{"id":8327,"date":"2026-08-01T14:56:06","date_gmt":"2026-08-01T13:56:06","guid":{"rendered":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/?p=8327"},"modified":"2026-08-01T14:56:06","modified_gmt":"2026-08-01T13:56:06","slug":"la-politique-de-lopposition-contrer-le-maroc-est-il-devenu-la-strategie-nationale-de-long-terme-de-lalgerie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/la-politique-de-lopposition-contrer-le-maroc-est-il-devenu-la-strategie-nationale-de-long-terme-de-lalgerie\/","title":{"rendered":"La politique de l&rsquo;opposition : contrer le Maroc est-il devenu la strat\u00e9gie nationale de long terme de l&rsquo;Alg\u00e9rie ?"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_4424\" aria-describedby=\"caption-attachment-4424\" style=\"width: 405px\" class=\"wp-caption alignright\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4424\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1-e1782134465743-405x250.jpg?resize=405%2C250&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"405\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1-e1782134465743.jpg?resize=405%2C250&amp;ssl=1 405w, https:\/\/i0.wp.com\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/chtatou-1-e1782134465743.jpg?w=450&amp;ssl=1 450w\" sizes=\"auto, (max-width: 405px) 100vw, 405px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-4424\" class=\"wp-caption-text\">Dr. Mohamed Chtatou<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Introduction<\/strong><\/p>\n<p>Peu de relations bilat\u00e9rales dans le monde contemporain sont aussi durablement conflictuelles, et aussi lourdes de cons\u00e9quences pour l&rsquo;ordre r\u00e9gional, que celle qui lie l&rsquo;Alg\u00e9rie et le Maroc. Depuis que les deux \u00c9tats sont sortis de la domination coloniale fran\u00e7aise et espagnole au milieu du vingti\u00e8me si\u00e8cle, leur relation a oscill\u00e9 entre coop\u00e9ration prudente et hostilit\u00e9 ouverte, ponctu\u00e9e par une guerre frontali\u00e8re, des ruptures diplomatiques, des fronti\u00e8res ferm\u00e9es et une rivalit\u00e9 de type guerre froide pour la primaut\u00e9 r\u00e9gionale qui a surv\u00e9cu \u00e0 toutes les g\u00e9n\u00e9rations de dirigeants des deux c\u00f4t\u00e9s du poste-fronti\u00e8re de Zouj Bghal. La question que pose cet essai est d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment provocatrice : le fait de contrer le Maroc est-il devenu, dans les faits, la strat\u00e9gie nationale de long terme de l&rsquo;Alg\u00e9rie \u2014 la logique organisatrice de sa politique \u00e9trang\u00e8re, de sa posture militaire, de sa diplomatie r\u00e9gionale, voire de certains \u00e9l\u00e9ments de sa l\u00e9gitimation int\u00e9rieure ? Formul\u00e9e de mani\u00e8re aussi tranch\u00e9e, la th\u00e8se est difficile \u00e0 soutenir int\u00e9gralement. L&rsquo;Alg\u00e9rie est un \u00c9tat de trente-deux millions d&rsquo;habitants dont l&rsquo;\u00e9conomie repose sur la rente hydrocarbure, avec une population jeune et souvent frustr\u00e9e, des d\u00e9fis de gouvernance persistants, et des menaces s\u00e9curitaires le long de cinq fronti\u00e8res diff\u00e9rentes qui n&rsquo;ont rien \u00e0 voir avec Rabat. R\u00e9duire l&rsquo;action de l&rsquo;\u00c9tat alg\u00e9rien \u00e0 une obsession unique reviendrait \u00e0 caricaturer une tradition de politique \u00e9trang\u00e8re complexe, d\u00e9pendante de son propre parcours historique et multicausale. Mais l&rsquo;affirmation inverse \u2014 selon laquelle le Maroc serait accessoire \u00e0 la strat\u00e9gie alg\u00e9rienne \u2014 n&rsquo;est pas davantage soutenable.<\/p>\n<p>Cet essai d\u00e9fend une position m\u00e9diane, d\u00e9velopp\u00e9e \u00e0 travers plusieurs dimensions imbriqu\u00e9es de la relation : l&rsquo;opposition au Maroc est devenue l&rsquo;un des principes organisateurs les plus durables, les plus institutionnalis\u00e9s et les plus co\u00fbteux de la politique r\u00e9gionale alg\u00e9rienne, sans pour autant \u00e9puiser l&rsquo;horizon strat\u00e9gique de l&rsquo;Alg\u00e9rie. L&rsquo;analyse proc\u00e8de de mani\u00e8re inductive plut\u00f4t qu&rsquo;en affirmant d&#8217;embl\u00e9e sa conclusion. Elle retrace les origines historiques de la rivalit\u00e9 dans la question de la fronti\u00e8re coloniale et la guerre des Sables de 1963 ; examine le diff\u00e9rend du Sahara occidental comme fait structurant autour duquel la relation s&rsquo;est organis\u00e9e depuis 1975 ; passe en revue la litt\u00e9rature scientifique pertinente ; consid\u00e8re la dimension identitaire, trop peu \u00e9tudi\u00e9e, li\u00e9e aux revendications concurrentes sur l&rsquo;h\u00e9ritage amazigh ; documente l&rsquo;expression de la rivalit\u00e9 dans la diplomatie, la politique int\u00e9rieure, l&rsquo;\u00e9conomie, la posture militaire, les mod\u00e8les de d\u00e9veloppement concurrents et la diplomatie publique ; et se conclut en pesant les \u00e9l\u00e9ments pour et contre la th\u00e8se centrale de l&rsquo;essai, avant de s&rsquo;interroger sur la capacit\u00e9 des deux \u00c9tats \u00e0 d\u00e9passer un cadre \u00e0 somme nulle qui, selon quasiment toutes les mesures empiriques disponibles pour les \u00e9conomistes et politologues r\u00e9gionaux, a appauvri le Maghreb dans son ensemble par rapport \u00e0 son potentiel manifeste.<\/p>\n<p><strong>Origines historiques : de la fronti\u00e8re coloniale \u00e0 la guerre des Sables<\/strong><\/p>\n<p>Les racines de l&rsquo;antagonisme alg\u00e9ro-marocain pr\u00e9c\u00e8dent l&rsquo;ind\u00e9pendance alg\u00e9rienne elle-m\u00eame. La cartographie coloniale fran\u00e7aise avait, sur plus d&rsquo;un si\u00e8cle, redessin\u00e9 la fronti\u00e8re saharienne et pr\u00e9saharienne s\u00e9parant ce qui allait devenir l&rsquo;Alg\u00e9rie du sultanat marocain, annexant \u00e0 l&rsquo;Alg\u00e9rie fran\u00e7aise des territoires \u2014 autour de Tindouf, Colomb-B\u00e9char et la r\u00e9gion de Figuig \u2014 que Rabat avait historiquement administr\u00e9s ou revendiqu\u00e9s. L&rsquo;ind\u00e9pendance du Maroc en 1956 a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 celle de l&rsquo;Alg\u00e9rie de six ans, et les nationalistes marocains, y compris le futur roi Hassan II, ont d&rsquo;abord pr\u00e9sent\u00e9 la lutte de lib\u00e9ration alg\u00e9rienne comme une cause maghr\u00e9bine commune, offrant sanctuaire, fili\u00e8res d&rsquo;armement et soutien diplomatique au Front de lib\u00e9ration nationale (FLN) durant la guerre de 1954-1962. L&rsquo;attente de Rabat \u2014 celle-l\u00e0 m\u00eame qui structure depuis lors les r\u00e9cits de grief marocains \u2014 \u00e9tait qu&rsquo;une Alg\u00e9rie ind\u00e9pendante et reconnaissante n\u00e9gocierait la restitution des territoires amput\u00e9s par la colonisation. Cette attente s&rsquo;est heurt\u00e9e \u00e0 la doctrine, adopt\u00e9e par la direction alg\u00e9rienne postind\u00e9pendance sous Ahmed Ben Bella, selon laquelle les fronti\u00e8res h\u00e9rit\u00e9es de la colonisation \u00e9taient sacro-saintes et non n\u00e9gociables, principe qui serait ensuite consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle continentale par la r\u00e9solution du Caire de 1964 de l&rsquo;Organisation de l&rsquo;unit\u00e9 africaine sur l&rsquo;intangibilit\u00e9 des fronti\u00e8res coloniales.<\/p>\n<p>Il en r\u00e9sulta la br\u00e8ve mais fondatrice guerre des Sables d&rsquo;octobre 1963, au cours de laquelle les forces marocaines et alg\u00e9riennes s&rsquo;affront\u00e8rent dans les secteurs de Tindouf et de Figuig. Bien que ramen\u00e9e \u00e0 un cessez-le-feu en quelques semaines gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;intercession de l&rsquo;Organisation de l&rsquo;unit\u00e9 africaine et \u00e0 l&rsquo;arbitrage \u00e9thiopien, cette guerre a laiss\u00e9 de part et d&rsquo;autre un r\u00e9sidu de m\u00e9fiance strat\u00e9gique qui ne s&rsquo;est jamais totalement dissip\u00e9. Pour la nouvelle \u00e9lite r\u00e9volutionnaire alg\u00e9rienne, la guerre confirma une perception de la monarchie marocaine comme voisin irr\u00e9dentiste et expansionniste, alli\u00e9 \u00e0 des int\u00e9r\u00eats occidentaux conservateurs ; pour le Palais marocain, elle confirma une lecture de l&rsquo;Alg\u00e9rie comme \u00c9tat id\u00e9ologiquement affirm\u00e9, proche de l&rsquo;Union sovi\u00e9tique et pr\u00eat \u00e0 recourir \u00e0 la force contre un pays qui avait pourtant abrit\u00e9 son mouvement de lib\u00e9ration. Ces deux lectures, aussi partisanes soient-elles, se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es remarquablement durables, ressurgissant \u00e0 chaque crise ult\u00e9rieure (Chtatou, 2018, 10 d\u00e9cembre).<\/p>\n<p><strong>Perspectives acad\u00e9miques sur la rivalit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>La litt\u00e9rature acad\u00e9mique consacr\u00e9e aux relations alg\u00e9ro-marocaines converge, avec quelques nuances d&rsquo;accent, vers un diagnostic globalement similaire. Les travaux comparatifs sur la fourniture de s\u00e9curit\u00e9 r\u00e9gionale au Maghreb ont caract\u00e9ris\u00e9 les deux \u00c9tats comme des \u00ab pourvoyeurs de s\u00e9curit\u00e9 r\u00e9gionale \u00bb concurrents, dont les revendications de leadership qui se chevauchent engendrent une friction structurelle ind\u00e9pendante de tout diff\u00e9rend particulier (Boukhars, 2019). Les historiens de l&rsquo;Alg\u00e9rie fran\u00e7aise ont replac\u00e9 la rivalit\u00e9 dans une g\u00e9n\u00e9alogie coloniale et postcoloniale plus longue : les travaux de Stora situent les cent trente ann\u00e9es d&rsquo;occupation coloniale et la guerre d&rsquo;ind\u00e9pendance au c\u0153ur de la formation de l&rsquo;identit\u00e9 politique alg\u00e9rienne, d&rsquo;une mani\u00e8re qui a fa\u00e7onn\u00e9 une culture de politique \u00e9trang\u00e8re nettement souverainiste et anti-interventionniste, sensiblement plus m\u00e9fiante \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de tout engagement ext\u00e9rieur \u2014 y compris marocain \u2014 que ne l&rsquo;est la trajectoire postcoloniale marocaine elle-m\u00eame (Stora, 2020 ; Stora, 2021). Les travaux consacr\u00e9s au Hirak de 2019 ont de m\u00eame soulign\u00e9 que les revendications centrales du mouvement \u00e9taient d&rsquo;ordre domestique et institutionnel \u2014 centr\u00e9es sur la transparence et la redevabilit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9lite dirigeante \u2014 m\u00eame si des r\u00e9cits de menace ext\u00e9rieure ont ensuite \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9s par l&rsquo;\u00c9tat dans les suites du mouvement (Souiah, 2021). Prise dans son ensemble, cette litt\u00e9rature ne conforte pas une lecture monocausale dans laquelle le Maroc expliquerait toute la politique \u00e9trang\u00e8re alg\u00e9rienne ; mais elle identifie de mani\u00e8re constante la rivalit\u00e9 comme un trait structurant, et non accessoire, de l&rsquo;ordre r\u00e9gional, dont les racines institutionnelles et psychologiques remontent aux exp\u00e9riences coloniales et r\u00e9volutionnaires tr\u00e8s diff\u00e9rentes qui ont produit les deux \u00c9tats.<\/p>\n<p><strong>La dimension amazighe et identitaire<\/strong><\/p>\n<p>Une strate moins fr\u00e9quemment examin\u00e9e, mais analytiquement significative, de la rivalit\u00e9 concerne les revendications concurrentes sur l&rsquo;identit\u00e9 et l&rsquo;h\u00e9ritage amazighs (berb\u00e8res). L&rsquo;Alg\u00e9rie comme le Maroc comptent d&rsquo;importantes populations amazighophones \u2014 respectivement concentr\u00e9es en Kabylie, dans les Aur\u00e8s et le Mzab en Alg\u00e9rie, et dans le Rif, le Moyen Atlas et le Souss au Maroc \u2014 et les deux \u00c9tats ont, \u00e0 des rythmes et avec des degr\u00e9s de sinc\u00e9rit\u00e9 variables, accord\u00e9 une reconnaissance constitutionnelle officielle au tamazight, le Maroc en 2011 et l&rsquo;Alg\u00e9rie en 2016 (Chtatou, 2019, 29 janvier). Pourtant, la signification politique attach\u00e9e \u00e0 l&rsquo;identit\u00e9 amazighe diverge nettement entre les deux capitales, et cette divergence a p\u00e9riodiquement \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 la rivali\u00e8re plus large. En Alg\u00e9rie, le mouvement amazigh kabyle a parfois formul\u00e9 des revendications d&rsquo;autonomie que le pouvoir central a trait\u00e9es comme une question s\u00e9curitaire ; les autorit\u00e9s alg\u00e9riennes ont, \u00e0 l&rsquo;occasion, accus\u00e9 le Maroc d&rsquo;encourager secr\u00e8tement le s\u00e9paratisme kabyle comme instrument de d\u00e9stabilisation, accusation que Rabat a constamment d\u00e9mentie. Au Maroc, \u00e0 l&rsquo;inverse, le Palais a choisi d&rsquo;int\u00e9grer la reconnaissance culturelle amazighe \u2014 notamment par la cr\u00e9ation en 2001 de l&rsquo;Institut royal de la culture amazighe et la r\u00e9forme constitutionnelle de 2011 \u2014 dans un r\u00e9cit national inclusif centr\u00e9 sur la monarchie, plut\u00f4t que de la traiter comme une menace s\u00e9paratiste (Chtatou, 2019, 29 janvier). Ce contraste illustre la mani\u00e8re dont un h\u00e9ritage civilisationnel pourtant partag\u00e9, enracin\u00e9 dans le substrat amazigh commun des deux soci\u00e9t\u00e9s ant\u00e9rieur \u00e0 la conqu\u00eate arabo-islamique, a \u00e9t\u00e9 refract\u00e9 \u00e0 travers le prisme conflictuel de la rivalit\u00e9 bilat\u00e9rale plut\u00f4t que de servir, comme il le pourrait pourtant, de base \u00e0 une coop\u00e9ration culturelle transfrontali\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>Le diff\u00e9rend du Sahara occidental comme fait organisateur central<\/strong><\/p>\n<p>Si la guerre des Sables a forg\u00e9 l&rsquo;architecture psychologique de la rivalit\u00e9, le diff\u00e9rend du Sahara occidental lui a fourni son contenu institutionnel durable. Le retrait espagnol de sa colonie saharienne en 1975, pr\u00e9cipit\u00e9 par la mobilisation marocaine de quelque 350 000 civils non arm\u00e9s lors de la Marche verte, a enclench\u00e9 un conflit qui structure d\u00e9sormais les relations bilat\u00e9rales depuis un demi-si\u00e8cle. Le Maroc a annex\u00e9 et administre depuis lors l&rsquo;essentiel du territoire, pr\u00e9sentant un plan d&rsquo;autonomie sous souverainet\u00e9 marocaine comme la seule base r\u00e9aliste de r\u00e8glement. L&rsquo;Alg\u00e9rie, tout en r\u00e9cusant formellement toute ambition territoriale sur le Sahara, h\u00e9berge depuis 1976 le gouvernement en exil et les camps de r\u00e9fugi\u00e9s du Front Polisario, lui a apport\u00e9 un soutien diplomatique, financier et, \u00e0 certaines p\u00e9riodes, militaire, et d\u00e9fend la revendication d&rsquo;autod\u00e9termination de la R\u00e9publique arabe sahraouie d\u00e9mocratique dans les enceintes de l&rsquo;Union africaine et des Nations unies.<\/p>\n<p>Les r\u00e9cits de chaque partie sont totaux et mutuellement exclusifs. Alger pr\u00e9sente sa position comme l&rsquo;application d&rsquo;un principe fond\u00e9 sur la doctrine d&rsquo;autod\u00e9termination de la Charte des Nations unies et la continuit\u00e9 de sa propre g\u00e9n\u00e9alogie anticoloniale ; Rabat, ainsi qu&rsquo;un nombre croissant d&rsquo;observateurs ext\u00e9rieurs, soutient que l&rsquo;Alg\u00e9rie est une partie de fait au diff\u00e9rend plut\u00f4t qu&rsquo;un simple parrain neutre de l&rsquo;autod\u00e9termination sahraouie, en pointant la localisation, le financement et la d\u00e9pendance institutionnelle de la direction du Polisario \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du territoire alg\u00e9rien (Chtatou, 2021, 22 octobre). Le diff\u00e9rend s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 strat\u00e9giquement autoentretenu : parce que la souverainet\u00e9 sur le Sahara est pr\u00e9sent\u00e9e par Rabat comme une question d&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 territoriale \u2014 la cause nationale la plus sacr\u00e9e du Maroc \u2014 et par Alger comme une question de principe d\u00e9colonisateur, aucun des deux gouvernements ne dispose de la marge int\u00e9rieure n\u00e9cessaire pour transiger sans donner l&rsquo;impression de trahir un engagement fondateur. Cet enfermement mutuel a, sur cinq d\u00e9cennies, transform\u00e9 un diff\u00e9rend territorial r\u00e9gional en coordonn\u00e9e fixe autour de laquelle s&rsquo;organise d\u00e9sormais la quasi-totalit\u00e9 des autres dimensions de la relation bilat\u00e9rale, ainsi qu&rsquo;une large part de la politique \u00e9trang\u00e8re alg\u00e9rienne au sens large.<\/p>\n<p>La dynamique diplomatique a nettement bascul\u00e9 apr\u00e8s 2020, lorsque les \u00c9tats-Unis ont reconnu la souverainet\u00e9 marocaine sur le Sahara occidental dans le cadre de l&rsquo;accord trilat\u00e9ral de normalisation des relations maroco-isra\u00e9liennes, puis s&rsquo;est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e \u00e0 mesure qu&rsquo;un nombre croissant de gouvernements europ\u00e9ens et africains \u2014 la France au premier chef, compte tenu du trait\u00e9 strat\u00e9gique franco-marocain attendu de longue date \u2014 se sont rapproch\u00e9s d&rsquo;un soutien explicite ou implicite au plan d&rsquo;autonomie. L&rsquo;Alg\u00e9rie a lu cette tendance comme la preuve d&rsquo;un encerclement plut\u00f4t que comme un motif de recalibrage, perception qui a, si tant est qu&rsquo;elle ait \u00e9volu\u00e9, plut\u00f4t durci sa posture (Chtatou, 2026, 26 f\u00e9vrier).<\/p>\n<p><strong>La politique \u00e9trang\u00e8re \u00e0 travers le prisme du Maroc<\/strong><\/p>\n<p>La diplomatie alg\u00e9rienne, depuis les ann\u00e9es 1970, pr\u00e9sente un sch\u00e9ma r\u00e9current : des initiatives poursuivies en apparence pour elles-m\u00eames \u2014 solidarit\u00e9 africaine, diplomatie \u00e9nerg\u00e9tique, non-alignement, coop\u00e9ration s\u00e9curitaire \u2014 servent fr\u00e9quemment aussi d&rsquo;instruments pour contenir l&rsquo;influence marocaine. Plusieurs terrains illustrent ce sch\u00e9ma avec une clart\u00e9 particuli\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;Union africaine. <\/strong>L&rsquo;Alg\u00e9rie a jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant dans l&rsquo;admission de la R\u00e9publique arabe sahraouie d\u00e9mocratique au sein de l&rsquo;Organisation de l&rsquo;unit\u00e9 africaine en 1984, d\u00e9cision qui a provoqu\u00e9 le retrait marocain de l&rsquo;organisation panafricaine pendant trente-trois ans. Lorsque le Maroc a r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 l&rsquo;Union africaine en janvier 2017 \u2014 substituant \u00e0 la strat\u00e9gie de la \u00ab chaise vide \u00bb un engagement diplomatique direct \u2014, l&rsquo;Alg\u00e9rie a intensifi\u00e9 son propre d\u00e9ploiement continental, courtisant les capitales sah\u00e9liennes et subsahariennes dans ce qui s&rsquo;apparentait \u00e0 une relance de la comp\u00e9tition pour la reconnaissance africaine des deux positions sahariennes rivales.<\/p>\n<p><strong>La normalisation avec Isra\u00ebl. <\/strong>La d\u00e9cision marocaine de d\u00e9cembre 2020 de normaliser ses relations avec Isra\u00ebl, obtenue en \u00e9change de la reconnaissance am\u00e9ricaine de sa revendication de souverainet\u00e9 saharienne, a introduit un tout nouvel axe de confrontation. Alger, dont l&rsquo;identit\u00e9 de politique \u00e9trang\u00e8re int\u00e8gre de longue date la solidarit\u00e9 avec la cause palestinienne comme principe id\u00e9ologique, a interpr\u00e9t\u00e9 ce geste comme un repositionnement strat\u00e9gique important une pr\u00e9sence s\u00e9curitaire et renseignement isra\u00e9lienne sur son flanc occidental (Chtatou, 2026, 22 juin). Les autorit\u00e9s alg\u00e9riennes, ainsi qu&rsquo;une large part de la presse proche de l&rsquo;\u00c9tat, ont ensuite promu la notion d&rsquo;un \u00ab axe anti-alg\u00e9rien \u00bb coordonn\u00e9 liant Rabat, Washington et Tel-Aviv \u2014 cadrage qui, tout en surestimant tr\u00e8s probablement la centralit\u00e9 de l&rsquo;Alg\u00e9rie dans les calculs strat\u00e9giques isra\u00e9liens au Maghreb, a n\u00e9anmoins concr\u00e8tement fa\u00e7onn\u00e9 la perception alg\u00e9rienne de la menace et sa planification de d\u00e9fense (Chtatou, 2026, 22 juin).<\/p>\n<p><strong>Rupture et escalade, 2021. <\/strong>En ao\u00fbt 2021, l&rsquo;Alg\u00e9rie a formellement rompu ses relations diplomatiques avec le Maroc, invoquant ce qu&rsquo;elle a qualifi\u00e9 d&rsquo;actes hostiles, puis a ferm\u00e9 son espace a\u00e9rien aux appareils civils et militaires marocains, suspendu de mani\u00e8re d\u00e9finitive le Gazoduc Maghreb-Europe qui avait, durant un quart de si\u00e8cle, achemin\u00e9 le gaz alg\u00e9rien \u00e0 travers le territoire marocain vers l&rsquo;Espagne, et maintenu la fermeture de la fronti\u00e8re terrestre, d\u00e9j\u00e0 close depuis 1994. Ces mesures, toujours en vigueur au moment de la r\u00e9daction, constituent l&rsquo;institutionnalisation la plus s\u00e9v\u00e8re de l&rsquo;hostilit\u00e9 bilat\u00e9rale depuis la guerre des Sables, et illustrent \u00e0 quel point un diff\u00e9rend bilat\u00e9ral en est venu \u00e0 conditionner la politique alg\u00e9rienne en mati\u00e8re d&rsquo;infrastructures, d&rsquo;\u00e9nergie et d&rsquo;espace a\u00e9rien (Chtatou, 2025, 14 octobre).<\/p>\n<p><strong>La recomposition de 2026. <\/strong>La participation fondatrice du Maroc \u00e0 l&rsquo;initiative du \u00ab Board of Peace \u00bb parrain\u00e9e par les \u00c9tats-Unis, en janvier 2026 \u2014 en tant que membre fondateur, premier contributeur financier et premier pays arabe \u00e0 s&rsquo;engager militairement dans ce cadre \u2014 a encore accru la distance diplomatique entre Rabat et Alger, confortant le positionnement du Maroc comme ce qu&rsquo;une analyse a qualifi\u00e9 de pivot arabe d&rsquo;un ordre r\u00e9gional \u00e9mergent, ancr\u00e9 aux \u00c9tats-Unis (Chtatou, 2026, 26 f\u00e9vrier). L&rsquo;Alg\u00e9rie, qui a cultiv\u00e9 des liens de d\u00e9fense et d&rsquo;\u00e9nergie plus \u00e9troits avec la Russie et, de plus en plus, avec la Chine, se retrouve du c\u00f4t\u00e9 oppos\u00e9 d&rsquo;une ligne de fracture g\u00e9opolitique \u00e9mergente, divergence qui recoupe \u00e9troitement \u2014 sans s&rsquo;y r\u00e9duire \u2014 l&rsquo;ancienne rivalit\u00e9 alg\u00e9ro-marocaine.<\/p>\n<p><strong>La politique int\u00e9rieure et les usages de la rivalit\u00e9 ext\u00e9rieure<\/strong><\/p>\n<p>Un pan important de la science politique soutient que les r\u00e9gimes autoritaires et hybrides confront\u00e9s \u00e0 des d\u00e9ficits de l\u00e9gitimit\u00e9 int\u00e9rieure tirent souvent un b\u00e9n\u00e9fice domestique de la culture de menaces ext\u00e9rieures \u2014 dynamique parfois d\u00e9sign\u00e9e sous le nom de th\u00e9orie du conflit diversionnaire. L&rsquo;histoire politique alg\u00e9rienne en fournit des illustrations r\u00e9currentes. Durant le brutal conflit civil des ann\u00e9es 1990, o\u00f9 l&rsquo;annulation des \u00e9lections de 1991-1992 remport\u00e9es par le Front islamique du salut d\u00e9clencha une insurrection d\u00e9cennale ayant co\u00fbt\u00e9 la vie \u00e0 un nombre estim\u00e9 entre 150 000 et 200 000 personnes, l&rsquo;establishment militaro-s\u00e9curitaire consolida une forme de pouvoir opaque et peu redevable, que critiques et voix d&rsquo;opposition ont longtemps d\u00e9sign\u00e9e \u00e0 travers le trope contest\u00e9 mais persistant du \u00ab pouvoir \u00bb ou de la \u00ab mafia des g\u00e9n\u00e9raux \u00bb \u2014 une configuration gouvernante dans laquelle int\u00e9r\u00eats militaires, s\u00e9curitaires et \u00e9conomiques seraient \u00e9troitement imbriqu\u00e9s et largement soustraits au contr\u00f4le \u00e9lectoral (Chtatou, 2026, 11 mai). Cette configuration a p\u00e9riodiquement trouv\u00e9 opportun d&rsquo;invoquer des menaces ext\u00e9rieures, le Maroc au premier chef, pour renforcer la coh\u00e9sion interne et d\u00e9tourner l&rsquo;attention des insuffisances de gouvernance.<\/p>\n<p>Le mouvement de protestation du Hirak, qui a \u00e9clat\u00e9 en f\u00e9vrier 2019 apr\u00e8s l&rsquo;annonce par le pr\u00e9sident Abdelaziz Bouteflika d&rsquo;un cinqui\u00e8me mandat pr\u00e9sidentiel, a constitu\u00e9 le d\u00e9fi interne le plus s\u00e9rieux \u00e0 ce syst\u00e8me depuis une g\u00e9n\u00e9ration. Les manifestations furent tr\u00e8s largement pacifiques, interg\u00e9n\u00e9rationnelles, et centr\u00e9es sur des revendications domestiques \u2014 mettre fin \u00e0 l&#8217;emprise de l&rsquo;\u00e9lite politico-militaire, obtenir des \u00e9lections transparentes et une gouvernance redevable \u2014 plut\u00f4t que sur des griefs de politique \u00e9trang\u00e8re (Souiah, 2021). Pourtant, la r\u00e9ponse de l&rsquo;\u00c9tat \u00e0 la crise de l\u00e9gitimit\u00e9 que le Hirak avait r\u00e9v\u00e9l\u00e9e a inclus, aux c\u00f4t\u00e9s d&rsquo;ajustements institutionnels r\u00e9els, une intensification perceptible de la rh\u00e9torique de menace ext\u00e9rieure, dans laquelle des accusations d&rsquo;ing\u00e9rence \u00e9trang\u00e8re \u2014 souvent marocaine et, apr\u00e8s 2020, isra\u00e9lienne \u2014 ont occup\u00e9 une place importante dans le discours officiel et m\u00e9diatique d&rsquo;\u00c9tat (Chtatou, 2025, 14 octobre). Ce sch\u00e9ma s&rsquo;est reproduit lors de la rupture diplomatique de 2021, survenue peu apr\u00e8s une p\u00e9riode de tension sociale persistante et de transition politique lente sous la pr\u00e9sidence d&rsquo;Abdelmadjid Tebboune.<\/p>\n<p>Il serait r\u00e9ducteur d&rsquo;affirmer que la gouvernance alg\u00e9rienne s&rsquo;organise *exclusivement* autour de cette logique diversionnaire. L&rsquo;\u00c9tat continue d&rsquo;investir, souvent substantiellement, dans le logement, les subventions alimentaires et \u00e9nerg\u00e9tiques, l&rsquo;expansion de l&rsquo;enseignement sup\u00e9rieur et les efforts de diversification industrielle, refl\u00e9tant des priorit\u00e9s de d\u00e9veloppement domestique bien r\u00e9elles et ind\u00e9pendantes de la rivalit\u00e9 marocaine. Mais la co\u00efncidence r\u00e9currente entre les moments de tension politique interne et l&rsquo;intensification de la mobilisation anti-marocaine dans le discours officiel est difficile \u00e0 \u00e9carter comme fortuite, et constitue l&rsquo;un des m\u00e9canismes les plus clairs par lesquels la rivalit\u00e9 ext\u00e9rieure s&rsquo;est trouv\u00e9e int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;action publique int\u00e9rieure.<\/p>\n<p><strong>Le co\u00fbt \u00e9conomique de l&rsquo;affrontement<\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;est dans la sph\u00e8re \u00e9conomique que le prix de la rivalit\u00e9 prolong\u00e9e est le plus mesurable. L&rsquo;Union du Maghreb arabe, fond\u00e9e avec un grand retentissement en 1989 par l&rsquo;Alg\u00e9rie, le Maroc, la Tunisie, la Libye et la Mauritanie, ambitionnait un march\u00e9 commun, des infrastructures coordonn\u00e9es et, \u00e0 terme, une union douani\u00e8re inspir\u00e9e, de loin, du mod\u00e8le d&rsquo;int\u00e9gration europ\u00e9en. Elle est au contraire rest\u00e9e pour l&rsquo;essentiel moribonde depuis plus de trente ans, ses conseils minist\u00e9riels largement inactifs et ses ambitions fondatrices inaccomplies. Le commerce intra-maghr\u00e9bin demeure, de loin, l&rsquo;un des niveaux d&rsquo;int\u00e9gration commerciale r\u00e9gionale les plus faibles au monde ; diverses estimations situent le commerce formel entre l&rsquo;Alg\u00e9rie et le Maroc \u00e0 moins de trois pour cent du commerce total de chaque pays \u2014 chiffre qui tranche nettement avec l&rsquo;intensit\u00e9 commerciale habituellement observ\u00e9e entre \u00e9conomies limitrophes aux dotations compl\u00e9mentaires.<\/p>\n<p>La fermeture de la fronti\u00e8re terrestre depuis 1994 \u2014 impos\u00e9e \u00e0 l&rsquo;origine par le Maroc \u00e0 la suite d&rsquo;un attentat terroriste \u00e0 Marrakech que Rabat avait en partie attribu\u00e9 \u00e0 des d\u00e9faillances s\u00e9curitaires alg\u00e9riennes, et jamais rouverte malgr\u00e9 des ouvertures diplomatiques ponctuelles \u2014 a ent\u00e9rin\u00e9 cette s\u00e9paration, favorisant \u00e0 sa place une vaste \u00e9conomie informelle et de contrebande le long de la fronti\u00e8re, qui ne g\u00e9n\u00e8re pour aucun des deux \u00c9tats ni recettes fiscales ni emploi r\u00e9gul\u00e9. La suspension d\u00e9finitive, en 2021, du Gazoduc Maghreb-Europe a mis fin \u00e0 une interd\u00e9pendance \u00e9conomique bilat\u00e9rale fonctionnelle et vieille de plusieurs d\u00e9cennies, l&rsquo;une des rares \u00e0 avoir surv\u00e9cu aux pr\u00e9c\u00e9dents gels diplomatiques, au profit de corridors \u00e9nerg\u00e9tiques parall\u00e8les et mutuellement exclusifs : l&rsquo;Alg\u00e9rie a redirig\u00e9 ses exportations gazi\u00e8res via le gazoduc Medgaz directement vers l&rsquo;Espagne, tandis que le Maroc a promu l&rsquo;ambitieux projet de gazoduc atlantique Nigeria-Maroc, destin\u00e9 \u00e0 relier les gisements gaziers d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest aux march\u00e9s europ\u00e9ens par un trac\u00e9 contournant explicitement le territoire alg\u00e9rien et, implicitement, le levier alg\u00e9rien sur le transit \u00e9nerg\u00e9tique r\u00e9gional (Chtatou, 2025, 14 octobre).<\/p>\n<p>\u00c0 titre de comparaison, des ensembles r\u00e9gionaux dot\u00e9s d&rsquo;une compl\u00e9mentarit\u00e9 \u00e9conomique bien moins \u00e9vidente que celle unissant l&rsquo;Alg\u00e9rie et le Maroc \u2014 l&rsquo;Association des nations de l&rsquo;Asie du Sud-Est, la Communaut\u00e9 de d\u00e9veloppement de l&rsquo;Afrique australe, voire le plus modeste Conseil de coop\u00e9ration du Golfe \u2014 sont parvenus, sur des p\u00e9riodes comparables, \u00e0 des niveaux nettement sup\u00e9rieurs de commerce intrar\u00e9gional et d&rsquo;investissement en infrastructures coordonn\u00e9es, ce qui souligne que la stagnation maghr\u00e9bine rel\u00e8ve d&rsquo;une contrainte politique plut\u00f4t que d&rsquo;une contrainte purement structurelle ou g\u00e9ographique. Les \u00e9conomistes sp\u00e9cialistes de l&rsquo;int\u00e9gration r\u00e9gionale soutiennent de longue date qu&rsquo;un Maghreb v\u00e9ritablement coop\u00e9ratif pourrait g\u00e9n\u00e9rer des gains de bien-\u00eatre substantiels gr\u00e2ce \u00e0 des corridors de transport int\u00e9gr\u00e9s reliant Casablanca, Oran, Alger et Tunis ; \u00e0 un commerce intrar\u00e9gional \u00e9largi exploitant de r\u00e9els avantages comparatifs, notamment les hydrocarbures alg\u00e9riens et les exportations manufacturi\u00e8res et agricoles marocaines ; \u00e0 des infrastructures \u00e9nerg\u00e9tiques renouvelables coordonn\u00e9es exploitant le potentiel solaire saharien partag\u00e9 ; \u00e0 des march\u00e9s de capitaux r\u00e9gionaux plus profonds et plus liquides ; \u00e0 un march\u00e9 touristique sensiblement \u00e9largi ; et \u00e0 un pouvoir de n\u00e9gociation collectif nettement renforc\u00e9 face \u00e0 l&rsquo;Union europ\u00e9enne et \u00e0 d&rsquo;autres partenaires ext\u00e9rieurs. Au lieu de cela, les deux gouvernements ont men\u00e9 des strat\u00e9gies de d\u00e9veloppement largement parall\u00e8les et non compl\u00e9mentaires \u2014 infrastructures portuaires et logistiques dupliqu\u00e9es, d\u00e9ploiement sah\u00e9lien et africain concurrent plut\u00f4t que coordonn\u00e9, d\u00e9penses de d\u00e9fense en grande partie orient\u00e9es vers la dissuasion mutuelle \u2014 imposant ce que les \u00e9conomistes r\u00e9gionaux ont qualifi\u00e9 de l&rsquo;un des dividendes d&rsquo;int\u00e9gration inexploit\u00e9s les plus consid\u00e9rables du monde en d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p><strong>La comp\u00e9tition militaire et le dilemme de s\u00e9curit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;expression mat\u00e9rielle de la rivalit\u00e9 n&rsquo;est nulle part plus visible que dans les budgets de d\u00e9fense. L&rsquo;Alg\u00e9rie maintient depuis plus d&rsquo;une d\u00e9cennie l&rsquo;une des d\u00e9penses militaires les plus \u00e9lev\u00e9es d&rsquo;Afrique, officiellement justifi\u00e9e par l&rsquo;instabilit\u00e9 le long de ses fronti\u00e8res avec la Libye, le Mali et le Niger, et par l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 sah\u00e9lienne plus large cons\u00e9cutive \u00e0 l&rsquo;effondrement de l&rsquo;autorit\u00e9 \u00e9tatique dans le nord du Mali apr\u00e8s 2012 et \u00e0 la prolif\u00e9ration subs\u00e9quente de groupes arm\u00e9s djihadistes et s\u00e9paratistes dans la r\u00e9gion. Les autorit\u00e9s alg\u00e9riennes pr\u00e9sentent syst\u00e9matiquement ces d\u00e9penses comme d\u00e9fensives et \u00e0 vocation r\u00e9gionale plut\u00f4t que sp\u00e9cifiquement dirig\u00e9es contre le Maroc. Le Maroc, de son c\u00f4t\u00e9, a men\u00e9 une modernisation parall\u00e8le et substantielle de ses forces arm\u00e9es, diversifiant ses acquisitions entre fournisseurs am\u00e9ricains, europ\u00e9ens et \u2014 depuis la normalisation de 2020 \u2014 isra\u00e9liens, se dotant de syst\u00e8mes de d\u00e9fense antia\u00e9rienne avanc\u00e9s, de munitions guid\u00e9es de pr\u00e9cision et de syst\u00e8mes a\u00e9riens sans pilote, tout en approfondissant sa coop\u00e9ration s\u00e9curitaire et de renseignement avec Washington \u00e0 travers les exercices annuels African Lion, d\u00e9sormais parmi les plus vastes exercices militaires multinationaux conduits sur le continent africain (Chtatou, 2026, 6 mai).<\/p>\n<p>M\u00eame lorsque le calcul s\u00e9curitaire de chaque \u00c9tat r\u00e9pond \u00e0 des menaces r\u00e9ellement distinctes et non sp\u00e9cifiquement marocaines \u2014 les fronti\u00e8res m\u00e9ridionale et orientale de l&rsquo;Alg\u00e9rie, la posture atlantique et saharienne du Maroc \u2014, les efforts de modernisation de chaque partie sont presque invariablement interpr\u00e9t\u00e9s par l&rsquo;autre \u00e0 travers le prisme de la comp\u00e9tition bilat\u00e9rale, produisant un dilemme de s\u00e9curit\u00e9 classique dans lequel des acquisitions \u00e0 vis\u00e9e d\u00e9fensive sont per\u00e7ues comme mena\u00e7antes, entra\u00eenant une escalade r\u00e9ciproque. La fermeture de l&rsquo;espace a\u00e9rien alg\u00e9rien aux appareils marocains depuis 2021, ainsi que les rapports p\u00e9riodiques faisant \u00e9tat de d\u00e9ploiements de troupes renforc\u00e9s et de fortifications le long de la fronti\u00e8re terrestre ferm\u00e9e, illustrent \u00e0 quel point la gestion quotidienne de la relation s&rsquo;est militaris\u00e9e, en l&rsquo;absence pourtant de conflit ouvert depuis 1963.<\/p>\n<p><strong>Des mod\u00e8les concurrents de leadership r\u00e9gional<\/strong><\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des dimensions s\u00e9curitaire et diplomatique, le Maroc et l&rsquo;Alg\u00e9rie ont, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, formul\u00e9 des visions de d\u00e9veloppement et g\u00e9opolitiques r\u00e9ellement distinctes pour leur propre leadership r\u00e9gional, visions qui demeurent n\u00e9anmoins prises dans une comp\u00e9tition implicite. Le Maroc a men\u00e9 une strat\u00e9gie centr\u00e9e sur la diplomatie \u00e9conomique, la coop\u00e9ration Sud-Sud et les infrastructures tourn\u00e9es vers l&rsquo;Atlantique : expansion des investissements bancaires, t\u00e9l\u00e9coms et de construction marocains \u00e0 travers l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest et centrale ; promotion du gazoduc Nigeria-Maroc comme projet de connectivit\u00e9 continentale ; et, plus r\u00e9cemment, lancement de l&rsquo;Initiative des \u00c9tats atlantiques africains destin\u00e9e \u00e0 donner aux \u00c9tats sah\u00e9liens \u2014 nombre d&rsquo;entre eux d\u00e9sormais gouvern\u00e9s par des juntes en froid avec Paris et, dans plusieurs cas, avec la CEDEAO \u2014 un acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;Atlantique via les ports sahariens marocains, positionnant le Royaume comme un pont logistique indispensable entre le Sahel enclav\u00e9 et les march\u00e9s mondiaux.<\/p>\n<p>L&rsquo;Alg\u00e9rie, s&rsquo;appuyant sur sa richesse en hydrocarbures, son \u00e9tablissement militaire plus important et l&rsquo;h\u00e9ritage, cultiv\u00e9 de longue date, de solidarit\u00e9 anticoloniale et non align\u00e9e remontant au r\u00f4le du FLN dans les mouvements de lib\u00e9ration du tiers-monde, a plut\u00f4t mis l&rsquo;accent sur un engagement direct aupr\u00e8s des gouvernements sah\u00e9liens, des efforts de m\u00e9diation dans les conflits internes maliens (nonobstant la rupture, en 2024, du processus des Accords d&rsquo;Alger avec le gouvernement militaire de Bamako), et une identit\u00e9 de politique \u00e9trang\u00e8re ancr\u00e9e dans les principes souverainistes et anti-interventionnistes. Ces strat\u00e9gies ne sont pas, dans l&rsquo;abstrait, mutuellement exclusives ; un Maghreb v\u00e9ritablement coop\u00e9ratif pourrait en principe accueillir \u00e0 la fois un corridor atlantique marocain et un r\u00f4le de m\u00e9diation sah\u00e9lienne alg\u00e9rien. Dans les faits, cependant, chaque initiative est syst\u00e9matiquement lue par l&rsquo;autre capitale comme une tentative d&rsquo;encerclement r\u00e9gional, et l&rsquo;\u00e9nergie diplomatique qui pourrait autrement soutenir un d\u00e9veloppement r\u00e9gional compl\u00e9mentaire est au contraire consacr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;endiguement mutuel.<\/p>\n<p><strong>La diplomatie publique et la bataille m\u00e9diatique<\/strong><\/p>\n<p>La rivalit\u00e9 ne se joue pas seulement \u00e0 travers la diplomatie formelle, les acquisitions de d\u00e9fense et les d\u00e9cisions d&rsquo;infrastructure, mais aussi \u00e0 travers une comp\u00e9tition soutenue pour l&rsquo;opinion publique internationale et le r\u00e9cit m\u00e9diatique. Les deux gouvernements entretiennent de vastes r\u00e9seaux de m\u00e9dias align\u00e9s, d&rsquo;arrangements de lobbying \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger et de rayonnement acad\u00e9mique et think-tank destin\u00e9s \u00e0 fa\u00e7onner la mani\u00e8re dont le diff\u00e9rend du Sahara occidental, et la relation bilat\u00e9rale plus largement, sont per\u00e7us par les publics ext\u00e9rieurs, en particulier \u00e0 Washington, Bruxelles et Paris. La diplomatie marocaine a investi massivement dans la construction de relations avec les d\u00e9cideurs, journalistes et parlementaires am\u00e9ricains et europ\u00e9ens, effort qui a port\u00e9 ses fruits de mani\u00e8re significative avec la reconnaissance am\u00e9ricaine de la souverainet\u00e9 saharienne marocaine en 2020 et l&rsquo;\u00e9lan diplomatique plus large en faveur du plan d&rsquo;autonomie qui s&rsquo;en est suivi. La diplomatie alg\u00e9rienne a r\u00e9pondu en nature, mobilisant ses propres r\u00e9seaux \u2014 notamment des voix sympathisantes au sein des cercles de plaidoyer pro-Polisario, certains segments de la gauche europ\u00e9enne et les r\u00e9seaux de solidarit\u00e9 des mouvements de lib\u00e9ration africains h\u00e9rit\u00e9s du propre pass\u00e9 r\u00e9volutionnaire du FLN \u2014 pour contester les revendications de souverainet\u00e9 marocaines et m\u00e9diatiser des all\u00e9gations relatives aux droits humains dans le Sahara sous administration marocaine.<\/p>\n<p>Cette comp\u00e9tition a p\u00e9riodiquement d\u00e9bord\u00e9 sur des frictions \u00e9tatiques directes sans rapport avec le Sahara lui-m\u00eame. Les tensions diplomatiques entre l&rsquo;Alg\u00e9rie et la France autour de la m\u00e9moire historique, de la migration et, plus r\u00e9cemment, de la d\u00e9tention en 2024 de figures dissidentes alg\u00e9ro-fran\u00e7aises, sont survenues dans un contexte o\u00f9 Alger a explicitement reli\u00e9 les choix politiques parisiens \u00e0 ce qu&rsquo;elle per\u00e7oit comme une inclinaison en faveur de Rabat au sein de l&rsquo;establishment politique et m\u00e9diatique fran\u00e7ais, illustrant la fa\u00e7on dont la rivalit\u00e9 marocaine en est venue \u00e0 colorer m\u00eame des relations, comme celle avec la France, qui poss\u00e8dent pourtant leur propre logique bilat\u00e9rale ind\u00e9pendante et de longue date. Il en r\u00e9sulte un environnement informationnel r\u00e9gional dans lequel m\u00eame des d\u00e9veloppements a priori sans rapport \u2014 une r\u00e9solution du Parlement europ\u00e9en, un rapport des Nations unies sur les droits humains, un coup d&rsquo;\u00c9tat sah\u00e9lien \u2014 sont syst\u00e9matiquement lus par les deux capitales \u00e0 travers la grille interpr\u00e9tative de la rivalit\u00e9, confirmant le constat qui traverse cet essai : non que le Maroc explique tout de la politique alg\u00e9rienne, mais que bien peu de choses, dans la politique r\u00e9gionale alg\u00e9rienne, demeurent totalement \u00e9trang\u00e8res \u00e0 cette rivalit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Contrer le Maroc est-il l&rsquo;unique strat\u00e9gie de long terme de l&rsquo;Alg\u00e9rie ? \u00c9valuation<\/strong><\/p>\n<p>Ayant retrac\u00e9 la rivalit\u00e9 \u00e0 travers plusieurs domaines imbriqu\u00e9s, il est possible de rendre un verdict plus pr\u00e9cis sur la question initiale de cet essai. L&rsquo;affirmation selon laquelle s&rsquo;opposer au Maroc constituerait le *seul* programme national de long terme de l&rsquo;Alg\u00e9rie ne r\u00e9siste pas \u00e0 l&rsquo;examen. L&rsquo;Alg\u00e9rie fait face \u00e0 un portefeuille de priorit\u00e9s nationales v\u00e9ritablement large et largement ind\u00e9pendant de Rabat : maintenir la stabilit\u00e9 politique int\u00e9rieure dans le cadre d&rsquo;une transition post-Hirak encore inachev\u00e9e ; r\u00e9duire la d\u00e9pendance d&rsquo;une \u00e9conomie qui demeure fortement tributaire de la rente hydrocarbure malgr\u00e9 des ann\u00e9es de discours sur la diversification ; r\u00e9pondre \u00e0 des pressions d\u00e9mographiques et d&#8217;emploi des jeunes aigu\u00ebs, dans un pays o\u00f9 la majorit\u00e9 de la population a moins de trente-cinq ans ; garantir la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et hydrique face \u00e0 des s\u00e9cheresses r\u00e9currentes ; moderniser des infrastructures vieillissantes ; et g\u00e9rer un environnement s\u00e9curitaire particuli\u00e8rement complexe et volatil le long de ses fronti\u00e8res libyenne, malienne, nig\u00e9rienne, tunisienne et mauritanienne, dont une large part n&rsquo;a strictement aucun rapport avec le dossier marocain.<\/p>\n<p>Pourtant, la th\u00e8se inverse, nuanc\u00e9e, se trouve tout aussi solidement \u00e9tay\u00e9e : la rivalit\u00e9 avec le Maroc est devenue l&rsquo;un des principes organisateurs les plus durables, les plus constamment invoqu\u00e9s et les plus d\u00e9terminants de la strat\u00e9gie r\u00e9gionale alg\u00e9rienne, de mani\u00e8re disproportionn\u00e9e par rapport \u00e0 son poids objectif parmi les nombreux int\u00e9r\u00eats nationaux de l&rsquo;Alg\u00e9rie. Peu d&rsquo;autres relations bilat\u00e9rales isol\u00e9es fa\u00e7onnent aussi constamment et aussi visiblement l&rsquo;alignement diplomatique alg\u00e9rien (Isra\u00ebl, le cadre du Board of Peace, le positionnement \u00e0 l&rsquo;Union africaine), les sch\u00e9mas d&rsquo;acquisition et de d\u00e9ploiement en mati\u00e8re de d\u00e9fense, la politique \u00e9nerg\u00e9tique et d&rsquo;infrastructure (l&rsquo;abandon du gazoduc Maghreb-Europe, la redirection des corridors d&rsquo;exportation) et le discours politique int\u00e9rieur, que ne le fait le dossier marocain. La rivalit\u00e9 fonctionne moins comme un int\u00e9r\u00eat parmi d&rsquo;autres, sur un pied d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 dans la comp\u00e9tition pour l&rsquo;attention politique, que comme un filtre persistant \u00e0 travers lequel une large gamme de domaines par ailleurs sans rapport en viennent \u00e0 \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9s, et fr\u00e9quemment d\u00e9form\u00e9s.<\/p>\n<p>Le co\u00fbt d&rsquo;opportunit\u00e9 de cette configuration est consid\u00e9rable et de mieux en mieux document\u00e9. L&rsquo;Afrique du Nord demeure l&rsquo;une des r\u00e9gions les moins int\u00e9gr\u00e9es \u00e9conomiquement au monde, malgr\u00e9 la possession pr\u00e9cis\u00e9ment du type de dotations \u00e9conomiques compl\u00e9mentaires \u2014 \u00e9nergie et capital alg\u00e9riens, industrie manufacturi\u00e8re, logistique et acc\u00e8s aux march\u00e9s marocains \u2014 qui, ailleurs dans le monde, ont port\u00e9 des projets d&rsquo;int\u00e9gration r\u00e9gionale r\u00e9ussis. La persistance de l&rsquo;affrontement, plut\u00f4t que le diff\u00e9rend territorial sous-jacent sur le Sahara occidental lui-m\u00eame, appara\u00eet comme l&rsquo;obstacle le plus imm\u00e9diat \u00e0 la coop\u00e9ration r\u00e9gionale, puisque ce diff\u00e9rend pourrait en principe coexister avec des relations \u00e9conomiques fonctionnelles, comme ce fut le cas, en grande partie, durant la p\u00e9riode 1988-1994, et de mani\u00e8re plus partielle, jusqu&rsquo;\u00e0 la reprise de l&rsquo;hostilit\u00e9 dans les ann\u00e9es 2020.<\/p>\n<p><strong>Vers la rivalit\u00e9 ou le renouveau ? Perspectives pour le Maghreb<\/strong><\/p>\n<p>La trajectoire de l&rsquo;ordre r\u00e9gional nord-africain, dans la d\u00e9cennie \u00e0 venir, d\u00e9pendra largement de la capacit\u00e9 d&rsquo;Alger et de Rabat \u00e0 construire des m\u00e9canismes de coop\u00e9ration fonctionnelle ne n\u00e9cessitant pas la r\u00e9solution pr\u00e9alable du diff\u00e9rend du Sahara occidental \u2014 r\u00e9solution qui, compte tenu des positions durcies et mutuellement incompatibles adopt\u00e9es de part et d&rsquo;autre, para\u00eet improbable \u00e0 court terme, quelle que soit l&rsquo;\u00e9volution des sch\u00e9mas de reconnaissance internationale. Des mesures de confiance du type de celles qui ont p\u00e9riodiquement apais\u00e9 d&rsquo;autres diff\u00e9rends r\u00e9gionaux prolong\u00e9s ailleurs dans le monde \u2014 dialogue technique sur les menaces s\u00e9curitaires sah\u00e9liennes partag\u00e9es telles que le terrorisme, le trafic d&rsquo;armes et la criminalit\u00e9 organis\u00e9e ; \u00e9changes \u00e9conomiques sectoriels progressifs, isol\u00e9s du gel diplomatique plus large ; contacts consulaires et interpersonnels \u00e9largis pour les importantes populations diasporiques alg\u00e9rienne et marocaine ayant des liens familiaux de part et d&rsquo;autre de la fronti\u00e8re ferm\u00e9e \u2014 pourraient, en principe, commencer \u00e0 \u00e9roder la rigidit\u00e9 de l&rsquo;impasse actuelle sans exiger d&rsquo;aucun des deux gouvernements qu&rsquo;il abandonne sa position de fond sur la souverainet\u00e9.<\/p>\n<p>La concr\u00e9tisation de telles mesures d\u00e9pend fortement de conditions politiques int\u00e9rieures, dans les deux pays, qui d\u00e9passent le cadre strict de la diplomatie bilat\u00e9rale : la trajectoire de la transition politique post-Hirak en Alg\u00e9rie et l&rsquo;\u00e9quilibre interne entre factions r\u00e9formistes et factions attach\u00e9es au statu quo au sein de son establishment s\u00e9curitaire ; le rythme et la solidit\u00e9 de la consolidation diplomatique continue du Maroc autour de sa revendication de souverainet\u00e9 saharienne, qui r\u00e9duit d&rsquo;autant l&rsquo;incitation de Rabat \u00e0 offrir des concessions susceptibles d&rsquo;\u00eatre per\u00e7ues, en interne, comme superflues ; et la recomposition plus large des alignements ext\u00e9rieurs \u2014 am\u00e9ricain, europ\u00e9en, russe, chinois et du Golfe \u2014 qui vient de plus en plus se superposer au diff\u00e9rend bilat\u00e9ral sous-jacent, et le durcir par endroits.<\/p>\n<p><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n<p>La relation de l&rsquo;Alg\u00e9rie avec le Maroc constitue l&rsquo;un des traits d\u00e9terminants, et l&rsquo;un des plus co\u00fbteux, de la g\u00e9opolitique nord-africaine contemporaine. Il serait inexact, et analytiquement r\u00e9ducteur, de conclure que contrer le Maroc repr\u00e9sente le *seul* programme politique et \u00e9conomique de long terme de l&rsquo;Alg\u00e9rie : l&rsquo;action de l&rsquo;\u00c9tat alg\u00e9rien r\u00e9pond \u00e0 un \u00e9ventail v\u00e9ritablement large de priorit\u00e9s domestiques et r\u00e9gionales, ind\u00e9pendantes de Rabat, allant de la s\u00e9curit\u00e9 sah\u00e9lienne \u00e0 la diversification hydrocarbure en passant par la gestion d\u00e9mographique. Il serait pourtant tout aussi erron\u00e9 de traiter cette rivalit\u00e9 comme un trait marginal ou simplement \u00e9pisodique de la politique alg\u00e9rienne. \u00c0 travers la diplomatie, la politique int\u00e9rieure, l&rsquo;\u00e9conomie et la planification de d\u00e9fense, l&rsquo;opposition au Maroc est devenue l&rsquo;un des fils les plus constants, les plus institutionnalis\u00e9s et les plus co\u00fbteux de l&rsquo;action de l&rsquo;\u00c9tat alg\u00e9rien depuis 1962 \u2014 sch\u00e9ma qui s&rsquo;est durci plut\u00f4t qu&rsquo;assoupli au fil des crises successives de 2020-2021 et de 2026. Que ce sch\u00e9ma continue \u00e0 dominer le paysage nord-africain, ou c\u00e8de progressivement la place \u00e0 une coop\u00e9ration pragmatique et sectorielle, d\u00e9terminera non seulement l&rsquo;avenir propre de l&rsquo;Alg\u00e9rie et du Maroc, mais aussi la stabilit\u00e9, la prosp\u00e9rit\u00e9 et l&rsquo;int\u00e9gration de l&rsquo;ensemble du Maghreb \u2014 r\u00e9gion dont le potentiel consid\u00e9rable et inexploit\u00e9 constitue la preuve la plus manifeste qu&rsquo;une rivalit\u00e9 prolong\u00e9e, aussi profond\u00e9ment enracin\u00e9e soit-elle dans l&rsquo;histoire et le grief, entra\u00eene des co\u00fbts qu&rsquo;aucune des deux soci\u00e9t\u00e9s ne peut ind\u00e9finiment se permettre.<\/p>\n<p>La t\u00e2che analytique n&rsquo;est donc pas d&rsquo;arbitrer laquelle des deux parties porte la plus grande responsabilit\u00e9 de l&rsquo;impasse \u2014 question qui d\u00e9passe le cadre d&rsquo;une analyse scientifique d\u00e9passionn\u00e9e, et \u00e0 laquelle le discours int\u00e9rieur de chaque camp r\u00e9pond, de mani\u00e8re pr\u00e9visible et uniforme, en d\u00e9faveur de l&rsquo;autre \u2014 mais de reconna\u00eetre le sch\u00e9ma structurel que r\u00e9v\u00e8lent les faits : une rivalit\u00e9 n\u00e9e d&rsquo;un diff\u00e9rend frontalier colonial, durcie par la guerre des Sables puis par la question, toujours non r\u00e9solue, du Sahara occidental, en une logique organisatrice autoentretenue, capable d&rsquo;absorber et de reconfigurer presque tous les domaines connexes qu&rsquo;elle touche, de la politique culturelle amazighe \u00e0 la diplomatie sah\u00e9lienne en passant par les infrastructures hydrocarbures. Prendre la mesure de cette logique, et de la marge de man\u0153uvre consid\u00e9rable dont chaque gouvernement dispose pour en desserrer l&rsquo;\u00e9treinte, constitue le pr\u00e9alable n\u00e9cessaire \u00e0 tout avenir dans lequel la g\u00e9ographie partag\u00e9e du Maghreb deviendrait un atout plut\u00f4t que, comme elle l&rsquo;a \u00e9t\u00e9 durant le dernier demi-si\u00e8cle, une fronti\u00e8re perp\u00e9tuellement disput\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>Boukhars, A. (2019). Reassessing the power of regional security providers: The case of Algeria and Morocco. <em>Middle Eastern Studies, 55<\/em>(2), 242\u2013260. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/00263206.2018.1538968\">https:\/\/doi.org\/10.1080\/00263206.2018.1538968<\/a><\/li>\n<li>Chtatou, M. (2018, December 10). The ongoing cold war between Morocco and Algeria: Analysis. <em>Eurasia Review<\/em>. <a href=\"https:\/\/www.eurasiareview.com\/10122018-the-ongoing-cold-war-between-morocco-and-algeria-analysis\/\">https:\/\/www.eurasiareview.com\/10122018-the-ongoing-cold-war-between-morocco-and-algeria-analysis\/<\/a><\/li>\n<li>Chtatou, M. (2019, January 29). Amazigh culture in Morocco and Algeria: Analysis. <em>Eurasia Review<\/em>. <a href=\"https:\/\/www.eurasiareview.com\/29012019-amazigh-culture-in-morocco-and-algeria-analysis\/\">https:\/\/www.eurasiareview.com\/29012019-amazigh-culture-in-morocco-and-algeria-analysis\/<\/a><\/li>\n<li>Chtatou, M. (2019, March 5). An overview of French colonialism in the Maghreb: Analysis. <em>Eurasia Review<\/em>. <a href=\"https:\/\/www.eurasiareview.com\/05032019-an-overview-of-french-colonialism-in-the-maghreb-analysis\/\">https:\/\/www.eurasiareview.com\/05032019-an-overview-of-french-colonialism-in-the-maghreb-analysis\/<\/a><\/li>\n<li>Chtatou, M. (2021, October 22). Morocco and Algeria on the edge of the precipice: Analysis. <em>Eurasia Review<\/em>. <a href=\"https:\/\/www.eurasiareview.com\/22102021-morocco-and-algeria-on-the-edge-of-the-precipice-analysis\/\">https:\/\/www.eurasiareview.com\/22102021-morocco-and-algeria-on-the-edge-of-the-precipice-analysis\/<\/a><\/li>\n<li>Chtatou, M. (2025, October 14). Algeria, a country at odds with itself: Analysis. <em>Eurasia Review<\/em>. <a href=\"https:\/\/www.eurasiareview.com\/14102025-algeria-a-country-at-odds-with-itself-analysis\/\">https:\/\/www.eurasiareview.com\/14102025-algeria-a-country-at-odds-with-itself-analysis\/<\/a><\/li>\n<li>Chtatou, M. (2026, February 26). Morocco and the \u00ab\u00a0Board of Peace\u00a0\u00bb: A strategic gamble or a deliberate alignment? 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L\u2019Alg\u00e9rie et la \u00ab mafia des g\u00e9n\u00e9raux \u00bb : Anatomie d\u2019un syst\u00e8me de pouvoir opaque et perspectives d\u2019avenir. <em>Amadal Amazigh<\/em>. <a href=\"https:\/\/www.eurasiareview.com\/11052026-lalgerie-et-la-mafia-des-generaux-anatomie-dun-systeme-de-pouvoir-opaque-et-perspectives-davenir\/\">https:\/\/www.eurasiareview.com\/11052026-lalgerie-et-la-mafia-des-generaux-anatomie-dun-systeme-de-pouvoir-opaque-et-perspectives-davenir\/<\/a><a href=\"https:\/\/amadalamazigh.press.ma\/fr\/lalgerie-et-la-mafia-des-generaux-anatomie-dun-systeme-de-pouvoir-opaque-et-perspectives-davenir\/\">amadalamazigh.press<\/a><\/li>\n<li>Chtatou, M. (2026, June 22). From coexistence to strategic partnership: Morocco\u2013Israel relations in historical and contemporary perspective: Analysis. <em>Eurasia Review<\/em>. <a href=\"https:\/\/www.eurasiareview.com\/22062026-from-coexistence-to-strategic-partnership-morocco-israel-relations-in-historical-and-contemporary-perspective-analysis\/\">https:\/\/www.eurasiareview.com\/22062026-from-coexistence-to-strategic-partnership-morocco-israel-relations-in-historical-and-contemporary-perspective-analysis\/<\/a><\/li>\n<li>Souiah, S. (2021). Hirak and the crisis of legitimacy in Algeria<em>. The Journal of North African Studies, 26<\/em>(4), 567\u2013589. https:\/\/doi.org\/10.1080\/13629387.2021.1900743<\/li>\n<li>Stora, B. (2020). <em>Histoire de l&rsquo;Alg\u00e9rie coloniale (1830\u20131954)<\/em>. La D\u00e9couverte.<\/li>\n<li>Stora, B. (2021). <em>France-Alg\u00e9rie, les passions douloureuses<\/em>. Robert Laffont.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction Peu de relations bilat\u00e9rales dans le monde contemporain sont aussi durablement conflictuelles, et aussi lourdes de cons\u00e9quences pour l&rsquo;ordre r\u00e9gional, que celle qui lie l&rsquo;Alg\u00e9rie et le Maroc. 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