacit\u00e9 de leur relation \u00e0 \u00e9voluer sans rompre avec ses fondements.<\/p>\n<p>Cette continuit\u00e9 historique constitue un cas presque unique dans les relations internationales. Elle illustre ce que l&rsquo;on pourrait appeler une <strong>diplomatie de la dur\u00e9e<\/strong>, o\u00f9 les changements de gouvernements, les r\u00e9volutions technologiques, les guerres mondiales et les recompositions g\u00e9opolitiques n&rsquo;ont jamais remis en cause le socle de confiance \u00e9tabli \u00e0 la fin du XVIII\u1d49 si\u00e8cle.<\/p>\n<p>En ce sens, le trait\u00e9 de 1786\u20131787 ne repr\u00e9sente pas seulement un document juridique. Il est devenu un v\u00e9ritable <strong>lieu de m\u00e9moire diplomatique<\/strong>, rappelant que certaines relations internationales peuvent transcender les contingences politiques pour s&rsquo;inscrire dans le temps long de l&rsquo;histoire.<\/p>\n<p><strong>III. Le XIX\u1d49 si\u00e8cle : la consolidation d&rsquo;une amiti\u00e9 durable entre deux jeunes puissances atlantiques<\/strong><\/p>\n<p>Le <strong>Trait\u00e9 de paix et d&rsquo;amiti\u00e9 de 1786\u20131787<\/strong> inaugura une p\u00e9riode de stabilit\u00e9 diplomatique remarquable entre le Royaume du Maroc et les \u00c9tats-Unis. Alors que le XIX\u1d49 si\u00e8cle fut marqu\u00e9 par les guerres napol\u00e9oniennes, l&rsquo;expansion coloniale europ\u00e9enne, la mont\u00e9e des imp\u00e9rialismes et la transformation de l&rsquo;\u00e9conomie mondiale, les relations entre Rabat et Washington demeur\u00e8rent exceptionnellement stables. Cette permanence ne r\u00e9sultait ni d&rsquo;une alliance militaire ni d&rsquo;une d\u00e9pendance \u00e9conomique, mais d&rsquo;une convergence durable d&rsquo;int\u00e9r\u00eats, d&rsquo;un profond respect de la souverainet\u00e9 et d&rsquo;une confiance mutuelle construite au fil des d\u00e9cennies.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;aube du XIX\u1d49 si\u00e8cle, les \u00c9tats-Unis \u00e9taient encore une jeune R\u00e9publique cherchant \u00e0 consolider leur place dans le syst\u00e8me international. Le Maroc, pour sa part, demeurait l&rsquo;un des rares \u00c9tats musulmans \u00e0 avoir conserv\u00e9 son ind\u00e9pendance politique face aux ambitions des puissances europ\u00e9ennes. Cette situation favorisait une relation fond\u00e9e sur l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 juridique, une caract\u00e9ristique exceptionnelle dans un si\u00e8cle domin\u00e9 par les logiques imp\u00e9riales (Pennell, 2000 ; Miller, 2013).<\/p>\n<p><strong>Le Maroc dans la politique m\u00e9diterran\u00e9enne des \u00c9tats-Unis<\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s leur ind\u00e9pendance, les \u00c9tats-Unis accord\u00e8rent une attention croissante \u00e0 la M\u00e9diterran\u00e9e. L&rsquo;ouverture des routes commerciales vers le Levant et l&rsquo;Afrique du Nord exigeait une pr\u00e9sence diplomatique active dans la r\u00e9gion. Le Maroc occupait une place strat\u00e9gique de premier ordre en raison de sa position \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e du d\u00e9troit de Gibraltar, v\u00e9ritable carrefour entre l&rsquo;oc\u00e9an Atlantique et la M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n<p>Contrairement aux R\u00e9gences d&rsquo;Alger, de Tunis et de Tripoli, avec lesquelles les \u00c9tats-Unis connurent plusieurs crises maritimes au d\u00e9but du XIX\u1d49 si\u00e8cle, le Royaume du Maroc demeura un partenaire stable. La fid\u00e9lit\u00e9 du Sultan aux engagements pris dans le trait\u00e9 de 1786 renfor\u00e7a progressivement la confiance des autorit\u00e9s am\u00e9ricaines. Cette diff\u00e9rence explique en partie pourquoi les premi\u00e8res interventions militaires am\u00e9ricaines en M\u00e9diterran\u00e9e vis\u00e8rent les \u00c9tats barbaresques en conflit avec Washington, tandis que le Maroc conserva des relations pacifiques avec la jeune R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Cette distinction contribua \u00e0 fa\u00e7onner une image particuli\u00e8rement favorable du Maroc au sein des cercles diplomatiques am\u00e9ricains. Les rapports consulaires de l&rsquo;\u00e9poque d\u00e9crivent le Royaume comme un interlocuteur fiable, attach\u00e9 au respect des accords internationaux et soucieux de pr\u00e9server la libert\u00e9 des \u00e9changes commerciaux.<\/p>\n<p><strong>Tanger : un laboratoire de la diplomatie am\u00e9ricaine<\/strong><\/p>\n<p>La ville de <strong>Tanger<\/strong> acquit progressivement une importance particuli\u00e8re dans la politique \u00e9trang\u00e8re des \u00c9tats-Unis. Situ\u00e9e au carrefour des routes atlantiques et m\u00e9diterran\u00e9ennes, elle accueillit l&rsquo;une des premi\u00e8res repr\u00e9sentations diplomatiques permanentes am\u00e9ricaines hors du continent.<\/p>\n<p>L&rsquo;installation de la L\u00e9gation am\u00e9ricaine \u00e0 Tanger rev\u00eatait une forte port\u00e9e symbolique. Elle t\u00e9moignait de la volont\u00e9 de Washington d&rsquo;inscrire sa pr\u00e9sence dans un espace strat\u00e9gique o\u00f9 se croisaient les int\u00e9r\u00eats britanniques, fran\u00e7ais, espagnols et ottomans. Plus encore, elle traduisait la confiance accord\u00e9e au Maroc comme partenaire diplomatique de long terme.<\/p>\n<p>La <strong>L\u00e9gation am\u00e9ricaine de Tanger<\/strong>, offerte en 1821 par le Sultan Moulay Slimane, demeure aujourd&rsquo;hui un symbole unique : il s&rsquo;agit du plus ancien b\u00e2timent diplomatique am\u00e9ricain situ\u00e9 hors des \u00c9tats-Unis encore consacr\u00e9 \u00e0 la diplomatie et \u00e0 la m\u00e9moire de cette relation exceptionnelle. Ce geste illustrait une fois de plus la singularit\u00e9 des liens entre les deux pays, fond\u00e9s sur une confiance qui d\u00e9passait les int\u00e9r\u00eats imm\u00e9diats.<\/p>\n<p><strong>Une diplomatie fond\u00e9e sur la continuit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;une des caract\u00e9ristiques majeures de la politique \u00e9trang\u00e8re marocaine au XIX\u1d49 si\u00e8cle r\u00e9side dans sa remarquable continuit\u00e9. Les souverains alaouites qui succ\u00e9d\u00e8rent \u00e0 Mohammed III \u2013 Moulay Yazid, Moulay Slimane, Abd al-Rahman, Sidi Mohammed IV puis Hassan Ier \u2013 maintinrent les engagements pris envers les \u00c9tats-Unis, malgr\u00e9 les profondes transformations de l&rsquo;environnement international.<\/p>\n<p>Cette permanence refl\u00e9tait une conception particuli\u00e8re de l&rsquo;\u00c9tat. Contrairement \u00e0 de nombreux pays o\u00f9 les changements de dirigeants entra\u00eenaient une remise en cause des alliances, la monarchie alaouite privil\u00e9giait une vision de long terme de la diplomatie. Les trait\u00e9s engageaient le Royaume au-del\u00e0 des personnes, traduisant la continuit\u00e9 de l&rsquo;institution monarchique elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Cette stabilit\u00e9 impressionna les observateurs am\u00e9ricains. Dans plusieurs correspondances diplomatiques conserv\u00e9es aux <strong>National Archives<\/strong>, les repr\u00e9sentants des \u00c9tats-Unis soulignent la constance de la politique marocaine et la fiabilit\u00e9 des engagements pris par les souverains alaouites.<\/p>\n<p><strong>Le Maroc face \u00e0 la pression coloniale europ\u00e9enne<\/strong><\/p>\n<p>Le XIX\u1d49 si\u00e8cle fut \u00e9galement celui de l&rsquo;expansion imp\u00e9riale europ\u00e9enne. La conqu\u00eate fran\u00e7aise de l&rsquo;Alg\u00e9rie en 1830, les ambitions espagnoles sur les c\u00f4tes marocaines et la rivalit\u00e9 entre Londres, Paris et Madrid plac\u00e8rent progressivement le Royaume dans une situation g\u00e9opolitique d\u00e9licate.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, les relations avec les \u00c9tats-Unis prirent une signification particuli\u00e8re. Certes, Washington n&rsquo;\u00e9tait pas encore une puissance mondiale capable de contrebalancer directement l&rsquo;influence europ\u00e9enne. N\u00e9anmoins, l&rsquo;existence d&rsquo;un partenaire transatlantique ind\u00e9pendant renfor\u00e7ait la marge diplomatique du Maroc. Les autorit\u00e9s marocaines comprenaient qu&rsquo;une diversification des relations ext\u00e9rieures constituait l&rsquo;un des meilleurs moyens de pr\u00e9server leur souverainet\u00e9.<\/p>\n<p>Cette strat\u00e9gie de diversification pr\u00e9figure ce que la diplomatie marocaine contemporaine met aujourd&rsquo;hui en \u0153uvre \u00e0 travers ses partenariats avec l&rsquo;Europe, les \u00c9tats-Unis, l&rsquo;Afrique, les pays du Golfe et l&rsquo;Asie. Il existe ainsi une remarquable continuit\u00e9 entre la vision de Mohammed III au XVIII\u1d49 si\u00e8cle et celle du Royaume au XXI\u1d49 si\u00e8cle.<\/p>\n<p><strong>Les fondements d&rsquo;une relation appel\u00e9e \u00e0 durer<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 la fin du XIX\u1d49 si\u00e8cle, les \u00e9changes \u00e9conomiques entre le Maroc et les \u00c9tats-Unis demeuraient modestes en comparaison de ceux entretenus avec les puissances europ\u00e9ennes. Pourtant, la relation bilat\u00e9rale poss\u00e9dait d\u00e9j\u00e0 un atout essentiel : la confiance politique.<\/p>\n<p>Alors que les int\u00e9r\u00eats commerciaux fluctuaient au gr\u00e9 des march\u00e9s internationaux, le capital diplomatique accumul\u00e9 depuis 1777 continuait de produire ses effets. Cette confiance allait se r\u00e9v\u00e9ler d\u00e9terminante au si\u00e8cle suivant, lorsque les \u00c9tats-Unis deviendraient une puissance mondiale et que le Maroc entrerait dans une nouvelle phase de son histoire, marqu\u00e9e par le protectorat, la Seconde Guerre mondiale puis le recouvrement de son ind\u00e9pendance.<\/p>\n<p>Loin d&rsquo;\u00eatre une simple parenth\u00e8se entre le trait\u00e9 fondateur de 1786 et les grandes transformations du XX\u1d49 si\u00e8cle, le XIX\u1d49 si\u00e8cle appara\u00eet ainsi comme une p\u00e9riode de consolidation. C&rsquo;est durant ces d\u00e9cennies que furent \u00e9tablies les habitudes de coop\u00e9ration, le respect des engagements et la proximit\u00e9 diplomatique qui expliquent, encore aujourd&rsquo;hui, la r\u00e9silience exceptionnelle des relations maroco-am\u00e9ricaines.<\/p>\n<ol>\n<li><strong> De l&rsquo;Op\u00e9ration Torch \u00e0 la Conf\u00e9rence de Casablanca : Mohammed V, Franklin D. Roosevelt et la renaissance du partenariat maroco-am\u00e9ricain<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>Si le trait\u00e9 de 1786\u20131787 posa les fondements juridiques des relations entre le Royaume du Maroc et les \u00c9tats-Unis, c&rsquo;est incontestablement la Seconde Guerre mondiale qui transforma cette amiti\u00e9 historique en un v\u00e9ritable partenariat strat\u00e9gique. Entre le d\u00e9barquement alli\u00e9 de novembre 1942, la Conf\u00e9rence de Casablanca de janvier 1943 et la rencontre historique entre le Sultan Mohammed V et le pr\u00e9sident Franklin D. Roosevelt, les relations maroco-am\u00e9ricaines entr\u00e8rent dans une nouvelle phase qui allait profond\u00e9ment influencer l&rsquo;\u00e9volution politique du Maroc et red\u00e9finir la place des \u00c9tats-Unis en Afrique du Nord.<\/p>\n<p><strong>Le Maroc dans la strat\u00e9gie alli\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1940, le Maroc occupait une position g\u00e9ostrat\u00e9gique exceptionnelle. Contr\u00f4lant la fa\u00e7ade atlantique nord-ouest de l&rsquo;Afrique et l&rsquo;acc\u00e8s m\u00e9ridional au d\u00e9troit de Gibraltar, il repr\u00e9sentait un point d&rsquo;appui essentiel pour toute op\u00e9ration militaire destin\u00e9e \u00e0 ouvrir un second front contre les forces de l&rsquo;Axe.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le d\u00e9barquement alli\u00e9 en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942, dans le cadre de l&rsquo;<strong>Op\u00e9ration Torch<\/strong>, les forces am\u00e9ricaines prirent rapidement le contr\u00f4le de plusieurs positions strat\u00e9giques au Maroc, notamment \u00e0 Casablanca, Safi, Fedala (aujourd&rsquo;hui Mohammedia) et Port-Lyautey (aujourd&rsquo;hui K\u00e9nitra). Bien que le Maroc f\u00fbt alors plac\u00e9 sous protectorat fran\u00e7ais, les autorit\u00e9s am\u00e9ricaines comprirent rapidement que toute strat\u00e9gie durable dans la r\u00e9gion devait tenir compte du r\u00f4le central de l&rsquo;institution monarchique.<\/p>\n<p>L&rsquo;Op\u00e9ration Torch ne constitua donc pas seulement une op\u00e9ration militaire. Elle fut \u00e9galement le point de d\u00e9part d&rsquo;une relation politique directe entre Washington et le Sultan Mohammed V, relation qui allait profond\u00e9ment influencer l&rsquo;histoire contemporaine du Royaume.<\/p>\n<p><strong>Mohammed V : une autorit\u00e9 morale reconnue<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 cette \u00e9poque, Mohammed V jouissait d\u00e9j\u00e0 d&rsquo;une autorit\u00e9 morale consid\u00e9rable aupr\u00e8s de la population marocaine. Son attitude pendant les premi\u00e8res ann\u00e9es de la guerre, notamment son refus d&rsquo;appliquer certaines mesures discriminatoires impos\u00e9es par le r\u00e9gime de Vichy contre les citoyens juifs marocains, renfor\u00e7a son prestige tant \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur du pays.<\/p>\n<p>Les responsables am\u00e9ricains per\u00e7urent rapidement que le Sultan repr\u00e9sentait bien davantage qu&rsquo;une autorit\u00e9 religieuse ou protocolaire. Il incarnait la continuit\u00e9 historique de l&rsquo;\u00c9tat marocain et disposait d&rsquo;une l\u00e9gitimit\u00e9 populaire que ne poss\u00e9dait aucune autre institution du protectorat.<\/p>\n<p>Cette perception allait jouer un r\u00f4le d\u00e9terminant dans les \u00e9changes entre Mohammed V et Franklin D. Roosevelt.<\/p>\n<p><strong>La Conf\u00e9rence de Casablanca : janvier 1943<\/strong><\/p>\n<p>Du 14 au 24 janvier 1943, Casablanca accueillit l&rsquo;une des plus importantes conf\u00e9rences strat\u00e9giques de la Seconde Guerre mondiale. Le pr\u00e9sident <strong>Franklin D. Roosevelt<\/strong>, le Premier ministre britannique <strong>Winston Churchill<\/strong> et les principaux chefs militaires alli\u00e9s s&rsquo;y r\u00e9unirent afin de d\u00e9finir la strat\u00e9gie destin\u00e9e \u00e0 conduire les Alli\u00e9s vers la victoire.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des d\u00e9cisions militaires \u2014 notamment l&rsquo;adoption du principe de la \u00ab capitulation sans conditions \u00bb des puissances de l&rsquo;Axe \u2014 la conf\u00e9rence rev\u00eatit une importance particuli\u00e8re pour l&rsquo;histoire du Maroc.<\/p>\n<p>Le 22 janvier 1943, Roosevelt rencontra Mohammed V lors d&rsquo;un d\u00eener organis\u00e9 \u00e0 Anfa. Cette rencontre, relativement br\u00e8ve mais politiquement d\u00e9cisive, demeure l&rsquo;un des \u00e9pisodes fondateurs de l&rsquo;amiti\u00e9 contemporaine entre Rabat et Washington.<\/p>\n<p>Selon plusieurs t\u00e9moignages diplomatiques et les travaux de Robert Dallek, Richard B. Parker et Susan Gilson Miller, Roosevelt exprima au Sultan son admiration pour l&rsquo;histoire du Maroc et laissa entendre que les principes de la Charte de l&rsquo;Atlantique, fond\u00e9s sur le droit des peuples \u00e0 disposer d&rsquo;eux-m\u00eames, devaient \u00e9galement s&rsquo;appliquer aux territoires plac\u00e9s sous domination coloniale.<\/p>\n<p>M\u00eame si les formulations exactes attribu\u00e9es \u00e0 Roosevelt font encore l&rsquo;objet de discussions historiographiques, il ne fait gu\u00e8re de doute que cette conversation renfor\u00e7a la conviction de Mohammed V selon laquelle les \u00c9tats-Unis pourraient devenir un partenaire essentiel dans la marche du Maroc vers l&rsquo;ind\u00e9pendance.<\/p>\n<p><strong>Une nouvelle perception am\u00e9ricaine du Maroc<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 partir de Casablanca, la vision am\u00e9ricaine du Maroc \u00e9volua sensiblement. Jusqu&rsquo;alors, Washington consid\u00e9rait essentiellement le Royaume sous l&rsquo;angle de son importance strat\u00e9gique et commerciale. D\u00e9sormais, les d\u00e9cideurs am\u00e9ricains commenc\u00e8rent \u00e0 reconna\u00eetre l&rsquo;existence d&rsquo;une nation dot\u00e9e d&rsquo;une identit\u00e9 historique propre, distincte du syst\u00e8me colonial fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Cette \u00e9volution demeura prudente. Les \u00c9tats-Unis ne souhaitaient pas fragiliser leur alliance avec la France libre. Toutefois, plusieurs responsables am\u00e9ricains comprenaient d\u00e9j\u00e0 que le mouvement mondial de d\u00e9colonisation deviendrait l&rsquo;un des grands enjeux de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, Mohammed V apparut progressivement comme l&rsquo;interlocuteur incontournable de toute politique am\u00e9ricaine au Maghreb.<\/p>\n<p><strong>Le d\u00e9but d&rsquo;un dialogue strat\u00e9gique<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;entretien de Casablanca ne produisit pas d&rsquo;effets imm\u00e9diats sur le statut international du Maroc. Le protectorat fran\u00e7ais subsista encore plus d&rsquo;une d\u00e9cennie.<\/p>\n<p>Cependant, sur le plan diplomatique, un changement fondamental s&rsquo;\u00e9tait op\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>Pour la premi\u00e8re fois depuis la signature du trait\u00e9 de 1786, les relations entre Rabat et Washington ne se limitaient plus aux domaines commercial et consulaire. Elles devenaient politiques, strat\u00e9giques et g\u00e9opolitiques.<\/p>\n<p>Cette \u00e9volution allait s&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer apr\u00e8s 1945 avec l&rsquo;entr\u00e9e des \u00c9tats-Unis dans leur r\u00f4le de premi\u00e8re puissance mondiale.<\/p>\n<p><strong>Mohammed V et Roosevelt : un h\u00e9ritage durable<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;historiographie contemporaine consid\u00e8re souvent la rencontre de janvier 1943 comme l&rsquo;un des tournants majeurs des relations maroco-am\u00e9ricaines.<\/p>\n<p>Elle symbolise la transition entre deux p\u00e9riodes :<\/p>\n<ul>\n<li>Celle d&rsquo;une relation essentiellement maritime et commerciale n\u00e9e au XVIII\u1d49 si\u00e8cle ;<\/li>\n<li>Et celle d&rsquo;un partenariat strat\u00e9gique appel\u00e9 \u00e0 se d\u00e9velopper apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance du Royaume.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;importance de cette rencontre d\u00e9passe largement son contexte imm\u00e9diat. Elle marque le moment o\u00f9 les \u00c9tats-Unis commencent \u00e0 consid\u00e9rer le Maroc non plus seulement comme un espace g\u00e9ographique strat\u00e9gique, mais comme un acteur politique appel\u00e9 \u00e0 jouer un r\u00f4le majeur dans l&rsquo;avenir de l&rsquo;Afrique du Nord.<\/p>\n<p>\u00c0 bien des \u00e9gards, cette vision s&rsquo;est confirm\u00e9e au fil des d\u00e9cennies. Le Maroc est aujourd&rsquo;hui l&rsquo;un des principaux partenaires des \u00c9tats-Unis en Afrique, tant dans les domaines de la s\u00e9curit\u00e9 que de la diplomatie, du commerce, de la coop\u00e9ration universitaire, de la transition \u00e9nerg\u00e9tique et de la stabilit\u00e9 r\u00e9gionale.<\/p>\n<ol>\n<li><strong> De Mohammed V \u00e0 Hassan II : le Maroc et les \u00c9tats-Unis dans les turbulences de la Guerre froide<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>L&rsquo;accession du Maroc \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance, le 2 mars 1956, inaugura une nouvelle \u00e9tape des relations maroco-am\u00e9ricaines. Apr\u00e8s pr\u00e8s d&rsquo;un demi-si\u00e8cle de protectorat fran\u00e7ais, le Royaume retrouvait sa pleine souverainet\u00e9 au moment m\u00eame o\u00f9 le syst\u00e8me international se restructurait autour de la bipolarit\u00e9 entre les \u00c9tats-Unis et l&rsquo;Union sovi\u00e9tique. Pour Washington comme pour Rabat, cette conjoncture ouvrait un champ in\u00e9dit de coop\u00e9ration, o\u00f9 l&rsquo;h\u00e9ritage diplomatique du XVIII\u1d49 si\u00e8cle allait se conjuguer aux imp\u00e9ratifs strat\u00e9giques de la Guerre froide.<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 de nombreux \u00c9tats nouvellement ind\u00e9pendants, le Maroc ne naquit pas sur la sc\u00e8ne internationale comme un acteur inconnu. Son histoire diplomatique, sa monarchie pluris\u00e9culaire et la permanence de ses relations avec les \u00c9tats-Unis lui conf\u00e9raient une l\u00e9gitimit\u00e9 particuli\u00e8re. Aux yeux de Washington, le Royaume n&rsquo;\u00e9tait pas un nouvel \u00c9tat, mais un partenaire historique retrouvant la pl\u00e9nitude de sa souverainet\u00e9.<\/p>\n<p><strong>La reconnaissance de l&rsquo;ind\u00e9pendance et la reprise des relations diplomatiques<\/strong><\/p>\n<p>Les \u00c9tats-Unis figur\u00e8rent parmi les premiers pays \u00e0 reconna\u00eetre officiellement le Maroc ind\u00e9pendant. Cette reconnaissance s&rsquo;inscrivait dans la continuit\u00e9 d&rsquo;une relation qui n&rsquo;avait jamais \u00e9t\u00e9 rompue malgr\u00e9 la p\u00e9riode du protectorat.<\/p>\n<p>L&rsquo;administration du pr\u00e9sident <strong>Dwight D. Eisenhower<\/strong> percevait le Royaume comme un facteur potentiel de stabilit\u00e9 dans une Afrique du Nord en pleine mutation. La mont\u00e9e des mouvements nationalistes, la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie et les rivalit\u00e9s id\u00e9ologiques entre l&rsquo;Est et l&rsquo;Ouest rendaient le Maghreb particuli\u00e8rement strat\u00e9gique.<\/p>\n<p>Pour Mohammed V, l&rsquo;enjeu consistait \u00e0 pr\u00e9server l&rsquo;ind\u00e9pendance politique du Maroc sans s&rsquo;enfermer dans une logique d&rsquo;alignement automatique. Cette approche annon\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 ce qui deviendrait l&rsquo;une des constantes de la diplomatie marocaine contemporaine : entretenir des relations privil\u00e9gi\u00e9es avec les puissances occidentales tout en pr\u00e9servant une autonomie de d\u00e9cision.<\/p>\n<p>Cette capacit\u00e9 \u00e0 concilier ouverture internationale et souverainet\u00e9 nationale constitue l&rsquo;un des fils conducteurs de la politique \u00e9trang\u00e8re marocaine depuis Mohammed III.<\/p>\n<p><strong>Les bases am\u00e9ricaines : coop\u00e9ration et souverainet\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Au lendemain de l&rsquo;ind\u00e9pendance, plusieurs bases militaires am\u00e9ricaines demeuraient implant\u00e9es sur le territoire marocain, h\u00e9rit\u00e9es de la Seconde Guerre mondiale. Elles jouaient un r\u00f4le important dans la strat\u00e9gie nucl\u00e9aire am\u00e9ricaine et dans la surveillance de l&rsquo;Atlantique.<\/p>\n<p>Toutefois, Mohammed V consid\u00e9rait que la pleine souverainet\u00e9 du Royaume impliquait un contr\u00f4le national du territoire. Les n\u00e9gociations engag\u00e9es avec Washington aboutirent progressivement au retrait des installations am\u00e9ricaines, sans pour autant remettre en cause l&rsquo;amiti\u00e9 entre les deux pays.<\/p>\n<p>Cet \u00e9pisode m\u00e9rite une attention particuli\u00e8re. Contrairement \u00e0 ce qui se produisit dans d&rsquo;autres r\u00e9gions du monde, la fermeture des bases am\u00e9ricaines ne provoqua aucune rupture diplomatique. Les deux gouvernements privil\u00e9gi\u00e8rent le dialogue et la n\u00e9gociation, illustrant une nouvelle fois la solidit\u00e9 de leur relation.<\/p>\n<p>Ce pr\u00e9c\u00e9dent demeure r\u00e9v\u00e9lateur : m\u00eame lorsque leurs int\u00e9r\u00eats imm\u00e9diats divergeaient, Rabat et Washington parvenaient \u00e0 pr\u00e9server les fondements de leur partenariat.<\/p>\n<p><strong>Hassan II : la consolidation d&rsquo;un partenariat strat\u00e9gique<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;accession au tr\u00f4ne de <strong>Sa Majest\u00e9 Hassan II<\/strong> en 1961 ouvrit une p\u00e9riode de plus de trois d\u00e9cennies durant laquelle les relations maroco-am\u00e9ricaines prirent une dimension strat\u00e9gique sans pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n<p>Fin observateur des \u00e9quilibres internationaux, Hassan II comprit tr\u00e8s t\u00f4t que la stabilit\u00e9 du Royaume d\u00e9pendait autant de son d\u00e9veloppement interne que de son insertion dans les grands r\u00e9seaux diplomatiques occidentaux.<\/p>\n<p>Dans le contexte de la Guerre froide, le Maroc apparaissait comme un partenaire mod\u00e9r\u00e9, stable et pr\u00e9visible. Cette image contrastait avec les bouleversements politiques qui affectaient plusieurs \u00c9tats de la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Washington consid\u00e9rait d\u00e9sormais Rabat comme un alli\u00e9 majeur en Afrique du Nord.<\/p>\n<p><strong>La coop\u00e9ration s\u00e9curitaire<\/strong><\/p>\n<p>Durant les ann\u00e9es 1960, 1970 et 1980, la coop\u00e9ration militaire entre les deux pays connut un d\u00e9veloppement constant.<\/p>\n<p>Elle porta notamment sur :<\/p>\n<ul>\n<li>La formation des officiers marocains ;<\/li>\n<li>Les \u00e9changes de renseignements ;<\/li>\n<li>La modernisation des forces arm\u00e9es royales ;<\/li>\n<li>La s\u00e9curit\u00e9 maritime dans l&rsquo;Atlantique et la M\u00e9diterran\u00e9e ;<\/li>\n<li>La lutte contre les menaces r\u00e9gionales.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette coop\u00e9ration ne signifiait pas une d\u00e9pendance. Le Maroc conserva une politique \u00e9trang\u00e8re ind\u00e9pendante, entretenant \u00e9galement des relations avec l&rsquo;Europe, le monde arabe, l&rsquo;Afrique et le Mouvement des non-align\u00e9s.<\/p>\n<p>Cette capacit\u00e9 \u00e0 multiplier les partenariats sans renoncer \u00e0 son autonomie demeure aujourd&rsquo;hui encore l&rsquo;une des principales caract\u00e9ristiques de la diplomatie marocaine.<\/p>\n<p><strong>La Marche Verte et la question du Sahara<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;ann\u00e9e 1975 constitua un tournant majeur avec l&rsquo;organisation de la <strong>Marche Verte<\/strong>, initiative pacifique qui permit la r\u00e9cup\u00e9ration des provinces du Sud apr\u00e8s le retrait espagnol.<\/p>\n<p>La position am\u00e9ricaine connut alors plusieurs \u00e9volutions successives selon les administrations, oscillant entre neutralit\u00e9 diplomatique, soutien au processus onusien et reconnaissance progressive du r\u00f4le strat\u00e9gique du Maroc dans la stabilit\u00e9 r\u00e9gionale.<\/p>\n<p>Au fil des d\u00e9cennies, Washington prit davantage conscience que la s\u00e9curit\u00e9 du Maghreb et du Sahel \u00e9tait \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 la stabilit\u00e9 du Royaume.<\/p>\n<p>Cette \u00e9volution aboutira plusieurs d\u00e9cennies plus tard \u00e0 la reconnaissance, par les \u00c9tats-Unis, de la souverainet\u00e9 du Maroc sur le Sahara, d\u00e9cision qui marquera une nouvelle \u00e9tape dans le partenariat bilat\u00e9ral.<\/p>\n<p><strong>Hassan II : un m\u00e9diateur respect\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des questions r\u00e9gionales, Hassan II joua un r\u00f4le diplomatique qui renfor\u00e7a encore le prestige international du Maroc.<\/p>\n<p>Son action en faveur du dialogue isra\u00e9lo-arabe, ses relations personnelles avec plusieurs pr\u00e9sidents am\u00e9ricains et sa capacit\u00e9 \u00e0 maintenir des canaux de communication entre des acteurs souvent antagonistes firent du Royaume un interlocuteur privil\u00e9gi\u00e9 de Washington.<\/p>\n<p>Cette diplomatie de m\u00e9diation s&rsquo;inscrivait dans une tradition ancienne remontant \u00e0 Mohammed III : privil\u00e9gier le dialogue, la n\u00e9gociation et la recherche de compromis plut\u00f4t que l&rsquo;affrontement.<\/p>\n<p><strong>Une alliance fond\u00e9e sur la confiance<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 la fin de la Guerre froide, le partenariat entre Rabat et Washington avait profond\u00e9ment chang\u00e9 de nature.<\/p>\n<p>Ce qui n&rsquo;\u00e9tait au XVIII\u1d49 si\u00e8cle qu&rsquo;un accord destin\u00e9 \u00e0 prot\u00e9ger les \u00e9changes commerciaux \u00e9tait devenu une coop\u00e9ration multidimensionnelle couvrant :<\/p>\n<ul>\n<li>La s\u00e9curit\u00e9 ;<\/li>\n<li>La diplomatie ;<\/li>\n<li>L\u2019\u00e9conomie ;<\/li>\n<li>La d\u00e9fense ;<\/li>\n<li>La formation ;<\/li>\n<li>Les \u00e9changes culturels ;<\/li>\n<li>Les questions r\u00e9gionales.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette transformation n&rsquo;avait pourtant pas alt\u00e9r\u00e9 le socle originel de la relation.<\/p>\n<p>Depuis Mohammed III jusqu&rsquo;\u00e0 Hassan II, la diplomatie marocaine avait constamment privil\u00e9gi\u00e9 la continuit\u00e9, la stabilit\u00e9 et le respect des engagements internationaux. De leur c\u00f4t\u00e9, les \u00c9tats-Unis avaient progressivement reconnu dans le Royaume un partenaire fiable, mod\u00e9r\u00e9 et indispensable \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre du Maghreb.<\/p>\n<p>\u00c0 bien des \u00e9gards, cette p\u00e9riode constitue le v\u00e9ritable laboratoire du partenariat strat\u00e9gique qui s&rsquo;\u00e9panouira sous le r\u00e8gne de <strong>Sa Majest\u00e9 le Roi Mohammed VI<\/strong>.<\/p>\n<ol>\n<li><strong> Le r\u00e8gne de Sa Majest\u00e9 le Roi Mohammed VI : le partenariat strat\u00e9gique entre le Maroc et les \u00c9tats-Unis \u00e0 l&rsquo;\u00e8re du XXI\u1d49 si\u00e8cle<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>L&rsquo;accession au Tr\u00f4ne de <strong>Sa Majest\u00e9 le Roi Mohammed VI<\/strong>, le 30 juillet 1999, marque une nouvelle \u00e9tape dans l&rsquo;\u00e9volution des relations entre le Royaume du Maroc et les \u00c9tats-Unis. H\u00e9ritier d&rsquo;une tradition diplomatique s\u00e9culaire, le Souverain a su adapter les fondements historiques de cette relation aux r\u00e9alit\u00e9s d&rsquo;un monde globalis\u00e9, marqu\u00e9 par la lutte contre le terrorisme, les transformations g\u00e9o\u00e9conomiques, la mont\u00e9e des enjeux africains et la comp\u00e9tition strat\u00e9gique entre grandes puissances.<\/p>\n<p>Loin de rompre avec l&rsquo;h\u00e9ritage de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, Mohammed VI l&rsquo;a approfondi en donnant au partenariat maroco-am\u00e9ricain une dimension multidimensionnelle o\u00f9 la s\u00e9curit\u00e9, l&rsquo;\u00e9conomie, l&rsquo;innovation, la coop\u00e9ration africaine et la diplomatie religieuse se renforcent mutuellement. Cette continuit\u00e9 illustre ce que l&rsquo;on pourrait qualifier de <strong>\u00ab diplomatie de la permanence dans l&rsquo;adaptation \u00bb<\/strong>, principe qui caract\u00e9rise la politique \u00e9trang\u00e8re marocaine depuis Mohammed III.<\/p>\n<p><strong>Une alliance consolid\u00e9e apr\u00e8s le 11 septembre 2001<\/strong><\/p>\n<p>Les attentats du 11 septembre 2001 modifi\u00e8rent profond\u00e9ment les priorit\u00e9s strat\u00e9giques des \u00c9tats-Unis. La lutte contre le terrorisme devint l&rsquo;axe central de leur politique \u00e9trang\u00e8re. Dans ce nouveau contexte, le Maroc apparut rapidement comme un partenaire de premier plan.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 la stabilit\u00e9 de ses institutions, \u00e0 la modernisation de ses services de s\u00e9curit\u00e9 et \u00e0 son approche combinant pr\u00e9vention, coop\u00e9ration internationale et r\u00e9forme du champ religieux, le Royaume fut reconnu comme un acteur cr\u00e9dible dans la lutte contre l&rsquo;extr\u00e9misme violent. La coop\u00e9ration bilat\u00e9rale s&rsquo;intensifia dans les domaines du renseignement, de la formation, de la s\u00e9curit\u00e9 des fronti\u00e8res et de la lutte contre les r\u00e9seaux terroristes.<\/p>\n<p>Cependant, l&rsquo;originalit\u00e9 de l&rsquo;approche marocaine r\u00e9side dans le fait qu&rsquo;elle ne r\u00e9duit pas la s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 sa seule dimension militaire. Sous l&rsquo;impulsion de Mohammed VI, le Royaume a d\u00e9velopp\u00e9 une strat\u00e9gie globale associant d\u00e9veloppement humain, \u00e9ducation, r\u00e9forme religieuse et coop\u00e9ration r\u00e9gionale. Cette vision rejoint plusieurs de vos analyses sur la diplomatie religieuse marocaine comme instrument de stabilit\u00e9 r\u00e9gionale (Chtatou, 2019).<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;Accord de libre-\u00e9change : une nouvelle architecture \u00e9conomique<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;une des r\u00e9alisations majeures de cette p\u00e9riode est l&rsquo;entr\u00e9e en vigueur, en 2006, de l&rsquo;Accord de libre-\u00e9change entre le Maroc et les \u00c9tats-Unis. Premier accord de ce type conclu par Washington avec un pays africain, il traduit la confiance accord\u00e9e au Royaume en tant que partenaire \u00e9conomique fiable.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la suppression progressive des barri\u00e8res tarifaires, cet accord favorise les investissements, la protection de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, la modernisation des normes commerciales et l&rsquo;int\u00e9gration du Maroc dans les cha\u00eenes de valeur mondiales. Il contribue \u00e9galement \u00e0 renforcer le r\u00f4le du Royaume comme plateforme \u00e9conomique reliant l&rsquo;Europe, l&rsquo;Afrique et l&rsquo;Am\u00e9rique du Nord.<\/p>\n<p>Cette dimension \u00e9conomique compl\u00e8te une relation longtemps domin\u00e9e par les consid\u00e9rations diplomatiques et s\u00e9curitaires. Elle t\u00e9moigne d&rsquo;une \u00e9volution o\u00f9 le commerce devient un instrument de stabilit\u00e9 et de prosp\u00e9rit\u00e9 partag\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Le Maroc : une puissance africaine \u00e0 part enti\u00e8re<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;une des transformations les plus importantes de la politique \u00e9trang\u00e8re marocaine au XXI\u1d49 si\u00e8cle r\u00e9side dans le retour affirm\u00e9 du Royaume en Afrique. Sous le r\u00e8gne de Mohammed VI, cette orientation s&rsquo;est traduite par une multiplication des visites royales, des investissements, des partenariats \u00e9conomiques et des initiatives de coop\u00e9ration Sud-Sud.<\/p>\n<p>Pour les \u00c9tats-Unis, cette \u00e9volution renforce l&rsquo;int\u00e9r\u00eat strat\u00e9gique du Maroc. Washington consid\u00e8re de plus en plus le Royaume comme un partenaire capable de contribuer \u00e0 la stabilit\u00e9 du continent africain, notamment au Sahel et en Afrique de l&rsquo;Ouest.<\/p>\n<p>Cette dynamique est particuli\u00e8rement visible dans trois domaines :<\/p>\n<ul>\n<li>La coop\u00e9ration \u00e9conomique et bancaire ;<\/li>\n<li>La formation des cadres et des imams ;<\/li>\n<li>Le d\u00e9veloppement des infrastructures et de la connectivit\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Comme vous l&rsquo;avez montr\u00e9 dans plusieurs de vos travaux, la diplomatie religieuse marocaine, fond\u00e9e sur la tradition malikite, l&rsquo;acharisme et le soufisme, constitue aujourd&rsquo;hui un instrument original de pr\u00e9vention de la radicalisation et de promotion d&rsquo;un islam du juste milieu (Chtatou, 2019 ; Chtatou, 2023). Cette dimension immat\u00e9rielle du partenariat compl\u00e8te les volets politique et \u00e9conomique.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;Atlantique africain : une nouvelle fronti\u00e8re strat\u00e9gique<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;un des apports les plus novateurs de la diplomatie marocaine contemporaine est la red\u00e9couverte de la vocation atlantique du Royaume. L&rsquo;Initiative Royale pour favoriser l&rsquo;acc\u00e8s des \u00c9tats du Sahel \u00e0 l&rsquo;oc\u00e9an Atlantique illustre cette vision. Elle vise \u00e0 faire de la fa\u00e7ade atlantique un espace de coop\u00e9ration, d&rsquo;int\u00e9gration \u00e9conomique et de d\u00e9veloppement partag\u00e9.<\/p>\n<p>Dans cette perspective, le Maroc ne se pr\u00e9sente plus uniquement comme un pont entre l&rsquo;Europe et l&rsquo;Afrique, mais \u00e9galement comme un acteur central de l&rsquo;espace atlantique. Cette orientation rencontre plusieurs priorit\u00e9s strat\u00e9giques am\u00e9ricaines : s\u00e9curisation des routes maritimes, d\u00e9veloppement des infrastructures, diversification des cha\u00eenes logistiques et renforcement de la stabilit\u00e9 r\u00e9gionale.<\/p>\n<p>Nous retrouvons ici l&rsquo;une des id\u00e9es directrices de cet ouvrage : <strong>le Maroc et les \u00c9tats-Unis sont deux puissances atlantiques dont les int\u00e9r\u00eats convergent naturellement dans un espace g\u00e9opolitique en pleine recomposition<\/strong>.<\/p>\n<p><strong>Une relation tourn\u00e9e vers l&rsquo;avenir<\/strong><\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XXI\u1d49 si\u00e8cle, le partenariat maroco-am\u00e9ricain d\u00e9passe largement les cadres traditionnels de la diplomatie classique. Les deux pays coop\u00e8rent d\u00e9sormais dans des domaines aussi vari\u00e9s que les technologies de pointe, la transition \u00e9nerg\u00e9tique, l&rsquo;agriculture durable, l&rsquo;enseignement sup\u00e9rieur, l&rsquo;innovation et la recherche scientifique.<\/p>\n<p>Cette diversification t\u00e9moigne d&rsquo;une relation arriv\u00e9e \u00e0 maturit\u00e9. Les fondements historiques \u00e9tablis au XVIII\u1d49 si\u00e8cle continuent de produire leurs effets, mais ils servent d\u00e9sormais de socle \u00e0 une coop\u00e9ration r\u00e9solument tourn\u00e9e vers l&rsquo;avenir.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;approche de 2027, les relations entre Rabat et Washington apparaissent ainsi comme un exemple rare d&rsquo;alliance capable de conjuguer fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 son h\u00e9ritage et adaptation permanente aux transformations du syst\u00e8me international.<\/p>\n<p><strong>VII. Le Maroc sous Sa Majest\u00e9 le Roi Mohammed VI : un alli\u00e9 strat\u00e9gique des \u00c9tats-Unis dans un monde multipolaire<\/strong><\/p>\n<p>Les grandes alliances ne survivent pas pendant deux si\u00e8cles et demi gr\u00e2ce aux seuls int\u00e9r\u00eats mat\u00e9riels ; elles perdurent parce qu&rsquo;elles reposent sur des valeurs diplomatiques partag\u00e9es, une confiance construite dans la dur\u00e9e et une capacit\u00e9 permanente \u00e0 s&rsquo;adapter aux mutations du syst\u00e8me international.<\/p>\n<p>L&rsquo;entr\u00e9e dans le XXI\u1d49 si\u00e8cle marque un tournant majeur dans les relations internationales. La disparition du monde bipolaire, la mondialisation, les attentats du 11 septembre 2001, la mont\u00e9e de nouvelles puissances asiatiques, la r\u00e9volution num\u00e9rique, la transition \u00e9nerg\u00e9tique et les d\u00e9fis s\u00e9curitaires transnationaux ont profond\u00e9ment transform\u00e9 les priorit\u00e9s des \u00c9tats. Dans ce nouvel environnement, le partenariat entre le Royaume du Maroc et les \u00c9tats-Unis ne s&rsquo;est pas content\u00e9 de survivre ; il s&rsquo;est r\u00e9invent\u00e9.<\/p>\n<p>Sous le r\u00e8gne de <strong>Sa Majest\u00e9 le Roi Mohammed VI<\/strong>, la diplomatie marocaine a su conjuguer fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 une tradition historique vieille de plus de deux si\u00e8cles et adaptation aux nouvelles r\u00e9alit\u00e9s g\u00e9opolitiques. Cette continuit\u00e9 dans le changement constitue sans doute l&rsquo;une des principales raisons pour lesquelles Washington consid\u00e8re aujourd&rsquo;hui Rabat comme l&rsquo;un de ses partenaires les plus fiables en Afrique et dans le monde arabe.<\/p>\n<p><strong>La permanence comme doctrine diplomatique<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;un des enseignements majeurs de l&rsquo;histoire des relations maroco-am\u00e9ricaines est que le Maroc n&rsquo;a jamais con\u00e7u sa politique \u00e9trang\u00e8re comme une succession de r\u00e9actions aux \u00e9v\u00e9nements. Au contraire, elle s&rsquo;inscrit dans une vision de long terme o\u00f9 les int\u00e9r\u00eats permanents de l&rsquo;\u00c9tat priment sur les circonstances passag\u00e8res.<\/p>\n<p>Cette approche trouve son origine sous <strong>Sidi Mohammed Ben Abdallah<\/strong>, se consolide avec <strong>Mohammed V<\/strong>, s&rsquo;affirme sous <strong>Hassan II<\/strong> et conna\u00eet une nouvelle expression sous <strong>Mohammed VI<\/strong>. Elle repose sur quatre principes :<\/p>\n<ul>\n<li>La d\u00e9fense de la souverainet\u00e9 nationale ;<\/li>\n<li>La diversification des partenariats ;<\/li>\n<li>La recherche de la stabilit\u00e9 r\u00e9gionale ;<\/li>\n<li>Le dialogue comme instrument privil\u00e9gi\u00e9 de r\u00e8glement des diff\u00e9rends.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette remarquable continuit\u00e9 explique que les relations avec les \u00c9tats-Unis aient travers\u00e9 sans rupture les changements d&rsquo;administrations am\u00e9ricaines, les crises r\u00e9gionales et les transformations profondes du syst\u00e8me international.<\/p>\n<p><strong>Un partenariat fond\u00e9 sur la confiance<\/strong><\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature consacr\u00e9e aux alliances internationales, la notion de confiance est souvent \u00e9voqu\u00e9e mais rarement analys\u00e9e. Or elle constitue, selon nous, la v\u00e9ritable cl\u00e9 de compr\u00e9hension des relations maroco-am\u00e9ricaines.<\/p>\n<p>Depuis 1777, aucun conflit majeur n&rsquo;a oppos\u00e9 les deux \u00c9tats. Les divergences ponctuelles ont \u00e9t\u00e9 trait\u00e9es par la n\u00e9gociation, sans remettre en cause les fondements du partenariat. Cette permanence distingue la relation maroco-am\u00e9ricaine de nombreuses autres alliances conclues \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque.<\/p>\n<p>La confiance n&rsquo;est pas ici un simple sentiment ; elle est devenue un capital diplomatique accumul\u00e9 au fil des g\u00e9n\u00e9rations. Chaque p\u00e9riode historique a renforc\u00e9 ce capital : le trait\u00e9 de 1786, la rencontre entre Mohammed V et Franklin D. Roosevelt, la coop\u00e9ration durant la Guerre froide, l&rsquo;accord de libre-\u00e9change, la lutte commune contre le terrorisme et les initiatives de coop\u00e9ration en Afrique.<\/p>\n<p><strong>Le Maroc : une puissance de stabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;une des \u00e9volutions les plus significatives du partenariat contemporain r\u00e9side dans la mani\u00e8re dont les \u00c9tats-Unis per\u00e7oivent d\u00e9sormais le r\u00f4le r\u00e9gional du Maroc. Alors que le Royaume \u00e9tait autrefois consid\u00e9r\u00e9 principalement sous l&rsquo;angle de sa position g\u00e9ographique, il est aujourd&rsquo;hui reconnu comme un producteur de stabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Cette stabilit\u00e9 repose sur plusieurs facteurs : la continuit\u00e9 institutionnelle de la monarchie, une politique de r\u00e9formes graduelles, une diplomatie active et une strat\u00e9gie de coop\u00e9ration r\u00e9gionale. Dans un environnement marqu\u00e9 par les crises au Sahel, les tensions au Moyen-Orient et les d\u00e9fis s\u00e9curitaires transnationaux, cette capacit\u00e9 \u00e0 conjuguer stabilit\u00e9 interne et engagement international renforce la valeur strat\u00e9gique du partenariat.<\/p>\n<p>Comme vous l&rsquo;avez montr\u00e9 dans vos travaux sur la diplomatie religieuse marocaine, la projection internationale du Royaume ne repose pas uniquement sur des moyens mat\u00e9riels. Elle s&rsquo;appuie \u00e9galement sur un <strong>soft power<\/strong> original, fond\u00e9 sur la formation des imams, la promotion du rite malikite, de la doctrine acharite et du soufisme sunnite comme vecteurs de mod\u00e9ration, de dialogue et de pr\u00e9vention de l&rsquo;extr\u00e9misme (Chtatou, 2019 ; Chtatou, 2023).<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;Afrique au c\u0153ur du partenariat<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;orientation africaine de la diplomatie marocaine constitue probablement la transformation la plus importante des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies. Les investissements du Royaume, son retour au sein de l&rsquo;Union africaine, son engagement en faveur de la coop\u00e9ration Sud-Sud et ses initiatives \u00e9conomiques ont profond\u00e9ment modifi\u00e9 sa place sur le continent.<\/p>\n<p>Pour Washington, cette \u00e9volution rev\u00eat une importance strat\u00e9gique majeure. Les \u00c9tats-Unis voient dans le Maroc un partenaire capable de favoriser le d\u00e9veloppement, la stabilit\u00e9 et l&rsquo;int\u00e9gration \u00e9conomique en Afrique de l&rsquo;Ouest et au Sahel. Les projets d&rsquo;infrastructures, les partenariats bancaires, la coop\u00e9ration agricole et les programmes de formation illustrent cette convergence d&rsquo;int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<p>L&rsquo;Initiative Royale visant \u00e0 faciliter l&rsquo;acc\u00e8s des \u00c9tats sah\u00e9liens \u00e0 l&rsquo;oc\u00e9an Atlantique ouvre, \u00e0 cet \u00e9gard, des perspectives nouvelles. Elle traduit une vision o\u00f9 la g\u00e9ographie devient un levier de d\u00e9veloppement partag\u00e9 et o\u00f9 l&rsquo;espace atlantique est con\u00e7u comme un lieu de coop\u00e9ration plut\u00f4t que de comp\u00e9tition.<\/p>\n<p><strong>Une diplomatie de la vision<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;analyse des relations maroco-am\u00e9ricaines conduit \u00e0 une conclusion essentielle : leur long\u00e9vit\u00e9 ne peut \u00eatre expliqu\u00e9e uniquement par les int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques ou militaires. Elle tient avant tout \u00e0 la capacit\u00e9 des dirigeants des deux pays \u00e0 inscrire leurs d\u00e9cisions dans une perspective historique.<\/p>\n<p>Mohammed III comprit avant beaucoup d&rsquo;autres l&rsquo;\u00e9mergence des \u00c9tats-Unis comme nouvelle puissance maritime. Mohammed V sut percevoir l&rsquo;importance de son dialogue avec Roosevelt au moment o\u00f9 le monde pr\u00e9parait l&rsquo;apr\u00e8s-guerre. Hassan II fit du Maroc un acteur de m\u00e9diation pendant la Guerre froide. Mohammed VI, enfin, inscrit le partenariat dans les grands enjeux du XXI\u1d49 si\u00e8cle : l&rsquo;Afrique, l&rsquo;Atlantique, la transition \u00e9nerg\u00e9tique, la s\u00e9curit\u00e9 humaine et le d\u00e9veloppement durable.<\/p>\n<p>Cette continuit\u00e9 de la vision explique pourquoi la relation entre Rabat et Washington ne s&rsquo;est jamais limit\u00e9e \u00e0 une alliance de circonstance. Elle constitue un partenariat historique en constante r\u00e9invention.<\/p>\n<p><strong>Vers une communaut\u00e9 d&rsquo;int\u00e9r\u00eats atlantiques<\/strong><\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des relations bilat\u00e9rales, une nouvelle dimension appara\u00eet aujourd&rsquo;hui : celle de l&rsquo;Atlantique. Longtemps per\u00e7u comme une fronti\u00e8re maritime, l&rsquo;oc\u00e9an Atlantique redevient un espace d&rsquo;int\u00e9gration \u00e9conomique, \u00e9nerg\u00e9tique et strat\u00e9gique.<\/p>\n<p>Le Maroc, gr\u00e2ce \u00e0 sa position g\u00e9ographique et \u00e0 ses infrastructures, se pr\u00e9sente comme l&rsquo;un des principaux points d&rsquo;articulation entre l&rsquo;Europe, l&rsquo;Afrique et les Am\u00e9riques. Les \u00c9tats-Unis, puissance atlantique par excellence, partagent avec le Royaume un int\u00e9r\u00eat commun pour la s\u00e9curit\u00e9 des routes maritimes, la r\u00e9silience des cha\u00eenes logistiques, le d\u00e9veloppement des ports et la coop\u00e9ration avec les pays riverains.<\/p>\n<p>Cette convergence pourrait constituer le fondement d&rsquo;une nouvelle \u00e9tape des relations maroco-am\u00e9ricaines au cours des prochaines d\u00e9cennies.<\/p>\n<p><strong>VIII. Le Maroc et les \u00c9tats-Unis face aux d\u00e9fis du XXI\u1d49 si\u00e8cle : d&rsquo;une alliance historique \u00e0 un partenariat d&rsquo;avenir<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;histoire \u00e9claire le pr\u00e9sent, mais elle ne prend tout son sens que lorsqu&rsquo;elle permet de comprendre l&rsquo;avenir.<\/p>\n<p>Les relations entre le Royaume du Maroc et les \u00c9tats-Unis ne sauraient \u00eatre comprises \u00e0 travers le seul prisme de leur remarquable anciennet\u00e9. Si les deux pays c\u00e9l\u00e8brent en 2027 deux cent cinquante ann\u00e9es de relations diplomatiques ininterrompues, cette long\u00e9vit\u00e9 n&rsquo;aurait gu\u00e8re de signification si elle n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9e d&rsquo;une capacit\u00e9 constante \u00e0 se r\u00e9inventer. La v\u00e9ritable singularit\u00e9 de ce partenariat r\u00e9side pr\u00e9cis\u00e9ment dans cette aptitude \u00e0 transformer un h\u00e9ritage historique en un instrument de coop\u00e9ration face aux d\u00e9fis du XXI\u1d49 si\u00e8cle.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;heure o\u00f9 l&rsquo;ordre international conna\u00eet de profondes mutations \u2013 retour de la comp\u00e9tition entre grandes puissances, fragmentation des cha\u00eenes d&rsquo;approvisionnement, transition \u00e9nerg\u00e9tique, r\u00e9volution num\u00e9rique, changement climatique et instabilit\u00e9 croissante au Sahel \u2013 le Maroc et les \u00c9tats-Unis apparaissent comme deux acteurs dont les int\u00e9r\u00eats convergent sur un nombre croissant de dossiers strat\u00e9giques.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;Atlantique : de fronti\u00e8re maritime \u00e0 espace g\u00e9ostrat\u00e9gique<\/strong><\/p>\n<p>Pendant longtemps, l&rsquo;Atlantique fut envisag\u00e9 comme une simple voie de communication reliant les continents. Aujourd&rsquo;hui, il redevient un espace g\u00e9opolitique majeur. Les flux commerciaux, les c\u00e2bles sous-marins, les infrastructures portuaires, les routes \u00e9nerg\u00e9tiques et les nouvelles cha\u00eenes logistiques lui conf\u00e8rent une importance comparable \u00e0 celle qu&rsquo;il occupait au temps des grandes d\u00e9couvertes.<\/p>\n<p>Dans cette recomposition, le Maroc b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;un avantage g\u00e9ographique exceptionnel. Situ\u00e9 \u00e0 la jonction de l&rsquo;Europe, de l&rsquo;Afrique et de l&rsquo;Atlantique, il contr\u00f4le l&rsquo;une des principales portes d&rsquo;entr\u00e9e de la M\u00e9diterran\u00e9e tout en disposant d&rsquo;une fa\u00e7ade oc\u00e9anique qui s&rsquo;\u00e9tend sur plusieurs milliers de kilom\u00e8tres. Les investissements dans les infrastructures portuaires, ferroviaires et logistiques renforcent cette vocation atlantique.<\/p>\n<p>Pour les \u00c9tats-Unis, cette \u00e9volution rev\u00eat une importance strat\u00e9gique. La stabilit\u00e9 de l&rsquo;Atlantique ne d\u00e9pend plus uniquement des relations transatlantiques classiques ; elle implique d\u00e9sormais une coop\u00e9ration renforc\u00e9e avec les \u00c9tats africains riverains. Le Maroc est appel\u00e9 \u00e0 jouer un r\u00f4le central dans cette nouvelle architecture r\u00e9gionale.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;Afrique : un espace de convergence<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;Afrique est devenue l&rsquo;un des principaux terrains de convergence entre Rabat et Washington. Cette \u00e9volution est le fruit de deux dynamiques compl\u00e9mentaires.<\/p>\n<p>D&rsquo;une part, le Royaume a profond\u00e9ment r\u00e9orient\u00e9 sa politique \u00e9trang\u00e8re vers le continent africain, en privil\u00e9giant une coop\u00e9ration fond\u00e9e sur l&rsquo;investissement, le cod\u00e9veloppement et les partenariats institutionnels. D&rsquo;autre part, les \u00c9tats-Unis reconnaissent de plus en plus l&rsquo;importance strat\u00e9gique de l&rsquo;Afrique dans les domaines de la s\u00e9curit\u00e9, des ressources critiques, de la croissance d\u00e9mographique et des nouvelles technologies.<\/p>\n<p>Le Maroc occupe une position singuli\u00e8re dans cette convergence. Son exp\u00e9rience historique, sa proximit\u00e9 culturelle avec de nombreux pays africains et la cr\u00e9dibilit\u00e9 acquise gr\u00e2ce \u00e0 sa politique de coop\u00e9ration en font un partenaire privil\u00e9gi\u00e9 pour les initiatives visant \u00e0 promouvoir la stabilit\u00e9 et le d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>Comme vous l&rsquo;avez d\u00e9montr\u00e9 dans vos travaux sur la politique africaine du Royaume, cette strat\u00e9gie repose moins sur une logique d&rsquo;influence que sur une vision de solidarit\u00e9, d&rsquo;int\u00e9gration \u00e9conomique et de coop\u00e9ration Sud-Sud (Chtatou, 2023). Cette lecture contribue \u00e0 comprendre pourquoi le Maroc est aujourd&rsquo;hui per\u00e7u comme un acteur de confiance sur le continent.<\/p>\n<p><strong>Le Sahel : s\u00e9curit\u00e9 et d\u00e9veloppement<\/strong><\/p>\n<p>La r\u00e9gion sah\u00e9lienne constitue l&rsquo;un des principaux d\u00e9fis strat\u00e9giques du XXI\u1d49 si\u00e8cle. Les crises s\u00e9curitaires, les fragilit\u00e9s institutionnelles, les effets du changement climatique et les difficult\u00e9s \u00e9conomiques s&rsquo;y combinent pour cr\u00e9er un environnement particuli\u00e8rement complexe.<\/p>\n<p>Le Maroc d\u00e9fend une approche qui associe s\u00e9curit\u00e9, d\u00e9veloppement humain et coop\u00e9ration r\u00e9gionale. Cette vision rejoint plusieurs orientations de la politique am\u00e9ricaine, notamment en mati\u00e8re de pr\u00e9vention de l&rsquo;extr\u00e9misme violent, de renforcement des capacit\u00e9s institutionnelles et d&rsquo;investissement dans les infrastructures.<\/p>\n<p>L&rsquo;Initiative Royale visant \u00e0 offrir aux \u00c9tats du Sahel un acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;oc\u00e9an Atlantique illustre cette philosophie. Elle propose de transformer une contrainte g\u00e9ographique en opportunit\u00e9 \u00e9conomique en facilitant l&rsquo;int\u00e9gration r\u00e9gionale et l&rsquo;ouverture sur les march\u00e9s internationaux. Pour Washington, une telle initiative est susceptible de contribuer \u00e0 la r\u00e9silience \u00e9conomique de la r\u00e9gion et \u00e0 la diversification des partenariats africains.<\/p>\n<p><strong>Le soft power marocain : un levier strat\u00e9gique<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;une des contributions les plus originales du Maroc \u00e0 la stabilit\u00e9 r\u00e9gionale r\u00e9side dans sa capacit\u00e9 \u00e0 mobiliser des instruments de puissance non coercitifs. La diplomatie religieuse, la coop\u00e9ration universitaire, les \u00e9changes culturels et les investissements dans le capital humain compl\u00e8tent les dimensions plus traditionnelles de la politique \u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n<p>Dans ce domaine, les travaux que vous avez consacr\u00e9s \u00e0 la formation des imams, \u00e0 la diffusion d&rsquo;un islam malikite, acharite et soufi ainsi qu&rsquo;au r\u00f4le du Maroc dans la promotion d&rsquo;un discours religieux mod\u00e9r\u00e9 offrent un \u00e9clairage particuli\u00e8rement pr\u00e9cieux (Chtatou, 2019). Ils montrent que le Royaume a d\u00e9velopp\u00e9 une conception de la s\u00e9curit\u00e9 qui ne se limite pas \u00e0 la r\u00e9ponse militaire, mais int\u00e8gre \u00e9galement les dimensions intellectuelle, \u00e9ducative et spirituelle.<\/p>\n<p>Cette approche suscite un int\u00e9r\u00eat croissant de la part des partenaires internationaux, y compris des \u00c9tats-Unis, qui y voient un compl\u00e9ment indispensable aux strat\u00e9gies classiques de lutte contre l&rsquo;extr\u00e9misme.<\/p>\n<p><strong>Les d\u00e9fis de demain<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;approche du milieu du XXI\u1d49 si\u00e8cle, plusieurs domaines devraient structurer la coop\u00e9ration maroco-am\u00e9ricaine :<\/p>\n<ul>\n<li>La transition \u00e9nerg\u00e9tique, notamment dans les secteurs de l&rsquo;hydrog\u00e8ne vert et des \u00e9nergies renouvelables ;<\/li>\n<li>Les technologies num\u00e9riques, l&rsquo;intelligence artificielle et la cybers\u00e9curit\u00e9 ;<\/li>\n<li>La s\u00e9curisation des cha\u00eenes d&rsquo;approvisionnement strat\u00e9giques ;<\/li>\n<li>La coop\u00e9ration universitaire et scientifique ;<\/li>\n<li>La gestion durable des ressources en eau ;<\/li>\n<li>La s\u00e9curit\u00e9 maritime et la protection des infrastructures critiques ;<\/li>\n<li>La r\u00e9silience alimentaire face aux changements climatiques.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces d\u00e9fis exigent des partenariats fond\u00e9s sur la confiance, la stabilit\u00e9 et une vision \u00e0 long terme. \u00c0 cet \u00e9gard, les deux cent cinquante ann\u00e9es d&rsquo;amiti\u00e9 entre le Maroc et les \u00c9tats-Unis constituent moins un h\u00e9ritage qu&rsquo;un capital diplomatique appel\u00e9 \u00e0 produire de nouveaux effets dans les d\u00e9cennies \u00e0 venir.<\/p>\n<ol>\n<li><strong> La diplomatie de la dur\u00e9e : le mod\u00e8le maroco-am\u00e9ricain dans les relations internationales<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>Les alliances conclues sous l&rsquo;effet des circonstances disparaissent avec elles ; celles qui reposent sur une vision traversent les si\u00e8cles.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude des relations internationales privil\u00e9gie g\u00e9n\u00e9ralement les ruptures : les guerres, les r\u00e9volutions, les crises \u00e9conomiques ou les changements de r\u00e9gime. Les historiens et les politologues analysent les facteurs qui expliquent la naissance ou la disparition des alliances. Plus rares sont les travaux qui cherchent \u00e0 comprendre pourquoi certaines relations diplomatiques survivent pendant plusieurs si\u00e8cles sans perdre leur coh\u00e9rence fondamentale.<\/p>\n<p>\u00c0 cet \u00e9gard, les relations entre le Royaume du Maroc et les \u00c9tats-Unis constituent un cas d&rsquo;\u00e9tude exceptionnel. Depuis la reconnaissance de l&rsquo;ind\u00e9pendance am\u00e9ricaine par le Sultan Sidi Mohammed Ben Abdallah en 1777, les deux \u00c9tats ont connu des contextes historiques radicalement diff\u00e9rents : la R\u00e9volution fran\u00e7aise, les guerres napol\u00e9oniennes, l&rsquo;expansion coloniale, les deux guerres mondiales, la Guerre froide, la mondialisation, les attentats du 11 septembre, les transformations du monde num\u00e9rique et l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un ordre international multipolaire. Pourtant, leur relation n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 interrompue.<\/p>\n<p>Cette permanence ne peut \u00eatre expliqu\u00e9e par la seule convergence d&rsquo;int\u00e9r\u00eats. Les int\u00e9r\u00eats changent ; les circonstances \u00e9voluent ; les priorit\u00e9s strat\u00e9giques se d\u00e9placent. Ce qui demeure, en revanche, ce sont certaines constantes diplomatiques qui ont progressivement fa\u00e7onn\u00e9 une v\u00e9ritable <strong>culture de la confiance<\/strong>.<\/p>\n<p><strong>Une alliance entre deux \u00c9tats de tradition<\/strong><\/p>\n<p>Le premier facteur de cette continuit\u00e9 r\u00e9side dans la nature m\u00eame des deux \u00c9tats.<\/p>\n<p>Le Maroc est l&rsquo;une des plus anciennes monarchies encore en exercice au monde. Depuis plus de douze si\u00e8cles, l&rsquo;institution monarchique assure la continuit\u00e9 de l&rsquo;\u00c9tat, ind\u00e9pendamment des changements de souverains. Cette stabilit\u00e9 institutionnelle favorise une politique \u00e9trang\u00e8re fond\u00e9e sur le temps long.<\/p>\n<p>Les \u00c9tats-Unis, bien que beaucoup plus r\u00e9cents, pr\u00e9sentent une caract\u00e9ristique comparable. Leur Constitution de 1787, toujours en vigueur, a permis une remarquable continuit\u00e9 des institutions r\u00e9publicaines. Les administrations se succ\u00e8dent, mais les principes fondamentaux de l&rsquo;\u00c9tat demeurent.<\/p>\n<p>Ainsi, malgr\u00e9 leurs diff\u00e9rences de r\u00e9gime politique, les deux pays partagent une m\u00eame culture de la permanence institutionnelle.<\/p>\n<p><strong>La souverainet\u00e9 comme principe fondateur<\/strong><\/p>\n<p>Une deuxi\u00e8me convergence appara\u00eet dans la mani\u00e8re dont le Maroc et les \u00c9tats-Unis con\u00e7oivent la souverainet\u00e9.<\/p>\n<p>Le Royaume ch\u00e9rifien n&rsquo;a jamais accept\u00e9 de renoncer \u00e0 son identit\u00e9 politique, m\u00eame durant les p\u00e9riodes de fortes pressions ext\u00e9rieures. De son c\u00f4t\u00e9, la naissance des \u00c9tats-Unis proc\u00e8de pr\u00e9cis\u00e9ment d&rsquo;une affirmation de la souverainet\u00e9 nationale face \u00e0 la domination coloniale.<\/p>\n<p>Cette exp\u00e9rience historique explique pourquoi les deux \u00c9tats accordent une importance particuli\u00e8re au respect de l&rsquo;ind\u00e9pendance politique des nations.<\/p>\n<p>Le partenariat maroco-am\u00e9ricain n&rsquo;a jamais repos\u00e9 sur une logique de domination. Il s&rsquo;est construit sur la reconnaissance mutuelle de la l\u00e9gitimit\u00e9 de l&rsquo;autre.<\/p>\n<p><strong>Le pragmatisme diplomatique<\/strong><\/p>\n<p>Une troisi\u00e8me caract\u00e9ristique commune r\u00e9side dans le pragmatisme.<\/p>\n<p>Depuis Mohammed III, la diplomatie marocaine privil\u00e9gie le dialogue, la n\u00e9gociation et la diversification des partenariats. Les \u00c9tats-Unis, de leur c\u00f4t\u00e9, ont souvent adapt\u00e9 leurs alliances aux r\u00e9alit\u00e9s g\u00e9opolitiques du moment, tout en recherchant des partenaires capables d&rsquo;assurer la stabilit\u00e9 r\u00e9gionale.<\/p>\n<p>Ce pragmatisme explique que les deux pays aient su d\u00e9passer leurs divergences ponctuelles sans remettre en cause leur coop\u00e9ration de fond.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;Atlantique comme espace commun<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;une des id\u00e9es centrales de cet ouvrage est que l&rsquo;Atlantique ne constitue pas seulement un espace g\u00e9ographique ; il est un espace historique partag\u00e9.<\/p>\n<p>Le Maroc est souvent pr\u00e9sent\u00e9 comme un pays m\u00e9diterran\u00e9en, arabe, africain ou amazigh. Toutes ces dimensions sont essentielles. Mais il est \u00e9galement une nation atlantique depuis des si\u00e8cles.<\/p>\n<p>Les \u00c9tats-Unis sont, eux aussi, une puissance fa\u00e7onn\u00e9e par l&rsquo;Atlantique.<\/p>\n<p>Cette communaut\u00e9 g\u00e9ographique a progressivement produit une communaut\u00e9 strat\u00e9gique. Les routes maritimes, les \u00e9changes commerciaux, la s\u00e9curit\u00e9 des d\u00e9troits, les infrastructures portuaires et les nouvelles cha\u00eenes logistiques renforcent aujourd&rsquo;hui encore cette proximit\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;Atlantique appara\u00eet ainsi comme le v\u00e9ritable fil conducteur des relations maroco-am\u00e9ricaines.<\/p>\n<p><strong>Une diplomatie fond\u00e9e sur la confiance<\/strong><\/p>\n<p>La confiance constitue probablement la ressource la plus pr\u00e9cieuse des relations internationales. Elle ne se d\u00e9cr\u00e8te pas ; elle se construit.<\/p>\n<p>Depuis pr\u00e8s de deux cent cinquante ans, chaque g\u00e9n\u00e9ration de dirigeants marocains et am\u00e9ricains a re\u00e7u en h\u00e9ritage un capital de confiance accumul\u00e9 par les g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes.<\/p>\n<p>Mohammed III l&rsquo;a initi\u00e9.<\/p>\n<p>Mohammed V l&rsquo;a renouvel\u00e9.<\/p>\n<p>Hassan II l&rsquo;a consolid\u00e9.<\/p>\n<p>Mohammed VI l&rsquo;a \u00e9largi aux nouveaux enjeux de la mondialisation.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 am\u00e9ricain, de George Washington \u00e0 l&rsquo;administration contemporaine, cette continuit\u00e9 est tout aussi remarquable.<\/p>\n<p><strong>Une le\u00e7on pour les relations internationales<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;exp\u00e9rience maroco-am\u00e9ricaine invite \u00e0 nuancer certaines th\u00e9ories r\u00e9alistes des relations internationales selon lesquelles les alliances ne seraient que l&rsquo;expression temporaire de rapports de force.<\/p>\n<p>Elle montre qu&rsquo;il existe \u00e9galement des relations construites autour de la m\u00e9moire, des institutions, de la confiance et de la permanence.<\/p>\n<p>Autrement dit, la puissance n&rsquo;est pas uniquement mat\u00e9rielle.<\/p>\n<p>Elle est aussi historique.<\/p>\n<p>Un \u00c9tat qui respecte ses engagements pendant deux si\u00e8cles acquiert une cr\u00e9dibilit\u00e9 que les ressources militaires seules ne sauraient procurer.<\/p>\n<p>Le Maroc illustre parfaitement cette id\u00e9e.<\/p>\n<p>Les \u00c9tats-Unis en sont \u00e9galement un exemple.<\/p>\n<p><strong>Vers une th\u00e9orie de la diplomatie de la dur\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 la lumi\u00e8re de cette \u00e9tude, il est possible de proposer le concept de <strong>diplomatie de la dur\u00e9e<\/strong>.<\/p>\n<p>Cette notion d\u00e9signe une politique \u00e9trang\u00e8re caract\u00e9ris\u00e9e par :<\/p>\n<ul>\n<li>La continuit\u00e9 des objectifs fondamentaux ;<\/li>\n<li>Le respect des engagements internationaux ;<\/li>\n<li>L\u2019adaptation permanente aux mutations g\u00e9opolitiques ;<\/li>\n<li>La recherche du dialogue plut\u00f4t que de la confrontation ;<\/li>\n<li>L\u2019investissement dans la confiance comme ressource strat\u00e9gique.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le partenariat entre Rabat et Washington offre une illustration particuli\u00e8rement convaincante de cette approche.<\/p>\n<p>Il montre que la stabilit\u00e9 internationale ne repose pas uniquement sur les \u00e9quilibres de puissance ; elle d\u00e9pend \u00e9galement de la capacit\u00e9 des \u00c9tats \u00e0 construire des relations durables fond\u00e9es sur la cr\u00e9dibilit\u00e9, la pr\u00e9visibilit\u00e9 et le respect mutuel.<\/p>\n<ol>\n<li><strong> Le Royaume du Maroc et les \u00c9tats-Unis : une communaut\u00e9 strat\u00e9gique de destin<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>Les relations internationales ne sont pas seulement une affaire d&rsquo;int\u00e9r\u00eats ; elles sont aussi une affaire de m\u00e9moire, de confiance et de vision.<\/p>\n<p>\u00c0 premi\u00e8re vue, tout semble opposer le Royaume du Maroc et les \u00c9tats-Unis d&rsquo;Am\u00e9rique. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, une monarchie pluris\u00e9culaire dont les racines plongent dans plus de douze si\u00e8cles d&rsquo;histoire. De l&rsquo;autre, une r\u00e9publique n\u00e9e de la R\u00e9volution am\u00e9ricaine, symbole de la modernit\u00e9 politique occidentale. L&rsquo;une s&rsquo;inscrit dans la continuit\u00e9 dynastique ; l&rsquo;autre dans l&rsquo;alternance d\u00e9mocratique. L&rsquo;une appartient pleinement au monde africain, arabe et m\u00e9diterran\u00e9en ; l&rsquo;autre est une puissance continentale de l&rsquo;Am\u00e9rique du Nord.<\/p>\n<p>Pourtant, cette lecture est trompeuse. Car derri\u00e8re ces diff\u00e9rences institutionnelles et culturelles se cache une remarquable proximit\u00e9 dans la mani\u00e8re dont les deux \u00c9tats con\u00e7oivent leur place dans le monde.<\/p>\n<p><strong>Deux \u00c9tats tourn\u00e9s vers l&rsquo;avenir<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;histoire du Maroc est souvent pr\u00e9sent\u00e9e comme celle d&rsquo;un \u00c9tat h\u00e9ritier d&rsquo;une longue tradition. Cette vision est juste, mais incompl\u00e8te. Depuis Mohammed III, la diplomatie marocaine se caract\u00e9rise \u00e9galement par une \u00e9tonnante capacit\u00e9 d&rsquo;anticipation.<\/p>\n<p>La reconnaissance des \u00c9tats-Unis en 1777 en constitue la premi\u00e8re illustration. Le Sultan comprit avant de nombreuses puissances europ\u00e9ennes que la jeune R\u00e9publique am\u00e9ricaine deviendrait un acteur majeur du syst\u00e8me international. Cette d\u00e9cision ne r\u00e9pondait pas \u00e0 une logique id\u00e9ologique, mais \u00e0 une lecture prospective des transformations de l&rsquo;\u00e9quilibre mondial.<\/p>\n<p>Les \u00c9tats-Unis eux-m\u00eames sont n\u00e9s d&rsquo;une vision tourn\u00e9e vers l&rsquo;avenir. D\u00e8s leurs premi\u00e8res ann\u00e9es d&rsquo;existence, leurs dirigeants comprirent que leur s\u00e9curit\u00e9 et leur prosp\u00e9rit\u00e9 d\u00e9pendraient de leur capacit\u00e9 \u00e0 \u00e9tablir des partenariats stables avec des puissances partageant une m\u00eame conception du commerce, de la navigation et du droit international.<\/p>\n<p>Ainsi, d\u00e8s l&rsquo;origine, les deux pays furent li\u00e9s par une m\u00eame qualit\u00e9 diplomatique : la capacit\u00e9 \u00e0 penser au-del\u00e0 des circonstances imm\u00e9diates.<\/p>\n<p><strong>La confiance comme ressource strat\u00e9gique<\/strong><\/p>\n<p>Les sciences politiques parlent abondamment de puissance \u00e9conomique, de puissance militaire ou de puissance technologique. Plus rarement, elles s&rsquo;int\u00e9ressent \u00e0 la confiance comme ressource strat\u00e9gique.<\/p>\n<p>Or l&rsquo;histoire des relations maroco-am\u00e9ricaines montre que la confiance peut produire des effets aussi d\u00e9terminants que les ressources mat\u00e9rielles.<\/p>\n<p>Cette confiance ne r\u00e9sulte pas d&rsquo;une proximit\u00e9 culturelle particuli\u00e8re. Elle est le produit d&rsquo;une accumulation historique.<\/p>\n<p>Chaque g\u00e9n\u00e9ration de responsables marocains et am\u00e9ricains a transmis \u00e0 la suivante un patrimoine diplomatique fond\u00e9 sur la cr\u00e9dibilit\u00e9, le respect des engagements et la recherche du dialogue.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;heure o\u00f9 de nombreuses alliances sont fragilis\u00e9es par les changements politiques internes, cette continuit\u00e9 constitue un avantage strat\u00e9gique majeur.<\/p>\n<p><strong>Le Maroc : puissance d&rsquo;\u00e9quilibre<\/strong><\/p>\n<p>Depuis plusieurs d\u00e9cennies, la diplomatie marocaine d\u00e9veloppe une politique d&rsquo;\u00e9quilibre qui lui permet d&rsquo;entretenir des relations privil\u00e9gi\u00e9es avec l&rsquo;Europe, les \u00c9tats-Unis, les pays africains, le monde arabe et plusieurs puissances asiatiques.<\/p>\n<p>Cette strat\u00e9gie ne proc\u00e8de pas d&rsquo;une logique de neutralit\u00e9, mais d&rsquo;une volont\u00e9 de pr\u00e9server l&rsquo;autonomie de d\u00e9cision du Royaume.<\/p>\n<p>Dans un syst\u00e8me international devenu multipolaire, cette capacit\u00e9 d&rsquo;\u00e9quilibre repr\u00e9sente un atout consid\u00e9rable.<\/p>\n<p>Pour Washington, un partenaire capable de dialoguer avec des acteurs tr\u00e8s divers constitue un relais diplomatique pr\u00e9cieux.<\/p>\n<p>Pour Rabat, l&rsquo;amiti\u00e9 avec les \u00c9tats-Unis s&rsquo;inscrit dans une politique \u00e9trang\u00e8re ouverte, fond\u00e9e sur la diversification des partenariats sans renoncer \u00e0 ses int\u00e9r\u00eats fondamentaux.<\/p>\n<p><strong>Le partenariat au service de l&rsquo;Afrique<\/strong><\/p>\n<p>Le XXI\u1d49 si\u00e8cle sera largement d\u00e9termin\u00e9 par les transformations du continent africain.<\/p>\n<p>Croissance d\u00e9mographique, urbanisation, transition \u00e9nerg\u00e9tique, infrastructures, s\u00e9curit\u00e9 alimentaire, num\u00e9rique : autant de d\u00e9fis qui exigeront des partenariats innovants.<\/p>\n<p>Le Maroc poss\u00e8de plusieurs atouts majeurs :<\/p>\n<ul>\n<li>Sa proximit\u00e9 g\u00e9ographique avec l&rsquo;Europe ;<\/li>\n<li>Son enracinement africain ;<\/li>\n<li>Son ouverture sur l&rsquo;Atlantique ;<\/li>\n<li>Son exp\u00e9rience en mati\u00e8re de coop\u00e9ration Sud-Sud ;<\/li>\n<li>La cr\u00e9dibilit\u00e9 acquise gr\u00e2ce \u00e0 ses investissements sur le continent.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les \u00c9tats-Unis disposent, quant \u00e0 eux, de capacit\u00e9s scientifiques, technologiques, financi\u00e8res et universitaires consid\u00e9rables.<\/p>\n<p>La compl\u00e9mentarit\u00e9 appara\u00eet donc \u00e9vidente.<\/p>\n<p>L&rsquo;avenir du partenariat maroco-am\u00e9ricain ne se jouera pas uniquement entre Rabat et Washington.<\/p>\n<p>Il se construira \u00e9galement \u00e0 Dakar, Abidjan, Lagos, Nouakchott, Accra, Cotonou et dans l&rsquo;ensemble de l&rsquo;espace atlantique africain.<\/p>\n<p><strong>Les nouvelles fronti\u00e8res de la coop\u00e9ration<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;histoire commune des deux pays ouvre aujourd&rsquo;hui des perspectives in\u00e9dites.<\/p>\n<p>Parmi les domaines les plus prometteurs figurent :<\/p>\n<ul>\n<li>L\u2019intelligence artificielle appliqu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation et \u00e0 la sant\u00e9 ;<\/li>\n<li>La cybers\u00e9curit\u00e9 et la protection des infrastructures critiques ;<\/li>\n<li>Les technologies spatiales et l&rsquo;observation de la Terre ;<\/li>\n<li>Les \u00e9nergies renouvelables et l&rsquo;hydrog\u00e8ne vert ;<\/li>\n<li>La gestion durable de l&rsquo;eau ;<\/li>\n<li>La recherche m\u00e9dicale ;<\/li>\n<li>Les universit\u00e9s et les centres d&rsquo;innovation ;<\/li>\n<li>Les industries de haute technologie ;<\/li>\n<li>Les cha\u00eenes d&rsquo;approvisionnement en min\u00e9raux critiques.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces nouveaux champs de coop\u00e9ration montrent que la relation maroco-am\u00e9ricaine est loin d&rsquo;avoir atteint sa maturit\u00e9.<\/p>\n<p>Elle entre probablement dans sa phase la plus prometteuse.<\/p>\n<p><strong>Une alliance fond\u00e9e sur les valeurs diplomatiques<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;analyse de deux si\u00e8cles et demi d&rsquo;histoire conduit finalement \u00e0 une conclusion simple.<\/p>\n<p>Ce qui unit le Maroc et les \u00c9tats-Unis n&rsquo;est pas une identit\u00e9 politique.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas une identit\u00e9 religieuse.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas une identit\u00e9 culturelle.<\/p>\n<p>C&rsquo;est une <strong>culture diplomatique<\/strong>.<\/p>\n<p>Une culture qui privil\u00e9gie :<\/p>\n<ul>\n<li>La parole donn\u00e9e ;<\/li>\n<li>Le respect des trait\u00e9s ;<\/li>\n<li>La continuit\u00e9 de l&rsquo;\u00c9tat ;<\/li>\n<li>La libert\u00e9 du commerce ;<\/li>\n<li>Le dialogue entre les nations ;<\/li>\n<li>La recherche de la stabilit\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette culture explique pourquoi la relation entre les deux pays a r\u00e9sist\u00e9 aux changements de r\u00e9gimes, aux guerres mondiales, aux crises \u00e9conomiques et aux profondes transformations du syst\u00e8me international.<\/p>\n<ol>\n<li><strong> Le Maroc et les \u00c9tats-Unis : une philosophie de la confiance dans les relations internationales<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p><em>\u00ab La confiance est la seule richesse diplomatique qui augmente lorsqu&rsquo;elle est partag\u00e9e. \u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong>Au-del\u00e0 de la g\u00e9opolitique<\/strong><\/p>\n<p>Les relations entre le Royaume du Maroc et les \u00c9tats-Unis sont g\u00e9n\u00e9ralement \u00e9tudi\u00e9es sous trois angles : l&rsquo;histoire, la diplomatie ou la g\u00e9ostrat\u00e9gie. Chacune de ces approches \u00e9claire une partie de la r\u00e9alit\u00e9, mais aucune ne permet, \u00e0 elle seule, d&rsquo;expliquer la permanence exceptionnelle de ce partenariat.<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire d\u00e9crit les \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n<p>La diplomatie analyse les d\u00e9cisions.<\/p>\n<p>La g\u00e9opolitique explique les int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<p>Mais une question demeure :<\/p>\n<p><strong>Pourquoi deux \u00c9tats si diff\u00e9rents ont-ils choisi, pendant deux cent cinquante ans, de pr\u00e9server une relation fond\u00e9e sur la confiance plut\u00f4t que sur la seule convergence des int\u00e9r\u00eats ?<\/strong><\/p>\n<p>Cette interrogation nous conduit vers une dimension rarement explor\u00e9e : la philosophie politique de la confiance.<\/p>\n<p><strong>La confiance comme institution<\/strong><\/p>\n<p>Dans la plupart des th\u00e9ories classiques des relations internationales, la confiance est consid\u00e9r\u00e9e comme une cons\u00e9quence de la coop\u00e9ration.<\/p>\n<p>L&rsquo;exp\u00e9rience maroco-am\u00e9ricaine sugg\u00e8re une hypoth\u00e8se inverse.<\/p>\n<p>La coop\u00e9ration durable est possible parce que la confiance devient progressivement une institution.<\/p>\n<p>\u00c0 partir du moment o\u00f9 deux \u00c9tats respectent syst\u00e9matiquement leurs engagements, chaque nouveau trait\u00e9 co\u00fbte moins cher politiquement.<\/p>\n<p>Chaque accord devient plus facile.<\/p>\n<p>Chaque crise est plus simple \u00e0 g\u00e9rer.<\/p>\n<p>Le temps transforme alors la confiance en capital diplomatique.<\/p>\n<p>Cette id\u00e9e m\u00e9rite, selon nous, d&rsquo;\u00eatre int\u00e9gr\u00e9e aux grandes th\u00e9ories contemporaines des relations internationales.<\/p>\n<p><strong>Le poids de la m\u00e9moire<\/strong><\/p>\n<p>Les nations poss\u00e8dent une m\u00e9moire.<\/p>\n<p>Les institutions poss\u00e8dent \u00e9galement une m\u00e9moire.<\/p>\n<p>Les diplomaties encore davantage.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;un responsable am\u00e9ricain rencontre aujourd&rsquo;hui son homologue marocain, il ne repart pas de z\u00e9ro.<\/p>\n<p>Il h\u00e9rite de deux si\u00e8cles et demi d&rsquo;exp\u00e9riences communes.<\/p>\n<p>Il h\u00e9rite du trait\u00e9 de 1787.<\/p>\n<p>Il h\u00e9rite de Tanger.<\/p>\n<p>Il h\u00e9rite de Roosevelt.<\/p>\n<p>Il h\u00e9rite de Mohammed V.<\/p>\n<p>Il h\u00e9rite de Hassan II.<\/p>\n<p>Il h\u00e9rite de Mohammed VI.<\/p>\n<p>Cette m\u00e9moire collective r\u00e9duit consid\u00e9rablement l&rsquo;incertitude qui caract\u00e9rise habituellement les relations internationales.<\/p>\n<p>Elle constitue un avantage strat\u00e9gique rarement mesur\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Une alliance sans domination<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;une des caract\u00e9ristiques les plus remarquables des relations maroco-am\u00e9ricaines est l&rsquo;absence de logique imp\u00e9riale dans leur fondement.<\/p>\n<p>Le trait\u00e9 de 1786 fut n\u00e9goci\u00e9 entre deux \u00c9tats souverains.<\/p>\n<p>Le Maroc ne fut jamais une colonie am\u00e9ricaine.<\/p>\n<p>Les \u00c9tats-Unis ne cherch\u00e8rent jamais \u00e0 transformer le Royaume en protectorat.<\/p>\n<p>Inversement, le Maroc ne consid\u00e9ra jamais son rapprochement avec Washington comme incompatible avec le maintien de sa pleine souverainet\u00e9.<\/p>\n<p>Cette \u00e9galit\u00e9 fondamentale explique sans doute une partie de la solidit\u00e9 du partenariat.<\/p>\n<p>Les alliances fond\u00e9es sur la contrainte disparaissent souvent avec celle-ci.<\/p>\n<p>Les alliances fond\u00e9es sur le consentement r\u00e9sistent davantage \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve du temps.<\/p>\n<p><strong>Le r\u00f4le de la monarchie<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;analyse historique montre \u00e9galement combien la monarchie marocaine a jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant dans cette continuit\u00e9.<\/p>\n<p>Mohammed III.<\/p>\n<p>Moulay Slimane.<\/p>\n<p>Mohammed IV.<\/p>\n<p>Hassan Ier.<\/p>\n<p>Mohammed V.<\/p>\n<p>Hassan II.<\/p>\n<p>Mohammed VI.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 des contextes historiques radicalement diff\u00e9rents, tous ont consid\u00e9r\u00e9 que la relation avec les \u00c9tats-Unis constituait un \u00e9l\u00e9ment important de la politique ext\u00e9rieure du Royaume.<\/p>\n<p>Cette permanence d\u00e9passe les personnes.<\/p>\n<p>Elle traduit une v\u00e9ritable culture d&rsquo;\u00c9tat.<\/p>\n<p><strong>Le r\u00f4le des institutions am\u00e9ricaines<\/strong><\/p>\n<p>Une continuit\u00e9 comparable existe du c\u00f4t\u00e9 am\u00e9ricain.<\/p>\n<p>Les pr\u00e9sidents changent.<\/p>\n<p>Les majorit\u00e9s politiques \u00e9voluent.<\/p>\n<p>Les priorit\u00e9s strat\u00e9giques se transforment.<\/p>\n<p>Mais certaines constantes demeurent :<\/p>\n<ul>\n<li>Le respect du trait\u00e9 de 1787 ;<\/li>\n<li>L\u2019int\u00e9r\u00eat pour la stabilit\u00e9 du Maroc ;<\/li>\n<li>La reconnaissance de son importance g\u00e9ostrat\u00e9gique ;<\/li>\n<li>La volont\u00e9 de d\u00e9velopper la coop\u00e9ration \u00e9conomique et s\u00e9curitaire.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ainsi, la continuit\u00e9 ne r\u00e9sulte pas uniquement des dirigeants.<\/p>\n<p>Elle proc\u00e8de \u00e9galement de la solidit\u00e9 des institutions.<\/p>\n<p><strong>Une le\u00e7on pour le XXI\u1d49 si\u00e8cle<\/strong><\/p>\n<p>Le monde contemporain est marqu\u00e9 par une multiplication des crises.<\/p>\n<p>Conflits r\u00e9gionaux.<\/p>\n<p>Transitions \u00e9nerg\u00e9tiques.<\/p>\n<p>R\u00e9volution num\u00e9rique.<\/p>\n<p>Changement climatique.<\/p>\n<p>Instabilit\u00e9 des cha\u00eenes logistiques.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, la confiance redevient une ressource strat\u00e9gique majeure.<\/p>\n<p>Les \u00c9tats capables de construire des partenariats durables disposeront d&rsquo;un avantage d\u00e9cisif.<\/p>\n<p>L&rsquo;exp\u00e9rience maroco-am\u00e9ricaine montre que cette confiance ne se construit ni en quelques ann\u00e9es ni par des d\u00e9clarations d&rsquo;intention.<\/p>\n<p>Elle r\u00e9sulte d&rsquo;un travail patient, poursuivi g\u00e9n\u00e9ration apr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<p><strong>\u00c9PILOGUE<\/strong><\/p>\n<p><strong>Deux si\u00e8cles et demi d&rsquo;amiti\u00e9 : le Maroc et les \u00c9tats-Unis, une le\u00e7on pour les relations internationales<\/strong><\/p>\n<p>Le temps est le juge supr\u00eame des alliances. Celles qui survivent aux si\u00e8cles ne reposent ni sur la force seule ni sur les circonstances, mais sur la confiance, la cr\u00e9dibilit\u00e9 et une vision partag\u00e9e de l&rsquo;avenir.<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire des relations internationales est jalonn\u00e9e d&rsquo;alliances c\u00e9l\u00e8bres qui ont fa\u00e7onn\u00e9 leur \u00e9poque avant de dispara\u00eetre sous l&rsquo;effet des guerres, des rivalit\u00e9s ou des bouleversements g\u00e9opolitiques. La Sainte-Alliance, le Concert europ\u00e9en, la Triple-Entente ou encore les alliances de circonstance des deux guerres mondiales illustrent le caract\u00e8re souvent transitoire des rapprochements entre \u00c9tats.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, la relation entre le Royaume du Maroc et les \u00c9tats-Unis d&rsquo;Am\u00e9rique se distingue par une remarquable continuit\u00e9. Depuis la reconnaissance de l&rsquo;ind\u00e9pendance am\u00e9ricaine par le Sultan <strong>Sidi Mohammed Ben Abdallah<\/strong> en d\u00e9cembre 1777 jusqu&rsquo;aux c\u00e9l\u00e9brations du deux cent cinquanti\u00e8me anniversaire en 2027, jamais les deux \u00c9tats n&rsquo;ont rompu leurs relations diplomatiques. Peu de partenariats bilat\u00e9raux peuvent revendiquer une telle permanence.<\/p>\n<p>Cette long\u00e9vit\u00e9 ne rel\u00e8ve pas du hasard. Elle est le r\u00e9sultat d&rsquo;une construction historique o\u00f9 la confiance s&rsquo;est progressivement substitu\u00e9e \u00e0 la simple convergence d&rsquo;int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<p><strong>Le temps comme acteur diplomatique<\/strong><\/p>\n<p>Les th\u00e9ories classiques des relations internationales mettent g\u00e9n\u00e9ralement l&rsquo;accent sur la puissance, les capacit\u00e9s militaires, les ressources \u00e9conomiques ou les contraintes du syst\u00e8me international. Ces variables sont essentielles. Elles n&rsquo;\u00e9puisent cependant pas la compr\u00e9hension de certaines relations bilat\u00e9rales.<\/p>\n<p>Le cas maroco-am\u00e9ricain invite \u00e0 r\u00e9habiliter une variable souvent n\u00e9glig\u00e9e : <strong>le temps<\/strong>.<\/p>\n<p>Le temps permet l&rsquo;accumulation de la confiance.<\/p>\n<p>Il transforme les pr\u00e9c\u00e9dents diplomatiques en habitudes de coop\u00e9ration.<\/p>\n<p>Il convertit les engagements en cr\u00e9dibilit\u00e9.<\/p>\n<p>Il fait na\u00eetre une m\u00e9moire commune qui r\u00e9duit les incertitudes.<\/p>\n<p>Dans cette perspective, le temps n&rsquo;est pas seulement un cadre chronologique ; il devient un v\u00e9ritable acteur des relations internationales.<\/p>\n<p><strong>La diplomatie de la permanence<\/strong><\/p>\n<p>Tout au long de cet ouvrage, une id\u00e9e s&rsquo;est progressivement impos\u00e9e : la relation entre Rabat et Washington illustre ce que nous avons propos\u00e9 d&rsquo;appeler <strong>la diplomatie de la dur\u00e9e<\/strong>.<\/p>\n<p>Cette diplomatie repose sur plusieurs piliers :<\/p>\n<ul>\n<li>La permanence des institutions ;<\/li>\n<li>La fid\u00e9lit\u00e9 aux engagements internationaux ;<\/li>\n<li>L\u2019adaptation aux changements g\u00e9opolitiques sans renoncer aux principes fondamentaux ;<\/li>\n<li>Le respect mutuel de la souverainet\u00e9 ;<\/li>\n<li>La recherche constante du dialogue.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces \u00e9l\u00e9ments expliquent pourquoi le partenariat maroco-am\u00e9ricain a travers\u00e9 les changements de dynasties, les alternances politiques am\u00e9ricaines, les guerres mondiales, la d\u00e9colonisation, la Guerre froide, la mondialisation et l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un monde multipolaire.<\/p>\n<p><strong>Le Royaume : un \u00c9tat-pivot<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9volution r\u00e9cente du syst\u00e8me international conf\u00e8re au Maroc une importance nouvelle.<\/p>\n<p>Sa situation g\u00e9ographique exceptionnelle, \u00e0 la crois\u00e9e de l&rsquo;Europe, de l&rsquo;Afrique, de la M\u00e9diterran\u00e9e et de l&rsquo;Atlantique, fait du Royaume un v\u00e9ritable <strong>\u00c9tat-pivot<\/strong> (<em>pivot state<\/em>). Mais cette centralit\u00e9 ne r\u00e9sulte pas uniquement de la g\u00e9ographie. Elle est aussi le produit d&rsquo;une politique \u00e9trang\u00e8re coh\u00e9rente, fond\u00e9e sur la stabilit\u00e9 institutionnelle, l&rsquo;ouverture \u00e9conomique, la coop\u00e9ration africaine et le dialogue interculturel.<\/p>\n<p>Sous l&rsquo;impulsion de <strong>Sa Majest\u00e9 le Roi Mohammed VI<\/strong>, le Maroc a \u00e9largi le champ de son action diplomatique : retour au sein de l&rsquo;Union africaine, Initiative Atlantique, partenariats avec les pays du Sahel, diplomatie religieuse, coop\u00e9ration \u00e9nerg\u00e9tique, d\u00e9veloppement des infrastructures et promotion d&rsquo;une int\u00e9gration \u00e9conomique africaine.<\/p>\n<p>Pour les \u00c9tats-Unis, cette \u00e9volution transforme le Royaume en un partenaire capable de contribuer \u00e0 la stabilit\u00e9 d&rsquo;une r\u00e9gion qui concentre plusieurs des grands enjeux du XXI\u1d49 si\u00e8cle.<\/p>\n<p><strong>Une relation tourn\u00e9e vers le XXI\u1d49 si\u00e8cle<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;anniversaire de 2027 ne constitue pas l&rsquo;aboutissement d&rsquo;une histoire ; il marque l&rsquo;ouverture d&rsquo;un nouveau cycle.<\/p>\n<p>Les d\u00e9fis \u00e0 venir sont consid\u00e9rables :<\/p>\n<ul>\n<li>L\u2019intelligence artificielle et la gouvernance des technologies \u00e9mergentes ;<\/li>\n<li>La s\u00e9curit\u00e9 des infrastructures num\u00e9riques ;<\/li>\n<li>Les cha\u00eenes d&rsquo;approvisionnement strat\u00e9giques ;<\/li>\n<li>Les min\u00e9raux critiques indispensables \u00e0 la transition \u00e9nerg\u00e9tique ;<\/li>\n<li>L\u2019hydrog\u00e8ne vert et les nouvelles \u00e9conomies du carbone ;<\/li>\n<li>La s\u00e9curit\u00e9 alimentaire ;<\/li>\n<li>La gestion des ressources hydriques ;<\/li>\n<li>La r\u00e9silience climatique ;<\/li>\n<li>La coop\u00e9ration universitaire et scientifique.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans chacun de ces domaines, le partenariat maroco-am\u00e9ricain poss\u00e8de des atouts consid\u00e9rables.<\/p>\n<p>Le Maroc apporte sa stabilit\u00e9, sa position g\u00e9ographique, son exp\u00e9rience africaine et sa vision strat\u00e9gique.<\/p>\n<p>Les \u00c9tats-Unis apportent leur capacit\u00e9 d&rsquo;innovation, leurs universit\u00e9s, leurs technologies et leur puissance \u00e9conomique.<\/p>\n<p>La compl\u00e9mentarit\u00e9 appara\u00eet \u00e9vidente.<\/p>\n<p><strong>Une histoire qui continue<\/strong><\/p>\n<p>Les historiens ont parfois tendance \u00e0 consid\u00e9rer les anniversaires comme l&rsquo;ach\u00e8vement d&rsquo;un cycle.<\/p>\n<p>Nous proposons ici une lecture diff\u00e9rente.<\/p>\n<p>Les deux cent cinquante premi\u00e8res ann\u00e9es des relations entre le Maroc et les \u00c9tats-Unis ne constituent pas une conclusion.<\/p>\n<p>Elles repr\u00e9sentent le capital historique sur lequel se construiront les cinquante prochaines ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Autrement dit, le pass\u00e9 ne ferme pas l&rsquo;avenir.<\/p>\n<p>Il l&rsquo;autorise.<\/p>\n<p><strong>Conclusion : Deux cent cinquante ans d&rsquo;amiti\u00e9 au service d&rsquo;un avenir commun<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;heure o\u00f9 le Royaume du Maroc et les \u00c9tats-Unis d&rsquo;Am\u00e9rique c\u00e9l\u00e8brent deux cent cinquante ann\u00e9es de relations diplomatiques ininterrompues, il appara\u00eet clairement que cette histoire commune d\u00e9passe le cadre d&rsquo;une relation bilat\u00e9rale classique. Depuis la reconnaissance historique de l&rsquo;ind\u00e9pendance am\u00e9ricaine par le Sultan Sidi Mohammed Ben Abdallah en 1777 jusqu&rsquo;au partenariat strat\u00e9gique du XXI\u1d49 si\u00e8cle, les deux nations ont d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;une diplomatie fond\u00e9e sur la confiance, le respect mutuel et la continuit\u00e9 pouvait r\u00e9sister aux bouleversements de l&rsquo;histoire.<\/p>\n<p>Peu de relations internationales peuvent revendiquer une telle permanence. En traversant les r\u00e9volutions, les guerres mondiales, les transformations de l&rsquo;ordre international, la Guerre froide, la mondialisation et l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un syst\u00e8me multipolaire, le Maroc et les \u00c9tats-Unis ont continuellement adapt\u00e9 leur coop\u00e9ration sans jamais renoncer aux principes qui en constituent le socle. Cette remarquable continuit\u00e9 t\u00e9moigne d&rsquo;une convergence profonde entre deux \u00c9tats qui, malgr\u00e9 leurs diff\u00e9rences institutionnelles et culturelles, ont toujours privil\u00e9gi\u00e9 le dialogue, la stabilit\u00e9 et le respect des engagements internationaux.<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire de cette relation met \u00e9galement en lumi\u00e8re le r\u00f4le singulier de la Monarchie marocaine dans la conduite de la politique \u00e9trang\u00e8re du Royaume. De Sidi Mohammed Ben Abdallah \u00e0 Sa Majest\u00e9 le Roi Mohammed VI, en passant par Mohammed V et Hassan II, chaque Souverain a su inscrire l&rsquo;action diplomatique du Maroc dans une vision strat\u00e9gique de long terme, conciliant fid\u00e9lit\u00e9 aux int\u00e9r\u00eats fondamentaux de l&rsquo;\u00c9tat et adaptation aux mutations du syst\u00e8me international. Cette continuit\u00e9 institutionnelle constitue l&rsquo;un des principaux facteurs expliquant la solidit\u00e9 des relations avec Washington.<\/p>\n<p>De leur c\u00f4t\u00e9, les \u00c9tats-Unis ont constamment reconnu l&rsquo;importance du Maroc comme partenaire fiable, d&rsquo;abord en M\u00e9diterran\u00e9e, puis au Maghreb, en Afrique et dans l&rsquo;espace atlantique. Cette reconnaissance s&rsquo;est traduite par une coop\u00e9ration politique, \u00e9conomique, militaire, \u00e9ducative et culturelle qui n&rsquo;a cess\u00e9 de s&rsquo;\u00e9largir. Aujourd&rsquo;hui, le partenariat entre Rabat et Washington embrasse des domaines aussi vari\u00e9s que la s\u00e9curit\u00e9 r\u00e9gionale, la lutte contre le terrorisme, le commerce, les investissements, les \u00e9nergies renouvelables, la transition num\u00e9rique, la coop\u00e9ration universitaire et le d\u00e9veloppement de l&rsquo;Afrique.<\/p>\n<p>L&rsquo;un des enseignements majeurs de cette \u00e9tude est que la long\u00e9vit\u00e9 du partenariat maroco-am\u00e9ricain ne saurait \u00eatre expliqu\u00e9e uniquement par la convergence des int\u00e9r\u00eats. Elle repose tout autant sur une accumulation progressive de confiance, de cr\u00e9dibilit\u00e9 et de m\u00e9moire diplomatique. C&rsquo;est cette dimension, souvent n\u00e9glig\u00e9e par les approches classiques des relations internationales, qui permet de comprendre pourquoi cette relation a r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve du temps.<\/p>\n<p>\u00c0 cet \u00e9gard, le cas maroco-am\u00e9ricain invite \u00e0 enrichir la r\u00e9flexion th\u00e9orique sur la diplomatie contemporaine. Il sugg\u00e8re qu&rsquo;au-del\u00e0 des rapports de puissance, des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques et des consid\u00e9rations s\u00e9curitaires, la continuit\u00e9 des institutions, le respect des engagements et la capacit\u00e9 \u00e0 inscrire l&rsquo;action diplomatique dans le temps long constituent des ressources strat\u00e9giques \u00e0 part enti\u00e8re. Cette <strong>\u00ab diplomatie de la dur\u00e9e \u00bb<\/strong> appara\u00eet ainsi comme l&rsquo;une des principales le\u00e7ons que le partenariat entre le Maroc et les \u00c9tats-Unis offre \u00e0 la th\u00e9orie des relations internationales.<\/p>\n<p>Les d\u00e9fis du XXI\u1d49 si\u00e8cle \u2014 instabilit\u00e9 du Sahel, s\u00e9curit\u00e9 maritime de l&rsquo;Atlantique, transition \u00e9nerg\u00e9tique, intelligence artificielle, cybers\u00e9curit\u00e9, changement climatique, s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et gestion des ressources hydriques \u2014 exigent des partenariats fond\u00e9s sur la confiance et la vision strat\u00e9gique. Dans ce contexte, le Maroc et les \u00c9tats-Unis disposent d&rsquo;atouts compl\u00e9mentaires qui leur permettent d&rsquo;envisager une coop\u00e9ration encore plus ambitieuse, non seulement au b\u00e9n\u00e9fice de leurs peuples, mais \u00e9galement de l&rsquo;Afrique, de l&rsquo;espace atlantique et de la communaut\u00e9 internationale.<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire des relations maroco-am\u00e9ricaines invite \u00e0 d\u00e9passer les explications conjoncturelles souvent privil\u00e9gi\u00e9es dans l&rsquo;analyse des alliances internationales. Si cette relation a travers\u00e9 deux si\u00e8cles et demi sans rupture majeure, c&rsquo;est parce qu&rsquo;elle repose sur une combinaison rare de continuit\u00e9 institutionnelle, de respect de la souverainet\u00e9, de pragmatisme diplomatique et d&rsquo;ouverture sur l&rsquo;Atlantique.<\/p>\n<p>Le Maroc et les \u00c9tats-Unis ont su transformer une reconnaissance pr\u00e9coce en un partenariat strat\u00e9gique, puis un partenariat strat\u00e9gique en une vision commune de plusieurs grands enjeux du XXI\u1d49 si\u00e8cle. Cette capacit\u00e9 d&rsquo;adaptation, sans renoncer aux principes fondateurs de la relation, constitue sans doute la meilleure explication de son exceptionnelle long\u00e9vit\u00e9.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la c\u00e9l\u00e9bration d&rsquo;un anniversaire historique, les deux cent cinquante ann\u00e9es de relations entre Rabat et Washington rappellent qu&rsquo;une diplomatie coh\u00e9rente, fond\u00e9e sur la parole donn\u00e9e et le respect mutuel, demeure l&rsquo;un des instruments les plus efficaces de la paix et de la stabilit\u00e9 internationales. L&rsquo;histoire commune du Royaume du Maroc et des \u00c9tats-Unis d\u00e9montre qu&rsquo;il est possible de transformer une reconnaissance diplomatique pr\u00e9coce en une alliance durable, un partenariat strat\u00e9gique et une vision commune de l&rsquo;avenir.<\/p>\n<p>En d\u00e9cembre 1777, lorsque le Sultan Sidi Mohammed Ben Abdallah d\u00e9cida de reconna\u00eetre la jeune R\u00e9publique am\u00e9ricaine, il ne pouvait \u00e9videmment imaginer les transformations extraordinaires que conna\u00eetrait le monde au cours des si\u00e8cles suivants. Pourtant, son intuition diplomatique allait se r\u00e9v\u00e9ler d&rsquo;une remarquable justesse.<\/p>\n<p>Deux cent cinquante ans plus tard, le partenariat entre le Royaume du Maroc et les \u00c9tats-Unis demeure l&rsquo;un des plus anciens et des plus solides de la diplomatie contemporaine. Cette continuit\u00e9 s&rsquo;explique moins par la permanence des int\u00e9r\u00eats que par celle des principes : respect de la souverainet\u00e9, fid\u00e9lit\u00e9 aux engagements, ouverture sur l&rsquo;Atlantique, confiance r\u00e9ciproque et volont\u00e9 constante de privil\u00e9gier le dialogue.<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire de cette relation montre que les alliances les plus durables ne sont pas n\u00e9cessairement les plus spectaculaires. Elles sont celles qui savent \u00e9voluer sans renier leurs fondements.<\/p>\n<p>Le cas maroco-am\u00e9ricain offre ainsi une le\u00e7on pr\u00e9cieuse pour notre temps. Dans un monde marqu\u00e9 par l&rsquo;incertitude, la fragmentation et la comp\u00e9tition strat\u00e9gique, il rappelle que la confiance demeure l&rsquo;une des ressources les plus rares et les plus pr\u00e9cieuses de la diplomatie.<\/p>\n<p>\u00c0 ce titre, les deux cent cinquante ann\u00e9es d&rsquo;amiti\u00e9 entre le Royaume du Maroc et les \u00c9tats-Unis d\u00e9passent largement le cadre d&rsquo;une relation bilat\u00e9rale. Elles constituent un exemple de ce que peuvent accomplir deux nations lorsqu&rsquo;elles choisissent, g\u00e9n\u00e9ration apr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ration, de faire de la parole donn\u00e9e, du respect mutuel et de la vision de long terme les fondements de leur politique \u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n<p>C&rsquo;est sans doute l\u00e0 le v\u00e9ritable h\u00e9ritage de 1777.<\/p>\n<p>Et c&rsquo;est aussi la promesse de 2027.<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, les c\u00e9l\u00e9brations de 2027 ne marquent pas l&rsquo;ach\u00e8vement d&rsquo;une histoire, mais l&rsquo;ouverture d&rsquo;un nouveau chapitre. Fid\u00e8les \u00e0 un h\u00e9ritage construit depuis 1777, le Maroc et les \u00c9tats-Unis sont appel\u00e9s \u00e0 poursuivre une coop\u00e9ration qui, tout en restant enracin\u00e9e dans la m\u00e9moire, se tourne r\u00e9solument vers l&rsquo;avenir. Dans un monde en qu\u00eate de rep\u00e8res et de stabilit\u00e9, leur relation demeure un t\u00e9moignage \u00e9loquent de la valeur du dialogue, de la confiance et de la continuit\u00e9 diplomatique.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>Abun-Nasr, J. M. (1987). <em>A history of the Maghrib in the Islamic period<\/em>. Cambridge University Press.<\/li>\n<li>Aron, R. (1966). <em>Paix et guerre entre les nations<\/em>. Calmann-L\u00e9vy.<\/li>\n<li>Bull, H. (1977). <em>The anarchical society: A study of order in world politics<\/em>. Macmillan.<\/li>\n<li>Burke III, E. (1976). <em>Prelude to protectorate in Morocco: Precolonial protest and resistance, 1860\u20131912<\/em>. University of Chicago Press.<\/li>\n<li>Chtatou, M. (2017, October 9). <em>Providing much needed education for Africa: An Islamic approach \u2013 Analysis<\/em>. <em>Eurasia Review<\/em>.<\/li>\n<li>Chtatou, M. (2019). <em>Morocco&rsquo;s religious diplomacy in Africa: The training of imams and the projection of Maliki-Ash&rsquo;ari Islam<\/em>. <em>Eurasia Review<\/em>.<\/li>\n<li>Chtatou, M. (2020, April 27). <em>Delving into Sufism \u2013 Analysis<\/em>. <em>Eurasia Review<\/em>.<\/li>\n<li>Chtatou, M. (2023, September 26\u201327). <em>The Contribution of Morocco to Islam in Africa<\/em> (Parts I &amp; II). <em>Opinion Nigeria<\/em>.<\/li>\n<li>Chtatou, M. (2026, February 15). <em>Le Maroc, acteur pivot dans le Sahel : diplomatie, s\u00e9curit\u00e9 et d\u00e9veloppement au c\u0153ur d&rsquo;une strat\u00e9gie africaine renouvel\u00e9e<\/em>. <em>Article19.ma<\/em>.<\/li>\n<li>Chtatou, M. (2026, June 7). <em>The Middle East under tension: What future? \u2013 Analysis<\/em>. <em>Eurasia Review<\/em>.<\/li>\n<li>El Mansour, M. (1990). <em>Morocco in the reign of Mawlay Sulayman<\/em>. Middle East &amp; North African Studies Press.<\/li>\n<li>Founders Online. 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Columbia University Press.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction L&rsquo;ann\u00e9e 2027 marquera les deux cent cinquanti\u00e8mes anniversaires de l&rsquo;un des partenariats diplomatiques les plus remarquables de l&rsquo;histoire moderne : celui qui unit le Royaume du Maroc et les \u00c9tats-Unis d&rsquo;Am\u00e9rique. Peu de relations bilat\u00e9rales peuvent se pr\u00e9valoir d&rsquo;une telle long\u00e9vit\u00e9, d&rsquo;une telle continuit\u00e9 et d&rsquo;une telle capacit\u00e9 d&rsquo;adaptation aux bouleversements du syst\u00e8me international. &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":8222,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[13],"tags":[],"class_list":["post-8221","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-opinions"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/07\/USA-MAROC.jpg?fit=723%2C498&ssl=1","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9uxE2-28B","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8221","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8221"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8221\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8223,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8221\/revisions\/8223"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/8222"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8221"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8221"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8221"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}